L’autonomie vis-à-vis de l’Etat favoriserait le bonheur ; et vice-versa

La dépendance financière d’un ami, de la banque, de son assurance ou de l’aide sociale peut vite devenir un cercle vicieux pour bon nombre de personnes. Étant en situation de handicap, j’ai pu toucher à cette limite, entre l’assistance totale et l’autonomie maximale, selon mes capacités et mes limites. J’ai aussi pu l’expérimenter auprès d’autres personnes. Certaines sont engouffrées dans le système. Est-ce que, elles seules, y peuvent quelque chose ? Pourtant, la majorité des plaintes porte sur les personnes qui ne devraient pas (ou plus) être en droit d’être à l’aide sociale.

Rôle de l’aide sociale

Elle devrait se positionner comme un leader. Les justes bénéficiaires devraient être mieux accompagnés, ce qui leur éviteraient des dépenses d’énergie inutiles (le processus est souvent ressenti comme un lourd combat) et leur permettraient de mieux vivre, pour autant que l’objectif, des fonctionnaires et des bénéficiaires à la fois, soit une vie bonne. Il arrive de se sentir humilié par des interlocuteurs de l’aide sociale qui ne nous (les demandeurs) croient pas. Nous sommes déjà dans une position suffisamment délicate, parfois au fond du trou. Ils ont, certes, des protocoles à respecter et probablement peu de marge de manœuvre. Utopiquement, il ne faut pas oublier que le non-recours à l’aide sociale des personnes dans le besoin, que ce soit pour des raisons d’intégrité ou non, représente également un coût !

Il me semble nécessaire de mentionner, bien que je ne m’étalerais pas sur ce point, la problématique des conditions de travail, le bien-être des collaborateurs de l’Etat et leur taux de motivation. Est-il affecté par les demandeurs qui n’ont souvent pas le moral ou par les mensonges des personnes qui en profitent ?

A priori, d’après mon expérience et des simples notions de psychologies, il ne me semblerait pas facile de travailler avec des personnes tristes ou malhonnêtes et de garder le moral, le positivisme – comme le fait d’être négatif – se propageant sur les autres. Comment peut-on aider les personnes à s’en sortir et à retrouver cette si précieuse autonomie, bien qu’elle soit partielle dans beaucoup de situations ? Cela pourrait-il pousser à l’accomplissement de soi, synonyme du bonheur ? Quoi qu’il en soit, l’Etat ne devrait pas perdre de vue toutes les personnes mentionnées précédemment et les envoyer aux bons endroits, l’objectif étant de les accompagner vers un degré d’indépendance maximale propre à chacun, grâce à la formation notamment, et les soutenir financièrement pour les besoins de base s’ils ne parviennent pas totalement à les assurer par eux-mêmes.

Un gain pour les bénéficiaires est un gain pour l’organisation étatique

En regagnant un degré d’indépendance maximale selon ses capacités physiques, mentales et émotionnelles, les bénéficiaires de l’aide sociale devraient avoir quelque chose à y gagner : il faudrait les récompenser pour leurs efforts. Cela les inciterait aussi à en fournir plus et cet élan découragerait potentiellement aussi les abus (ou les limiterait tout au moins). Mais l’organisation concernée (souvent l’AI ou l’Hospice) devrait rester prête à fournir à nouveau l’aide requise si un essai n’aboutirait pas. L’Etat devrait encourager les personnes à entreprendre, sans dégouter pour autant.

Exemple pour un bénéficiaire de l’AI, en situation de handicap : s’il tente de travailler plus et gagne plus d’argent ponctuellement, son dossier sera clôturé. Sachant que les difficultés vis-à-vis du handicap peuvent évoluer, il ne devrait pas avoir besoin de soumettre une nouvelle demande et parfois attendre des années jusqu’à obtenir une réponse ! S’il ne peut plus assurer ses besoins, son dossier devrait être réenclenché de suite. Cela enlèverait la peur de se lancer, permettrait à plus de personnes d’essayer et, qui sait, à plus de personnes d’y arriver.

Conclusion : une personne qui travaille selon ses capacités, ni plus ni moins, sera accomplie et satisfaite. Logiquement, elle deviendrait une charge plus petite pour l’Etat. Et si ce phénomène se démultipliait ? C’est plus facile à dire qu’à faire ! Un long combat politique s’annonce, le dossier étant conséquent, comptant un nombre indéfini d’éléments à inclure. Mais le but est d’arriver à une meilleure situation pour toutes les parties sans que ce soit au détriment de l’un (les bénéficiaires) ou de l’autre (l’Etat). C’est d’autant plus important, les demandes concernant une grande proportion de la population, quasiment le 10% jusqu’en 2021 (voir statistiques).

Vivre grâce à l’aide sociale : il est compliqué de retrouver l’indépendance face à l’Etat. Un cercle vicieux !

Ma famille, néerlandaise d’origine, dira que c’est le luxe, que nous sommes bien aidés. Trop ? De l’argent est-il jeté par la fenêtre ? Cela nous rend-il vraiment service ? C’est beau dans les faits au premier abord. Les conséquences sont pourtant désastreuses.

Réformer le système ? Oui, c’est amplement nécessaire. Mais pas n’importe comment. Pour aboutir à un meilleur fonctionnement, il est nécessaire d’y passer du temps. De mener des débats. Qui pourront parfois être longs. Difficiles. Mais indispensables à mon sens. Surtout que le dossier est grand. Selon Le Courrier, 15% de la population bénéficie de l’aide sociale. En dix ans, la durée moyenne de prise en charge est passée d’un peu moins de deux ans à plus de quatre ans et demi. Problèmes avec un « s » ! Il ne faut pas traîner. Pour le bien de la population. Pour la sérénité de la société. Pour les comptes de l’Etat. C’est l’essence même de mon engagement politique et de ma candidature au Grand Conseil.

Ayant eu un grave accident, vivant avec un handicap, côtoyant de nombreuses personnes soutenues par l’aide sociale qu’elles soient en situation de handicap ou réfugiées et enfin, ayant un certain recul vis-à-vis les défaillances du système, mes expériences m’ont donné la « chance » de le voir et le « toucher » de l’intérieur. D’avoir un œil critique. D’apporter un éclaircissement. Il faut arrêter de se voiler la face : cette aide qui devrait être ponctuelle dans une grande partie des cas (elle est permanente lors d’une « incapacité totale de travailler) tend à y maintenir les bénéficiaires plus longtemps, voir toute leur vie. Ça, ce sont des sacrés coûts. Je lève le voile : tous savent de quoi on parle, mais peu de personnes osent en parler, particulièrement les bénéficiaires.

Comment en arriver là ?

Quelque soit la manière dont on arrive à l’aide sociale – l’AI et l’Hospice générale fonctionnent sur le même modèle (bien que la réforme ne traite que des aspects cantonaux et non fédéraux) -, on y est plutôt bien. Indemnisé. Tous les mois. Au bénéfice de subsides d’assurance-maladie, eux-mêmes basés sur son revenu ; souvent, il n’y en a pas et l’assistance est maximale. Plus le droit aux prestations complémentaires. Selon la capacité de travailler de ladite personne, une formation sera proposée au cours de ce que l’on appelle une réinsertion professionnelle. Encore mieux. Tout est payé. Encore mieux qu’une rente (c’est stimulant), nous obtenons des indemnités journalières, une aide pour les transports si nécessaire…

Des exceptions

Étudiant à mi-temps et sans autre activité lucrative, je pouvais payer mon loyer et me payer une semaine de vacances par an. Mais je me dois de les féliciter pour avoir été visionnaire avec moi (bien qu’il m’a fallu un avocat) : comme mon éducation familiale le favorisait, je me devais d’aller à l’université. Chose faite. Cet investissement m’aura permis d’avoir plus d’autonomie et, de garder l’espoir d’être une fois pour toute, quand je serai capable de l’assumer (tout en gardant mon 50%), indépendante vis-à-vis de l’AI, des prestations complémentaires et donc de l’Etat. Car, pour moi, tenir sur mes propres jambes dans tous les sens du terme mène à la satisfaction. À la fierté aussi. La petite partie des personnes dans la même situation que moi devrait pouvoir le faire. Les autres doivent y être encouragées. Petit-à-petit. Étape par étape. D’une manière sereine. Impossible pour l’instant !

Dans la réalité

Ça ne se passe pas d’une façon limpide : tant qu’on est aidé, payé, la situation est confortable.  La majorité du temps, on touche une rente. Plus d’éventuelles autres prestations. Nous devons travailler, conformément aux barèmes fixés (pourcentage d’invalidité, capacités, etc). Que se passe-t-il ? Il suffit de faire le minimum requis. Et si on travaillait plus ? On n’y gagne rien. C’est déduit. Pourquoi alors le faire ? Cela n’a pas de sens ! Idem quand on est un travailleur indépendant et que notre bilan a évolué d’une année à l’autre. Sauf que là, les charges d’une année entière seront bien plus importantes à inclure (montant à rembourser), d’un coup, sans avoir pu les prévoir. Si on avait épargné plus afin de les anticiper, ça ne pouvait qu’être pire. Pourquoi alors être plus motivé et booster sa santé pour espérer plus travailler et mieux gagner sa vie ? Inutile. Ce n’est pas valorisé. Le risque à prendre de perdre l’aide attribuée lors d’un simple essai est largement supérieur au gain estimé (quasi inexistant et il ne se mesure pas financièrement). C’est tout ou rien. On est toujours perdant dans l’histoire. On sera toujours mieux à l’aide sociale, avec peu de moyens, mais quasi sans travailler. De toute façon, on n’y gagne rien d’essayer ! Pourquoi alors faire plus ? On devrait plutôt parler d’accompagnement et d’autonomisation.

Quel modèle ?

Je n’ai pas la solution sous la main. Une chose est certaine : les travaux vont se poursuivre et je serai heureuse d’y apporter mes idées du terrain. L’Aide sociale est une charge importante pour la société. Les attentes d’un système meilleur pressent. Bien qu’il soit important de prendre le temps pour apporter la meilleure solution possible à ce dossier à la fois lourd et crucial. Conclusion : si le bien-être de la population augmente, nous avons peut-être la clef… C’est le délicat mélange entre la santé, l’emploi, l’environnement, l’accès au sport, à la culture… Malgré l’urgence de révolutionner le système social. Rendre les personnes heureuses. Point qui me tient le plus à cœur. Pour moi, cela passe par les valeurs citées dans cet article : indépendance, autonomie, satisfaction. Les conditions doivent être instaurées, permettant d’y mener.

 

Confiance aveugle ? Il faut doser, compter sur ses ressources personnelles et entreprendre au bon moment

Qui sait combien il est difficile pour moi de faire confiance. à la vie après avoir failli y passer. À un ami après avoir été trahie. À la politique après avoir expérimenté un système défaillant. Comment est-ce encore possible de vivre avec sérénité et espoir ?

Puis-je croire à la bonne évolution du monde alors que les catastrophes s’alignent les unes après les autres ? Puis-je prier pour vivre une relation sans manquement et en toute honnêteté, qu’elle soit amoureuse ou amicale ? Enfin, peut-on faire confiance à tout le monde ? Certainement pas. Mensonge et trahison sont souvent liés à des “événements”, des actions entreprises soi-même ou à des paramètres extérieurs qu’on ne contrôle pas et qu’on préfère cacher. Que me réserve la vie ? Elle est remplie d’incertitudes, “bonnes” et “mauvaises”. Chacun fera sa propre interprétation du bien et du mal, de ce qui est juste pour lui (ce qui ne l’est pas nécessairement pour une autre personne, plus exigeante – ou moins – dans sa définition).

C’est mal parti. Comment faire pour coexister en « tandem » ? Il peut s’agir de son partenaire de vie, d’affaires, d’un groupe ou encore de faire de la bicyclette à deux. On garde une part de contrôle dans bon nombre de situations malgré le fait que chacun porte sa part de responsabilité. A vélo, il y a le pilote et l’autre personne est souvent aveugle ou malvoyante. Comment en suis-je arrivée là ?

L’entraîneur national de para-cyclisme était devant la première fois que j’ai essayé. En plus, nous prévoyons de rouler sur la piste du vélodrome. 250 mètres. Virages serrés. C’est raide. La vitesse est bien plus élevée que sur mon tricycle de route. En plus de la légitimé de sa fonction, je savais qu’il avait l’expérience requise pour me mettre à l’aise. Il tenait à ma progression, à m’intégrer à l’équipe et je l’avais déjà rencontré lors des Jeux Paralympiques de Rio de 2016, que j’ai disputé en équitation. L’accumulation des éléments positifs m’a donné confiance : tous les feux étaient aux verts. Premier essai satisfaisant. L’expérience était marquée par ces facteurs qui ont influencé notre performance, en plus d’une bonne dose de motivation des deux côtés. Le rôle du matériel ? Je n’y ai même pas pensé puisque tout était bien. M’en soucier ne m’aurait pas aidé ; je ne m’y connais pas.

Lors d’un autre entraînement, tout était organisé pour que je puisse rouler avec une pilote féminine, prénommée Anne-Karelle. Frayeur. Dès le début. Aucune résistance dans les jambes. Je pédalais dans le vide. Je me sentais constamment en perte d’équilibre.  J’avais peur de tomber. Et je ne connaissais pas cette personne. Je voulais arrêter, m’étant promise de ne rien faire contre ma volonté. La sécurité n’est-elle pas la condition primordiale (y compris le fait de se sentir en sécurité) ? nous ne nous connaissions pas avant. C’était peut-être ça la première chose à faire, non ? Le stage durait quatre jours. Nous avions le temps de discuter, de préparer le tandem ensemble et d’ajuster la mécanique pour que je me sente bien. Un petit réglage a suffi. C’est mieux de communiquer sur les difficultés, surtout si, par chance, on peut avoir les solutions sous la main.  Nous avons progressé jusqu’à simuler une course de 3000m et de 1000m, à l’entraînement. Nous avons atteint une vitesse au-delà des 40km/h. Elle me communiquait « garde la ligne », « plus » ou « moins ». Ainsi, je savais ce que je devais faire pour qu’elle se sente bien et améliorer la qualité de notre duo.

Saison sur route. En solo sur mon tricycle. Victoires. Double championne d’Europe. Vainqueur de la Coupe du monde 2022. J’ai confiance en moi. Peut-être un peu trop. Cela m’a coûté un coup de chaleur. Un sacré frein. Si la confiance devait être une aventure, elle ressemblerait à un parcours de montagnes russes. Parfois, la barre est haute. D’autres fois, elle est plus basse. Mais jamais tout en bas. C’est pour ça qu’il est nécessaire de se rappeler les dernières expériences positives. J’ai développé la capacité à être plus flexible, sans doute grâce la concordance de l’ensemble des paramètres qui m’a permis de réaliser la meilleure saison de ma carrière. En tandem ou sur mon tricycle, je dois compter sur des ressources humaines essentielles (entraîneur, mécanicien, physio, etc). Il y a aussi l’équipement, la nutrition qui doit être testée avant une course… pour se sentir bien ! Voyez-vous, la confiance est partout.

Remise, c’est peut-être pour ça qu’il m’a fallu gravir le Salève. Pour regagner confiance en mon corps, en mes capacités…J’ai repris le tandem avec une association au Vélodrome de Genève – Taupenivo – qui s’occupe de personnes malvoyantes et aveugles. Bien qu’elle soit conçue pour le sport amateur, j’y ai trouvé mon compte, surtout un pilote – Fred – avec les compétences requises. En plus, je pouvais à présent m’adapter ; chacun ayant son style de conduite et chaque vélo étant différent.

Le président des “4 Jours de Genève”, Loïc Hugentobler, qui me soutient, m’a proposé d’y faire un événement pour mes sponsors. Une course avant le repas. Un test sur 3km avec “ma” pilote Anne-Karelle. Bien que nous ne pouvions nous entraîner ensemble plus d’une fois avant, nous nous sentions prêtes. Elle a témoigné de ma progression, ayant amélioré ma stabilité et la technique de pédalage. Nous étions suffisamment confiantes pour réaliser une bonne course. Tout se ressent, nos pédales étant reliées. La difficulté était que la piste de Genève est plus courte. Plus raide. J’en avais l’habitude. Elle l’avait essayé en “solo”. Lors de notre course, en tandem, c’était différent. Ça bougeait dans tous les sens ! Je poussais fort, étant assise à l’arrière. Je devais rester la plus alignée, la plus gainée possible pour ne pas trembler. Pas de place pour la peur. La course était maintenant. 4 minutes. 4 minutes dans le dur. Il fallait « se faire mal » pour être performant sur cette distance. En compétition, rien ne peut me perturber, concentrée, focalisée sur ce que je dois faire à l’instant « T ». J’étais dans ma bulle. Une bonne expérience de plus dans la boîte ! Lors des entraînements suivants, nous avons roulé à 45km/h derrière la moto, cumulé les exercices techniques, les sprints… Tant que la confiance est là, qu’elle se travaille et qu’elle se développe… Tout est possible !

 

Les éléments influençant la notion de confiance, évoqués dans cet article :

– la sécurité

– la communication

– la légitimité

– les expérience personnelles

– l’accumulation des expériences positives

– ce dernier point peut compenser un autre, inconnu

– Se concentrer sur ce qu’on maîtrise

 

Celine, essai libre 

Si quelqu’un me connaît un peu, c’est certainement Jacques. Oui, Jacques a dit. Sans mauvaise interprétation. Il m’a accompagné lors de la relecture de mon dernier livre dans lequel je me suis… livrée, vécu à nouveau mes succès, confronté parfois à ce que j’aurai préféré ne pas savoir, en jurant ne dire que la vérité. C’était le pari.

Mais Jacques a dit, comme le jeu de société. Le maître de jeu endosse le rôle de Jacques. Le principe ? Il donne des ordres comme : « Jacques a dit : touchez-vous le nez ! » ou encore « Jacques a dit : pointez l’index vers le genou gauche ! » Les autres joueurs ne doivent exécuter l’ordre que lorsque la phrase commence par « Jacques a dit ». Si le maître de jeu a ordonné autre chose, par exemple « Sautez sur place ! », ceux qui ont exécuté l’ordre sont éliminés. Si l’ordre est correctement donné, mais mal exécuté, il est aussi éliminatoire.
Je me mettais souvent dans sa peau. Mon nouveau rôle de “Jacques”, cause de bon nombre de “bêtises” alignées et d’un humour particulier, nous a apporté une énergie d’enfer jusqu’à boucler le manuscrit. Voici ce qui suit :

Attablée au «Vroom», restaurant à Genève où travaillent des personnes sourdes et malentendantes, je parle à mon sans fil collé à l’oreille droite. La discussion porte sur un projet de livre. Un autre. À ma gauche, un homme, digne, écoute ou fait semblant. Est-il dérangé, entendez par là, cela l’importune-t-il, ce Monsieur, occupé à manger une soupe à la courge, que je téléphone, ma voix portant au-delà du raisonnable? Je l’ignore et peu m’importe si je l’empêche de se concentrer. Il lit un journal. J’ignore si ce canard est du coin ou pas.

Sur une chaise repose mon ordinateur. Il était chaud, il faut dire que cela faisait une heure que je lui tapais dessus. Comme il n’est pas rancunier mais de marque suisse,  il demeure à une portée de clics au cas où. Depuis ce matin tôt, je n’arrête pas, les rendez-vous s’additionnent, les courriels aussi et ça fait des semaines que ça dure.

« Celine, et si tu t’arrêtais de travailler cinq minutes? » Je sursaute, regarde à droite, puis à gauche, fonctionnement que je respecte et qui est sans connotation politique. Personne. Stupéfaite, je me rends compte que cette injonction est partie de ma serre intérieure, de mon cerveau qui gère tout ce que nous faisons. Là, pour me dire ça, il a dû frissonner, trouvant qu’une pause s’imposait, que je devrais m’en octroyer souvent, histoire de me reposer un peu. Suis-je capable de respecter çà, est-ce que je le veux? Le peux? Mon quotidien est soutenu, comme si j’étais mon propre sponsor, partenaire de mon corps, orienté entre l’hôpital, le sport et la politique, les soucis qui passent; et ma vie privée qui existe, mais oui. J’en ai une.

« Celine, et si tu t’arrêtais de travailler cinq minutes? » Je l’avoue, j’ai tressailli, mais pas bondi, parce que personne ne m’a dit cela depuis bien longtemps. Si je suis ainsi, c’est parce que, peut-être, j’ai dû temps à rattraper. Si j’ai peur du vide? Mais qui ose me demander ça? Mon cerveau? Toi? Vous que je ne connais pas? Je suis active, une jeune femme hyper-active et alors? Le travail est pour moi une protection, me permet d’oublier d’innombrables choses, certaines me hantent encore, un passé décomposé, remplacé aujourd’hui par plein d’amour que je sens, que je perçois, entend, malgré le brouhaha de la ville et les multiples agressivités qu’elle engendre et propose. La Cité de Calvin n’est pas la seule à en souffrir.

« Celine, et si tu t’arrêtais de travailler cinq minutes? » Aujourd’hui, c’est cinq et dix, demain? Non, mais! Je suis à l’écoute, chez moi l’ouïe est très développée. Mais pourrais-je un jour dire “oui”, je m’incline, à ce que je considère pourtant comme une outrecuidance de la part de mon cerveau?

“Non mais, tu as entendu , Celine. ce qu’on vient de te dire?” Comment pourrais-je me résoudre à lever le pied alors que mes jambes tournent, assise sur mon vélo? Quand on aime la vie, on est vite accroc à elle.

Jacques a dit. Risque prit et assumé. Il a dit comment il me voit, en retraçant notre dernière rencontre. Je clos cet instant de méditation. C’est le 24 décembre. Il est 23h37. Je vais me coucher.

Plasticité cérébrale : pour qui, quand, quoi, comment ?

Cérébrolésée à l’âge de 17 ans, j’ai dû réapprendre tous les gestes du quotidien. On dit que j’avais la chance d’être jeune et que mon potentiel de récupération était grand, ne tenant pas compte d’autres paramètres, comme celui de la motivation. Pourquoi ? Sans en être certaine (c’est l’interprétation que j’en fait, n’étant pas médecin), les capacités d’apprentissage sont grandes ; on se construit. Les leçons apprises sont ensuite stockées toute la vie. Quand on les perd par accident ou maladie, il y a trois options : les apprendre à nouveau, développer des facultés différentes ou un mélange des deux. Pourquoi attendre l’incident alors qu’il est possible de se développer et d’apprendre à tout âge et à tout moment ?

J’aimerais vous parler de mon récent accident. J’étais à vélo, une voiture m’a percutée. Avant d’aller plus loin, j’insiste sur le port du casque, acte qui m’a sauvé la vie. Et le renforcement des cervicales (en physiothérapie) m’a potentiellement sauvé d’une tétraplégie. Mais mon épaule gauche a été blessée. Pas de bol, bien que cela reste anecdotique. C’est mon côté droit qui a été le plus touché lors de mon accident en 2008 (tétraplégie partielle). Comment assurer toutes les activités du quotidien d’une seule main, avec le membre qui fonctionne le moins bien ? N’oublions pas que ces difficultés de coordination et de dextérité sont habituellement compensées par l’autre côté, momentanément blessé. Surgit une opportunité : développer le plus “mauvais” !

Première victoire : enfiler une chaussette de la main droite. Ensuite, il fallait s’habiller d’une seule main, se laver, cuisiner. Mission accomplie. Ma maman m’a aidé à faire les tâches ménagères qui me faisaient mal, même à une main. Certes, je me suis vite adaptée. Mon bras le plus lourdement handicapé a été très sollicité. Figurez-vous qu’il a évolué très vite ! Une semaine après le récent accident, les scores des exercices de précision et de vitesse pour l’entraînement de la perception de mon environnement sollicitant aussi la motricité fine (neurovision), étaient proche de ceux du mois de mai dernier, à deux mains. Nous sommes plus de 14 ans après l’accident qui m’a causé ces difficultés et il est toujours possible d’évoluer.

D’habitude, je dois solliciter mon côté « faible » régulièrement pour le garder à niveau. Mais là, le sur-solliciter a eu un effet inattendu : je tremble moins et je contrôle désormais mieux mes mouvements. Que ce soit en prenant de la monnaie (plus rapide, plus précis), en me déplaçant avec une tasse pleine ou en tapant sur le clavier de l’ordinateur à une main.

Puis-je maintenir ce rythme de récupération toute la vie ? Oui et non. Il faut choisir les aptitudes prioritaires. Tout faire tout le temps serait une charge trop conséquente. En m’adaptant à mon état de santé et mes possibilités du moment (l’usage de tout mon corps ou non ; il  a toujours une opportunité), cela me permet de gagner du temps sur l’avenir, au niveau des facultés possibles, n’ayant aucune certitude de l’évolution. Une chose est sûre : il me faut continuer à travailler tous ces gestes. Possible ? Ma recommandation est de le faire encore et encore, peu importe les circonstances. Ces dernières ne peuvent que stimuler la progression ou éviter d’oublier certaines capacités avec le temps. Conclusion : on peut apprendre à tout âge, à tout moment.

Le constat lié à mes accidents (celui de 2008 et le plus récent) et à mon handicap ayant été fait auparavant, la reprise du vélo en partie à une main m’a montré à nouveau que la plasticité cérébrale n’est pas un mythe. Vivant depuis deux semaines avec un seul bras réellement utile, cela m’a permis de le développer davantage. Au début de l’année, il était impensable d’imaginer tenir le guidon seulement de la main droite. Cela aurait pu provoquer une chute. Bizarrement, je me sentais prête à l’essayer à nouveau (en cas de doute, je n’aurais évidemment pas persévéré). Je conduisais mon vélo d’une main durant la majeure partie de l’entraînement, ayant testé, en cas d’urgence, mes réflexes du bras opposé auparavant. Cela m’a poussé à travailler différemment : l’effort ressenti était plus intense pour une puissance identique. Je l’ai ressenti aux jambes, surtout. Ces séances étaient intéressantes, me poussant à développer des aptitudes complémentaires et de poursuivre ma progression.

L’adaptation à ce mode de conduite a été rapide. J’appelle cela de la flexibilité d’esprit. Il s’agit de rester ouverte au changement, d’être créative pour trouver des solutions et développer la capacité à s’adapter rapidement. Idem dans tous les domaines. La vie, qui peut être compliquée et remplie d’inconnues, ne sera plus qu’une joie. Les périodes difficiles sont désormais transformées en quelque chose d’utile. La satisfaction est ressentie et « ces » passages obligatoires sont mieux vécus. Les victoires ne sont qu’encore plus savourées. Vous avez tout à y gagner !

Toujours un peu plus, un peu plus loin, toujours avec l’espoir d’y arriver… Le Mont Salève en tricycle !

Nous sommes le dimanche 9 octobre 2022, il  a une semaine. C’est le grand jour : la Croisette! Je doute. Des idées contradictoires traversent mon esprit. Vais-je y arriver ? J’y pense depuis plusieurs jours. Même depuis plusieurs semaines. Cela me démange depuis une semaine ; l’excitation d’y arriver m’envahi après avoir réussi les autres montées. J’y suis surtout bien préparée et accompagnée ; cela me rassure.

Au-delà de la compétition

Au début de la saison, symboliquement, je voulais monter au Salève par n’importe quelle voie. Ceux qui me connaissent un peu savent que j’aime les défis. Ils font tout simplement partie de ma vie. Peut-on dire qu’ils me permettent même de rester en vie ? D’une certaine manière, oui. Mon handicap évolue dans le bon sens plutôt que l’inverse. Un bienfait à tout point de vue. Jusqu’où aller ? Toujours un peu plus, un peu plus loin, toujours avec l’espoir de le relever et en s’étant bien préparé. Je sais, expérience faite, qu’il est parfois nécessaire de faire demi-tour. J’appréhendais le mur devant lequel j’allais me trouver de cette manière. Mais je venais de loin. Il y a encore six mois, je considérais une sortie de 50km difficile. Sur un terrain plat. Depuis, j’ai progressé. Je m’en suis donné les moyens surtout. Les expériences en athlétisme plus mes succès aux compétitions cyclistes, cumulées aux conditions d’extrême chaleur m’ont permis d’être prête à affronter ce défi : la montagne ne me semblait plus insurmontable. En plus, la période de l’année est idéale pour gagner de la force, de la puissance… Cela m’encourageait davantage.

Un entraînement différent

Ayant fini ma saison en beauté, le jeu a commencé ! La couronner par la Croisette ? Hors de question de passer de côté ! On m’en parlait beaucoup depuis plusieurs jours. J’ai commencé par le tour du Salève en juillet, puis à la rentrée, histoire de me remettre d’aplomb suite à mon coup de chaleur sur une course au mois d’août au Québec. Puis, choisissant de grimper par les autres côtés, la difficulté a augmenté progressivement. Mon compagnon, rencontré sur une course cycliste, savait comment s’y prendre. Il a su me mettre en confiance, certain des bienfaits sportifs que cela allait m’apporter, le but étant « d’écraser » mes adversaires la saison prochaine. 

Par pallier

Premier Salève. Ne sachant pas combien de temps je mettrai pour récupérer, il fallait m’assurer d’en avoir assez pour augmenter la difficulté , avant qu’il fasse trop froid. On oublie la montée par Cruseilles. En plus, on m’a dit qu’il doit faire beau, la montée étant plus longue, pour profiter des paysages. Autant commencer par la Muraz : on empreinte le même chemin que pour faire le tour de cette montagne. On bifurque à droite, à mi-chemin.  La montée (l’inclinaison) est semblable aux courses de montagne que j’avais déjà fait. Pas de problème. Mais l’ascension est plus longue. Je suis contente d’arriver en haut pour la première fois. Par quel chemin redescendre ? La Croisette ? Trop raide ! Monnetier ? Je suis d’accord d’essayer. Je suis contente de l’avoir fait. Mais j’ai envie d’aller plus loin.

Autres séances d’entraînement. Deux semaines plus tard, il est temps d’affronter une différente montée : nous passons par Monnetier et redescendons par la Croisette. Juste pour voir de quoi ça à l’air. Pour tester. Pour progressivement augmenter la résistance à l’allée et la vitesse plus la technique des virages en descente. Ça, c’est fait. Je maîtrise de mieux en mieux mon trois-roues.

C’est sérieux !

Troisième fois. Il me fallait tenter le plus dur. Histoire de faire le point de mes capacités physiques. Mentales aussi. Dès la première fois, on m’en a largement félicité. Bien que d’autres cyclistes m’aient souvent parlé de ce « mur » depuis. Possible pour moi, avec mon handicap et mon poids lourd à la fois ? Ayant des difficultés de coordination, je ne devais surtout pas caler. Je devais garder le rythme dans les jambes autant que possible pour qu’elles continuent à fonctionner. Mon tricycle me permet de me rééquilibrer mais, paradoxalement, il ne penche pas. Compliqué sur des routes en devers ! Sans oublier le poids de 15 kilogrammes dans les jambes… Le double d’un vélo de course… C’est donc une double inégalité par rapport aux autres non ? Raison de plus de le faire, pour moi. Je me lance…

Le jour « J » ; l’instant « T »

Mon ami est venu me chercher. Pour m’assurer d’être suffisamment échauffée, j’ai déjà fait vingt minutes de « hometrainer ». Je prends une grande respiration. Le regarde. L’espoir me gagne. Départ de chez moi en direction de la douane de la Croix-de-Rozon où nous arrivons 15 minutes plus tard. Nous croisons la route principale française. L’ascension commence. Entre 5 et 6 pour cent. Les premiers kilomètres se passent bien. Arrivés au Coin, le défi commence vraiment. Devant plusieurs kilomètres à 12,5% de pente, je ne me demande plus si j’allais arriver ou non. J’y étais. Dans ma tête, c’était clair que j’allais le faire. Ne sachant pas à quoi m’attendre vraiment, je gère mon effort en me basant sur la puissance que j’étais capable de maintenir pendant une heure (200 watts). Régulière, ça grimpe. Les jambes sont là. Le dos, par contre, commence à tirer. Les tensions étant supportables, je me dis que je n’ai plus aucune échéance importante qui approche et que j’aurai ainsi le temps pour récupérer. Une bonne excuse pour tromper mon esprit et passer par-dessus cette gêne. Je savais identifier jusqu’à quel stade je pourrai la tolérer. Un peu plus tard, mon ami me lance : « tu arrives même à me parler, on dirait que tu l’as déjà fait » ! Non, je n’allais pas l’essayer en secret, sans lui.  Mon but n’était pas d’arriver « cramée ». Mais simplement d’arriver en haut. Chose faite ! Une explosion de joie en pensant déjà à la suite… Mais il était important de savourer l’instant. Grâce à beaucoup d’abnégation et un accompagnement hors pair, j’y suis arrivée ! Grimper ce mur me semblait impossible il y a peu. Et pourtant… Ne jamais dire jamais… #ToutEstPossible ! Une photo sur les réseaux sociaux. Nombreuses sont les félicitations. Cela m’encourage, me stimule, me donne envie de continuer l’aventure du cyclisme #Paris2024.

Apprendre d’hier, c’est réussir aujourd’hui

Pourquoi ? Et pourquoi pas ? Bosser, c’est la condition initiale pour connaître le succès. Pour savourer le plaisir d’en avoir. Pour créer une sorte d’addiction aux défis pour le vivre à nouveau. Mais il y a bien plus d’éléments.

Retenir les leçons

Après avoir évalué mon expérience d’athlète (lire le livre « Tout est possible, d’une situation à l’autre », Slatkine) puis avoir fait le bilan après ma carrière de sprinteuse, il a fallu me préoccuper des leçons à retenir. Ajoutées à quelques autres changements, elles sont en grande partie responsables de mes débuts fulgurants en para-cyclisme. Pourtant… La compétition n’a jamais été aussi simple. Aussi agréable. Mon objectif principal est d’éprouver du plaisir. Est-ce le secret ? En sport, on parle de « se faire plaisir ». Nuance ! J’ai décidé de lever le voile qui recouvre mon parcours en 5 points à la fois tous liés :

  1. Des qualités intrinsèques

Vous pouvez apprendre des gestes comme vos cours de math, à force de répétition. Toutefois, vous préférez les langues aux branches scientifiques comme c’est possible d’être plus doué pour la vitesse que l’endurance. Votre talent doit-il se révéler naturellement ? Les activités qui correspondent le plus à vos « talents innés » vous coûteront moins chers en énergie, en temps et potentiellement en argent. Elles sont accessibles plus rapidement et plus facilement. Cela rime avec plus d’instants dans lesquels on se sent bien. Donc avec plus de plaisir aussi. Pourquoi alors se rendre la vie plus difficile de ce qu’elle est ?

J’en suis à ma troisième carrière sportive. L’équitation m’a mise en contact avec le sport d’élite. J’avais du talent, mais mon adolescence était ma plus grande barrière ; je peinais parfois à rester focalisée sur mes priorités, bien que j’aie appris à gérer ma carrière de A à Z. Ne sachant pas courir au départ, l’athlétisme était compliqué jusqu’à l’arrivée mais m’a permis de me forger, de développer d’autres capacités, de m’adapter et de trouver des solutions lors de chaque défi. Bien que j’étais passionnée, j’ai fait face à des difficultés qui ont touché ma santé. En cyclisme, je peux m’exprimer (aller au bout de mes forces) tout en ayant le sentiment d’être moins limitée et plus rarement blessée. Bien qu’en sport d’élite, les blessures et les chutes font parties du jeu. Conclusion : mes premières carrières ont certainement contribué aux succès (et à tout le plaisir) que je connais aujourd’hui (double championne d’Europe sur route et victoire de la Coupe du monde 2022).

  1. Bilan entre risques et bénéfices

« Tu as une carte à jouer ». Lorsque l’entraîneur national me l’a dit, j’ai réfléchi. Différemment. Avant de me lancer. Pourquoi ne me suis-je jamais sentie en insécurité à vélo ? Mon handicap joue-t-il un rôle ? Les risques ? Je ne savais pas si j’avais une grande marge de progression à l’avenir dans cette discipline mais mes difficultés actuelles étaient minimisées (mon handicap se fait moins ressentir ce qui est plus agréable). Peu importe, en diminuant les difficultés au départ, l’écart avec les meilleurs est déjà réduit. La quantité de risques aussi. Mes difficultés d’équilibre et de coordination sont minimisées, ayant cinq points d’appuis (les mains, la selle, les pieds clipsées), je me sens plus en sécurité : un avantage important. Néanmoins, j’ai été confrontée à d’autres adversités que je n’avais pas envisagées. Un coup de chaleur m’obligeant à renoncer aux championnats du monde. Un plan d’action sera mis en place et ce risque est à l’avenir minimisé.

  1. L’expérience permet un recul important

Troisième carrière. Bien que reprendre le sport d’élite n’était pas dans mes plans, cette opportunité s’est profilée. Je ne regrette pas de l’avoir saisie. Loin de là ! Cela m’a permis d’être championne d’Europe en mai… Et d’être sélectionnée aux championnats du monde (du 11 au 14 août) ! Le premier secret est là : ayant l’expérience de deux carrières précédentes (équitation et athlétisme), ayant vécu des victoires, des difficultés, ayant dû reconnaître mes limites l’année passée (mettre fin à ma carrière de sprinteuse pour des raisons de santé), je n’ai plus envie d’être confronté à un stress permanent. Celui que mettent les Fédérations, la pression vis-à-vis des acteurs économiques, des succès attendus… celui que l’on ressent lorsqu’une autre personne aimerait décider pour moi (et mon coach personnel) ce qu’il faut faire. Tout cela, c’est du passé. Je sais ce qu’il faut pour y arriver. J’écoute tous les conseils, je les trie et je choisis ceux que j’applique : tout est entre mes mains et celles de mon coach. Pourtant, il faut jongler avec différents acteurs et décideurs. Autant m’appuyer sur mes expériences passées pour jongler avec les enjeux.

  1. L’entourage humain

C’est parti. Avec mon entourage. Ensemble. Seule, j’aurais perdu d’avance. Je dis ce que je fais, mais surtout, je fais ce que je dis. La confiance, probablement motivée par un mélange entre mon attitude, mon honnêteté, la reconnaissance que j’accorde et les chances de réussites, n’a qu’augmentée. La preuve ? Mon équipe médico-sportive, déjà sur pied, m’a suivi instantanément. Des sponsors aussi, un mélange d’anciens et de nouveaux. Néanmoins, lors de mes carrières passées, c’était différent. Moins accessible pour moi ? Moins de visibilité ? Moins de cohérence dans mon environnement ? Lequel ? Avant, j’ai vécu le divorce compliqué de mes parents, l’accident de ma maman… J’évolue actuellement dans un environnement sain et compétent. L’impact est grand.

  1. Projets

Passionnée par la vie tout court, il est impératif de mettre des priorités. Sport en premier. Le reste après. Je décide moi-même de ma destinée. Pour cela, l’équilibre de vie est primordial. Celui entre entraînement, nutrition et repos. Mais aussi entre sport et autres activités. Le tout doit être balancé avec la vie sociale, notamment (je n’en parle pas dans ma situation, mais ce paramètre doit être prit en considération). Aujourd’hui, plus personne ne peut décider ce que je vais faire ou non. Je gère ma carrière moi-même. Mes investisseurs (les sponsors). La communication. Tout. Ayant ces compétences, les ayant aussi vécues auprès de ceux qui m’ont aidé par le passé et appréciant ces tâches, cela me permet d’agir, de trier mes activités, de faire face aux enjeux et de les comprendre. Exemple. J’ai décidé de poursuivre ma passion d’aider les autres, ma mission d’œuvrer pour les autres, en m’engageant en politique. Risque pris, risque assumé : je me dois d’être transparente sur cet enjeu dès le premier rendez-vous (possible impact pour un potentiel sponsor). Si le partenaire concerné veut me soutenir et n’est pas d’accord sur cet engagement, plusieurs possibilités s’offrent à nous : soit il renonce au soutien (démarche maladroite), soit je renonce à la politique (à contre-cœur donc mauvais pour mon moral), soit nous cherchons une solution ensemble (la meilleure option !) Mais il n’a pas été décidé pour moi ce que je dois faire ou pas. J’ai pu faire des choix et nous avons trouvé un terrain d’entente pour que je puisse accomplir ce qui me fait vibrer. Et avancer.

L’avenir, c’est le plaisir

Tous les éléments semblent alignés pour performer. Ou presque, devant contrôler ma volonté, ne devant pas dépasser ma sécurité. Lorsque la pression prend le dessus, il est nécessaire de me rappeler « pourquoi » j’ai commencé le cyclisme : pour avoir du plaisir ! L’équilibre d’aujourd’hui n’étant pas forcément identique à celui de demain, il faut rester prêt à s’adapter en permanence aux changements que son environnement impose. A se remettre en question lorsqu’ils surviennent. A en tirer des leçons et les mettre en application dans tous les domaines, comme je l’expliquais au début de cet article. Ecouter et suivre ses envies est important aussi. Cela demande parfois à trouver des compromis. Tout ça, pour continuer sereinement. Dès que vous l’avez compris, vous pouvez sourire à la vie.

Photo: Antonio Gambuzza

Réussir: oui, mais pourquoi?

Volontairement, je ne parle pas de « comment » gagner. Ni de la volonté de gagner. C’est plus profond. Qu’est-ce qui fait la différence entre celui qui accumule les titres et le sportif amateur ? Dans l’entreprise, ce sera assimilé aux collaborateurs et à celui qui fait la différence, qui fait du chiffre, au leader.

La focale au bon endroit

Le sportif amateur est centré sur son résultat, sur son chrono, sur le nombre de personnes vaincues sans oublier le plaisir qu’il prendra lors d’une course. On le voit par leurs réseaux sociaux : cela leur permet de se démarquer socialement, qu’on veuille l’entendre ou non ; il est toujours bon de recevoir des félicitations ou de se sentir soutenu.

Paradoxalement, le sportif d’élite (c’est mon cas) a d’autres priorités que bien performer ou non, bien que les enjeux soient parfois grands (financièrement – primes, économiquement – sponsors, socialement – implication de son équipe sportive, psychologiquement – les émotions et sportivement – critères de sélection, entre autres). Je ne nie pas les bénéfices du sportif amateur ; cela n’est qu’amplifié dans ma situation. Or, l’essentiel n’est pas là : pour performer, cela ne suffit pas. Loin de là ! Avez-vous déjà connu quelqu’un qui, en entreprise, fait exploser les ventes, alors que le produit qu’il propose ne fait pas – ou peu – de sens pour lui ? Bonne chance ! En sport, c’est pareil. Être passionné est indispensable, mais ne suffit pas. Certes : c’est le premier prérequis. Vivre sa discipline le jour, la nuit, la respirer, sur le terrain, pendant les exercices, la dévorer, dans l’assiette, mais aussi chaque élément qui la concerne.

L’état d’esprit gagnant

Pourquoi l’entreprise sollicite-t-elle des sportifs ? Parce que nous avons des capacités de gestion, de planification, une pensée stratégique dépendant de notre discipline, une assiduité et une discipline d’enfer. En plus de tout cela, nous avons appris à gérer la pression, plein d’enjeux de domaines variés, la pression, à parler aux médias lors de victoires mais aussi de déceptions, à gérer la frustration. Toutes ces qualités tant recherchées.

Evoquant souvent ces sujets lors de mes conférences en entreprises, je remarque qu’elles pourraient augmenter davantage leurs chiffres grâce à la perspective d’évolution mentale des collaborateurs. Pourquoi l’intérêt n’est-il pas encore affirmé ? La psychologie du sport tout comme la préparation mentale doivent encore plus être démystifiée. On le sait : on attend le moment d’être confronté à une problématique pour y recourir. Par un suivi régulier, l’équilibre est plus facile à maintenir et une difficulté plus facile à surmonter.

L’équipe : mes résultats leurs appartiennent

Être bien dans sa peau permet de le rayonner auprès d’autres. C’est aussi un prérequis pour être un meneur, un « leader » comme on le dit en anglais. Il est préoccupé de prendre soin des autres (« care »). Puis, de les défier (« dare »). En commençant par sortir soi-même de sa zone de confort.

Tout sportif aimerait être suivi. Être intéressant pour un sponsor peut aussi signifier avoir une certaine notoriété. L’apprentissage des trois éléments cités ci-dessus lui est indispensable (ce qu’il pourra apporter à l’entreprise le jour de sa reconversion).

A ce stade, une équipe pourra être menée. La mienne est composées de nombreuses personnes et de fonctions différentes, des spécialistes médico-sportifs aux sponsors. Tous jouent un rôle important ! Voir décisif. Une reconnaissance largement méritée. Grâce à leur engagement, ma réussite (la pointe de l’iceberg) est leur succès, étant aux sources du projet. Une récompense pour chacun d’eux.

En partant de soi vers les autres, je tenais à partager ces quelques éléments que l’on pourrait approfondir davantage. La prochaine interrogation : pourquoi est-ce que je parviens, pour la première fois de ma carrière, à décrocher des titres internationaux dont j’ai toujours – ou justement pas – rêvé ?

 

Plus d’informations: mon livre “Tout est possible, d’une situation à l’autre”, éditions Slatkine

Photo: Journée des entreprises 2021, Plan-les-Ouates

Une autre chance, oui, mais pourquoi pas 

“C’est reparti pour un tour”, comme l’a évoqué Léman Bleu. Connotation négative ? Pourquoi encore croire en moi ? Comment considérer l’échec ? Ne faut-il pas mieux retirer une leçon de chaque expérience pour mieux rebondir ?

Reprendre la compétition n’était pas dans mes plans. Un tour de plus ? Après l’équitation et l’athlétisme, c’est en cyclisme que je m’épanouis.

Pourquoi un troisième sport ? Et pourquoi pas…

Jamais deux sans trois, dit-on. Retirer de chaque situation passée un apprentissage permet de s’adapter et implique parfois de devoir changer. La vie est remplie d’opportunités. Étant prête à en embrasser (une), elles se sont présentées. Certaines peuvent être saisies. D’autres doivent être laissées passées. A vous de choisir !

Mais avant cela, il faut les susciter : nos actions et les graines semées par le passé, parfois durant des années, fleurissent tôt ou tard. Il vaut mieux être prêt à les apercevoir.

Le sens de la (ma) vie

Qu’est-ce que j’aime le plus ? Aider. Comment la rendre utile et la cultiver ? Par l’exemplarité. Inspirer. Œuvrer pour la société. Par quels moyens ? Le sport, les conférences, l’écriture, les associations, la politique. Mes activités s’imbriquent les unes dans les autres.

Le cyclisme me permet de me sentir (plus) en sécurité (mon trois-roues est plus large et adapté à mon handicap) et ma relation au risque a évolué : bien que l’incident reste imprévisible peu importe le contexte et l’instant, j’ai conscience des conséquences possiblement irréversibles. Mais je n’ai surtout pas envie de finir ma vie sans m’être épanouie.

Une quête permanente de la perfection ?

On me pose parfois la question. Tout est possible, dans un sens comme dans l’autre : cette philosophie est applicable dans tous les domaines et je l’explique davantage dans mon dernier ouvrage. Sans même viser l’excellence, mon instinct m’y guide. La survie ayant longtemps été mon quotidien, chaque avancée m’a permis d’être plus motivée, d’être créative et de trouver des solutions. J’en ai été félicité. Situation agréable. Pourquoi m’arrêter? Riche d’un passé lourd, j’ai du plaisir à repousser “des” limites sans franchir les miennes. L’adversité signifie-t-elle que nous y sommes arrivés ? Pour moi, la limite est la santé physique, bien-sûr, qu’il faut écouter, mais aussi mentale, pour éviter de sombrer et surtout, pour être heureuse. N’est-ce pas de la performance ? En soi ?

La suite des événements

J’ai une chance inouïe de concourir à nouveau. La face cachée de ma vie publique est composée de nombreux éléments que j’ai décris dans mon dernier livre (Tout est possible, d’une situation à l’autre, Slatkine) : tout ça me permet, aujourd’hui, d’être, pour la première fois de ma vie, à la tête du classement de la Coupe du Monde de para-cyclisme (2022) ! Cette place, je la défendrai au cet été !

Plus de liberté et d’autonomie, ça vous dit ?

En situation de handicap, âgé ou blessé, on est dépendant de quelqu’un d’autre, d’une canne ou d’une chaise roulante. Notre « mobilité » au sens large est remise en question. Comment notre liberté peut-elle être donc être assurée ? Celle-ci est un droit fondamental. Selon ma conception, chacun d’entre nous doit avoir la possibilité d’accéder facilement aux mêmes informations, notamment aux prestations de l’Etat et aux moultes initiatives privées, soit celles des associations. Mais comment les connaître sans l’avoir appris, avec un peu de chance, par son propre réseau ? Combler ces failles auxquelles les personnes susmentionnées sont exposées semble une évidence.

Problématique affirmée

Moi-même en situation de handicap, je rumine tout le temps pour trouver des solutions. Les idées provenant des discussions avec les autres et de mes propres expériences. Exemple : les toilettes (publiques) handicapées. Imaginez que cela m’a pris 12 ans pour savoir comment y accéder ! La problématique est la même dans tous les domaines et pour tous. De plus, “nous” avons tous des renseignements différents. Le bonus : on se complète ! Mais pas tout le monde peut prétendre accéder à des prestations par ce biais, évidemment !

Les statistiques démontrent qu’une grande partie de la population pourrait avoir l’utilité de la création d’un « guichet de l’autonomie » (1,7 millions de personnes en situation de handicap vivent en Suisse, soit presque un cinquième de la population ; 14’000 rentiers AI et 83’000 rentes AVS).

L’histoire récente à Genève

Un plan stratégique cantonal du handicap à 2030 a été lancé par le biais de consultations en 2021 et je n’ai aucun doute sur le travail acharné que cela représente pour le Département de la Cohésion Sociale.

La vision d’une meilleure inclusion est claire. Logiquement, l’on réalise la stratégie ensuite. Jusque-là, tout va bien. Lorsqu’on se penche sur les questions d’accessibilité, on n’est pas bon. Si un « guichet de l’autonomie » facilitant l’accès aux informations est créé, c’est une opportunité de rapidement améliorer la qualité de vie de nos concitoyens, en les orientant vers les services appropriés et en soutenant leur autonomie, en plus du Bureau d’information Social et des Centres d’actions sociales existantes dans des Communes. Espérons que ces dernières collaboreront toutes !

Pourquoi la motion ?

Après avoir discuté avec de nombreuses personnes et associations, cette opération semble appropriée et répond aux attentes : plusieurs représentants d’associations l’ont évoqué lors des consultations mentionnées précédemment. N’y a-t-il pas urgence de mettre en œuvre certaines actions dans l’attente de la mise en œuvre de ce plan stratégique ? Oui. Mais par où commencer ? L’idée est d’implémenter un service qui servira de socle solide pour les futurs développements.  Les choses doivent être exécutées dans le bon ordre afin de maximiser leur efficacité. Un bon référencement et ainsi mieux transférer les connaissances participera également à mettre en avant les prestations des associations qui font un travail d’enfer ! Cette motion permet de gagner passablement de temps en proposant des idées liées (et discutées) avec la Maison de l’autonomie.

Possibles voies de développements

Cela permettrait, évidemment, d’inclure toute évolution des prestations et des activités des associations. Mais pas seulement. L’offre ne rejoint pas toujours la demande en matière d’immobilier, entre autres. Ce guichet pourrait permettre de centraliser les habitations « adaptées » dans le Canton. Les personnes demandeuses sauront où chercher l’information. Les régies (et les Communes dans certains cas) auront plus de facilité à attribuer ces logements. Le défi à relever est là : la communication du Canton et des Communes ainsi que les secteurs privé (les associations et les entreprises) et public (l’Etat).

Imaginons une avancée considérable en termes d’emploi : si les entreprises étaient amenées à créer des postes pour des personnes concernées par cette motion, l’annonce de ces postes à travers un organisme unique faciliterait la tâche des entreprises à trouver des candidats (si ce n’est pas le cas, pourquoi est-ce qu’elles feraient des efforts ?)

Le social au PLR, est-ce une blague ?

Avoir une fibre sociale, ne signifie pas le fait d’être socialiste, comme le fait d’être libéral ne prédit pas un manque d’affinité sociale. Pourquoi est-ce que les thématiques sont liées à des étiquettes politiques et donc à des valeurs ? J’estime que ces dernières déterminent une vision, applicable dans tous les domaines.

Chaque parti peut (et devrait même) se pencher sur tous les domaines de la société. Considérant le nombre de personnes de tous les horizons, il est temps d’ouvrir le débat et d’interagir, tous ensemble, pour la meilleure qualité de vie possible des citoyens de notre Canton. Utopie ?

Ma vision est claire : rendre les citoyens les plus autonomes possibles ! Aider si le besoin est avéré ? Oui. Accompagner vers l’amélioration de la situation de chacun ? Oui. Pousser les citoyens à se réaliser ? Oui. Ma vision, idéalisée ici, permettrait, au plus de personnes possibles, de s’accomplir.

Ceci peut avoir un coût qui doit être analysé avec attention. Une stratégie de bonne facture permettra aux individus qui rencontrent des difficultés de gagner en autonomie et de rester indépendants, engendrant des économies.

La leçon

En cherchant les moyens qui demandent parfois beaucoup d’efforts, mon initiative démontre que l’on peut avoir un impact à tous les niveaux. Ceci est un encouragement de s’investir pour notre société. L’avantage du militantisme pour une cause est de bien connaître le terrain et d’avoir de nombreuses expériences : on est légitime ! Dès lors, partager ses idées et créer des liens est indispensable pour les faire fleurir. Persévérez !

Je remercie Monsieur Pierre Nicollier, député PLR (qui a déposé la motion 2813 le 10 janvier au Grand Conseil à Genève), pour notre collaboration et pour sa confiance.

 

Références :

Personnes handicapées | Office fédéral de la statistique (admin.ch)

RS 0.109 – Convention du 13 décembre 2006 relative aux droits des personnes handicapées (admin.ch)