L’entreprise de demain sera flexible et modulable

La digitalisation et la préservation de l’environnement sont deux thèmes primordiaux pour l’avenir de la planète et de l’économie. Ils poussent les chefs d’entreprise à l’agilité et à l’inventivité. Dans ce contexte, les maîtres-mots ont pour nom flexibilité et modularité.

Jusqu’à un passé encore récent, les entrepreneurs faisaient construire des usines et des bureaux dans une perspective de long terme. Le monde d’aujourd’hui, qui change à la vitesse Grand V, les contraint à s’adapter en permanence et à remettre en question les certitudes acquises jusqu’alors. L’exemple le plus visible de cette formidable accélération est matérialisé par l’avènement du e-commerce. Notre manière d’effectuer les courses en a été bouleversée. Cette évolution concurrencera frontalement le commerce classique, et le poussera à se réinventer.

Une autre tendance, pour le moins étonnante, se fait pourtant jour: des mastodontes du e-commerce commencent à ouvrir des points de vente physiques, comme Amazon Go, qui propose des magasins sans caisse. Lorsque l’on sait que les géants du Web réalisent leurs principales économies grâce à l’absence de loyers et à des coûts logistiques réduits, on peut s’interroger sur ce revirement.

La première explication réside dans la nécessité de maintenir une véritable expérience client, notamment dans l’industrie du textile où les acheteurs veulent pouvoir essayer des vêtements avant de les acquérir. C’est la raison pour laquelle de nombreuses marques online ouvrent des boutiques éphémères. Ces magasins facilitent avant tout les retours d’articles et accélèrent la livraison. Enfin, la proximité ainsi recréée permet d’alimenter les bases de données clients avec de nouvelles data, le Graal de l’ère numérique.

L’e-commerce, cependant, ne fait pas vivre le secteur de la vente et de la distribution en Suisse, comme nous l’a confié récemment un grand distributeur. Il s’agit d’un passage obligé. Chez nous, le commerce en ligne concerne certes toute la population, mais dans une mesure encore modeste: il pèse 10% des ventes de détail et 16% des ventes non-food.

Du côté de l’industrie, la problématique est différente selon que l’on considère les secteurs de la production et de l’administration. Dans ce premier domaine, on constate que l’automatisation progresse rapidement. Cette tendance risque de faire disparaître des emplois, pour l’essentiel non qualifiés, mais les besoins en espace demeurent, car les machines nécessitent de la place.

Les robots industriels classiques sont rapides et puissants: pour protéger l’humain, ils sont placés dans des enclos, ce qui empêche la collaboration homme-robot. La robotisation totale n’est cependant pas toujours possible: certaines tâches ou lots sont trop complexes ou trop coûteux pour être rentables. D’où l’émergence de robots collaboratifs, capables d’interagir physiquement avec un humain dans un espace partagé. Il s’agit d’utiliser l’homme et la machine pour leurs compétences propres, et de déléguer ce qui est pénible à cette dernière.

L’essor du smartworking

Et qu’en est-il des services? S’agissant des métiers liés directement au bureau traditionnel, le tsunami digital pousse au semi-nomadisme, voire au nomadisme. S’il est difficilement imaginable pour une petite PME, le télétravail se conçoit aisément pour de plus grandes structures. Les attentes des employés sont nombreuses, liées à la mobilité, la durabilité, à la problématique des garderies, etc. Dans ce foisonnement de changements spatiaux, le smartworking prend aussi tout son sens. Derrière ce concept se cache une philosophie de gouvernance «éclairée» basée sur la confiance mettant en valeur l’autonomie, la responsabilisation des collaborateurs et le travail créatif en équipe. Pour les favoriser, le cadre spatial de l’entreprise est redéfini et optimisé.

Mais ce n’est pas tout! Ce séisme numérique laisse entrevoir d’autres évolutions. Nombre d’experts estiment qu’à l’avenir, une bonne partie des employés travailleront en freelance. L’avènement d’outils informatiques toujours plus performants, l’arrivée de la 5G, le boom des métiers liés au numérique, sans oublier la baisse des coûts liés aux déplacements, expliquent ce mouvement de fond.

L’une des pistes actuelles pour absorber ce nomadisme se nomme coworking. Un certain nombre de professions, comme l’architecture, le design, le développement informatique, la consultance technologique ou d’autres demandent un nouveau cadre de travail qui permette de rencontrer, de collaborer, d’échanger et d’apprendre des autres. Les espaces de coworking, qui se multiplient, permettent d’allier ces objectifs à un cadre de travail sérieux et dynamique.

Ce sont là des questions passionnantes et pleines d’enjeux pour l’économie et les humains dans les années à venir. Dans ces circonstances, rappelons-le, la flexibilité et la modularité resteront des axes incontournables.

Crédit photo: CVCI/Zuzanna Adamczewska-Bolle

Une taxe qui pollue les enjeux environnementaux

Le canton de Vaud veut renforcer sa stratégie énergétique pour lutter contre le réchauffement climatique. A priori louable, cette politique se ferait une fois de plus sur le dos des entreprises, qui ont déjà beaucoup contribué et donné. Référendum en vue?

Réduire la consommation d’énergie par habitant de près de 60% et couvrir 50% des besoins énergétiques du canton de Vaud par des ressources renouvelables à l’horizon de 2050: la nouvelle version de la Conception cantonale de l’énergie, rendue publique lundi par le Conseil d’Etat, se veut ambitieuse. Lyrique, l’Etat entend ainsi «renforcer son soutien au virage énergétique et à la lutte contre le réchauffement climatique, tout en assurant prospérité et qualité de vie à la population vaudoise». Vaste programme aux relents vaguement électoralistes.

Pour financer sa politique, le canton aurait pu puiser dans les substantiels revenus que lui rapporte sa lourde fiscalité. Il n’en est rien! Il a opté pour le triplement de la taxe sur l’électricité en la faisant passer de 0,18 ct/kWh à 0,6 ct/kWh dès 2020, avec une progression possible, en cas de besoin, jusqu’à maximum 1 ct/kWh. Étrange cible lorsque l’on sait que la production électrique, majoritairement renouvelable, génère peu ou pas de CO2. Le coût estimé atteint, pour une PME, entre 1000 et 2000 francs par an, et entre 9600 et 18’800 francs pour les grands consommateurs. Le but consiste à renflouer le Fonds cantonal sur l’énergie. Cette augmentation toucherait une fois de plus les entreprises, toujours bonnes à être ponctionnées, et menacerait encore un peu plus leur compétitivité. Le comble, comme l’a relevé «24 heures», c’est que «la quasi-totalité des salaires à la Direction de l’énergie sont financés par un prélèvement sur le Fonds pour l’énergie qui n’a pas cette vocation et qui s’épuise inexorablement», a fait remarquer la Commission de gestion du Grand Conseil… La question du référendum va probablement se poser.

Mais passons! Personne, hormis quelques «climatosceptiques» anachroniques, ne conteste l’ampleur des défis environnementaux que notre planète doit affronter. L’économie, par son activité, génère son lot de CO2 dans l’atmosphère. Mais ce serait faire un bien injuste procès aux entreprises que de nier les efforts qu’elles consentent pour réduire leur empreinte carbone. Pointées du doigt pour leurs rejets divers dans la nature, elles sont conscientes de leur responsabilité face à l’environnement. Les industries ont déjà commencé à s’en préoccuper il y a longtemps en atteignant leurs objectifs. Et elles continuent de cibler les potentiels d’amélioration dans ce domaine. Même si leur consommation et leurs frais sont moindres, les PME travaillent elle aussi sans relâche pour améliorer leur efficacité énergétique.

Des projets enthousiasmants naissent

Depuis 2001, sous l’égide de l’Agence de l’énergie pour l’économie, près de 4000 entreprises ont évité l’émission de 2,3 millions de tonnes de CO2 par année. Selon les chiffres de l’Office fédéral de l’environnement, par ailleurs, les émissions de gaz à effet de serre par franc de PIB ont diminué de 39% pendant la période allant de 1990 à 2016, et cela malgré l’augmentation de l’activité économique. La croissance est souhaitable, d’autant plus qu’elle se veut désormais qualitative. Les départements de recherche et de développement des entreprises s’attellent à résoudre un certain nombre de problèmes climatiques. Des projets enthousiasmants naissent dans les PME, dans les start-up, dans les Hautes écoles de Suisse et de notre canton. Il s’agit de mobiliser tous les moyens possibles pour investir dans l’avenir.

Les entreprises, rappelons-le une énième fois, ne sont pas des vaches à lait que l’on peut traire à merci. Dans ce contexte, il est utile de rappeler que l’impôt vaudois sur la fortune est, en comparaison intercantonale, l’un des plus élevés de Suisse. Au-delà de son impact individuel, cet impôt frappe directement les entrepreneurs propriétaires de leur entreprise – donc de leur outil de travail – puisque la valeur des sociétés est légalement inscrite dans le calcul de l’impôt sur la fortune. Cette imposition lourde ne favorise guère les investissements.

Faire de l’écologie à tout prix est dans l’air du temps. Mais il serait judicieux de souffler dans le bon sens.

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Le sport, l’un des moteurs de l’innovation vaudoise

L’inauguration du nouveau siège du Comité international olympique (CIO) confirme la place enviable qu’occupe le sport mondial dans le canton de Vaud. Les nombreuses fédérations qui y sont établies jouent un rôle économique important. Un chemin que prend le prometteur Sport Innovation Hub en créant un bel écosystème.

«Plus vite, plus haut, plus fort»: le CIO n’a pas fait mentir sa devise en inaugurant la Maison olympique, dimanche dernier à Lausanne, à l’occasion de ses 125 ans. Avec cet investissement de 145 millions de francs, l’institution confirme son attachement pour la capitale vaudoise. Thomas Bach, son président, n’y est pas étranger: «Je suis tombé amoureux de Lausanne et des Lausannois depuis que j’ai eu la chance de m’y installer, a-t-il déclaré à la presse. Vous pourriez penser que ce ne sont que des mots, mais ce n’est pas le cas. Le CIO est d’ailleurs passé de la parole aux actes avec ce nouveau siège.»

Au moment où la FIFA, draguée par la France, songe à s’établir à Paris pour des raisons fiscales, le renforcement de la présence olympique sur les bords du Léman constitue un signal fort quant à l’aptitude de notre pays à séduire les plus grandes institutions sportives. Les nombreuses fédérations mondiales établies dans le canton constituent un apport indéniable, tant du point de vue de l’image que des retombées économiques. En 2015, un rapport de l’Académie Internationale des Sciences et Techniques du Sport (AISTS) évaluait à plus d’un milliard de francs leur impact sur l’économie locale.

Le sport ne cesse de gagner en importance dans nos contrées, dans le sillage de l’innovation qui, elle aussi, constitue une marque de fabrique. A côté de ce nombre substantiel de fédérations internationales, le canton peut également compter sur un écosystème en perpétuelle évolution. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre l’émergence du Sport Innovation Hub, une plateforme pour le sport et l’innovation dans la région lancée ce printemps. Ce hub a été créé conjointement par le canton, la Ville de Lausanne, ThinkSport, premier réseau réunissant toute la variété d’expertise et d’excellence dans le secteur du sport, l’École polytechnique fédérale de Lausanne, l’Uni de Lausanne et le réseau universitaire Smart Move. Il bénéficie du soutien d’Eurovision Sport, de Nagra Kudelski, de SwissTiming et de l’UEFA.

Un incubateur pour les start-up

Ce pôle, à en croire les autorités cantonales, a pour vocation d’être un incubateur et un accélérateur pour les start-up. Il fonctionnera par ailleurs comme une cellule de réflexion pour le sport et la communauté de l’innovation. Dans la foulée de ce lancement a eu lieu, jeudi dernier, le tout premier UEFA Start-Up Challenge, qui mettait aux prises sept jeunes pousses au siège de l’UEFA, à Nyon. Sélectionnés à l’issue d’un processus minutieux en février, les entrepreneurs avaient trois mois pour proposer des concepts répondant aux besoins actuels de l’UEFA. Chaque start-up a présenté ses concepts novateurs durant dix minutes, avant de répondre aux questions du public composé d’experts d’autres fédérations sportives internationales, du CIO, d’universités et de représentants des autorités publiques.

Directrice de ThinkSport, Anna Hellman a déclaré à l’occasion de cette journée qu’il était «important d’établir des collaborations intersectorielles au sein de notre écosystème unique et de conduire ainsi le progrès dans le sport. Des projets comme l’UEFA Start-Up Challenge illustrent comment ce projet peut se traduire dans la réalité.»

Le sport, on le voit, se profile en véritable moteur de l’innovation vaudoise. Avec un tel écosystème, la balle est désormais dans le camp des investisseurs.

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Congé paternité: et si l’on parlait de flexibilité?

Faut-il introduire un congé paternité dans la législation suisse? Dans l’air du temps, cette question a été empoignée le 20 juin par le Conseil des Etats lors d’un débat sur l’initiative en faveur d’un congé d’une durée de quatre semaines, proposé par les syndicats, et financé par les allocations pour perte de gain (APG) de manière paritaire, soit 0,06% du salaire. La Chambre haute s’est également exprimée sur un contre-projet indirect portant sur deux semaines à prendre durant les six mois suivant la naissance de l’enfant. C’est cette seconde option qui l’a emporté. 

L’idée d’un congé paternité, c’est une évidence, ne saurait être contestée dans son esprit. La société a évolué ces dernières années et aujourd’hui, nombre de pères de famille se sentent davantage concernés par la parentalité. C’est pourquoi la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) se montre favorable au contre-projet. Ce compromis nous paraît raisonnable et, surtout, supportable financièrement pour les entreprises. Cela dit, ce nouveau prélèvement sur les salaires doit nous faire réfléchir sur les limites d’un tel système: au vu des réformes sociales en vue (AVS, prévoyance professionnelle), il arrivera un moment où nous ne pourrons plus tout financer. Il s’agira alors d’établir des priorités.

Les entreprises ne sont pas restées les bras ballants ces dernières années face à la revendication d’un congé octroyé aux pères de famille. Car c’est déjà une réalité dans un certain nombre de sociétés qui aménagent, lorsque cela est possible, des politiques familiales arrangeantes. Cela dit, le choix d’un tel congé devrait à nos yeux être laissé aux patrons, car toutes les organisations ne disposent pas des effectifs suffisants permettant des remplacements aisés entre collègues, en particulier au sein des petites PME.

Cette réalité a été confirmée par l’enquête conjoncturelle d’automne 2017, dans laquelle la CVCI avait sondé ses membres à propos de cette initiative. Si une très légère majorité des répondants (51%) se montrait favorable à un tel système, les avis étaient toutefois très partagés, puisqu’une majorité des industriels (56%) rejetait cette option. Seuls 22% des sondés accordent en fin de compte un congé paternité, pour une durée moyenne de 6,3 jours. Des freins importants subsistent toutefois, car 63% des répondants opposés à ce texte invoquaient l’obstacle de la structure de l’entreprise, alors que 49% estimaient que cela impliquerait des coûts trop élevés. Des solutions personnalisées adaptées aux moyens et aux organisations pourraient dans tous les cas être encouragées. La CVCI montre elle-même l’exemple en prônant le temps partiel et le télétravail.

D’autres éléments à considérer

Cela dit, l’implication des deux parents dans l’éducation des enfants relève de bien d’autres éléments qu’un congé paternité de quelques semaines. Pour faire avancer les choses dans ce domaine, il faut agir sur la flexibilité des horaires de travail, disposer d’horaires scolaires harmonisés et, surtout, faciliter l’accès à des structures d’accueil pré- et parascolaires. C’est par le cumul de ces biais qu’un partage des tâches plus équitable au sein des couples pourra être envisagé.

Accorder deux semaines de congé paternité, c’est assurément une bonne chose. Mais il nous paraît tout aussi évident que la flexibilité constitue une réponse adaptée à cette problématique.

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Créativité, diversité, innovation, les atouts de l’enseignement privé


Une école en vue qui ferme ses portes traduit-elle les difficultés d’un secteur tout entier ? Comme une hirondelle ne fait pas le printemps, la fermeture récemment annoncée de l’école GEMS, à Etoy, n’annonce pas les frimas pour les établissements privés de notre région.

Il est évidemment malheureux de voir des emplois disparaître et des investissements ne pas connaître la réussite espérée. Mais cette conclusion regrettable ne traduit pas la réalité de l’Arc lémanique. En effet, l’écrasante majorité des nombreuses écoles installées dans notre région se porte bien. Le poids économique direct et indirect de ce secteur contribue à faire de la Suisse romande un environnement à haute valeur ajoutée. En effet, l’enseignement privé n’est ici ni une nouveauté, ni une spécialité réservée à une élite. Rien que sur Genève et Vaud, l’Office fédéral de la statistique recense plus de 220 écoles privées, dont trois quarts d’établissements non subventionnés. Ils reflètent une tradition qui a évolué avec son temps, et qui conjugue désormais une multitude d’offres, de méthodes et d’approches qui répondent à des besoins nouveaux.

Car une société plus ouverte, plus mobile, plus attentive à la diversité des parcours personnels et des aptitudes, attend des institutions chargées de la transmission du savoir de sortir d’un modèle unique. Par définition, l’école publique, qui change elle aussi à son rythme, ne peut couvrir l’ensemble des demandes. Dans cette perspective, il est intéressant de noter une complémentarité qui s’exprime notamment dans le développement, ces dernières années, d’établissements centrés sur des cursus bilingues ou plurilingues. La demande ne vient pas que des « expats » : les familles d’ici savent aussi l’importance de ce facteur dans l’avenir de leurs enfants, et trouvent dans ces écoles réponse à leurs aspirations. Cela dit, il est clair que la présence de ces établissements, qui garantissent à leurs élèves un continuum en termes de cursus scolaire, fait partie des atouts majeurs de notre région en matière d’attractivité économique.

Une complémentarité gagnante

La flexibilité inhérente à l’organisation privée permet également de tester des nouveautés pédagogiques, d’anticiper, de créer un cadre différent. Et, parfois, de tester des éléments qui seront utiles au public – à témoin le programme pilote qu’une école vaudoise a développé en coopération avec la Haute école pédagogique (HEP) du canton de Vaud, pour l’adoption pédagogique des outils numériques.

De 2014 à 2016, l’école Haut-Lac, établissement international bilingue installé à Blonay, a conduit un projet baptisé « un élève – une tablette », impliquant huit enseignants et deux formateurs chercheurs de la HEP Vaud. Il s’agissait de tester, d’observer et d’optimiser, à échelle réelle, l’utilisation d’une tablette numérique en classe pour chaque élève. L’objectif ? Améliorer les techniques d’enseignement, renforcer les apprentissages et la formation des enseignants, et documenter la recherche scientifique. Les chercheurs de la HEP Vaud ont en effet régulièrement transmis leurs conclusions à la communauté scientifique internationale. Le modèle a inspiré l’approche actuelle du numérique par l’enseignement public vaudois. Un exemple très parlant alliant innovation et complémentarité.

C’est encore sous l’œil de la complémentarité que l’on doit considérer le rôle des établissements privés dans leur capacité à intégrer des typologies d’élèves qui représentent un défi particulier. De manière générale, cette complémentarité globale est bien comprise par les pouvoirs publics, qui y trouvent leur compte. La reconnaissance récente par Genève de la délivrance de la maturité cantonale par les établissements privés en est la preuve. Vaud reste, en Suisse, l’un des derniers cantons à n’avoir pas franchi ce pas.

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La croissance ralentit, mais l’heure n’est pas à l’alarmisme

Le Brexit, qui s’éternise, et les guerres commerciales allumées par le président Trump réactivent le spectre d’une récession. Les perspectives restent néanmoins globalement favorables, selon les experts. Le chômage, lui, ne préoccupe plus guère les Suisses.

C’est une première depuis plus de vingt ans: le chômage, qui figurait en tête des préoccupations de la population dans le Baromètre de l’institut gfs.bern et de Credit Suisse depuis 1997, a été relégué au sixième rang. Désormais, la prévoyance vieillesse est la première source d’inquiétude de nos compatriotes, devant la santé/assurance-maladie. Suivent les problématiques des étrangers, de l’asile, et de la protection de l’environnement. Le chômage a ainsi accusé un recul considérable de 22 points de pourcentage en une année. Selon les auteurs de cette enquête, «le débat actuel sur la destruction d’emplois par la numérisation ne semble guère influencer la perception des Suisses. Par rapport à l’année dernière, beaucoup moins de sondés perçoivent le chômage comme une préoccupation et 75% des Suisses jugent également peu probable que leur emploi soit remplacé par des robots, de nouvelles technologies ou des logiciels intelligents dans les vingt prochaines années. Dans l’ensemble, 85% des personnes interrogées estiment que leur emploi est très sûr ou plutôt sûr.»

Cette confiance trouve en partie sa source dans la remarquable résilience dont fait preuve l’économie de notre pays depuis de nombreuses années, en particulier dans le canton de Vaud. La dernière enquête conjoncturelle de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie confirme cette faculté puisque la grande majorité de ses entreprises membres (83%) prévoient un chiffre d’affaires stable ou en hausse, alors que les effectifs devraient continuer à augmenter légèrement.

En économie, cependant, les choses peuvent évoluer très vite. La persistance du président Trump à allumer des feux protectionnistes à tout-va et les incertitudes régnant autour du Brexit semblent éroder quelque peu la confiance affichée en ce début d’année. L’institut CREA d’économie appliquée de l’Université de Lausanne a publié la semaine dernière un résumé des prévisions pour l’économie suisse. Pour ses experts, «c’est avant tout l’évolution conjoncturelle internationale qui plombe un peu le moral des entreprises. Il s’ensuit que les mois à venir devraient voir un recul des activités de production, qui se reflètera dans un net recul des investissements en équipements. Cependant, cette évolution négative ne devrait pas perdurer longtemps.»

La croissance demeure

CREA prévoit ainsi que la croissance va connaître un net repli cette année (1,4%), avant une accélération modeste en 2020 (1,9%) et plus forte en 2021 (2,3%). «Notre pays a commencé à être impacté par les mauvaises performances de l’économie européenne et cela à travers ses exportations», notent les experts de cet institut. Ils relèvent que «la plupart des PME exportatrices ne désespèrent cependant pas et presque la moitié s’attendent malgré tout à une croissance de leurs exportations pour la fin de l’année», comme en témoigne, entre autres, le sous-indice de l’emploi qui se trouve toujours dans la zone de croissance, indiquant que les entreprises restent confiantes et continuent à embaucher.

L’heure n’est donc pas à l’alarmisme. Une croissance à la baisse reste positive, et les perspectives ne sont pas mauvaises. La faîtière economiesuisse a ainsi fait savoir hier qu’elle tablait sur une croissance de 1,4% du produit intérieur brut (PIB) pour 2019 et de 1,2% en 2020. «Le chômage reste faible, mais ne poursuit pas sa baisse», ajoute-t-elle. De quoi faire remonter à terme cette préoccupation dans le baromètre précité? L’avenir le dira. Il reste que les fondamentaux de notre économie demeurent solides et nul doute que l’éclatant succès de la votation sur la fiscalité des entreprises et le financement de l’AVS devrait permettre à notre économie de maintenir une dynamique solide.

S’endormir sur ses lauriers serait évidemment une grave erreur. Les réformes doivent être poursuivies et il faut veiller notamment à ce que les talents de demain continuent de bénéficier d’une formation de haute qualité pour maintenir notre prospérité.

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Le marché chinois, entre inquiétude et opportunité

Douze mille touristes chinois en une semaine à Lucerne, voilà qui ne passe pas inaperçu. Cet afflux organisé, qui a suscité moult commentaires, a permis de rappeler l’importance de la «relation spéciale» qui unit la Suisse à la Chine.

L’un des premiers pays occidentaux à reconnaître la République populaire, en janvier 1950, la Suisse a aussi fait œuvre de pionnier en matière de libre-échange en signant un accord le 1er juillet 2013 – longtemps après que de nombreuses sociétés suisses eurent établi, dans les années 1990 déjà, des présences commerciales soutenues en Chine. La récente visite du président de la Confédération, Ueli Maurer, à Beijing le confirme, la Suisse est dans les très bons papiers des Chinois. Le projet des nouvelles routes de la Soie n’est pas sans controverse, mais l’approche suisse, qui privilégie la participation et le dialogue à la porte fermée et au silence, est certainement la plus juste.

Au bénéfice de cette image très positive, qu’elle veut encore améliorer en la diversifiant et en lui donnant d’autres ressorts que les clichés habituels, la Suisse dispose d’atouts majeurs pour réussir en Chine et avec elle. La masse que représente le marché chinois permet d’imaginer des développements importants, dans le domaine touristique bien sûr, mais aussi pour nos entreprises d’exportation.

Mais à l’heure où la Chine connaît un ralentissement marqué de son économie, et s’est engagée dans un bras de fer protectionniste aves les Etats-Unis, à coup de sanctions et de représailles en cascade, n’y a-t-il pas un danger à trop miser sur ce marché? La sino-dépendance de pans entiers de l’horlogerie suisse lui a causé des tourments récents dont certaines marques souffrent encore…

Un atout majeur pour nos entreprises

Une récente étude publiée par le «Financial Times» livre des éléments de réponse intéressants et pas trop inquiétants. Elle indique en particulier que dans une économie chinoise certainement encore plus impactée par le ralentissement de croissance que les autorités de Beijing veulent bien l’admettre, les entreprises étrangères ont tiré leur épingle du jeu – surtout celles qui sont actives dans l’économie de précision, la pharma et l’énergie, des domaines où les sociétés suisses sont présentes. En revanche, toutes les activités liées au pouvoir d’achat et à la demande intérieure des consommateurs chinois souffrent.

L’étude du «FT» montre à quel point la Chine se transforme – d’abord dans son nord-est industriel, mais toutes les régions sont touchées. Elle devient de plus en plus un pays de services, la construction ralentit – sauf sous l’effet de plans de soutien décidés par le gouvernement –, l’inquiétude pour l’emploi est palpable à travers l’augmentation des recherches sur Internet. Ce ralentissement d’un poumon majeur de la croissance mondiale doit évidemment être observé avec prudence et attention. Mais le changement fondamental d’une société qui consolide sa classe moyenne est aussi une chance à ne pas manquer pour l’économie suisse. En ce sens, la capillarité des relations tissées avec le géant chinois est un atout majeur pour nos entreprises.

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Les machines ne seront rien sans l’Homme

Contrairement à ce que l’on lit et entend un peu partout, les perspectives sont favorables pour la grande majorité des entreprises vaudoises. L’enquête conjoncturelle que la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) a menée ce printemps laisse entrevoir une stabilisation ou une hausse du chiffre d’affaires et une légère augmentation des effectifs en 2019 au sein des sociétés du canton, qui auront plus que jamais besoin de collaborateurs bien formés.

La situation est particulièrement réjouissante dans le secteur secondaire, où un quart des sondés envisagent une hausse du nombre d’emplois. Par ailleurs, la légère reprise des investissements observée l’an dernier devrait se confirmer cette année. Ces signaux encourageants pour la prospérité de notre canton interviennent pourtant dans un contexte peuplé d’incertitudes, comme les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, le Brexit et les relations Suisse-Union européenne à l’aune de l’accord-cadre. Le «Baromètre des préoccupations des entreprises» que la CVCI publie pour la 11e année consécutive indique d’ailleurs que la situation économique générale constitue la principale source d’inquiétude des entrepreneurs.

La recherche de nouveaux clients est aussi largement évoquée par les répondants, en particulier dans les PME de moins de 30 employés, de même que la difficulté de recruter, spécialement aiguë au sein des entreprises de plus de 100 employés. A cet égard, les initiatives qui menacent la libre circulation des personnes inquiètent et montrent l’attachement des sociétés aux accords qui nous lient à l’UE. Ainsi, 60% des entreprises estiment que les difficultés de recrutement se feraient sentir encore davantage en cas de résiliation des accords bilatéraux, une proportion qui grimpe à 96% au sein des grandes entités.

Si la politique ne parviendra pas à elle seule de solutionner la pénurie de main-d’œuvre, la robotisation pourrait en revanche constituer une voie pour en atténuer les effets. Dans sa récente étude «Humains recherchés pour épauler les robots», Manpower relève les immenses espoirs suscités par l’automatisation. Dans 35 des 44 pays couverts par son enquête, un nombre croissant d’entreprises prévoit d’augmenter ses effectifs ou de les maintenir à leur niveau plutôt que de les réduire. «Les entreprises qui se sont déjà engagées sur la voie de la digitalisation sont en plein développement, et cette croissance génère de nouveaux emplois originaux et encore peu répandus», notent les auteurs de l’étude.

À l’heure où l’automatisation devient la norme et où les machines gagnent en efficacité dans l’exécution de tâches répétitives, il est intéressant de relever que les employeurs valorisent de plus en plus les compétences humaines. L’étude précitée prévoit que d’ici à 2030, «la demande de qualités humaines tant sociales qu’émotionnelles va progresser, tous secteurs confondus, de 26% aux Etats-Unis et de 22% en Europe». Mais ces talents ne vont pas tomber du ciel. Dans cette révolution en cours, «les entreprises doivent entretenir une culture de l’apprentissage, aiguiller leurs employés sur la gestion de leur carrière et leur proposer des solutions pour acquérir des compétences nouvelles à travers des modules brefs et ciblés», estiment encore les experts de Manpower.

La formation continue est certes centrale, mais il ne faut surtout pas négliger la formation initiale. L’école a elle aussi un rôle capital à jouer pour préparer les talents de demain en privilégiant l’humain. L’instruction publique a formé des générations d’élèves qui savent compter, mais qui n’ont plus d’esprit critique. Il est grand temps de réhabiliter la réflexion pendant le parcours scolaire, afin que les employés de demain puissent faire valoir des soft-skills, des qualités humaines et des compétences relationnelles.

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Pour répondre au défi climatique, innovons !


Samedi dernier, quelque 8000 personnes ont à nouveau manifesté pour le climat à Lausanne. Mais au-delà des manifestations, à quoi en sommes-nous ? Que pouvons-nous faire, notamment au niveau du secteur économique ? 

Le réchauffement climatique et la question des réglementations sont aujourd’hui dans toutes les bouches. En Suisse, nous avons vu des normes et des labels s’imposer ces dernières années, dans la construction notamment. Mais répondre aux défis qui se posent demandera bien davantage de créativité et d’ingéniosité que se conformer à des lois et autres directives! Se reposer uniquement sur ces dernières pourrait d’ailleurs finir par ressembler à un oreiller de paresse.

Dans mon blog du 13 février dernier, je revenais sur des résultats concrets : « depuis 2001, les 3852 entreprises qui ont conclu une convention d’objectifs avec la Confédération (…) ont évité l’émission de 2,3 millions de tonnes de CO2 par année. Selon les chiffres de l’Office fédéral de l’environnement, par ailleurs, les émissions de gaz à effet de serre par franc de PIB ont diminué de 39% pendant la période allant de 1990 à 2016 (…). »

Plus que jamais, les solutions pour que l’homme et la planète aient un avenir reposent sur l’innovation. Il s’agit d’investir dans ce domaine, d’encourager les entreprises à développer des processus, des produits et des technologies nouvelles. Agir pour le climat devrait passer par des objectifs et non plus des normes. Ces objectifs stimuleront nos capacités d’innovation, pour économiser de l’énergie et préserver les ressources.

Inviter les entreprises à innover, en leur offrant des conditions favorables pour le faire, permet de réduire notre impact tout en boostant le dynamisme du tissu économique. Des start-up vaudoises sont ainsi sources d’inspiration. Grâce à un container multimodal en matériaux composites, léger et intelligent, AELER veut optimiser le flux logistique des marchandises. Cette start-up, qui a profité du soutien de la Fondation pour l’innovation technologique (FIT), promet de révolutionner le standard actuel. Un seul de ses containers – qui combinent une multitude de senseurs et « l’Internet des Objets » – permettrait d’éviter l’émission de 4,4 tonnes de CO2 par an. Quand on sait que plusieurs centaines de millions de containers transitent dans le monde, c’est vertigineux… De quoi donner un vrai coup de pouce au développement durable !

Dans un autre secteur, TRS (Tyre Recycling Solution) – une start-up qui a profité d’un prêt FIT Early – a développé, depuis Gland, trois technologies novatrices. Elle recycle en effet la gomme des pneus en une poudre de caoutchouc dévulcanisée, le tout en répondant à une exigence d’économie circulaire.

L’impact de ces évolutions technologiques est évident, à l’échelle locale, suisse et mondiale. Trop souvent, nous restons tiraillés entre ce qu’il faudrait faire pour l’environnement et les attentes actuelles en matière de qualité de vie. Pour réduire notre empreinte climatique, n’alignons pas les nouvelles réglementations. Soyons créatifs : rendons plus fertile le terrain de l’innovation. Parce que c’est non seulement croire en l’avenir, mais contribuer à le construire.

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L’accord institutionnel bénéficie d’un soutien toujours plus large

Selon un sondage représentatif à l’échelle suisse, près de 60% de la population appuie l’accord-cadre avec l’Union européenne (UE). Un signal fort qui plaide en faveur de relations stables et profitables avec notre principal partenaire économique.

Le vent semble avoir clairement tourné pour l’accord institutionnel, qui doit permettre de poursuivre et de développer la voie bilatérale avec notre puissant voisin européen. Accueilli pour le moins fraîchement de toutes parts lors de sa publication à la fin de l’an dernier, ce qui a poussé le Conseil fédéral à lancer une vaste procédure de consultation dans la foulée, ce traité semble renaître avec le printemps. La plupart des partis politiques, à l’exception notable de l’UDC, apportent leur soutien à ce texte, même si quelques formations attendent encore des précisions sur certains points. Restait encore à sonder la population. C’est ce que vient de faire l’institut gfs.bern auprès de 2000 citoyens, sur mandat de l’Association des entreprises pharmaceutiques suisses pratiquant la recherche, Interpharma.

Avec près de 60% de personnes favorables à l’accord-cadre, ce coup de sonde constitue une agréable surprise, tant le scepticisme des Suisses à l’égard de l’Union européenne peut parfois sembler grand. Pour gfs.bern, ce résultat montre que «la population établit un lien clair entre des relations stables avec l’UE et la prospérité de la Suisse». Chose remarquable, le soutien s’élève à 69% pour la Suisse romande et à 58% pour la Suisse alémanique. Pour l’institut de sondage, les raisons qui poussent les personnes interrogées à se prononcer pour ou contre l’accord reposent sur une analyse économique de la situation.

Le bon sens l’emporte: la majorité de la population a compris qu’entretenir de bonnes relations avec un partenaire vers lequel partent 53% de nos exportations est une bonne option. Ainsi, près de sept personnes sur dix estiment que ce texte apportera la sécurité juridique nécessaire à l’économie suisse pour planifier ses activités. Elles sont en outre près de deux tiers à avoir constaté «l’érosion des accords actuels d’accès au marché». Les auteurs du sondage relèvent en outre que, pour la première fois depuis 2015, une majorité de la population estime que les accords bilatéraux apportent plutôt des avantages à notre pays.

«Un travail de conviction permanent»

Cette prise de conscience est réjouissante. Mais comme le souligne René Buholzer, directeur d’Interpharma, «un travail de conviction permanent est nécessaire pour souligner l’importance de relations stables avec notre principal partenaire économique». L’opinion publique est versatile, car le moindre sursaut conjoncturel peut engendrer de funestes réflexes de repli. C’est pourquoi il est indispensable de rappeler qu’un accord institutionnel vaut infiniment mieux que pas d’accord du tout. Les avantages que procurerait ce traité sont nombreux: possibilité de conclure de nouveaux accords d’accès à ce grand marché, adaptation possible des traités existants, participation au programme-cadre de recherche ou encore reconnaissance possible d’équivalence boursière.

A contrario, un rejet de l’accord-cadre aurait de lourdes conséquences pour notre pays: pas de nouveaux accords donnant accès au marché intérieur européen, pas de modifications de traités existants, pas de reconnaissance d’équivalence boursière (dès juillet 2019) ou encore rétrogradation de la Suisse dans le programme-cadre de recherche. Sans oublier l’absence d’un accord sur l’électricité avec les 27.

Dans le domaine bilatéral, le pragmatisme semble l’emporter. Le travail d’explication de ces enjeux doit toutefois se poursuivre. Et c’est notamment à cette mission que la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie s’attelle sans relâche.

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