Bâtir notre Cité de demain commence aujourd’hui. À Genève aussi ?

Dimanche dernier. Votations. Refus regrettable du plan localisé de quartier des Feuillantines. Pas de « Cité de la musique ». Pas de centre de formation. Pas d’infrastructures permettant d’agrandir l’offre culturelle. Que deviendra Genève sans penser au tourisme ? Les initiatives écologiques agissant directement contre les activités liées à l’aéroport et les refus cumulées des objets soumis à votation dans les domaines de la culture et du sport ne prétendent-t-ils pas qu’il faut tirer la sonnette d’alarme ? Les enjeux sont immédiats et à plus long terme.

Hypothèses

  • Que se passera-t-il si le Conseil administratif de la Ville de Genève s’oppose à la voix de ces citoyens ? Si tel est le cas, que se passera-t-il si le Conseil d’Etat passe lui aussi outre ce refus, malgré que ce soit ensuite au parlement de se prononcer ? Et si cela devait aboutir à une votation cantonale ? Quel sentiment pour les personnes opposées à ce projet de la Ville de Genève ? S’agissant de plus de la moitiés des votants, la démarche de l’Etat, pourrait-elle relever de la trahison ? Finalement, est-ce mettre en cause la démocratie directe, malgré que ce soit ensuite au parlement de se prononcer et que l’on retrouve régulièrement ce processus lors de préavis communaux ? Quel impact sur la confiance des citoyens ? Quels risques ? Quelles conséquences éventuelles ?
  • Soyons plus optimiste : bien que partant d’un échec, est-ce encore possible de changer un avis populaire déjà bien ancré ? Paradoxalement, valider cette Cité de la musique à l’encontre du résultat dans les urnes ne permettrait-elle pas à Genève de faire un pas vers l’avant, malgré le désaccord du peuple sur ce préavis ? Est-ce envisageable d’imaginer un projet différent ? De changer l’emplacement ? Pour quels bénéfices ? Tous ceux défendu par le comité de la Cité de la musique, évidemment !
  • Si le Conseil d’État genevois prend acte du vote populaire, est-ce que le projet doit-il être abandonné pour autant ? Est-ce qu’il doit être ficelé différemment ? Est-ce que les engagements financiers vont suivre ? Quelle leçon en retiendra-ton ? Une communication manquante sur des éléments importants (financement et programmation diversifiée), entre autres, doit être considérée. Ne fallait-il pas rendre le projet plus proche des citoyens ? Opter pour un démarche participative, à commencer par répondre à leurs craintes, par le biais d’une campagne par exemple ? Plus tard, un nouvel essai pourrait-il se concrétiser, cette fois ? Avant d’aller plus loin, qu’est-ce que cette situation signifie pour Genève ?

Débat éthique

Qu’est-ce qui est le mieux ? Le moins dommageable ? Qu’est-ce qui est juste ? Qu’est-ce qui est injuste ? Pour qui ? Pour ceux qui ont défendu les arguments du “oui” ? Ou de ceux qui ont dit “non” ? Aujourd’hui, un choix est à faire dans l’immédiat : quelle est la priorité ?

J’estime que ce vaste débat doit être tenu, l’objectif étant de parvenir au soutien de la population pour dessiner la Genève de demain. Il ne s’agit pas de la refaire, mais d’assurer la durabilité et la qualité de vie. Rappelons que tous les domaines sont étroitement liés.

Un message clair pour la culture et le sport

Le résultat de cette votation, après plusieurs refus dans le domaine de la culture, ne reflète-t-il pas une vérité ? Ne démontre-t-il pas le travail à faire ?

Dans le domaine du sport, c’est pire. Il suffit de regarder le budget total alloué au sport, équivalent à celui du Grand-Théâtre. L’objet concernant le Pré-du-Stand n’avait pas été voté favorablement en 2019. La convention pour accueillir l’Académie du Servette au Centre sportif, loisirs et nature des Evaux fait polémique. Ils se retrouvent sans infrastructures; la Haute Ecole de Musique avec sept locaux différents. Inimaginable, non ? Comment améliorer la situation ? Quel avenir pour la culture et le sport ? Où aimerait-on aller ?

La “forme” est une chose ; le “fond” en est une autre

Une réflexion de fond s’impose. Aujourd’hui, cette nécessité d’une vraie vision à et pour Genève se fait ressentir plus que jamais ! Tant que ce ne sera pas fait, j’ai bien peur qu’on reste sur des refus dans ces deux secteurs de grande importance, en lien étroit avec la cohésion sociale et la santé, sans oublier la formation, l’économie, le tourisme… et qui demandent de l’interdisciplinarité ! Ne faut-il pas d’abord sensibiliser et créer l’adhésion à ces facteurs importants pour la société ? Le débat est lancé !

Après un troisième choc à la tête, j’ai hésité

Kickboxing. Certains athlètes ont des séquelles définitives après leur carrière. À cause de nombreux chocs. Bien qu’ils ne paraissent que moyennement violents à l’instant (comme ces boxeurs se sont alors relevés à chaque fois), il ne faut pas sous-estimer la multitude de microlésions créées. Peut-être qu’ils garderont des difficultés neuropsychologiques, tel qu’une altération la mémoire, la concentration, l’attention, l’irritabilité, la fatigue, sans oublier les atteintes sur le moral. Sont-elles les conséquences du fait d’avoir persévéré, quoi qu’il arrive ?

Autre exemple. Prenons le politicien genevois. Il est déterminé. Persévérant. Parfois trop courageux. Manquant d’humilité. Au risque de nuire quasi définitivement à son image. À sa réputation. À des messages très lourds pour sa famille. Destructifs. Ethique de sa part ? De sa famille qui le soutient ? C’est une vraie interrogation dont chacun fera son opinion.

Pourquoi ce discours alarmant ?

M’inspirant de ces deux situations, j’ai décidé de livrer mon expérience récente. Ma réflexion. Mon analyse du contexte. Le questionnement quant à sa légitimité. Je relaye chaque compétition d’athlétisme sur les médias sociaux. Mes supporters s’en réjouissent et je leur en suis reconnaissante. Cela me permet aussi de mettre en lumière mes fidèles partenaires que je remercie du fond du cœur. Rien qu’à ce niveau-là, les enjeux sont nombreux. En camp d’entraînement en Turquie au sein d’un complexe où la performance sportive est au centre, mes trois semaines se sont transformées en milieu idéal à la récupération.

Dix jour avant, je chute. C’était au meeting à Tunis début mars. À l’entraînement. Je prends le départ d’un sprint de quelques dizaines de mètres. Je vais de plus en plus vite. Je pousse de plus en plus fort. Victime de ma progression, mon handicap a remis les pendules à l’heure : il m’a freiné en me rappelant que je ne peux pas avancer plus vite que la musique et que je dois le respecter ! Mon « ataxie » (manque de coordination et d’équilibre, se matérialisant par des gestes incontrôlés et incontrôlables) est bien présente. Ma jambe droite ne s’est pas levée. Ou mon pied est mal arrivé au sol. Juste un pas. Un de ces mouvements parasites a grignoté sur le temps de réactivité de mon corps qui se veut naturel et spontané, à priori. Ayant eu des lésions cérébrales il y a treize ans, ce n’est pas toujours le cas, pour moi. Une capacité qui a, certes, beaucoup évolué grâce à mon dévouement total à l’exercice de l’athlétisme (comprenant différents types d’entraînement).

Tout est possible ? Oui, toutes les conséquences – heureuses ou non – sont envisageables. Mon objectif ultime était d’atteindre « ma limite ». Est-ce nécessairement une notion de performance ? Y suis-je arrivée ? Franchement, je n’en sais rien. La recherche de la performance en bonne santé peut aussi en être une. Une chose est pourtant sûre : je ne vais pas m’acharner à la poursuite de mes objectifs compte tenu que, si je devais à nouveau chuter, cela pourrait à nouveau m’affecter.

Interrogations permanentes

Chaque année. Ou bien après une échéance majeure. Les remises en question sont essentielles : elles permettent d’être persuadé dans ses actions et d’avoir une vision claire du futur proche. Pour n’importe qui. À n’importe quel moment. Sur un plus long terme, tout peut changer et on ne peut jamais tout contrôler. Essayer de le faire serait une erreur. C’est à la fois ce qui fait la beauté de la vie. Dans tous les domaines. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici de mon activité préférée, ce qui rend les choses plus compliquées.

On n’est jamais seul. Il est nécessaire de considérer toutes les parties prenantes. Bien que les conséquences soient majeures pour moi, elles ne sont pas nulles pour les autres (mon entraîneur, mon équipe médico-sportive, mes partenaires, mon association de soutien, etc.). La déception d’autrui face à la décision d’arrêter serait-elle justifiable ? Tout à fait compréhensible jusque-là, considérant la hauteur de l’engagement des parties prenantes.

Au contraire, m’en voudrait-on de continuer malgré tout, sans écouter mon corps qui m’appellerait à arrêter ? Quelle conséquences cela aurait-il ? Ai-je le droit de prendre une décision ? Suis-je libre de faire un choix ? Ce processus peut prendre un peu temps, un choix de cette importance ne se faisant pas du jour au lendemain.

Bilan provisoire

C’était mon troisième choc à la tête – le premier m’a coûté un mois de coma et une tétraplégie partielle lors de mon accident d’équitation en 2008, le deuxième était au sprint il y a trois ans qui n’a pas laissé de séquelles et, celui-ci, qui a engendré de légers symptômes d’ordres neurologiques que je « revis ». Fatigue intense, état de confusion durant une vingtaine de jours, maux de tête et vertiges aléatoires. Des signaux à considérer pour envisager la suite, quel que soit mon choix.

Je travaille dur pour réaliser mon rêve depuis longtemps. Ai-je le droit de m’arrêter ? Vais-je le regretter ? Que se passera-t-il si je décide de continuer ? Aucune idée car je ne l’ai jusque-là pas expérimenté ! Enfin, si ma reconversion de l’équitation à l’athlétisme ne compte pas. Bien entendu qu’abandonner n’est pas dans mes plans et je ne le ferai pas. Je continuerai toujours, par des moyens différents. Dans la vie, j’ai une mission que je poursuivrai toujours : inspirer, motiver, œuvrer pour la collectivité. J’y parviens par plusieurs moyens (mon activité sportive, des conférences, mes engagements associatifs, mon implication au sein d’autres comités et d’un Conseil d’éthique, notamment). Aujourd’hui le temps est venu pour moi de récupérer toutes mes capacités et de juger objectivement de ma situation.

Mon choix

Alerte. Santé. Risques encourus. Bilan entre coûts et bénéfices. J’ai fait le point en considérant toutes mes pensées et mes émotions. Je l’ai ai listées. Puis j’ai analysé chacune d’entre-elles. Je ne sous-estimais pas les risques pour ma santé. Je ne voulais pas me griller ; je me suis dit que j’avais 30 ans et que j’avais encore plein de projets ! Je n’ai plus besoin de rien prouver à qui que ce soit. De plus, je ne souhaitais pas mettre en péril l’immense apprentissage et tous les bénéfices que l’athlétisme m’a apporté. Une leçon de vie. Pour ces raisons, j’ai décidé d’arrêter. De démissionner de mon projet de départ, les Jeux paralympiques. L’idée de plonger dans l’inconnu ne m’a pas retenue. L’idée de ne plus être soutenue non plus. L’heure est venue pour moi de passer à autre chose. Je l’accepte, bien que ça ne plaira pas à tout le monde. Ce n’est pas une raison de poursuivre le projet en attendant la date d’échéance sagement pour contenter les autres. De mentir envers les autres, sachant que je ne veux plus courir. Autant continuer ma vie différemment. Ne pas perdre de temps. Je n’ai pas besoin de plaire à tout le monde. C’est ma vision de la vie, qui est précieuse et qui se doit d’être savourée.

Se faire vacciner : la carte n’est pas blanche, ni noire, on est dans le gris

Un sujet qui fait polémique partout dans le monde. Des mesures initiatives sont mises en œuvre. En Suisse, la campagne est en cours. Mieux tard que jamais. Faut-il faire plus pour qu’elle soit efficace et pour que l’immunité collective soit atteinte le plus vite possible ?

Réalités

Dans une société où les libertés sont favorisées, toute contrainte – obligation ou interdiction – est inconcevable. D’ailleurs, aucune vaccination n’est obligatoire en Suisse, contrairement à d’autres pays. Souvent, elles sont recommandées mais jamais imposées. « Swiss style », dirons certains : on recommande, mais on ne contraint pas. Des demi-mesures ? La bonne nouvelle est qu’on a le choix. Pourtant, cela complique passablement les choses. A double tranchant !

Premièrement, on agit pour sauvegarder la santé de la population (fermetures, vaccins, etc). Dans un second temps, on pensera aux autres questionnements : que penser du bénéfice qui sera fait grâce aux vaccins, par exemple ? Les enjeux économiques n’ont pas le droit de primer sur la santé publique. Comment le contester ?

Toutefois, le risque principal de celui-ci est le manque d’efficacité. On n’a pas le recul nécessaire pour en tirer des conclusions. Le manque d’adhésion n’est pas à sous-estimer aussi. En partie, à cause de l’excès d’informations. Faute au nombre d’enjeux sociétaux, à la communication instantanée, aux nouvelles technologies ? Une chose est sûre ; cela aurait été moins compliqué il y a quelques dizaines d’années ! On nage dans un océan sans voir de terre. On est perdu. On ne sait plus quoi faire. On ressent des contradictions. Comme l’être humain, méfiant, cherche à se protéger ainsi que les siens, il évitera tout risque qu’il juge trop grand. Cela dépend de l’éducation, la culture et d’autres paramètres. Quelle que soit sa vision, il la transmet et aimerait être suivi, naturellement.

Certaines personnes sont pour. D’autres sont contre. Selon les messages communiqués, il arrive de changer d’avis. Nos pensées fluctuent. L’immunité collective suffisante de la population est un vrai défi. « Vous vous faîtes vacciner, mais pas moi ! » « Laissons les autres essayer d’abord. Ils seront les cobayes. S’ils s’en sortent bien, j’y réfléchirai ».

Que penser de la solidarité pour se tirer d’une affaire sérieuse ? Est-ce un manque de responsabilité individuelle ? Est-ce suffisant de vacciner seulement celles qui en ont le plus besoin (les personnes vulnérables) pour relancer l’économie ? Et s’il ne devait pas protéger d’un ou plusieurs variants qui apparaîtront peut-être ? Finalement, est-ce qu’on le fait ? Si oui, sous quelles conditions ?

La loi

Le fait de se faire vacciner est-il un droit strictement personnel ? En Suisse, la vaccination n’est pas obligatoire. A titre comparatif, la France liste 11 vaccins comme obligatoires depuis 2018.

« Nos autorités se limitent, en effet, à recommander à certaines catégories de personnes de se faire vacciner », selon la Loi fédérale sur la lutte contre les maladies transmissibles à l’homme.

« Une vaccination est une intervention médicale dans l’intégrité physique d’une personne. La vaccination n’est autorisée que s’il y a consentement » : faisant suite à mes articles sur les droits politiques pour tous (Une voix méprisée, une vie sacrifiée et L’universialité du droit de vote fait-elle du sens?), la question est de savoir si la personne concernée est capable de discernement, et dans quelle mesure le cas échéant ? Le hic : la loi ne fait pas cette différence, c’est oui, ou c’est non. Si ce n’est pas le cas, faut-il tenir compte de son avis personnel ou celui du curateur fait-il foi dans toutes les circonstances ? Peut-il vraiment se mettre à le place de la personne concernée et ne pas considérer ses convictions personnelles ? Je relève ce point pour relever des situations bien plus complexes que les nôtres.

Que faire compte tenu des risques ?

Développement en un temps record. Commercialisation en urgence. Processus de fabrication plus vite que jamais. Cela fait peur. Les inconnues sont nombreuses par rapport au vaccin contre le Covid-19, notamment liées à la mortalité et aux autres conséquences.

Est-ce suffisant de prétendre au développement rapide de la science et de la médecine ? Est-ce que se faire vacciner signifie de risquer toucher à sa (bonne) santé ? Est-il utile d’y inciter tout le monde dans le but de vouloir protéger tous les citoyens, mais les personnes vulnérables et âgées surtout ? Dans quel sens va l’éthique ?

Il me semble important de préciser que toutes les réactions sont légitimes, compte tenu de la situation propre à chacun.

Démystification

La crise dure. Elle est interminable. Comment continuer à vivre avec des mesures allant à l’encontre de la nature humaine (garder les distances, ne plus – ou moins – se côtoyer, etc) ? Les vaccins forment l’espoir principal afin de mettre terme à cette situation.

L’humain pense – c’est dans sa nature – qu’une mauvaise expérience peut et donc va lui tomber sur la tête. Normal, on ne parle quasiment que des personnes qui s’en tirent mal. Lorsque l’on entendra de plus en plus de meilleures (ou de moins mauvaises) expériences, plus de personnes pourraient s’y prêter. De plus, on dira que le médecin cantonal ne recommanderait pas quelque chose de dangereux. D’autant plus qu’on n’autorise pas n’importe quel vaccin en Suisse. Ce sont des arguments visant augmenter la participation.

Toutefois, j’aimerai insister sur la notion de proportionnalité. Elle devrait être appliqué à chacun d’entre nous. Pourrait-elle être varier d’une personne à l’autre ? Je ne connais pas la réponse. Ainsi, quelles sont les chances d’atteindre le but visé (se protéger, protéger les autres, tendre vers l’immunité collective, les risques encourus vis-à-vis des bénéfices souhaités, etc) ?

Conséquences possibles

Enjeux supplémentaire. J’apprécie l’adhésion de la population, sans passer par la contrainte. Aujourd’hui, compte tenu de la situation délicate dans laquelle nous vivons, la limite est fine. Doit-on obliger les citoyens à se faire vacciner pour accéder à certaines prestations ? Difficile à concevoir dans notre société. Est-ce un idéalisme dans le contexte que nous vivons ? Que penser des États-Unis ou de la Russie qui sont largement plus avancés, ce qui permet de relancer plus vite l’économie ? Comment concevoir un pays tel que le Suisse avoir du retard ?

Par ailleurs, on pourrait imaginer qu’être contre la vaccination pourrait, dans un futur proche et pour un temps donné (chaque malheur ayant une fin) avoir des conséquences. Un passeport vaccinal va-t-il exister ? Dans quels pays ? Ne ferait-on pas mieux de l’avoir afin de préserver nos libertés ? Autrement dit, peut-on vraiment être restreint de liberté ? Laquelle ? Pour combien de temps ? Quelles sont les chances de passer à côté d’une potentielle quarantaine en cas de contact rapproché avec une personne malade ? Ne pas se faire vacciner, pourrait-ce signifier un risque de se retrouver « isolé » jusqu’à la maîtrise plus ou moins totale du virus ? Il ne faut pas oublier et rester modeste face aux inconnues : on ne sait pas tout, on ne peut pas tout contrôler et on sait que la situation sera différente dans un futur proche ou éloigné. Le temps dépend de nous. De nos actes. Qu’ils soient responsables.

Mon choix

Je me suis fait vacciner (1ère dose en février, 2ème en mars dernier). Compte tenu de mon asthme, de mon activité de sportive d’élite, de mes voyages nationaux hebdomadaires et internationaux quasi mensuels et de mon handicap, je me suis pressée de le faire dès que possible. Résultat : un soulagement. Cela réduit considérablement ma peur d’être infectée, sachant que le risque de contamination est plus élevé (puisque je me déplace plus). Si cela devait se concrétiser, la probabilité de m’en sortir sans conséquences, malgré ma très bonne forme physique, peut-être faible, selon les statistiques (par rapport aux individus en pleine santé).

Quitte à ressentir des symptômes ou d’être malade pendant quelques jours, je préfère diminuer les chances de souffrir en cas de covid. Même si je devais bien m’en sortir, je ne suis pas prête à revivre des symptômes neurologiques sur le long terme (une fatigue chronique ou un état de confusion, par exemple, vécu suite à mon accident en 2008). Je ne pourrais qu’en vouloir à moi-même le cas échéant, si j’avais décidé de ne pas me faire vacciner (cela s’est par ailleurs très bien passé).

En revanche, la science n’ayant pour l’instant pas encore affirmé le fait de ne pas pouvoir être contaminé ni de ne plus pouvoir transmettre le virus, je reste vigilante avec les autres personnes par le respect des règles à la lettre. Je ne pourrai admettre à moi-même le fait de potentiellement mettre en danger mes proches alors que je ne le suis plus, même s’ils ne devaient plus me percevoir comme un « risque » et qu’ils essayeraient de s’approcher de moi. C’est toute la complexité de cette période qui aura, comme pour tout, une fin, malgré qu’un sentiment d’infini nous anime. Tout est possible, dans un sens comme dans l’autre. Mettons tout en œuvre pour faire pencher la balance du bon côté le plus vite possible.

L’universalité du droit de vote fait-elle du sens ?

7 mars. Date des dernières votations cantonales genevoises et fédérales. Du premier tour de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat aussi. Le 29 novembre dernier, le droit de vote a été restitué aux personnes en situation de handicap et aux personnes âgées sous une mesure de curatelle de portée générale. Une loi pour laquelle j’ai activement fait campagne. Le peuple l’a acceptée à la majorité par 75% des suffrages). Tous les citoyens disposent des mêmes droits civiques, bien que leurs capacités soient différentes. Qu’est-ce que cela impose ? Que penser des publications médiatiques choquantes ? N’est-ce pas le reflet de la population, handicap ou non ? Cette votation, n’a-t-elle pas permise de questionner les pratiques en matière de citoyenneté à l’échelle de la société ?

 

Évidemment !

 

Selon Monsieur le Conseiller d’Etat Thierry Apothéloz :

« Quand on a dix-huit à Genève et qu’on est Suisse, on peut voter. Quand on a dix-huit ans à Genève et qu’on n’est pas Suisse mais installé dans le pays depuis huit ans, on peut voter aussi, sur le plan communal. Comme toutes les grandes avancées sociales, il a fallu beaucoup d’énergie et de patience pour que la majorité adhère à cette conclusion d’évidence. A partir du moment où les conditions exprimées ci-dessus sont remplies (on pourrait les étendre encore), toute personne dispose d’une voix. Rien ne s’y oppose. Sinon, sur quelle base le ferait-on ? Les opinions politiques ? Cela existe et porte un nom, la dictature. La couleur, la langue, la religion ou l’origine ? Cela aussi porte un mon, l’apartheid, et même plusieurs si l’on inclut parmi eux le racisme. L’identité sexuelle ou l’état de santé ? L’humanité a connu des heures sombres où, sur de telles bases, on a exploré l’eugénisme, pensée maléfique visant à déterminer qui a droit et qui n’a pas droit à la pensée, à l’expression, au respect et même à la vie.

La pensée réelle ou supposée, le genre ou l’origine n’altère pas les droits d’une personne. De même, selon le comité d’application de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), la capacité d’une personne de prendre des décisions ne peut être invoquée pour restreindre l’exercice des droits politiques ».

 

Comme tout le monde

 

Rappel de l’art.29 de la Convention des Droits des Personnes Handicapées et de la votation genevoise du 29 novembre dernier : cette dernière a envoyé un message fort de reconnaissance de l’Etat de Genève des personnes en situation de handicap (qu’il soit cognitif ou psychique) en tant que citoyen à part entière. Signe de dignité (re)trouvée. Cela répare-t-il une injustice ? Cette loi concerne également des personnes qui se sont vu retirer leurs droits civiques plus tardivement dans leur vie, lorsqu’elles ont été placées sous une mesure de curatelle de portée générale (souvent, pour la gestion de leur affaires privées). Il y a plus à perdre en retirant le droit de vote à certaines personnes qu’en le laissant, même si toutes ne voteront pas, par manque d’intérêt ou parce que l’exercice est trop difficile. Une notion de respect.

Bien qu’il s’agisse de 1’200 personnes en tout, un nombre pouvant paraître petit ou grand selon son point de vue, personne ne doit être laissé sur le bord du chemin. Un pas a-t-il été accompli en matière d’inclusion ? Qu’est-ce que ça change pour les personnes concernées ?

 

Exercer ce droit

 

Quelles sont les attentes ? Quelle est la mission des associations ?

Les personnes concernées ont-elles votées le 7 mars ? Certaines oui, d’autres non. Certains ont exprimé de l’intérêt vis-à-vis de leur nouveau droit, souhaiteraient l’exercer mais n’y parviennent pas encore, d’autres n’auront pas envie de l’exercer ou l’ont fait car ils en ont les moyens. C’est le reflet de l’ensemble de la population. Chacun est libre de s’exprimer (voir article « Une voix méprisée, une vie sacrifiée »).

Pour arriver à cette situation, l’Etat est responsable de rendre accessible l’acte de voter à tout le monde. Mais ce n’est pas une évidence en soi. Cela induit une connaissance du système politique suisse. La mission des associations et des institutions est là. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place un ensemble de dispositifs de formation.

Objectif : la participation civique est réellement un choix à savoir décider si on veut par exemple voter ou non et choisir librement ce qu’on veut voter voire voter blanc. « Dans une société responsable, on doit être en mesure d’instruire, d’accompagner et de respecter les choix exprimés par toutes et tous », selon Monsieur le Conseiller d’Etat Thierry Apothéloz.

 

Rôle de l’Etat

 

Voyons d’abord si les personnes concernées ont été remarquées. Une attention particulière leur a été accordé ? Jean-Pierre Isabella, ancien Conseiller municipal PLR et Président du Bureau de vote à Carouge le 7 mars dernier, a aperçu deux personnes qui ont exercé leur droit. Celui qu’ils avaient récupéré. Les lieux étaient accessibles et ils ont pu faire comme tout le monde et mettre leur bulletin dans l’urne. Il est à espérer qu’elles ont toutes été accueillie de la même manière aux autres endroits.

En trois mois, le premier travail du Département de la Cohésion Sociale du Canton et de la République de Genève a été d’identifier toutes les personnes concernées et s’assurer de la bonne distribution du matériel de vote. Aujourd’hui, il doit d’abord s’assurer qu’elles l’aient toutes bien reçu.

Tenant compte que les votations prennent du temps à lire et sont complexes pour tout le monde, l’Etat se devra de les rendre accessible, en plus des explications d’utilisation du matériel de vote.

Le Grand Conseil fribourgeois a voté en octobre dernier la transcription du matériel utile aux votations en langage FALC (langage facile à lire et à comprendre ; exemple de la votation genevoise sur les droits politiques). Est-ce la possibilité pour les cantons de collaborer entre-eux en ce qui concerne les votations fédérales et ne pas faire le travail inutilement plusieurs fois ?

Autre question : l’Etat se doit-il de soutenir financièrement les initiatives entreprises par d’autres organisations ?

Dernier point : grâce à une communication accessible, l’Etat transmet le signe que l’ensemble des citoyens peuvent et devraient prendre part aux décisions qui les concernent. Une avancée qui n’est en fait qu’une simple notion de respect.

 

Missions des institutions et des associations

 

Il est à noter également que la bibliothèque braille romande et livres parlés propose déjà les votations cantonales genevoises et fédérales enregistrées en audio. D’autre part, ASA Handicap mental aimerait proposer des formations. Les associations sont déjà passé à l’action et facilitent l’acte de voter. Une bonne collaboration avec elles est recommandée !

Du côté des institutions pour personnes en situation de handicap (environ 300 des 1200 personnes concernées à Genève), un processus participatif est encouragé. Pourtant, les mesures contre le COVID-19 imposent des limitations non négligeables (pas de rassemblements entre les résidents possibles).

Parmi le processus, les actions suivantes sont notamment prévues (recommandées par le Conseil d’éthique dont je fais partie) :

– Faire savoir que le droit de vote leur est (ré)acquis

– Accompagner et proposer une formation au système politique suisse (tant pour les employés étrangers que pour les résidents)

– Réunir les intéressés autour d’un débat quand ce sera possible (le COVID-19 ne le permet actuellement pas encore)

– Un complément devra être apporté au cahier des charges des salariés

 

Les choses se mettent en place

 

Petit-à-petit. Mais pas trop vite. Tout processus prend du temps à établir au niveau de l’Etat. Les associations viennent à la rescousse. La Suisse, sans vouloir la critiquer (les gens savent à quel point je suis attachée à mon pays), est championne dans ce domaine. Il s’agit aujourd’hui de faciliter cette procédure qui sera, sans aucun doute, la bienvenue à bon nombre d’autres personnes, tellement les textes de loi sont complexes. On pourrait même se poser la question si l’accessibilité des textes de loi en langage FALC augmenterait, sur le long terme, la participation citoyenne ?

Bref, accordons un minimum de temps pour la mise en place de mesures permettant d’aller de la situation A à la situation B, sans oublier les moyens effectifs et financiers que cela demande et que l’Etat, entre autres, devra engager. Je propose de suivre l’évolution et de faire le point dans quelques temps.

 

Un peu d’histoire pour conclure une avancée considérable

 

Dernier message adressé par Monsieur le Conseiller d’Etat Thierry Apothéloz :

« Cela me rappelle d’autres combats. Le suffrage féminin, par exemple, n’a été accordé sur le plan fédéral qu’en 1971. La comparaison est probante car Genève avait précédé la Confédération en accordant les droits politiques aux femmes en 1960. J’attends que, de même, s’agissant de l’usage des droits politiques par les personnes en situation de handicap, l’exemple genevois soit suivi sans réserve sur le plan fédéral (révision de l’article constitutionnel) et national (majorité nécessaire du peuple et des cantons). Bien sûr, j’entends les ronchons pour qui le vote des personnes handicapées ou en difficulté sociale risquerait d’être capté ou détourné par d’autres. Mais c’est exactement ce que disaient les opposant masculins au suffrage accordé – je préfère dire octroyé – aux femmes ! En 1921, sur ce sujet, au Grand Conseil genevois, on s’époumonait à lister les “dangers” du suffrage féminin. En 1940, le mémorialiste consignait le 7 mars les propos d’un député selon lequel “celui qui veut encore respecter la femme votera contre le suffrage féminin”. Treize ans plus tard, en 1953, un autre député jugeait “invraisemblable que l’on s’apprête à accorder d’un seul coup aux femmes l’ensemble des droits politiques sans qu’elles aient eu le temps de s’initier à la vie publique”. Désormais, ces droits acquis consolident la démocratie qui fonde notre système politique.

S’agissant des droits civiques de la moitié de la population, Genève a fait sauter ainsi un verrou avant la Confédération. De même, il serait souhaitable à présent que le nouvel exemple donné par Genève fasse boule de neige jusqu’à Berne afin que la constitution fédérale soit adaptée dans le sens du respect universel et du refus élémentaire de la catégorisation des gens. »

L’athlète en temps de crise ; les réalités du terrain

Nous vivons à l’heure de notre deuxième déconfinement. Le monde du sport est lourdement impacté, après avoir pu vivre à nouveau et dans une certaine mesure l’été dernier. Pourtant, le sport d’élite constitue l’une des exceptions – de ce qui doit continuer. Nous, athlètes, bénéficions de l’accès aux installations sportives communales, après avoir satisfait à de lourdes procédures administratives, souvent entreprises par les entraîneurs.

Les compétitions ? Dans certaines disciplines – la mienne par exemple, l’athlétisme, le foot, le hockey ou encore le basket – des manifestations sont organisées dès que possible (voir mon article Compétition et covid possible?). Avec le risque permanent d’une mauvaise nouvelle, la quarantaine. Si le résultat du test est positif, c’est l’isolement strict : afin de ne courir aucun risque, l’immobilisation de dix jours est obligatoire. Aucun entraînement. Pas un déplacement. Comment rester en forme, tant physiquement que mentalement ?

Autre enjeux majeur : l’impact de la crise sur les entreprises. Ce n’est pas le moment d’investir ! Soutenir un sportif peut, pour certaines personnes, être synonyme de jeter de l’argent par la fenêtre, tandis qu’on n’arrive presque plus à rémunérer les employés. Voyez-vous les enjeux ?

En tant qu’athlète professionnelle

Une carrière sportive comprend les mêmes éléments qu’une entreprise. Elle doit être gérée de la même manière – au niveau du management, des finances, des relations publiques, communication, etcetera. En plus d’avoir un corps à superviser et à entraîner ! Les conséquences sont doubles.

Pourtant, nous avons pour mission d’être des modèles, d’autant plus en temps de crise ! Nous transmettons de la motivation et servons d’icônes pour les jeunes ou pour certains groupes de la population. Personnellement, j’aimerais transmettre une motivation, celle consistant à persévérer.

L’apport des sponsors ? Couvrir les frais (matériel, déplacements, entraînements, compétitions). Pour le reste, il est nécessaire d’avoir un autre travail. Vous l’aurez compris, la covid n’arrange rien, loin de là !

Ma façon d’aborder la chose

Par chance, quelques compétitions auxquelles je peux participer ont lieu. Mais c’est loin d’être le cas dans toutes les disciplines. De quel droit puis-je prendre le départ à des courses et pas d’autres personnes ?  Je fais partie de l’équipe de Suisse, donc prioritisée par rapport aux sportifs amateurs. Je saisis les opportunités qui se présentent à moi.

Mais pour être clair, à côté de la performance, je dois trouver de l’argent pour financier mon activité. Pas de solution miracle ! On ne sait pas si les Jeux Olympiques et Paralympiques auront lieu. L’incertitude règne sur tous les plans.  Si mon objectif majeur tombe à l’eau, « tout » serait-il annulé ? Les investissements faits pour rien ? La communication inutile ? Ces risques valent-ils alors la peine d’être pris ?

J’ai la chance d’être très bien entourée. Mon équipe et moi avons réfléchi à ce qui pourrait le plus m’aider – signer des nouveaux sponsors étant encore plus compliqué – et nous nous sommes dirigés vers les personnes qui me soutenaient déjà et qui étaient enthousiastes à mon égard. Quelques conditions : les remercier, établir une relation de confiance et prouver constamment mon engagement. C’était ce que je pouvais faire de mieux. La forme de satisfaction était aussi émotionnelle du côté de mes partenaires, sensibles à la dimension humaine de mon projet. Avec un peu de chance, ils ont décidé de poursuivre leur soutien en 2021. Mais c’est loin d’être le cas pour tout le monde.

Plus de plaisir pour Augustin Maillefer (aviron)

Forme de frustration pour cet athlète talentueux : s’entraîner dur alors que l’envie n’est plus là. Pas de chance, les pépins se sont accumulés lors de sa saison 2019. Impacts de la Fédération ? Comment continuer alors que la quantité d’entraînement demandée nuisait à la qualité (Augustin considérait son importance et y consacrait de l’attention) ?

Résultat : pas de sélection parmi le 4- suisse. Aucun test effectué en 4-. Sentiment d’injustice. Explications incohérentes des entraîneurs. Des résultats qui ne seront jamais révélés. Une qualification subjective. C’est ça le sport ? Sa motivation ? Elle chute ! Au final ? La place de remplaçant. Pourquoi ? Aucune raison. Certes, le voyage à Tokyo était quasiment garanti pour lui.

Message démotivant pour toute l’équipe : il peu y avoir du changement. Perte de confiance supplémentaire. L’effet des JO reportés ? Tout le processus doit recommencer. Non merci ! Mauvaise collaboration. Plus de perspectives. Triste fin de carrière. C’est une réalité. Mais ramer pour le plaisir, entraîner les jeunes et reprendre ses études surtout sont désormais ses priorités, après une carrière sportive qu’il décrit, certes, comme fantastique.

Un avenir incertain

De nombreux athlètes tentent de se qualifier aux Jeux ces prochains temps. Auront-ils lieu ? Ou pas ? Quelles conséquences ? Comment continuer ? Les sportifs d’élites, seront-ils encore soutenus ces prochaines années ? Autres priorités pour les entreprises ? Comment avancer ? Qu’est-ce qui va changer ?

Compétition internationale et covid possible ?

Des mesures restrictives pour des chiffres qui stagnent ou qui s’améliorent selon les régions. Ou pas. L’apparition de nouveaux variants du virus inquiète. Climat tendu. Les plans de protection stricts s’appliquent partout. Le sport véhicule pourtant un message d’espoir. 

Je relate mon expérience à Dubai. Première compétition internationale en 2021. Pouvoir concourir est une grande chance, dans cette période remplie d’incertitudes. Lors de ma préparation, je m’amusais à comparer l’expérience à celle de l’année passée. Je m’apprêtais alors à partir, insouciante. Priorité de me qualifier aux Jeux. Malgré le début de ce qui était encore, à l’époque, une épidémie localisée en Chine, j’espérais que cette dernière opportunité soit possible. La veille de mon départ, le 10 mars dernier, tout a été annulé. Quelques jours plus tard, le monde ne tournait plus rond.

2021 : les enjeux sont tout aussi importants. Mais je suis plus sereine. Je ne me mets plus autant de pression. Est-ce dû à l’incertitude qui plane sur la tenue des Jeux Olympiques et Paralympiques (le CIO est convaincu du maintien, tandis que la majorité de la population locale ne les veut pas) ? Il est encore trop tôt pour dire quoi que ce soit. Concentration. Je garde l’objectif des JO en ligne de mire.

72 heures avant le départ : mon 10ème test PCR, le premier en 2020. Le début d’une longue série… Négatif, heureusement. Vérification des règles aux Emirats Arabes Unis. Masquée, je voyage en train et en voiture jusqu’à l’aéroport de Zürich où le silence règne, dès l’enregistrement. Aucune joie à percevoir sur le visage des voyageurs. Aucune discussion. Tristesse. Preuve que nous vivons en temps de crise. Ce n’est plus comme avant. Avant l’embarquement, j’ai dû montrer deux fois le certificat de mon test covid négatif en plus d’un contrôle montrant que j’avais téléchargé l’application nécessaire aux Emirats-Arabes Unis.

Dès notre arrivée, nouvelle présentation de ces mêmes certificats. À la douane, on observe un petit groupe de chinois, portant de larges combinaisons blanches, comme sur les photos dévoilant des pires scénari de la crise. Venant de Chine, allaient-ils aux soins intensifs pour apporter de l’assistance aux hôpitaux de Dubai ?  Moi qui m’imaginais que le nombre de personnes infectées tous les jours était bas…

A l’hôtel, nos valises sont désinfectées. Drôle de mesure. On regagne nos chambre. Un nouveau test PCR était planifié sur place, le lendemain, mais il n’a pas eu lieu. Il était initialement prévu de rester en quarantaine jusqu’à l’obtention du résultat. Pourtant, pour fortement limiter les contacts, le ton a été donné d’emblée : premier jour en chambre, repas inclus, brève sortie au stade, aucun contact.

La présence sur le lieu de la compétition s’est déroulée selon le plan de protection en vigueur. Les jours suivants ne changent pas beaucoup de mon quotidien, à quelques détails près. Mesure de la température grâce à un appareil à la main (considérant que les gardiens ne regardaient jamais vraiment le résultat, cela m’a emmené à douter de son efficacité).

Ensuite, vous connaissez le système de lavage des voitures ? Idem pour les corps ! À l’exception qu’il n’y avait pas de brosses mais que nous devions tourner sur nous-mêmes, les bras levés. Drôle de mesure. Sans savoir si cela était vraiment utile, la quantité de produit étant très faible par rapport à la quantité de gel hydroalcoolique qu’il est recommandé d’utiliser lorsqu’on se frictionne les mains.

Pendant l’entraînement, dès qu’on n’était plus sur la piste d’athlétisme, un gardien venait nous rappeler de mettre notre masque si ce n’était pas déjà fait à la minute. Même si nous – les quatre suisses – étions quasiment seuls, à l’extérieur…

Durant toute la semaine, je suis restée entre ma chambre, les repas (les tables étant bien espacées dans la salle à manger et ne pouvant par conséquent pas accueillir beaucoup de personnes à la fois, on ne disposait que d’une demi-heure pour manger, avant d’être renvoyés) et le stade une à deux fois par jour (nous disposions d’un ou deux créneaux horaires limités à une heure et demi). Tout était contrôlé.

Cinquième jour : je lis dans la Tribune de Genève que Dubai a demandé du renfort au sein de ses hôpitaux. Les astronautes que j’ai vu à mon arrivée faisaient désormais du sens… Etaient-ils là pour ça ? Evidence.

On apprend que les Emirats-Arabes Unis seront sur liste rouge dès le 22 février. Pourquoi cette attente ? Cela n’a aucun sens ! Nous devions rentrer le 14. Aucune inquiétude. Néanmoins, une compétition internationale étant prévue à Tunis en mars et en avril à Paris, l’entraîneur national s’est renseigné sur les exceptions prévues et des procédures à suivre permettant d’échapper à la quarantaine prévue. Aucune indication claire. Comment faire ? On y parvient toujours, mais au prix de beaucoup de temps et d’énergie. Les deux manifestations sont, pour l’heure, maintenue…

Compétition : vingt minutes avant le début de l’épreuve, je devais me présenter à « la chambre d’appel », masquée évidemment, et attendre mon tour. Généralement assises les unes à côtés des autres, les chaises se trouvaient tous les deux mètres. Nous jetions nos masques pour rejoindre la piste d’athlétisme, en marchant à la même distance les unes des autres. A peine la ligne d’arrivée franchie, un nouveau m’a été apporté aussitôt. La course elle-même s’est déroulée dans des conditions idéales, sans compter les paramètres usuels comme le vent ou le temps d’attente.

Pour renter, un autre test PCR devait être négatif. Suspens. J’espérais bien-sûr rentrer. Mais je n’étais jamais à l’abri d’une mauvais nouvelle, de devoir rester isolée dans ma chambre de l’hôtel durant 10 jours. Crucial d’appliquer les règles d’hygiène à la lettre. Heureusement, tout était en ordre pour l’équipe de Suisse. Pourtant, sans savoir si c’était des athlètes ou non, six personnes « positives » dormaient à l’hôtel lors de notre départ. Encore fallait-il avoir une attestation, à télécharger via une plateforme. Rien n’étant expliqué d’office, l’entraîneur national devait investiguer (cela a pris plusieurs heures).

Résumé : malgré toutes ces contraintes auxquelles, nous, athlètes, sommes imposés, à toutes les incertitudes voir aux potentielles mauvaises nouvelles, rien que le fait de voyager est un luxe. Celui de pouvoir exercer mon métier, bien que le secteur soit fortement touché, est une chance inouïe. Faire une deuxième saison à huis clos est devenu quelque chose d’acceptable. Presque habituel. Nous sommes des privilégiés. A l’étranger et lors de voyages en Suisse, nous accédons aux meilleures conditions possibles (lieux d’entraînement, chaleur, etc). En plus de mon travail, le sport est ma passion, raison pour laquelle j’accepte de relever ces défis supplémentaires. Mais nous espérons tous un retour à une vie normale, bien évidemment.

Communiquer ,sur tout, tout le temps, partout ?

Cohérence ?

Problématique

J’étais l’invitée de Cyril Aellen pour débattre sur la place du handicap durant sa campagne pour l’élection partielle au Conseil d’Etat. J’ai relevé la difficulté liée à la communication, insisté pour que les informations soient transmises comme il se doit, en fin d’émission.

Seb Courage qui discutait de la culture et Valery Sikorskiy de la formation l’évoquaient aussi pour leurs domaines respectifs.

N’y a-t-il pas un défi récurrent ? Un questionnement à mener ? Une meilleure stratégie à mettre en place ?

Entre-nous

Cela n’est-il pas lié à notre culture ? A une ouverture limitée aux autres ? A une tendance de garder les choses pour soi ? Au manque de partage ? Qu’est-ce qui bloque ? Certains pays du nord diront que nous sommes, en Suisse, une population plus renfermée que la leur.

Un mélange entre culture et psychologie ? Commençons par considérer la complexité de choisir les bons mots pour transmettre une idée.

On connaît le terme de « l’heure suisse ». Cette précision est-elle attendue partout ? Est-ce dans notre nature ? Notre façon de faire ? Une attente d’entendre des messages précis ? N’arrive-t-il jamais de se sentir vexé parce que le mauvais mot est utilisé par son interlocuteur et déforme quelques peu son idée ?

Mes expériences

Que ce soit dans le sport, à l’hôpital, avec l’AI ou dans la construction de ma carrière professionnelle, j’ai été confrontée à ces difficultés. C’est à l’hôpital que j’ai vécu la plus dure, conséquence d’un mauvais transfert lié à mon état (grave après mon accident en Allemagne) auprès des différents corps de métiers dès mon arrivée à Genève (je le raconte dans mon livre « Pas à pas »). La faute à qui ? C’est une question qu’il est indispensable de se poser. Si mes parents n’avaient pas été tout le temps à mes côtés, l’impact aurait pu être grave.

Dans le cas de l’AI, une mauvaise coordination et un processus administratif (trop) complexe peuvent être la source de longues attentes, une situation tragique pour les personnes les plus démunies. Dans mon cas, ne laissant pas ma conseillère décider de mon avenir professionnel, j’ai longuement cherché la formation idéale pour moi ; un cursus en sport-étude adapté à mes besoins et à mes attentes. Mais qu’elle longue recherche, quel épuisement !

Le sport de haut niveau n’est pas une exception. Si j’aimerai performer, je ne dois aucunement dépenser trop d’énergie à des lourdes procédures administratives. Pourtant, rien que pour m’entraîner ou pour disputer une compétition avec le covid, cela me demande un effort gigantesque.

Dernier exemple, les personnes en situation de handicap et les personnes âgées ne parviennent souvent pas à trouver les informations qu’elles recherchent, que ce soit pour trouver un logement adapté ou un travail. Comment faire rattacher l’offre à la demande ? Une meilleure communication !

J’y ai remédié, pour moi

Ayant appris de mes expériences passées (lors de ma carrière en équitation notamment, avant ma reconversion en athlétisme) et voyant ce qui s’est fait pour d’autres sportifs d’élite dans des pays étrangers, j’ai décidé de prendre les reines et d’être comme la « cheffe d’orchestre » de mon activité. J’avais le rôle de transmettre mes attentes à mon équipe médico-sportive et de susciter leur réactivité grâce à la motivation. Ils répondaient à mes besoins, fruit d’une communication et d’échanges victorieux. Ne serait-ce pas possible de réaliser ça à un tout autre niveau ?

Solution collective ?

Est-ce nécessaire de revoir nos modes de communication des informations ? Comment les orienter pour qu’un plus grand nombre de personnes puisse accéder aux contenus qu’elles recherchent ? Il y a certainement une action spécifique à entreprendre dans chaque domaine. Mais il est compliqué de tout communiquer. Trop de choses. Trop cher pour faire de publicité pour chacune. Est-ce le rôle de l’Etat de chapeauter le tout ? D’améliorer la collaboration avec le Communes ? D’inclure le secteur public et privé ?

Un guichet unique au sein de l’administration cantonale par secteur d’activité (handicap, création d’entreprise, fiscalité, etc.) servant d’interface entre les citoyens et tous les interlocuteurs concernés ferait-il l’affaire ? Ou suffirait-il de faciliter les procédures administratives ? Quelles sont vos idées ?

Pour qui l’on se prend ?

Le 7 mars prochain, nous sommes emmenés à voter sur l’interdiction du port de de la burqa ou encore la niqab. Cette nouvelle aberration m’amène à réagir. Est-ce à nous d’en juger ?

Au premier abord, je comprends les différentes opinions. Certains diront qu’elles sont « chez nous », en Suisse, et qu’elle se doivent de s’adapter à notre culture afin d’être intégrée. Certes, les éléments à l’encontre du voile intégral sont souvent motivées par la peur de l’inconnu. Islamophobe ? Discrimination ? Une distinction est à faire avec les criminels. Pourquoi pouvons-nous alors éprouver tant d’appréhensions à leur égard ?

Parallèles

D’une certaine manière, cette votation rejoint celle de la loi ayant permis de rétablir les droits politiques pour les personnes en situation de handicap et âgées étant sous une mesure de curatelle. Dans les deux cas, il va de soi qu’interdire les « droits » concernés, dans un cas comme dans l’autre, serait plus simple. On ne se posera plus la question quand il faudrait l’autoriser ou non. De plus, on refuse souvent de s’intéresser à la cause et notre jugement qui est donc purement subjectif.

Interdire ce vêtement revient-il à refuser les personnes concernées par cette loi à vivre dans notre pays ? A y entrer ? A rejeter une part de l’humanité ? Que se passera-t-il ? C’est comme complotiser les personnes « handicapées » et interdire leur présence dans notre pays. Imaginez !

Définir la société

On peut revendiquer la richesse culturelle apportée à notre pays, marqué par sa diversité. Doit-on accepter toutes les personnes dans le respect de son origine et de sa religion ? Cela semble évident. Pourquoi ne visons-nous pas l’intégration de toutes les personnes confondues dans notre pays afin de garantir le bien-être et la non-concurrence au sein de la communauté ? Cette votation n’a-t-elle pas pour effet de diviser la Cité ? Jusqu’où est-ce que ça peut aller ? Demandons-nous ce qu’on veut vraiment. Définissions notre avenir commun. Que pensez-vous de la liberté au sens propre (sans violence, évidemment) ?

Question de dignité

Est-ce que, à leur tour, les pays concernées par cette loi nous obligent, femmes, à ce que notre visage soit complètement couvert ? Si la réponse est non, demandez-vous s’il est juste d’imposer cette contrainte. Si oui, voulons-nous, à notre tour, prescrire une telle restriction ? La liberté de ses choix dans notre société n’est-elle pas recommandée ? Pourquoi cette rigidité ? Est-ce fondé sur des opinions individuelles basées sur la peur ? Une clarification est exigée : sous ce voile se trouve une personne à part entière.

Faut-il réglementer cette situation ? Ces femmes ne vont pas vous faire de mal. Bien que j’entende les arguments prônant l’interdiction, il faut agir là où se trouve le problème, selon moi.

Est-ce pour autant une mesure d’aide pour celles qui en sont obligées de porter la burqa ? Nous ne sommes pas au bon endroit ; combattons plutôt ce type de violence qui est d’ailleurs punie par la loi. Mais il est nécessaire de préciser que ce n’est pas le cas de tout le monde. Accepter celle-ci n’est pas « faire une bonne action ».

En plus d’être quelques peu raciste, cette loi est-elle vraiment utile ? Au Tessin, cette interdiction fait foi depuis plusieurs années. Pour quel bénéfice ? Selon l’article du Temps du 17 juin, cela n’a mené qu’à plusieurs représailles.

On peut même aller plus loin. Y aura-t-il des impacts sur le tourisme ? La Suisse se veut-elle moins accueillante et plus restrictive ?

L’accepter

Est-ce que ça va vraiment changer quelque chose à votre quotidien ? Est-on tant gêné ? L’idée en elle-même ne vous dérange-t-elle pas plus que la fréquence de vos rencontres avec ces personnes (sachant qu’il n’y a que quelques dizaines de personnes concernées en Suisse) ? Finalement, peut-on juger d’un sujet qui ne nous concerne pas directement ? Par quel droit ? N’est-ce pas plus simple de laisser chaque personne croire aux valeurs qui lui sont propre ? Question éthique, surtout.

Contreprojet

Il vise, indirectement, à devoir se comporter selon les souhaits de l’initiative quand il s’agit d’identifier l’identité de chacun pour des raisons de sécurité, notamment : cela semble un compromis entre le oui et le non, entre le tout ou rien, entre l’interdiction et l’autorisation partout, tout le temps. Si les personnes portant un cagoule doivent se dévêtir aux contrôles, par exemple, pourquoi ces femmes ne le devraient-elles pas ?

Photo: Sylvie Roche

Construire un avenir meilleur

Faisons un point sur la situation sanitaire. Ou plutôt sur nos comportements. Combien ont tourné la page durant l’été en croyant à l’illusion que tout était terminé ? Il est à espérer que le monde en retienne une leçon. Pour cela, faut-il qu’il soit forcé à se réinventer, à évoluer ? Rien que pour ça, la manière dont le virus continue de nous affecter (deuxième vague, voire une troisième ?) nous oblige à repenser nos modes de fonctionnement. Je trouve ça bien : il ne faudrait pas se tirer de cette situation trop vite. Le cerveau humain veut oublier toutes les difficultés. Ce maudit cauchemar aussi. On veut toujours revenir à la situation initiale, meilleure par définition ? Le plus important est d’apprendre des difficultés, individuellement et collectivement. Cela concerne chacun d’entre-nous aussi bien que la société dans sa globalité. Comment continuer à bâtir la Cité, étant le reflet de l’ensemble des individualités ? Comment la dessiner ? L’imaginer ?

À la sortie de la pandémie du COVID-19, il est à espérer que le monde ne reviendra pas bêtement “comme avant”. Il doit (et on doit tous) en sortir grandi. J’espère que la société saura se réinventer et nous, qui la composons devons tous y contribuer !

Échanges menés avec Bertrand Reich, Président du PLR genevois.

« Le pessimiste voit la difficulté dans l’opportunité. L’optimiste voit l’opportunité dans la difficulté », Winston Churchill

 Tout obstacle, grand ou petit, pousse à la résilience. La crise que nous vivons demande qu’on le soit tous, à tous les niveaux, ensemble. Cela va des mesures sanitaires à la capacité à la Cité de se réinventer. Unis, les réalités expérimentées doivent servir de leçons pour sa (re)construction.

On se rappelle la pénurie de masques et de fourniture médicale au début de la crise. Pourquoi un pays comme le nôtre s’est permis d’être dépendant d’un état aussi éloigné que la Chine ? Faute à l’euphorie de la globalisation ? De se positionner comme suiveur (profiter de tous les avantages économiques) et pas comme leader de notre pays (produire par soi-même) ? Le noyau de la pandémie n’a pas arrangé les choses. La faille est liée aux chaînes d’approvisionnement en continu : si quelque chose s’arrête, nous nous tirons tous une balle dans le pied. Cela nous rappelle que personne, en tant qu’individu et que nation, n’est intouchable. Quelle leçon d’humanité. À nous de la considérer.

Il serait impensable de se tirer de cette situation sans rien changer. La première leçon est macro-économique : remédier au fait qu’un large taux de production dépende de la Chine, notamment.

D’autres réalités sont remontées à la surface. N’en serait-on pas aperçu sans cette situation ? Peut-on la considérer comme une piqûre de rappel pour nous indiquer la bonne voie ? Concrètement, la crise a permis de considérer des axes de développement différents : il s’agit, par exemple, des aspects du rythme de vie de chacun (en travaillant moins, on peut dédier du temps à sa vie personnelle), des loisirs (on voyage moins et le tourisme suisse est stimulé, ce qui est tant bénéfique à l’élément écologique qu’à l’économie nationale). S’agit-il de nouveaux axes de développements ?

La vie a un sens

Le monde, tel que nous le connaissions, fonctionnait, même en ignorant la possibilité de tout désastre, naïvement. Par le passé, il y a eu des guerres, des épidémies et des catastrophes naturelles. Elles semblent loin de chez nous. Raison de les ignorer ?

A l’instar de la nature paresseuse de l’humain, profitant de tout confort qui peut mener à la bêtise, se questionner et mener des réflexions profondes pousse à avancer. Tous les combats, notamment politiques, menés par le passé doivent être repris, l’évolution de la société étant permanente. Toujours continuer à nous battre pour des causes qui nous tiennent à cœur est la manière de faire avancer les choses, et d’avancer tout court, en se rappelant que la vie a un sens. On ne peut et on ne veut plus vivre dans l’urgence « Pas assez de temps, toujours tout plus vite », dans l’esprit de survie. Il est nécessaire de bien faire les choses, certes, sans oublier d’intégrer la possibilité d’un incident. Ces éléments doivent être intégrés dans la réflexion.

Comment ? Chaque pays doit être capable d’assumer sa population par lui-même, la nourrir et la soigner. Dès lors, est-ce que produire et acheter à l’étranger a un sens ? Ce raisonnement met en évidence le prix et la valeur des choses. C’est un compromis entre gains et risques, entre le court et le long terme. Question préoccupante du 3e millénaire.

Les médias rapportent les informations récentes, quasi instantanément. Ne vous détrompez pas, il n’y a pas de mal à cela. Mais il faut réfléchir autrement : quels sont les effets de notre mode de vie sur la durée ?

Concrètement, on est confronté à un choix : si l’on continue comme avant, acceptera-t-on la destruction qu’elle pourrait engendrer à tous les niveaux en cas d’imprévu ? Faut-il plutôt être prévoyant ? La réponse semble évidente.

« C’est l’imagination, qui permet de trouver des solutions aux défis que la vie ne cesse de poser », Bertrand Reich dans son livre Abécédaire politique, éditions Slatkine. (p. 78)

L’exception dans ce monde qui ne tourne pas rond

« Œuvrer pour l’humanité n’a pas de prix » : c’est l’histoire du Professeur Didier Pittet. Son âme digne d’une humanité sortant de l’ordinaire m’a marqué lors notre rencontre. Nous recevions tous les deux le Mérite de la Ville de Lancy (Genève) en septembre dernier. On va dire que nos combats respectifs pour la société nous ont rassemblés.

Tout au long de sa vie, la pensée de cet épidémiologiste profondément éthique est stratégique. Il réfléchit toujours à la prochaine étape. Il a affronté le parcours du combattant pour rendre le « désinfectant » accessible dans le monde entier. Depuis toujours, sauver des vies est sa mission. Cet engagement a toujours été sa priorité, passant avant sa propre maladie articulaire et même sa famille (cela lui a coûté son premier mariage).

Ce brave homme nous veut du bien. Il est tout sauf superficiel. Altruiste. Bienveillant. Qui aime les gens. Il propose un geste simple – se frictionner les mains avec de la solution hydroalcoolique qu’il invente en 1995 et offre cette formule à l’OMS avec le mode d’emploi. Tout le monde peut l’appliquer. Cerise sur le gâteau, elle sauve plus que n’importe quelle autre méthode !

A travers ses deux livres (« Le geste qui sauve » et « Vaincre les épidémies »), Didier Pittet semble ne jamais rien avoir ignoré ou minimisé. À la fois observateur et marqué par ses expériences en parcourant le monde, il a établi un protocole sur la transmission des maladies au sein des hôpitaux et a déterminé combien de patients qui y contractent une maladie, dont certains décédaient. L’introduction de l’hygiène des mains, dont il est le principal promoteur, s’avère être un allié précieux. Seulement trois ans plus tard, les maladies transmises à l’hôpital sont divisées par deux. Ne suffisait-il pas ça pour en être convaincu ?

En tant qu’enfant, on nous répète tout le temps « Lave-toi les mains ! » Mais on ne sait pas tous pourquoi. On le fait par obligation, mais souvent en rechignant. Pas tous les parents expliquent son but, tant que la santé familiale est bonne… Pourtant, il s’agit de la méthode contre la transmission de bactéries la plus sûre ! Prenons l’exemple des cacahuètes : les bactéries urinaires peuvent se retrouver dessus ou tout autre bestiole traînant sur les des bars, touchés par tant de monde.

Dès le début de la pandémie du COVID-19 « chez nous », la tendance du moment se nomme la solution hydroalcoolique. Enfin qu’on communique franchement son efficacité à tout le monde, prouvée depuis plus de vingt ans ! En dehors du monde médical, elle n’a jamais autant été prise au sérieux que maintenant. Pourquoi avoir tant attendu d’autant le promouvoir qu’aujourd’hui ? Nos parents et grands-parents survivaient aussi sans ça. À cause de la globalisation et plein d’autres raisons, il serait une erreur de croire qu’elle ne nous épargne pas de nombreuses maladies aujourd’hui.

Je me demande si la société doit trébucher une, deux ou trois fois avant d’en tirer une leçon ? Ce produit et le geste qui l’accompagne sont simples. Peut-être trop pour croire à son efficacité ? Si tout le monde respecterait de simples gestes (ne pas s’approcher d’autres en étant malade et se laver les mains, notamment), les maladies se transmettront moins. Facile ? Alors faisons-le. Mais le cerveau humain préfère oublier les négativités, les maladies, donc la prévention aussi. La deuxième vague nous rappelle qu’il n’est pas possible de balayer aussi vite un passage tragique de l’humanité sans en ressortir plus grand, collectivement. Faudra-t-il une troisième vague pour ça ? Est-ce que la société, de plus en plus globalisée, évoluera ?

La campagne : https://www.stop-covid.org/

Interview avec le Professeur Didier Pittet dans un prochain article.

Photo: Ville deLancy