Un milliard au nom de la cohérence

Une large alliance des milieux économiques, scientifiques, culturels, politiques et de la société civile demande au Parlement fédéral le déblocage rapide de la deuxième contribution de cohésion. Une nécessité pour rentrouvrir la porte de l’Union européenne.

Les thèmes brûlants ne manquent pas lors de la session parlementaire qui s’est ouverte lundi à Berne, à l’image du débat sur l’AVS. L’un des points d’orgue est toutefois attendu le 30 septembre avec la discussion sur la modification des arrêtés fédéraux relatifs à la deuxième contribution de la Suisse en faveur de certains États membres de l’Union européenne (UE), le fameux «deuxième milliard de cohésion».

Le Parlement fédéral a approuvé cette contribution en décembre 2019, à la condition que l’UE n’adopte pas de mesures discriminatoires à l’encontre de la Suisse, comme le non-renouvellement de l’équivalence boursière, qui perdure, d’ailleurs. Le Conseil fédéral entend supprimer cette condition et débloquer autant la contribution… que la situation. Il souhaite ainsi montrer à Bruxelles que, malgré la fin des négociations sur l’accord-cadre, il reste un partenaire fiable.

Le Conseil fédéral joue un peu au pompier pyromane, car c’est bien lui qui, en rejetant l’accord institutionnel en mai dernier, a mis le feu aux poudres. A cause de cette décision irraisonnée, notre pays est désormais traité comme un «pays tiers non associé» dans les trois grands programmes de coopération européens relatifs à la recherche (Horizon Europe), à l’éducation (Erasmus+) et à la culture (Europe créative), et demeure ainsi exclu de participations essentielles. Cette situation est dramatique pour les milieux concernés.

Un appel vibrant

Dans ce contexte périlleux, une large alliance des milieux économiques (dont la CVCI), scientifiques, culturels, politiques et de la société civile a adressé une lettre aux parlementaires fédéraux les enjoignant à approuver le plus rapidement possible la deuxième contribution à la cohésion. «Nous avons maintenant besoin de vos votes clairs pour que le Conseil fédéral fasse tout son possible pour que la Suisse puisse à nouveau participer aux trois grands programmes de coopération en tant que partenaire pleinement associé. Faire cavalier seul n’est pas une solution», lit-on dans cette missive.

Aujourd’hui, les chercheurs suisses ne peuvent plus soumettre de demandes individuelles pour les subventions du Conseil européen de la recherche (CER). La perte de ces réseaux et de ces sources de financement affecte non seulement les Ecoles polytechniques fédérales et les universités, mais aussi les Hautes écoles spécialisées, ainsi que de nombreuses entreprises concernées. La Suisse est en mesure de combler un ou deux déficits de financement par des mesures de rattrapage. Mais cela ne saurait compenser les opportunités de mise en réseau tout aussi précieuses, ainsi que la possibilité pour les jeunes chercheurs de constituer et de diriger leurs propres équipes de projet à partir d’ici, grâce aux subventions CER.

La politique européenne de la Suisse se trouve aujourd’hui au point mort. Les Chambres fédérales disposent d’une occasion rêvée de contribuer un tant soit peu à la normalisation de nos relations avec Bruxelles. Ce premier pas, je souhaite qu’elles le fassent sans équivoque le 30 septembre prochain. La Suisse ne saurait éconduire une fois de plus – une fois de trop? – son principal partenaire commercial.

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L’équité, ce pilier de la fiscalité

Retirer son avoir du 2e pilier est fiscalement bien plus douloureux sur Vaud que dans bon nombre d’autres cantons. Il est temps de revoir cet impôt à la baisse pour favoriser l’épargne et pour éviter une fuite de certains contribuables.

Le magazine «Bilan» le rappelle opportunément dans son édition du 23 août dernier: les cantons romands – dont celui de Vaud, en particulier – taxent davantage les retraits en capital que ceux d’outre-Sarine. Les écarts sont parfois gigantesques. A titre d’exemple, un assuré marié qui retire 500 000 francs doit s’acquitter d’un montant de 31 122 francs dans le canton de Vaud (seul Bâle-Ville est plus cher), contre 7500 francs dans les Grisons! Le magazine précise que tous les cantons romands figurent dans le top 8 des plus voraces. «Les écarts sont indolores entre Genève, Jura et Valais (moins de 1500 francs). En revanche, les Vaudois paient 13 624 francs de plus que les Valaisans», peut-on lire. Lorsque l’on sait que ces avoirs sont taxés aux niveaux fédéral, cantonal et communal, on imagine la facture finale! Notre assuré vaudois marié retirant 500 000 francs paiera ainsi 57 196 francs au total!

Cette inégalité devant l’impôt, particulièrement criarde sur nos rives lémaniques, est problématique, car elle peut pousser des contribuables à déménager juste avant leur retraite dans un canton moins gourmand. C’est notamment pour cette raison que le député Aurélien Clerc a déposé l’an dernier une motion – transformée depuis lors en postulat – pour demander une baisse du taux d’imposition sur les capitaux des 2e et 3e piliers. Sa proposition s’oriente vers un alignement sur le taux ayant cours dans le canton de Genève. Ce nivèlement aurait pour vertu de rendre Vaud plus compétitif et encouragerait les assujettis à épargner pour leur retraite. Cela leur permettrait d’augmenter leur pouvoir d’achat dans la mesure où l’impôt serait moins élevé au moment du retrait final.

Baisse attendue

Le canton de Zurich, dont la gourmandise à cet égard n’a d’égale que celle du canton de Vaud, a franchi le pas et a décidé de réduire l’imposition sur les prestations en capital à partir de 2022. Elle passerait alors de 48 860 à 28 400 francs sur un avoir de 1 million. Poussé par l’intervention parlementaire précitée, Vaud envisagerait de faire un pas vers une baisse de ce côté-ci de la Sarine. «Le Conseil d’Etat a prévu une diminution de cet impôt, en principe pour l’année prochaine», a indiqué un porte-parole du Département des finances et des relations extérieures à «Bilan». Mais il faudra attendre jusqu’à la publication du budget 2022 pour savoir si le pas sera réellement franchi. Vu la lourdeur globale de sa fiscalité, le canton doit, de mon point de vue, faire un geste fort dans ce sens.

Ce que l’Etat «perdrait» en revenu fiscal se retrouverait dans le circuit économique. Ces flux, ne l’oublions pas, contribuent également à la prospérité du canton.

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Non à un texte aussi inutile que néfaste

L’initiative 99% veut imposer plus lourdement le capital des plus riches pour réduire l’imposition des moins aisés. Problème: elle frapperait également les PME, les sociétés familiales et les start-up. C’est pourquoi un non résolu s’impose.

La lutte des classes n’appartient décidément pas au passé, en dépit des progrès sociaux importants qui ont marqué l’évolution de notre société. J’en veux pour preuve l’initiative des Jeunes socialistes, intitulée 99%, qui propose de surimposer les revenus du capital des plus aisés pour réduire l’imposition des faibles revenus ou pour financer des prestations sociales telles que des crèches, des subsides à l’assurance-maladie ou la formation. Ce texte souffre à mes yeux de deux défauts majeurs: il propose d’ajouter des revenus fictifs à des revenus réels, un non-sens fiscal, et promet de causer de nombreux dégâts collatéraux à l’économie et à la classe moyenne.

Cette initiative, dans le fond, n’a pas lieu d’être. En matière fiscale, la Suisse est plus égalitaire que bien d’autres pays. Par le biais de la progressivité des taux, les personnes aisées paient une part proportionnellement bien plus élevée d’impôts sur le revenu et la fortune, ce qui permet aux personnes plus modestes d’en être exonérées. L’effet de la progression en Suisse se reflète dans le fait que le 1% des plus riches dispose d’environ 11% de tous les revenus et paie 24% de tous les impôts sur le revenu. Autre effet funeste de ce texte: il frapperait également les PME et les sociétés familiales, les jeunes entreprises (start-up), les propriétaires de logement ou de biens agricoles, ainsi que les épargnants. On est très loin du 1% des contribuables visés.

Statut peu enviable

Au-delà de ces évidences chiffrées, le texte soumis au vote le 26 septembre prochain est indéfendable, car il instaure de nouveaux impôts. Les revenus pris en compte seraient taxés à 150%, ajoutant ainsi des revenus supplémentaires fictifs à des revenus réels, ce qui est parfaitement contraire à la logique d’un système fiscal moderne. Ce mécanisme n’existe nulle part ailleurs. L’initiative conférerait ainsi à la Suisse le statut peu enviable de pays où l’on taxe les gens sur un revenu qu’ils n’ont même pas réalisé. Cela découragerait les investisseurs et réduirait drastiquement la constitution de capital dans les entreprises. Comment, dès lors, résister aux crises, investir, innover et créer des emplois?

Autre élément à prendre en compte avant de glisser un non résolu dans l’urne: l’initiative ne ferait que prolonger la crise économique provoquée par la pandémie. Elle n’apporte rien aux personnes les plus fragilisées, qui ne demandent pas l’aumône, mais souhaitent pouvoir recommencer à travailler. En outre, l’augmentation de l’imposition des PME fragiliserait les entreprises pour lesquelles des milliards d’aides ont été débloqués. Ce n’est vraiment pas le moment d’ajouter un écueil supplémentaire à la reprise que nous espérons tous.

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Des entreprises «vaccinées»?

Dimanche dernier dans le SonntagsBlick, Alain Berset a demandé aux entreprises suisses de “s’engager davantage” dans la campagne de vaccination contre le coronavirus, regrettant un certain retard comparativement aux pays voisins. Que le Conseil fédéral cherche des moyens pour relancer les vaccinations est normal bien sûr – et nécessaire ! -, mais la Confédération, les cantons et le tissu économique n’ont toutefois pas les mêmes responsabilités en la matière.

Depuis le début de la crise sanitaire, les associations économiques se sont engagées afin que les mesures les plus adaptées soient adoptées par les autorités, puis implémentées au sein des entreprises. En amont de la mise à disposition des vaccins, la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie a par exemple proactivement fait le nécessaire – en janvier 2021 déjà – pour transmettre au Canton la liste des entreprises de plus de 100 collaborateurs intéressées à participer à la vaccination, dès que cela serait possible. Dans les faits, ce n’est donc pas l’engagement du tissu économique qui a pêché, mais bien l’approvisionnement, les difficultés logistiques et la mise en place des protocoles au niveau fédéral et cantonal. Quant aux options privilégiées par les autorités dans toute la première phase de vaccination, elles impliquaient uniquement « à la marge » les entreprises. Ce choix n’était pas celui de ces dernières.

A chaque acteur son rôle

Pour la santé de tous comme pour la reprise des activités économiques, il faut atteindre l’immunité collective. Les acteurs économiques en ont bien conscience et ne cessent d’ailleurs de relayer ce message depuis la mise à disposition des vaccins. A l’intérieur des entreprises, les collaborateurs ont également été largement informés. Mais jusqu’à quel point un employeur peut-il promouvoir la vaccination sans « contraindre » ? Les associations économiques ont encouragé leurs membres à tout mettre en œuvre afin de la faciliter, mais aussi à inviter leurs collaborateurs à se faire vacciner. Cela nous semble être leur rôle. Mais au-delà, est-ce le leur ? Seules nos autorités ont la possibilité d’agir en force, soit par le biais d’une obligation soit en mettant en place des protocoles différents destinés aux entreprises, par exemple des unités mobiles telles que celles ayant fonctionné dans les EMS.

Un esprit de collaboration et de responsabilité anime les acteurs économiques face aux défis inédits posés. Faciliter, accompagner, relayer les informations et les messages sanitaires nous engage tous depuis mars 2020. Nous continuerons évidemment à œuvrer constructivement pour sortir au plus tôt de cette crise. Quant aux décisions – celles qui ont été prises ou ne l’ont pas été – elles engagent les autorités, à qui nous tenions à le rappeler.


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Action commune pour effet global

Cette semaine, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publiait un nouveau rapport. 234 scientifiques de 66 pays y alertent l’opinion publique sur la rapide dégradation de la planète. L’organisme international détaille ainsi l’importance cruciale d’une diminution de grande ampleur de nos émissions de gaz à effet de serre. S’il est important d’agir, il conviendra de le faire tous, main dans la main.

Ces dernières années, partis politiques, sociétés civiles et population ont plutôt donné l’image de prêcher chacun pour leur chapelle, se montant les uns contre les autres, au lieu de chercher une voie commune. Parfois, on a l’image d’une société qui ne fait plus rien pour la communauté. A force de reporter stérilement sur les autres la responsabilité du changement, on n’avancera plus, on reculera même.

Au coup de semonce climatique lancé par le GIEC, et à la suite du rejet de la loi CO2, il convient donc de s’engager rapidement dans une nouvelle voie. Il serait cependant trop simpliste de reporter la responsabilité de cette situation sur les seuls milieux économiques, mais bien au contraire il faut considérer que ces derniers font partie de la solution. Ils sont même un acteur clef pour apporter des actions concrètes. L’industrie notamment est l’un des domaines qui a effectué la mue la plus impressionnante ces dernières années et cela continue

Le nouveau projet de loi devra non seulement être efficace du point de vue du climat mais aussi politiquement réaliste. Si les investissements sont urgents, il faudra avant tout consentir à un soutien à l’innovation. Il conviendra aussi de comprendre que pour apporter la contribution la plus importante possible à cette cause commune, il sera indispensable de veiller à ce que notre économie reste pleinement compétitive.

Dans les mesures nécessaires à court terme, le prolongement du système des conventions d’objectifs pour les entreprises est incontournable. Sous la menace de son expiration fin 2021, le parlement doit chercher une solution transitoire. Ces conventions devront par ailleurs figurer dans le prochain projet de loi CO2 et s’étendre rapidement à toutes les entreprises quelle que soit leur taille. Outre le programme pour la rénovation des bâtiments, il s’agit de veiller à trouver aussi une vision politique liée aux taxations du CO2. D’un point de vue libéral, payer le prix de ce que l’on fait, soit des émissions de CO2, est responsable. Le succès de la solution résidera donc dans le juste milieu du montant de ces taxes.

En soumettant un contreprojet à l’initiative pour les glaciers, le Conseil fédéral maintient l’objectif de zéro émission nette d’ici à 2050. Toutefois, confiant en la capacité de notre pays, le gouvernement ne souhaite pas d’interdiction générale des agents énergétiques fossiles à compter de 2050. Selon lui des exceptions doivent demeurer possibles si les technologies de substitution ne sont pas supportables sur les plans économique ou social. La fameuse voie commune évoquée plus haut…

La transition énergétique nécessite une réflexion urgente

Le récent refus de la loi sur le CO2 et l’abandon de l’accord-cadre interrogent sur l’avenir de notre approvisionnement électrique. De fait, l’option nucléaire resurgit. Il s’agit de l’une des questions à laquelle nous allons être amenés à réfléchir.

L’adoption claire par la population suisse, en mai 2017, de la révision de la loi sur l’énergie (58,21% de oui) a ouvert la voie à la transition vers les énergies renouvelables et scellé le sort du nucléaire en Suisse. Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, et ce n’est pas une métaphore sur les intempéries ravageuses qui ont hélas tendance à se multiplier.

En quatre ans, l’avenir radieux qui se dessinait pour la durabilité en matière énergétique a fait place aujourd’hui à un inquiétant amoncellement de nuages sombres. Il y a d’abord eu le rejet inattendu de la loi sur le CO2, qui prive la Suisse des moyens d’atteindre dans les délais requis ses objectifs de réduction de dioxyde de carbone. Et pendant ce temps, paradoxalement, l’Union européenne planche sur une taxe carbone, celle-là même qui a coulé la loi précitée… A cela s’est ajouté l’abandon de l’accord-cadre par le Conseil fédéral, qui ferme la porte à un accord sur l’électricité avec l’UE pourtant indispensable pour chasser le spectre d’un blackout à terme.

A la croisée des chemins

Dix ans après la catastrophe de Fukushima, la Suisse se trouve de nouveau à la croisée des chemins. La transition vers les énergies renouvelables est trop lente. Il n’est dès lors pas étonnant de voir l’option nucléaire refaire surface, dix-huit mois après la fermeture de Mühleberg sous les flonflons. L’on songe aujourd’hui à prolonger la durée des vies des quatre centrales encore en activité qui assurent, rappelons-le, le tiers de notre production électrique.

Dans certains milieux, la construction d’une nouvelle centrale n’est même plus taboue. Cette question émotionnelle est toutefois légitime, et notre pays va devoir se la poser rapidement, car la concrétisation d’un tel projet prendrait des années, voire des dizaines d’années, sans parler de la problématique des déchets qui reste entière. La société tout électrique qui se profile, notamment dans le domaine de la mobilité, nécessitera un réseau dense et fiable. Devoir dépendre de centrales à charbon étrangères ne ferait guère avancer la difficile équation environnementale.

Malgré ces atermoiements politiques, l’économie, elle, déploie une belle énergie pour se décarboner. Conventions d’objectif, recherche et développement, innovation: les entreprises apportent leur contribution dans cette véritable course contre la montre climatique. Les images de dévastation de ces dernières semaines – inondations, glissements de terrain, incendies de forêts, phases de canicule extrêmes – ne laissent plus la place au moindre doute: la bataille contre le réchauffement doit être menée sans tarder. Alors agissons, et vite!

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Quelques clés pour le retour au bureau

La démotivation aurait gagné nombre de salariés restés éloignés de leur lieu de travail pendant la pandémie. Pour éviter un retour compliqué aux collaborateurs, les employeurs ont un rôle central à jouer: leur donner envie d’y retourner.

«Ces Français qui n’ont plus envie de travailler…» Ce titre choc barrait la une de l’hebdomadaire «Le Point» le 17 juin dernier. Le constat est préoccupant chez nos voisins d’outre-Jura: le chômage partiel aurait développé «une sorte d’oisiveté obligatoire» comme l’analysait un patron de restaurant cité par le journal. Résultat: le travail aurait perdu toute valeur et tout sens pour certains, au point qu’un nombre non négligeable de travailleurs hexagonaux auraient tout largué ou ne veulent tout simplement pas y retourner. L’hebdomadaire évoque l’effet pervers des aides massives dont ont bénéficié les Français. L’Allemagne, moins généreuse en termes d’indemnisations, connaîtrait une reprise plus vigoureuse.

S’il est difficile de comparer les réalités européennes avec celles qui ont cours en Suisse, on peut sans peine imaginer que le retour en entreprise ne doit pas être évident pour tout le monde. Il faut rappeler que chez nous, plus d’un million de travailleurs se sont retrouvés en RHT pendant de longs mois. On pense aussi à celles et ceux qui ont travaillé à distance. Reprendre une activité, revenir en présentiel, redevenir pendulaire, redéfinir des objectifs peut être source d’appréhension, voire d’angoisse. Dans ce contexte, les employeurs ont de toute évidence un rôle central à jouer: celui de remotiver leurs troupes. Un vrai défi, car il s’agit parallèlement de faire redémarrer les affaires et de remplir les carnets de commande.

Pour ce coach spécialiste du bien-être en entreprise, cité par «Le Point», «il faut donner envie aux gens d’y retourner. Les salariés ont un grand besoin de reconnaissance. Les entreprises doivent prendre conscience de ce phénomène et les accompagner dans ce sens pour les remotiver. C’est essentiel pour aller chercher ces points de croissance dont on a besoin.» Les vacances d’été qui se profilent permettront déjà une transition en douceur.

Prendre soin des équipes

On parle beaucoup, aujourd’hui, de remettre l’humain au centre de l’entreprise. La pandémie que nous venons de vivre, et dont on espère qu’elle prendra fin prochainement, constitue une occasion de concrétiser ce concept qui sonne un peu alibi aux yeux de certains. Les chefs d’entreprise doivent, bien plus que par un passé encore récent, prendre soin de leurs équipes, de leurs cadres et de leurs clients. Bien-être au travail et management bienveillant doivent figurer en bonne place dans le manuel du bon manager. Les dirigeants d’entreprises, de leur côté, doivent veiller à prendre soin d’eux afin de pouvoir accompagner leurs équipes de la meilleure des manières.

Un mot encore sur le home office: il est certain que la pandémie a contribué à renforcer son attrait. Il s’agira désormais d’ouvrir un peu plus la porte à ce mode de travail, tout en rappelant que rien ne remplacera jamais le contact direct avec les collègues, ni même les pauses à la cafétéria qui, bien souvent, stimulent les échanges et renforcent l’esprit d’équipe.

Enfin, à la veille de grandes vacances que chacun a bien méritées, j’aimerais exprimer toute ma reconnaissance aux chefs d’entreprise pour le travail qu’ils ont effectué ces derniers mois afin de maintenir leurs sociétés à flot, de garantir l’emploi mais aussi la prospérité qui en découle.

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Des relations sous haute tension

En tirant la prise de l’accord-cadre, le Conseil fédéral met non seulement en péril notre avenir bilatéral avec l’Union européenne, mais aussi notre approvisionnement électrique, en particulier en hiver. Faudra-t-il un black-out pour faire avancer ce dossier? 

L’Union européenne l’avait seriné depuis des mois, voire des années: sans accord institutionnel, pas d’accord sur l’électricité! Ce dernier, qui devait réglementer la participation de la Suisse au marché européen et, notamment, l’importation hivernale de courant étranger, ne verra pas le jour puisque le Conseil fédéral a abandonné l’accord-cadre le 26 mai dernier. On commence aujourd’hui à mesurer les conséquences de cet acte politique irraisonné.

Château d’eau de l’Europe, notre pays a paradoxalement un talon d’Achille, et pas des moindres: sa production hydroélectrique hivernale insuffisante rend nécessaires des importations de courant européen pendant ces mois où les nuits sont longues et froides. La sécurité de notre approvisionnement dépend donc de la bonne entente avec nos grands voisins. L’abandon graduel du nucléaire, même s’il doit être remplacé peu à peu par des énergies renouvelables, rend plus que jamais indispensable une coordination au niveau continental.

La Suisse marginalisée

Swissgrid, l’organisme chargé de transporter l’énergie électrique et d’assurer une bonne fourniture en électricité, a rappelé dernièrement que l’accord européen dans ce domaine devait lui permettre «d’être prise en compte dans les calculs des partenaires européens et de disposer d’informations préalables sur les flux d’électricité traversant la Suisse». Las, notre pays se retrouve aujourd’hui exclu de plusieurs comités européens importants et ne dispose de facto d’aucun droit de regard, ce qui aura à terme des conséquences négatives sur la stabilité du réseau et la sécurité de notre approvisionnement. Les milieux professionnels n’hésitent plus à évoquer un risque de black-out, soit un effondrement de la totalité du réseau électrique. Faudra-t-il en arriver là pour réveiller les consciences?

Le Conseil fédéral a donné dernièrement mandat au DETEC et à l’ElCom, l’autorité fédérale indépendante de régulation dans le domaine de l’​électricité, d’analyser les effets du rejet de l’accord-cadre sur notre approvisionnement. Les pistes évoquées pour atténuer les risques d’un black-out consistent en un renforcement du réseau et des outils de production. Mais il apparaît certain aux yeux des milieux concernés que ces mesures ne suffiront pas. L’Association des entreprises électriques suisses (AES), qui a organisé hier à Lausanne un événement sur le thème de la politique énergétique, a elle aussi fait part de son inquiétude.

Alors oui, il faut de toute urgence renouer le dialogue avec Bruxelles et trouver un modus vivendi afin d’éviter que la situation ne se péjore encore.

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Les enseignements de la pandémie pour le monde du travail

L’essor du télétravail pendant la crise sanitaire fait craindre à terme des délocalisations d’emplois. Si le risque est réel pour certaines professions connectées, d’autres, bien ancrées dans le concret, demeureront ici. Apprentissage et formation continue joueront un rôle-clé.

La tentation pourrait désormais être grande chez certains employeurs: profiter du boum du télétravail pour recruter du personnel sous d’autres cieux moins onéreux. Ce scénario, inspiré par la pandémie de Covid, est esquissé par un institut anglais dans une étude que «24 heures» détaille dans son édition de lundi. Selon le Tony Blair Institute for Global Change, en Grande-Bretagne, les contraintes du home office ont débouché sur une révélation pour les chefs d’entreprise: la productivité a augmenté durant le confinement. De ce fait, un emploi sur cinq risquerait d’être délocalisé. Parmi les jobs susceptibles de migrer vers des contrées aux salaires moins élevés, l’institut de l’ex-premier ministre pointe tous ceux dont les tâches sont effectuées via un ordinateur.

Dans un monde globalisé qui se numérise à marche forcée, il est logique que le marché du travail cherche à s’adapter. Fort heureusement, il reste un grand nombre de professions «bien ancrées» dans le réel que l’on ne saurait transférer. Prenons le secteur de la construction, par exemple. A travers un apprentissage, bien des métiers passionnants ne sont pas menacés d’obsolescence. Mieux: l’innovation jouera un rôle de moteur pour les jeunes avides de nouvelles connaissances. Songeons, par exemple, aux maisons que l’on doit rendre moins énergivores.

Le rôle de l’humain

Face à cette évolution vertigineuse, la formation continue demeure la meilleure manière de maintenir, voire d’accroître son employabilité. On sait aujourd’hui qu’il s’agira de se former en permanence, de redonner constamment du sens à ses activités et aux échanges. Replacer l’humain au cœur des entreprises n’est pas qu’un slogan, il s’agit d’une nécessité. C’est ce qui fera la différence face à l’émergence de l’intelligence artificielle, qui ne saurait se substituer au génie et aux contacts humains.

Autre enseignement de cette problématique générale, qui a valeur de confirmation: la difficulté que certaines entreprises rencontrent pour recruter les talents manquant sur le marché suisse, en particulier dans les domaines numériques de pointe. Il faut dire aux geeks qui préfèrent résider à Berlin ou à Barcelone, et c’est le devoir de nos autorités de marteler ce message, que le canton de Vaud offre une qualité de vie remarquable et variée. Sports d’été, sports d’hiver, nature intacte, vie nocturne et tranquillité constituent des atouts susceptibles d’attirer des jeunes gens talentueux.

Et puis, si ces talents ne veulent décidément pas profiter des avantages que procure la douce Helvétie, pourquoi ne pas recourir à leurs compétences à distance? Ce qui vaut dans un sens vaut aussi dans l’autre.

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Fiscalité et prospérité vont rimer un peu moins bien

Les pays du G7 viennent de se mettre d’accord sur un impôt harmonisé d’au moins 15% pour les grandes entreprises. La Suisse pourrait-elle en pâtir? Sans doute, mais la charge fiscale n’est heureusement qu’un des critères pour le choix d’un lieu d’implantation. Les conditions-cadres restent déterminantes. A nous d’œuvrer à leur pérennisation.

L’intention, dans l’air depuis un certain nombre d’années, s’est concrétisée au début de ce mois sous l’impulsion du nouveau président des Etats-Unis, Joe Biden. Les responsables des Finances du G7 ont annoncé un accord «historique» sur un impôt mondial minimum et une meilleure répartition des recettes fiscales provenant des multinationales, et particulièrement des GAFAM, les géants du numérique. Il s’agit d’un premier pas: le G20 doit encore mettre cette proposition sur la table et convaincre les 140 pays qui travaillent sur le projet de réforme fiscale sous l’égide de l’OCDE.

Il n’empêche: c’est «une véritable révolution, comme l’a confié Xavier Oberson, avocat fiscaliste et professeur de droit fiscal suisse et international, sur les ondes de la RTS. C’est la première fois que la communauté internationale se met d’accord sur une sorte d’harmonisation mondiale pour avoir un taux minimum.» Les pays du G7 entendent manifestement mettre fin à la concurrence fiscale dans le monde à un moment où les caisses des Etats ont été vidées par la pandémie, pendant que celles des colosses du digital se remplissaient grâce au confinement. Il faudra cependant veiller à ce que les Etats-Unis ne maintiennent pas leurs niches fiscales, comme l’Etat du Delaware, ou des déductions qui contribueraient à baisser l’imposition.

Vue d’ici, la décision du G7 a toute l’apparence d’une mauvaise nouvelle. Terre d’implantation de nombreuses multinationales, la Suisse pourrait ainsi être contrainte de revoir sa fiscalité favorable et perdre de ce fait de son attractivité, d’autant plus que les coûts de production y demeurent élevés. Dans ce contexte de grand lissage fiscal à venir, il s’agira plus que jamais de mettre en avant l’atout essentiel que représentent nos conditions-cadres: la sécurité juridique, un écosystème innovant et performant, des Hautes écoles de haut niveau, ainsi que la stabilité politique.

Vent de fronde malvenu

Attention toutefois à ce dernier aspect! Les récentes votations (entreprises responsables, accord de libre-échange avec l’Indonésie, loi sur le CO2) ont montré qu’un vent de fronde souffle au sein de la population contre cette Suisse de l’économie qui serait source de tous les maux. Les temps où les mots d’ordre du Conseil fédéral suffisaient pour convaincre la population d’adhérer à ses vues ouvertes sur le monde semblent révolus, alors que ceux des partis sont de plus en plus broyés et dévoyés par les réseaux sociaux.

C’est oublier un peu vite que l’économie représente des emplois, des salaires, des recettes fiscales et un système social éprouvé, et qu’elle constitue de ce fait rien de moins que le socle de notre prospérité. Pour les organisations économiques, un important travail d’explication devient dès lors indispensable. La CVCI saura porter ce message, soyez-en certains.

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