Le mirage du mitage jusqu’à l’absurde

Geler les zones à bâtir au mépris des intérêts de la population et de l’économie? C’est le but irresponsable que poursuit l’initiative contre le mitage, sur laquelle peuple et cantons s’exprimeront le 10 février prochain.

Le système démocratique suisse, avec son recours aux initiatives et aux référendums, suscite l’admiration de nombreux pays à travers le monde. Toutefois, il doit être cultivé et chéri pour ne pas perdre de sa valeur et ne pas lasser les citoyens. Les auteurs de l’initiative populaire «Stopper le mitage – pour un développement durable du milieu bâti (initiative contre le mitage) ont lancé cette dernière sans  attendre que la législation récemment approuvée par le peuple ne déploie ses effets. Celui-ci a ainsi de la difficulté à voir l’impact de ses décisions. Les initiants font la démonstration de cette dérive avec leur volonté de geler, pour une durée illimitée, la surface totale des zones à bâtir à son niveau actuel. Car l’utilisation maîtrisée du sol figure déjà en bonne place dans notre arsenal législatif.

Depuis l’adoption, en 2013, de la loi sur l’aménagement du territoire (LAT), la lutte contre l’étalement urbain et la préservation des terres agricoles sont garanties dans notre pays. Les autorités cantonales et communales travaillent d’arrache-pied depuis plusieurs années pour mettre en application ces mesures, qui permettent d’ores et déjà de lutter contre la prolifération non maîtrisée de constructions en milieu rural et périurbain. Certaines communes doivent même dézoner et rendre des terrains inconstructibles. Aller plus loin irait à l’encontre des intérêts et des besoins de la population et de l’économie, et foulerait accessoirement au pied les compétences des cantons et des communes en matière de développement territorial.

L’adoption de ce texte nuirait assurément au développement des entreprises et constituerait une regrettable entrave aux efforts que fournit notre pays pour demeurer attractif. Le gel complet de ces zones à bâtir induirait inéluctablement une hausse des loyers, car la raréfaction des terrains renchérit ces derniers. Et puis, les initiants ont-ils réalisé que les constructions d’aujourd’hui sont durables, peu énergivores et bien souvent situées aux abords de réseaux de transports publics performants? Il serait judicieux qu’ils en prennent acte en renonçant à ce texte superflu. L’initiative populaire des Jeunes Verts remettrait par ailleurs en cause la réalisation d’infrastructures indispensables comme des écoles, voire des projets ferroviaires.

Enfin, l’initiative contre le mitage instituerait une conception centralisatrice du territoire manifestement contraire aux intérêts des différentes régions du pays. Les besoins dans ce domaine ne sont à l’évidence pas les mêmes à Porrentruy, à Genève, à Berne, à Glaris ou à Bellinzone. Diverse, la Suisse requiert une gestion flexible de son sol et non des oukases hors de toute réalité. Le bon sens commande de dire clairement non le 10 février prochain à cette initiative inutile et de laisser ainsi la LAT déployer ses effets.

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Entrer dans 2019 avec un regard neuf

Vous envisagez de digitaliser votre entreprise cette année? Faites-le sans tarder, la transition numérique est incontournable. Mais pas n’importe comment. Il faut pour cela se baser sur des valeurs, comme le prônent les nouvelles méthodes de management.

Que peut-on souhaiter aux acteurs de l’économie à l’aube de cette nouvelle année, à part une bonne santé, tant du point de vue de leur personne que de celui de leurs affaires? De l’audace, même s’ils n’en manquent pas à l’heure d’innover et de conquérir de nouveaux marchés. De l’audace, donc, et notamment dans la manière de diriger leur entreprise. L’inventivité ne manque pas si l’on en juge par l’abondante littérature relative aux nouvelles méthodes de management, dans lesquelles la hiérarchie devient plus plate. A l’image de l’holacratie, mode de gouvernance horizontale dont nous avons parlé dans la précédente édition de notre magazine «demain».

Car le constat s’impose: l’industrie 4.0, dans laquelle la numérisation, l’intelligence artificielle et les datas jouent un rôle central, bouleverse les schémas usuels et les idées reçues. Ce nouvel univers économique s’accélère à un point tel que le management du siècle passé s’en trouve largement dépassé. Avec l’arrivée graduelle des générations Y et Z, que l’on sait plutôt rétives à des organisations très hiérarchisées, les entreprises doivent offrir une relative autonomie afin de favoriser, chez ces collaborateurs au regard neuf, la créativité et l’interaction qui leur permettront de résoudre des problèmes toujours plus complexes. Il n’est bien sûr pas facile, pour les sphères dirigeantes, de lâcher du lest dans le domaine managérial. C’est pourtant, aux dires de nombreux experts, un passage obligé pour réussir le saut vertigineux de la digitalisation.

L’importance des valeurs

La recette miracle n’existe naturellement pas. Les problèmes inhérents à l’entreprise ne vont pas disparaître d’un coup de baguette magique et l’épanouissement ne sera pas forcément au bout du chemin. COO de MindMaze, start-up lausannoise spécialisée dans les neurosciences, Jean-Marc Wismer remarque dans les colonnes de notre magazine que le bonheur au travail n’est pas l’objectif premier d’une telle organisation: à ses yeux, l’entreprise doit avoir une vision claire et partagée, et générer des profits. «C’est le partage de cette vision et des valeurs de la société, la compréhension de chacun quant à sa contribution à la réalisation de cette vision, ainsi que le succès des affaires et de ce projet commun qui font que les gens sont heureux.»

Essayiste français spécialisé dans l’économie, Nicolas Bouzou parle de l’holacratie comme d’«une grande fumisterie» dans l’ouvrage «Comédie (in)humaine». Pour lui, une entreprise est une structure verticale, comprenant une hiérarchie avec des dirigeants, des managers et des collaborateurs, ce qui n’empêche pas de laisser de l’autonomie, bien au contraire. «Concilier la verticalité avec l’autonomie, voilà le défi intéressant», explique-t-il.

Il s’agit donc de ne pas de jeter les schémas du passé aux oubliettes, ni de foncer tête baissée dans le dernier concept managérial en vogue. Il faut faire le tri entre ce qu’offrent de mieux les anciens et les modernes, et expliquer la démarche à tous les échelons de l’entreprise pour faire passer le message du changement. En un mot, conserver ce qui fonctionne et appréhender différemment ce qui doit l’être pour assurer le futur. Verticalité et horizontalité rencontreront alors mécaniquement leur point d’équilibre.

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L’investissement et la philanthropie, deux moyens de soutenir la société

 

Les récents chiffres de l’économie vaudoise montrent que le dynamisme de notre canton ne se dément pas. Avec plus de 3% de croissance en 2018, Vaud dépasse une nouvelle fois la moyenne suisse. Et même si nous devons rester prudents pour l’année qui vient, dont les perspectives apparaissent en léger retrait, nous pouvons compter sur la solidité, la flexibilité et la réactivité de nos entreprises pour que la tendance positive enregistrée depuis plusieurs années se poursuive.

De tous les signaux envoyés par les acteurs de notre économie, il en est un qui est particulièrement réjouissant: les entreprises investissent. Elles anticipent la révolution numérique, elles étendent leurs capacités, elles consolident leurs positions. Fin novembre, le désormais traditionnel rendez-vous du Prix vaudois des entreprises internationales (PVEI) a une nouvelle fois démontré le cercle vertueux d’une économie qui a su construire un mélange profitable de secteurs, de spécialités, de marchés et de tailles, refusant le piège de la monoculture, conservant des activités industrielles, misant sur la capacité d’entraînement des grandes entreprises envers l’activité des PME. Les exemples réjouissants de Bobst et de Tesa, deux entreprises récompensées par le PVEI 2018, sont l’illustration que ces résultats n’ont rient d’évident ni d’automatique. Croire en l’avenir, c’est être capable de restructurer lorsqu’il le faut et d’investir pour l’avenir. Ces phases d’investissements sont cruciales pour l’activité économique : elles sont les fondements des succès de demain, elles génèrent d’autres investissements, par des fournisseurs, des constructeurs, des mandataires. Créer et maintenir des conditions-cadres favorables à cet écosystème doit figurer au sommet des priorités des autorités et de celles et ceux qui les élisent.

Un autre lauréat du PVEI s’est illustré en prenant cette année une décision majeure de confiance en l’avenir de notre canton: en février, Ferring a annoncé un investissement supplémentaire de 30 millions de francs pour étendre ses capacités de production en biotechnologie. Cet investissement s’ajoute à plus de 130 millions injectés à Saint-Prex et la création de 700 emplois hautement qualifiés – sans compter toutes les PME qui ont trouvé en cette société un client important. Ferring est l’exemple même d’un investissement intelligent: le Canton, utilisant entre autres les instruments de promotion économique à sa disposition à l’époque, avait convaincu la multinationale de s’installer chez nous. Les bénéfices à long terme dépassent très largement l’exemption dont a bénéficié l’entreprise pendant dix ans. Aujourd’hui, alors qu’elle est fiscalisée normalement depuis trois ans, elle continue d’investir, d’engager, de croître.

Mécènes importants

Mais il y a plus. L’installation d’entreprises internationales dans notre canton a coïncidé avec l’émergence de mécènes importants dans les domaines de la culture et du sport, notamment. La société Ineos est ainsi devenue un sponsor précieux pour le Lausanne Hockey-Club et le FC Lausanne-Sport. À titre personnel, Frederik Paulsen, président de Ferring, exerce ici et ailleurs une philanthropie généreuse et bien pensée, d’une remarquable constance, qui ne se préoccupe pas uniquement de quelque passion bien précise, mais qui s’attache aussi au lien social, aux activités locales, autant qu’à la science et la recherche.

En ce sens, ce citoyen particulier rejoint avec panache une cohorte de gens fortunés qui, attachés au bien public, reconnaissants du savoir-vivre indigène et soucieux de la communauté qui les entoure, ont contribué ou contribuent encore, sans attendre quoi que ce soit en retour, à l’amélioration du quotidien de la région où ils se sont installés. Leenaards, Sandoz, Hofmann, Michalski, pour ne citer que les plus connus, autant de noms devenus familiers d’une forme de soutien à la société qui complètent avec pertinence et abondance la part de la manne publique. Il est permis de penser que nous sommes des chanceux et que l’on oublie de le reconnaître. Et que ses acteurs méritent notre considération.

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L’innovation vaudoise excelle aux quatre coins du monde

 

De g. à dr.: Philippe Leuba (conseiller d’Etat, chef du DEIS), Blaise Vuille (Tesa), Jean-Pascal Bobst (Bobst), Jurgi Camblong (Sophia Genetics), Aude Pugin (présidente de la CVCI), Claudine Amstein (directrice de la CVCI) et Jean-Frédéric Berthoud (directeur du DEV) – Photo: Zoé Jobin

Les entreprises Tesa, Bobst et Sophia Genetics sont les lauréates du Prix vaudois des entreprises internationales (PVEI) cette année. Cette distinction récompense trois sociétés qui brillent au-delà de nos frontières, tout en étant des moteurs de l’économie cantonale.

L’innovation était reine ce jeudi soir à Lausanne. Devant 300 invités réunis à l’IMD, la 5e édition du PVEI a consacré trois entreprises: Tesa, leader dans les instruments de mesure de précision, dans la catégorie «Entreprise étrangère», Bobst, fournisseur mondial de machines destinées aux fabricants d’emballages, dans la catégorie «Entreprise suisse», et Sophia Genetics, leader mondial de la médecine basée sur les données, dans la catégorie «Prix spécial du jury». Ces récompenses honorent chaque automne des sociétés actives à l’international et présentes sur sol vaudois. Les gagnants sont désignés sur la base d’une série de critères, parmi lesquels la présence d’un siège social dans le canton depuis trois ans au moins, une contribution à l’image du canton à l’étranger ou encore la création d’emplois localement.

Les deux premières lauréates, Tesa et Bobst, illustrent le rôle important que jouent les grandes entreprises dans l’économie vaudoise, à une époque où il est de «bon» ton d’accuser ces dernières de tous les maux. N’en déplaise aux adeptes du bashing, elles créent des milliers de places de travail et génèrent d’appréciables rentrées fiscales, qui sont utiles à la collectivité. Elles sont aussi des partenaires incontournables dans le domaine de la sous-traitance pour les innombrables PME du canton. Mais ce n’est pas tout: ces entreprises montrent également des aptitudes à innover sans cesse et à savoir se réinventer, des vertus qui sont autant de gages de pérennité.

Les vertus de la diversité

Tesa, par exemple, doit plusieurs de ses innovations à sa coopération avec les Hautes écoles de la région, en particulier l’EPFL. Bobst, de son côté, reste à la pointe de la nouveauté en misant sur quatre piliers: apprendre, innover, industrialiser et implanter. Elle a ainsi créé, l’an dernier à Cheseaux, la start-up Mouvent, son Centre de compétences pour l’impression numérique. Le succès est à ce prix. Toutes deux concourent au maintien et au renforcement d’un secteur industriel qui contribue, autant que celui des services, à la variété et à la prospérité du tissu économique vaudois.

Le Prix spécial du jury, qui distingue une entreprise particulièrement innovante, engagée localement et collaborant avec d’autres entreprises du canton, met en lumière l’entreprise Sophia Genetics. Fondée à l’EPFL en 2011, elle est leader mondial de la médecine basée sur les données (Data-Driven Medicine), qui a créé l’intelligence artificielle Sophia. Cette technologie a été adoptée par des centaines d’hôpitaux universitaires à travers le monde.

Décerné conjointement par le Département de l’économie, de l’innovation et du sport, la CVCI et le Développement économique – Canton de Vaud, le PVEI confirme que l’une des forces essentielles du canton de Vaud réside dans la grande diversité de son tissu économique. À nous de la perpétuer avec des conditions-cadres favorables.

Il faut une vision globale en matière fiscale

Le Baromètre fiscal vaudois de KPMG et de la CVCI, présenté la semaine dernière à la presse, met en évidence une réalité qui n’a que trop duré. Vaud figure encore et toujours parmi les cantons les plus chers de Suisse en matière d’imposition des personnes physiques, tant du point de vue du revenu que de la fortune.

La loi vaudoise sur les impôts directs est entrée en vigueur le 1er janvier 2001, à une époque où les finances cantonales étaient rouge vif. Sur les dix dernières années, le total des revenus d’impôt a augmenté de 55% alors que le PIB vaudois n’évoluait que de 38%. Les Vaudois ont largement permis de combler la dette cantonale, issue de la crise des années 1990. Notre canton affiche aujourd’hui une santé financière éclatante, et il est donc temps d’alléger la pression sur les contribuables.

Environ 6% des Vaudois contribuent à 41% des recettes de l’impôt cantonal sur le revenu. La modeste baisse de trois points décidée hier par le Grand Conseil va certes faire baisser la facture, mais cela ne va pas mettre beaucoup de beurre dans les épinards des contribuables. À nos yeux, abaisser l’impôt sur la fortune est tout aussi urgent pour disposer d’une fiscalité compétitive et attractive. En comparaison intercantonale, ce dernier reste l’un des plus élevés de Suisse.

Problématique pour la marche de l’économie

Au-delà de son impact individuel, cet impôt a des conséquences qui s’avèrent clairement problématiques pour la marche de l’économie. Il frappe directement les entrepreneurs propriétaires de leur entreprise – donc de leur outil de travail – puisque la valeur des sociétés est légalement inscrite dans le calcul de l’impôt sur la fortune. Pour peu que l’entreprise propriété du contribuable ne dégage que peu ou pas de bénéfice et qu’il se verse un salaire raisonnable, il consacrera une énorme part de ce revenu au paiement de l’impôt. A titre d’exemple, un entrepreneur détenteur de son entreprise, estimée à 7 millions de francs, de laquelle il tire un salaire qui, après toutes les déductions fiscales, s’élèvera à 150’000 francs, verra près de 65% de son revenu consacré à l’impôt! Cette situation, on en conviendra aisément, ne favorise guère les investissements. Au passage, relevons que cet impôt concerne aussi les retraités qui retirent leur deuxième pilier, ainsi que les propriétaires.

Pour ce qui concerne l’imposition du bénéfice des entreprises vaudoises, le canton a corrigé le tir: elle baissera de manière substantielle dès le 1er janvier prochain dans le canton, contribuant à maintenir leur attractivité. Le taux passera de 21,37% à 13,79%, fruit de la RIE III cantonale plébiscitée par le peuple en 2016.

Les entreprises présentes sur sol vaudois sont pourvoyeuses d’emploi. Il ne s’agit pas d’opposer les sociétés aux personnes physiques, car les deux contribuent à notre dynamisme économique. Les Vaudois ne reçoivent qu’une seule facture pour les impôts cantonaux et communaux. Cela n’amène pas grand-chose de les baisser d’un côté pour les remonter de l’autre. Canton et communes doivent s’accorder pour arriver à une situation favorable pour les contribuables. Une vision globale est donc indispensable.

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Les entreprises montent au créneau

C’est un véritable appel à la raison qu’ont lancé des entrepreneurs romands ce lundi, sur les hauts de Lausanne, en faveur de l’ouverture de la Suisse sur le monde. Sous l’égide d’economiesuisse, ils ont posé les premiers jalons de la campagne contre l’initiative dite «pour l’autodétermination», sur laquelle peuple et cantons s’exprimeront le 25 novembre prochain. Ce texte entend instituer la primauté du droit suisse sur le droit international. Cette vision assez simpliste du cadre juridique ignore la réalité des relations que notre pays entretient avec le reste du monde.

Aux yeux de ces chefs d’entreprise, auxquels nous apportons notre plein soutien, une telle initiative ne prend pas en compte le fait que nous avons besoin de conclure des accords avec d’autres pays, et que nous les signons volontairement, en toute connaissance de cause. Ce texte ferait peser une incertitude permanente sur quelque 600 traités économiques conclus par la Suisse avec le monde entier. Ces patrons redoutent la détérioration probable des relations avec de très nombreux États et des mesures de rétorsion découlant de l’obligation – exigée par l’initiative – de violer les traités. Les entrepreneurs présents ont également insisté sur la nécessité de maintenir la crédibilité de la Suisse sur la scène internationale, qui «contribue au développement des affaires et est une condition nécessaire pour étendre le réseau d’accords à des pays à fort potentiel». Accepter cette initiative contraindrait notre pays à faire le deuil de sa réputation de pays sûr et respectueux des actes qu’il signe.

Présente lundi aux côtés d’autres entrepreneurs, Aude Pugin, présidente de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, a rappelé que «notre économie gagne près de 2 francs sur 5 à l’étranger. Et 9 entreprises exportatrices sur 10 sont des PME comme la mienne. Je souhaite que notre politique étrangère continue à se baser sur des rapports de confiance, moyennant des accords, et non sur des rapports de force!» a souligné celle qui dirige APCO Technologies, à Aigle, active dans l’industrie spatiale et l’énergie.

Une voie solitaire et aventureuse

L’économie a décidé d’entrer en scène rapidement pour s’opposer à cet objet, histoire de ne pas revivre la mésaventure de février 2014; elle s’était alors réveillée trop tard pour combattre la funeste initiative «contre l’immigration de masse». À ce sujet, un rapport fédéral vient de révéler que l’adoption de ce texte avait coûté 1,4 milliard à la recherche suisse! De 2014 à 2016, notre pays n’avait eu, de fait, que partiellement accès au 8e programme-cadre européen de recherche, nommé Horizon 2020. C’était là un bien lourd tribut pour une voie solitaire et aventureuse.

Cet été déjà, plus d’une centaine de personnalités romandes de tous bords ont montré leur détermination à combattre cette initiative dans le but de protéger nos acquis et nos droits. Le mouvement s’amplifie et doit conduire au rejet d’un texte qui menace la crédibilité de notre pays sur la scène internationale et, par là même, notre économie et nos emplois. Glissons un non déterminé dans les urnes le 25 novembre prochain!

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L’impôt sur la fortune, injuste et anachronique

Le Conseil d’État vaudois a surpris son monde au début de ce mois en présentant sa «stratégie fiscale 2022». Dans le détail, il propose de baisser le coefficient cantonal d’impôt de 0,5 point en 2020, 2021 et 2022, d’augmenter de 1000 francs la déduction maximale pour les frais de garde et d’appliquer l’initiative populaire «Pour une baisse d’impôts pour la classe moyenne», qui élève de 800 francs la déduction pour primes d’assurance-maladie.

Il est certes temps de s’occuper de la fiscalité des personnes physiques, qui est particulièrement lourde dans le canton, comme le montre l’étude que la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) publie tous les deux ans. Cette même enquête relève aussi que l’impôt sur la fortune est le plus élevé de Suisse. Pourtant, le gouvernement ne dit pas un mot sur ce dernier, qui nuit clairement à l’économie, et dont la progressivité pèse lourdement dans les comptes des entrepreneurs à succès. Il faut savoir que tout propriétaire de son entreprise voit la valeur de celle-ci inscrite dans sa fortune imposable. Dans son programme de législature 2017-2022, le Conseil d’État parle de manière sibylline d’«examiner la nécessité de modifier l’imposition de la fortune». Belle audace…

Dans une récente opinion parue dans le bimensuel «Bilan», l’avocat et professeur de droit fiscal, Xavier Oberson, pointe du doigt l’aspect à la fois injuste et anachronique de cet impôt. Il rappelle que le Tribunal constitutionnel allemand a déclaré ce dernier inconstitutionnel en 1995, dans la mesure où son cumul avec le revenu provoque un impôt global qui dépasse 50% du revenu. De fait, de nombreux pays ont supprimé cette ponction dans la foulée. Rien de tout cela chez nous.

La CVCI fait de l’abaissement de l’impôt sur la fortune l’une des quatre priorités qu’elle défend dans le domaine fiscal, à côté de la mise en œuvre de la RIE III cantonale, de l’adoption d’une fiscalité modérée et compétitive des personnes physiques, et de la suppression de l’impôt sur les successions en ligne directe. Disons-le clairement: le maintien de l’impôt sur la fortune dans de telles proportions est incohérent au plus haut point. L’État engage des sommes importantes pour soutenir la création de start-up et l’emploi, mais ponctionne sans état d’âme particulier les propriétaires de ces mêmes start-up, ainsi que les PME. La taxation globale d’un entrepreneur propriétaire de sa propre société peut ainsi allègrement dépasser les 70% dans notre canton!

Le professeur Oberson poursuit en jugeant nécessaire de revoir cette imposition dans notre pays, car les risques de délocalisation sont, à ses yeux, sérieux. Il estime «dangereux de se contenter d’un système qui a été élaboré il y a plus d’un siècle et qui doit fondamentalement être revu à l’aube d’une nouvelle économie qui se dessine, faite de mobilité, de commerce numérique sans présence physique et de partage».

Son raisonnement relève du bon sens. L’heure est venue de sonner le glas d’une vision fiscale d’un autre temps, pour permettre à celles et ceux qui prennent des risques de générer de l’activité économique et des postes de travail.

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La flexibilité, une juste revendication

Travail.Suisse a choisi une approche musclée pour célébrer le 1er Mai, cette année. La faîtière syndicale a présenté 28 revendications relatives à l’égalité hommes-femmes, dont l’introduction d’une liste noire des entreprises pratiquant la discrimination salariale. Dans le cadre usuel du dialogue social tel qu’on le pratique en Suisse, ce ton quasi martial détonne. C’est d’autant plus regrettable que cette façon de procéder ne saurait contribuer à faire avancer les choses.

Dans son catalogue, et c’est là notre première source d’étonnement, Travail.Suisse réclame une série de mesures dont un certain nombre sont déjà en vigueur de plein droit, à l’image de la mise sur pied du processus de gestion de conflits. Les entreprises ont l’obligation de le faire, et la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie propose d’ailleurs ce service à ses membres depuis 2013.

La principale revendication syndicale présentée ce mardi, à savoir l’introduction d’une liste noire, soulève un sérieux problème, car il n’existe pas de base légale pour la mettre en œuvre. C’est pour cette raison que nous avons dû renoncer, avec les entreprises, à établir une telle liste à l’encontre des employeurs qui recourent au travail au noir. En outre, cette démarche pose des questions épineuses au niveau de la protection des données comme de la sphère privée.

Une balle dans le pied

Avec sa liste de revendications, la faîtière syndicale se tire par ailleurs une balle dans le pied, car la moitié des salariés de notre pays bénéficient de conventions collectives. Cela fait tout de même plus de 2 millions de travailleurs pour lesquels les inégalités salariales ne doivent pas avoir cours, vu que les organisations syndicales prennent part aux négociations. De plus, il faut relever que l’établissement d’une telle liste s’avère extrêmement compliqué, car les outils actuels mesurant l’égalité salariale sont adaptés aux entreprises comptant 50 employés et plus. Or, en Suisse, près de la moitié d’entre elles sont des PME qui en comptent moins.

Au-delà de ces différents aspects, le problème de fond demeure que les femmes sont surreprésentées dans les métiers à bas salaires, une réalité que les syndicats admettent eux-mêmes. C’est pourquoi il faut avancer non pas en faisant de l’esbroufe autour de cette thématique, mais en facilitant la promotion des femmes dans l’encadrement intermédiaire et supérieur des entreprises. Car c’est bien à ce niveau que se trouve l’une des explications des écarts salariaux en leur défaveur.

À ce propos, Travail.Suisse fait fausse route dans sa volonté de cadrer le travail à domicile, en le limitant à deux jours par semaine pour un poste à 100%, par exemple. Comment parviendrons-nous à intégrer mieux les femmes dans le monde professionnel si l’on n’introduit pas une certaine souplesse organisationnelle? D’ailleurs, le télétravail n’est pas du ressort des syndicats, mais bien des employeurs et des employés, en fonction de la stratégie de l’entreprise.

La promotion des femmes passe incontestablement par la flexibilisation du travail. Le monde de l’économie, n’en déplaise aux syndicats, a compris l’intérêt de les intégrer davantage, notamment en raison du départ à la retraite annoncé des baby-boomers et du tarissement de l’immigration.

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Non à une assurance injuste et trompeuse

Alors que la population vaudoise vient de recevoir son matériel de vote concernant l’initiative cantonale «Pour le remboursement des soins dentaires», il n’est pas inutile de rappeler les nombreux arguments qui militent pour son rejet.  Outre son caractère obligatoire tout à fait contestable, elle propose un système de financement injuste à travers un prélèvement paritaire sur le salaire et via l’impôt, grevant ainsi lourdement le budget d’une bonne moitié de la population. Elle se révèle de surcroît trompeuse, car les soins pris en charge, basiques, ne couvrent ni les frais d’orthodontie ni les couronnes, pas plus que les implants.

Une raison supplémentaire de s’y opposer s’est invitée dans le débat la semaine dernière, de manière pour le moins inattendue. En répondant à une intervention parlementaire relative aux conséquences financières de ce texte, le Conseil d’État vaudois a expliqué que le remboursement des soins dentaires dépendrait du paiement d’une franchise annuelle de 100 francs pour les enfants et de 300 francs pour les adultes. Le calcul est vite fait: cela représenterait  800 francs par année pour une famille de quatre personnes.  La stupeur – personne n’avait parlé de franchise jusqu’à présent – le dispute à l’exaspération, car la mise en œuvre d’une telle assurance publique ferait dès lors passer la classe moyenne trois fois à la caisse : par les salaires, par les impôts et par le porte-monnaie. Sans compter que la ponction paritaire prévue aurait un coût élevé pour les entreprises, dont la compétitivité dépend en bonne partie de charges sociales supportables. Cette assurance est donc injuste, trompeuse et trop coûteuse.

À ces arguments, on peut ajouter que l’introduction d’une assurance obligatoire dans ce domaine ne se justifie guère à la lumière des faits. Le système suisse de soins, basé pour l’essentiel sur la prévention et sur la responsabilité individuelle, a amplement fait ses preuves depuis les années 1960. Le nombre de caries a chuté drastiquement en cinquante ans, et l’état de la dentition d’une immense majorité de la population peut être aujourd’hui qualifié de bon. Quant aux personnes souffrant de problèmes bucco-dentaires et de moyens financiers limités, elles sont près de 70’000 à bénéficier d’aides cantonales ciblées.

Pour le reste, l’objet soumis au vote repose, ce qui n’est guère rassurant, sur de pures supputations. Le Conseil d’État a dû en estimer les coûts dans l’urgence car, et il est bon de le rappeler, l’initiative ne donne aucune indication précise sur la facture annuelle. Si ce texte est approuvé par la population, c’est au Grand Conseil qu’il reviendra de mettre sur pied une loi d’application. D’ici là, on peut craindre que la facture n’enfle encore. D’ailleurs, et pour conclure, l’instauration d’une assurance dentaire obligatoire laisse augurer d’un gouffre financier, à l’image de ce qui se passe avec la LAMal depuis le milieu des années 1990. La bureaucratie lourde découlant de sa mise en œuvre a induit une augmentation continue des coûts, que personne ne parvient à enrayer. On peut légitimement craindre qu’il en aille de même avec le modèle proposé par l’extrême gauche.

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Le long terme, c’est (aussi) l’avenir des entreprises

C’est sans doute un hasard, mais il est frappant et il tombe au bon moment. Le 23 novembre dernier, la 4e édition du Prix vaudois des entreprises internationales (PVEI) – que co-organise la CVCI – a récompensé trois sociétés qui ont deux éléments forts en commun : un ancrage familial et une vision à très long terme. Deux facteurs a priori désuets, mais qui prennent tout leur sens lorsqu’on considère le succès impressionnant de ces entreprises. Chacune dans leur domaine, elles sont des leaders et ne cessent d’innover.

A l’occasion du PVEI, à l’IMD à Lausanne, Alexandre Pesci (CEO de LEMO), André Wider (CEO de Wider SA) et Thibaud Stoll (dir. des sites de production biotechnologique de Merck), ont reçu leur prix des mains de Claudine Amstein (Directrice de la CVCI), Jean-Frédéric Berthoud (Directeur du DEV) et Philippe Leuba (Conseiller d’Etat – DEIS, à dr.). (Photo: Christian Brun)

La plus petite d’entre elles, Wider SA, « coup de cœur du jury », a démarré comme simple menuiserie à Morges voici bientôt septante ans. L’actuel directeur, André Wider, l’a reprise des mains de son père alors qu’il était encore très jeune. Aujourd’hui, cet agencier d’intérieur, qui conçoit des cuisines, des showrooms pour l’horlogerie, des salles de conférence et toutes sortes de réalisations en bois mais aussi dans d’autres matériaux, livre en six semaines ses conceptions Swiss made sur mesure aux quatre coins de la planète. Comment fait-il dans un marché si concurrentiel, où chaque centime compte ? Il investit. Il innove, en misant à fond sur la 3D, afin de pouvoir appliquer une logique industrielle à la fabrication de pièces uniques. Il forme ses employés. Il mise sur le canton de Vaud, où il trouve de la compétence, de la clientèle et du soutien. En vingt ans, il a ainsi créé plus de 200 emplois.

L’histoire de LEMO SA est du même ordre. Le grand-père de l’actuel patron, Alexandre Pesci, a inventé le connecteur « push-pull » il y a cinquante ans et, depuis, cette entreprise discrète et méconnue du grand public équipe les instruments médicaux les plus sophistiqués, les grandes chaînes de télévision, la Formule 1… en internalisant presque tout ! Mis à part la fourniture de matière première, LEMO contrôle toute sa chaîne de production, en Suisse. Pour assurer une qualité optimale et un Swiss made indispensable aux yeux des clients. Là aussi, il a fallu consentir à d’importants investissements, payants à long terme, et qui contribuent à sa distinction dans la catégorie « entreprise suisse » du PVEI 2017.

Quant à « l’entreprise internationale »  de l’année en terre vaudoise, elle s’appelle Merck. C’est un géant de 350 ans d’âge, toujours contrôlé à 70% par sa famille fondatrice. Sa division biotechnologie avait repris, il y a une décennie, les sites de Serono dans le canton de Vaud. Depuis cette intégration, qui avait fait couler beaucoup d’encre, Merck a investi environ un milliard de francs sur ses sites de Corsier-sur-Vevey et d’Aubonne, et a accru de 350 son nombre d’employés (ils sont 1500 dans le canton de Vaud). Une tendance qui devrait se poursuivre. Car Merck est engagé pour une longue durée dans l’environnement très favorable de la « Health Valley » lémanique, avec l’objectif d’y réaliser sa révolution numérique.

Comme quoi, entreprise familiale et vision à long terme n’ont jamais été aussi modernes qu’à l’heure de l’industrie 4.0 ! Une belle leçon.