L’égalité salariale au bout du chemin

Le dernier numéro de Numerus, le courrier statistique du canton, révèle que l'écart salarial entre hommes et femmes dans le secteur privé vaudois a atteint son niveau le plus bas en 2014, s'établissant à 12,4% ou 770 francs, alors qu'il s'élevait à 14,7% en 2004. Cette diminution est réjouissante et montre que l'écart se comble peu à peu.

Pour les statisticiens de l'Etat, ce resserrement s'explique notamment par l'augmentation de la part des femmes parmi les cadres supérieurs et moyens et parmi les détenteurs d'un diplôme universitaire. Ils notent aussi et surtout que «les femmes ont probablement plus souvent des parcours professionnels avec des périodes de travail à temps partiel et/ou des interruptions de carrière qui influent sur leur niveau de salaire».

Les chiffres de l'Office fédéral de la statistique le confirment: près de 60% des femmes actives travaillent à temps partiel, contre 16% chez les hommes. Les facteurs qui poussent les femmes à opter pour ce modèle de travail sont connus: la maternité et la situation familiale. Les mères avec partenaires travaillent majoritairement à temps partiel, et souvent avec des taux d’activité bas. Or, ce type de travail comporte de nombreux inconvénients comme le relève l'OCDE: leurs salaires sont souvent moins élevés, les conditions de travail ne sont pas garanties, la couverture sociale est moins bonne et les chances professionnelles et de carrière sont limitées.

Je reste convaincue que la question de l'égalité salariale ne sera jamais résolue en Suisse tant que le problème de l'accueil des enfants ne sera pas réglé. Une femme doit pouvoir travailler suffisamment pour disposer des ressources lui permettant de financer la garde de sa progéniture, et ainsi pouvoir progresser dans son cursus professionnel. L'OCDE, toujours, constate que notre pays a pris avec retard des mesures permettant la conciliation travail-vie familiale. La Suisse n’investit ainsi que 1,4% de son PIB pour l'accueil d’enfants, ce qui la place en queue de peloton international.

C'est une évidence: des offres en suffisance pour l'accueil d’enfants sont primordiales pour permettre aux femmes de s'investir dans le monde du travail. Une étude menée dans le cadre du Programme national de recherche «Egalité entre hommes et femmes» sur l’état des places d’accueil pour les enfants dans le pré- et parascolaire le laissait clairement entendre en 2013: une hausse de l’offre d’accueil extra-familial provoquerait une augmentation de temps complets chez les mères, ce qui aurait une incidence favorable sur l’égalité entre hommes et femmes. Nous n'avons d'ailleurs pas le choix car nous aurons besoin de l'apport des femmes et de leurs compétences pour faire face à la diminution de l'immigration et pour pallier le manque de main-d'œuvre dû au vieillissement de la population.

L'économie apporte sa pierre à l'édifice. Un pas important dans l'accueil parascolaire a été franchi en mars dernier avec l'adoption de la RIE III vaudoise. Au terme de leur accord, l'Etat et les entreprises vont chacun de leur côté contribuer à augmenter les capacités d'accueil, renforçant ainsi la loi sur l'accueil de jour des enfants qui avait fait de Vaud un pionnier en la matière en 2006. Le canton mettra de son côté 30 millions de francs, alors que les contributions versées par les employeurs doubleront en deux étapes. Celles-ci passeront en 2017 de 0,08% à 0,12% de la masse salariale soumise à l’AVS, pour atteindre 0,16% en 2019. Très récemment, Nestlé a inauguré l'extension de sa garderie La Case dans son Centre de recherche de Vers-chez-les-Blanc. Cette nouvelle unité accueillera les enfants des quelque 600 collaborateurs du site, mais aussi ceux des familles des communes avoisinantes, grâce à un partenariat entre la ville de Lausanne et la Fondation La Case.

L'économie s'engage pour davantage de places d'accueil de même que pour l'aménagement des horaires de travail afin de favoriser le travail des parents, un trend qui pourrait être accéléré avec des incitations fiscales. Tous ces efforts sont bienvenus et contribuent à faire avancer l'égalité salariale.

Visa pour l’innovation

Faciliter la venue et le séjour de cerveaux étrangers sur son territoire est le rêve de nombreux responsables de l'économie. La délivrance d'autorisations de travail en suffisance devient alors une nécessité absolue, sous peine de voir des créateurs d'entreprises et autres jeunes pousses quitter leur pays d'accueil pour des raisons purement administratives. Dans le canton de Vaud, près de la moitié des projets soutenus par la Fondation pour l'innovation technologique (FIT), organisme que la CVCI a contribué à lancer, ont pour créateurs des ressortissants étrangers.

Pour favoriser l'arrivée et le maintien d'entrepreneurs novateurs sur sol américain – une start-up sur quatre a pour fondateur un entrepreneur étranger au pays de l'Oncle Sam -, l'administration Obama a lancé un projet aussi novateur que judicieux. Il consiste à offrir des  visas spéciaux aux dirigeants de start-up venus d'ailleurs. Pas question de quota ou de contingent! Pour bénéficier d'un tel sésame, son futur titulaire devra détenir au moins 15% du capital d'une société fondée aux Etats-Unis au cours des trois dernières années et avoir levé au minimum 350 000 dollars auprès d'investisseurs américains. Ce visa sera valable deux ans, et renouvelable pour trois années supplémentaires.

Ces exigences supposent certes de détenir des fonds en suffisance, une denrée dont les créateurs de start-up ne disposent pas forcément. Mais au moins ce modèle a-t-il le mérite de réduire les contraintes administratives. Jordi Montserrat, responsable romand de l'incubateur Venturelab, a loué ce modèle l'autre jour sur les ondes de La Première, estimant qu'il permet d'adresser un message fort aux porteurs de projet. En Grande-Bretagne, un système similaire existe sous la forme de visas d'entrepreneurs.

Et en Suisse, où en sommes-nous? Jordi Montserrat nourrit quelques inquiétudes au sujet de la compétitivité de notre économie. Pour ce dernier, notre pays ne va pas assez vite dans cette direction et aurait même plutôt tendance à faire des pas en arrière. L'exemple de Google est à ce propos très évocateur. L'un de ses cadres a révélé à la fin de l'an dernier que le géant américain n'avait engagé que deux nouveaux collaborateurs dans son siège zurichois! En cause: des autorisations de travail délivrées au compte-goutte depuis que la Berne fédérale a décidé de réduire les contingents d'employés hors de l'Union européenne, à la fin de l'année 2014.

Les déclarations de Google ont alerté les milieux de la promotion économique zurichois. Balz Hösly, président du conseil d'administration de l'organe de promotion Greater Zurich Area, a ainsi déclaré que «les contingents de personnes venant d'Etats tiers posent problème. On parle de travailleurs originaires de Chine, de Singapour, des Etats-Unis ou du Brésil (…) Ce sont des gens très demandés sur le marché du travail. Et c'est là qu'il faut être moins restrictif.»

A l'heure où l'on est en demeure de régler la question de l'immigration suite à la votation du 9 février 2014, notre pays doit s'interroger sur les meilleurs moyens d'attirer et de garder les créateurs et développeurs des jeunes pousses de demain, une problématique qui va bien au-delà de la question européenne. Rappelons que le quota des travailleurs non européens est aujourd'hui quasiment épuisé en Suisse. Dans le domaine des start-up, les Etats-Unis, ont fait preuve de créativité avec leurs visas spéciaux. Sachons nous aussi innover!

Quand implantation rime avec expansion

La cherté du franc, les incertitudes liées à la mise en œuvre de l'initiative contre l'immigration de masse, les rumeurs de délocalisations… L'énumération des soucis auxquels les chefs d'entreprise sont actuellement confrontés ne saurait occulter un fait constant: la Suisse en général, et l'arc lémanique en particulier, reste un terreau fertile et profitable pour de nombreuses sociétés étrangères. Elles continuent de vouloir s'y implanter pour d'excellentes raisons qui ont pour nom conditions-cadres, haute valeur de l'environnement académique, main-d'œuvre qualifiée et internationale et qualité des services offerts.

Selon les chiffres publiés ce printemps par le Développement économique du canton de Vaud (DEV), 33 sociétés étrangères se sont installées l'an dernier sur le territoire cantonal (36 en 2014), générant 129 nouveaux emplois au 31 décembre 2015 (92 en 2014). L'attractivité demeure réelle, même si les chiffres de ces 15 dernières années, en dents de scie, ne permettent pas de dégager de tendance claire pour l'avenir.

Si les esprits chagrins parviendront à citer quelques exemples d'entreprises étrangères reparties depuis lors sous des cieux fiscalement plus cléments, ils doivent convenir d'une évidence: la grande majorité des sociétés qui ont choisi de s'installer sous nos latitudes y restent et y prospèrent. Et contribuent de ce fait au renouvellement de notre tissu industriel.

Ferring Pharmaceuticals, qui célèbre cette année les 10 ans de son implantation à Saint-Prex, illustre parfaitement cette réalité. L'entreprise, spécialisée dans le traitement de l'infertilité, la gastro-entérologie, l'orthopédie et l'urologie, est devenue un poids lourd de l'économie vaudoise avec ses quelques 2 milliards de francs de chiffre d'affaires annoncés. Elle n'est pas qu'un siège administratif dont le seul but consisterait à bénéficier d'un statut fiscal privilégié. Ferring emploie aujourd'hui plus de 600 personnes en son siège vaudois et produit sur place deux de ses médicaments phares. La société vient même d'annoncer qu'elle entend étoffer substantiellement ses effectifs pour les porter à 1000 employés d'ici à 2020.

Ce n'est donc pas un hasard si cette entreprise, fondée par Frederik Paulsen en 1950 en Suède, a été couronnée dans la catégorie «entreprise étrangère» lors de la deuxième édition du Prix vaudois des entreprises internationales, créé il y a de cela deux ans par le Département de l’économie et du sport (DECS), la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) et le DEV.

La Suisse reste un site d’implantation privilégié pour les entrepreneurs d'ici et d'ailleurs. La promotion économique vaudoise et de bonnes conditions-cadres gardent donc tout leur sens. Mais elles doivent être renforcées! En matière fiscale, le canton de Vaud a plébiscité ce printemps la RIE III et son taux unique d'imposition des entreprises à 13,8%. Ce taux est plus élevé que ce que versent actuellement les sociétés à vocation internationale. Il est également un peu plus élevé que celui qui se pratique en Irlande (12,5%). Le DEV devra donc redoubler de conviction et de diplomatie pour inciter les entrepreneurs internationaux à continuer à investir chez nous. Face au Brexit, qui ouvre une nouvelle période d'incertitudes sur le continent européen, le canton de Vaud et son organisme de développement disposent d'une belle carte à jouer pour mettre en valeur les nombreux atouts qu'offre notre environnement économique.

Dans ce contexte, la RIE III fédérale – sur laquelle le peuple sera appelé à se prononcer l'an prochain – est également indispensable car elle permettra aux entreprises étrangères de déduire une partie de leurs dépenses en matière de recherche et de développement. Une part non négligeable de la prospérité du canton en dépend.

Le printemps des start-up vaudoises

Les semaines pluvieuses que nous venons de connaître n'ont en rien douché la créativité des start-up vaudoises. Bien au contraire! Ces jeunes pousses ont été nombreuses à récolter des lauriers lors de la désormais traditionnelle moisson printanière des prix récompensant les plus innovantes d'entre elles. Citons notamment la start-up lausannoise BestMile, qui propose une plateforme conçue pour gérer et optimiser des flottes de véhicules autonomes à la manière d’une tour de contrôle. Elle vient de remporter coup sur coup le Prix Strategis 2016 assorti d'un chèque de 50 000 francs, ainsi que le Prix PERL de l’innovation d'une valeur de 10 000 francs. Sa renommée a même traversé l'Atlantique puisqu'elle compte parmi les «10 Global Urban Innovators» désignés dernièrement par la fondation canadienne New Cities Foundation. Et ce n'est qu'un exemple parmi bien d'autres start-up régionales qui, elles aussi, ont trusté récompenses et honneurs.

Soutenus par la CVCI, les différents concours organisés dans le canton pour mettre en lumière des jeunes créatrices et créateurs d'entreprises confirment que l'inventivité foisonne dans nos contrées. L'émergence sans cesse renouvelée de jeunes pousses n'est pas le fruit du hasard: le canton de Vaud dispose d'excellentes structures pour faire éclore des start-up avec un parc d’innovation, des incubateurs et un accompagnement. A cela s'ajoute l'excellence de nos Hautes Ecoles, qui constituent elles aussi un terreau propice à l'avènement régulier d'entreprises prometteuses. On s'en réjouit tout particulièrement en cette période où le franc fort et la mise en application de l'initiative du 9 février font planer des nuages sur l'économie suisse en général, et vaudoise en particulier. Ce renouvellement constant constitue l'un des moteurs de la croissance de demain et permet de contribuer à la pérennisation d'une place économique forte et pourvoyeuse d'emplois.

Surtout, le dynamisme dont font preuve les start-up du canton montre que la volonté d’entreprendre est plus forte que la crainte d'échouer! Peu à peu, les mentalités évoluent sous nos latitudes. Aux Etats-Unis, connaître l'échec – même plusieurs fois! – ne veut pas dire que l'on ne sait pas y faire. Au contraire, cela montre que l'on tente, que l'on invente, que l'on crée. Cela reste une affaire d'état d'esprit.

Puissent tous les lauréats des prix distribués ce printemps inspirer de nouvelles et nombreuses aventures entrepreneuriales à succès!

L’union fait la force olympique

Une Suisse occidentale unie déclare sa flamme aux Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de 2026! Ce matin, le projet «The Swiss Made Winter Games», qui regroupe celui initié en Valais par Christian Constantin et celui mené par la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI), a été dévoilé à Lausanne. L’association Objectif 2026, créée par les porteurs de ce projet, déposera officiellement une lettre d'intérêt auprès de Swiss Olympic le 31 mai prochain. Cette candidature rassemble des personnalités du monde du sport, de l’économie et de la recherche. «The Swiss Made Winter Games», qui se veut résolument participatif, entend fédérer les talents et les richesses de l’ensemble de la Suisse occidentale autour d'un magnifique projet porteur d'avenir.

Objectif 2026 conduit actuellement une série de rencontres avec les collectivités publiques et le secteur privé. Pour l'association, la Suisse occidentale dispose d'atouts indéniables qui permettraient un retour des Jeux olympiques à la montagne, 78 ans après la dernière édition ayant eu lieu en Suisse, à Saint-Moritz en 1948.

Du point de vue économique, l'organisation des Jeux olympiques en Suisse occidentale représente un budget de près de deux milliards de francs, auquel le CIO contribuera pour près de la moitié. Cette somme constituerait à l'évidence une manne bienvenue pour les régions concernées, avec à la clé des retombées appréciables pour un secteur touristique soumis à une concurrence toujours plus vive, notamment en raison de la cherté du franc. Les images de nos cimes enneigées et de nos panoramas incomparables, relayées dans le monde entier, rappelleraient aux amateurs d'espaces préservés à quel point la Suisse demeure une destination incontournable.

Cette candidature met d'ailleurs l'accent sur le développement durable et s'inscrit parfaitement dans la volonté déclarée du CIO de revenir à des Jeux à taille humaine et à des coûts raisonnables. La démesure des récents JO de Sotchi est encore dans toutes les mémoires… Le groupe de travail qui planche sur ce projet pourrait, de surcroît, profiter de l'expérience accumulée par les organisateurs des Jeux olympiques de la jeunesse, qui se tiendront dans les Alpes vaudoises en 2020.

Du point de vue sportif, enfin, il est indéniable que ce projet susciterait un grand enthousiasme auprès des jeunes gens avides de performances et d'émotions. Personne n'a oublié le triomphe des skieuses et skieurs suisses lors des Mondiaux de Crans-Montana en 1987, sans parler de la médaille d'or de Didier Défago à Vancouver en 2010. On peut ainsi espérer qu'aux côtés de la Vaudoise Charlotte Chable et du Valaisan Anthony Bonvin, grands espoirs actuels du Cirque blanc, les nouveaux Zurbriggen, Gaspoz et autres Walliser pourraient émerger d'ici à dix ans!

«The Swiss Made Winter Games» constituerait à n'en pas douter une formidable opportunité de vivre des JO d'hiver au cœur des Alpes, entre tradition et modernité.

Nestlé, 150 ans d’ancrage vaudois

Nestlé célèbre cette année les 150 ans de son implantation à Vevey. Cet anniversaire vaut infiniment mieux que le reportage consacré dernièrement à l'événement par le «19:30», où l'on insistait plus sur le sobriquet dont certains Veveysans affublent les employés de Nestlé que sur l'apport très important de cette firme à l'économie vaudoise en général. Cette séquence pour le moins orientée a même suscité une interpellation au Grand Conseil. Mais zappons…

C'est donc en 1866 que le pharmacien Henri Nestlé a fondé sa société éponyme après avoir élaboré une farine lactée destinée à nourrir les nouveau-nés que les mères ne peuvent pas allaiter. Depuis lors, beaucoup de lait a coulé dans les biberons du monde entier et d'eau sous les ponts de la Veveyse. Nestlé est devenue, au fil des décennies, l'une des entreprises internationales les plus performantes au monde et emploie actuellement 3000 personnes provenant souvent d'horizons divers, entre Vevey et La Tour-de-Peilz.

Ces employés, qu'ils viennent notamment des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et d'Inde, participent à l'essor de la région, et c'est heureux! Si tous n'ont pas intégré une chorale ou un club sportif, ils prennent part à la vie locale à leur manière, en amenant leur diversité sur la Riviera vaudoise et en faisant eux aussi vivre les commerces du coin. Cet échange est profitable à tous. Promenez-vous le samedi matin au marché sur la Grande Place et tendez l'oreille: un français mâtiné d'accent anglais flotte au gré des stands aussi sûrement que les fruits et légumes exhalent leurs parfums sur les étals des marchands.

Nestlé est lié à la Riviera et entend bien le rester. On en veut pour preuve l'inauguration, en avril dernier, d'un complexe administratif qui accueille 700 employés à La Tour-de-Peilz. Pour marquer durablement son ancrage régional plus que séculaire, l'entreprise va par ailleurs ouvrir le mois prochain le «Nest», son centre de rencontre et de découverte dans les bâtiments historiques d’Henri Nestlé à Vevey. Ce lieu d’échange destiné au public ravira, soyons-en certains, autant les amateurs de douceurs que les passionnés de la riche histoire industrielle de notre pays.

Ce magnifique écrin dit mieux que tous les mots le dynamisme et l'importance de cette entreprise pour le canton. Car Nestlé, ce ne sont pas seulement des emplois directs sur le site, mais ce sont aussi des places de travail générées au sein des nombreuses PME vaudoises qui sont en relation commerciale avec le géant veveysan.

C'est donc avec un très grand plaisir que la CVCI voit cette entreprise souffler ses 150 bougies. Souhaitons-lui bon souffle et, surtout, bon vent, au bénéfice de la prospérité du canton!

Un revenu qui repose sur de mauvaises bases

L'initiative populaire fédérale «Pour un revenu de base inconditionnel» (RBI), sur laquelle le peuple et les cantons sont invités à se prononcer le 5 juin prochain, part d'une idée a priori généreuse: octroyer, via une caisse publique, une rente mensuelle suffisante à chaque personne pour vivre, de sa naissance à sa mort, quels que soient ses autres revenus ou sa fortune. Les initiants n'articulent pas de montant précis mais ils évoquent une somme de 2500 francs par adulte et de 625 francs par enfant mineur. Le RBI remplacerait les prestations financières d’aide sociale. Alloué sans condition, il éradiquerait la pauvreté et l’assistanat selon ses promoteurs.

En dépit de ses atours séduisants, cette initiative s'apparente en réalité à une fausse bonne idée, qu'il convient de combattre résolument. Un avis que partagent d'ailleurs le Conseil fédéral, le parlement, le patronat ainsi que la grande majorité des partis politiques, y compris à gauche.

Plusieurs raisons militent en faveur du rejet de cette initiative. Tout d'abord, elle nie toute valeur au travail et aurait de ce fait un effet dissuasif sur la volonté de travailler. Elle saperait la responsabilité individuelle. La Suisse a bâti sa prospérité sur le labeur et le génie de ses entrepreneurs. Quel message serait ainsi donné à la jeune génération en cas d'acceptation? Que l'on n'a pas besoin de se retrousser les manches pour obtenir un revenu! Accepter ce texte reviendrait en outre à faire fi du facteur intégrateur du travail au sein de la société.
Et s'il est bien connu que tout travail mérite salaire, tout salaire mérite travail!

De surcroît, cette initiative aurait un coût insupportable pour la collectivité, générant des dépenses que la Confédération évalue à plus de 200 milliards de francs par année. Elle induirait des hausses massives d'impôts, mettrait à mal notre système de prévoyance sociale, creuserait un trou béant dans les caisses publiques et menacerait la compétitivité de la place économique suisse. Le Conseil fédéral redoute à juste titre qu'une acceptation de ce texte provoque une diminution de la main-d'œuvre, notamment qualifiée. Avec, à la clé, des risques de délocalisations et, pour corollaire, un accroissement du travail au noir. En clair, l'instauration d'une telle rétribution déséquilibrerait dangereusement le marché de l'emploi.

Ensuite, l'argument selon lequel le plein-emploi serait bientôt une vue de l'esprit en raison du progrès technique ne résiste pas davantage aux faits. Les avancées technologiques qui ont accompagné le développement de l'industrie au fil des décennies ont, bien au contraire, libéré les travailleurs des activités pénibles et répétitives. Le progrès a même accru leur bien-être sans causer pour autant une hausse du chômage.

Et ne soyons pas naïfs: s'il était accepté, ce revenu de base constituerait un appel d'air pour l'immigration à une époque où les flux migratoires sont loin d'être sous contrôle en Europe.

Difficile, enfin, d'imaginer que l'introduction du RBI susciterait des vocations bénévoles dans la mesure où son octroi n'est lié à aucune obligation. Et cela même si l'oisiveté lasse plus promptement que le travail.

Pour toutes ces raisons, il s'agira de glisser un non résolu dans l'urne le 5 juin prochain.

La fin de la spéculation ne résoudra pas la faim dans le monde

Les jeunes socialistes nous ont encore gâtés d'une initiative joliment idéaliste mais aux conséquences dangereuses. "Pas de spéculation sur les denrées alimentaires", soumise au vote le 28 février prochain, a pour ambition d'empêcher tous les acteurs financiers en Suisse de participer aux bourses de matières premières agricoles. La logique employée est simple et séduisante : en interdisant la spéculation sur les prix des denrées alimentaires, on évite de faire flamber les prix à un point tel que la population des pays qui les produisent n'en a plus accès.

Et pourtant, cette logique est entachée de plusieurs biais. Car, et même si la cause est noble, le texte se trompe complètement de cible. Il a été prouvé que la spéculation n'a majoritairement pas d'effets sur la fixation des prix des matières premières. Les universités de Lucerne et de Bâle se sont penchées sur le sujet, pour conclure que le lien entre la spéculation et les fluctuations des prix est distendu. Même une étude d'Alliance Sub, utilisée pour soutenir l'initiative, reste extrêmement nuancée sur le sujet, en concluant que que des effets sont "parfois" remarqués. Elle ne fournit pas de conclusion suffisante pour justifier une solution aussi catégorique. Quand il existe, l'effet spéculatif ne constitue qu'une part minime du coût des denrées alimentaires, qui dépendent bien plus de l'offre et de la demande locale, ainsi que d'autres facteurs locaux comme les conditions météorologiques, les obstacles au commerce, les crises politiques ou encore simplement une mauvaise récolte. La négociation sur les marchés à terme permet aussi d'atténuer les incertitudes de prix aussi bien à la hausse qu'à la baisse. Si l'initiative passe et qu'on interdit ces investissements, c'est exactement le contraire que ce que veut le texte qui va se produire, à savoir une tendance à des prix plus élevés car plus soumis à plus de fluctuations rapides et soutenues. C'est d'ailleurs pour cette raison que des organisations internationales telles que l'ONU ne sont pas en faveur d'une telle proscription.

Non, agir contre les marchés financiers, et en Suisse seulement, ne réglera en rien la faim dans le monde. Les conséquences d'une pareille législation seraient ressenties uniquement en Suisse. Si le texte est accepté, l'effet recherché sur le commerce international n'aura pas lieu. Par contre, un signal négatif sera envoyé à toute l’industrie des matières premières, qui pèse quelque 3,5% du PIB suisse. L'unique portée internationale sera de déplacer le secteur de négoce de matière première, et avec lui ses emplois, ses recettes fiscales et ses compétences. C'est 570 entreprises qui sont représentées par ce secteur économique, soit jusqu'à 12'000 emplois en Suisse. Ainsi, en plus de pénaliser notre pays lorsque ces sociétés partent, elles continueront à exercer les mêmes activités ailleurs. Pour les entreprises qui choisiraient de tout de même rester, nous les "remercierons" en leur imposant une nouvelle autorité de surveillance qui engendrerait une bureaucratie énorme, qui les désavantagerait par rapport à la compétition internationale.

Oui, il est absolument évident qu'il faut lutter contre ce fléau qu'est la faim dans le monde, et je suis persuadée que cette initiative part d'un bon sentiment. Mais les recettes proposées là sont inadéquates, contre-productives et inefficaces. Interdire la spéculation sur les denrées alimentaires en Suisse seulement, est une action isolée qui n'a aucun sens.

Le dangereux acharnement de l’initiative de mise en œuvre

Ce n'est pas une chose aisée que de se prononcer contre l'initiative "pour le renvoi des étrangers criminels", soumise au vote le 28 février prochain. Il faut dire que toute voix levée contre le texte UDC devient nécessairement la voix qui défend les criminels. Etrangers qui plus est.

Pourtant, appeler à dire non n'est pas "une invitation aux criminels à venir s'installer en Suisse", contrairement à ce que prétend Toni Brunner. Car, même en cas de rejet de l'initiative, la première votée en 2010 sera de toute façon appliqué. En plus d'être arbitraire et dommageable sous l'angle économique, ce texte est inutile et indigne de la Suisse.

Pour rappel, l'initiative "pour le renvoi des étrangers criminels" a été acceptée en 2010.  Le Parlement a mis en œuvre de nouvelles dispositions constitutionnelles, en respectant le délai de cinq ans par le texte. Les initiants ont jugé indispensable de lancer la procédure dite de mise en œuvre.

Mais le titre est trompeur. Cette initiative va bien au-delà de la mise en œuvre de celle acceptée en novembre 2010. Le nouveau texte intègre une liste inédite de délits de moindre importance, qui amèneraient obligatoirement au renvoi si l'auteur a déjà été condamné au cours des dix années précédentes.

Focalisation sur les mauvaises personnes

L'objectif est de faire en sorte qu'il suffise de deux délits ou infractions mineurs pour qu'une personne ne possédant pas de passeport suisse soit renvoyée sans tergiverser. Ainsi, un jeune homme qui s'est retrouvé mêlé à une rixe, et, dix ans plus tard, fait un excès de vitesse sera automatiquement renvoyé dans son pays d'origine. Voilà qui discrimine un quart des habitants de notre pays, avec une loi inégale, où la punition dépend de la couleur de votre passeport. Et cela même s'ils sont nés ici, formés ici, travaillent ici, sont mariés ou ont une famille avec des passeports de couleur différente.

D'un point de vue économique, se pose le problème des "secondos" qui ont presque tous un CFC ou/et un diplôme d'une haute école. Ils disposent de qualifications qui apportent une contribution à notre pays, et qui ont été possibles grâce aux investissements de la Suisse pour avoir des gens bien formés sur le marché du travail. Il est disproportionné de pénaliser à ce point sur la place juridique des personnes nées et formées en Suisse. C'est un signal dévastateur envoyé aux efforts d'intégration.

Cette législation à deux vitesses concerne aussi les situations "d'expats" hautement qualifiés. C'est un sujet des plus préoccupants pour les entreprises. Pour les sociétés internationales qui dépendent d'une main-d'œuvre étrangère hautement qualifiée, cette situation peut avoir des conséquences non négligeables.

Un pas de plus vers l'isolement

En plus de rendre légale une grave inégalité de traitement entre Suisses et non Suisses, de bafouer les principes fondamentaux d'un Etat de droit, de priver les tribunaux de toute marge d'appréciation dans leurs décisions, l'initiative aurait comme conséquence d'isoler encore plus la Suisse et de compliquer davantage les relations avec l'Union européenne. A l'heure où nous essayons de lutter contre la détérioration des relations avec notre principal partenaire commercial et de sauver la voie bilatérale, une telle initiative lance des signaux désastreux à nos partenaires internationaux. Près de deux ans après l'acceptation de l'initiative "Contre l'immigration de masse", avec toutes les difficultés et les risques que comporte sa mise en œuvre et qu'il parait toujours compliqué de concilier l'article constitutionnel avec l'accord sur la libre circulation des personnes, nous n'avons pas besoin d'un signal négatif de plus à envoyer à l'Europe. Cette initiative place de nouveaux obstacles sur un chemin déjà pavé d'embûches. Cela ne ferait qu'affaiblir la position de la Suisse dans les négociations et anéantirait les maigres progrès déjà obtenus. Le renvoi automatique est contraire à la libre circulation des personnes.  

A de nombreuses reprises, j'ai rappelé l'importance de nos relations avec l'UE. Ces Bilatérales nous ont donné accès à un marché de 500 millions de consommateurs, c'est une illusion de penser qu'on peut, ad vitam aeternam, dégrader nos relations avec nos voisins sans souffrir des conséquences.

Le coût exorbitant de l’abandon des bilatérales

Chute du produit intérieur brut, moins d'emplois, nouvelles barrières au commerce, place scientifique moins compétitive : voilà ce que nous devons craindre en cas d'extinction des accords bilatéraux I. 

Centrale dans le débat sur la mise en œuvre de l'initiative " Contre l'immigration de masse ",la question des conséquences d'un abandon des bilatérales I (et surtout leur ampleur) a été traitée par deux études indépendantes, réalisée sur mandat du Secrétariat d'Etat à l'économie suisse (SECO). Comme l'a relayé  le Conseil fédéral, les deux instituts de recherche économique s'accordent sur un point inquiétant : la suppression des Bilatérales I coûterait des milliards à la Suisse. En moins de 20 ans, on perdrait l'équivalent d'un revenu annuel actuel. Selon Ecoplan, en 2035, le PIB serait inférieur de 4.9 %, alors que le BAK évalue ce chiffre à 7,1 %. Soit une perte de 460 à 630 milliards de francs.  (Lien hypertexte sur le communiqué avec plus de chiffres)

La même semaine, une étude de KPMG révélait que 73 % des entreprises interrogées, sondées dans l'ensemble des secteurs d'activité, craignaient les répercussions négatives d'une extinction des accords bilatéraux. L'inquiétude par rapport à nos relations avec l'Union européenne est donc bien réelle.  Et pour cause.

Barrières au commerce

Depuis l'entrée en vigueur Bilatérales I, l'accès au marché européen a été grandement simplifié. En supprimant les obstacles techniques au commerce, c'est-à-dire en facilitant la vérification de la conformité et la commercialisation des produits suisses en Europe (et vice-versa), l'accord a permis à nos entreprises de gagner du temps et de l'argent.  Et les chiffres sont clairs : les entreprises suisses ont vendu pour 87 milliards de marchandises aux pays de l'EU en 2001, alors que ces exportations ont dépassé les 116 milliards en 2013. L'évolution de nos exportations montre que la Suisse a  nettement bénéficié des Bilatérales. Les sociétés, fortes d'un accès simplifié à des millions de nouveaux  consommateurs étrangers, ont pu se développer et crée des emplois.

Le marché européen représente 60 % des exportations suisses. Ce chiffre suffit à expliquer pourquoi la préservation de ces accords est cruciale pour  l’industrie d’exportation suisse. Un retour en arrière n'est tout simplement pas imaginable.

La recherche et l'embauche

Mais un blocage avec l'Europe ne toucherait pas que les exportations. La recherche occupe également une place centrale. Avec une économie fondée sur l'innovation, préserver une place scientifique compétitive et prospère  est essentiel pour la Suisse. L'accord sur la recherche l'a aidé dans ce sens. Il a permis  aux chercheurs et aux entreprises helvétiques de participer aux programmes-cadre de l'UE, améliorant les performances du pôle de recherche suisse tout en renforçant l'innovation. On peut redouter une perte conséquente si elle en vient à les rompre. Souvenons nous  que, directement après le vote du 9 février 2014, Bruxelles a suspendu les négociations sur la participation suisse aux programmes "Horizon 2020" et "Erasmus".  

Quand au marché du travail, l'accord sur la libre circulation a permis aux employeurs d'embaucher, sans trop de bureaucratie, des spécialistes en provenance de l’espace européen qu’ils ne trouvent pas en Suisse. On note que  l'immigration en provenance de l'UE n'a pas conduit à l'éviction de la main-d'œuvre résidente. Elle a été un complément pour le marché du travail indigène.

Perte d'attractivité

En plus de ces conséquences évidentes, l'abandon des bilatérales conduirait aussi à une inquiétante perte d'attractivité, qu'on peut difficilement chiffrer. Il ne faut en outre pas oublier de tenir compte de la détérioration des relations de la Suisse avec son principal partenaire commercial. Il faut donc s'attendre à ce que les retombées économiques soient encore plus graves. Cet aspect a été mis en évidence par les deux études, qui estiment avoir sous-estimé les retombées négatives.

Les faits montrent que la place économique suisse a largement profité, et à bien des égards, des accords bilatéraux. Il s'agit de maintenir cette dynamique.