Une taxe qui pollue les enjeux environnementaux

Le canton de Vaud veut renforcer sa stratégie énergétique pour lutter contre le réchauffement climatique. A priori louable, cette politique se ferait une fois de plus sur le dos des entreprises, qui ont déjà beaucoup contribué et donné. Référendum en vue?

Réduire la consommation d’énergie par habitant de près de 60% et couvrir 50% des besoins énergétiques du canton de Vaud par des ressources renouvelables à l’horizon de 2050: la nouvelle version de la Conception cantonale de l’énergie, rendue publique lundi par le Conseil d’Etat, se veut ambitieuse. Lyrique, l’Etat entend ainsi «renforcer son soutien au virage énergétique et à la lutte contre le réchauffement climatique, tout en assurant prospérité et qualité de vie à la population vaudoise». Vaste programme aux relents vaguement électoralistes.

Pour financer sa politique, le canton aurait pu puiser dans les substantiels revenus que lui rapporte sa lourde fiscalité. Il n’en est rien! Il a opté pour le triplement de la taxe sur l’électricité en la faisant passer de 0,18 ct/kWh à 0,6 ct/kWh dès 2020, avec une progression possible, en cas de besoin, jusqu’à maximum 1 ct/kWh. Étrange cible lorsque l’on sait que la production électrique, majoritairement renouvelable, génère peu ou pas de CO2. Le coût estimé atteint, pour une PME, entre 1000 et 2000 francs par an, et entre 9600 et 18’800 francs pour les grands consommateurs. Le but consiste à renflouer le Fonds cantonal sur l’énergie. Cette augmentation toucherait une fois de plus les entreprises, toujours bonnes à être ponctionnées, et menacerait encore un peu plus leur compétitivité. Le comble, comme l’a relevé «24 heures», c’est que «la quasi-totalité des salaires à la Direction de l’énergie sont financés par un prélèvement sur le Fonds pour l’énergie qui n’a pas cette vocation et qui s’épuise inexorablement», a fait remarquer la Commission de gestion du Grand Conseil… La question du référendum va probablement se poser.

Mais passons! Personne, hormis quelques «climatosceptiques» anachroniques, ne conteste l’ampleur des défis environnementaux que notre planète doit affronter. L’économie, par son activité, génère son lot de CO2 dans l’atmosphère. Mais ce serait faire un bien injuste procès aux entreprises que de nier les efforts qu’elles consentent pour réduire leur empreinte carbone. Pointées du doigt pour leurs rejets divers dans la nature, elles sont conscientes de leur responsabilité face à l’environnement. Les industries ont déjà commencé à s’en préoccuper il y a longtemps en atteignant leurs objectifs. Et elles continuent de cibler les potentiels d’amélioration dans ce domaine. Même si leur consommation et leurs frais sont moindres, les PME travaillent elle aussi sans relâche pour améliorer leur efficacité énergétique.

Des projets enthousiasmants naissent

Depuis 2001, sous l’égide de l’Agence de l’énergie pour l’économie, près de 4000 entreprises ont évité l’émission de 2,3 millions de tonnes de CO2 par année. Selon les chiffres de l’Office fédéral de l’environnement, par ailleurs, les émissions de gaz à effet de serre par franc de PIB ont diminué de 39% pendant la période allant de 1990 à 2016, et cela malgré l’augmentation de l’activité économique. La croissance est souhaitable, d’autant plus qu’elle se veut désormais qualitative. Les départements de recherche et de développement des entreprises s’attellent à résoudre un certain nombre de problèmes climatiques. Des projets enthousiasmants naissent dans les PME, dans les start-up, dans les Hautes écoles de Suisse et de notre canton. Il s’agit de mobiliser tous les moyens possibles pour investir dans l’avenir.

Les entreprises, rappelons-le une énième fois, ne sont pas des vaches à lait que l’on peut traire à merci. Dans ce contexte, il est utile de rappeler que l’impôt vaudois sur la fortune est, en comparaison intercantonale, l’un des plus élevés de Suisse. Au-delà de son impact individuel, cet impôt frappe directement les entrepreneurs propriétaires de leur entreprise – donc de leur outil de travail – puisque la valeur des sociétés est légalement inscrite dans le calcul de l’impôt sur la fortune. Cette imposition lourde ne favorise guère les investissements.

Faire de l’écologie à tout prix est dans l’air du temps. Mais il serait judicieux de souffler dans le bon sens.

Photo: AdobeStock

Claudine Amstein

Claudine Amstein

Claudine Amstein est la directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, depuis 2005. Après avoir été juriste et secrétaire générale de la Chambre vaudoise immobilière, elle en reprend la direction en 1993. Elle a été constituante au Grand Conseil vaudois, avant d’en être députée pendant dix ans. Elle est très engagée dans les associations faîtières de l'économie suisse.

4 réponses à “Une taxe qui pollue les enjeux environnementaux

  1. “Faire de l’écologie à tout prix est dans l’air du temps. Mais il serait judicieux de souffler dans le bon sens.”
    On voit bien comment les milieux economiques prennent le theme de l’ecologie en consideration. C’est toujours aux autres de payer, d’etre taxe… Ils font des efforts depuis tellement longtemps qu’on pourrait se demander comment ils polluent encore.
    Compter uniquemment sur le bon vouloir des gens ou des entreprises, c’est parie sur le statu quo et la course vers aucun effort. Certains s’en contenteraient bien volontier. Le probleme c’est que les consequences du laisse aller sur ce sujet, vont impacter tout le monde, et la, pas moyen de trouver un echappatoire. L’economie telle qu’elle est organisee, n’a que faire de l’ecologie.
    Avoir comme grille de lecture, “les taxes c’est mauvais” est une facon biaisee de voir les choses. En bout de course ca sera toujours a l’etat de regler les problemes quand ils apparaitront. On l’a helas deja vu dans le passe. Alors donnons lui les moyens de regler les effets de l’inaction des autres membres de la societe (individus, entreprises)

    1. Je crois que vous m’avez mal lue: l’économie paie son tribut à l’environnement – les chiffres le prouvent – et cherche des solutions pour résoudre le problème climatique, en particulier par le biais de l’innovation. Et ce n’est pas en les taxant sans cesse que les entreprises pourront investir pour l’avenir, ainsi que pour l’emploi.

  2. Il faudra nous expliquer pourquoi l’électricité serait taxée quand on nous incite à acheter des voitures électriques …
    Il faudrait aussi arrêter de ne parler que du CO2 quand les effets polluants du méthane, de l’ammoniac et des oxydes d’azote sont souvent bien pire pour notre environnement.
    Ne serait-il pas plus juste de récompenser les actions positives pour le bien-être planétaire au lieu de toujours vouloir taxer ?

  3. Les Verts et les peuple Suisse ont du soucis à se faire, lorsque je dis les Verts, je devrais dire maintenant tous les partis politiques puisque la petite mesure pseudo-écolo est devenu le fond de commerce toutes tendances confondues, c’est vendeur …. La grande majorité des Suisses font déjà des efforts et sont toujours prêts à faire des efforts, mais il ne faut pas les prendre pour des idiots.
    Les chantiers les plus importants pour notre planète (transports maritimes, transports aériens, industries etc.. etc ..) prennent beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps et bien souvent donnent que très peu d’espoirs.
    Alors une petite taxe c’est tellement vite fait et même si cela n’apporte rien écologiquement parlant, c’est bon pour les caisses de l’État, et cela donne l’impression d’être un bon représentant du peuple car on va punir.
    Le citoyen Suisse est un peu plus réaliste que cela, on peut continuer à vouloir lui faire bouffer du Glyphosate (il rapporte tellement d’argent qu’il devient presque bon pour la santé), on peut lui faire croire qu’en payant plus son Kw/h il va en consommer moins d’électricité ( la moindre panne d’électricité nous montre notre dépendance à cette énergie) mais qu’il y aura tout de même 50% de véhicules électriques pour atteindre les objectifs 2030 en matière d’émissions de CO2, et j’en passe et des meilleures…..
    Mesdames et Messieurs, il va falloir consommer toujours plus d’électricité pour limiter les gaz à effet de serre, pour le moment on ne sait pas comment on va pouvoir vous fournir cette électricité de façon propre, alors on va vous taxer pour vous inciter à en consommer moins. Une bonne génératrice Diesel dans le jardin fera l’affaire…( Non ce n’est pas de Coluche)
    A force de prendre les citoyens pour des imbéciles, ne pensez-vous pas qu’ils vont bientôt vous montrer qu’ils peuvent vraiment jouer aux imbéciles ! Les villes et les forêts de ce canton n’ont jamais été aussi remplis de déchets sauvages que depuis l’arrivée des sacs poubelles taxés, cela devrait tout de même faire réfléchir sur ce type de mesures ……

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