Au rendez-vous des calamités

 

 

L’intitulé du titre respecte les normes de la bienséance, mais Jacques Chirac a exprimé  bien mieux la même constatation sous une forme plus imagée, populaire et parlante : « Les emmerdes volent en escadrille ». Le jour où un quidam perd son emploi, il découvre que sa femme le trompe, qu’il a le hoquet et que le frigo est en panne.

Ainsi en va-t-il de l’actualité. Non seulement l’épidémie joue les prolongations, mais la transition climatique multiplie les inondations, la Bourse s’effondre, Poutine menace d’une guerre et une pénurie d’électricité se profile. Quand le monde se détraque, il ne fait pas dans la nuance. Il surjoue parfois le tragique au point que cela en devient risible. Il essaie de se rendre intéressant.

L’unanimité de la Nature est bien une réalité. Jadis dans les églises on organisait des prières à la fois contre la guerre, la famine et la peste, tant on constatait leur coïncidence. Et c’est vrai qu’une guerre et une peste en invalidant des travailleurs engendrent forcément une famine. Et qu’une famine affaiblit le système immunitaire et qu’elle aiguise les convoitises des belliqueux. Et que les hommes ont tendance à ajouter du malheur au malheur plutôt que de le combattre.

Guy Parmelin nous a mis doctement en garde en tant que président contre une future pénurie d’électricité, puisque les centrales nucléaires fournissent 22 600 GWh par an tandis que tous les panneaux photovoltaïques n’en produisent que 2 700 GWh. C’est évidemment un appel du pied pour prolonger l’activité des centrales prévues pour quarante ans que l’on ferait passer à soixante. Pas question d’en construire de nouvelles car elles viendraient trop tard et le peuple objecterait. Ce ne fut pas non plus un encouragement à installer des panneaux solaires. Ainsi va la Confédération. Si elle va dans le mur, on ne pourra pas dire qu’elle a fermé les yeux. Tout se passe comme si elle n’était responsable de rien, puisqu’elle ne peut rien faire sans le Parlement et que celui-ci ne puisse rien accepter que le peuple risque de refuser. Si l’on ne consent pas le pouvoir à un  gouvernement, si on se félicite de n’en pas avoir sinon en apparence, on ne peut rien lui reprocher. L’acratie est tellement confortable.

Il n’est plus guère de personne sensée pour prétendre que le réchauffement climatique n’existe pas ou qu’il ne soit pas le résultat de l’émission de gaz à effet de serre. On sait donc que l’on va devoir renoncer aux combustibles fossiles, charbon, pétrole et gaz. Mais comme ce dernier engendre moins de CO2, on évoque la construction transitoire de centrales à gaz pour se substituer aux centrales nucléaires. On abandonne les fossiles contraints et forcés en trainant les pieds. Car on n’a vraiment pas envie de renoncer à la vie d’aujourd’hui.

Or le fléau famine concomitant  commence à se profiler sous forme de pénurie de carburant qui augmente à la pompe et d’électricité qui accroit au compteur. L’acier renchérit et le bois et les métaux rares. Les limites à la croissance, prédites dès 1972 par le Club de Rome, deviennent une réalité tangible et, un jour, pèseront sur tous.

La seule question importante est de savoir comment notre pays va s’en tirer et comment il s’y prépare. Ou plus fondamentalement : les institutions actuelles sont-elles capables d’affronter un fléau important ? A en juger par la réplique du CF à l’épidémie, on peut émettre des doutes mesurés. On n’a pas fait tout faux mais on n’est pas dans les meilleurs. Loin de là. La moyenne mondiale de morts par million d’habitants est à 723. La Suisse est à 1456, soit le double, alors qu’elle bénéficie d’une infrastructure scientifique et médicale bien au-dessus de la moyenne. Pour comparer ce qui est comparable, Israël, la Norvège et le Danemark font nettement mieux pour ne pas parler de Taiwan avec 32 morts.

Durant la dernière guerre, la Suisse a réussi à en être épargnée. Le mérite en revient largement au général Guisan. Selon le même schéma que la République romaine, la Suisse est gouvernée à l’ordinaire par sept consuls plutôt que deux afin qu’ils se neutralisent. Mais face au risque le Parlement donne tous les pouvoirs à un homme fort. Nous sommes dans la même situation. Pour lutter contre l’épidémie on aurait pu donner la décision à un expert nommément désigné, un général sanitaire. Quand il faut prendre des décisions difficiles et impopulaires, il faut disposer de toutes les connaissances du domaine et ne pas être soumis à la volonté populaire. On doit dans l’urgence désigner un général de l’énergie et obéir à ses directives sans hargne grogne et rogne. Sinon on va construire beaucoup de centrales à gaz.

 

Subventionner les médias ?

 

Nous votons jusqu’au 13 février pour le soutien éventuel de la Confédération aux médias. Les sondages se présentent mal, la loi votée à une large majorité par les deux Chambres risque d’être désavouée par le peuple. L’argument essentiel des opposants est le danger de mise sous contrôle par l’Etat. Il semblerait à première vue que ce risque serait réel : qui paie n’est-il pas le maître !

Cette votation surgit parce que  la publicité, qui procurait une large part des ressources des médias, s’oriente de plus en plus vers les grandes plateformes internet internationales, les GAFA. En vingt ans la presse a été réduite au quart de son apport publicitaire et 70 titres suisses ont disparu à commencer par Le matin et l’Hebdo pour la Suisse romande. En clair, il y a perte de la souveraineté nationale dans le secteur de l’information parce que la publicité va tout naturellement là où elle rapporte le plus. Ou encore parce que les consommateurs d’information ne payaient pas leur média directement à son véritable coût, mais par leur achat de n’importe quoi d’autre. Insistons : le coût de la publicité n’est pas prélevé par les firmes sur leurs bénéfices, il est incorporé dans le prix du produit. Les consommateurs paient pour être manipulés.

Par ailleurs les vecteurs professionnels de l’information alimentés par des journalistes suisses sont de plus en plus concurrencés par des réseaux sociaux qui diffusent à longueur d’année les pires fakes news, c’est-à-dire de la désinformation pure et simple. L’expérience de ce blog démontre chaque semaine que la réalité sur certains sujets sensibles, comme la pandémie, est régulièrement mise en doute par des commentateurs sans doute de bonne foi, abusés par n’importe quel support : exemple récent le Covid, qui peut être guérie par l’artemisia. Ce qui est écrit sur internet devient plus crédible que ce qui est imprimé sur un journal papier suisse. On ne sait plus ce qui est vrai ou faux.

Il faut élargir le débat à l’ensemble de la formation et de l’information du grand public, les deux mécanismes étant étroitement liés : impossible d’informer un analphabète. L’Etat peut-il ou doit-il intervenir ? La réponse est donnée depuis longtemps. La formation mobilise une part importante du budget des pouvoirs publics. Cela n’a pas toujours été le cas. Avant le siècle des Lumières, la majorité de la population était illettrée et les meilleures écoles à la charge des Eglises visaient les classes favorisées. L’école primaire actuelle ne date en Suisse que du début du XIXe siècle . Elle était fréquentée par les enfants dès leur 6e ou 7e année pour une durée de quatre à six ans. Destinée à accueillir tous les élèves, elle était, aux termes de la constitution fédérale, obligatoire, gratuite, non-confessionnelle.

Gratuit mérite un commentaire : there is no such thing a s a free meal comme l’affirme un proverbe américain, il y a toujours quelqu’un qui paie. L’argent public est collecté par le fisc. Ce que les parents ne paient pas à l’école directement, ils le paient plus ou moins avec leurs impôts et leurs taxes. Mais ils paient tout de même.  Les plus fortunés paient davantage. Concrètement cela signifie que les parents n’ont guère d’influence sur le contenu de la formation laissée à l’arbitraire des cantons et du corps enseignant. C’est loin d’être optimal mais cela a le mérite d’exister. Impossible de faire fonctionner une économie développée si les travailleurs ne savent pas au minimum lire, écrire et calculer.

Ainsi en est-il de l’information. Elle fut indirectement subsidiée par les pouvoirs publics déjà en 1849. Elle l’est pour l’instant par le soutien financier à la distribution des journaux par la poste selon un tarif dégressif qui avantage les petits et moyens médias. Ce mécanisme ne peut en rien influencer le contenu éditorial. La crainte de voir la Confédération dicter celui-ci n’est donc qu’un épouvantail vainement agité par les opposants à la version projetée des lois par Berne.

A titre personnel l’auteur peut témoigner de la liberté existante dans un média important, la TSR. Pendant douze ans il fut conseiller scientifique de l’émission A bon entendeur. Celle-ci ne put manquer d’offenser des producteurs de bien de consommation dont les tares des produits furent dénoncées. Il y eut des débats homériques à l’antenne. Mais jamais ni la Confédération principale source du budget, ni la direction ne sont intervenus dans le processus de rédaction. Un média largement et directement subsidié par un pouvoir public a pu librement fonctionner et diffuser une information souvent dérangeante pour l’économie. Pourquoi ? La raison saute aux yeux, une émission d’information des consommateurs qui ne serait pas en prise sur la réalité du marché, qui serait complaisante à l’égard du commerce, qui diffuserait de la désinformation publicitaire n’attirerait aucune audience et finirait par disparaître.

Cet exemple est transposable dans les médias actuels. S’ils diffusaient une propagande étatique comme c’est le cas des dictatures, la population s’en détournerait. Pendant la seconde guerre mondiale, les médias de la zone occupée par l’armée allemande furent contrôlés par la censure nazie. Cette propagande n’eut pas l’effet souhaité et ne convainquit pas les populations de se ranger du côté de l’Allemagne. La variété des médias suisses, presse papier ou numérique, radios et télévisions garantit la stabilité du pays par la diffusion d’une information crédible parce que véridique. La Confédération a donc le droit et le devoir d’éviter sa disparition. Pour reprendre un argument des opposants, « une démocratie vivante a besoin d’une presse indépendante ». Il est donc contradictoire de s’opposer à sa survie. Il demeure une double question intrigante, sans réponse actuellement : qui sont ces opposants et d’où provient leur financement ? Quel est leur objectif en attaquant la démocratie tout en prétendant la défendre ?

 

 

 

 

 

La pire des initiatives

 

« Lancée le 3 octobre 2017, l’initiative populaire «Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine – Oui aux approches de recherche qui favorisent la sécurité et le progrès» a été déposée le 18 mars 2019, munie de 123’640 signatures valables, sur les 100’000 nécessaires. L’initiative vise à inscrire dans la  Constitution suisse de nouvelles dispositions à l’article 80 (Protection des animaux) et à en supprimer une autre à l’article 118b (Recherche sur l’être humain). »

L’initiative populaire demande l’interdiction de toute expérimentation animale. Les produits développés à l’aide d’expériences sur les animaux ne pourraient plus être importés. L’expérimentation humaine serait également interdite.

Il s’est donc trouvé 123 640 citoyens pour signer la plus absurde toutes les initiatives de ces derniers temps, pire que la folklorique interdiction des minarets. Si on continue dans cette voie, bientôt on demandera à l’école obligatoire d’enseigner que la Terre est plate et que le Soleil lui tourne autour. Cela fait partie des inconvénients de la démocratie directe qui présente par ailleurs de tels avantages qu’il vaut la peine de supporter ce genre de désagrément. Le Parlement a refusé cette initiative sans une seule voix pour la soutenir. Même l’UDC, si prompte à recruter les mécontents de toute espèce, s’est rangé dans cette belle unanimité. L’initiative sera donc probablement refusée par le peuple à une large majorité.

Revenons à l’élémentaire. Lorsqu’une nouvelle molécule est découverte qui puisse apporter quelque soulagement à une pathologie, il n’y a que trois possibilités : la mettre en vente sans expérimentation préalable ; procéder à une expérimentation contrôlée ; s’abstenir de la diffuser. C’est évidemment la troisième qui résulterait d’une acceptation de cette initiative. Il ne servirait même à rien que les pharmas délocalisent leur activité de recherche et d’expérimentation puisque l’initiative a prévu que l’on interdise l’importation. Bref la Suisse deviendrait une sorte de désert  médical où n’opéreraient plus que les homéopathes, les naturopathes, les magnétiseurs, les guérisseurs. Seraient encouragées les sectes qui refusent la transfusion ou la vaccination. Parce que le peuple est le souverain, la Suisse deviendrait la risée du monde.

Examinons les deux premières hypothèses : la molécule est utilisée avec une expérimentation préalable et contrôlée ou sans aucune. Dans le second cas il sera impossible dire si la molécule est efficace et si elle produit des effets secondaires : on aura tout de même procédé à une expérimentation sauvage sans possibilité de collecter les résultats. Ce choix s’inscrit dans la vaste conspiration de déni de la réalité qui pollue beaucoup d’esprits.

L’expérimentation est gouvernée par la loi relative à la recherche sur l’être humain, LRH) du 30 septembre 2011. Ainsi une personne ne peut être associée à un projet de recherche que si elle y a consenti après avoir été suffisamment informée (consentement éclairé). Elle doit donner son consentement par écrit ; le Conseil fédéral peut prévoir des exceptions.

Et la loi les prévoit dans deux cas. Si le remède est destiné à des patients qui du fait de leur pathologie ne peuvent plus donner un consentement éclairé (Alzheimer par exemple) la nécessité d’une expérimentation s’impose néanmoins, sinon on s’embarquerait dans des traitements dont on ne connait ni l’efficacité, ni les potentiels effets dangereux. Bien entendu il faut dans ce cas s’entourer d’un maximum de précautions.

Idem pour les enfants. Si un médicament qui leur est destiné n’est pas testé au préalable, il est impossible de savoir ce qu’il vaut.

Puisque l’expérimentation humaine s’avère ainsi indispensable, a fortiori il faut autoriser l’expérimentation animale préalable pour n’engager la première qu’à bon escient.

Pour lancer une telle initiative il faut donc des esprits tout d’abord ignorants des règles élémentaires de la médecine humaine, mais aussi obsédés par le bien-être animal au point de lui sacrifier celui des humains.

On aura reconnu la secte des antispécistes. « L’antispécisme est un courant de pensée philosophique et moral, formalisé dans les années 1970 par des philosophes anglo-saxons qui défendent un renouveau de l’animalisme , et considèrent que l’espèce à laquelle appartient un animal n’est pas un critère pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter et de la considération morale qu’on doit lui accorder. »

C’est un choix que l’on est bien obligé de respecter s’il ne concerne que les membres de la secte qui par cohérence doivent naturellement devenir aussi véganes. Mais ce choix ne peut s’imposer à l’ensemble de la société. Libre aux membres de la secte de refuser d’être soignés par des médicaments développés récemment puisque les modifications constitutionnelles ne peuvent évidemment avoir un effet rétroactif. Ils pourront donc en toute honnêteté intellectuelle utiliser le paracétamol lorsqu’ils auront de la fièvre ou des douleurs. Tout de même : ils ne vont pas se condamner à souffrir.

Dans quel monde vivons-nous ! A côté des aberrations des antivax, des sonneurs de cloches, des défenseurs de leur liberté inconditionnelle au détriment de celle des autres, une autre absurdité est proposée à nos suffrages. Jusqu’où cela ira-t-il ? Que ferons-nous lorsque l’on nous proposera de décider que deux plus deux égale cinq. Et qu’il y aura plus de cent mille citoyens pour défendre cette thèse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommes-nous tous woke ?

 

 

Woke est de l’anglais, comme tout ce qui vient d’Amérique et que l’on a tellement de peine à comprendre qu’on ne parvient pas à le traduire Or nous risquons d’avoir été woke avant même de nous en rendre compte. Exemples.

Le racisme a causé de telles abominations que ceux, qui luttent aujourd’hui encore contre ce qui en subsiste, se croient de ce fait investi d’une mission qui les place au-dessus des lois et de l’histoire. Par exemple, la statue de Winston Churchill en face du parlement britannique a été, par des woke de bonne foi, barbouillée de rouge et ornée d’un graffiti proclamant qu’il était raciste. Effectivement on peut retrouver des citations de Winston datant des années 20 et jusqu’en 1943, où il affirme la supériorité des Blancs sur les peuples colonisés. Ce faisant, il ne faisait que se conformer aux préjugés dominants de son époque. Il était politiquement correct de mépriser les Africains et les Asiatiques et de soupçonner les Juifs d’un complot mondial. En témoigne la citation suivante qui n’est pas de lui :

« L’humanité atteint la plus grande perfection dans la race des blancs. Les Indiens, Jaunes ont déjà moins de talent. Les nègres sont situés bien plus bas » L’auteur n’est personne d’autre que Immanuel Kant dans toute sa splendeur. Or, il est aussi l’auteur de cette maxime fondant une morale : « « Agis de façon à traiter l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne des autres, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ». Malgré l’élévation de cette dernière pensée, malgré son métier de philosophe, il n’a jamais réalisé que son racisme s’opposait directement à son éthique. Notre civilisation a ainsi vécu dans cette schizophrénie jusqu’à ce que la folie des nazis enseigne au-delà de tout doute que le racisme est une abomination.

Or, cette schizophrénie coutumière eut bien d’autres dimensions que la race. Tous les groupes minoritaires ou faibles ont été persécutés. Dès lors ces persécutions ont engendré une réaction maniaque, aveugle, hors de proportion : woke.

Le machisme, le paternalisme et l’homophobie ont causés de telles iniquités à l’égard des femmes et de telles persécutions à l’égard des homosexuels que les woke qui luttent aujourd’hui contre leurs séquelles se sentent justifiés de toutes leurs exagérations. Ainsi à titre personnel, j’ai été interpellé au parlement par une conseillère nationale indignée, se scandalisant de ce que l’EPFL n’enseigne pas un cours sur la théorie du genre, alors que c’est clairement hors de son cahier de charges. De même, l’opinion publique se froisse vertueusement de ce que les noms de rues soient souvent (ou toujours) masculins et la municipalité  les débaptise pour y substituer le souvenir de femmes qui auraient mérité d’être illustres.

La persécution à l’égard de l’Islam est tellement universelle que les woke qui résistent sont qualifiés d’islamo-gauchistes, insulte qui les conforte dans une confortable position de martyres.

La plus grande des menaces sur l’espèce humaine est la transition climatique. Les militants écologistes adoptent souvent des attitudes extrêmes qui les confortent dans leur rôle assumé de prophètes incompris. Des woke envahissent les locaux d’une banque qui investit dans des activités productrices de CO2, ils sont normalement inculpés mais ils se scandalisent d’être condamnés à la plus légère des peines, comme si leur combat les plaçait au-dessus des lois.

Le spécisme soutient qu’il ne peut y avoir aucune raison de refuser d’étendre le principe fondamental d’égalité, défini pour les humains, aux membres des autres espèces animales. Il débouche sur la religion végane et ses extravagances. Une recrue de l’armée suisse a refusé de porter un ceinturon de cuir.

Tels sont les combats les plus importants que l’on regroupe sous le vocable de « woke ». « Passé simple du verbe anglais to wake, qui signifie en français « se réveiller », ce mot « woke » a pris un sens véritablement idéologique aux Etats-Unis pour désigner le fait d’être conscient des injustices subies par les minorités ethniques, sexuelles, religieuses, ou de toutes formes de discrimination, et mobilisé à leur sujet. »

Dans un contexte de combat en matière de justice sociale, cette expression définit quelqu’un de sensibilisé, ouvert, indigné face aux injustices qui existent autour de lui. Mais à force d’être woke, il n’est pas seulement « éveillé », il devient carrément insomniaque, sa vie se fond dans un combat intransigeant, à la limite de l’obsession. Diverses minorités exercent une fascination sur la société, exposée par elles à des manifestations de désobéissance civile qu’elle hésite à réprimer. Dès lors, on commence à courir le risque d’une dictature des minorités. Le racisme et tous ses analogues suscitent de la part de leurs opposants woke une critique radicale qui vise en fait les institutions, même formellement démocratiques. Le phénomène woke a une sérieuse dimension politique qui dépasse ses plus folkloriques manifestations.

Il existe même une école de philosophie (allemande naturellement) qui a développé la « théorie critique» . Celle-ci remet en question les structures de pouvoir sous-jacentes de la société et réduit la culture occidentale au conflit des oppresseurs contre les opprimés. La seule réalité, qui existerait et qui n’est pas perçue, serait les hiérarchies de pouvoir qui doivent être démantelées et reconstruite à partir de zéro. On en a eu un bon exemple avec le communisme soviétique et ses avatars pittoresques à Cuba ou au Cambodge. Même en Suisse à rebours de toute réalité, le Conseil fédéral est accusé d’exercer une dictature par ceux-là mêmes qui finiraient par en établir une s’ils accédaient au pouvoir.

Le wokisme vise à combler la lacune de l’espace culturel et politique jadis occupé par Dieu : nous sommes la première civilisation qui essaie de vivre en réduisant les religions traditionnelles à l’espace privé.  Comme la Nature a horreur du vide prolifèrent les substituts, c’est-à-dire diverses sectes woke : consuméristes, écologistes, nationalistes, intégristes, spécistes, proclimat, antiracistes, pro LGTB, tiersmondistes, homéopathes et naturopathes. Tout woke possède la vérité, la justice, la droiture, le refus du péché et le droit de juger. Avant que les tribunaux puissent se prononcer, il a déjà jeté l’opprobre sur des victimes qui n’en peuvent mais.

La condition de woke possède un aspect communautaire, en ce sens que les adeptes ont le sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand qu’eux qui leur garantit une justification morale. Ils croient qu’ils agissent toujours de manière juste, alors que ce n’est que parfois vrai. Souvent, tout ce qu’ils font n’est qu’une contenance, ou pire, une action destructrice des structures existantes. On aura reconnu les tares tellement évidentes des opinions extrêmes à gauche ou à droite.

La perversion du wokisme vient de ce qu’il instrumentalise les meilleures motivations du public, comme la compassion. Nous avons un désir réel de voir la vie des autres s’améliorer. Dès lors de nombreux chrétiens se sentent tenus d’être woke comme si c’était en accord avec les enseignements du Christ. Le wokisme interprète  les concepts de vérité, de justice et d’équité en ne laissant aucune place à d’autres façons d’aborder ces questions que l’outrance, l’exagération et le fanatisme. Il attribue une culpabilité ou une innocence intrinsèque à l’individu en fonction de son identité de groupe, woke ou non, indépendamment de ses actions individuelles.

Or, la croyance au cœur de la culture occidentale et notre ordre juridique est que chaque individu mérite la dignité et le respect, même s’il erre ou a commis un délit. Telle est la proclamation de Jésus de Nazareth selon laquelle les prostituées et les publicains entreront au Royaume des Cieux avant les bien-pensants.

Le récit de  justification que le wokisme avance est contradictoire au récit traditionnel de notre civilisation judéo-chrétienne. Les récits bibliques présentent le modèle de l’individu, en relation avec Dieu, comme le mécanisme principal de rédemption du monde. Par conséquent, le comportement du civilisé idéal est celui de la miséricorde, de la paix, de la bonté et du pardon. Le sommet de tout système politique est la recherche du consensus. C’est le secret actuel de la Suisse, de sa paix civile, de son unité dans la diversité, de sa réussite.

En revanche, le wokisme, se présente comme le modèle rédempteur de divers groupes qui se disputent le pouvoir contre un « système » prétendument oppressif (Démission d’Alain Berset !). Dans cette vision fragmentée du monde, seul existe le pouvoir et son contrôle est nécessaire pour démanteler un système corrompu. La violence est justifiée. De violentes émeutes, et pas seulement des protestations pacifiques, défigurèrent l’Amérique récemment. Trump a projeté une horde de woke  à l’assaut du Capitole avec des morts à la clé. A Berne la pacifique, une manifestation antivax munie d’outils a tenté d’ouvrir les grilles protégeant le Palais fédéral.

Si tous les woke du monde s’unissaient, ce serait la fin de la démocratie représentative et l’amorce d’une nouvelle barbarie. Examen de conscience : sommes-nous, avons-nous été woke ?

La loi de Brandolini

 

 

« La loi de Brandolini est un aphorisme énonçant que la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire. Ce principe critique la propagande ou la publicité qui consiste à diffuser de l’infox en masse, afin d’exploiter la crédulité d’un certain public en faisant appel à ses émotions. S’il est facile de créer une fausse information, sur le fond et la forme, en quelques minutes, il faudra probablement plusieurs heures pour démonter chaque point et montrer ainsi la fausseté de l’ensemble. »

Telle est l’expérience quotidienne de ce blog. S’il essaie de transmettre des informations vérifiées, il est aussitôt assailli de commentaires qui les démentent, en s’appuyant sur quelque message diffusé sur les réseaux sociaux. Les sujets les plus controversés sont naturellement l’épidémie, la transition climatique, les relations avec l’UE, les votations à venir, les migrants, l’Islam, tout ce qui dans la réalité actuelle heurte des esprits bornés au passé,  embelli par le souvenir.

L’origine de ces fausses informations est bien connue. On a découvert qu’une demi-douzaine d’agitateurs en produisent la majorité. Par exemple Robert Malone, authentique chercheur qui a travaillé dans le domaine de l’ARN et qui se pare de ce fait du titre d’inventeur des vaccins de ce type, alors que c’est le couple Ugur Sahin et Özlem Türeci qui a mis sur pied, dans le laboratoire BioNTech, le vaccin anti-Covid-19, diffusé par Pfizer. Dès lors, du haut de cette imposture Malone s’autorise à proclamer que les vaccins utilisés seraient dangereux, qu’ils pourraient aggraver la maladie par une « facilitation de l’infection par les anticorps », endommager le système reproducteur des enfants, etc. Il a prétendu un certain temps que le vaccin Pfizer ne serait administré que dans le cadre d’une autorisation d’urgence pour finir par reconnaître qu’il s’était trompé. Mais les fausses nouvelles, comme la calomnie, continuent à courir. En Europe son équivalent est Didier Raoult qui vantait l’hydroxychloroquine sans aucune donnée confirmée. Il a fini par subir un blâme de l’Ordre des médecins.

Le thème préféré de la désinformation est celui des effets indésirables des vaccins. Sur le site Agoravox, « le média citoyen », on annonce un total de 8686 décès qui seraient « dus » aux vaccins.  Dans la réalité, les effets secondaires sont très faibles : 0.08% pour Pfizer  à comparer avec le taux de létalité réel de la maladie qui est estimé à 0.7%.  En se vaccinant on convertit  et réduit par un facteur 10 le risque de mort en risque d’effets indésirables.

Encore plus délirante la fausse nouvelle : le nouveau coronavirus aurait été fabriqué par des chercheurs dans un laboratoire de Wuhan. C’est en tout cas ce qu’affirme Li-Meng Yan, une Chinoise se présentant comme une ancienne virologue de la Hong Kong School of Public Health (HKU).

A partir de ces fausses informations, les commentaires de ce blog vont aux extrêmes. Florilège :

« la volonté de vacciner tout le monde avec un vaccin dangereux qui ne protège ABSOLUMENT PAS, est une politique criminelle. »

«se demander si la dite presse maintream n’a pas trop été de parti pris, trop prostituée aux idées antinationales et mondialistes, si elle n’a pas eu trop de biais idéologiques, et si elle n’a pas trop menti et propagé une pensée unique depuis trop longtemps. »

« … l’oignon cru soigne les maux de gorge, nettoie les amygdales et dégage les sécrétions des sinus. C’est un très bon expectorant pour les bronches pulmonaires en cas de toux sèche. »

« le covid19 ne présente aucun danger pour les enfants. J’ai expérimenté la justesse de cette conclusion en observant les effets bénins voire inexistants de la maladie sur mes propres enfants »

« le pass sanitaire est un désastre : depuis son introduction le taux d’incidence n’a fait qu’augmenter. »

« Une ministre au pouvoir actuellement en Autriche s’est subitement élevée contre la vaccination obligatoire de son gouvernement en disant que “si seulement ce vaccin était sûr et s’il était efficace” l’on pourrait envisager la vaccination obligatoire »

« Ces faux vaccins administrés à grande échelle vont provoquer des catastrophes, car ces produits, n’empêchent pas la contamination et, contrairement aux rumeurs officielles, n’empêchent pas les évolutions de la maladie, s’il n’y avait pas eu tout ce vacarme d’incompétences, ce virus fabriqué par les mêmes qui en tirent des profits colossaux serait depuis 1 an aux oubliettes ! »

« L’être humain a déjà essayé de se passer de la morale (chrétienne ou autre) avec la biologie, c’est une voie sans issue. C’est une voie vers la catastrophe ! »

Toutes ces prises de position ont été publiées, assorties de mises en garde adéquates, pour donner un aperçu de l’opinion publique ou du moins d’une de ses variantes. Sur quoi se fonde-t-elle ? Sur le refus du « système ». C’est-à-dire de l’autorité des institutions et de la science. Ces deux pouvoirs heurtent de front les mécontents de toute espèce, ceux qui ont échoué dans leur vie professionnelle ou affective, ceux qui recherchent une autorité tutélaire, celle du chef providentiel ou de la religion maternante, ceux qui vivent encore dans un vague animisme où les événements se produisent sous l’influence d’esprit ou d’un Dieu tout puissant. Témoin cet aveu au téléjournal : « je ne me vaccine pas parce je ne tomberai malade que si c’est la volonté de Dieu ! »

Lors que les motivations pour refuser le vaccin sont enfouies aussi profond dans les strates du subconscient, il est impossible d’informer des gens qui cherchent la désinformation pour se confirmer dans leur délire. Et cependant, il faut continuer à patiemment redresser la barre. Les faits ont coutume de confirmer la raison qui finit par triompher.

 

 

 

 

L’irrésistible ascension de la démocrature. 

 

Le néologisme démocrature désigne une forme originale de gouvernance, qui combine les apparences formelles de la démocratie avec la montée discrète d’une dictature. Ce mouvement devient  universel, car la Chine démontre qu’il est possible de devenir la première puissance économique mondiale sans pratiquer,  même en apparence, la démocratie. C’est à contrario  la parfaite dévaluation du modèle américain, qui a illustré longtemps qu’une démocratie exigeante menait à la réussite économique au point d’en apparaître comme la condition nécessaire. Cette image d’Epinal a été désacralisée le 6 janvier lorsqu’une foule d’émeutiers, à l’instigation de Trump président non réélu, s’est lancée à l’assaut du Capitole et a réussi à pénétrer dans le saint du saint jusqu’à ce qu’un factieux s’asseye symboliquement dans le bureau de la présidence du parlement. En transposant à peine, c’est comme si le Vatican se transformait en Las Vegas.

Dès lors que le modèle incontournable de la démocratie est doublement saccagé, la tentation de l’abandonner perfidement devient irrésistible. Poutine en devient l’emblème : il retourne au modèle impérissable du tsarisme : les opposants en prison, la montée en puissance militaire, le contrôle des médias, les velléités de conquêtes admirablement réussie en Crimée et en voie de matérialisation en Ukraine, le panslavisme restauré. L’UE majoritairement démocratique est impuissante devant la montée en puissance militaire de la Russie : ses institutions l’empêchent de devenir la grande puissance unifiée qui seule pourrait résister à la montée de la démocrature. En son sein même la Hongrie et la Pologne commencent à vaciller. Dans un pays à peu près normal comme la France, l’addition des sondages en faveur de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour porte à 35% les partisans d’une révision des institutions de la République. En Suisse même, le parti les plus important, l’UDC, rassemble une constellation hétéroclite de mécontents qui en viennent à vilipender de dictateur le suave Alain Berset défendant à la retirette les mesures indispensables pour contenir l’épidémie, décidées du reste par le Conseil fédéral in corpore.

Dans le reste du monde c’est pire, les apparences de la démocrature ne sont même plus respectées. Le prototype est l’Afghanistan : pendant vingt ans les Etats-Unis ont exercé l’esprit missionnaire de la démocratie sur un peuple qui n’en voulait pas et qui n’a du reste jamais rien voulu que son indépendance de montagnards. Les Anglais, les Russes et les Américains s’y sont brisés les dents. Dès lors le pays est retourné à la théocratie de la dictature des talibans. La minorité des Afghans qui avaient été attirés par le modèle démocratique n’ont plus d’autre ressource que de s’exiler vers l’Europe qui n’en veux pas.

Inspirés par ce beau modèle les militaires reprennent le pouvoir en Birmanie en inculpant la présidente régulièrement élue. Tunisie, Soudan, Ethiopie, Mali dérivent. En Inde, Narendra Modi à la tête d’un parti nationaliste hindou s’en prend aux minorités religieuses pour assoir son pouvoir sur la plus stable des bases : la collusion entre religion et pouvoir. La Pologne s’inspire aussi de cette plus archaïque des gouvernances : donner à César l’investiture exclusive de Dieu en s’en prenant à l’avortement et à l’homosexualité. Eric Zemmour a beaucoup de succès en France en invitant les musulmans “à se christianiser” et en proclamant que la “France sans l’Eglise n’existe pas”.

La démonstration de l’impéritie démocratique est complétée par l’échec des Etats-Unis dans la gestion de l’épidémie : le pays le plus riche du monde doté des meilleures universités présente le triste record mondial du nombre de morts 846 905, soit une incidence de 700 morts pas 100 000 habitants. La Chine se glorifie (sans doute après quelque manipulations statistiques) de 4 636 morts soit une incidence peu crédible de 3 , mais il faut cependant ajouter quelque foi à cette comparaison écrasante car ce pays n’hésite pas à confiner une ville de 13 millions d’habitants de la façon la plus stricte en interdisant même les sorties pour l’approvisionnement en alimentation. C’est évidemment une tautologie de constater qu’un pouvoir fort contient mieux une épidémie qu’un pays aux traditions libérales mais la démonstration est cependant instructive. Cela rejoint la démonstration précédente qui devient une tautologie : en cas d’urgence un pouvoir fort fait mieux qu’une démocratie pointilleuse.

Si cette dérive vers la démocrature s’accentue, la Suisse parait la mieux armée pour y résister grâce à deux principes : la concordance signifie la participation de tous les partis au gouvernement et donc l’impossibilité de le confisquer par un parti majoritaire ; la démocratie directe remet le pouvoir ultime entre les mains du peuple. Tant que ces deux principes seront respectés, nous serons en sécurité. Dès que l’un d’eux sera mis en cause, l’alarme devra résonner. L’acratie helvétique est lente et donc peu efficace en cas d’urgence mais elle préserve l’essentiel.  Elle ne peut être menacée que par l’un de ses excès : un culte exagéré d’une liberté sans limites. C’est au nom de cela que des émeutiers ont tenté d’envahir le Palais fédéral. Il faut s’en souvenir.

Publicité pour le trépas

 

La publicité pour le tabac est un classique increvable de la politique suisse à la petite semaine. Elle oppose périodiquement les partisans de l’économie, en gros la droite, aux protagonistes de la santé, plutôt la gauche. Le bilan réel n’est pas contesté :  au moins 9500 personnes meurent directement chaque année du tabagisme, soit 26 décès prématurés par jour. L’espérance de vie des fumeurs est raccourcie de 14 ans. C’est une estimation minimale : la réalité est probablement pire. Tels sont les faits que personne ne discute. C’est à partir de cela que les opinions divergent. Une initiative a été lancée et discutée au parlement fédéral qui lui oppose une loi comme contre-projet indirect. Le peuple votera le 13 février 2022.

L’initiative veut interdire toute forme de publicité pour le tabac, qui puisse atteindre les enfants ou les adolescents dans la presse, sur des affiches ou Internet, au cinéma, dans les kiosques ou lors de manifestations.  L’initiative feint d’autoriser toutefois la publicité, qui ne ciblerait que les adultes ou qui serait inaccessible aux mineurs. Comme une publicité ne peut pas circonscrire sa cible de cette façon, si l’initiative passe, toute publicité serait de fait interdite. La Suisse rejoindrait ainsi la Nouvelle-Zélande, qui s’est mise en tête d’éradiquer le tabagisme.

Cette initiative, dite pour « des enfants et jeunes sans publicité pour le tabac », va trop loin pour le Conseil fédéral. Bien que le Conseil fédéral et le Parlement prétendent eux aussi mieux protéger les jeunes « contre les effets néfastes du tabagisme », ils recommandent de rejeter l’initiative. « Ils estiment qu’elle constitue une atteinte à la liberté de commerce parce qu’elle ne tient pas assez compte des intérêts des entreprises, de la presse écrite, des manifestations culturelles ou sportives qui profitent de publicités ou de parrainage de l’industrie du tabac », a déclaré Alain  Berset (sans doute à contre-cœur, collégialité oblige).

Au parlement, le champ d’application de l’initiative est trop large selon Olivier Feller (PLR/VD). Il s’agit d’une interdiction pure et simple de la publicité pour le tabac. Ces mesures sont contraires à la liberté économique, d’après Regine Sauter (PLR/ZH). L’industrie du tabac crée de l’emploi et elle doit pouvoir faire de la publicité comme les fabricants de tous les autres biens de consommation. Plus de 11’000 emplois ( ?) seraient touchés selon Andreas Glarner (UDC/GL). Gregor Rutz (UDC/ZH y voit des atteintes à des droits fondamentaux, à la liberté d’expression et d’informer. Pour Albert Rösti (UDC/BE), ce n’est pas à l’Etat de dire à la population ce qui est bon ou non pour elle, selon lui. Cette initiative ouvrirait la voie à d’autres interdictions, dans le domaine de l’alimentation par exemple.

Le contre-projet recommandé par Berne, adopté en octobre dernier par les Chambres, veut, à l’échelon fédéral, seulement harmoniser l’interdiction de la publicité pour les produits du tabac et la cigarette électronique sur les affiches et au cinéma. A l’heure actuelle, seuls 17 cantons interdisent la publicité pour le tabac sur les affiches et 6 cantons dans les cinémas.

L’alternative est donc visible : éviter une dizaine de milliers de décès prématurés ou sauver autant d’emplois. Le sort de dix mille personnes est chaque fois en jeu : ou bien autant de morts ou bien autant d’emplois. Pour que les uns puissent travailler, il faut que d’autres perdent leur vie. Tel est le débat surréaliste qui a été mené au parlement, comme si la perte d’emploi ou celle de la vie pouvaient se comparer, se mesurer, s’équilibrer.

On en vient à s’interroger sur le sens de la responsabilité : des parlementaires, des travailleurs du secteur, des vendeurs du produit, des dirigeants des entreprises, des actionnaires, des concepteurs de publicité surtout. Sont-ils prêts à mettre leur talent au service de n’importe quelle cause ?

Car c’est là que le bat blesse. Pour éviter à l’avance tout commentaire inapproprié, il doit être bien clair qu’il ne s’agit pas dans l’initiative d’interdire la vente de tabac, mais de cesser de pousser à sa consommation. Si les milieux économiques se battent pour sauver la publicité, c’est qu’ils savent qu’elle est efficace et donc déterminante dans l’activité de ce marché nuisible à la santé.

Mais quelle est donc cette relation perverse entre le publicitaire qui dupe et le consommateur qui se laisse séduire. Aucune société n’a jamais été aussi bien informée que la nôtre. Nous savons tout, nous voulons tout savoir pour agir en conséquence au mieux de nos intérêts. Dans l’idéologie implicite où nous vivons, l’information constitue la clé de voûte. Si elle est fausse, en principe tout l’édifice s’écroule : nous cessons d’être efficaces.

A cette exigence tout à fait respectable, il n’existe qu’une exception, un territoire de l’information sans foi, ni loi : la publicité. Si c’est pour vendre, on a le droit, mieux le devoir de mentir. Cela n’a rien d’étonnant : nous recherchons l’information parce qu’elle est profitable. Si une fausse information, bien circonscrite, rapporte gros, elle mérite d’être diffusée. Présenter la cigarette Marlboro comme le signe de la virilité d’un cow-boy, parcourant les paysages les plus sauvages du Texas, revient à assimiler tabac et nature, cigarette et santé : c’est grossièrement faux car le modèle qui a servi à ces campagnes est mort d’un cancer du poumon. Mais c’est efficace.

Il ne s’agit pas ici d’interdire la réclame qui annonce un produit et affiche son prix. C’est évidemment légitime si Migros fait une action sur les carottes et Coop sur les poulets. Ceci est de l’information, tandis que la publicité est de la désinformation.

Elle est obligée de nous induire en erreur. En prenant le consommateur par les sentiments, les sensations, les sens. En obnubilant sa raison. Il faut l’amener au point où cela ne l’intéresse plus de connaître le prix, ni si le produit est utile ou même dangereux. La publicité doit susciter le désir et l’inscrire dans l’inconscient de l’animal humain, désireux de vivre et de survivre. Il faut suspendre le temps qui s’égrène et qui fait penser à la vieillesse ou à la mort. La religion de la consommation constitue l’exorcisme de l’époque. On ne promet plus le ciel après la mort, mais l’abondance et le bonheur durant cette vie, indéfiniment prolongée dans un fantasme primaire et trompeur.

La propagande politique comme la publicité commerciale corrompent l’âme de la victime et la rendent complice de son oppression. La perversion du commerce ou de la politique de ce siècle consiste à s’en prendre non seulement aux corps mais surtout aux esprits.

 

 

 

 

 

 

Régression de Noël?

 

Tant crie-l’on Noël qu’il vient, écrivait déjà François Villon en 1458. L’année tire à sa fin comme toutes les précédentes parce que le temps ne s’arrête jamais. Ce n’est pas lui qui passe. C’est nous qui passons comme des naufragés sur un radeau et qui voient défiler les rives d’un grand fleuve. Alors que l’esquif coule petit à petit, nous ne voyons sur les bords que ruine et désolation. La peste puisqu’il faut l’appeler par son nom, le désarroi des peuples, la tentation de la guerre, les inondations, les incendies et, affront suprême une grande éruption comme si la Terre expulsait le pus d’un abcès. Il y aurait autre chose à voir.

Nous aurions donc aimé faire un arrêt sur image, respirer et réfléchir, penser à autre chose qu’au jour le jour. Nous espérions une fête mais nous n’aurons qu’une débauche d’achats. Nous espérions Noël et nous n’aurons que la fête païenne des Saturnales. Nous sommes ramené dans le monde païen. Jadis à Rome on célébrait le solstice d’hiver, des fêtes se déroulaient pour le dieu Saturne. On organisait des repas, on échangeait des cadeaux, on plaçait des plantes vertes dans les maisons. C’est exactement ce que nous répétons.

Au début de l’ère chrétienne, Noël remplaça les Saturnales, la naissance de Jésus se synchronisait sur la remontée de la lumière. A la fin de l’ère chrétienne, les historiens écriront que les Saturnales sont revenues en force sous le déguisement de Noël. Comme selon l’évangile de Luc, Jésus nait dans une famille pauvre, dans une étable, dans le froid, dans l’annonce à des bergers encore plus pauvres qu’un charpentier, il est indécent, contradictoire, choquant de le célébrer par des dépenses démesurées.

Rien mieux que la régression de Noël ne mesure la déchristianisation de l’Occident. S’il est une religion largement répandue, c’est celle de la société d’abondance, de la surconsommation, de la course à la réussite financière. Impossible d’y échapper car elle s’affiche partout. Sur nos murs, parfois quelques belles pensées ou des consignes routières, mais surtout un endoctrinement à l’achat de choses sans nom, dont nous n’avons pas besoin mais dont l’on nous donne envie jusqu’au point où celle-ci est prise pour un besoin. Il suffit de mijoter le iPhone pour en vendre des milliards à des gogos.

Pourquoi cela est-il arrivé ? Qu’est-ce qui se passe avec la religion de peuples développés ? Les hommes d’aujourd’hui ne sont ni plus méchants, ni plus stupides que leurs grands-parents. La morale n’est pas un gaz qui se dissipe. Dans le même poème déjà Villon le disait : Tant aime-t-on Dieu qu’on fuit l’Eglise. Les hommes d’aujourd’hui n’ont pas moins faim de spirituel que leurs ancêtres, dont ils ne descendent pas mais dont ils montent. Ils sont donc plus exigeants et on ne peut plus leur faire prendre des vessies pour des lanternes. Sinon, c’est le cas de le dire, ils tombent des nues.

Ce soir dans les églises et les temples on lira, on commentera l’évangile de Luc, on en parlera comme si cela s’était réellement passé, la mangeoire, le chœur d’anges, le bœuf et l’âne. Or Luc, le plus lettré des quatre évangélistes, respecte la tradition des biographes d’hommes célèbres de l’Antiquité, qui sont tenus d’inventer un récit de l’enfance pour y déceler l’annonce de la vie adulte. Comme il rédige dans les années 80, il est impossible qu’il ait pu tenir cette information de Marie elle-même. Dès lors, il ne faut pas s’arrêter à l’image ou même à la lettre du texte. Luc a recueilli une tradition orale exprimée selon les conceptions de l’époque. Le texte de Luc doit être lu et médité pour ce que son auteur a vraiment voulu signifier, en rédigeant un conte merveilleux et édifiant. Jésus de Nazareth, vraiment homme, est né d’un couple humain comme nous tous. Qui peut aujourd’hui croire le contraire ? Qui peut croire une institution qui prétend le contraire ? Qui peut croire ce soir-là que des chœurs d’anges chantent dans le ciel  à un moment quelconque?

Luc a créé un genre littéraire admirables dans le merveilleux, le conte de Noël,, et on peut lui en savoir gré. Tous les contes qi en dérivent expriment avec force un esprit d’enfance, qui nous fait désirer croire au merveilleux, croire que le merveilleux existe vraiment derrière la grisaille du quotidien. Telle est la substance de la foi. Pas en des manifestations spectaculaires, des avalanches de miracles, des prodiges inouïs qui nous contraindraient de croire, si nous en étions témoins ou si nous ajoutions foi à des témoignages

Notre monde n’est pas déchristianisé. Il est en rupture d’Eglises, toutes tant qu’elles sont, parce que celles-ci ne parlent pas le langage de la vérité du siècle à côté de celui du conte de Noël. Les deux peuvent coexister. On peut regarder avec le même intérêt un documentaire et un film de fiction. Chacun dit la réalité selon des formes différentes. Les quatre évangiles racontent quatre histoires différentes du même personnage qui ressort vivace de cette littérature, plus réel que réel, plus vrai que vrai. Avec un seul message de charité universelle. Qui est partiellement réalisé dans les sociétés chrétiennes et développées avec tous les outils de la politique sociale pour leurs citoyens . Qui n’est pas réalisé lorsque des migrants se noieront dans la Manche au même moment où Noël sera célébré devant le petit reste des pratiquants.

Qui n’est pas réalisé lorsque des scandales entachent une Eglise et la fait paraître comme une conspiration de criminels et de complices. Jadis on battait les enfants dans les meilleures familles parce qu’on les tenait pour des monstres de désordre qu’il fallait convertir par la force. On les violait dans les familles et dans les sacristies parce que cela n’avait pas d’importance. Or, notre monde s’est à ce point christianisé qu’il ne tolère plus ce genre de comportements en droit civil, en justice ordinaire. Nous n’avons pas régressé, nous avons progressé. Nous valons mieux que ce que nous croyons être. Il faudrait que nous en rendions compte et que Noël redevienne l’échange de vœux, les réunions de famille, l’ouverture aux étrangers plutôt que l’achat de iPhones.

 

Faut-il adhérer ?

 

 

Quelle question ! Quelle impertinence et quelle absence de pertinence ! La première question à poser annule toutes les autres : est-ce que le peuple suisse l’acceptera ? La réponse est un non franc et massif : nous n’avons pas besoin de l’Europe, nous sommes comme une île dans le Pacifique, nous pouvons commercer avec la Nouvelle-Zélande, nous sommes un peuple d’élite qui peut vivre sur ses propres forces.

Dans l’actualité, le PS propose un plan pour se substituer à la flânerie actuelle du CF et pour déboucher sur l’adhésion. Le Temps publie une pleine page d’avis autorisés qui aboutissent à l’adhésion. Rêveries de candidats à des postes de fonctionnaires européens à Bruxelles ! La réalité, telle que perçue par le peuple,  est différente. Le plus grand parti suisse est farouchement opposé à toute collaboration avec l’UE. Il a fait voter voici trente ans contre l’adhésion minimaliste à l’EEE. Il vient de faire voter contre « l’immigration de masse ». Il a obtenu la rupture des négociations sur l’Accord-cadre en mai de cette année. Incidemment il est en position de saboter la lutte contre l’épidémie et la transition climatique. Il est ainsi le grand parti de ceux qui sont contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre, il recrute tous les mécontents et en tire sa force.

Or la réalité (la vraie) est différente. La Suisse est au cœur de l’UE. Elle est naturellement un nœud des transports et de l’électrification. Elle seule jouit du privilège de parler trois grandes langues du continent et de former des fonctionnaires et des politiciens multilingues. Elle a goûté du rôle de plateforme d’échange en formation et en recherche, qui a suscité localement une industrie de pointe, un marché de l’emploi qualifié, en fin de compte une insolente prospérité pour un pays démuni des ressources naturelles et d’accès à la mer.

Après la rupture de ces négociations, une logique cynique s’imposa à l’UE : en priorité suppression de l’accès helvétique à Erasmus et à Horizon, réduction au statut de pays tiers. Appuyer où cela fait mal. Car il n’y a pas de science nationale qui puisse se maintenir sur ses seules forces. Il n’y a qu’une seule science internationale où ce qui se découvre en Californie est lié avec ce qui se développe entre Genève, Neuchâtel et Lausanne. De même que Berkeley, Stanford et Caltech recrutent leurs étudiants dans le vaste réservoir de talents des Etats-Unis et au-delà, de même UNIGE, UNIL et EPFL doivent accéder librement au vaste réservoir des talents de toute l’Europe. Dans Horizon participer aux grands projets e recherche dotés de 95.5 milliards d’Euros que jadis nous avons dirigés.

Puisque la Suisse n’est pas membre de l’UE, elle en est un pays sujet, obligée de s’aligner sur des décisions auxquelles elle n’a pas participé. Ou plutôt sur des strapontins. Car les liens avec l’Europe existent par la bande. Tableau : l’UE avec 27 partenaires, le sous-ensemble de la zone euro avec 18 de ceux-ci, l’OTAN  avec 28 Etats, qui sont un sous-ensemble de l’UE plus la Norvège, l’Islande, l’Albanie, la Turquie, les USA et le Canada. Il y a encore la bande à part de l’AELE avec 4 Etats, l’Espace Schengen avec 26 Etats dans et hors UE, l’Espace économique européen avec 31 Etats, toute l’UE plus la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein, le Conseil de l’Europe avec 47 Etats, l’OSCE avec 57 partenaires. La Suisse appartient à quatre de ces superstructures, hors UE faut-il le préciser. Et puis encore de petits clubs, CEI à trois, OTSC à six, GUAM à quatre. Au-dessus de ce folklorique grenouillage, plane l’ombre gigantesque des Nations Unies, aussi universelles qu’impuissantes.

Ce diagramme d’ensembles enchevêtrés apporte en tous cas un message clair et fort : l’Europe géographique est le lieu d’une diversité de douze coalitions fondées constamment sur l’égoïsme national.  Chaque Etat sélectionne les partenaires, qui promettent plus d’avantages que d’inconvénients, plus de bénéfices que d’investissements, et se tient à l’écart des autres. On est bien loin d’un enthousiasme premier pour la création d’un vaste pays-continent, porteur d’une culture qui a irrigué le monde entier, berceau de cinq langues qui ont conquis la Terre au-delà de leur frontière, origine historique de la science, de l’économie et de la technique planétaires. Ce continent qui a uni la planète est incapable de s’unifier. C’est l’Europe à la petite semaine, qui réunit les gagnepetits et les pense petits dans une commune euphorie politique. Et le plus mauvais élève est bien la Suisse qui se demande ce que l’Europe pourrait bien lui apporter, sans se rendre compte qu’elle pourrait apporter beaucoup, à commencer par la culture du fédéralisme et du consensus.

Car la multiplicité des superstructures européennes ne signifie pas que les objectifs soient atteints. En parole oui, en fait non. Comme douze organisations visent les mêmes buts, aucune n’a de pouvoir de décision. Les assemblées de parlementaires internationaux votent des résolutions qui restent lettre morte faute de pouvoir de décision. Mais qui a eu l’idée folle d’inventer les Etats-Nations ? Un concept d’exclusion et d’enfermement qui suppose l’existence de peuples homogènes sur des territoires intouchables, qui nie le multiculturalisme, qui fragmente le continent en une poussière d’Etats impuissants face à la Russie de Poutine. Nous défendons tellement notre indépendance que nous pourrions finir par la perdre.

Car l’Histoire implacable, impitoyable, machinale ne s’arrête jamais. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, les bruits de bottes à l’Est pourraient faire place, tôt ou tard, à une folle irruption de blindés, d’abord en Ukraine, puis dans les pays baltes. Si l’on peut douter que l’OTAN soit résolue à relever le défi,  en revanche on ne peut douter que la Suisse sera tenue pour rien dans un tel affrontement. Elle l’aura choisi. Il sera trop tard. L’élection d’un général par les Chambres réunies n’y changera rien. Cessons de demander ce que l’UE peut faire pour nous et demandons-nous ce que nous pouvons faire pour notre continent.

 

 

Faut-il vacciner les enfants ?

 

Quelle question ! Comment être à ce point aveugle à la réalité : la seule arme contre un virus est le vaccin : depuis deux ou trois siècles on a vacciné les enfants dans le monde entier sans se poser de questions. Car pendant des millénaires, l’humanité a subi la variole, l’une des maladies les plus dangereuses au monde avec un taux de mortalité supérieur à 30 %. Pour donner suite à une campagne de vaccination mondiale menée par l’OMS, elle a été déclarée éradiquée en 1980. Ce fut une victoire de l’humanité tout entière, solidaire et éclairée, qui avait inventé le vaccin.

Néanmoins la vaccination se retrouve au centre des débats en Suisse, pays où elle suscite une certaine méfiance : 66% de vaccinés contre 71% rn France, 74% en Italie, 78% au Japon, 87% au Portugal. Le caractère obligatoire de la vaccination, tel que prévu par la révision de la Loi fédérale sur les épidémies,  fait polémique. Le peuple suisse aura le dernier mot parce qu’il a tous les pouvoirs. Mais est-il informé au point de prendre une décision éclairée ?

La mobilité au niveau international, l’augmentation de l’urbanisation, les changements climatiques ont entraîné une accélération de la diffusion des maladies transmissibles. Une évolution mondiale qui n’a bien sûr pas épargné la Suisse. Ces phénomènes  ont montré le besoin d’adapter les stratégies de la santé publique. Mais pour cela, il faut d’abord adapter la base légale aux exigences actuelle. C’est indispensable pour prévenir, dépister et combattre les maladies transmissibles. Comment font les autres ?

La France est une démocratie représentative où le pouvoir politique de l’exécutif  peut s’exercer à plein. En plus des 3 vaccins traditionnellement obligatoires : diphtérie, tétanos et poliomyélite, viennent de s’ajouter par la loi : l’Haemophilus influenzae B (bactérie provoquant notamment des pneumopathies et des méningites), la coqueluche,  l’hépatite B, la rougeole, les oreillons la rubéole le méningocoque C (bactérie provoquant des méningites) le pneumocoque (bactérie provoquant notamment des pneumopathies et des méningites). Soit onze vaccins obligatoires. Est-ce conforme à la démocratie? Peut-on empêcher les citoyens de mourir de la maladie qu’ils ont choisie?

En revanche, la Suisse est une véritable démocratie populaire où les citoyens décident selon leur bon plaisir. L’idée d’une contrainte est impensable. On peut recommander une vaccination mais pas la rendre obligatoire. En Suisse, il n’y a actuellement aucune obligation de se faire vacciner. Les autorités ont opté pour le principe de liberté.  Selon la doxa officielle, la couverture vaccinale dans les pays qui obligent leurs citoyens à se faire vacciner n’est pas beaucoup plus élevée que dans notre pays. Est-ce correct ? Deux décès liés à la rougeole ont été recensés en Suisse depuis début 2019.  Environ cinquante enfants sont hospitalisés chaque année à cause d’une coqueluche, surtout des nourrissons. Cinq décès liés à la coqueluche ont été déclarés au cours des 15 dernières années. Est-ce le cas en France ? Oui, il y a environ un mort par an de rougeole, non vacciné parce que immunodéprimé. Pas de statistique pour la coqueluche.

Pour donner suite à une demande des directeurs cantonaux de la santé publique, le gouvernement a transmis au Parlement un projet de révision totale de la Loi fédérale sur les épidémies. La nouvelle loi renforce le rôle de la Confédération en matière de direction stratégique, de coordination et de contrôle. L’application de la loi reste de la compétence des cantons. Mais le point sur lequel convergent la plupart des opposants est la possibilité donnée à la Confédération de rendre une vaccination obligatoire. En fait elle n’est qu’apparente.

Car la Constitution protège l’intégrité physique de chaque individu et un vaccin ne peut se faire sous la contrainte. Le vaccin pourrait être obligatoire, mais chacun pourra refuser qu’on touche à son épaule. On ne voit du reste pas des gendarmes embarquer un récalcitrant dans une ambulance. En revanche, le passe sanitaire peut contraindre de fait à se vacciner pour pouvoir se rendre au restaurant, travailler, voyager. Le non-vacciné peut aussi être confiné comme il l’a été en Autriche.

Plus de la moitié des parents refusent la vaccination de leurs enfants et à peine un tiers en est convaincu. La Suisse reste donc le pays de la méfiance à l’égard des recommandations du pouvoir fédéral comme elle l’a toujours été. Chacun est roi chez soi. C’est à la fois précieux et dangereux. C’est cette forme extrême de dilution du pouvoir qui s’appelle l’acratie. En temps ordinaire c’est l’idéal.

Face à une menace grave, ce l’est beaucoup moins. La sainte liberté constitutionnelle du non vacciné entre en conflit avec celle du vacciné, qui désire vivre normalement en société puisque cela ne présente plus de problème pour lui. Avec celle du personnel médical obligé de faire face à des avalanches d’épidémies. Avec celle des entreprises qui désirent poursuivre leur activité.

Si le virus pouvait parler, il contredirait cela puisque l’existence d’un dixième de la population refusant le vaccin est fondatrice de sa liberté à lui. Il peut se maintenir dans ce qu’il considère comme un bouillon de culture, y engendrer des variants de plus en plus contagieux ou dangereux, réinfecter des vaccinés, poursuivre sa carrière indéfiniment. Oui, le non vacciné est le meilleur ami du virus. A un degré supérieur encore celui qui propage des fausses nouvelles. Pour prolonger sans fin les vagues d’épidémie, le meilleur ingrédient reste la bêtise. Elle ne faillira jamais.