Un revenu qui repose sur de mauvaises bases

L'initiative populaire fédérale «Pour un revenu de base inconditionnel» (RBI), sur laquelle le peuple et les cantons sont invités à se prononcer le 5 juin prochain, part d'une idée a priori généreuse: octroyer, via une caisse publique, une rente mensuelle suffisante à chaque personne pour vivre, de sa naissance à sa mort, quels que soient ses autres revenus ou sa fortune. Les initiants n'articulent pas de montant précis mais ils évoquent une somme de 2500 francs par adulte et de 625 francs par enfant mineur. Le RBI remplacerait les prestations financières d’aide sociale. Alloué sans condition, il éradiquerait la pauvreté et l’assistanat selon ses promoteurs.

En dépit de ses atours séduisants, cette initiative s'apparente en réalité à une fausse bonne idée, qu'il convient de combattre résolument. Un avis que partagent d'ailleurs le Conseil fédéral, le parlement, le patronat ainsi que la grande majorité des partis politiques, y compris à gauche.

Plusieurs raisons militent en faveur du rejet de cette initiative. Tout d'abord, elle nie toute valeur au travail et aurait de ce fait un effet dissuasif sur la volonté de travailler. Elle saperait la responsabilité individuelle. La Suisse a bâti sa prospérité sur le labeur et le génie de ses entrepreneurs. Quel message serait ainsi donné à la jeune génération en cas d'acceptation? Que l'on n'a pas besoin de se retrousser les manches pour obtenir un revenu! Accepter ce texte reviendrait en outre à faire fi du facteur intégrateur du travail au sein de la société.
Et s'il est bien connu que tout travail mérite salaire, tout salaire mérite travail!

De surcroît, cette initiative aurait un coût insupportable pour la collectivité, générant des dépenses que la Confédération évalue à plus de 200 milliards de francs par année. Elle induirait des hausses massives d'impôts, mettrait à mal notre système de prévoyance sociale, creuserait un trou béant dans les caisses publiques et menacerait la compétitivité de la place économique suisse. Le Conseil fédéral redoute à juste titre qu'une acceptation de ce texte provoque une diminution de la main-d'œuvre, notamment qualifiée. Avec, à la clé, des risques de délocalisations et, pour corollaire, un accroissement du travail au noir. En clair, l'instauration d'une telle rétribution déséquilibrerait dangereusement le marché de l'emploi.

Ensuite, l'argument selon lequel le plein-emploi serait bientôt une vue de l'esprit en raison du progrès technique ne résiste pas davantage aux faits. Les avancées technologiques qui ont accompagné le développement de l'industrie au fil des décennies ont, bien au contraire, libéré les travailleurs des activités pénibles et répétitives. Le progrès a même accru leur bien-être sans causer pour autant une hausse du chômage.

Et ne soyons pas naïfs: s'il était accepté, ce revenu de base constituerait un appel d'air pour l'immigration à une époque où les flux migratoires sont loin d'être sous contrôle en Europe.

Difficile, enfin, d'imaginer que l'introduction du RBI susciterait des vocations bénévoles dans la mesure où son octroi n'est lié à aucune obligation. Et cela même si l'oisiveté lasse plus promptement que le travail.

Pour toutes ces raisons, il s'agira de glisser un non résolu dans l'urne le 5 juin prochain.

La fin de la spéculation ne résoudra pas la faim dans le monde

Les jeunes socialistes nous ont encore gâtés d'une initiative joliment idéaliste mais aux conséquences dangereuses. "Pas de spéculation sur les denrées alimentaires", soumise au vote le 28 février prochain, a pour ambition d'empêcher tous les acteurs financiers en Suisse de participer aux bourses de matières premières agricoles. La logique employée est simple et séduisante : en interdisant la spéculation sur les prix des denrées alimentaires, on évite de faire flamber les prix à un point tel que la population des pays qui les produisent n'en a plus accès.

Et pourtant, cette logique est entachée de plusieurs biais. Car, et même si la cause est noble, le texte se trompe complètement de cible. Il a été prouvé que la spéculation n'a majoritairement pas d'effets sur la fixation des prix des matières premières. Les universités de Lucerne et de Bâle se sont penchées sur le sujet, pour conclure que le lien entre la spéculation et les fluctuations des prix est distendu. Même une étude d'Alliance Sub, utilisée pour soutenir l'initiative, reste extrêmement nuancée sur le sujet, en concluant que que des effets sont "parfois" remarqués. Elle ne fournit pas de conclusion suffisante pour justifier une solution aussi catégorique. Quand il existe, l'effet spéculatif ne constitue qu'une part minime du coût des denrées alimentaires, qui dépendent bien plus de l'offre et de la demande locale, ainsi que d'autres facteurs locaux comme les conditions météorologiques, les obstacles au commerce, les crises politiques ou encore simplement une mauvaise récolte. La négociation sur les marchés à terme permet aussi d'atténuer les incertitudes de prix aussi bien à la hausse qu'à la baisse. Si l'initiative passe et qu'on interdit ces investissements, c'est exactement le contraire que ce que veut le texte qui va se produire, à savoir une tendance à des prix plus élevés car plus soumis à plus de fluctuations rapides et soutenues. C'est d'ailleurs pour cette raison que des organisations internationales telles que l'ONU ne sont pas en faveur d'une telle proscription.

Non, agir contre les marchés financiers, et en Suisse seulement, ne réglera en rien la faim dans le monde. Les conséquences d'une pareille législation seraient ressenties uniquement en Suisse. Si le texte est accepté, l'effet recherché sur le commerce international n'aura pas lieu. Par contre, un signal négatif sera envoyé à toute l’industrie des matières premières, qui pèse quelque 3,5% du PIB suisse. L'unique portée internationale sera de déplacer le secteur de négoce de matière première, et avec lui ses emplois, ses recettes fiscales et ses compétences. C'est 570 entreprises qui sont représentées par ce secteur économique, soit jusqu'à 12'000 emplois en Suisse. Ainsi, en plus de pénaliser notre pays lorsque ces sociétés partent, elles continueront à exercer les mêmes activités ailleurs. Pour les entreprises qui choisiraient de tout de même rester, nous les "remercierons" en leur imposant une nouvelle autorité de surveillance qui engendrerait une bureaucratie énorme, qui les désavantagerait par rapport à la compétition internationale.

Oui, il est absolument évident qu'il faut lutter contre ce fléau qu'est la faim dans le monde, et je suis persuadée que cette initiative part d'un bon sentiment. Mais les recettes proposées là sont inadéquates, contre-productives et inefficaces. Interdire la spéculation sur les denrées alimentaires en Suisse seulement, est une action isolée qui n'a aucun sens.

Le dangereux acharnement de l’initiative de mise en œuvre

Ce n'est pas une chose aisée que de se prononcer contre l'initiative "pour le renvoi des étrangers criminels", soumise au vote le 28 février prochain. Il faut dire que toute voix levée contre le texte UDC devient nécessairement la voix qui défend les criminels. Etrangers qui plus est.

Pourtant, appeler à dire non n'est pas "une invitation aux criminels à venir s'installer en Suisse", contrairement à ce que prétend Toni Brunner. Car, même en cas de rejet de l'initiative, la première votée en 2010 sera de toute façon appliqué. En plus d'être arbitraire et dommageable sous l'angle économique, ce texte est inutile et indigne de la Suisse.

Pour rappel, l'initiative "pour le renvoi des étrangers criminels" a été acceptée en 2010.  Le Parlement a mis en œuvre de nouvelles dispositions constitutionnelles, en respectant le délai de cinq ans par le texte. Les initiants ont jugé indispensable de lancer la procédure dite de mise en œuvre.

Mais le titre est trompeur. Cette initiative va bien au-delà de la mise en œuvre de celle acceptée en novembre 2010. Le nouveau texte intègre une liste inédite de délits de moindre importance, qui amèneraient obligatoirement au renvoi si l'auteur a déjà été condamné au cours des dix années précédentes.

Focalisation sur les mauvaises personnes

L'objectif est de faire en sorte qu'il suffise de deux délits ou infractions mineurs pour qu'une personne ne possédant pas de passeport suisse soit renvoyée sans tergiverser. Ainsi, un jeune homme qui s'est retrouvé mêlé à une rixe, et, dix ans plus tard, fait un excès de vitesse sera automatiquement renvoyé dans son pays d'origine. Voilà qui discrimine un quart des habitants de notre pays, avec une loi inégale, où la punition dépend de la couleur de votre passeport. Et cela même s'ils sont nés ici, formés ici, travaillent ici, sont mariés ou ont une famille avec des passeports de couleur différente.

D'un point de vue économique, se pose le problème des "secondos" qui ont presque tous un CFC ou/et un diplôme d'une haute école. Ils disposent de qualifications qui apportent une contribution à notre pays, et qui ont été possibles grâce aux investissements de la Suisse pour avoir des gens bien formés sur le marché du travail. Il est disproportionné de pénaliser à ce point sur la place juridique des personnes nées et formées en Suisse. C'est un signal dévastateur envoyé aux efforts d'intégration.

Cette législation à deux vitesses concerne aussi les situations "d'expats" hautement qualifiés. C'est un sujet des plus préoccupants pour les entreprises. Pour les sociétés internationales qui dépendent d'une main-d'œuvre étrangère hautement qualifiée, cette situation peut avoir des conséquences non négligeables.

Un pas de plus vers l'isolement

En plus de rendre légale une grave inégalité de traitement entre Suisses et non Suisses, de bafouer les principes fondamentaux d'un Etat de droit, de priver les tribunaux de toute marge d'appréciation dans leurs décisions, l'initiative aurait comme conséquence d'isoler encore plus la Suisse et de compliquer davantage les relations avec l'Union européenne. A l'heure où nous essayons de lutter contre la détérioration des relations avec notre principal partenaire commercial et de sauver la voie bilatérale, une telle initiative lance des signaux désastreux à nos partenaires internationaux. Près de deux ans après l'acceptation de l'initiative "Contre l'immigration de masse", avec toutes les difficultés et les risques que comporte sa mise en œuvre et qu'il parait toujours compliqué de concilier l'article constitutionnel avec l'accord sur la libre circulation des personnes, nous n'avons pas besoin d'un signal négatif de plus à envoyer à l'Europe. Cette initiative place de nouveaux obstacles sur un chemin déjà pavé d'embûches. Cela ne ferait qu'affaiblir la position de la Suisse dans les négociations et anéantirait les maigres progrès déjà obtenus. Le renvoi automatique est contraire à la libre circulation des personnes.  

A de nombreuses reprises, j'ai rappelé l'importance de nos relations avec l'UE. Ces Bilatérales nous ont donné accès à un marché de 500 millions de consommateurs, c'est une illusion de penser qu'on peut, ad vitam aeternam, dégrader nos relations avec nos voisins sans souffrir des conséquences.

Le coût exorbitant de l’abandon des bilatérales

Chute du produit intérieur brut, moins d'emplois, nouvelles barrières au commerce, place scientifique moins compétitive : voilà ce que nous devons craindre en cas d'extinction des accords bilatéraux I. 

Centrale dans le débat sur la mise en œuvre de l'initiative " Contre l'immigration de masse ",la question des conséquences d'un abandon des bilatérales I (et surtout leur ampleur) a été traitée par deux études indépendantes, réalisée sur mandat du Secrétariat d'Etat à l'économie suisse (SECO). Comme l'a relayé  le Conseil fédéral, les deux instituts de recherche économique s'accordent sur un point inquiétant : la suppression des Bilatérales I coûterait des milliards à la Suisse. En moins de 20 ans, on perdrait l'équivalent d'un revenu annuel actuel. Selon Ecoplan, en 2035, le PIB serait inférieur de 4.9 %, alors que le BAK évalue ce chiffre à 7,1 %. Soit une perte de 460 à 630 milliards de francs.  (Lien hypertexte sur le communiqué avec plus de chiffres)

La même semaine, une étude de KPMG révélait que 73 % des entreprises interrogées, sondées dans l'ensemble des secteurs d'activité, craignaient les répercussions négatives d'une extinction des accords bilatéraux. L'inquiétude par rapport à nos relations avec l'Union européenne est donc bien réelle.  Et pour cause.

Barrières au commerce

Depuis l'entrée en vigueur Bilatérales I, l'accès au marché européen a été grandement simplifié. En supprimant les obstacles techniques au commerce, c'est-à-dire en facilitant la vérification de la conformité et la commercialisation des produits suisses en Europe (et vice-versa), l'accord a permis à nos entreprises de gagner du temps et de l'argent.  Et les chiffres sont clairs : les entreprises suisses ont vendu pour 87 milliards de marchandises aux pays de l'EU en 2001, alors que ces exportations ont dépassé les 116 milliards en 2013. L'évolution de nos exportations montre que la Suisse a  nettement bénéficié des Bilatérales. Les sociétés, fortes d'un accès simplifié à des millions de nouveaux  consommateurs étrangers, ont pu se développer et crée des emplois.

Le marché européen représente 60 % des exportations suisses. Ce chiffre suffit à expliquer pourquoi la préservation de ces accords est cruciale pour  l’industrie d’exportation suisse. Un retour en arrière n'est tout simplement pas imaginable.

La recherche et l'embauche

Mais un blocage avec l'Europe ne toucherait pas que les exportations. La recherche occupe également une place centrale. Avec une économie fondée sur l'innovation, préserver une place scientifique compétitive et prospère  est essentiel pour la Suisse. L'accord sur la recherche l'a aidé dans ce sens. Il a permis  aux chercheurs et aux entreprises helvétiques de participer aux programmes-cadre de l'UE, améliorant les performances du pôle de recherche suisse tout en renforçant l'innovation. On peut redouter une perte conséquente si elle en vient à les rompre. Souvenons nous  que, directement après le vote du 9 février 2014, Bruxelles a suspendu les négociations sur la participation suisse aux programmes "Horizon 2020" et "Erasmus".  

Quand au marché du travail, l'accord sur la libre circulation a permis aux employeurs d'embaucher, sans trop de bureaucratie, des spécialistes en provenance de l’espace européen qu’ils ne trouvent pas en Suisse. On note que  l'immigration en provenance de l'UE n'a pas conduit à l'éviction de la main-d'œuvre résidente. Elle a été un complément pour le marché du travail indigène.

Perte d'attractivité

En plus de ces conséquences évidentes, l'abandon des bilatérales conduirait aussi à une inquiétante perte d'attractivité, qu'on peut difficilement chiffrer. Il ne faut en outre pas oublier de tenir compte de la détérioration des relations de la Suisse avec son principal partenaire commercial. Il faut donc s'attendre à ce que les retombées économiques soient encore plus graves. Cet aspect a été mis en évidence par les deux études, qui estiment avoir sous-estimé les retombées négatives.

Les faits montrent que la place économique suisse a largement profité, et à bien des égards, des accords bilatéraux. Il s'agit de maintenir cette dynamique.

Commerce local: l’émotion face au net

Avec chaque changement dans les habitudes des consommateurs viennent les craintes des commerçants. Ces craintes sont légitimes même si elles ne sont pas nouvelles. L'obsolescence de certains produits ou métiers inquiète, car avec eux s'en vont des emplois et même des entreprises. Mais, en réalité, chaque nouvelle technologie apporte son lot de nouvelles opportunités. Les entreprises et les économies s'adaptent, à condition de s'en donner les moyens. Ainsi, des secteurs entiers se sont accrus grâce à un changement dans la manière de consommer. L'exemple le plus récent reste le modèle low-cost d'aviation Easyjet, qui fête ses vingt ans cette année. La part de vols opérés par la compagnie représente 40 % des vols partant de Genève aéroport. Cette réussite est due au fait qu'Easyjet a proposé, au moment opportun, une nouvelle façon de voyager, basée sur la réservation en ligne et avec un service de base minimal. Les autres compagnies n'ont pas eu d'autres choix que de suivre. Il y a eu des conséquences négatives comme des disparations, des fusions…mais, dans les faits, le transport n'a fait que de se développer depuis la naissance de ces modèles d'affaire. La concurrence a fait baisser les prix, le voyage par avion est devenu plus accessible car moins coûteux, donc de nouveaux clients ont pu s'offrir des billets d'avion.

C'est l'innovation de rupture, un changement pour les consommateurs qui apporte des bénéfices supérieurs pour un coût considérablement inférieur. C'est le cas des applications mobiles et de cette nouvelle façon de consommer. En Suisse, on a encore un peu de retard sur le e-commerce par rapport à des pays comme l'Angleterre (où plus du 20 % du chiffre d'affaire de la distribution se fait en ligne), mais la tendance va clairement vers une augmentation du commerce en ligne, ce qui peut représenter des opportunités pour le commerce local, car le changement de la manière de consommer a aussi changé le consommateur. Il est devenu plus volatile. L'aviation nous le montre clairement : le même client peut être habitué à voyager en première classe et prendre Easyjet une fois de temps en temps. A l'inverse, une personne au revenu plus modeste peut s'offrir un produit ou un service de luxe occasionnellement. C'est le cas dans d'autres secteurs : affectionner les grands restaurants n'empêche pas le fast-food et inversement.

Ainsi, et bien que la concurrence générée par le web se traduise forcément par des pertes de clients et de volume d'affaires dans certains domaines, elle génère aussi des opportunités pour le commerce local. Car, révolution web ou non, le consommateur a toujours besoin des mêmes choses qu'avant (alimentation, vêtements, distractions…). Les occasions de convaincre d'acheter local restent entières. On peut, par exemple, mettre en avant la qualité, la proximité et la disponibilité immédiate du produit. Il y a aussi les préférences personnelles. Certaines personnes préfèrent aller chez le libraire du coin, par habitude ou par affection. C'est la même chose pour d'autres types de commerces. Les souvenirs associés à des endroits, la discussion engagée avec un marchand, le fait de s'imprégner d'un cadre sont autant d'émotions qu'on ne retrouve pas avec la commande sur internet. Les prix plus avantageux ne sont pas une raison suffisante pour décider de tout acheter sur internet. Avec un conseil avisé, un cadre sympathique, le commerçant local garde ses chances face à la concurrence du web.

Il peut aussi voir cette façon de communiquer comme un allié, qui lui permet de toucher un bassin de population quasi infini et d'accroitre sa clientèle en organisant des événements ou en proposant aux clients de commander sur son site internet. Contrairement à l'idée répandue, internet n’est pas en train de tuer le modèle commercial traditionnel. Ces transformations nous obligent à innover constamment, à chercher des solutions pour convaincre le consommateur. Et c’est bien là que les commerçants locaux ont une carte à jouer en misant sur la qualité et l'émotion. Internet a révolutionné la manière de préparer et réserver ses vacances, de regarder la télévision, d'acheter et même de travailler. Il est possible jusqu'à un certain point de freiner ces changements, pas de les empêcher. La seule chose à faire est de s'adapter. Mais les commerçants ne sont pas les seuls à devoir s'adapter. Rappelons qu'une grande partie des lois a été créée avant l'arrivée d'internet, elles doivent aussi s'adapter pour éviter une concurrence déloyale et que tout le monde puisse jouer avec les mêmes règles.

L’innovation, un joyau à polir

Que de distinctions pour l'innovation suisse et vaudoise. Le pays, au premier rang du classement portant sur la compétitivité et l'innovation du World Economic Forum depuis 6 ans, a également été placé la semaine dernière au sommet d'un ranking de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, et ce pour la cinquième année consécutive.

La même semaine, le programme national de formation pour les start-up Venturelab et ses experts ont présenté leur palmarès des 100 sociétés les plus prometteuses du pays. Parmi elles, 29 sociétés sont établies dans le canton de Vaud, 4 des 5 premières étant vaudoises. Un succès souvent expliqués par la proximité de l'EPFL et de l'HEIG-VD (Haute Ecole d'Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud), mais pas seulement. Il vient également des soutiens à l'innovation. La Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie a soutenu les trois sociétés occupant les premiers rangs du classement(L.E.S.S, Abiotic,Flyability), via la Fondation pour l'innovation technologique (FIT) dont elle est la fondatrice.

Mais cette situation, d'apparence idyllique, n'est pas gravée dans le marbre. Elle est menacée par une concurrence qui est aujourd'hui internationale. Elle se situe à Boston, à la Silicon Valley, à Shanghai. Ainsi, en plus de devoir composer avec les mêmes problèmes que les PME et les multinationales en Suisse, c’est-à-dire des données incertaines, la cherté du franc, le frein à l'embauche et les incertitudes fiscales, les start-up suisses font face à une concurrence venant du monde entier. Dans un contexte pareil, avec cette concurrence internationale qui ne fait que de se renforcer, la meilleure chose à faire est de leur faciliter un peu la tâche et d'encourager la prise de risque entrepreneuriale. En tant que piliers de l'innovation, les start-up ne devraient pas souffrir de pratiques fiscales qui menacent leur existence même, comme c'est malheureusement le cas actuellement. La pratique en vigueur consiste en l'imposition des plans d'intéressement des collaborateurs en options sur actions (stock options). On ponctionne les créateurs d'entreprises et leur collaborateurs, alors que les bénéfices ne sont encore qu'une éventualité. Ce n'est pas un modèle adapté aux jeunes pousses à fort potentiel de croissance. Les start-up devraient bénéficier d'un traitement différencié, mais les autorités s'y refusent, invoquant l'inégalité de traitement qui serait instaurée entre les start-up et les sociétés déjà établies. Ainsi, on préfère éviter l'obstacle plutôt que de le franchir. Alors qu'en facilitant la création des start-up et leur développement, nous éviterions que les créateurs d'entreprises choisissent des cieux plus dynamiques et plus compréhensifs pour faire éclore leurs inventions.

Rappelons que le principal atout de la Suisse est d'être à la pointe, sa valeur ajoutée se situe dans l'innovation. Notre pays a les ressources et les compétences pour continuer à exceller en la matière, mais des efforts constants sont nécessaires pour ne pas être à la traine et risquer de se faire détrôner par une concurrence internationale féroce. En misant sur l'innovation, nous misons sur l'avenir dans un contexte économique où on ne nous fera pas de cadeau. Cela doit bien valoir une petite prise de risque au niveau fiscal.

Egalisation de l’âge de la retraite, les femmes sont pour!

Les Suissesses sont prêtes à travailler jusqu'à 65 ans. Elles sont d'accord d'augmenter la durée de travail d'une année, indiquent les politologues Silja Häusermann, Denise Traber et Thomas Kurer de l'Institut de sciences politiques de l'Université de Zurich (IPZ) dans une étude publiée dans la NZZ. Les sondées, de tous âges, toutes catégories socioprofessionnelles et tous bords politiques confondus s'accordent sur ce point. Et ce n'est pas surprenant. Cette étude est représentative d'une prise de conscience générale. C'est un des mouvements de fond qui s'opère en Europe. L'Allemagne et la Suède ont déjà franchi le pas et seront suivies par de nombreux autres pays-membre de l'UE.

Les associations économiques le préconisent depuis longtemps une réforme de l'AVS et 2ème pilier. L'allongement de l'espérance de vie de la population en est une raison, la baisse des rendements des capitaux en est une autre.

Mais ce débat dépasse la question de nos retraites. Depuis de nombreuses années, la Suisse fait face à une pénurie de main-d'œuvre. Une étude publiée en 2011, réalisée par le bureau d'étude BASS pour la centrale syndicale Travail.Suisse montre qu'il pourrait manquer 400'000 emplois en 2030. Elle met également en lumière les secteurs d'activité les plus touchés, c'est-à-dire les soins aux personnes âgés, l'école primaire, la police, les ouvriers du bois et bâtiment. Le travail des femmes jusqu'à 65 ans est un des éléments qui permettrait de contrer en partie ce phénomène, qui va s'amplifier ces prochaines années. Le marché du travail a besoin des femmes.

Et les femmes ont aussi besoin de cette réforme. Ajuster l'âge de la retraite des femmes pour qu'il soit égal à celui des hommes n'est pas un sacrifice demandé aux femmes, c'est une adaptation nécessaire. D'une manière générale, les femmes commencent leur carrière plus tard et ont souvent des trous dans leur parcours professionnel. Ces trous, souvent expliqués par la maternité, impliquent qu'elles cotisent moins. Une année de plus leur permettrait, en partie, de compenser ce manque à gagner. Cela ne résoudra pas tout, mais c'est un pas dans la bonne direction, il va dans le sens des multiples changements nécessaires dans ce domaine.

Si rien n'est fait au niveau de l'AVS, on va droit dans le mur. Nous n'aurons pas d'autre choix que baisser les prestations car il ne sera plus possible de les payer. Ce serait un coût bien supérieur aux 1,2 milliard que rapporterait cette hausse de l'âge de la retraite pour les femmes. C'est dans l'intérêt des hommes et des femmes. Si on ne résout pas ce défi, on laisse une dette à la génération future. Au bout du compte, quelqu'un va payer. Augmenter l'âge de la retraite des femmes d'une année est un moyen nécessaire qui pourrait à contribuer à régler les problèmes structurels de l'AVS.

L’économie a besoin de représentants au Parlement

Le système de milice s’effrite. Plus de 200 entreprises et organisations ont signé  l'appel d'economiesuisse et de l'Union patronale suisse pour rappeler son importance. Le but de cette démarche est  d'encourager les entreprises à l'engagement politique de leur cadres et  employés.  L'une des raisons est que les préoccupations et besoins de l'économie n'ont pas été assez pris en compte dans certains débats politiques, comme la Stratégie énergétique 2050 ou l'aménagement du territoire, par exemple.

L'autre raison, c'est la professionnalisation de la politique, notamment à Berne. Une réalité qui peut être chiffrée : en trente ans le nombre d'élus miliciens a reculé de 25 à 13 % au National. La situation est encore plus parlante au Conseil des Etats, où les miliciens font exception. Si  l'on compare  les législatures 1971-1975 et 2003-2007, la tendance à un parlement de professionnels est incontestable. Elle s’explique par les exigences de la politique fédérale, toujours plus complexe et technique, qui nécessite du temps et des compétences. . Mais ces compétences  doivent venir de tous les milieux, et il est essentiel que les préoccupations économiques soient représentées dans les institutions politiques. La prise en compte de la diversité des intérêts de notre société fait partie intégrante de notre système démocratique. Cela renforce les relations de confiance et favorise le transfert de compétences. Au même titre que la démocratie directe, cet engagement des citoyens au bénéfice de la communauté est généralement considéré par les Suisses comme l’un des fondements de l'identité du pays. Le système de milice, c'est aussi l'idée que chacun peut participer au processus législatif. Il renforce la  bonne compréhension globale entre l'économie, la politique et le peuple. Il faut le maintenir  et l'encourager.

Ce mécanisme, pilier du modèle auquel nous devons notre succès, est aujourd’hui sous pression. Les personnalités économiques élues au sein des parlements fédéraux et cantonaux se font de plus en plus rares. Entre 1980 et 2010, le nombre de parlementaires membres des conseils d'administration est passé de 160 à 146, soit une diminution de 10 %.  La compréhension du fonctionnement de l’économie et des besoins des entreprises est donc de moins en moins bonne, ce qui peut poser problème pour l’avenir de notre place économique.

La participation active à la vie parlementaire demande un très fort engagement pour les personnes concernées. Un don de temps pour la collectivité  qui peut décourager. Il faut trouver des moyens permettant de le concilier avec l’activité professionnelle. Beaucoup d'entreprises, dont les signataires de cet appel, font déjà un pas vers la mise en place de structures propices à cette conciliation. Elles le font en étant flexibles sur le temps de travail, entre autre. L'économie a besoin de représentants impliqués dans la gestion et la conduite d'une entreprise. Pour le bien de tous. 

Favoriser le transfert de technologies, une nécessité

A quoi sert un parc Suisse d'innovation à l'heure du numérique? Cette question a été posée dans les médias ces derniers temps, après l'adoption du projet de cautionnement de prêts par le Conseil National.

Le développement de l'EPFL montre pourtant la nécessité d'un tel parc. Le nombre croissant d'étudiants et de start-up dans les deux écoles polytechniques suisses prouvent la nécessité d'offrir des surfaces proches des instituts académiques pour que les entreprises puissent s'y installer. Le signal de ce vote est que la politique, l'économie, les hautes écoles et les cantons sont prêts à travailler dans le même sens, celui de mieux favoriser l'innovation.

Certains, comme Xavier Comtesse, ancien directeur romand du think tank Avenir Suisse, ont critiqué le concept même d'un tel lieu. Selon lui, vouloir rapprocher les chercheurs et les entreprises est obsolète à l'heure du numérique. Il ne faut pas minimiser les possibilités incroyables qu'offre le numérique, c'est certain. Mais l'innovation est souvent le fruit de personnalités diverses et complémentaires qui se rencontrent. Elles doivent également avoir la possibilité de transférer les technologies. Possibilité offerte par la proximité. Des entreprises comme AC Immune, Abionic, Lunaphore Technologies se sont créées sur le campus de l'EPFL. D'autre, comme Nestlé et Logitech s'y installent, voyant le potentiel créatif.

C'est un biotope dans lequel se retrouvent la recherche scientifique et l'entreprise pour faire émerger des produits commercialisés au niveau mondial. Il est question d'excellence scientifique, mais pas seulement. La valeur ajoutée de la Suisse, depuis un certain temps, se situe dans la formation, l'innovation.

La Suisse n'a pas de matière première, elle a de la matière grise. Son salut, elle le cherche et le trouve dans l'innovation. On ne peut donc que se réjouir que la Confédération s'engage à cautionner des prêts dans le but de soutenir le développement de l'innovation, surtout en cette période d'incertitudes liées au franc fort. La somme annoncée de 350 millions n'est pas excessive, d'autant plus qu'elle est étalée sur plusieurs années. C'est nécessaire pour le matériel et pour ne pas être à la traine face à une compétition internationale féroce. La Suisse est en compétition avec des géants dans le domaine, comme la Silicon Valley, le Boston Innovation District et, plus récemment, Tel Aviv. Notre pays a les ressources et les compétences pour être dans les meilleurs mondiaux, ce sont les facilités de transferts de technologies qui lui font encore défaut. Tout porte à croire que cet aspect sera amélioré avec les nouvelles ressources investies dans le Parc suisse d'innovation.

Le travail change, la loi devra suivre

Le droit du travail actuel est dépassé. Il répond à une conception industrielle du monde, avec la régularité du travail à l'usine. Il est en total décalage avec un nombre croissant de domaine. Le travail en 3/8 n'existe presque plus et les emplois dans le tertiaire sont majoritaires en Suisse. La rigidité des horaires et de la façon de les comptabiliser ne sert plus à rien. Plus c'est rigide, plus il y a des frustrations du côté des employeurs et des employés. Timbrer ou  marquer ses heures n'est pas une garantie du travail bien fait. Les changements dans l'économie, la digitalisation et le développement du secteur des services impliquent une transformation du management qui passe toujours plus souvent par des objectifs et des horaires libres. L'économie semble évoluer plus vite que la loi dans ce domaine. Même dans l'industrie, il y a de nouvelles manières de travailler pour les ingénieurs, les chercheurs et le personnel administratif.

La loi actuelle oblige les entreprises à tenir des registres des horaires de tous les collaborateurs, quel que soit le domaine d'activité et le niveau hiérarchique. Mais la saisie du temps de travail est difficile à mesurer de façon objective. Les cadres, par exemple, peuvent avoir une présence moins forte dans l'entreprise que certains employés. Cela s'explique par des activités à l'extérieur, par des heures  les soirs et les week-ends. Comment mesurer le temps passé à consulter ses mails chez soi ou à répondre au téléphone ? Il y énormément de domaines où le timbrage est inadapté.

Pour réduire l'écart entre l'obligation légale et la réalité quotidienne des entreprises, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a proposé d'assouplir les modalités de saisie de certains collaborateurs. Sont concernés les employés qui jouissent d’une large autonomie en matière d’horaires et dont le salaire brut annuel est d’au moins 120’000 francs par an. Ils ne seront donc plus obligés de saisir leurs heures de travail. Ces modifications, même si elles vont dans le bon sens, ne vont pas assez loin et ne règlent pas le décalage avec la réalité économique. Elles sont soumises à des conditions, dont celle de passer par "des repésentatns des travailleurs au sein d'une entreprise ou d'une branche". Cette notion de "représentants" n'est pas claire. Elle peut être vue comme l'obligation de passer par une représentation élue des travailleur et la majorité des entreprises ne dispose pas de telles structures. La solution proposée n'est pas optimale, mais elle a le mérite de faire un pas dans le sens de l'assouplissement et surtout de mettre en relief les conceptions qu'on peut avoir du suivi des heures de travail.

La question de l'enregistrement du temps de travail est trop vaste et n'est pas réglée avec cette ordonnance. Il sera inévitable d'y revenir et de procéder à une autre révision, plus en adéquation avec notre époque. La saisie rigoureuse des heures qui prévaut encore n'est plus compatible avec une logique de flexibilisation basée sur la confiance et généralement souhaitée autant par les travailleurs que les employeurs. Des horaires trop rigides et sans exceptions n'ont plus rien à faire dans la société actuelle.