Mieux observer la société pour réussir la réforme des retraites

Le paquet Prévoyance 2020 a donc été renvoyé à l’expéditeur par une majorité du peuple suisse. Une nouvelle fois, une réforme – partielle ou complète – de notre système de prévoyance a échoué en votations fédérales. La fédération des oppositions l’a emporté sur la réalisation, alors que, tôt ou tard, il faudra procéder à des ajustements, et que personne ne pourra se soustraire à la pression démographique.

Remettre l’ouvrage sur le métier ne doit pas se limiter à reprendre les diverses composantes du paquet et à en renégocier les conditions. Il s’est écoulé huit ans entre les fondements de la réforme et son rejet le 24 septembre dernier. A l’échelle de l’évolution de notre société, c’est beaucoup. En 2009, pour rappel, ni Instagram, ni WhatsApp, ni Snapchat – les principaux canaux numériques d’échange d’information et de conversation des « millenials » – n’existaient encore, et Twitter était embryonnaire. On ne parlait pas beaucoup de crowdfunding ni de coworking, deux terminologies qui occupent de plus en plus l’espace économique.

L’impression de calme et de lenteur que peut dégager la société suisse ne doit tromper personne. Ici aussi, les grandes tendances qui s’observent dans les pays développés modifient le rapport au travail, les attentes des jeunes générations et les comportements, individuels et collectifs. Pour élaborer la réforme de notre système de prévoyance, il est impératif de tenir compte de ces nouvelles réalités. Trois éléments devraient ainsi être retenus.

Gotham – le plus grand espace de coworking de Suisse récemment inauguré à Lausanne – illustre l’une des tendances dont il faut tenir compte sur le marché du travail et, par ricochet, dans la future réforme de la prévoyance. (Photo: www.gothamco.com)

De nouvelles réalités à considérer

Première évolution, la généralisation du travail à temps partiel – ou, plutôt, de la réduction partielle du taux d’activité. Celle-ci ne se limite plus aux femmes qui entrent dans le marché du travail, ou y reviennent après une interruption due à une grossesse, un schéma classique qui commence à être battu en brèche. Les hommes sont de plus en plus nombreux à choisir un travail à 80%, voire moins. Soit pour disposer de plus de temps « pour eux », mais souvent pour le consacrer à une autre activité qui donne du sens à leur vie, et qui n’est pas toujours rémunératrice ou rentable financièrement.

Cette multiplication des sources de revenus, très inégaux, constitue la deuxième tendance forte. Elle s’inscrit aussi dans une individualisation du travail, qui implique une hybridation des statuts, où une même personne peut cumuler un état d’employé d’une structure publique, de salarié d’une entreprise et d’indépendant.

Cette souplesse s’inscrit enfin dans le temps : les carrières bifurquent plus souvent qu’à leur tour, les reconversions sont fréquentes, soit par choix, soit par nécessité, dans un monde très compétitif où les situations acquises se raréfient.

Même si ces tendances restent émergentes, c’est aujourd’hui que les réponses se préparent, pour qu’au moment où ces actifs arriveront à l’âge de la retraite, le système puisse répondre à leurs besoins. Outre la flexibilisation de l’âge de la retraite, qui paraît une évidence, la création d’un taux de cotisation unifié dans le 2e pilier, quel que soit l’âge des cotisants, pourrait être un axe de réflexion intéressant pour faire avancer l’indispensable réforme de la prévoyance.

Le CHUV mérite une gouvernance moderne

Fleurons de la médecine suisse, garants de la haute qualité des soins et de la recherche de pointe en matière de santé, les  grands hôpitaux universitaires suisses sont de fascinantes organisations. Elles attirent des talents du monde entier et totalisent des dizaines de milliers d’emplois, destinés à la meilleure prise en charge des patients. Leurs budgets sont à la hauteur de leur mission et de leurs responsabilités. Pour gérer cette complexité, ces établissements d’importance vitale sont dotés d’une certaine autonomie. Et d’un conseil d’administration représentant diverses facettes de la société, et des compétences complémentaires pour s’insérer dans le système suisse de santé.

Tous, sauf un : le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), qui n’est qu’un service de l’Etat, directement soumis à l’exclusive autorité du chef du Département de la Santé et de l’Action sociale (DSAS). Même les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) n’ont pas de cordon ombilical aussi net avec le pouvoir politique – même si celui-ci est largement représenté au sein du conseil d’administration. A Zurich, à Berne, à Bâle, les structures varient quelque peu mais elles adoptent toutes le principe d’un organe de surveillance stratégique, qui englobe aussi plusieurs établissements affiliés.

A l’heure où les enjeux stratégiques et financiers du système de santé suisse n’ont jamais été aussi importants, cette singularité n’est pas sans poser de sérieuses questions. La première saute aux yeux : le conseiller d’Etat en charge de la Santé est plus souvent qu’à son tour juge et partie. Il arbitre les financements croisés, puisque le canton finance une partie des soins et décide comment cet argent est dépensé dans le cadre du CHUV ; il décide de la politique d’acquisition des équipements lourds ; il tranche sur le nombre de lits accordés au domaine privé. Cette double casquette souveraine d’employeur et “subventionneur”, source de conflits d’intérêt, ne va pas sans poser problème. Non seulement aux établissements privés, mais aussi aux hôpitaux régionaux.

 

“Sur le plan financier, le budget du CHUV n’occupe que deux des 283 pages du budget cantonal.” (Crédit image: Gzzz)

 

De manière plus générale, la nécessité de veiller à une efficience optimale dans la maîtrise des coûts et la gestion des ressources exige une approche moderne et ouverte de la gouvernance hospitalière. Les enjeux sont colossaux. La spécialisation des domaines de pointe le dispute à l’importance croissante des traitements ambulatoires, à la pression démographique grandissante, à des traitements lourds toujours plus chers, et à une concurrence internationale très forte pour continuer de s’assurer le concours des meilleurs.

Sur le plan financier, le budget du CHUV n’occupe que deux des 283 pages du budget cantonal. La proportion en francs est différente : le CHUV touche 1,3 milliard là où l’Etat en dépense au total 9,3 milliards ! Ces chiffres démontrent presque à eux seuls la nécessité d’une réflexion de fond autour de la façon dont est régi le géant hospitalier vaudois.

Pour faire face à ces défis, il doit pouvoir s’appuyer sur des partenariats de tous ordres. Ceux-ci doivent répondre à des critères de qualité et d’efficacité. Une approche pragmatique, et non dogmatique, est indispensable pour permettre de dégager les meilleures pratiques. La supervision du CHUV par un organisme indépendant – où l’Etat aurait naturellement sa place, mais pas de manière prépondérante – s’inscrirait dans cette approche « métier ». Et permettrait une analyse indépendante, dynamique et novatrice de sa stratégie.

Le 22 août dernier, les quatre principales organisations économiques vaudoises ont présenté un catalogue de mesures qu’elles estiment utiles à l’avenir du canton. La transformation du CHUV en établissement autonome de droit public, doté d’un conseil d’administration, y figure en bonne place. Partout, la pression augmente pour une meilleure gouvernance, plus transparente, plus indépendante. Financé par les deniers publics et privés, pourvoyeur de plus de 10’000 emplois, stratégique pour le canton et le pays, le CHUV ne peut échapper à cette indispensable mise à jour.

L’emploi: prochaine victime de la transition numérique?

L’emploi total devrait augmenter de 2% par an d’ici 2025 au niveau suisse. Il faudra cependant veiller à adapter les qualifications aux nouvelles réalités économiques.

La transformation numérique est désormais une réalité pour bon nombre de PME. Une enquête menée à l’automne dernier par la CVCI auprès de ses membres montrait même que 40% des entreprises vaudoises allaient prochainement procéder à des adaptations en raison de la digitalisation et le même pourcentage de personnes déclara qu’elles allaient “peut-être” le faire. Mais comment prévoir les répercussions qu’un tel bouleversement aura sur le marché suisse du travail? Jusqu’à présent, le nombre d’emplois total a continué à augmenter et cette tendance devrait se confirmer à l’avenir, selon une analyse publiée au mois de juin à l’occasion de la Journée des employeurs. Il sera cependant crucial d’adapter les qualifications à l’évolution des besoins afin de garantir les emplois à long terme.

 

Plus de postes à qualifications élevées

En effet, si globalement l’emploi progresse, la situation est en revanche très variable selon le degré de formation des employés. L’analyse, qui compile près de 100 études nationales ou internationales consacrées aux effets de la numérisation sur l’emploi et transpose les résultats à la Suisse, révèle que le nombre d’emplois de collaborateurs disposant de qualifications “moyennes” a régressé de 10% au cours des 20 dernières années et les activités “routinières” sont de plus en plus souvent réalisées par des machines ou des programmes intégrés. Les postes à qualifications élevées ont en revanche progressé de 7,6% et ceux ne requérant que peu de formation ont augmenté de 1,9%. Il en résulte un accroissement de l’emploi de l’ordre de 2% par an au niveau suisse jusqu’en 2025.

La maîtrise des TIC

A priori, la Suisse est donc tout à fait capable de maîtriser la mutation structurelle qu’impose la transformation numérique. Mais faudra-t-il encore que l’Etat garantisse la mise en œuvre de conditions-cadres efficaces, avec des lois adaptées aux nouvelles réalités. En matière de formation, notre système dual figure parmi les plus efficaces au monde, mais il s’agit maintenant de conserver cet avantage en renforçant l’enseignement et la maîtrise des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). Le virage numérique exige plus que jamais le développement de cette culture de l’apprentissage!

 

 

L’industrie 4.0 est une chance pour la Suisse

Les entreprises industrielles vont-elles à nouveau produire en grande série en Suisse? Actuellement, l’industrie manufacturière traditionnelle connait une transformation numérique sans précédent grâce au développement d’usines entièrement robotisées et pouvant fonctionner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Après des décennies de production dans les pays émergents, notamment en Chine ou dans les pays d’Asie du Sud-est, l’idée d’une relocalisation fait donc son chemin parmi les entrepreneurs européens.

La relocalisation est possible

L’année passée, le fabricant allemand de chaussures Adidas annonçait par exemple le rapatriement d’une partie de sa production dans une nouvelle usine 4.0, basée à Ansbach en Bavière. Si ce choix stratégique réduit notamment les coûts de transport de millions de produits livrés en Europe, il permet, surtout, l’embauche de quelque 160 ingénieurs et techniciens capables de gérer un parc de machines high-tech. Espérons que cette décision, qui fait preuve d’audace, va contribuer à encourager l’idée qu’une relocalisation est non seulement possible mais également rentable.

Renforcer l’attractivité du secteur

Interviewé dans le cadre d’une série de vidéos consacrées à la digitalisation des entreprises vaudoises (voir vidéo ci-dessus), Eric Schnyder, directeur de la PME Sylvac, spécialisée dans les outils de précision, confirme cette tendance: “Le développement de l’industrie 4.0 et de la robotisation est une réelle opportunité pour l’économie suisse et pourrait signifier le retour d’une production industrielle florissante”. Si nous disposons, certes, d’une formation duale efficace faudra-t-il encore renforcer l’attractivité du secteur afin de disposer de suffisamment d’ingénieurs répondant aux critères 4.0 à l’avenir. Nous avons donc tous les atouts en main pour être les artisans de la quatrième révolution industrielle, à condition de s’y prendre à temps.

Notre attractivité économique s’essouffle, mais ce n’est pas une fatalité!

Le canton de Vaud devient moins attractif pour l’implantation de nouvelles entreprises. Les chiffres le montrent depuis quelques années. Derniers en date: les résultats 2016 de Promotion économique vaudoise communiqués récemment. Si l’an dernier, une trentaine de sociétés seulement ont choisi notre région pour y développer leurs affaires, elles étaient plus du double à faire ce choix dix ans auparavant.

Cette baisse d’attractivité de 50% – un phénomène semblable à ce que l’on constate au niveau suisse – s’explique en partie par la crise financière de 2008, mais également par une série de facteurs instaurant une certaine instabilité économique. Nous ne pouvons que souhaiter, par exemple, une rapide solution quant à la réforme de la fiscalité des entreprises, refusée au niveau fédéral en février dernier. Le futur projet qui accompagnera la suppression des statuts spéciaux devra permettre à notre pays de garantir sa compétitivité et son attractivité.

C’est indéniable, les sociétés étrangères nous permettent de concrétiser de nouvelles opportunités d’affaires, de diversifier nos activités et de générer de précieux emplois. Nous en avons besoin pour faire prospérer notre économie. Pour y parvenir, le maintien d’un marché du travail ouvert et d’un accès sans entrave au marché européen constituent deux autres priorités incontournables. Nous devons pérenniser les accords bilatéraux.

L’ implantation d’entreprises étrangères

 a chuté de 50% en dix ans dans le canton de Vaud.

Il est également indispensable de bien traiter nos jeunes pousses – et favoriser un cadre juridique attrayant. Mais le chemin est long: pas plus tard que la semaine passée, le Conseil fédéral a rejeté une motion de la commission de l’économie du national qui réclamait une imposition privilégiée des participations détenues par les collaborateurs de start-up afin de soutenir l’innovation suisse.

Si nous voulons donc, à terme, retrouver notre attractivité d’antan et séduire des acteurs clés pour notre développement économique, il faudra, plus que jamais, mettre tout en œuvre afin d’offrir des conditions cadres optimales. Avec plus de 1000 entreprises accompagnées en moins de quatre ans, le travail fourni par la plateforme Innovaud constitue notamment un exemple d’initiative à suivre.

JO 2026, et si la magie opérait?

Les Jeux Olympiques 2026 seront-ils l’aiguillon qui permettra de repenser le tourisme alpin? La Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) a lancé l’un des deux projets romands il y a deux ans déjà. Une étape importante a été franchie juste avant Pâques, avec le feu vert du Parlement du sport de Swiss Olympic. Le projet va pouvoir prendre forme…

Les Jeux Olympiques 2026, dont Sion sera la ville hôte, ont pour ambition d’être à taille humaine. Faisons un vœu supplémentaire: ils doivent être les jeux de l’innovation et de la durabilité, dans le respect de l’agenda 2020 du Comité international olympique (CIO), en utilisant au mieux les infrastructures déjà existantes (la nouvelle patinoire de Malley, à Lausanne, qui sera inaugurée en 2019, ou celle de Berne, parmi les plus grandes d’Europe).

Les artisans des deux projets de JO 2026 – celui de la CVCI pour Vaud et celui de Christian Constantin en Valais – ont su dépasser les frontières cantonales. Ils ont vite compris qu’il fallait voir plus grand pour bénéficier au maximum des pistes, installations sportives et infrastructures hôtelières et para-hôtelières déjà existantes.

L’occasion de se réinventer

Pour les Vaudoises et les Vaudois, cette aventure ne sera pas synonyme de chantiers et de nouvelles infrastructures inutiles. Elle doit tout au contraire être l’occasion de repenser le tourisme, en montagne comme en plaine, et de lui apporter des améliorations absolument indispensables.

Le tourisme mérite une attention toute particulière, au moins aussi soutenue que le commerce ou l’agriculture. Plus de 22’000 postes de travail dépendent directement ou indirectement de ce secteur, qui contribue à 7,2% du produit intérieur brut (PIB). La venue d’un événement planétaire dans notre écrin romand ne peut qu’avoir des répercussions positives… A condition, évidemment, de faire les bons choix et de profiter au mieux de la vitrine phénoménale de cette parenthèse sportive qui restera gravée dans les annales.

Notre région s’est déjà hissée parmi les leaders mondiaux comme site d’implantation de start-up, alors qu’elle n’y était absolument pas prédestinée. Il n’y a aucune raison que nous n’arrivions pas à atteindre la même excellence et le même dynamisme dans le domaine olympique. Nos stations alpines en sortiront renforcées et peut-être réinventées. C’est un pari que nous devons oser.

Le biathlon des JO 2026 pourrait avoir lieu sur le plateau des Mosses

La transition numérique: une opportunité pour innover!

Les entreprises vaudoises avancent sur le chemin de la digitalisation! A l’heure où la transition numérique s’accélère et touchera très bientôt un nombre beaucoup plus important de sociétés qu’aujourd’hui, les PME prennent conscience du phénomène. En effet, selon une récente enquête commandée par la CVCI à l’institut de sondage M.I.S Trend, plus de deux tiers des 388 entreprises sondées ont déjà entendu parler du concept d'”industrie 4.0″ ou de “numérisation de l’économie”. Des résultats encourageants qui sont néanmoins contrebalancés par le manque d’informations disponibles sur cette thématique. Un réel obstacle pour 60% des interrogés. Et ce n’est pas faute de consacrer du temps à se documenter sur la digitalisation: près de deux tiers des participants assurent s’informer un peu ou beaucoup. Il est sans doute possible d’expliquer cela par l’absence d’une documentation structurée, sur une thématique encore relativement récente et peu étudiée. Des informations encore trop lacunaires qui poussent les entrepreneurs à se renseigner principalement sur Internet ou dans les médias.

Un verdict sans appel

Dans un contexte ou la numérisation des activités intègre des concepts comme l’Internet des objets, le bigdata, la robotique, les applications mobiles ou les réseaux sociaux, il faut insister sur les opportunités de cette transition. D’ailleurs, les entrepreneurs ne s’y trompent pas et le verdict est sans appel: 60% des sociétés vaudoises voient dans la transition numérique une chance contre 16 % un risque. Les 24% restants ne se prononcent pas. Les effets les plus positifs évoqués sont notamment l’augmentation de l’efficacité, la possibilité de mieux adapter les produits à la demande, la réduction des coûts de production et de distribution et l’amélioration de la capacité concurrentielle en général.

Conséquences sur l’emploi

Et les points négatifs? Si une majorité d’entreprises craignent pour la protection des données et le droit du travail, elles sont partagées quant aux conséquences sur l’emploi.  En effet, l’impact sur les effectifs a été ou serait neutre pour 52% des répondants. En dépit de la persistance d’un franc fort et de conditions-cadres toujours plus menacées, la transition numérique représente une réelle opportunité pour notre économie. Il est donc nécessaire que la CVCI soutienne activement cette transition, afin d’encourager l’innovation et garantir la compétitivité de nos entreprises.

 

Ci-dessus, un exemple de résultat obtenu grâce à l’enquête commandée par la CVCI à l’institut de sondage M.I.S Trend.

La RIE III préserve le niveau de vie de la classe moyenne

La troisième réforme de l'imposition des entreprises (RIE III), sur laquelle le peuple suisse s'exprimera le 12 février prochain, serait une «arnaque» au préjudice de la classe moyenne se chiffrant en milliards de francs, selon ses opposants. Cette réforme, fruit d'un compromis équilibré largement soutenu – même par une partie des sympathisants de la gauche – entraînerait des coupes dans les budgets sociaux ou la formation.

Rarement campagne politique aura véhiculé autant d'arguments infondés. Car, en réalité, cette réforme est le ferment d'une fiscalité moderne, privilégiant l'innovation, la recherche et le développement. Elle constitue le meilleur moyen de préserver le niveau de vie de l'ensemble de la population suisse, revenus modestes et classes moyennes confondus. Elle garantit également le maintien de budgets publics équilibrés.  

Comment les analyses peuvent-elles aboutir à des constats aussi différents? Les adversaires de cette réforme affirment qu'elle consiste à faire des cadeaux aux multinationales. En réalité, le taux d'imposition des bénéfices de ces sociétés, qui perdront leurs «statuts spéciaux», augmentera pour la plupart d'entre elles, dans une mesure dépassant parfois les 50 à 60%. Celles qui pourront recourir aux outils prévus par la nouvelle loi, comme la «patent box» ou aux déductions accrues pour la recherche et le développement, seront de fait incitées à investir dans notre pays et à y créer des emplois.

Cette réforme procure par ailleurs un autre avantage: elle permet de s'assurer que les multinationales restent en Suisse. Cette présence est capitale lorsque l'on sait que sur les 8,4 milliards de francs d'impôt fédéral direct (IFD) payés par l'ensemble des entreprises en 2014, près de la moitié l'a été par des sociétés bénéficiant de régimes fiscaux d'exception, octroyés parce qu'elles réalisent la plus grande partie de leurs affaires à l'étranger. Le calcul est vite fait: plus de 4 milliards de francs – sans parler de dizaines de milliers d'emplois – sont en jeu si ces entreprises devaient partir en raison d'une fiscalité devenue subitement non concurrentielle.  

Ce montant substantiel équivaut pratiquement à 6% du budget fédéral de cette année. Si cette somme venait à manquer, nous ne disposerions alors que de trois options: augmenter les impôts des personnes physiques, biffer l'équivalent du budget annuel de la politique agricole fédérale ou bien un mélange de ces deux mesures. Quelle que soit  la combinaison, la facture serait extrêmement douloureuse pour la classe moyenne.

La RIE III permet d'éviter ces écueils. Elle induit effectivement une baisse du taux d'imposition dans certains cantons, comme celui de Vaud. Mais les compensations, comme la hausse des allocations familiales, qui passeront à 300 francs par mois dès 2019, montrent bien qu'il ne s'agit pas d'une «arnaque». La classe moyenne serait bel et bien perdante si la RIE III était rejetée, en particulier dans notre canton. C'est pourquoi un OUI résolu s'impose le 12 février!

La voie bilatérale a le vent en poupe

Le Baromètre annuel des préoccupations de Credit Suisse, dont l'édition 2016 vient de paraître, montre que la population suisse demeure ouverte, à une époque où un repli nationaliste se manifeste un peu partout, notamment dans une Europe en crise. D'après cette enquête, réalisée auprès de 1010 personnes en collaboration avec l’institut gfs.bern, les principales inquiétudes des Suisses – chômage et étrangers en tête – demeurent mais perdent toutefois de leur intensité. En 2003, 63% des sondés voyaient le chômage comme un problème majeur, contre 56% l’an dernier, et 45% aujourd’hui. Les inquiétudes liées aux étrangers ont augmenté de façon quasi continue depuis 2003 (18%), atteignant même 43% l’an passé, mais on observe aujourd’hui un net recul de 7 points de pourcentage.

Le résultat le plus révélateur de ce baromètre concerne nos relations avec l'Union européenne (UE), et constitue le corollaire des tendances évoquées plus haut: 67% des personnes interrogées expriment l’envie de poursuivre la voie bilatérale avec Bruxelles alors qu'elles n'étaient que 47% l’an passé. Ce chiffre confirme une étude de «L'Hebdo» publiée en mai dernier selon laquelle 54% des Suisses choisiraient de conserver les accords bilatéraux avec l’UE s’il fallait choisir entre leur maintien et le respect de l'initiative du 9 février 2014 «contre l'immigration de masse». Ce texte, rappelons-le, demande la réintroduction de contingents de main-d'œuvre européenne, ce qui est contraire à l'accord sur la libre circulation des personnes.

Les tendances qui se dégagent du Baromètre de Credit Suisse vont dans le sens des récents débats parlementaires relatifs à la mise en application de l'initiative du 9 février. Les Chambres fédérales, désireuses de sortir de l'impasse dans laquelle ce texte a plongé la Suisse, ont opté cette semaine pour une solution compatible avec la libre circulation des personnes.

Les entreprises, plus clairement encore que la population, savent que le maintien des accords bilatéraux – voire leur approfondissement – est essentiel pour notre économie. La Suisse a besoin de maintenir de bonnes relations avec ses voisins pour créer des emplois et assurer sa prospérité. Malgré la conjoncture mitigée qui prévaut depuis des années sur le Vieux Continent, ce dernier reste le partenaire privilégié des exportateurs et importateurs vaudois. Parmi les huit principaux clients du canton, seuls les Etats-Unis et le Japon ne font pas partie de l’Union européenne. L'an dernier, selon les chiffres publiés par le Service cantonal de recherche et d'information statistique, le canton de Vaud a exporté pour 13,4 milliards de francs de produits, dont 59% en direction de l'Union européenne.

Les résultats de l'enquête de Credit Suisse donnent une indication sur l'attachement de la population à l'égard des bilatérales. Et montrent que le 9 février 2014, le peuple n'a pas dit non à ces accords. Les Chambres fédérales, elles aussi, ont fait ce choix en adoptant formellement la loi d'application sur l'immigration de masse, contre laquelle l'UDC renonce à lancer le référendum. Le Conseil fédéral dispose ainsi d'une marge de manœuvre pour élaborer un contre-projet à l'initiative «Rasa» permettant de pérenniser la voie bilatérale. Sortir de l'impasse est possible, les Suisses en ont plus que jamais administré la preuve.

Un ballon d’oxygène insuffisant

Les contingents de permis de séjour pour les ressortissants extra-européens seront augmentés l'an prochain de mille unités par le Conseil fédéral. Ce geste constitue certes un pas dans la bonne direction, mais il est notoirement insuffisant: les cantons militaient pour 2000 permis supplémentaires, soit un retour aux chiffres qui prévalaient en 2014. Chacun a encore en mémoire que, dans la foulée de l'acceptation de l'initiative du 9 février, les sept Sages avaient décidé dans l'urgence de biffer 2000 permis de travailleurs en provenance de pays hors UE sur les 8500 qui étaient prévus.

La réduction drastique de ces contingents s'est révélée particulièrement funeste pour les cantons de Vaud et de Genève, des régions en plein essor où de nombreuses sociétés internationales ont grand besoin de main-d'œuvre qualifiée. Le Conseil fédéral dit avoir tranché en tenant compte des besoins persistants de l’économie en spécialistes mais aussi dans le contexte du nouvel article constitutionnel sur l’immigration et des débats en cours au Parlement. Pour lui, la priorité des travailleurs résidents en Suisse est assurée.

Il faut pourtant le dire et le redire: octroyer de telles autorisations à un personnel hyperspécialisé ne prend pas de places de travail aux Suisses. Les sièges de multinationales, à l'image de Nestlé, ont recours à ce genre de permis, notamment pour faire «tourner» leur personnel. Elles font ainsi venir régulièrement leurs cadres de l'étranger quelques mois au siège pour les former.

J'ai eu l'occasion de l'écrire dernièrement dans ce blog: la délivrance d'autorisations de travail en suffisance pour les étrangers extra-européens est une nécessité absolue pour l'économie de notre pays. Dans le canton de Vaud, près de la moitié des projets soutenus par la Fondation pour l'innovation technologique (FIT), organisme que la CVCI a contribué à lancer, ont à leur origine des ressortissants étrangers. Notre pays regorge certes de talents mais il manque aussi de professionnels qu'on ne trouve pas sur le marché de l'emploi indigène. Des spécialistes en recherche pharmaceutique ou en informatique font actuellement défaut cruellement.

Un nombre insuffisant d'autorisations de travail contraint de nombreuses entreprises à geler des projets dans l'attente de la délivrance de permis. Déjà mise à mal par le franc fort et les soubresauts de la conjoncture mondiale, parmi lesquels l'élection de Donald Trump ne constitue pas le moindre, la Suisse n'a guère besoin de chicanes administratives supplémentaires.

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann militait pour un retour à 8500 unités, et cela pour une excellente raison: quatre à six emplois suisses sont liés à la venue d'un spécialiste extra-européen. L'apport de cette main-d'œuvre peut donc contribuer à réduire le chômage en Suisse.

Le ballon d'oxygène octroyé par la Confédération à l'économie reste insuffisant. La région lémanique et l'ensemble de ses entreprises, qui contribuent largement à la prospérité suisse, ont besoin d'autorités au fait des réalités économiques et d'une vision d'avenir.