La vie dans le temps

Regrettez-vous d’avoir un jour laisser le temps vous rattraper ? Avez-vous vu le temps défiler? En psychologie, le temps est étroitement lié à des émotions. La peur du temps : d’en perdre, de ne pas le rentabiliser, de se projeter dans l’inconnu ou encore d’être affecté par le passé. Ces notions sont rattachées à nos pensées. Leur répétition renforce vos croyances, parfois absurdes quand on les décortique. Hasard ?

Demain est incertain

Enfant, j’avais un plan : je voulais devenir chirurgienne du cœur, me marier, avoir des enfants.

Je n’ai jamais pris le temps de vivre pleinement, jusqu’à ce maudit jour de 2008.

Mon heure était-elle arrivée ?

L’inconcevable survient.

C’est l’accident. Il y a 13 ans.

Les minutes sont comptées.

Il fallait me sauver.

J’ai été opéré. Ma tête a été coupée.

Le temps, mon temps est suspendu.

Coma profond.

Le temps s’est arrêté.

Ces mois de temps mort m’ont épargnée d’une grande souffrance. La perte de mémoire m’a protégée.

Réapprendre tous les gestes les plus simples du quotidien m’a demandé passablement de temps. Pour surmonter un imprévu, il faut s’en laisser, à condition de l’utiliser à bon escient.

Redonnant du sens à ma vie, chaque progrès, aussi petit ou grand qu’il soit, était un tremplin. Bien que les médecins ne les voyaient pas toujours, je les considérais et les utilisaient comme auto-motivation. Pour me rétablir le plus vite possible. Pour optimiser le temps. Pouvez-vous en bénéficier ?

Tirer profit du temps

Les temps changent. Une nouvelle vie a commencé. Je n’ai jamais cherché à retrouver le temps que j’avais perdu. Ni à me projeter dans l’avenir, ce qui aurait été terriblement angoissant. Il me fallait vivre le moment présent.

Retournant à la compétition équestre, c’était le moment de me rapprocher de mon rêve d’enfant.  Certes, autrement. Ayant des difficultés motrices et visuelles, le handicap m’aura permis de me forger et d’expérimenter la vie différemment. Je l’ai utilisé comme un avantage et non comme un inconvénient.

Pas de temps à perdre. Suite aux Jeux paralympiques de Rio 2016, j’avais envie d’un nouveau défi : courir. Chaque chose à son temps. Durant trois ans, j’ai vécu plusieurs blessures. J’ai consacré ma vie à cette activité. En m’entraînant des heures infinies pour réaliser le temps souhaité, mon meilleur temps m’a permis d’arriver à un haut niveau.

Pour atteindre son objectif, on doit, souvent, passer par des nouvelles épreuves. J’ai toujours cru, sans jamais avoir aucune certitude de réussite, que j’y parviendrai avec le temps. On a toujours le choix : laisser le temps péniblement passer ou entreprendre et se donner la chance d’y arriver. Mais il y a aussi un risque : ne plus réussir à le renouveler, le temps n’étant pas une solution à tout.

Évoluer avec le temps

En mars dernier, j’ai chuté. Un jugement objectif du risque m’a poussé à prendre mes responsabilités et à m’arrêter. A mettre fin à ma carrière de sprint. Toujours à la recherche de nouveaux défis, en les relevant, j’ai une dose de satisfaction et de motivation supplémentaire à y gagner. Comment pourrais-je à l’avenir continuer ?

Engagée pour défendre différentes causes et intérêts, il était évident de choisir un milieu qui me permettrait de m’impliquer pour les personnes qui m’ont tant aidé. D’où mon récent engagement politique. Je sais que tout ne sera pas rose ; mais tout a un sens. Ne voulant pas inutilement laisser le temps passer, je souhaite le dédier à aider, inspirer, œuvrer pour la société.

Comment atteindre son objectif ? Essayer, c’est se donner la chance d’y arriver. Il faut du courage pour affronter l’inconnu. Cela nécessite beaucoup d’efforts et de détermination. Une perte de temps ? Non, on apprend. Ce faisant, vous en gagnerez même. Tirez une conclusion constructive de chaque expérience. Bien que ladite épreuve ait été difficile, vous ne serez plus déçu quand elle vous aura aidé une prochaine fois.

Vivre l’instant présent

Tout est possible, d’une situation à l’autre (titre de mon livre, éditions Slatkine). Ne laissez pas le temps filer ! Remettez-vous en question, prenez des décisions et vivez chaque seconde de la vie intensément.

 

Vidéo de ma conférence sur mes perceptions du Temps pour Forum 360, Neuchâtel.

Faire l’impasse sur les Jeux paralympiques : le bon et le mauvais côté

Après avoir renoncé aux Jeux, je me sens soulagée d’avoir considéré mon état de santé à sa juste hauteur, de ne pas avoir « tout » tenté jusqu’au bout. Quelles sont les conséquences évitées sur le long terme ?

Revenons en arrière. 2020 : les JO sont reportés. Pour quel impact sur les athlètes ? Est-il physique ? Mental ? Comment l’estimer pour ceux qui ont décidé de mettre fin à leur carrière après les Jeux ? Faut-il adapter ses plans ? Que signifie l’événement majeur de la planète tout court ? Quelles chances ratées et quelles autres opportunités ?

Je me voyais concourir à Tokyo un an plus tôt. Voyant toujours le positif au sein de chaque difficulté, c’était la chance d’encore mieux m’y préparer. Je faisais alors du sprint depuis deux ans. La marge de progression étant grande, une année supplémentaire semblait précieuse. Peut-être trop. En ai-je trop voulu ? Ai-je dépassé mes limites ? Suis-je parvenue à mon meilleur niveau pour courir le 100m (en 15 secondes) ? D’autres améliorations étaient-elles prévisibles sans mettre ma santé en danger ? Mon handicap (la spasticité de mes membres – des petits mouvements involontaires et incontrôlables) en a voulu autrement (chute en mars).

Pourtant, était-ce la peine de m’astreindre à des entraînements que je ne serais pas parvenue à réaliser dans leurs totalités ? De continuer à tout prix au risque de devoir affronter des grandes déceptions et de péjorer mon bien-être ? Bien évidemment que non.  Certes, renoncer à mon plus grand objectif puis vivre les Jeux à la télé n’est pas évident. Le pincement au cœur est présent, ma carrière sportive étant le synonyme d’un immense engagement, d’une rage de vaincre et de dépasser mes difficultés (liées au handicap) mais aussi d’avoir fait l’impasse sur ma vie privée durant des années. Est-ce un échec ? Je ne peux pas l’imaginer ainsi, considérant tout ce que le sport de haut niveau m’a apporté : l’entraînement sans relâche, les compétitions, gérer les défis de santé, la pression, et particulièrement les immenses progrès effectués et l’évolution positive de mes capacités physiques (malgré mon handicap) et mentales (l’état d’esprit).

S’adapter à tout changement important ne s’improvise pas. Ne pas participer à cette échéance de grande importance reste un crève-cœur, voyant les Jeux arriver et suivant intensément l’équipe de Suisse. C’est le synonyme de l’engagement que j’ai porté au sport d’élite durant plus de quinze ans. Il ne s’agit pas seulement d’une passion. Mais de toute une vie consacrée au sport. Cela n’a jamais été un sacrifice, pour moi. Mon moteur ? Les démarches que j’ai entreprises ont toujours été le fruit de mon impulsion et de ma volonté. Ça, je me l’étais promis.

Arrêter sans avoir un plan à la clef, est-ce la fin du monde ? Ayant tenu à maintenir une activité en dehors du sport m’a permis de ne pas me sentir dans l’insécurité. Ayant déjà vécu une (ou même plusieurs) reconversion(s), je n’ai jamais été aussi confiante avec l’idée permanente consistant à rebondir, différemment. J’ai prêté une grande importance à la formation, n’ignorant pas que le sport semi-professionnel s’arrêterait un jour. Concours de circonstances : d’autres aboutissements sont intervenus au bon moment. Concours de circonstances : mon nouveau livre « Tout est Possible, d’une situation à l’autre, éditions Slatkine » est sorti au même moment. Mon nouvel engagement : la politique. Sans oublier l’écriture via ce blog et les conférences. Tout cela m’a permis de relativiser, sans compter les dommages potentiels évités sur ma santé (les conséquences de la chute de mars s’atténuent : de moins en moins de vertiges et de maux de tête). De plus, ayant vécu un grave accident qui m’a laissé un handicap, je crois pouvoir dire que j’aimerais à tout prix sauver ma santé, mais aussi éviter de gommer les bénéfices de tous les efforts fournis ces dernières années.

Un abandon définitif ? Le sport a guidé ma vie (en partie). C’est lui qui m’a sauvé et qui m’a permis de retrouver la vie, durant les années suivant mon accident d’équitation en 2008, avant de devenir mon métier. Des prochains défis ? Ayant repris les entraînements dans le respect de mes capacités et de mon corps, je ne compte pas m’arrêter. Cependant, c’est la fin d’un chapitre (du sport professionnel) et le début d’un autre.

Quatre mois après ma fin de carrière en sprint, j’ai découvert une nouvelle vie. A commencer par le fait de me « laisser vivre » sans cadre aussi rigide ni rythmé d’entraînements aux séances de repos en passant par les soins. Mes relations sociales sont, elles aussi déjà largement étoffées (je rencontrais quasi seulement les personnes de mon cadre sportif ou mes audiences lors de conférences). Je n’ai jamais été aussi contente de rencontrer d’autres personnes, de m’inspirer et d’apprendre de leurs expériences pour la suite, mais aussi de connaître leurs préoccupations et les enjeux qu’ils rencontrent. Ne pouvant pas tout contrôler ni prévoir, je me réjouis de toutes les aventures que me réserve la vie. Je compte la « guider » par les valeurs qui sont les miennes.

Photo: Jess Hoffman

Un amour éternel pour Amanta

Une halte s’est imposée lors de mes vacances aux Pays-Bas. Je ne pouvais décemment pas ne pas rendre visite à ma fidèle jument Amanta qui m’a accompagnée aux Jeux Paralympiques de Rio 2016, le summum de ma carrière équestre.

Quand nous nous sommes quittés

Depuis que j’ai décidé de me reconversion de l’équitation à l’athlétisme en 2018, je n’ai jamais oublié Amanta. Je l’ai gardée le plus longtemps possible auprès de moi. Devant optimiser ma préparation pour le sprint, je n’ai que rarement pu la monter. Conséquence : les coûts étant (trop) élevés, j’ai été contrainte de m’en séparer, le cœur brisé.

La cousine de mon entraîneur de l’époque l’a reprise. Je n’aurais pas pu espérer mieux ! Son départ a eu lieu en mai 2020 dès l’ouverture des frontières pour les transporteurs professionnels (je le raconte dans mon nouveau livre “Tout est possible, d’une situation à l’autre”, éditions Slatkine). Depuis, le temps a passé. La régularité des compétitions d’athlétisme oblige, je n’ai jamais pu me libérer pour la retrouver. Aujourd’hui, j’ai enfin pu la revoir. Émotions.

Nous nous sommes retrouvés

Comme avec Zizz (le cheval avec lequel j’ai eu mon accident; je le raconte dans mon premier livre), les retrouvailles m’ont procuré une immense sensation de bonheur et d’amour. C’était presque comme hier, sauf que dans son quotidien, les habitudes d’Amanta ont changé. A commencer par celles imposées par ses nouveaux propriétaires touchant l’affection qu’ils lui portent. Celles ayant trait aussi au lieu dans lequel elle vit désormais, très adapté.

Cependant, je parle toujours de “ma” jument. J’accepte qu’elle ne m’appartient plus. Je la considère toujours comme un être précieux, Amanta faisant toujours partie de ma vie malgré l’éloignement, et pour toujours. Je suis ravie qu’elle soit entourée par des personnes qui l’aiment et qu’Amanta peut rendre heureuses.

Une nouvelle fin ?

Le moment tant redouté est (trop vite) arrivée. Après avoir longuement échangé avec les membres de “sa” nouvelle famille (on ne s’était jusque-là jamais rencontré, covid oblige), l’heure de se dire au revoir est arrivée. Moment douloureux, j’ai pleuré, mais en même temps, dans ma serre intérieure, je me suis dit qu’Amanta était heureuse là où elle était, dans cette famille qui l’était aussi, à son contact.

Que des souvenirs

Mes émotions étaient naturellement liées à des épisodes vécus par le passé. Revoir Amanta chérie m’a donné une lueur d’espoir et l’envie de renouer quelques instants avec des expériences fortes que nous avons traversées, englobant quelques déboires mais aussi des nombreuses victoires. Faits marquants qui jamais ne s’effaceront. Signe qu’elles m’ont marquées.

Que puis-je en retirer ?

Mon cheval m’a mis sur le droit chemin : en plus d’être mon meilleur ami et mon partenaire de sport, depuis mon accident, il a été un excellent psychologue et médecin. Il m’a rendu autonome et je me suis envolée.

J’ai – encore une fois – réalisé à quel point le passé a eu un impact sur la suite de ma vie : il m’a forgé, transmis des qualités humaines qui m’ont propulsé vers de nouveaux défis.

Le sens de la (ma) vie

Nous avons fêté l’anniversaire de notre splendide pays, l’occasion de nous remémorer quelques moments clefs de notre histoire desquels nous pouvons être fiers. En les comprenant, nous irons beaucoup mieux de l’avant.

Tout a commencé, cette année, à Bardonnex. Ses compatriotes faisaient rayonner leur Commune pour le Canton et la République de Genève tout entier, l’une des seules qui célébrait la Fête nationale le soir du 31 juillet. J’ai eu la chance d’y faire le discours que je relate ici :

Un rappel historique qui nous projette vers l’avenir

Nous traversons la crise covid ; ce ne sera pas la dernière, mais ce n’a pas été la première non plus. Rappelons-nous les combats que nous avons vaincus. Je vais en évoquer deux essentiels en termes d’égalités des droits. Cette année, nous fêtons les 50 ans du droit de vote des femmes.  Un pas de plus a été franchi en novembre dernier par presque 70% des suffrages en accordant le droit de vote à toutes les personnes en situation de handicap ou âgées. Votation que j’ai ouvertement soutenue. Il s’agit d’aligner les droits et les devoirs pour tout un chacun. Par-là, un grand pas de plus a été franchi vers une meilleure inclusion de la diversité de la population. La prochaine étape est l’acceptation du Mariage pour tous, un combat qui se poursuit.  

La situation de crise, les combats de tous les jours, tomber, se relever, apprendre et avancer font partie de ma vie. Certains dirons que je transmets un exemple de résilience et de courage, caractéristiques que j’ai eu la chance de développer à travers mon accident qui a, quand même, failli me coûter la vie, il y a 13 ans.

Transformer les difficultés

Mais il a aussi été un catalyseur en matière d’éducation pour moi et pour les autres. Cette expérience ne m’a pas formé à un métier comme les études le permettent, mais elle m’a enseigné ce que la vie signifie et m’a permis d’adopter plusieurs valeurs : l’échange, le partage, la cohésion, la responsabilité, la non-discrimination, l’inclusion et la solidarité, entre autres. Evidemment, c’est toutes celles-là qui nous rassemblent !

J’ai fondé l’Association Tout est Possible qui soutient des sportifs en situation de handicap du début de la compétition jusqu’au plus haut niveau. Qu’on ne voit pas, qu’on n’ait qu’une jambe ou un bras en moins, en se munissant d’une équipe, la performance devient accessible et possible !

Cela montre que la différence permet, paradoxalement, pour autant qu’une vague de positivisme règne, de souder davantage ! Tout cela pour dire qu’une avancée en incite toujours une autre et que les difficultés peuvent devenir des opportunités. Mais il est impossible de stagner !

Nouveau virage

Suite à plus de 20 ans de carrière sportive aux couleurs genevoises et suisses que j’ai eu l’honneur de défendre, de valide à handisport, d’équitation à l’athlétisme, de Genève aux mondiaux au Kentucky, en passant par les Jeux paralympiques de Rio en 2016, je décide de mettre un terme à ma carrière de sprint, il y a deux mois, pour des raisons de santé. Mon jugement du risque que je prenais par rapport aux valeurs qui sont les miennes m’a incité à changer, à poursuivre ma mission de vie, mais aussi à affronter l’inconnu. Cela m’a simultanément donné la possibilité d’évoluer. Certes, différemment. La fin d’une chose est toujours le début d’une autre.

Remettre en perspectives

Ma mission est d’aider, d’inspirer, de faire avancer les choses, comme le montre mon engagement, depuis des années, pour l’inclusion. En plus d’en débattre, j’ai trouvé plusieurs moyens afin de le promouvoir : le sport, les conférences et l’écriture. Je tiens à transmettre les leçons que la vie et le sport m’ont appris.

On retiendra ici la notion d’interdisciplinarité. Chaque domaine est en interrelation avec d’autres. Nous sommes aussi tous en interactions avec d’autres personnes sur lesquelles nous pouvons avoir un impact au quotidien. Faisons-en sortes qu’il soit positif et fructueux. Vous l’avez sans doute compris, mes engagements évolueront vers de nouveaux horizons. J’aimerais aujourd’hui mettre les expériences que j’ai vécues sur le terrain au profit de la population. 

Une ambition

La politique est un (nouveau) domaine dans lequel je m’investis, en commençant par formuler des projets de société sur mes thématiques de prédilections, à savoir le social, la culture et le sport. Mon but ? Contribuer à rendre tous les citoyens le plus autonome possible, donner des perspectives d’avenir en matière de santé publique et de cohésion sociale, notamment. Je n’ai pas peur d’affronter des oppositions, de faire face à des moments de déception, de devoir accepter que les changements prennent beaucoup de temps ; mais j’aimerai avoir la chance de transmettre et de concrétiser mes idées. Ainsi, je ne regretterai jamais de ne pas l’avoir fait, pour le bien des citoyens. 

Consciente

Mon grave accident m’a permis de considérer la vie à sa juste valeur. Pour cette raison, j’ai à cœur que vous n’attendez pas pour « vivre », tout simplement. Il s’agit de vivre chaque moment intensément, ici et maintenant, sans remords ni regrets. L’apprentissage permanent qu’est la vie vous donnera de la satisfaction et vous poussera à agir avec passion et conviction.

Nous sommes tous des Hommes. Avons-nous droit aux mêmes droits ?

Homosexuels, hétérosexuels, LGBTIQ+… Qu’est-ce qui justifie de distinguer nos droits ? Le 26 septembre prochain, le peuple suisse se prononcera sur une thématique liant tolérance et égalité des droits, quelle que soit notre orientation sexuelle. Il se prononcera sur le Mariage pour tous, sujet qui touche aux libertés fondamentales de l’être humain.

Un vecteur d’inclusion

Nous l’avons vu avec la votation du 29 novembre dernier sur les droits politiques concernant les personnes en situation de handicap ou âgées sous une mesure de curatelle de portée générale (voir article « L’universalité des droits fait-elle du sens ? »), il y a des sujets sur lesquels des explications manquent. Nous avons besoin d’écouter des personnes concernées, de près ou de loin, pour qu’elles nous expliquent leur vision. Le jour où la société sera prête à accepter toutes les singularités, ses citoyens découvriront vraiment la richesse de la diversité. Cette loi est sans aucun doute un catalyseur en matière d’inclusion. Mais tous ne semblent pas du même avis…

Confusion

Comment se peut-il que les Jeunes Radicaux Libéraux genevois, prônant qu’ils représenteraient la liberté, se soient prononcés contre ? Logique ? Pas du tout ! Comment et pourquoi en sont-ils arrivés à cette conclusion alors qu’ils devraient être, à mon sens, les premiers à aller dans ce sens ? Les convictions personnelles ou religieuses, l’éducation conservatrice reçue par certains sont-ils des éléments de réponse ? Concurrence ou intérêts personnels en jeu ? Difficile à dire. En réalité, ce vote a provoqué une détonation. Une vague de mécontentement règne désormais.  Beaucoup de jeunes membres sont perdus aujourd’hui.

La raison ? Tenue en bonne et due forme de l’assemblée ? Elle pose encore bon nombre de questions. Qui avait le droit de voter ? Pourquoi l’assemblée s’est-elle tenue en visio-conférence alors que le présentiel était possible et recommandé, surtout pour un objet aussi sensible ? Pour rectifier le tir, éviter tout risque de manipulation, assurer la véracité du vote et la représentativité des membres, faut-il tout recommencer ? Je vais vous donner quelques pistes de réflexions :

Une société libérale

Imaginez que vous êtes amoureux d’une personne du même sexe que vous. Pour commencer, il faut déjà accepter son homosexualité, cette différence, qui vous met dans une autre catégorie pour beaucoup de personnes. Parce que ceux-là préfèrent ne pas en entendre parler.

Comme si nier l’existence des questions sociales, qu’il s’agisse de handicap, d’orientation sexuelle ou de religion, allait les faire simplement disparaitre. Une réaction conservatrice ? Dans tous les cas, c’est encore trop tabou ! Cela rejoint le handicap, toute particularité étant encore trop souvent synonyme d’exclusion.

Souvent, on ne préfère pas s’ouvrir à ce qui est différent, par crainte, par confort, par manque de courage peut-être. C’est – malheureusement – plus facile de rester enfermé dans ses clichés ! Ce n’est pas parce qu’on est tous différent (et très semblables à la fois d’ailleurs) que nos droits doivent être différents. Dans ce cadre-là, il s’agit du mariage et les lois qui en découlent, comme la rente de veuve, par exemple.

Ce n’est pas qu’une question d’image : pourquoi un couple homosexuel n’aurait-il pas les mêmes droits qu’un couple hétérosexuel ? Pourquoi n’ont-ils pas le droit de s’unir, d’avoir un enfant ? Donc d’avoir une vie “comme les autres” ? S’il devait y avoir enfant, est-ce bien d’être éduqué par deux personnes du même sexe, sachant qu’il a la possibilité de connaître son parent biologique ? Le fait de sortir du schéma “classique”, est-ce une dérive ? Question de tolérance ! Réfléchissons dans quel sens nous voulons aller. Ne devrait-on pas être libre de choisir en matière de sexualité ? Le point concernant la parentalité et la procréation est important ; il ne doit en aucun cas être vecteur de maltraitance pour aucune des parties.

Un choix de société

Malgré les arguments à l’encontre de ce vote, notre société est plus libérale que jamais. On ne peut imaginer, à l’instar des autres pays, ne pas s’ouvrir au mariage pour tous. La Suisse ne peut pas traîner et doit rester bien placée en matière d’égalité des droits ; le contraire serait un dégât ! nous pouvons aujourd’hui choisir de conserver la loi actuelle et de stagner ou, au contraire, appuyer l’égalité des droits et avancer.

Il est crucial que notre décision de société, à travers ce vote, reflète nos valeurs communes : la liberté des choix, la cohésion par la diversité, la solidarité envers les autres et la responsabilité. Rappelons que chaque droit induit des devoirs qui devront être respectés. Ce vote aura le mérite de nous avoir sensibilisé et, on l’espère, que les personnes directement concernées seront mieux acceptées.

Bâtir notre Cité de demain commence aujourd’hui. À Genève aussi ?

Dimanche dernier. Votations. Refus regrettable du plan localisé de quartier des Feuillantines. Pas de « Cité de la musique ». Pas de centre de formation. Pas d’infrastructures permettant d’agrandir l’offre culturelle. Que deviendra Genève sans penser au tourisme ? Les initiatives écologiques agissant directement contre les activités liées à l’aéroport et les refus cumulées des objets soumis à votation dans les domaines de la culture et du sport ne prétendent-t-ils pas qu’il faut tirer la sonnette d’alarme ? Les enjeux sont immédiats et à plus long terme.

Hypothèses

  • Que se passera-t-il si le Conseil administratif de la Ville de Genève s’oppose à la voix de ces citoyens ? Si tel est le cas, que se passera-t-il si le Conseil d’Etat passe lui aussi outre ce refus, malgré que ce soit ensuite au parlement de se prononcer ? Et si cela devait aboutir à une votation cantonale ? Quel sentiment pour les personnes opposées à ce projet de la Ville de Genève ? S’agissant de plus de la moitiés des votants, la démarche de l’Etat, pourrait-elle relever de la trahison ? Finalement, est-ce mettre en cause la démocratie directe, malgré que ce soit ensuite au parlement de se prononcer et que l’on retrouve régulièrement ce processus lors de préavis communaux ? Quel impact sur la confiance des citoyens ? Quels risques ? Quelles conséquences éventuelles ?
  • Soyons plus optimiste : bien que partant d’un échec, est-ce encore possible de changer un avis populaire déjà bien ancré ? Paradoxalement, valider cette Cité de la musique à l’encontre du résultat dans les urnes ne permettrait-elle pas à Genève de faire un pas vers l’avant, malgré le désaccord du peuple sur ce préavis ? Est-ce envisageable d’imaginer un projet différent ? De changer l’emplacement ? Pour quels bénéfices ? Tous ceux défendu par le comité de la Cité de la musique, évidemment !
  • Si le Conseil d’État genevois prend acte du vote populaire, est-ce que le projet doit-il être abandonné pour autant ? Est-ce qu’il doit être ficelé différemment ? Est-ce que les engagements financiers vont suivre ? Quelle leçon en retiendra-ton ? Une communication manquante sur des éléments importants (financement et programmation diversifiée), entre autres, doit être considérée. Ne fallait-il pas rendre le projet plus proche des citoyens ? Opter pour un démarche participative, à commencer par répondre à leurs craintes, par le biais d’une campagne par exemple ? Plus tard, un nouvel essai pourrait-il se concrétiser, cette fois ? Avant d’aller plus loin, qu’est-ce que cette situation signifie pour Genève ?

Débat éthique

Qu’est-ce qui est le mieux ? Le moins dommageable ? Qu’est-ce qui est juste ? Qu’est-ce qui est injuste ? Pour qui ? Pour ceux qui ont défendu les arguments du “oui” ? Ou de ceux qui ont dit “non” ? Aujourd’hui, un choix est à faire dans l’immédiat : quelle est la priorité ?

J’estime que ce vaste débat doit être tenu, l’objectif étant de parvenir au soutien de la population pour dessiner la Genève de demain. Il ne s’agit pas de la refaire, mais d’assurer la durabilité et la qualité de vie. Rappelons que tous les domaines sont étroitement liés.

Un message clair pour la culture et le sport

Le résultat de cette votation, après plusieurs refus dans le domaine de la culture, ne reflète-t-il pas une vérité ? Ne démontre-t-il pas le travail à faire ?

Dans le domaine du sport, c’est pire. Il suffit de regarder le budget total alloué au sport, équivalent à celui du Grand-Théâtre. L’objet concernant le Pré-du-Stand n’avait pas été voté favorablement en 2019. La convention pour accueillir l’Académie du Servette au Centre sportif, loisirs et nature des Evaux fait polémique. Ils se retrouvent sans infrastructures; la Haute Ecole de Musique avec sept locaux différents. Inimaginable, non ? Comment améliorer la situation ? Quel avenir pour la culture et le sport ? Où aimerait-on aller ?

La “forme” est une chose ; le “fond” en est une autre

Une réflexion de fond s’impose. Aujourd’hui, cette nécessité d’une vraie vision à et pour Genève se fait ressentir plus que jamais ! Tant que ce ne sera pas fait, j’ai bien peur qu’on reste sur des refus dans ces deux secteurs de grande importance, en lien étroit avec la cohésion sociale et la santé, sans oublier la formation, l’économie, le tourisme… et qui demandent de l’interdisciplinarité ! Ne faut-il pas d’abord sensibiliser et créer l’adhésion à ces facteurs importants pour la société ? Le débat est lancé !

Après un troisième choc à la tête, j’ai hésité

Kickboxing. Certains athlètes ont des séquelles définitives après leur carrière. À cause de nombreux chocs. Bien qu’ils ne paraissent que moyennement violents à l’instant (comme ces boxeurs se sont alors relevés à chaque fois), il ne faut pas sous-estimer la multitude de microlésions créées. Peut-être qu’ils garderont des difficultés neuropsychologiques, tel qu’une altération la mémoire, la concentration, l’attention, l’irritabilité, la fatigue, sans oublier les atteintes sur le moral. Sont-elles les conséquences du fait d’avoir persévéré, quoi qu’il arrive ?

Autre exemple. Prenons le politicien genevois. Il est déterminé. Persévérant. Parfois trop courageux. Manquant d’humilité. Au risque de nuire quasi définitivement à son image. À sa réputation. À des messages très lourds pour sa famille. Destructifs. Ethique de sa part ? De sa famille qui le soutient ? C’est une vraie interrogation dont chacun fera son opinion.

Pourquoi ce discours alarmant ?

M’inspirant de ces deux situations, j’ai décidé de livrer mon expérience récente. Ma réflexion. Mon analyse du contexte. Le questionnement quant à sa légitimité. Je relaye chaque compétition d’athlétisme sur les médias sociaux. Mes supporters s’en réjouissent et je leur en suis reconnaissante. Cela me permet aussi de mettre en lumière mes fidèles partenaires que je remercie du fond du cœur. Rien qu’à ce niveau-là, les enjeux sont nombreux. En camp d’entraînement en Turquie au sein d’un complexe où la performance sportive est au centre, mes trois semaines se sont transformées en milieu idéal à la récupération.

Dix jour avant, je chute. C’était au meeting à Tunis début mars. À l’entraînement. Je prends le départ d’un sprint de quelques dizaines de mètres. Je vais de plus en plus vite. Je pousse de plus en plus fort. Victime de ma progression, mon handicap a remis les pendules à l’heure : il m’a freiné en me rappelant que je ne peux pas avancer plus vite que la musique et que je dois le respecter ! Mon « ataxie » (manque de coordination et d’équilibre, se matérialisant par des gestes incontrôlés et incontrôlables) est bien présente. Ma jambe droite ne s’est pas levée. Ou mon pied est mal arrivé au sol. Juste un pas. Un de ces mouvements parasites a grignoté sur le temps de réactivité de mon corps qui se veut naturel et spontané, à priori. Ayant eu des lésions cérébrales il y a treize ans, ce n’est pas toujours le cas, pour moi. Une capacité qui a, certes, beaucoup évolué grâce à mon dévouement total à l’exercice de l’athlétisme (comprenant différents types d’entraînement).

Tout est possible ? Oui, toutes les conséquences – heureuses ou non – sont envisageables. Mon objectif ultime était d’atteindre « ma limite ». Est-ce nécessairement une notion de performance ? Y suis-je arrivée ? Franchement, je n’en sais rien. La recherche de la performance en bonne santé peut aussi en être une. Une chose est pourtant sûre : je ne vais pas m’acharner à la poursuite de mes objectifs compte tenu que, si je devais à nouveau chuter, cela pourrait à nouveau m’affecter.

Interrogations permanentes

Chaque année. Ou bien après une échéance majeure. Les remises en question sont essentielles : elles permettent d’être persuadé dans ses actions et d’avoir une vision claire du futur proche. Pour n’importe qui. À n’importe quel moment. Sur un plus long terme, tout peut changer et on ne peut jamais tout contrôler. Essayer de le faire serait une erreur. C’est à la fois ce qui fait la beauté de la vie. Dans tous les domaines. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici de mon activité préférée, ce qui rend les choses plus compliquées.

On n’est jamais seul. Il est nécessaire de considérer toutes les parties prenantes. Bien que les conséquences soient majeures pour moi, elles ne sont pas nulles pour les autres (mon entraîneur, mon équipe médico-sportive, mes partenaires, mon association de soutien, etc.). La déception d’autrui face à la décision d’arrêter serait-elle justifiable ? Tout à fait compréhensible jusque-là, considérant la hauteur de l’engagement des parties prenantes.

Au contraire, m’en voudrait-on de continuer malgré tout, sans écouter mon corps qui m’appellerait à arrêter ? Quelle conséquences cela aurait-il ? Ai-je le droit de prendre une décision ? Suis-je libre de faire un choix ? Ce processus peut prendre un peu temps, un choix de cette importance ne se faisant pas du jour au lendemain.

Bilan provisoire

C’était mon troisième choc à la tête – le premier m’a coûté un mois de coma et une tétraplégie partielle lors de mon accident d’équitation en 2008, le deuxième était au sprint il y a trois ans qui n’a pas laissé de séquelles et, celui-ci, qui a engendré de légers symptômes d’ordres neurologiques que je « revis ». Fatigue intense, état de confusion durant une vingtaine de jours, maux de tête et vertiges aléatoires. Des signaux à considérer pour envisager la suite, quel que soit mon choix.

Je travaille dur pour réaliser mon rêve depuis longtemps. Ai-je le droit de m’arrêter ? Vais-je le regretter ? Que se passera-t-il si je décide de continuer ? Aucune idée car je ne l’ai jusque-là pas expérimenté ! Enfin, si ma reconversion de l’équitation à l’athlétisme ne compte pas. Bien entendu qu’abandonner n’est pas dans mes plans et je ne le ferai pas. Je continuerai toujours, par des moyens différents. Dans la vie, j’ai une mission que je poursuivrai toujours : inspirer, motiver, œuvrer pour la collectivité. J’y parviens par plusieurs moyens (mon activité sportive, des conférences, mes engagements associatifs, mon implication au sein d’autres comités et d’un Conseil d’éthique, notamment). Aujourd’hui le temps est venu pour moi de récupérer toutes mes capacités et de juger objectivement de ma situation.

Mon choix

Alerte. Santé. Risques encourus. Bilan entre coûts et bénéfices. J’ai fait le point en considérant toutes mes pensées et mes émotions. Je l’ai ai listées. Puis j’ai analysé chacune d’entre-elles. Je ne sous-estimais pas les risques pour ma santé. Je ne voulais pas me griller ; je me suis dit que j’avais 30 ans et que j’avais encore plein de projets ! Je n’ai plus besoin de rien prouver à qui que ce soit. De plus, je ne souhaitais pas mettre en péril l’immense apprentissage et tous les bénéfices que l’athlétisme m’a apporté. Une leçon de vie. Pour ces raisons, j’ai décidé d’arrêter. De démissionner de mon projet de départ, les Jeux paralympiques. L’idée de plonger dans l’inconnu ne m’a pas retenue. L’idée de ne plus être soutenue non plus. L’heure est venue pour moi de passer à autre chose. Je l’accepte, bien que ça ne plaira pas à tout le monde. Ce n’est pas une raison de poursuivre le projet en attendant la date d’échéance sagement pour contenter les autres. De mentir envers les autres, sachant que je ne veux plus courir. Autant continuer ma vie différemment. Ne pas perdre de temps. Je n’ai pas besoin de plaire à tout le monde. C’est ma vision de la vie, qui est précieuse et qui se doit d’être savourée.

Se faire vacciner : la carte n’est pas blanche, ni noire, on est dans le gris

Un sujet qui fait polémique partout dans le monde. Des mesures initiatives sont mises en œuvre. En Suisse, la campagne est en cours. Mieux tard que jamais. Faut-il faire plus pour qu’elle soit efficace et pour que l’immunité collective soit atteinte le plus vite possible ?

Réalités

Dans une société où les libertés sont favorisées, toute contrainte – obligation ou interdiction – est inconcevable. D’ailleurs, aucune vaccination n’est obligatoire en Suisse, contrairement à d’autres pays. Souvent, elles sont recommandées mais jamais imposées. « Swiss style », dirons certains : on recommande, mais on ne contraint pas. Des demi-mesures ? La bonne nouvelle est qu’on a le choix. Pourtant, cela complique passablement les choses. A double tranchant !

Premièrement, on agit pour sauvegarder la santé de la population (fermetures, vaccins, etc). Dans un second temps, on pensera aux autres questionnements : que penser du bénéfice qui sera fait grâce aux vaccins, par exemple ? Les enjeux économiques n’ont pas le droit de primer sur la santé publique. Comment le contester ?

Toutefois, le risque principal de celui-ci est le manque d’efficacité. On n’a pas le recul nécessaire pour en tirer des conclusions. Le manque d’adhésion n’est pas à sous-estimer aussi. En partie, à cause de l’excès d’informations. Faute au nombre d’enjeux sociétaux, à la communication instantanée, aux nouvelles technologies ? Une chose est sûre ; cela aurait été moins compliqué il y a quelques dizaines d’années ! On nage dans un océan sans voir de terre. On est perdu. On ne sait plus quoi faire. On ressent des contradictions. Comme l’être humain, méfiant, cherche à se protéger ainsi que les siens, il évitera tout risque qu’il juge trop grand. Cela dépend de l’éducation, la culture et d’autres paramètres. Quelle que soit sa vision, il la transmet et aimerait être suivi, naturellement.

Certaines personnes sont pour. D’autres sont contre. Selon les messages communiqués, il arrive de changer d’avis. Nos pensées fluctuent. L’immunité collective suffisante de la population est un vrai défi. « Vous vous faîtes vacciner, mais pas moi ! » « Laissons les autres essayer d’abord. Ils seront les cobayes. S’ils s’en sortent bien, j’y réfléchirai ».

Que penser de la solidarité pour se tirer d’une affaire sérieuse ? Est-ce un manque de responsabilité individuelle ? Est-ce suffisant de vacciner seulement celles qui en ont le plus besoin (les personnes vulnérables) pour relancer l’économie ? Et s’il ne devait pas protéger d’un ou plusieurs variants qui apparaîtront peut-être ? Finalement, est-ce qu’on le fait ? Si oui, sous quelles conditions ?

La loi

Le fait de se faire vacciner est-il un droit strictement personnel ? En Suisse, la vaccination n’est pas obligatoire. A titre comparatif, la France liste 11 vaccins comme obligatoires depuis 2018.

« Nos autorités se limitent, en effet, à recommander à certaines catégories de personnes de se faire vacciner », selon la Loi fédérale sur la lutte contre les maladies transmissibles à l’homme.

« Une vaccination est une intervention médicale dans l’intégrité physique d’une personne. La vaccination n’est autorisée que s’il y a consentement » : faisant suite à mes articles sur les droits politiques pour tous (Une voix méprisée, une vie sacrifiée et L’universialité du droit de vote fait-elle du sens?), la question est de savoir si la personne concernée est capable de discernement, et dans quelle mesure le cas échéant ? Le hic : la loi ne fait pas cette différence, c’est oui, ou c’est non. Si ce n’est pas le cas, faut-il tenir compte de son avis personnel ou celui du curateur fait-il foi dans toutes les circonstances ? Peut-il vraiment se mettre à le place de la personne concernée et ne pas considérer ses convictions personnelles ? Je relève ce point pour relever des situations bien plus complexes que les nôtres.

Que faire compte tenu des risques ?

Développement en un temps record. Commercialisation en urgence. Processus de fabrication plus vite que jamais. Cela fait peur. Les inconnues sont nombreuses par rapport au vaccin contre le Covid-19, notamment liées à la mortalité et aux autres conséquences.

Est-ce suffisant de prétendre au développement rapide de la science et de la médecine ? Est-ce que se faire vacciner signifie de risquer toucher à sa (bonne) santé ? Est-il utile d’y inciter tout le monde dans le but de vouloir protéger tous les citoyens, mais les personnes vulnérables et âgées surtout ? Dans quel sens va l’éthique ?

Il me semble important de préciser que toutes les réactions sont légitimes, compte tenu de la situation propre à chacun.

Démystification

La crise dure. Elle est interminable. Comment continuer à vivre avec des mesures allant à l’encontre de la nature humaine (garder les distances, ne plus – ou moins – se côtoyer, etc) ? Les vaccins forment l’espoir principal afin de mettre terme à cette situation.

L’humain pense – c’est dans sa nature – qu’une mauvaise expérience peut et donc va lui tomber sur la tête. Normal, on ne parle quasiment que des personnes qui s’en tirent mal. Lorsque l’on entendra de plus en plus de meilleures (ou de moins mauvaises) expériences, plus de personnes pourraient s’y prêter. De plus, on dira que le médecin cantonal ne recommanderait pas quelque chose de dangereux. D’autant plus qu’on n’autorise pas n’importe quel vaccin en Suisse. Ce sont des arguments visant augmenter la participation.

Toutefois, j’aimerai insister sur la notion de proportionnalité. Elle devrait être appliqué à chacun d’entre nous. Pourrait-elle être varier d’une personne à l’autre ? Je ne connais pas la réponse. Ainsi, quelles sont les chances d’atteindre le but visé (se protéger, protéger les autres, tendre vers l’immunité collective, les risques encourus vis-à-vis des bénéfices souhaités, etc) ?

Conséquences possibles

Enjeux supplémentaire. J’apprécie l’adhésion de la population, sans passer par la contrainte. Aujourd’hui, compte tenu de la situation délicate dans laquelle nous vivons, la limite est fine. Doit-on obliger les citoyens à se faire vacciner pour accéder à certaines prestations ? Difficile à concevoir dans notre société. Est-ce un idéalisme dans le contexte que nous vivons ? Que penser des États-Unis ou de la Russie qui sont largement plus avancés, ce qui permet de relancer plus vite l’économie ? Comment concevoir un pays tel que le Suisse avoir du retard ?

Par ailleurs, on pourrait imaginer qu’être contre la vaccination pourrait, dans un futur proche et pour un temps donné (chaque malheur ayant une fin) avoir des conséquences. Un passeport vaccinal va-t-il exister ? Dans quels pays ? Ne ferait-on pas mieux de l’avoir afin de préserver nos libertés ? Autrement dit, peut-on vraiment être restreint de liberté ? Laquelle ? Pour combien de temps ? Quelles sont les chances de passer à côté d’une potentielle quarantaine en cas de contact rapproché avec une personne malade ? Ne pas se faire vacciner, pourrait-ce signifier un risque de se retrouver « isolé » jusqu’à la maîtrise plus ou moins totale du virus ? Il ne faut pas oublier et rester modeste face aux inconnues : on ne sait pas tout, on ne peut pas tout contrôler et on sait que la situation sera différente dans un futur proche ou éloigné. Le temps dépend de nous. De nos actes. Qu’ils soient responsables.

Mon choix

Je me suis fait vacciner (1ère dose en février, 2ème en mars dernier). Compte tenu de mon asthme, de mon activité de sportive d’élite, de mes voyages nationaux hebdomadaires et internationaux quasi mensuels et de mon handicap, je me suis pressée de le faire dès que possible. Résultat : un soulagement. Cela réduit considérablement ma peur d’être infectée, sachant que le risque de contamination est plus élevé (puisque je me déplace plus). Si cela devait se concrétiser, la probabilité de m’en sortir sans conséquences, malgré ma très bonne forme physique, peut-être faible, selon les statistiques (par rapport aux individus en pleine santé).

Quitte à ressentir des symptômes ou d’être malade pendant quelques jours, je préfère diminuer les chances de souffrir en cas de covid. Même si je devais bien m’en sortir, je ne suis pas prête à revivre des symptômes neurologiques sur le long terme (une fatigue chronique ou un état de confusion, par exemple, vécu suite à mon accident en 2008). Je ne pourrais qu’en vouloir à moi-même le cas échéant, si j’avais décidé de ne pas me faire vacciner (cela s’est par ailleurs très bien passé).

En revanche, la science n’ayant pour l’instant pas encore affirmé le fait de ne pas pouvoir être contaminé ni de ne plus pouvoir transmettre le virus, je reste vigilante avec les autres personnes par le respect des règles à la lettre. Je ne pourrai admettre à moi-même le fait de potentiellement mettre en danger mes proches alors que je ne le suis plus, même s’ils ne devaient plus me percevoir comme un « risque » et qu’ils essayeraient de s’approcher de moi. C’est toute la complexité de cette période qui aura, comme pour tout, une fin, malgré qu’un sentiment d’infini nous anime. Tout est possible, dans un sens comme dans l’autre. Mettons tout en œuvre pour faire pencher la balance du bon côté le plus vite possible.

L’universalité du droit de vote fait-elle du sens ?

7 mars. Date des dernières votations cantonales genevoises et fédérales. Du premier tour de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat aussi. Le 29 novembre dernier, le droit de vote a été restitué aux personnes en situation de handicap et aux personnes âgées sous une mesure de curatelle de portée générale. Une loi pour laquelle j’ai activement fait campagne. Le peuple l’a acceptée à la majorité par 75% des suffrages). Tous les citoyens disposent des mêmes droits civiques, bien que leurs capacités soient différentes. Qu’est-ce que cela impose ? Que penser des publications médiatiques choquantes ? N’est-ce pas le reflet de la population, handicap ou non ? Cette votation, n’a-t-elle pas permise de questionner les pratiques en matière de citoyenneté à l’échelle de la société ?

 

Évidemment !

 

Selon Monsieur le Conseiller d’Etat Thierry Apothéloz :

« Quand on a dix-huit à Genève et qu’on est Suisse, on peut voter. Quand on a dix-huit ans à Genève et qu’on n’est pas Suisse mais installé dans le pays depuis huit ans, on peut voter aussi, sur le plan communal. Comme toutes les grandes avancées sociales, il a fallu beaucoup d’énergie et de patience pour que la majorité adhère à cette conclusion d’évidence. A partir du moment où les conditions exprimées ci-dessus sont remplies (on pourrait les étendre encore), toute personne dispose d’une voix. Rien ne s’y oppose. Sinon, sur quelle base le ferait-on ? Les opinions politiques ? Cela existe et porte un nom, la dictature. La couleur, la langue, la religion ou l’origine ? Cela aussi porte un mon, l’apartheid, et même plusieurs si l’on inclut parmi eux le racisme. L’identité sexuelle ou l’état de santé ? L’humanité a connu des heures sombres où, sur de telles bases, on a exploré l’eugénisme, pensée maléfique visant à déterminer qui a droit et qui n’a pas droit à la pensée, à l’expression, au respect et même à la vie.

La pensée réelle ou supposée, le genre ou l’origine n’altère pas les droits d’une personne. De même, selon le comité d’application de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), la capacité d’une personne de prendre des décisions ne peut être invoquée pour restreindre l’exercice des droits politiques ».

 

Comme tout le monde

 

Rappel de l’art.29 de la Convention des Droits des Personnes Handicapées et de la votation genevoise du 29 novembre dernier : cette dernière a envoyé un message fort de reconnaissance de l’Etat de Genève des personnes en situation de handicap (qu’il soit cognitif ou psychique) en tant que citoyen à part entière. Signe de dignité (re)trouvée. Cela répare-t-il une injustice ? Cette loi concerne également des personnes qui se sont vu retirer leurs droits civiques plus tardivement dans leur vie, lorsqu’elles ont été placées sous une mesure de curatelle de portée générale (souvent, pour la gestion de leur affaires privées). Il y a plus à perdre en retirant le droit de vote à certaines personnes qu’en le laissant, même si toutes ne voteront pas, par manque d’intérêt ou parce que l’exercice est trop difficile. Une notion de respect.

Bien qu’il s’agisse de 1’200 personnes en tout, un nombre pouvant paraître petit ou grand selon son point de vue, personne ne doit être laissé sur le bord du chemin. Un pas a-t-il été accompli en matière d’inclusion ? Qu’est-ce que ça change pour les personnes concernées ?

 

Exercer ce droit

 

Quelles sont les attentes ? Quelle est la mission des associations ?

Les personnes concernées ont-elles votées le 7 mars ? Certaines oui, d’autres non. Certains ont exprimé de l’intérêt vis-à-vis de leur nouveau droit, souhaiteraient l’exercer mais n’y parviennent pas encore, d’autres n’auront pas envie de l’exercer ou l’ont fait car ils en ont les moyens. C’est le reflet de l’ensemble de la population. Chacun est libre de s’exprimer (voir article « Une voix méprisée, une vie sacrifiée »).

Pour arriver à cette situation, l’Etat est responsable de rendre accessible l’acte de voter à tout le monde. Mais ce n’est pas une évidence en soi. Cela induit une connaissance du système politique suisse. La mission des associations et des institutions est là. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place un ensemble de dispositifs de formation.

Objectif : la participation civique est réellement un choix à savoir décider si on veut par exemple voter ou non et choisir librement ce qu’on veut voter voire voter blanc. « Dans une société responsable, on doit être en mesure d’instruire, d’accompagner et de respecter les choix exprimés par toutes et tous », selon Monsieur le Conseiller d’Etat Thierry Apothéloz.

 

Rôle de l’Etat

 

Voyons d’abord si les personnes concernées ont été remarquées. Une attention particulière leur a été accordé ? Jean-Pierre Isabella, ancien Conseiller municipal PLR et Président du Bureau de vote à Carouge le 7 mars dernier, a aperçu deux personnes qui ont exercé leur droit. Celui qu’ils avaient récupéré. Les lieux étaient accessibles et ils ont pu faire comme tout le monde et mettre leur bulletin dans l’urne. Il est à espérer qu’elles ont toutes été accueillie de la même manière aux autres endroits.

En trois mois, le premier travail du Département de la Cohésion Sociale du Canton et de la République de Genève a été d’identifier toutes les personnes concernées et s’assurer de la bonne distribution du matériel de vote. Aujourd’hui, il doit d’abord s’assurer qu’elles l’aient toutes bien reçu.

Tenant compte que les votations prennent du temps à lire et sont complexes pour tout le monde, l’Etat se devra de les rendre accessible, en plus des explications d’utilisation du matériel de vote.

Le Grand Conseil fribourgeois a voté en octobre dernier la transcription du matériel utile aux votations en langage FALC (langage facile à lire et à comprendre ; exemple de la votation genevoise sur les droits politiques). Est-ce la possibilité pour les cantons de collaborer entre-eux en ce qui concerne les votations fédérales et ne pas faire le travail inutilement plusieurs fois ?

Autre question : l’Etat se doit-il de soutenir financièrement les initiatives entreprises par d’autres organisations ?

Dernier point : grâce à une communication accessible, l’Etat transmet le signe que l’ensemble des citoyens peuvent et devraient prendre part aux décisions qui les concernent. Une avancée qui n’est en fait qu’une simple notion de respect.

 

Missions des institutions et des associations

 

Il est à noter également que la bibliothèque braille romande et livres parlés propose déjà les votations cantonales genevoises et fédérales enregistrées en audio. D’autre part, ASA Handicap mental aimerait proposer des formations. Les associations sont déjà passé à l’action et facilitent l’acte de voter. Une bonne collaboration avec elles est recommandée !

Du côté des institutions pour personnes en situation de handicap (environ 300 des 1200 personnes concernées à Genève), un processus participatif est encouragé. Pourtant, les mesures contre le COVID-19 imposent des limitations non négligeables (pas de rassemblements entre les résidents possibles).

Parmi le processus, les actions suivantes sont notamment prévues (recommandées par le Conseil d’éthique dont je fais partie) :

– Faire savoir que le droit de vote leur est (ré)acquis

– Accompagner et proposer une formation au système politique suisse (tant pour les employés étrangers que pour les résidents)

– Réunir les intéressés autour d’un débat quand ce sera possible (le COVID-19 ne le permet actuellement pas encore)

– Un complément devra être apporté au cahier des charges des salariés

 

Les choses se mettent en place

 

Petit-à-petit. Mais pas trop vite. Tout processus prend du temps à établir au niveau de l’Etat. Les associations viennent à la rescousse. La Suisse, sans vouloir la critiquer (les gens savent à quel point je suis attachée à mon pays), est championne dans ce domaine. Il s’agit aujourd’hui de faciliter cette procédure qui sera, sans aucun doute, la bienvenue à bon nombre d’autres personnes, tellement les textes de loi sont complexes. On pourrait même se poser la question si l’accessibilité des textes de loi en langage FALC augmenterait, sur le long terme, la participation citoyenne ?

Bref, accordons un minimum de temps pour la mise en place de mesures permettant d’aller de la situation A à la situation B, sans oublier les moyens effectifs et financiers que cela demande et que l’Etat, entre autres, devra engager. Je propose de suivre l’évolution et de faire le point dans quelques temps.

 

Un peu d’histoire pour conclure une avancée considérable

 

Dernier message adressé par Monsieur le Conseiller d’Etat Thierry Apothéloz :

« Cela me rappelle d’autres combats. Le suffrage féminin, par exemple, n’a été accordé sur le plan fédéral qu’en 1971. La comparaison est probante car Genève avait précédé la Confédération en accordant les droits politiques aux femmes en 1960. J’attends que, de même, s’agissant de l’usage des droits politiques par les personnes en situation de handicap, l’exemple genevois soit suivi sans réserve sur le plan fédéral (révision de l’article constitutionnel) et national (majorité nécessaire du peuple et des cantons). Bien sûr, j’entends les ronchons pour qui le vote des personnes handicapées ou en difficulté sociale risquerait d’être capté ou détourné par d’autres. Mais c’est exactement ce que disaient les opposant masculins au suffrage accordé – je préfère dire octroyé – aux femmes ! En 1921, sur ce sujet, au Grand Conseil genevois, on s’époumonait à lister les “dangers” du suffrage féminin. En 1940, le mémorialiste consignait le 7 mars les propos d’un député selon lequel “celui qui veut encore respecter la femme votera contre le suffrage féminin”. Treize ans plus tard, en 1953, un autre député jugeait “invraisemblable que l’on s’apprête à accorder d’un seul coup aux femmes l’ensemble des droits politiques sans qu’elles aient eu le temps de s’initier à la vie publique”. Désormais, ces droits acquis consolident la démocratie qui fonde notre système politique.

S’agissant des droits civiques de la moitié de la population, Genève a fait sauter ainsi un verrou avant la Confédération. De même, il serait souhaitable à présent que le nouvel exemple donné par Genève fasse boule de neige jusqu’à Berne afin que la constitution fédérale soit adaptée dans le sens du respect universel et du refus élémentaire de la catégorisation des gens. »

L’athlète en temps de crise ; les réalités du terrain

Nous vivons à l’heure de notre deuxième déconfinement. Le monde du sport est lourdement impacté, après avoir pu vivre à nouveau et dans une certaine mesure l’été dernier. Pourtant, le sport d’élite constitue l’une des exceptions – de ce qui doit continuer. Nous, athlètes, bénéficions de l’accès aux installations sportives communales, après avoir satisfait à de lourdes procédures administratives, souvent entreprises par les entraîneurs.

Les compétitions ? Dans certaines disciplines – la mienne par exemple, l’athlétisme, le foot, le hockey ou encore le basket – des manifestations sont organisées dès que possible (voir mon article Compétition et covid possible?). Avec le risque permanent d’une mauvaise nouvelle, la quarantaine. Si le résultat du test est positif, c’est l’isolement strict : afin de ne courir aucun risque, l’immobilisation de dix jours est obligatoire. Aucun entraînement. Pas un déplacement. Comment rester en forme, tant physiquement que mentalement ?

Autre enjeux majeur : l’impact de la crise sur les entreprises. Ce n’est pas le moment d’investir ! Soutenir un sportif peut, pour certaines personnes, être synonyme de jeter de l’argent par la fenêtre, tandis qu’on n’arrive presque plus à rémunérer les employés. Voyez-vous les enjeux ?

En tant qu’athlète professionnelle

Une carrière sportive comprend les mêmes éléments qu’une entreprise. Elle doit être gérée de la même manière – au niveau du management, des finances, des relations publiques, communication, etcetera. En plus d’avoir un corps à superviser et à entraîner ! Les conséquences sont doubles.

Pourtant, nous avons pour mission d’être des modèles, d’autant plus en temps de crise ! Nous transmettons de la motivation et servons d’icônes pour les jeunes ou pour certains groupes de la population. Personnellement, j’aimerais transmettre une motivation, celle consistant à persévérer.

L’apport des sponsors ? Couvrir les frais (matériel, déplacements, entraînements, compétitions). Pour le reste, il est nécessaire d’avoir un autre travail. Vous l’aurez compris, la covid n’arrange rien, loin de là !

Ma façon d’aborder la chose

Par chance, quelques compétitions auxquelles je peux participer ont lieu. Mais c’est loin d’être le cas dans toutes les disciplines. De quel droit puis-je prendre le départ à des courses et pas d’autres personnes ?  Je fais partie de l’équipe de Suisse, donc prioritisée par rapport aux sportifs amateurs. Je saisis les opportunités qui se présentent à moi.

Mais pour être clair, à côté de la performance, je dois trouver de l’argent pour financier mon activité. Pas de solution miracle ! On ne sait pas si les Jeux Olympiques et Paralympiques auront lieu. L’incertitude règne sur tous les plans.  Si mon objectif majeur tombe à l’eau, « tout » serait-il annulé ? Les investissements faits pour rien ? La communication inutile ? Ces risques valent-ils alors la peine d’être pris ?

J’ai la chance d’être très bien entourée. Mon équipe et moi avons réfléchi à ce qui pourrait le plus m’aider – signer des nouveaux sponsors étant encore plus compliqué – et nous nous sommes dirigés vers les personnes qui me soutenaient déjà et qui étaient enthousiastes à mon égard. Quelques conditions : les remercier, établir une relation de confiance et prouver constamment mon engagement. C’était ce que je pouvais faire de mieux. La forme de satisfaction était aussi émotionnelle du côté de mes partenaires, sensibles à la dimension humaine de mon projet. Avec un peu de chance, ils ont décidé de poursuivre leur soutien en 2021. Mais c’est loin d’être le cas pour tout le monde.

Plus de plaisir pour Augustin Maillefer (aviron)

Forme de frustration pour cet athlète talentueux : s’entraîner dur alors que l’envie n’est plus là. Pas de chance, les pépins se sont accumulés lors de sa saison 2019. Impacts de la Fédération ? Comment continuer alors que la quantité d’entraînement demandée nuisait à la qualité (Augustin considérait son importance et y consacrait de l’attention) ?

Résultat : pas de sélection parmi le 4- suisse. Aucun test effectué en 4-. Sentiment d’injustice. Explications incohérentes des entraîneurs. Des résultats qui ne seront jamais révélés. Une qualification subjective. C’est ça le sport ? Sa motivation ? Elle chute ! Au final ? La place de remplaçant. Pourquoi ? Aucune raison. Certes, le voyage à Tokyo était quasiment garanti pour lui.

Message démotivant pour toute l’équipe : il peu y avoir du changement. Perte de confiance supplémentaire. L’effet des JO reportés ? Tout le processus doit recommencer. Non merci ! Mauvaise collaboration. Plus de perspectives. Triste fin de carrière. C’est une réalité. Mais ramer pour le plaisir, entraîner les jeunes et reprendre ses études surtout sont désormais ses priorités, après une carrière sportive qu’il décrit, certes, comme fantastique.

Un avenir incertain

De nombreux athlètes tentent de se qualifier aux Jeux ces prochains temps. Auront-ils lieu ? Ou pas ? Quelles conséquences ? Comment continuer ? Les sportifs d’élites, seront-ils encore soutenus ces prochaines années ? Autres priorités pour les entreprises ? Comment avancer ? Qu’est-ce qui va changer ?