Festival Séries Mania : florilège d’une sélection qui a tenu (presque) toutes ses promesses

Six mois après une édition 2021 retardée en raison du Covid-19, Séries Mania était de retour pour un nouveau rendez-vous printanier riche en projections, rencontres et animations. En un laps de temps si réduit, on aurait pu craindre que la sélection du festival lillois soit amoindrie, mais il n’en fut rien. Voici quelques morceaux choisis d’un panorama international dont on espère découvrir la suite prochainement sur nos écrans.

Fire Dance (Israël, Yes TV) :

Âgée de 18 ans, Faigie est secrètement amoureuse de Nathan, pressenti pour succéder au rabbin de sa communauté ultra-orthodoxe. Entre lutte de pouvoir, rigueur patriarcale et revendications féminines, Fire Dance navigue avec grâce et délicatesse, sans se presser, au plus près des corps et des émois de sa formidable distribution. Plutôt que de stigmatiser des rites qui peuvent apparaître autoritaires (dans l’épisode 2, un mari refuse le divorce à son épouse « dans ce monde et dans le suivant »), la cinéaste américano-israélienne Rama Burshtein porte un regard humaniste sur une communauté qu’elle connaît par cœur – l’ayant rejointe à l’âge de 25 ans. Envers de la minisérie Unorthodox (Netflix, 2020), Fire Dance sonde les âmes de ses protagonistes éprises de liberté avec un tact et une sensibilité qui rappellent le long-métrage de la Franco-Turque Deniz Gamze Ergüven, Mustang (2015). Là aussi, certains plans se révèlent saisissants – à l’image de cette assemblée d’hommes en noir surplombant une longue table nappée de blanc, filmée dans la profondeur avec une chaise vide en amorce (symbole de pouvoir vacant), face à un voile qui tient les femmes séparées. Qu’un tel clivage se diffuse dans un plan d’une telle beauté ne manque pas de troubler nos sens…

Le Monde de demain (France, Arte/Netflix) :

Nommée d’après un single de NTM sorti en 1990, cette minisérie retrace la naissance du mouvement hip-hop français dans les années 1980 à travers le destin des tout jeunes Kool Shen, JoeyStarr et DJ S. Misant sur un récit ample et ambitieux, les six épisodes suivent également les premiers pas artistiques de Dee Nasty, pionnier du rap, Béatrice, jeune femme frondeuse, et Lady V, danseuse et graffeuse. Dans le sillage de productions Canal+ comme De l’encre (2011, par Hamé et Ekoué de La Rumeur) et Validé (2020-, par Franck Gastambide), Le Monde de demain ajoute une touche rétro bienvenue à une révolution culturelle qu’aura tardé à relater la fiction française. Il fallait bien tout le talent et l’énergie de Katell Quillévéré (Réparer les vivants, Suzanne) et d’Hélier Cisterne (Vandal, Le Bureau des légendes) pour la porter à incandescence. De San Francisco à Paris, des radios pirates aux collections de disques vinyle, des spectacles de break dance (prémisses de l’émission H.I.P. H.O.P. à laquelle prit part JoeyStarr) à l’art du scratching, Le Monde de demain fourmille de références à un passé qui ne demandait qu’à être réactivé.

Toutouyoutou (France, OCS) :

La nostalgie serait-elle en train de devenir la meilleure alliée de la fiction télévisée française ? Après de grandes réussites comme 3615 Monique (OCS, 2020-) et OVNI(s) (Canal+, 2021-), voici venus Le Monde de demain (voir ci-dessus) et Toutouyoutou, nouvelle production d’OCS Signature. Mêlant comédie rétro et série d’espionnage (savoureux mélange !), cette dernière se concentre sur Karine, mère de famille docile et effacée dont le quotidien est bouleversé par l’arrivée en ville de Jane, professeure américaine d’aérobic. Derrière sa faconde, cette nouvelle voisine au sourire ravageur semble s’intéresser d’un peu trop près au projet aéronautique top secret sur lequel travaille le mari de Karine… Claire Dumas porte à bout de bras le rôle de cette maman au bord de la crise de nerfs, soutenue par des copines plus pragmatiques mais non moins avides de s’essayer aux justaucorps fluo, aux épaulettes, aux vestes à franges et aux cours d’aérobic importés des States ! Plongée dans l’ambiance colorée et survoltée des années 1980, cette nouvelle réussite d’OCS (dont le titre est un clin d’œil à la Gym Tonic de Véronique et Davina) est, cerise sur le gâteau, portée par la musique pétillante du groupe Feu! Chatterton. Allez, on garde le rythme !

Sont également à suivre de près les séries The Birth of Daniel F. Harris (UK, Channel 4), The Baby (UK, HBO), We Own this City (US, HBO), Kin (IRL, RTÉ/AMC+), Le Temps des framboises (CAN, Club Illico) et Les Papillons noirs (FR, Arte/Netflix).

Benjamin Campion

Benjamin Campion est enseignant-chercheur en études cinématographiques et audiovisuelles. Il travaille sur l’histoire, l’économie et l’esthétique des séries télévisées, la censure cinématographique et télévisuelle, ainsi que les liens entre cinéma et nouvelles images.

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