Performer une fois n’est pas assez…

…Mettre toutes les chances de son côté non plus. Est-ce qu’atteindre les résultats demandés signifie que le tour est joué ? Dans le monde d’aujourd’hui, il se trouve que gagner ne permet pas d’y arriver. Notre société exige souvent la perfection et la possibilité de contourner le chemin n’est donc pas toujours une option. Je me demandais pourquoi, bien qu’ayant été blessée un certain temps, la Fédération ne m’a pas sélectionnée pour les Mondiaux paralympiques à Dubai (novembre 2019) alors que j’avais atteint les « minima B » ?

 

Aucune chance de plus

Malgré avoir réussi ces « minimum requis », que signifient-t-ils dans la réalité ? Me restant suffisamment de temps pour récupérer (deux mois après la sélection officielle de septembre), n’auraient-ils pas pu prendre une décision ultérieurement ? Réévaluer ma forme et ma santé leur aurait permis de faire un choix objectif concernant ma participation. Pourtant, nous (mon coach et moi) gardions espoir, pensions que, sauf imprévu, tout était encore possible.

La décision de la Fédération est décevante. Frustrante. C’est mon ressenti. Ce n’est pas le fait de ne pas avoir été sélectionnée, mais bien parce que la commission de sélection n’a pas pu clairement se justifier. Si l’état de ma cheville ne s’était pas suffisamment améliorée un mois plus tard, j’aurais évidemment accepté cette situation. Dans ces conditions, j’aurais préféré que la Fédération me dise qu’elle voulait me préserver pour l’échéance clé (les Jeux paralympiques de Tokyo 2020). Certes, la décision est tombée et je ne peux pas la changer. Je dois l’accepter. Point. Pour continuer à avancer.

Cette expérience reflète une réalité

La concurrence devenant de plus en plus rude, on ne peut plus jamais se reposer sur ses acquis. Et ça, c’est plus ou moins pareil dans tous les domaines de la vie ! Dans mon cas, bien qu’ayant obtenu d’excellents résultats, il faut à chaque fois les confirmer. La perfection est demandée et l’embûche n’est pas tolérée. Malgré que j’aie continué à m’entraîner tout l’été alors que j’étais blessée (entraînements adaptés), cet investissement supplémentaire n’a pas été considéré à sa juste valeur. J’avais donc tout entrepris pour maintenir ma forme dans l’idée de renouer rapidement avec la compétition. Je ne devais pas me trouver d’excuses, je devais gagner pour y aller !

En plus, le choix du sport athlétique et paralympique suisse est utopique ! Il n’y a pas beaucoup d’athlètes. L’organisation faîtière aimerait inciter plus de personnes en situation de handicap à pratiquer l’une de leurs activités. En même temps, pour le développement du sport handicap, la Suisse doit être représentée aux compétitions majeures. Hélas, notre participation reste aujourd’hui limitée ! Avec un modeste soutien, comment peut-on espérer évoluer ? Cherchez l’erreur ! Malgré que je ne connaisse pas les enjeux majeurs, des solutions devront être trouvées afin de développer le sport handicap ! L’engouement doit se faire et les personnes en situation de handicap doivent elles-mêmes être inspirées et motivées en regardant les athlètes paralympiques se dépasser !

Comment accepter la décision et rester motivée ?

Avant de pleinement reprendre l’entraînement, je devais me débarrasser complètement de toute émotion pouvant freiner ma progression ; surtout retrouver ma volonté de me battre et d’avancer. Il m’a fallu quelques semaines pour digérer cette décision de non-sélection. Mais comment ?

  • Rédiger une lettre à l’entraîneur national ce qui m’a permis d’exprimer mon désaccord.
  • Me rappeler mon objectif ultime (sa réalisation) : le choix de l’opération de ma cheville avait pour but de performer à Tokyo en 2020.
  • Me rattacher à mes valeurs – la détermination et la persévérance – ainsi qu’à ma passion (ça montre que le dépassement de soi peut être dur et magnifique à la fois !)
  • Être entourée par mes proches et les personnes qui croient en moi et me soutiennent. Ils me suivront et me soutiendront tant que je me donne à fond.
  • Informer mon équipe proche (médico-sportive notamment) et lui transmettre ma niac de continuer. J’ai été rassurée, ces personnes ne m’ont pas abandonnée !
  • Pour « mettre de côté » émotionnellement cette décision (même si ma réaction n’était pas la bonne), j’ai essayé de ne pas y penser. Afin de minimiser la difficulté, j’ai multiplié les activités. Jusqu’à « craquer », ce qui m’a finalement bien soulagée ! De plus, il m’a fallu me dépasser afin de me soulager mentalement: j’ai sprinté au départ d’une course (les 20km de Genève by Genève Aéroport). Même si ça s’est bien passé et que je pensais l’avoir bien calculé, le risque était trop élevé d’abîmer mon pied… La prochaine fois, je trouverai une meilleure idée!
  • L’expérience positive de porter la flamme olympique des Jeux Olympiques de la Jeunesse Lausanne 2020 lors de la cérémonie à Genève a permis de retrouver les vibrations intérieures de mon rêve paralympique.
  • Faire à nouveau les mêmes séances d’entraînement qu’avant m’a rassuré: d’une certaine manière, elles m’ont rapproché de mon objectif et m’ont montré que tout était encore possible.
  • L’apprentissage de cette situation m’a finalement permis de me réorienter, de mettre des priorités et de me concentrer sur la qualité plutôt que la quantité. Cette leçon, je vais pouvoir la travailler et en profiter plus tard… A moi de jouer !

Comment continuer à promouvoir son activité et pousser à la développer ?

 Le sport handicap se développe de jour en jour. Le niveau international augmente et la concurrence devient de plus en plus rude. Si la Suisse veut être compétitive à tous les niveaux, elle se doit d’encourager les personnes en situation de handicap à la pratique d’une activité sportive. Le “para” doit tant être soutenu par des actions individuelles (envers les athlètes) que collectives (envers le sport handicap) pour maximiser son développement. De plus, il est impératif de faire véhiculer les forces des athlètes, d’insister sur le fait que leurs difficultés, liées au handicap, peuvent se transformer en opportunités ; pour eux et pour les autres. Tout le monde a quelque chose à y gagner ! 

Photo: Jess Hoffman

Je vous demande pardon…

…L’autre jour, je suis montée dans un tram. On m’a ignorée. Comme si je me déplaçais facilement avec des cannes. En plus, il y avait beaucoup de monde et il faisait chaud. Comme moi, chacun rêvait de s’asseoir. Mais, en ce qui me concerne, au risque de tomber, je ne pouvais pas rester debout longtemps. La situation aurait été quasi impossible si cela était à une heure de pointe.

 

Handicapée, même si cela ne se voit pas, mon équilibre est limité, bien que je n’utilise pas de fauteuil roulant. En voyant ma démarche quelque peu hésitante, on pourrait croire que je ne me sens pas très bien ou que j’ai bu un verre de trop. Dans la rue, la perception des personnes dépend fortement de leur sensibilité. Quel qu’en soit la manière, le respect envers chaque situation ne doit pas être une option.

 

Leçon 1 : L’égalité ne doit pas être oubliée

 

Lorsque je demande une place assisse ou simplement de passer, on ne me l’accorde pas toujours. Utopiquement, je devrais être en pleine forme, étant donné que je porte souvent une tenue de sport. Faut-il encore préciser qu’il est possible d’être déséquilibré dans ses mouvements et musclé à la fois ? Comme le veut le principe d’égalité défendu à travers notre société, le métier de sportif d’élite peut être pratiqué que vous soyez un résidant, un étranger ou une personne avec une singularité. Pourtant, il reste encore beaucoup de travail à effectuer si on veut parvenir à une situation qui tend vraiment vers l’inclusion.

 

Est-ce que l’on banalise les véritables difficultés dans ce monde où toutes les idées sont idéalisées ? Aimerait-on ignorer ou même s’aveugler des particularités de chacun, malgré qu’elles paraissent une minorité ?

 

Peu importe le jour ou la météo, il m’arrive de devoir me justifier. Dans ce cas, on ne me croit pas toujours. Les nombreux regards inquiétants sont déjà suffisamment alourdissant, comme si le fait d’être ignorée pouvait encore s’ajouter à mes difficultés. Patiemment, ma mission est de sensibiliser les passants aux handicaps invisibles. N’en avaient-ils pas conscience ou sous-estimaient-ils leur importance ? S’ils n’avaient jusque-là pas approché des personnes en situation de handicap, c’était leur chance de franchir le cap !

 

Leçon 2 : Approchez les personnes sans être gêné

 

N’avez-vous jamais osé aller vers les personnes qui vous semblent « différentes » ? Les avez-vous parfois ignorées ou hésité à les regarder, ayant peur de les déranger ? Grâce à un simple geste à leur égard, à votre écoute, vous aurez banni un apriori : en vous ouvrant à eux, vous les comprendrez mieux et vous aurez gagné une dose d’humanité.

 

Avoir une jambe cassée est synonyme de visibilité 

 

Étant blessée (en plus d’être handicapée), j’étais curieuse d’analyser comment mes béquilles et ma « botte de ski » allaient être interprétées. Le regard d’autrui aura-t-il changé ? Je voulais consciemment évaluer ces deux situations opposées, bien que je ne puisse pas vraiment les dissocier, vivant les deux simultanément. La différence est que le handicap fait partie de soi et qu’une blessure se soigne et disparaîtra.

Après mon dernier accident, j’ai pu à nouveau monter dans un tram. C’était au terminus. Il y avait des sièges libres. Je m’assieds près de la sortie. Le tram s’est rempli et les gens ont sans doute vu ma jambe bien « emballée ». Ils ne m’ont pas demandé de bouger. J’ai même pu laisser mon sac à côté de moi. Le luxe d’occuper deux sièges m’était parfois même accordé dans les moments les plus fréquentés, même si je ne les utilisais pas. Pour moi, il était évident de ne prendre qu’une place et de veiller à ce que mes affaires ne gênent personne. Par respect.

Un peu plus tard, j’ai vécu une situation contradictoire, à nouveau dans un tram, à la gare. En fin d’après-midi, je ne vous dis pas, il y avait du monde. J’ai cherché une place proche de la porte d’entrée. Personne ne s’est levé. Les portes se sont fermées rapidement et « l’engin » a démarré aussitôt. Au premier virage, j’ai perdu l’équilibre, sauté sur un pied afin de ne pas percuter ma jambe lésée. Les passagers ne pouvaient-ils pas voir l’impossibilité que j’avais de me déplacer ? Ne pouvaient-ils pas simplement me laisser passer ?

J’en ai conclu que les gens étaient d’accord de s’adapter à une situation (je suis déjà dans le tram quand ils arrivent) mais qu’ils ne sont pas prêts à se déplacer (ils sont dans le tram quand j’arrive), donc à faire un effort, même pour aider.

Ma santé s’étant améliorée, j’ai pu ensuite n’utiliser qu’une seule béquille. Les gens qui l’ont vue ne m’ont jamais demandé de me lever. Finalement, la canne me protégeait encore : la réaction des passants demeurait quasiment inchangée.

Débarrassée de mes aides auxiliaires, étais-je pour autant totalement guérie ? Progressant de plus belle, je ne portais plus qu’une petite attèle. Malgré cet équipement, qui me donnait encore un peu de légitimité, j’éprouvais des difficultés à me déplacer, s’ajoutant aux enjeux liés à mon équilibre, à la coordination et à ma vision, ayant été cérébrolésée.

 

Leçon 3 : Ne vous faites pas d’apriori, vous risquez d’être surpris !

 

Promouvoir l’inclusion, être approché et traité de la même manière doit être votre priorité. Les particularités de chacun permettent à d’autres de s’en inspirer. Mais attendez, vous plaignez-vous encore alors que vous êtes en bonne santé ! Regardez, suis-je si limitée alors que je porte l’étiquette, comme vous pouvez le penser, de diminuée ? Regardez les personnes en situation de handicap gagner et vous serez bluffés par leurs capacités !

 

Les deux mots soulignés sont le « respect » est la « priorité ». Tout le monde a le doit, simultanément, de les incarner et d’en profiter. Nous avons tous quelque chose à y gagner !

Cet article reflète une expérience personnelle telle que je l’ai vécue. Son seul but est d’inviter les lecteurs à la réflexion et de favoriser l’inclusion, c’est-à-dire, selon le Larousse, « l’action d’inclure quelque chose dans un tout, un ensemble », ce qui devrait être appliqué uniformément à la population, tant par les moyens matériels (l’accessibilité notamment) qu’humains (l’approche).

 

Photo: Jess Hoffman

L’athlète est gourmand : il sera de retour rapidement !

Comment revenir au plus haut niveau ?

Quand on parle de « retour à la compétition », cela sous-entend que le sportif a été blessé. Les professionnels de la santé s’intéressent à ce phénomène. La médecine du sport comprend de nos jours l’environnement global d’un athlète. Son « come-back », quel que soit la raison de sa coupure, comprend également d’autres aspects importants : le mental et l’apprentissage de l’expérience vécue, notamment.

De l’équipe nationale junior à l’équipe paralympique suisse, de l’équitation à l’athlétisme, je suis parvenue à chaque fois à retrouver la compétition, sans compter les blessures qui surviennent que vous soyez un athlète professionnel ou un sportif amateur…

Dans ma situation, j’en ai vécu quatre différentes. Les trois dernières ont fait appel à un « retour à la compétition »:

  1. Première carrière en équitation en junior. L’évolution espérée fut réalisée
  2. Seconde carrière en équitation « handisport ou para », après une chute, un changement radical et imprévu.
  3. Troisième carrière en athlétisme cette fois, à la suite de mon choix personnel s’agissant de ma reconversion
  4. Retrait temporaire de la compétition pour cause de blessure

Après chacune de trois dernières phases, on retrouve des périodes de transition, une envie consistant à revenir plus fort et à battre son propre record. Cet article a pour but de partager ce qui m’a aidé, d’évoquer les opportunités que j’ai eues afin d’évoluer et de mettre en place des structures pour relever ces défis.

Finalement, si je peux me permettre de l’évoquer, dépasser une blessure, faire le bilan et en retirer une leçon, qui est une question de volonté et de détermination. Vous n’êtes pas d’accord ? Alors retournez alors la question. Sans ses qualités-là, aurais-je pu y arriver ? L’aptitude à transformer la difficulté en opportunité est étroitement liée à l’état d’esprit.

 

« C’est dommage : je sais aujourd’hui que ce n’est pas la clef qui allait me permettre de gagner… »

En junior, de 12 à 17ans, j’évoluais déjà dans les pas des grands. Accompagnée par mes parents et en tant qu’enfant, mon activité était financée grâce à leur bonne volonté. Bien souvent, c’est la chose la plus compliquée. Ayant cette chance, ils me donnaient la possibilité à poursuivre mon rêve : ado, je me voyais déjà aux JO !

Dès mon plus jeune âge, j’ai appris à être disciplinée et organisée. Afin de persévérer, j’avais un côté égoïste : je ne m’intéressais pas beaucoup aux discussions de mode et de sacs de mes camarades. J’étais focalisée sur ce que je voulais : réussir. Ma première expérience du haut niveau m’a montré que je devais travailler si je voulais un jour espérer y arriver.

Toutefois, ayant des facilités à apprendre et à assimiler, j’optais pour ce qui était le plus agréable. Jamais je n’aurais affronté la difficulté si ce n’était pas demandé ! Mes choix reflétaient ma personnalité : j’étais têtue. Par exemple, dès que l’on me proposait de l’aide, je n’hésitais jamais à l’accepter, même si je n’en avais pas besoin. Grâce à (ou à cause de) mon éventuel talent, étant perfectionniste, il m’arrivait souvent de ne pas être contente d’une bonne performance. Ce n’était jamais assez ! En réalité, je n’étais pas prête à faire plus d’efforts.

C’est complètement utopique : c’est comme espérer beaucoup recevoir et peu donner ! A cet âge-là (16 ans), je ne réalisais pas que cela allait être un frein. Dans des championnats, mes performances n’étaient alors pas toujours là et il ne fallait surtout pas que je me demande pourquoi !

Aujourd’hui, je peux dire que cette période de ma vie m’a appris à goûter à la difficulté, bien que je n’étais pas prête à l’affronter. J’étais très forte afin d’optimiser la quantité d’efforts pour obtenir un résultat donné. Une partie de moi n’y adhérait donc pas et il aura fallu que touche le fond pour que, plus tard, je me surpasse.

 

Le drame a véritablement allumé la flamme

C’est l’accident. Peu importe sa nature, il laisse des traces. Il ne faut surtout pas le mettre de côté et tenter d’éliminer sa douleur avant de l’avoir acceptée. C’est ce qui différencie souvent le sportif amateur du sportif d’élite. L’un arrêtera et l’autre persévèrera.

J’ai suffisamment évoqué mon accident et toutes les étapes désagréables qui ont suivies. Cependant, c’est grâce au handicap que j’ai appris à me battre, à ne jamais lâcher (au risque de chuter à nouveau) et à me sortir d’une situation que je devais impérativement améliorer !

Étant « différente », j’étais confrontée à la personne que j’étais avant. A travers de nombreuses situations de la vie quotidienne, j’ai dû trouver des solutions. J’ai appris à faire les choses différemment, à m’entraîner en m’adaptant à mes difficultés, à trouver des gestes destinés à compenser ce que je ne pouvais plus réaliser. Ainsi, j’ai développé la capacité de mieux gérer une situation donnée, même si cela a toujours été l’une de mes plus grandes difficultés.

En plus de travailler sans jamais m’arrêter, j’ai bénéficié d’un grand soutien. Je n’avais pas encore réalisé que la volonté des personnes m’accompagnant dépendait de la mienne : en montrant une motivation à toute épreuve, elles ont adhéré à mon parcours de vie et se sont senties inspirées. Le cercle vertueux était ainsi créé.

 

Plus d’argent !

Tout au long de sa vie, chacun expérimente plusieurs défis. Pour moi, un seul n’a pas suffi ! Aidée par mes parents jusqu’à présent, je me suis soudainement retrouvée seule à cause d’un événement marquant : leur divorce. N’ayant plus d’argent, cette situation m’a poussé à devoir développer la capacité à trouver des solutions pour que ma carrière soit financée. Tout ce dont je bénéficiais était l’environnement cohérant dans lequel j’évoluais. Réseauter était alors la clef ! Bien entendu, il faut préciser que j’aime aider ! Je contribue à des projets bénévolement, sans attentes ni espoirs. En mettant toutes les chances de mon côté, je savais où je voulais aller.

Les bonnes nouvelles sont arrivées mais il m’a fallu un certain temps avant de les recevoir. Cela m’a poussé à continuer, à aider, tout en travaillant durement pour gagner ! Cela demande une bonne organisation qui m’a permis aussi de pouvoir gérer ma carrière et de m’occuper de tous les aspects qui y sont liés. Imaginez alors combien je me suis développée !

Pendant tout ce temps, ayant participé à de nombreuses compétitions et sélectionnée à plusieurs championnats, j’ai ensuite réalisé mon rêve d’enfant, certes différemment : les Jeux paralympiques de Rio 2016.

 

En résumé, le mental est la clef

Tout est possible. Vraiment ? Le mental peut être fatal : après les différentes expériences que j’ai vécues, certains ne me croyaient toujours pas capable ; d’autres préférant dire que j’ai toujours de la chance. Certes, je voulais prouver que l’on est maître de soi et de la direction empruntée. J’ai décidé de changer radicalement, passant de l’équitation à l’athlétisme.

Je n’arrivais pas encore à courir et mes capacités physiques étaient limitées. Comment oser changer ? En équitation, avoir beaucoup d’argent devenait trop important. Cela ne faisait pas partie de ma philosophie de vie… Je sus alors pourquoi j’avais fait ce choix : je voulais abolir les limites que les autres personnes m’imposaient.

J’étais consciente que je ne pourrai pas réussir seule ; je devais commencer à bien m’entourer. Changer d’environnement est synonyme de renouvellement. J’ai d’abord axé mes efforts sur la construction d’une équipe performante (l’entraîneur et l’encadrement médico-sportif étaient ma priorité, voire même une sécurité).

Je peux dire que ma force est d’être passionnée par mes activités et, en plus, les croyances que j’ai développées sont mes plus grands alliés. En considérant le défi comme meilleur ami, il y a toujours une opportunité dans la difficulté : ensemble tout est possible en travaillant pour performer. Être accrochée à mes valeurs m’a permis de surmonter mes peurs, de me remettre en question constamment et de travailler sur mes pensées ce qui m’a aidé à ne jamais lâcher.

Aujourd’hui, en démontrant sans relâchement mon envie de gagner, en mettant toutes les chances de mon côté, je suis enfin arrivée à ce que j’ai toujours souhaité : être une athlète professionnelle, même si j’ai encore beaucoup à améliorer.

 

Des difficultés tout au long du chemin emprunté

La blessure n’arrive jamais par hasard. Toutefois, il faut apprendre à apprivoiser son environnement, sachant qu’il n’est jamais facile de le maîtriser totalement. J’ai appris à tirer une leçon de chaque adversité et à l’appliquer sur ce qui pourrait advenir.

Je n’ai pas eu peur quand je me suis blessée dernièrement (voir l’article précédent). Pourtant, j’avais tout pour me mettre de la pression (sponsors, enjeux, fédérations…) Mais je savais que je reviendrai plus forte ! Je savais aussi que j’avais acquis les facultés qui me permettaient de croire en mes capacités. La clef ? C’était d’en tirer profit, d’optimiser les possibilités, de maximiser la positivé et même de susciter d’éventuelles opportunités. Cela m’a permis d’avancer et de continuer à évoluer en toute confiance.

 

« Le passé m’aide à surmonter le présent et à envisager le futur sereinement ».

 

Photo: Daniel Mitchell

Aide à la rédaction: Jacques Wulleschleger

Être momentanément paralysé pour apprendre et expérimenter

Vous vous lancez à la conquête d’une nouvelle ambition : vous êtes avocat et vous rêvez de devenir médecin. Vous vous imaginez une nouvelle carrière brillante. Comme dans les films, vous croyez en vous et vous êtes persuadé que vous optez pour la bonne voie. Alors que votre succès domine, vous être confronté à une rude embûche qui mettra votre force et votre volonté à l’épreuve. Vous chutez !
Vous devez faire le choix d’abandonner ou de persévérer.
Contrairement au plan établi à l’avance, toute progression n’est jamais linéaire. Malheureusement ? Peut-on le dire ainsi ? Bien-évidemment que non !
La difficulté souvent tant regrettée permet cependant de progresser… et d’avancer… Il est inutile de l’ignorer ou de la négliger ! En passant à côté des possibilités qu’elle pourrait vous donner, vous risquez surtout de stagner.

Faire le bilan

Observant diverses situations, on fait le choix de la manière de surmonter chaque adversité et de l’accepter (ou non). Ayant vécu des contextes bien plus alarmants, je n’allais pas me laissez faire par cette nouvelle « galère » : malgré que les bons résultats étaient au rendez-vous dans ma nouvelle carrière en athlétisme, la vie voulût tester ma volonté à persévérer et à faire des efforts pour ce sport. Elle tenta de me menacer en affectant mon pied ! Rentrant de compétition avec des ligaments déchirés, depuis, je me vois revenir et à nouveau concourir. Le doute n’existe pas et cette évidence est encrée en moi. Jamais je n’ai douté de mes capacités, même si d’autres personnes ont essayé de me faire chavirer face à la difficulté.

Je veux sortir grandie de chaque leçon. Peut-on réellement en apprendre ? Je suis persuadée qu’en vivant la situation à fond, l’on réalise mieux ce qui arrive. L’on se forge et l’on apprend : petit-à-petit, c’est les difficultés traversées, à côté des expériences positives expérimentées, qui permettent de devenir plus performant !

Pour moi, vivre mon opération était synonyme de mélange d’émotions entre appréhension et rétablissement. Comprenant parfaitement la nécessité de devoir récupérer, je ne n’étais jamais frustrée face aux conséquences qui y seraient éventuellement rattachées. Et, avant tout, je crois en moi et en mon environnement (j’y reviendrai dans un prochain article) : rien ne pourra bousculer mon profond désir de réussir.

Récupérer physiquement, mentalement et émotionnellement

Jour J : Je me prépare de la même façon qu’une compétition et je ressens les mêmes émotions. Calme et sérénité m’habitaient la veille ; je ressens une tension et une légère appréhension avant l’intervention. Lors de ce séjour et en commun accord avec l’Hôpital de la Tour, je suis filmée afin de partager une histoire qui, pour eux, mérite d’être racontée.
L’on me conduit au bloc opératoire. Depuis, j’ignore la caméra. Je ne vois plus qui est là, à l’exception de l’anesthésiste et du chirurgien (Dr Ray). Nous parlons d’une manière décontractée… On me pique dans le dos, mes jambes sont peu à peu « paralysées » (rachis-anesthésie) et me perturbent fortement en cette période de préparation pour les Mondiaux sur 100m et pour les JO. Je n’arrive plus à bouger mes jambes, même avec la meilleure des volontés : il n’y a rien à faire ! Elles ne fonctionnent plus. Si l’on me les avait coupés, je n’aurais rien remarqué…

Le chirurgien prépare mon pied et incise ma peau en faisant trois trous. Je ne sens aucune douleur. Aucun frisson. Ça marche ! Grâce à l’arthroscopie, une caméra navigue à l’intérieur de ma cheville. Les explications du chirurgien me permettent de comprendre à peu près ce qu’il fait, voyant chaque geste à l’écran. La vulgarisation de l’opération m’a intéressé et m’a aidé à mieux comprendre ce qu’il s’est passé. Cela ressemble à une visite chez le dentiste. Il fait le ménage (il enlève et nettoie les résidus inflammatoires avec un petit tuyau), rattache les ligaments et tend un fil à l’aide de deux pistons enfoncés dans deux os qu’il avait troué auparavant (ligamentoplastie). Ainsi, je bénéficie d’une nouvelle cheville…
Ainsi, je suis parvenue, à ma façon, de mieux interpréter ma blessure et ses conséquences. En deux mots : « le pourquoi du comment ».

Et j’appris…

En salle de réveil, mes jambes me donnaient à nouveau de légères sensations et je pus les bouger doucement : frotter un orteil à l’autre, décoller le genou du lit… La paraplégie « fictive » s’en allait petit-à-petit. Certes, elle m’a épargné de douleurs pendant encore quelques heures… De retour dans ma chambre, ne ressentant que la moitié de mes jambes, je me levais un peu plus tard afin d’aller aux toilettes… La jambe gauche tenait à peu près ; la droite qui était touchée n’était pas encore réveillée. Le bassin, proche de l’endroit piqué, était lui encore plus ou moins complètement anesthésié. Cependant, en allant aux WC (en sautillant et en m’appuyant sur un déambulateur), je devais faire un effort cérébral important afin de pouvoir faire ces simples gestes et mouvements… C’est là où je compris ce que c’est de vivre avec une paraplégie…

Par ces expériences, je ressentis et j’appris des nouvelles choses sur la vie et les conditions de vie… Je réalise que le corps humain peut être surpuissant, malgré qu’on l’anesthésie partiellement ou complétement et qu’on titille à l’intérieur de lui… Cependant, il exprime également sa fragilité s’il est surmené…
Cette opération me permettra finalement de me remettre en question : j’ai essayé d’aller plus vite, j’ai tenté d’être plus forte, pourquoi mon corps m’a-t-il lâché ? Blessée, je vais récupérer, me renforcer et découvrir des nouvelles possibilités : il faudra au minimum s’adapter à ce que le passé m’a appris et ne pas inutilement recommencer. A l’avenir, la stratégie d’entraînement sera légèrement modifiée afin d’augmenter mes capacités. L’objectif est de rassembler toutes mes expériences afin de me donner la chance de me surpasser.
J’espère que cet apprentissage me servira dans la suite des de mes défis. C’est à moi de transformer ce bout de chemin en un tremplin afin d’aller plus loin…

 

Photos: © Raffi M. / La Tour Medical Group

Remerciements à l’Hôpital de la Tour et ses équipes pour les soins et l’encadrement médico-sportif, à mon coach Kenny Guex ainsi qu’à mes partenaires pour leur confiance et leur soutien.

#teamwork #workinprogress #roadtotokyo

L’humain toujours plus fort

Pour de nombreuses personnes n’ayant pas de connaissances spécifiques en termes de technologie (la majorité), l’économie 4.0 qui est liée au Big Data, à l’intelligence artificielle, au blockchain ou encore aux robots, passionne. De l’autre, elle est carrément effrayante !

Pourquoi l’humain gardera-t-il toujours une place indispensable, même s’il est parfois difficile d’y croire ?

J’ai tenté de le démontrer à travers mon témoignage et des situations vécues au dernier Meyrin Economic Forum, manifestation annuelle d’une journée entière regroupant des chefs d’entreprises de toute la région.

En revenant à mon hospitalisation suite à mon terrible accident, l’humain fût LE facteur clef de ma rééducation. Certes, l’intelligence artificielle apportée aux instruments ayant été capables de détecter l’hémorragie et de m’ouvrir le cerveau, m’a certainement sauvé la vie. Les robots remplacent aujourd’hui certaines prothèses et donnent de l’autonomie aux personnes concernées par des maladies graves … L’intelligence artificielle a largement contribué à l’avancée de la médecine…

Or, soyons honnêtes, il ne se serait rien passé sans l’intelligence humaine qui a permis de piloter les « machines ».

On le sait, l’entourage est important : on peut difficilement imaginer une machine ou l’informatique avoir le même potentiel, le même état d’esprit, même si le programmateur devait l’avoir. Et encore… Un robot peut faire beaucoup automatiquement, mais pas guérir totalement un malade, ni avoir un impact illimité sur la volonté humaine.

Ainsi, imaginez-vous un robot opérer un patient ? Cela peut être envisageable.

Imaginez-vous un robot s’occuper de patients ? Bien évidemment que non.

Imaginez-vous un robot avoir autant d’impact sur une relation humaine, comme ma maman l’a eu sur moi ? Il suffit de se rappeler d’une situation dans laquelle vous avez particulièrement apprécié le contact humain plutôt qu’une voix automatique…

La technologie, est-elle pour autant au service de l’humain au quotidien ?

En sport, on est très gourmand afin d’intégrer les nouveautés conduites par l’évolution technologique au sein de son entraînement et pour récupérer… C’est un facteur influençant la performance qui doit, pour des athlètes, être adapté et personnalisé à chacun. L’on parlera à nouveau de l’humain…

Par conséquent, l’on s’aperçoit par ces exemples que l’économie ne remplacera jamais les valeurs humaines. N’oublions pas qu’elles permettent également de garder les équipes motivées et consciencieuses dans toute organisation, quel que soit le domaine…

Mais l’autre sens est valable aussi ! L’humain ne remplacera plus jamais la technologie (ou bien l’industriel), à moins que nous retournions au moyen âge et que l’on tue la moitié de la population…

Finalement, la question se pose si l’on peut espérer retrouver un jour les qualités humaines dans un robot ?

Bien évidemment que non, la connaissance du cerveau étant limitée… Nous connaissons les défis liés au système nerveux extrêmement complexe. Par conséquent, il est impossible de l’intégrer dans une machine… Nous pouvons en déduire que l’un ne va pas sans l’autre : la technologie et l’humain.

Mon but est de montrer, par-là, que tout est possible. L’innovation est un changement, d’une situation initiale à une situation finale. Cette dernière est nécessaire par crainte de manquer le train. Il faut alors suivre le mouvement…. Même si l’inconnu fait peur…

Churchill disait : « le pessimiste voit la difficulté dans l’opportunité. L’optimiste voit l’opportunité dans le difficulté ».

 

 

Remarque: cet article a été écrit suite à mon intervention “C’est l’humain qui l’emporte!” au Meyrin Economic Forum du 8 février 2019

Photo : ©La Tour Hôpital Privé SA

Cette image a été prise dans le cadre de notre partenariat ; ils mettent les nouvelles technologies à ma disposition ainsi qu’un suivi personnalisé dans le but de progresser le plus possible et de m’accompagner à travers ma carrière sportive. Il s’agit d’innover et de developer une nouvelle méthode d’entraînement en optimisant le facteur le plus important, celui de la santé, malgré mon handicap.

Une ville qui s’unit par le sport

« Team Genève », de quoi s’agit-il ? Monsieur le Conseiller d’Etat, Thierry Apothéloz, ainsi que le Canton de Genève, dévoilèrent les athlètes sélectionnés au sein de ce programme le 11 mars 2019. Celui-ci soutient financièrement les sportifs d’élite individuels qui correspondent aux critères de sélection, basés sur le système suisse de reconnaissance des performances. Il leur offre également un support de communication afin d’accroître leur visibilité grâce à des supports sur internet, à leurs partenaires (Genève Aéroport et La Tour Medical Group) et à leur notoriété auprès des médias.

La nouveauté est la promotion de l’inclusion des sportifs d’élite en situation de handicap.

Peu avant ce jour-là, j’appris les progrès réalisés par le Canton de Genève. Comme son nom l’indique, le « département de la Cohésion Sociale » joue son rôle à merveille. Il s’agit d’inclure la société dans sa globalité dans tous les domaines de la vie et ce à hauteur égale (du moins, le plus possible). Les personnes dont on n’aimerait pas voir leur différence également : je parle des individus en situation de handicap.

N’a-t-on toujours pas franchi le cap ?

D’une certaine manière, les sujets « d’intégration », « d’inclusion » et « d’égalité » se développent, bien qu’il reste beaucoup d’améliorations à faire ! Concernant les sportifs d’élite, bien qu’ils constituent peut-être une minorité aux yeux de la population, des décisions sont prises et la volonté que toute la société soit représentée est affirmée. Les autorités font ainsi évoluer les critères de sélection du programme « Team Genève » afin que les sportifs handicapés soient mieux considérés.

La question se pose, pourquoi ces athlètes ne l’étaient pas.

Comme pour tout règlement, il est nécessaire de s’appuyer sur des critères établis à l’avance. Pour le programme cantonal de soutien aux sportifs d’élite, les plus pertinents furent évidement ceux du pays. Comportant certaines failles, il est très difficile de l’appliquer tant aux athlètes dit valides qu’aux sportifs en situation de handicap. Bien évidemment, il fût adapté, mais ces derniers étaient pénalisés… Dans leurs disciplines, il n’y a pas le même nombre de participants aux compétitions, ni la même concurrence ou encore, un écart de niveau important entre les athlètes (entre les meilleurs et les moins bons).

 Qu’est-ce qu’il en était pour moi ?

Bien que je participais à tous les championnats majeurs (en équitation) pendant cinq ans, mes performances ne furent pas suffisamment reconnues : il fallait gagner pour mériter sa place et une certaine crédibilité. Ce fût donc très compliqué ! Une exception fût faite lorsque je fus sélectionnée aux Jeux paralympiques de Rio 2016. Certes, dès que les Jeux furent terminés, l’aventure au sein du programme fût achevée et je dus le quitter… Malgré que l’année suivante, je me qualifiai à nouveau pour les prochains championnats et que mes performances étaient quasiment identiques aux précédentes (voir meilleures), je n’obtins pas la même reconnaissance nationale et je pouvais pas représenter Genève comme je l’aurais souhaité et particulièrement les personnes handicapées.

Une deuxième carrière pour une nouvelle chance

2018, une année qui m’a permis de changer et de progresser dans ma nouvelle discipline, l’athlétisme. Le mental du haut niveau était mon plus grand allié. J’ai pu retourner à la compétition très rapidement : mes résultats furent même plus que satisfaisants. Certes, je n’avais pas concouru aux championnats comme je le faisais avant… En 2018, j’avais malgré tout réalisé la 11ème meilleure performance de l’année (au 100m dans ma catégorie de handicap – T36 – selon la « World Ranking list »). Ce résultat justifiait alors, pour ma Fédération nationale du moins, le même niveau de reconnaissance que j’avais avant.

Les deux critères (le changement des critères de sélection du programme genevois et la reconnaissance identiques de mes résultats par ma fédération nationale) déterminaient ma sélection dans le « Team Genève ».

Que s’est-il passé ?

Ayant beaucoup insisté sans avoir hésité à le rappeler à chaque occasion auprès des autorités qu’il fallait changer, je suis aujourd’hui fière de représenter le paralympisme au sein du sport genevois : l’important n’est pas pour moi ; cela ouvre la voie pour la relève. Finalement, c’est un pas vers une meilleure insertion qui a été franchi. Il sera sans doute un exemple pour tous les autres domaines de la vie, comme le travail et l’accessibilité, qui sont d’ores et déjà en constante amélioration.

Pour conclure, le programme est apprécié

L’humain est conditionné pour remarquer ce qui ne fonctionne pas. Cependant, ce programme a intégré des mesures adaptées aux défis sportifs rencontrés afin de performer aux Jeux. Il accompagne les athlètes pendant le cycle olympique entier (quatre ans) pour autant qu’ils restent sélectionnés (soutien annuel), contrairement à uniquement les féliciter par une prime lors de leur sélection, comme le feraient de nombreuses institutions… Chaque moment étant crucial, leur soutien est important, tant pour arriver au niveau souhaité que pour préparer l’échéance ciblée. Je tiens à les en remercier. J’espère que leur exemple donnera des indications aux potentiels sponsors intéressés à aider des sportifs « valides » ou « handicapés ».

Team Genève

Il porte ce nom, créant de la visibilité envers la société, portant les valeurs du sport vers les générations futures et transmettant, par les athlètes, l’envie de pratiquer du sport. Malgré une culture suisse orientée vers le sport populaire plutôt que le sport d’élite, le programme représente tant la population genevoise que les sportifs d’élite sélectionnés. Un exemple que j’espère fédérateur est à la clef.

Photo: Team Genève, Peter Kittler, Cellence Sàrl

Communiqué de presse

Accroche-toi ou abandonne !

On en parle en politique… On le sait, le besoin d’être aimé par la population existe dès qu’on y est investi. À la fois, il est parfois nécessaire d’être blindé afin de continuer à avancer ou pour se protéger. Lors de chaque défi rencontré, on a toujours le choix : on se demande souvent s’il est mieux de décrocher et d’arrêter ou si le projet mérite d’être mené. Malgré l’ampleur que cette interrogation peut avoir, elle s’expérimente dès notre plus jeune âge… Doit-on continuer à étudier jusqu’à finir l’université ? Doit-on prendre son envol ou rester cloué chez ses parents adorés ? Des choix devront être fait. Et assumés.

Dans mon cas, après l’accident, ayant vécu des hauts et des bas, j’ai choisi la vie. Depuis, je suis parvenue à réaliser ce dont j’avais toujours rêvé : les Jeux (para)olympiques. Plus tard, prenant le risque de ne plus jamais y retourner, j’ai opté de changer de carrière : certes, mon plan d’action est clair (voir article, L’envie du défi bouleverse la vie »).

Organisé par mon entraîneur, mon premier stage s’est très bien déroulé, des repas aux nuitées, en passant par les sessions d’entraînement.

Sachant que j’ai un handicap, les responsables espéraient que j’allais franchir le « cap ». Ils m’ont fait signe qu’ils souhaitaient rendre les conditions d’autant plus agréables… En effet, ils ignoraient ce qui pouvait m’aider… Or, je n’osais pas leur demander plus…  Je me sentais bien et je ne souhaitais surtout pas être liée à l’incapacité…

Malgré que cela puisse paraître utopique ; n’étant pas en fauteuil roulant, mon appartement est adapté… Certaines conditions pouvaient alors éviter de se blesser (me faire mal sur une marche, par exemple).

Les entraînements devaient me permettre d’aller de l’avant… En plus, ils allaient être suffisamment contraignants tant physiquement que mentalement. Par conséquent, il était question de ne pas dépenser de l’énergie inutilement. L’organisation ne doit alors pas être une interrogation : elle doit être (ré)évaluée et bien planifiée, c’est-à-dire qu’après une première expérience, des améliorations pourraient être apportées…

 Ainsi, lors de mon deuxième séjour, je n’aurai pas pu être mieux de jour en jour… Blessée, ce qui n’est pas si étrange à cette période de l’année (après des mois d’entraînement exigeants), je peux parfaitement me reposer et récupérer, tout en continuant de m’entraîner… Ces semaines m’ont permis à nouveau d’augmenter les intensités sans trop impacter mon péroné (l’os de ma jambe qui fût légèrement abîmé).

Certes, la question se posait, si, déjà maintenant après une série d’entraînements, mes jambes ne tenant pas, c’était une bonne idée de continuer sur cette voie ? Pourtant, en huit mois, c’était la première fois où une jambe m’a lâché…

Etant encadrée, j’ai un plan où figurent les séances d’entraînement à exécuter… Puis, je dois le compléter par la réalité… Je suis donc surveillée… Bref, concourant à un niveau élevé, mon entraîneur a créé le moyen d’avoir un suivi régulier.

Un événement survient. Quel est l’impact de ses pensées ? Sont-elles sereines ou au contraire malsaines ? Les spécialistes m’ont appris que l’une entraîne une autre… Nos croyances pouvant finalement être justifiées, il ne faut jamais les négliger…

Le plus important est de prendre soin de tous les petits pépins afin de s’assurer de pouvoir recommencer. Si une chose doit être modifié, cela ne signifie pas que la vie a carrément changé ou est en train de s’écrouler !

Étant donné que progresser était pour moi la clef, bien que les entraînements n’avaient pas été réalisés comme je l’aurai souhaité, je n’allais pas déprimer. J’essayais de ne pas rester focalisée sur l’actualité de mes difficultés : la faculté à récupérer était primordiale et il ne fallait pas rester concentré sur ce qui va mal…

Etant aujourd’hui plus ou moins guérie (un handicap peu visible) et le sport étant devenu mon métier, la prévention de blessure en est la moitié. Cependant, je reste la même personne : je dois prendre en considération mes limites d’équilibre et de coordination. Mon entraîneur a transformé ces difficultés en opportunités : il a utilisé la possibilité de travailler d’autant plus ma (moins bonne) stabilité… J’ai toujours essayé d’exécuter tous les exercices qu’il m’avait donné ! Même si j’en ai souvent bavé !! Ayant souhaité expérimenter la difficulté, la seule option était d’assumer. Finalement, les exercices poussant à me déséquilibrer étaient mes plus grands alliés…

Des petites améliorations peuvent paraître plutôt banales… Pour vous, il s’agit de choses normales… Pour moi, c’est surprenant et cela me prouve que même dix ans après l’accident, il faut « rester ouvert » à de nouveaux (petits ou grands) changements. Et ce pendant toute sa vie, à tout moment !

 Avec le « temps », tout est possible car le cerveau suffisamment tangible… Un but doit être souvent découpé afin d’espérer un jour arriver à la finalité.

Je mesurais mon évolution en la comparant aux données relatives à mon handicap (la quantité de spasmes et de pertes d’équilibre lors d’un geste précis). Par exemple, depuis longtemps, je ne pouvais pas marcher avec du thé ou une soupe réchauffée… C’était dangereux et le renverser ne serait même pas hasardeux ! Pourtant, je suis parfois tentée à essayer, bien que j’apperéhendais de me brûler… Aucune déviation ne pouvait être acceptée sans être blessée… Certes, je me sentais prête (à nouveau) à essayer (quelques pas).  Un peu d’imagination et de créativité furent nécessaires afin de diminuer les risques (se protéger les mains et vider la tasse à moitié avant de marcher). J’y suis finalement arrivée…

Chaque amélioration est relative et doit être comparée à la situation concernée. J’étais une éponge qui absorbait tout ce qu’elle pouvait… Parfois, j’estimais que la quantité d’informations était illimitée… Mais elle ne l’était pas et la réalité m’a vite rattrapée. La qualité fût alors privilégiée et je dû accepter de devoir trier, plutôt que de penser à la globalité…

Mon entraîneur était clair et strict : lors de départ en « starting blocks », je devais avoir les membres sous tension, pousser très fort dessus et les bras devaient suivre… Cependant, ils ne m’obéissaient pas… Impliquer l’impulsion de la volonté quand il est impossible d’y penser était compliqué…

Une première compétition allait donner une indication de mon potentiel aux fédérations (sur 60m)… Je savais alors plus ou moins ce qui m’attendait… et les enjeux qu’ils y auraient !

Au moment de rejoindre la compétition, j’étais assez stressée… De nombreuses personnes s’attendait à voir si ma performance allait être bonne. Mes partenaires, mon club, la Fédération, l’entraîneur national… Je devais tenter de ne pas trop me mettre de la pression et d’évacuer toutes les tensions…

Sommes-nous arrivés à la limite de la volonté ? Par conséquent, quel est son impact si l’on ne peut plus rien en tirer ? Il se développe sur le travail à effectuer en amont pouvant créer des réactions automatiques et ainsi impacter son efficacité.

Je me prépare. Jusqu’à là, tout se déroule comme prévu. Je me sens bien. Peut-être trop… L’échauffement se passe bien. Je préserve mon énergie tout en étant focalisée sur « ce que j’avais à faire ». C’était mon tour. Une personne m’appela. C’était faux ! Quel chamboulement !

Je n’avais pas confiance en mes jambes et j’avais peur de tomber ! En démarrant, je me redresse alors trop vite… A dix mètres du départ, perdant l’équilibre vers l’arrière, je bascule de droite à gauche… Ce que je voulais éviter s’est produit. Ce fût une sensation catastrophique ! Au point que je n’aurai pu dire si j’étais restée dans mon couloir… Je me rattrape et finis la course en 10 secondes 59 ! J’aurai dû faire une seconde de moins ; celle que le déséquilibre m’a coûté. Le résultat est décevant. J’étais déçue. Mon entraîneur aussi. Comme avec chaque athlète, il fait un bilan et m’a parlé de la même façon, avec les mêmes règles, le même ton, handicapée ou non. Ayant toutes les excuses de lui demander de l’empathie, j’étais finalement ravie. J’appris. Il me considérait comme tout autre athlète qu’il aimerait inciter à évoluer.

Ainsi, j’en ai déduit qu’il en valait la peine de continuer à travailler. Je devais encore me renforcer mentalement et me préparer au changement. Toutefois, il est important de relever les choses qui ont bien fonctionnées : à la mi-course, j’avais retrouvé l’amplitude du mouvement qui me mena au-delà de l’arrivée. De plus, je suis parvenue à gérer ma spasticité. En soi, c’était déjà un exploit…

 Ayant fait le choix de continuer, le plus important était de ne pas avoir abandonné et terminé. Le bilan me permettra d’avantage d’avancer. 

Malgré un stage intensif, les compétitions allaient pourtant s’enchaîner… Le défi se trouvait là : comment pouvais-je faire face à l’intensité élevée ?

Soyons prudents !

Étant trois jours à la maison, cette coupure allait m’aider face à l’usure… Enfin, je ne devais pas rouiller si je voulais tenir plusieurs années… Puisque quelques jours plus tard seulement, tout allait recommencer…

Contrairement à l’équitation où tout était si bien planifié ; l’organisation pouvait parfois paraître moins bien gérée. Je ne pouvais donc pas stresser et j’allais voir comment cette deuxième expérience en compétition allait se passer. Il fallait suivre le mouvement et être prête à temps. Echauffée, j’ai alors sprinté…

C’était une course de 50 mètres. Je me suis améliorée par rapport à dimanche dernier et ma course fût déjà plus “équilibrée” : après un départ mieux géré, j’ai terminé ma course en 8 secondes 76 !

 Afin de continuer, il est alors indispensable de se ressourcer et « se retrouver ». Il s’agit de rester un instant focalisé sur ses propres valeurs, le lien qui nous unit à la terre et à la vie. C’est alors confirmé qu’afin de s’améliorer, il y a plusieurs piliers sur lesquels jouer…

 

Remarque : cet article a été écrit dans la réflexion d’établir un futur manuscript.

L’envie du défi bouleverse la vie

Il y a un an, j’annonçais ma conversion. L’équitation, une passion aujourd’hui transformée. Une carrière nouvellement orientée vers l’athlétisme. Je ressens un mélange d’émotions qui me rejette au stade de départ avec optimisme : le nouveau défi est aujourd’hui choisi et non pas subi.

 Comment s’approprier des nouvelles conditions de vie ? Avec l’âge, le changement est-il possible ? Les défis sont-ils surmontables ? 

 L’on se pose ces questions lorsqu’on est tenté par une envie. En même temps, on est retenu par la peur de d’échouer ou de “tomber”. Malgré l’envie de passer à l’action, nos intentions ne dépasseront souvent pas le stade de l’hésitation… Ainsi, la question se pose pourquoi certains parviennent à franchir le cap et d’autres non.

Est-ce une question de bonne ou de mauvaise volonté ? Quelle est l’importance de notre passé ? En quoi les événements auxquels nous sommes confrontés peuvent-ils tant être constructeurs que destructeurs selon les personnes ?  

N’étant pas une spécialiste des neurosciences (loin de là !), ce sont néanmoins les questions que je me pose aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle je livre mes premières expériences en athlétisme, étant handicapée et âgée de 27 ans…

“N’est-ce pas complètement fou ?”, m’a lancé un coureur élite lorsque j’ai annoncé ma conversion sportive il y a un an. Consciente des (et de mes) difficultés, ignorais-je encore trop les interrogations qui se posaient quant à sa simple faisabilité ? J’étais déjà dans le feu de l’action sans me poser cette question… Pour moi, il n’y avait qu’une voie.

Comment apprivoiser cette nouvelle activité ? Pourquoi m’infliger une telle souffrance de l’effort et rendre ma vie d’autant plus compliquée ? Est-ce risquer d’autant plus léser un corps déjà handicapé ?

L’importance majeure est la passion et l’amour de la vie, en passant par ses beautés et ses irréversibles cruautés. Il s’agit de vivre intensément le moment présent, sans remords ni regrets.

Dans mon cas, je l’explique par l’acharnement et le travail quotidien également. Passionnée nouvellement par le mouvement du corps humain, je voulais résoudre un mystère peu commun : comment y arriver avec mes difficultés ? Même si mes capacités étaient encore loin du compte, je commençai par bâtir une base (plus) solide sur laquelle démarrer cette nouvelle activité.

Certes, je ne m’attendais pas à ressentir des émotions ressemblant à des « montagnes russes ».

Les hauts et les bas tentent de faire chavirer l’esprit de l’espoir au doute, du réalisable à l’impossible…

Prise par le doute, les personnes par qui j’ai décidé d’être entourée (mon entraîneur, le groupe, les professionnels de la santé, les amis, la famille…) ont le plus d’impact sur mes pensées. Ils croient en moi et en mon projet. Ils m’ont rassuré.

Certes, je n’ai jamais ignoré une difficulté et l’ai travaillé. Je me suis remise en question et adapté la situation. Cet apprentissage m’a permis de m’améliorer.

Il s’agit surtout de tirer quelque chose de positif de chaque situation et de s’en servir comme tremplin pour aller plus loin.

En réalité, je devais récupérer d’anciennes cassures, retrouver d’avantage mes facultés d’équilibre et de coordination, en grande partie disparues lors de mon accident d’équitation il y a 10 ans (traumatisme crânien et un mois de coma !) Enfin, je devais avant tout apprendre les bases de l’athlétisme et du sprint ! Cela faisait beaucoup…  Après plusieurs mois de soins et d’exercices, un bon travail de renforcement, une reprise progressive de la course (et des chocs !) ainsi que cinq semaines d’entraînement spécifique sur le tartan, j’ai pu concourir à mon premier meeting d’athlétisme, le Berlin Open Para-Athletics Grand Prix 2018 !

Cette première compétition était avant tout une évaluation. Vaut-il alors la peine de continuer ? Pour moi, c’était une évidence. D’autres personnes en doutaient encore ; non pas de mes capacités mais de la réalité. Pourquoi serait-ce possible ? Je me demandais pourquoi cela ne le serait pas.

Pendant les six premiers mois de l’année, j’étais totalement dévouée à cette nouvelle activité. Cela dit, j’ai sacrifié tant ma vie professionnelle (le travail en entreprise) que personnelle (une partie de mes hobbys) pour l’athlétisme. Cependant, ma vie privée a également changée (ce qui ne se voit pas)…

 C’était le prix à payer pour espérer un jour y arriver.

Je traversais les petites victoires et défaites que l’on vit au quotidien qui font partie de la vie… Qu’en est-il des résultats réels sur papier que l’on ne peut changer (les chronos) ? Je pouvais seulement tenter de les améliorer…

Ainsi, au premier entraînement spécifique (je visais encore le 400m), je tombe à la quatrième course. Pouvais-je y arriver ? Au deuxième, je finis debout et gagne confiance. Au troisième, la RTS est là. Sans expérience ni connaissances, je me sens perdue. Au quatrième, je finis mon premier 400m (découpé en 100m, 150m, 100m, 50m) en 1 minute 20, ce qui équivaut à la limite internationale pour les européens (mais encore à 10 secondes de la limite suisse !) Cela allait être compliqué… Au cinquième entraînement, j’ai fait 2 courses de 200m, chronométré par un ami. Étant coureur de haut niveau lui-même, j’avais encore plus l’impression d’être à l’ouest… Très vite, c’était déjà la compétition !

Malgré mes appréhensions, continuer était la seule option.

A Berlin, je passe par une expertise médicale et je suis classifiée en « T36 ». Dans cette catégorie de handicap, malgré avoir préparé le 400m, je devais être prête à tout. Deux heures avant mon premier départ, j’apprends que je devais directement m’orienter sur le 100m et le 200m !

Bien que je ne sache pas à quoi m’attendre, je finis le 100 mètres en 16 secondes 21 ! L’entraîneur national semblait satisfait (j’avais de la chance de l’avoir avec moi !) Certes, je ne savais pas encore ce que cela signifiait… J’appris seulement après la première course qu’il y aurait une finale… que je pus disputer !

Lors du 200 mètres le lendemain, prenant du temps à démarrer, je rattrape mes concurrentes petit-à-petit et soudain, juste avant la ligne d’arrivée, j’ai chuté ! Ne l’oublions pas que je ne contrôle pas toujours mes jambes… Cérébrolésée, après une nouvelle commotion, peut-on dire que ce sport est trop dangereux pour moi ? Ayant un côté têtu et étant convaincue (cherchez l’erreur !), je dirai même que cela fait partie du jeu.

 Sans aucun risque, on ne peut espérer évoluer…

Quel bilan peut-on alors en tirer ?

Après que mon coach se soit renseigné sur les résultats, il se pourrait que je puisse réaliser de belles choses… Pour autant que je progresse beaucoup… Malgré plusieurs conditions, pour lui, cela valait la peine d’essayer !

Depuis, c’est un changement de vie. Il était hors de question de manquer un entraînement ou de ne pas me rendre en pleine forme à une séance. Après mes premières heures de courses (sprints à répétition) et de musculation, j’étais vite épuisée… J’ai vite compris que je devais prendre plus de temps pour récupérer. Ma vie devait alors être encore plus centrée sur mon but : les Jeux Paralympiques à Tokyo en 2020.

Il était clair dès le départ qu’avoir un objectif ambitieux nécessite de prendre sa vie en main à la même hauteur.

Je dois souvent me rappeler de fixer les priorités et de les respecter ! Une chose à la fois. Étant passionnée, c’est une démarche m’obligeant régulièrement à trier mes activités et à me décharger.

L’été était le moment idéal afin de préparer mon corps aux nouvelles contraintes… Il devait s’adapter à ce genre d’efforts. Certes, même si ce n’était pas souhaité, dès la rentrée, je n’ai pas épargné ma santé : j’enchaînais deux petites blessures de la vie quotidienne… C’était stupide, bien évidemment, mais je devais à présent passer constamment par une prise de conscience de mes déplacements dans l’espace…

 C’est parfois contraignant voir éprouvant. Or, des choix sont nécessaires si l’on vise le plus haut niveau…

Trois semaines de camps d’entraînement à Macolin au Centre National du Sport étaient ensuite planifiées. Une chose était sûre : j’allais les faire toutes. Je tenais à mettre toutes les chances de mon côté.

Sept entraînements sur cinq jours. Je rentrais du vendredi soir au dimanche. Il fallait être “fraîche” pour attaquer les sprints dès le lundi matin ! Nous y étions en groupe, deux athlètes élites, l’entraîneur et moi. J’avais de superbes exemples ; un élément de plus afin d’évoluer… Je m’améliorais en vitesse, en technique et en force. Je m’entraînais. Je mangeais. Je dormais. Parfois, j’étais épuisée.

Certes, être focalisée sur mon activité a payé. A la fin de l’année, cerise sur le gâteau, je suis sélectionnée dans les cadres suisses “espoirs”. Je fis l’expérience des entraînements en commun organisés par la Fédération suisse pendant l’hiver. De nouveaux essais étaient au rendez-vous ! Même si, au fond, j’ai conscience que mon défi reste un peu fou…

Le bonheur vient-il avec le résultat final ? 

Il se vit à travers les joies quotidiennes, parfois à travers la douleur et la remise en question. Je définis le bonheur comme un mode de vie. Si je devais attendre la victoire pour être heureuse, j’abandonnerais aussitôt ! J’espère avancer malgré la difficulté : pas à pas, au profit de beaucoup d’efforts, je découvre des émotions, du plaisir dans ces conditions et des nouvelles sensations. Je savoure chacune d’entre elles ! Elles me donnent de l’espoir, me procurent une sensation de force, me remplissent d’adrénaline… Cela se traduit en auto-motivation de poursuivre l’aventure et en volonté de travailler. Pensant que le résultat est à la taille de l’énergie investie, cela me permet d’estimer ce qu’il faut faire afin de continuer ! Le cercle vertueux est ainsi formé et permet d’avancer pour espérer gagner.

Remarque: cet article a été écrit dans la réflexion d’établir un futur manuscript.

Photo principale: le groupe d’entraînement, de g. à d. moi, notre entraîneur Kenny Guex, Bastien Mouthon et Alain-Hervé Mfompka, ©Jess Hoffman

Alerte Police ! Sanctionne-t-elle seulement ?

La Police, une institution qui sanctionne, mais qui est parallèlement bienveillante. Enfant, la Police était la pire des corporations ! Pour moi, les gendarmes punissaient ! Je les respectais amplement et j’avais même peur de cet uniforme si imposant. Le temps est passé et ma perception d’autrefois a changé…

Rencontre avec la Police en 2009, soit une année après mon accident qui avait bousculé ma vie… Traumatisme crânien, un mois de coma, tétraplégie partielle, mal-voyante, je récupérais pas à pas. Mais pas totalement. Un souvenir lointain (3 ans) m’en empêchait ; je n’étais pas moi-même… C’était celui d’une agression. D’un abus sexuel. J’allais mal. Porter ce fardeau douloureux était lourd. Trop lourd. Ayant déjà voulu mettre fin à mes souffrances et partir dans un autre monde, je n’avais pas d’autres issues… C’est là où un gendarme entra dans ma vie.

Me voyant vraisemblablement perdue et dans un état anormal, bien qu’accompagnée par une amie, il s’est approché de moi et depuis sa voiture : « Est-ce que ça va ? C’est la Police. »

 

Mon amie me demanda : « Qu’est-ce que je réponds ? »

Moi : « Oui, bien-sûr ! »

Le gendarme continue sa route et d’un coup, fait demi-tour.

En short et en tongs, j’avais de la peine à croire que quelqu’un puisse se soucier de moi.

Quand il me montra sa plaque, j’ai compris qu’il était là pour m’aider.

Il a très vite compris la gravité de la situation. Je me souviens de : « Vous rentrez avec moi ou c’est l’ambulance ! »

Ce gendarme venait de me sauver la vie en m’empêchant de commettre l’irréparable…

Cette personne m’aura plus tard soutenue à travers le procès pour les abus dont j’avais été victime.

Grâce à lui, j’ai choisi la vie !

 

Après les deux événements irréversibles que j’ai vécus, j’ai du « tout » réapprendre et me reconstruire. Le chemin a été long et il a fallu avoir une volonté de tous les instants. Des jours, des semaines, des années passent pendant lesquels je me développe et me construits. Tout en retrouvant une certaine confiance en l’être humain…

Quoi qu’il puisse se passer, je me sens liée à cette institution que je craignais tant auparavant, la Police !

Plus tard, nous nous retrouvions. Qu’ai-je encore fait ?

C’était pour la bonne cause. Les Special Olympics National Games Genève 2018 (Jeux pour athlètes en situation de handicap mental où j’étais la Marraine), dont l’IPA est partenaire, a marqué mon changement de carrière de l’équitation à l’athlétisme (voir article du 3 juin 2018) ! Notre nouvelle rencontre a eu lieu à la Torch Run, de Versoix à Plainpalais. Me remémorant les moments les plus durs de ma vie, c’était à présent l’opportunité d’avancer ensemble ! Je me retrouvai même un instant dans un uniforme de la Police !!

« Tout est possible. On peut faire de ses rêves une réalité et

une victoire  en se donnant les moyens d’y arriver ».

Source: article publié dans IPA magazine (International Police Association)

L’ONU : une organisation mondiale qui se préoccupe de la population locale

Reconnue à travers le monde entier, l’Office des Nations Unies se situe à l’intérieur des « grandes questions » entre les nations, la paix et les conflits. Mais l’organisation de grande importance n’est pas égoïste pour autant ; la ville où elle est implantée, Genève, est au centre des préoccupations. L’ONU se rapproche donc de la population locale à travers des événements, notamment. Le départ étant à la place des Nations, la course de l’Escalade y tient chaque année un entraînement. L’objectif des deux institutions est de rendre l’expérience un souvenir inoubliable.

Souhaitant marquer les esprits, l’ONU m’a invité, étant l’ambassadrice de Handicap International, afin d’œuvrer pour l’inclusion. Amputé, aveugle, cérébrolésé, en bref, handicapé, comment avancer ? Ayant emmené des personnes en situation de handicap physique, neurologique ou avec une déficience mentale, il était l’heure de toucher les genevois ! Derrière cette opération, la principale mission était de « sensibiliser le public ». Cela paraît bête. Cependant, l’on a besoin d’être confronté au handicap un jour afin de ne plus en avoir peur. La différence effraye. Au fond de son esprit, même inconsciemment, l’on projette ce que l’on voit sur soi-même. Voilà ‘où vient la peur ! nous craignons être un jour dans une situation similaire. L’on dit souvent « je ne sais pas ce que je ferai ! »

L’on dit qu’il ne faut pas penser en termes de problèmes mais de solutions. C’est vrai ! Regardons ce qui est faisable… Et si l’on mettait une lame qui remplacerait une jambe ? Ou qu’un guide comblerait la perte totale ou partielle de la vison d’un athlète ? Vous voyez, il faut juste un peu d’imagination…

L’objectif est atteint. Le grand public voit qu’il n’y a pas de limites ; en revanche, l’on se les fixe soi-même. Il est indispensable de se donner les moyens afin de se donner la possibilité « d’y » arriver.

D’où le sens du sport para ! Nous, athlètes en situation de handicap, avons pour mission d’inspirer autrui, de motiver et particulièrement de montrer que tout est possible. Nous réalisons des performances à la même hauteur (ou presque) que des sportifs valides ! En nous regardant, nous pouvons donner de l’espoir, inciter à prendre le risque de sortir de sa zone de confort et transmettre le goût du défi à des personnes dîtes valides, comme à d’autres personnes en situation de handicap. En tant qu’invité d’honneur, la mission commune avec l’ONU a été réalisé avec bonheur.

Dans cet état d’esprit est née l’Association Tout est Possible que je préside. Il s’agit d’accompagner les sportifs en situation de handicap du début de la compétition jusqu’au plus haut niveau. Qu’y a-t-il de plus beau ? Plus nous serons et plus l’inclusion se ressentira dans la population !

Photo: Jean-Marc Ferré/ONU

Vidéo: Place des Nations (Genève) devant Broken Chair, symbole de Handicap International