Le printemps russe sera long et très froid

Ce printemps a plutôt bien commencé sur le plan météorologique en Suisse, à en juger par le nombre de jours ensoleillés et les températures mesurées dans tout le pays. En attendant les vacances d’été, bien des familles puisent dans leur propre épargne pour prendre quelques jours de congé et se détendre après les souffrances psychologiques endurées depuis plusieurs mois en raison de la pandémie de Covid-19.

Toutefois, ce printemps pourrait également être très froid et durer plus longtemps que d’habitude en raison de la situation créée par l’invasion russe en Ukraine. Outre les souffrances et les problèmes humanitaires de la population ukrainienne, l’Europe dans son ensemble pourrait souffrir en termes économiques en raison de la flambée des prix des matières premières et, par conséquent, de la forte augmentation du niveau des prix à la consommation.

La Suisse sera également touchée par cette hausse importante des prix, bien que dans une moindre mesure en raison de la force du franc suisse sur les marchés des changes et, d’autre part, en raison d’une meilleure situation des finances publiques que dans les autres pays européens. Beaucoup dépendra toutefois de la volonté de l’État d’intervenir pour soutenir, d’une part, les petites et moyennes entreprises et, d’autre part, les consommateurs (qu’ils soient travailleurs ou retraités) dont le revenu ne leur permet pas de mener une vie digne dans leur propre pays.

L’empreinte néolibérale de la Suisse aura du mal à faire augmenter les dépenses publiques comme facteur de soutien et de relance économique. Tant la Confédération que de nombreux Cantons ont déjà exprimé la volonté de rééquilibrer leurs finances publiques au cours des prochaines années, après avoir dû enregistrer d’importants déficits en raison des interventions étatiques nécessaires pour contrer les conséquences de la pandémie.

Pourtant, la pandémie de Covid-19 aurait dû montrer l’importance de l’État et des dépenses publiques pour faire face correctement à une telle pandémie, tant sur le plan sanitaire que sur le plan économique et social. Malheureusement, comme ce fut le cas lors de la crise financière globale éclatée en 2008, la plupart des forces politiques sont incapables de tirer les leçons de l’évidence empirique.

En fait, l’évidence empirique montre clairement qu’une augmentation bien calibrée des dépenses publiques, lorsque l’économie privée se porte mal, peut stimuler et soutenir l’économie dans son ensemble, d’autant plus lorsque l’État met en œuvre des mesures axées sur la demande sur le marché des produits. Comme l’expliquait déjà l’économiste polonais Michał Kalecki en 1971, les entreprises peuvent augmenter leurs profits lorsque le secteur public accroît son déficit, c’est-à-dire lorsque l’État s’endette – soit pour relancer l’économie privée, soit pour contribuer au bien commun dans l’intérêt général.

Si ce printemps est froid en termes socio-économiques, la faute n’en revient donc pas à la météo mais aux gouvernements qui ne veulent pas augmenter les dépenses publiques pour des raisons électorales ou idéologiques.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

40 réponses à “Le printemps russe sera long et très froid

  1. La Confédération et les Cantons ont été largement critiqués, durant la crise du Covid, pour leur relative modération dans la dépense. Vous comptiez d’ailleurs au nombre de ces critiques, semble-t-il. https://agefi.com/actualites/politique/sergio-rossi-la-confederation-devrait-offrir-des-contributions-a-fonds-perdu-aux-entreprises-qui-le-meritent

    Pourtant, vu la reprise économique ou les taux de faillite, cette enveloppe était-elle si mal calibrée? Ne refaites vous pas la même erreur en appelant à des dépenses massives face à l’invasion de l’Ukraine? A chaque crise, les partisans de la dépense publique se comportent comme si celle-ci était la dernière, et au motif que les comptes en Suisse sont moins dégradés qu’ailleurs, il faudrait ouvrir au maximum les vannes. Sauf que la crise issue de l’invasion en Ukraine n’est pas la dernière, qu’une autre peut lui succéder, qu’elle peut se métamorphoser en crise financière issue… de l’endettement et de la hausse des taux d’intérêt.

    De quels moyens disposeraient alors les autorités pour faire face, si elles allaient dès maintenant au maximum de leurs capacités? car non, on ne peut s’endetter sans limite, contrairement à ce qu’essaient de faire croire certains. Entre autres, la hausse des taux d’intérêt va se charger de le rappeler….

    1. Bonjour Guillaume,

      Sauf votre respect, permettez-moi de vous rappeler qu’après chaque crise réalisée post 1929, in fine, l’empirique aura démontré que le couple relance budgétaire/relance monétaire est indissociable. Pourquoi? Parce que la monnaie n’est pas neutre!!!

      Sachez que je comprends votre crainte, au premier abord légitime, mais elle provient surtout d’une croyance. C’est-à-dire, de manière plus générale, d’un “endoctrinement mené à dessein” contre le “bon peuple” et dont le “dévoiement des sciences économiques et sociales” – mené par les “monétaristes/orthodoxes” à partir des années 1970/1980 – favorisera un authentique transfert des richesses du “bas vers le haut”. Juste l’inverse de cette fausse croyance envers la “Trickle down Theory” postulant un ruissellement du haut vers le bas. D’ailleurs, ce leurre fut enfin révélé en 2014/2015 par l’OCDE et le FMI. Un transfert des richesses que l’on ne peut plus – depuis la crise de 2008 – cacher à la face du monde, tant l’augmentation des dettes souveraines (à partir de 2010 – crise des dettes souveraines) reste visible à la grande majorité, comme l’extrême richesse l’est pour une infime minorité. Et tant les réformes (anti) sociales se succèdent à marche forcée contre le “bon peuple” (les retraites, les assurances sociales, les freins exercés sur les domaines de la santé, de l’éducation, etc). Forçant à présent un déclassement des classes moyennes supérieures, après avoir fait pareil avec les classes moyennes inférieures. Ce nouveau Libéralisme dominant porte un nom: le Néolibéralisme!

      Pour revenir à nos moutons, la création monétaire en période de récession (relance monétaire) permet d’accroître les liquidités et, conjuguée à un faible taux d’intérêt, d’inciter à la consommation et à l’investissement, d’une part. De l’autre, l’État ne doit pas craindre d’intervenir à contre-cycle (relance budgétaire) et tant pis si sa politique fiscale et ses dépenses généreuses ciblées creusent le déficit budgétaire: c’est “le prix temporaire” à payer, malheureusement, faute d’un miracle, en attendant un retour à une période faste pour rembourser la dette. Malheureusement, ni les leçons essentielles de Keynes ni celles de la crise financière mondiale de 2008 n’auront été apprises. Sera ainsi créé par la suite un véritable monstre! Une métabolisation conjuguant relance monétaire (via les banques centrales) et budgétaire pour financer les sauvetages de la sphère financière (et par analogie un sauvetage temporaire de nos économies totalement fianciarisées), générant ensuite une crise des dettes souveraines qui sera couplée à une orthodoxie budgétaire (politique d’austérité menée essentiellement sur le continent européen) au détriment d’une relance budgétaire correctement ciblée, le tout saupoudré d’une politique de l’offre en lieu et place de privilégier la demande agrégée. D’où un dévoiement à dessein et une bombe à retardement pour les “bons peuples” car le temps jouait déjà contre ces derniers. Rappelons qu’aux États-Unis, qui privilégieront assez tôt la relance budgétaire tout en maintenant une politique de l’offre, le déficit public sous l’administration Trump se fera sous la forme de cadeaux fiscaux pour les plus nantis, à contrario du bon sens puisque la “théorie du ruissellement” est un leurre avéré (mais toujours un dogme pour les obscurantistes qui gardent toujours le pouvoir sur les “sciences économiques”).

      En janvier 1935, dans une lettre à Virginia Woolf, Keynes (hétérodoxe) annoncera en toute modestie qu’il va “révolutionner la pensée économique”. Et il a raison! La “Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie” attaquera ainsi de front les “économistes classiques” de l’époque, d’où une “guerre des Chapelles” qui ne cessera jusqu’à nos jours. D’ailleurs, Keynes aura très tôt saisi l’importance d’un risque majeur vis-à-vis d’un “cercle vicieux”, soulignant à très juste titre: “C’est la demande qui crée l’offre et non l’inverse; et c’est elle qu’il faut susciter pour remédier à la dépression”. Pour ses détracteurs (les économistes “mainstream”), c’est l’offre qui engendre la demande; une hérésie et un cercle vicieux. Et pourtant, les résultats sont sous vos yeux, Guillaume, comme les pyromanes, alors “ne tirez pas contre les pompiers”, si vous me le permettez.

      Le temps nous est de plus en plus compté, d’autant plus que les cycles des crises à répétition se rapprochent de plus en plus, comme leurs violences à l’égard des peuples. Ne nous faisons aucune illusion en effet, nous aurons indubitablement une crise financière majeure devant nous (mais les principes de répression financière sont déjà actés depuis longtemps sous la forme de bail-in). Voulez-vous rajouter de la souffrance à la souffrance avec une recette très rapide comme frein à l’endettement? Retraite à 75 ans pour tous, durée des allocations de l’assurance chômage portée à six mois, réduction de 50% des rentes d’invalidité et autres allocations pour impotent, réduction de 50% des moyens publics destinés au domaine de la santé publique, suppression immédiate des aides aux PME (non “zombies”) etc. Explosion du filet social de protection pour les moins privilégiés, et éradiquons une partie non négligeable de notre tissu économique. Et de l’autre, distribuons une fraction de la manne fiscale réalisée comme sous l’administration Trump aux USA, en la reversant comme un cadeau fiscal aux plus nantis.

      Non, sérieusement, en attendant, ne répétons pas le paradoxe de l’âne de Buridan. Cette parabole selon laquelle un âne mourrait de faim entre deux picotins d’avoine placés à égale distance de lui (ou entre un seau contenant de l’avoine et un seau contenant de l’eau), faute de pouvoir choisir.

      Bien à vous

      1. Vous vous trompez en pensant que nous sortirons de la crise actuelle avec les recettes du XXe siècle. La croissance économique qui a eu lieu au XXe siècle n’est pas répétable – car le pétrole bon marché est épuisé. Les réserves de croissance qui existaient en 1930 n’existent plus. Il faut donc changer de paradigme.

        Guillaume a raison et vous avez tort. Il défend la réalité. Vous défendez un mythe – celui de la croissance économique infinie. Comme cela ne marche plus, et que vous n’avez pas d’issue, vous proposez désormais un endettement public infini à taux zéro.

        C’est de l’escroquerie – car l’inflation ne sera pas à zéro. L’inflation sera très forte avec le rétrécissement des ressources énergétiques disponibles.

        Vous ne pourrez pas regonfler un pneu qui est complètement percé et dont la déchirure ne fait que de s’aggraver.

        1. Bonjour SAMY,

          Vous écrivez en parlant de vous-même: “Le dogme que je dénonce, c’est celui de la croissance économique infinie de l’économie (peu importe les méthodes)”.

          Eh bien, je vous réponds bien évidemment puisqu’elle est bornée depuis les années 1970. Je deviens épuisé de le répéter depuis des décennies. Comme de poster (graphiques à l’appui) toujours les mêmes répétitions ou collaborer à l’écriture d’ouvrage(s) pour rien!

          Extrait d’un de mes posts sur le blog de Sergio Rossi:

          “En 2004, après trois décennies de croissance économique et démographique exponentielle, les auteurs d’une nouvelle édition du rapport Meadows (en 1972, à la demande du Club de Rome, de jeunes chercheurs américains rédigent un rapport, «The Limits to Growth», qui crée le scandale: nous sommes à la veille du premier choc pétrolier et pour beaucoup le credo de la croissance économique ne saurait être remis en question) confirment leur premier diagnostic et alertent les acteurs politiques et économiques en proposant différents scénarios de transition vers un développement «soutenable». Désormais le concept même de «développement durable» paraît complètement obsolète pour Dennis Meadows: «C’est trop tard» répétera-t-il à Paris en 2012, avec un grand sourire un peu désabusé, «nous avons dépassé les limites depuis déjà longtemps».

          Alors, la croissance économique ne fut-elle pas déjà bornée à l’aune des années 1970, à l’heure où l’École des monétaristes prenait le pouvoir sur le monde économique? L’émergence de la financiarisation de nos économies, dites modernes, ne fut-elle pas les prémisses d’un détournement planifié des richesses (et le pillage des ressources naturelles) avec la bénédiction successive des détenteurs de rentes de situation à l’instar des pouvoirs politiques, comme déjà décrit dans la théorie des choix publics, ceci au détriment de l’Intérêt général? Après 50 ans d’injustices économiques établis sur des leurres et la croissance exponentielle de la financiarisation, combien d’années faudra-t-il encore pour nier les évidences et changer de paradigme? Les aficionados de l’ultra-capitalisme d’hier sont-ils devenus à ce point une nouvelle frange du marxisme-léninisme des temps modernes?

          Vous êtes encore un de ces grands naïfs qui croît qu’un changement de paradigme mondial s’opère en un claquement de doigt. Il faut des années et des années et nous n’avons pas encore de bases solides en l’état. Par contre, d’un autre côté, l’incendie est déjà au toit, effectivement. Alors bonne chance pour la suite qui, de mon point de vue d’inculte, va être catastrophique (mais ça fait trop longtemps que je p.sse contre le vent).

  2. “La Suisse sera également touchée par cette hausse importante des prix, bien que dans une moindre mesure en raison de la force du franc suisse sur les marchés des changes et, d’autre part, en raison d’une meilleure situation des finances publiques que dans les autres pays européens.”

    Exact.

    Pourquoi vouloir donc supprimer à tout prix cette maigre digue de protection contre l’hyper-inflation qui s’annonce – et surtout dans les pays les plus exposés financièrement – pourquoi? Pour relancer les profits des entreprises? Ne vaudrait-il pas mieux changer de paradigme?

    Relance et croissance économique sont des paradigmes qui n’ont plus aucun avenir à mes yeux. La relance de la bêtise ne créera jamais de la vertu, ni de la solidarité, ni une meilleure vie pour les citoyens.

    1. SAMY,
      Vous écrivez notamment ceci “La relance de la bêtise ne créera jamais de la vertu, ni de la solidarité, ni une meilleure vie pour les citoyens”.

      Voyez-vous, cet argument me pose un problème sous l’angle du poids des mots (et des maux) car il s’apparente – toujours à mon sens – à un SOPHISME. Pourquoi? Abstraction faite, en préambule, de la lecture de l’œuvre d’Adam Smith – “La Richesse des Nations” – où Smith prédit notamment “que la division du travail détruira les êtres humains et transformera les gens en créatures aussi stupides et ignorantes qu’il est possible de l’être pour un humain” (ô combien nous y sommes depuis l’émergence de “la société de consommation”, des réseaux sociaux (…) et ô combien l’économie 2.0 accélère ce processus).

      Ceci étant dit, la “maigre digue” dont vous faites allusion est loin de l’être car, en effet, la dette helvétique reste parmie les plus faibles du monde. Avec une économie encore “relativement saine” (mais avec des données fédérales déjà suffisamment édulcorées). À l’opposé, l’endettement des ménages suisses atteint plus de 140% du produit intérieur brut. Et si vous connaissiez un tant soi peu tous les mécanismes de la création monétaire, vous sauriez que l’endettement est indissociable de l’équation. Plus clairement dit pour vous (mais extrêmement brièvement pour les autres) les banques commerciales créés de la monnaie (les crédits font les dépôts) en échange d’une promesse de remboursement dans le futur. Autrement dit, ce système enrichit notre place financière (commissions, intérêts, etc), arrange bien le pays (l’État) et qui supporte la plus grande prime de risque? Les ménages et les PME. Qui a intérêt que ce système perdure? Les grands actionnaires, dont les fonds d’investissement qui ont déjà pris en otage nos fonds de pension, par exemple. Qui supportera un éventuel “bail-in” (rappelez-vous la crise financière de 2008: “bail-out, plus jamais ça”) dans le futur mais avec des reins insuffisamment solides? Les ménages et les PME. C’est-à-dire “les dindons de la farce”! Ou formulé différemment, toute cette “armée de non sachant faisant le jeu de leur maître”.

      Ça commence à entrer ou pas? Car le sophisme est aussi une arme redoutable dans les “sciences comportementales” dévoyées, alors n’en faites pas usage svp!

      1. Où ai-je affirmé que l’endettement des ménage était un bienfait?
        Ce que je dis, c’est que les cycles d’endettement ne seront plus soutenables, et cela à très court terme. Donc le prisme d”une relance par l’endettement de l’Etat est une voie qui ne mènera qu’à plus de souffrance ici ou ailleurs.
        Car les réserves de croissance sont pratiquement épuisés (il reste la drogue, que les gouvernement légalisent en espérant engranger quelques recettes supplémentaires).
        Avec une décroissance forcée, il faudra bien changer de logiciel, vous ne croyez pas?
        En 1930, il y avait encore beaucoup de potentiel de croissance dans de nombreux secteurs – et relancer l’économie avait tout son sens – je ne prétends pas le contraire.
        Cela n’est plus le cas aujourd’hui. De plus, la plupart des pays font face à un vieillissement important des populations.
        Vous ne pouvez pas faire comme si ce contexte n’avait aucune signification. Nous ne sommes plus en 1930. Nous sommes en 2022. Il faut que vous teniez compte du contexte. D’ailleurs, pour la crise de 2008, les USA ont appliqué une politique de relance massive sous Obama. Cela n’a pas changé le cours de l’histoire. L’Amérique allait mal en 2016, et elle a voté pour Trump, qui a encore aggravé la situation. L’endettement actuel est complètement irrémédiable pour les USA. L’inflation en cours achèvera de tuer ce qui reste de la classe moyenne pour en faire un pays à la dérive.
        Les autres pays du G7 sont dans une situation assez similaire, sauf l’Allemagne. Mais avec la guerre en Ukraine, l’Allemagne sera prise dans la tourmente aussi.
        Mais, si cela peut vous rassurer, j’imagine que ce sera le bientôt le moment des pays pauvres, qui sont souvent très peu endettés. Ce sont ces pays qui montreront la voie de la sortie. Et certainement pas les pays occidentaux avec leurs artifices comptables et leur habitude de vivre sur le dos des autres.

  3. À plus d’un titre – déjà comme hétérodoxe et intervenant régulier sur ce blog qui dépasse de loin les frontières helvétiques – autant dire que je rejoins l’analyse du professeur Rossi. De la première ligne à la dernière!!!

    Ceci étant dit, ayant déjà passablement occupé l’espace/invité ces derniers temps, il me semble utile de préciser – à mon sens – ce passage du billet: “L’empreinte néolibérale de la Suisse aura du mal à faire augmenter les dépenses publiques comme facteur de soutien et de relance économique”.

    Et pour cause, comme l’a déjà souligné il y a quelques années l’éminent professeur (constat que je confirme également). Dixit Sergio Rossi: “En réalité, l’approche néolibérale n’a pas réduit l’intervention de l’État dans le système économique, mais a permis aux pouvoirs forts dans ce système de contrôler les institutions publiques afin d’utiliser le rôle de l’État pour atteindre l’objectif final du néolibéralisme, qui consiste à mettre le plus grand nombre possible de personnes dans une situation de besoin – donc dans une position de faiblesse et de servitude face à ces pouvoirs forts, leur permettant ainsi de faire leurs propres intérêts sans aucun type de contrainte.” C’est-à-dire que sans les leviers de l’État – déformés à dessein – le néolibéralisme ne pourrait poursuivre ses objectifs. Un paradoxe, puisque, en effet, c’est bien cet extrémisme qui – à visage découvert – diabolise l’État en recherchant depuis les années 1970 à limiter ses interventions dans l’économie réelle, mais fait pression d’une manière ou d’une autre contre lui – à visage couvert du grand public – pour satisfaire des intérêts qui lui sont propres. Cette idéologie “mainstream” sera renforcée par “les prophètes de l’École de Chicago” étant entendu que le néolibéralisme est un extrémisme. Moralité avec une maxime qui sied à merveille à la frange des économistes “mainstream” (orthodoxes)? “Le chat se mord la queue” à présent!

    Et, pour éviter quelques redondances inutiles sur l’absurdité de la “supply-side economics” de cette dernière décennie (empreinte des monétaristes/orthodoxes), j’invite les lecteurs à un simple petit voyage dans le temps et l’espace:

    https://www.bilan.ch/economie/pour-combattre-la-crise-du-covid-19-il-faut-une-relance-par-la-demande

    1. Comme l’approche néo-libérale n’a plus de marge de manœuvre pour justifier sa dépendance au dogme de la croissance économique, il ne lui reste plus que la fuite en avant. Cette fuite en avant consiste à appeler l’Etat à la rescousse pour continuer avec l’endettement public, ce que l’endettement privé n’est plus en mesure de faire. Ce n’est pas une pensée hétérodoxe. C’est juste l’aboutissement du mensonge de la pensée néo-libérale, qui se révèle une imposture du début à la fin. Une imposture qui n’a même pas honte de venir vider encore les poches des citoyens pour vivre encore quelques années de plus dans l’illusion.

      L’Etat, puisque vous en êtes partisan, devrait siffler la fin de la partie, afin de préserver son rôle d’arbitre et protecteur de la population (et pas protecteur des pyromanes). Mais si son rôle est désormais de relancer une énième fois une machine qui nous détruit tous, alors je préfère devenir anachorète que de continuer à soutenir un tel Etat. Il faut arrêter de donner des cartouches à nos adversaires. Il faut les sevrer de leur dépendance toxique au crédit, tout en protégeant la population et les petites entreprises.

      Ce sera une forme de grounding, comme pour Swissair. C’est le prix à payer pour arrêter un tel désastre. Je ne vois pas pourquoi les citoyens et citoyennes devraient se cotiser encore un peu pour prolonger le mensonge plus longtemps. De toute manière, le mensonge n’est plus viable avec la fin progressive du pétrole. Et ils le savent très bien dans les hautes sphères.

      1. Bonjour SAMY,

        Vous écrivez: “C’est juste l’aboutissement du mensonge de la pensée néo-libérale, qui se révèle une imposture du début à la fin.”

        Ce que les “économistes et-ou financiers hétérodoxes” dénoncent depuis des décennies! Mais la dominance reste toujours accordée aux “économistes et-ou financiers orthodoxes”.

        Bien à vous

        1. Le dogme que je dénonce, c’est celui de la croissance infinie de l’économie (peu importe les méthodes). Ce dogme s’écroule sous nos yeux – avec l’épuisement de l’énergie bon marché. Et il va tout emporter si nous refusons de regarder la réalité.

          Il faut préparer un atterrissage en catastrophe de toute urgence. Au lieu d’inventer un moyen hétérodoxe de prolonger encore le mensonge de 5 ans. Car la hausse des dépenses publiques que préconise ce billet est la prolongation du mythe de la croissance économique. Ce n’est pas un changement de cap. Absolument pas. C’est un énième déguisement demandé par les forces néo-libérales pour lier le destin des populations à celui des bonimenteurs.

          Souhaitez-vous prendre en otage l’Etat et la population? Telle est la question.

          1. SAMY,

            Vous me questionnez avec cette impertinence caractérisée: “Souhaitez-vous prendre en otage l’Etat et la population?”

            Ma réponse tout aussi violente: les peuples, par les fausses croyances soutenues, et l’État par le suivi aveugle des dogmatiques, sont tombés dans le piège du “syndrome de Stokholm” pitoyable, voyez-vous. Faites donc un voyage dans le temps et l’espace, car les dernières crises – comme je l’écrivais en son temps – “nous scotche toujours à cet obscurantisme qui prévalait aux 16ème et 17ème siècles, alors même que le Clergé endossait le rôle de l’État d’aujourd’hui, et que les hétérodoxes à l’instar de Copernic et Galilée faisaient face aux doctrines de Ptolémée. Un obscurantisme qui, au 21ème siècle, à l’ère de la financiarisation, semble avoir re-gagné ses lettres de noblesse totalement perdues lors du passage au siècle des Lumières. Avons-nous tellement vite oublié les leçons de l’histoire? Toujours est-il si j’en reviens à Galilée – en 1610 – la Papauté lui avait interdit l’enseignement de ses travaux jugés “subversifs” par l’idéologie dominante et les lois de l’Église (l’inquisition) avant son transfert – en 1633 – devant son tribunal: “la Sacrée Congrégation du Saint-Office”. Le siècle des Lumières (1900) mettra fin à des siècles d’obscurantisme et validera les travaux unanimement reconnus des “hétérodoxes” de l’époque que furent Galilée et Copernic”.

            Je reste un défenseur de l’Intérêt général et du bien commun, même si une grande majorité d’asservi préfère rester ancrée à leurs propres servitudes et fausses certitudes intellectuelles. Ne vous en déplaise SAMY, alors mettez-moi sur le bûcher!

          2. @ Raymond
            Vous n’êtes pas sur le bûcher. Vous êtes revenu dans la droite ligne du parti réformiste de 2022, celui qui est au pouvoir pratiquement partout en Europe et en Occident, et qui est pour l’endettement effréné de la société et le mythe de la croissance désormais verte – histoire de prolonger encore un peu plus le mensonge.
            Que la croissance des 50 dernières années aie été inégalitaire et injuste, nous sommes bien d’accord.
            Mais désormais l’énergie n’est plus disponible. C’est un constat sans retour.
            Et vous n’allez pas réformer le système en ouvrant les vannes de l’hyper-endettement de l’Etat.
            Cela ne marchera tout simplement pas – que vous soyez sincère et que vous pensiez agir pour le bien via cette perestroïka n’y changera rien.
            En plus, selon ce que vous dites, vous savez très bien que nous courrons à la catastrophe.
            Je n’ai jamais prétendu que nous pourrions réformer ce système en un claquement de doigts. J’affirme que ce système n’est pas réformable et qu’il faut se préparer au pire, afin de sauver l’essentiel (les gens qui sont sur un bateau qui coule).

          3. @ SAMY,
            Le sophisme ne vous suffisant plus, SAMY, maintenant vous passer à l’attaque ad personam? Cultivez-vous en économie/finance d’abord, puis étudiez l’histoire ensuite. Ce que nos homo-politicus n’ont pas fait en répliquant certaines erreurs du passé, surtout dans la période de la crise des dettes souveraines en zone euro (dans un monde globalisé).

            Une leçon gratuite d’économie (et d’histoire) pour vous (sous l’angle du dogme) et des erreurs constatées bien trop tard. À l’heure des populismes et des traumatismes du présent, rappelons-nous le passé avec une de mes interventions. “Nous sommes plongé en 1930, alors que l’Allemagne se remettait doucement de la période d’hyperinflation de 1923 et 1924 (et ses traumatismes après ceux de WW1) l’onde de choc de la grande dépression traverse l’Atlantique et frappe l’Europe toute entière. Le pays est touché en profondeur. De 650 000 en 1928, le nombre de chômeurs progresse rapidement pour atteindre le seuil de 3 millions en 1930. C’est dans ce contexte de crise économique que le Président Hindenburg va désigner Heinrich Brüning à la Chancellerie. A son arrivée au pouvoir, le nouveau Chancelier se fixe plusieurs objectifs : résorber le chômage, rétablir la balance commerciale et les déficits du pays mais surtout l’obtention de la révision du plan Young, c’est à dire la suppression de la dette due au titre des réparations de guerre. Afin de rendre une telle décision possible, Brüning juge indispensable de rétablir les comptes de la nation. La stratégie suivie est d’adoucir la position de ses créanciers par un affichage de rigueur et de vertu. Dès lors pour Brüning, il n’y a pas d’alternative, c’est une politique d’austérité qui s’impose dans un contexte pourtant déjà déflationniste. Le 16 juillet 1930, Brüning soumet son projet au Reichstag : réduction de 10% du salaire des fonctionnaires, diminution des indemnités chômage, augmentation des impôts. Le projet est cependant rejeté. Brüning tente alors de passer en force, sans succès. La dissolution devient inévitable, elle aura lieu le 22 juillet. Mais les électeurs vont d’ores et déjà se montrer récalcitrants face au programme qui les attend. Si les élections de la mi-septembre voient le SPD (parti social-démocrate) progresser, c’est le parti nazi (NSDAP) qui réalise une forte percée à 18% des voix. Le parti de Heinrich Bruning, le “Zentrum”, n’obtient de son côté que 11% des suffrages. La pression sur le Chancelier est alors maximale, mais il reste déterminé. Face au nouveau blocage du Parlement et en vertu de l’article 48 de la constitution Heinrich Brüning va alors gouverner par décrets, et ce, avec le soutien du Président Hindenburg. A la fin de l’année 1930, les premières mesures sont prises, la politique d’austérité entre dans le dur. Les résultats sont catastrophiques pour le pays. La politique menée par Brüning aggrave une situation déjà calamiteuse.

            Le 1er juin 1931, le clou s’enfonce encore un peu plus. Un nouveau décret-loi s’attaque à la protection sociale ; baisse de 14% de l’aide aux chômeurs, les femmes ne sont plus indemnisées, tout comme les moins de 21 ans, baisse des allocations familiales, hausse des impôts de 4 à 5%. Malgré son évident caractère “récessioniste”, la politique est poursuivie avec vigueur. Lors de cette année 1931, la crise économique atteint son paroxysme en Allemagne et le PIB se contracte de 7%. Au cours de l’été 1931, la faillite bancaire démarrée en Autriche se propage à l’Allemagne. En moins de deux années, la politique d’austérité enterre l’économie du pays. Suite aux élections présidentielles de 1932, et la victoire d’Hindenburg, Brüning se voit contraint de “démissionner”. Fin 1932 Le chômage atteint un niveau de 30% de la population active, soit 5 millions de personnes dont la moitié n’est pas indemnisée. La production industrielle s’est effondrée de près de 30% en deux ans. La population est excédée. La conférence de Lausanne de juillet 1932 permettra une révision drastique des montants dus au titre des réparations de guerre, mais ne changera rien, le mal est fait. Le 30 juillet, les nazis obtiennent 37% des voix aux élections législatives. La fin de l’année 1932 et le début 1933 se résumeront à quelques misérables tactiques politiciennes, au “gouvernement des barons” de Franz Von Papen, et à la fin de la République de Weimar. Les deux années qui séparent l’arrivée d’Heinrich Brüning à la Chancellerie et la prise de pouvoir du parti nazi se résument à la convergence de plusieurs facteurs. Une crise déflationniste à laquelle Brüning va répondre par une politique d’austérité, un passage en force devant le Parlement rendu possible par les décrets lois, et une volonté d’afficher une politique “stricte” devant les créanciers internationaux afin de se mettre en capacité de demander la révision du plan Young).

            En 2019, [donc, avant la pandémie mondiale et le choc géopolitique et économique que nous traversons à partir de 2020 jusqu’à ce jour] sur le plan de la “science économique”, il demeure toujours aussi dramatique de constater que l’idéologie “mainstream” (propre aux monétaristes), qui a pris le relais de l’orthodoxie néo-libérale, “ignore” encore et encore les outils de politique monétaire contracyclique, c’est-à-dire via le levier de la relance budgétaire. A moins, que nous assistions à un formidable transfert des richesses piloté par le truchement des marchés financiers et immobiliers (bulles des actifs, respectivement hyperinflation du prix de ces derniers) puisque la vélocité du capital n’a d’égal au facteur travail, lequel tend à disparaître. Il va s’en dire, que la déflation salariale qui accompagne la politiques de l’offre (qui ne créé plus sa propre demande) a un effet récessionniste.Tout comme une demande agrégée atone se renforce par un sentiment de perte de confiance des ménages dont le niveau d’épargne de précaution n’est qu’un révélateur. Tout comme l’investissement calamiteux des entreprises”

            Méditez donc là-dessus, puisque les technocrates de Bruxelles ont déjà reconnu leurs erreurs durant la crise des dettes souveraines (c-à-d l’austérité, en très bref, et dont les effets auront fini par mécaniquement augmenter la dette et retarder la sortie de crise). Des erreurs lourdes de conséquences pour affronter de nouvelles crises 2020…2022. Les dogmes persistent tout comme les fausses croyances et les pyromanes. Affligeant!

          4. NB. Je précise qu’il n’y a aucune attaque ad personam. J’attaque vos arguments, et seulement vos arguments.
            L’obscurantisme actuel, c’est peut-être de croire, en 2022, que l’argent va résoudre nos problèmes qui sont civilisationnels, non?
            L’argent ne peut pas tout. Nos problèmes sont des problèmes de surconsommation et de manque de relation entre les personnes, et de circuits trop complexes, d’abus de pouvoir, et de manque de respect pour toutes celles et ceux qui nous nourrissent.
            Avec moins de ressources naturelles, il faudra plus de solidarité et de modestie. Et donc freiner la consommation et recréer du lien social.
            Et je ne crois pas que vous allez créer cette qualité de relation en déversant de l’argent.
            C’est tout.
            Vous y croyez encore, il me semble. Mais peut-être que je me trompe. Beaucoup de gens seront d’accord de vivre plus modestement, si une qualité de relation plus respectueuse émerge. Il s’agit de revenir à un minimum de sagesse. Et c’est possible, si on le souhaite.

  4. Pour mes détracteurs à la mémoire courte, j’ai retrouvé dans mon hémérothèque personnelle mon intervention adressée – par le passé – à un ancien conseiller de banques centrales.

    Extrait:

    Si, en effet, les mathématiques constituaient un outil pour démontrer des régularités, tout en gardant à l’esprit qu’elles sont contingentes et historiquement déterminées, l’économiste hétérodoxe John Maynard Keynes restera néanmoins un critique avisé de la société d’économétrie en précisant que “la vérité n’est pas obtenue comme résultat d’une sophistication formelle, elle tient pour l’essentiel à la capacité de générer une efficacité pratique des énoncés”. En ce sens, l’utilisation extrême des mathématiques (comme science dure) tombera toutefois dans le giron des idéologues qui auront une fâcheuse tendance, à l’instar des économistes orthodoxes (mainstream), à se réfugier durant des décennies derrière l’outil mathématique et à tirer argument de l’usage de cette science dure pour affirmer à la fois la scientificité de leur discours, suggérer son exactitude et donc le caractère intangible des lois qu’ils révèlent au prisme de leurs théories économiques. Comme l’écrira du reste Keynes dans sa Théorie générale, comme autant de prémonition avant la domination de la “science économique” – en tant que science molle et discipline des sciences humaines et sociale – par les pères du monétarisme et de l’idéologie néo-libérale ; “une beaucoup trop grande part de travaux récents d’économie mathématique consiste en des élucubrations aussi imprécises que les hypothèses de base sur lesquelles ces travaux reposent, qui permettent à l’auteur de perdre de vue les complexités et les interdépendances du monde réel, en s’enfonçant dans un dédale de symboles prétentieux et inutiles”.

    Et ce n’est pas l’économiste Paul Samuelson qui le démentira post-mortem, lorsqu’on se souvient de son expression faisant déjà état que la science économique “tombera dans le trou noir des mathématiques”. Ni l’économiste Richard H. Thaler, qui, après quarante ans de recherches en “économie comportementale” et de combat contre la doxa régissant les prestigieuses universités américaines – mais pas que – qui nous offre au sein de son récent ouvrage “Misbehaving”, après celui des économistes George Akerlof et Robert Shiller, qui, eux, “reprennent” à leur compte “Les esprits animaux”, une formule choc que Keynes utilisa dans le très fameux chapitre XII de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie paru en 1936; une meilleure compréhension de nos modes de raisonnement réels, certes déviants de la rationalité économique, mais qui font de nous des humains, et non pas ces extraterrestres qui peuplent les manuels d’économie moderne.

    Dès lors, comment faire l’impasse sur l’économiste américain Robert Heilbroner (1919-2005), principalement connu pour “The Worldly Philosophers”? Dans sa première édition de 1953, l’ouvrage annonçait “un voyage à travers l’éthique” et pour cela partait à la découverte d’une poignée d’hommes qui, par leurs idées, donnèrent sens au monde économique moderne. Tous différents – “il y eut parmi eux un philosophe et un illuminé, un pasteur et un agent de change, un révolutionnaire et un gentilhomme, un esthète, un septique et un vagabond” – ils élaborèrent pour cela, intrigue, pièce, drame, scène, pour lever les doutes et les anxiétés que faisait naître un nouveau et vaste monde économique apparemment chaotique et pourtant en constante évolution; leurs récits permettant en définitive aux communautés humaines de comprendre et d’agir en vue d’adapter et de contrôler le capitalisme. L’ambition de ces hommes ne pouvait pas être celle de simples techniciens ou experts: leurs imaginations, nourries par ce large éventail de biographies singulières, leur donnaient l’audace d’embrasser l’ensemble de ce processus dans ses dimensions économiques, mais tout autant politique, sociale, culturelle, que paraissait rythmer l’accumulation progressive de richesses.

    Cet économiste américain, Robert Heilbroner, au fil de son épopée, posera un énième constat: “les mathématiques avaient insufflé une rigueur à la science économique avant de la tuer!”.

    —-

    Heilbroner avait bien évidemment raison par ce constat, mais là encore, aucune leçon ne fut véritablement retenue. Alors, à mes détracteurs, séchez vos larmes, respirez un bon coup, gagnez un tout petit peu de temps encore en restant prostré sur “le doigt qui vous désigne la lune”, et attendez patiemment le déluge (métaphore).

  5. Définition (par nos institutions) des principes de la relance budgétaire et du frein à l’endettement (et leurs raisons d’être) que notre “expert” SAMY pourra chercher à contredire à loisirs:

    https://www.efv.admin.ch/efv/fr/home/themen/finanzpolitik_grundlagen/schuldenbremse.html

    Démonstration de “l’idiot” que je suis moi-même pour m’être fait piéger à répondre à notre “expert” SAMY toujours figé dans un vide sidéral et au demeurant ligoté au même sujet sensible. Néanmoins, au-delà de notre crise intestine, mes répliques (et interventions) demeurent très pertinentes sur le plan économique; je vous en fait don!

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2021/11/22/lequilibre-des-finances-publiques-est-un-probleme-majeur/#comments

    1. “La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent.”
      Pascal.
      Je n’ai aucune expertise, certes. Et si, depuis très longtemps, le monde est gouverné par les experts – toujours plus intelligents et brillants – il ne va pas très bien pour autant.
      Donc laissez-moi mon scepticisme fondamental. C’est ce qui me reste de plus précieux pour gérer ma vie au milieu des experts de ceci et de cela.

      1. Enfin, merci pour cet aveu, Samy, où vous écrivez précisément: “Donc laissez-moi mon scepticisme fondamental”.

        Vouloir ériger le doute en système de pensée est une chose. Surtout si ce dernier croise différents points de vue et que le but recherché demeure constructif en visant l’Intérêt général e-o le bien commun.

        Mais…

        Vouloir ériger le doute en système radical de pensée en est une autre, puisque le sujet bascule alors vers un “système de croyance(s)”; ce que précise notamment le fondamentalisme qui se caractérise par un radicalisme de l’argumentation et une hostilité à l’égard de l’opinion contraire. Et c’est précisément “grâce” à ce genre de “philosophie dogmatique”, cet “extrémisme” voulu par les tenants de la “pensée dominante”, que le monde marche toujours sur la tête. Relisez donc mon post en référence aux “hétérodoxes” de l’époque avec Galilée et Copernic qui subissaient déjà l’extrêmisme des fausses croyances.

        1. Cher Raymond,
          Effectivement, je suis sceptique quant aux solutions monétaires que vous avancez à propos des problèmes complexes de notre temps.
          Quant à aux jugements psychologiques/philosophiques, ils vous appartiennent.
          J’aime aussi la philosophie pratique de Diogène.
          Si vous appelez cela du fondamentalisme, ha, ha, ha!

  6. Dans la poursuite de ma série débutée depuis quelques mois: “Un voyage dans le temps et l’espace”.

    Avec ce “chamboulement géopolitique majeur provoquant un violent choc énergétique; le prix de l’essence qui flambe, puis l’inflation galopante qui s’empare de toute l’économie; une croissance économique qui ralentit soudainement”. Nous sommes dans les années 1970, mais les parallèles avec la période actuelle – 2022 – sont évidents. A l’époque, “la déflagration vient de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, qui décide, en 1973, d’augmenter de 70% le prix du baril de brut en représailles à la guerre du Kippour en Israël, pour demander la libération des territoires occupés”, comme le soulignait justement le quotidien français “Le Monde”.

    Aujourd’hui, à l’heure des parallèles, nous assistons au resserrement de la politique monétaire des principales banques centrales dans le monde afin de tenter de juguler une inflation galopante au seul prétexte que les médias “mainstream” nous renvoient (mais comme en chimie, quand tous les bons éléments sont conjugués, ça explose). Certains pays envisagent même – à nouveau – de jouer trop rapidement avec le frein à l’endettement (orthodoxie budgétaire). Autant demander à un conducteur de tirer le frein à main de son véhicule lancé à 100 km/h sur l’autoroute pour voir les effets! Bien évidemment, comme nos homo-politicus ont une mémoire à très court terme (ou du moins conditonnée à la longueur de leur mandat politique) inutile de leur rappeler le risque lié à la stagflation 1.0 qu’ils devraient pourtant maîtriser, intellectuellement parlant, ni d’exiger de leurs biais cognitifs à se projeter vers un risque probable d’une “stagflation 2.0”. Cette fois, en faisant abstraction de la ressemblance aux parallèles, sans compter la confiance déjà érodée en la monnaie durant ces quelques dernières années, ni l’anticipation du risque d’un décrochage des bourses. Vouloir comprendre le risque d’une “stagflation 2.0” impose (déjà) d’admettre que le “chômage naturel” n’est qu’une fable au sens de la “science économique”, selon la conception des hétérodoxes. C’est-à-dire remettre en question cette idée [“d’un chômage naturel”] – devenue une pensée dominante, donc une croyance, puis enfin un dogme – issue des travaux de l’économiste américain Milton Friedman – père de l’École de Chicago et “grand prophète” des monétaristes – qu’il existe un “taux de chômage naturel” compatible avec la stabilité des prix à la consommation.

    (Voir le pertinent billet ci-dessous de Sergio Rossi; puis lire le courageux billet de Sergio Rossi du 14 mars 2016 placé au cœur de l’intervention de RAYMOND datée du 01 avril 2019 à 12h11 min).

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2019/04/01/les-statistiques-du-chomage-sont-un-leurre-redoutable/#comments

    Nous ne devrions jamais oublier que les décisions des choix publics dictent non seulement notre présent – comme une “guerre des religions” au sens métaphorique du terme – mais influent surtout notre futur au sens des “sciences économiques et sociales”. Tout comme peut le faire un système radical de pensée ayant basculé dans le fondamentalisme. Par opposition à la pensée dominante – dont nous héritons des crises à répétition – pilotant depuis des décennies les choix publics, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si j’assortis mes interventions de différentes métaphores, à l’instar, par exemple, de comparer le néolibéralisme à un “extrémisme fondamentaliste”. Une destruction stricto sensu de l’Intérêt général et du bien commun!

    1. Grâce au lien que vous donnez vers l’article du professeur Rossi sur les statistiques du chômage – article que je découvre à mon grand regret sur le tard, de vieux souvenirs que je croyais oubliés refont surface. Ah, le chômage… Autrefois, le directeur de l’ex-OFIAMT (Office Fédéral de l’Industrie, des Arts, des Métiers et du Travail, ancêtre du SECO et, comme ce dernier, en charge de la gestion du chômage), avec à l’appui de sa thèse des statistiques dont lui seul avait le secret, affirmait que les chômeurs, c’était “un tiers de fainéants, un tiers de drogués, et un tiers d’alcooliques” (si mes souvenirs sont bons).

      De plus, sans diplôme, nous assurait-on, pas de boulôt. Donc, de retour aux études sur le tard après avoir pratiqué avec bonheur mon métier de journaliste, qui m’a fait connaître aux quatre coins du monde quelques-uns des principaux points chauds des années soixante et septante, qui n’en manquaient pas, j’ai décidé de reprendre et de finir enfin ces études qui n’en finissaient pas.

      A trente-huit ans (j’ai toujours été en retard à l’école), j’ai donc obtenu une licence ès lettres – j’ai toujours eu un faible pour les disciplines jugées peu ou pas rentables – comme Saint Ignace de Loyola, comme l’abbé Tricot, ancien fonctionnaire des Postes et traducteur d’Aristote, comme Louis-Ferdinand Céline et quelques autres retardataires notoires, sans doute. Plein d’espoir, mon diplôme en poche, je m’apprêtais à pousser en conquérant la porte de ce que je croyais être la voie royale de l’emploi. Il me restait encore à en découvrir la condition humaine pour que le cycle guerrier fût complet. Car la première et aussi la seule porte qui s’ouvrit à moi fut celle du chômage.

      Or, je n’avais jamais connu celui-ci avant d’avoir repris mes études. Il est vrai que c’était encore au faîte des Trente Glorieuses, avant le choc pétrolier de 1974. Le chômage était alors sinon inconnu, du moins associé à quelque maladie honteuse, comme le communisme, par exemple. Il affectait d’abord des gens réputés sans formation. Mais après dix ans de crise, le chômage, c’était, pour le savetier comme pour le professeur d’Université, faire la queue en colonne par un et bouche cousue, deux fois par semaine, (pour moi dans les locaux du Service Cantonal de l’Emploi, pas vraiment réputés cinq étoiles, au quartier de la Jonction, à Genève), pour faire timbrer sa carte jaune par une fonctionnaire acariâtre qui vous lançait, sans même que vous eussiez dit un mot: “Si vouz’êtes pas content, j’vous supprime deux jours de timbrage!”

      Avoir fait dix ans d’études et roulé sa bosse aux quatre coins du monde, vu des présidents de république, des célébrités de la politique, du spectacle, des sciences, des arts et même d’anciens profs à moi se fendre autrefois en quatre pour m’être agréable au seul sortir de ma carte de presse en guise de diplôme, pour finir par entendre ça, n’y avait-il pas de quoi devenir timbré?

      Puis il fallait justifier de dix recherches d’emploi chaque mois. Or, avec une licence en sciences du Proche-Orient ancien pour tout bagage professionnel, j’avais beau éplucher les petites annonces dans les journaux, ce n’était pas là que j’allais trouver mon Eldorado. Envoyer dix offres d’emploi comme papyrologue, qui donc l’a déjà essayé? Autant postuler pour un poste de pataphysicien ou de clairvoyante.

      Entre-temps, le temps passait, comme l’eau du Rhône sous le pont de la Machine. Au bout de deux ans, plus d’indemnités. Nichts, nada, nothing. Donc, me voilà dirigé grâce à la charismatique Big Sister de la Jonction vers mon premier emploi assigné d’office et “si z’êtes pas content j’vous expédie illico à la décharge publique ou dans les hospices, au choix, pour vider les pots de chambre et torcher les petits vieux, m’sieur Champollion”, qu’elle me disait, ma garde-chiourme, toujours soucieuse de maintenir en forme mon moral et ma motivation à me réinsérer au marché dit du travail.

      Je ne pouvais que l’assurer de mon zèle, ainsi que de mes empressés et très incompétents services pour accepter sans faire de chichi toute cause réputée convenable et susceptible de contribuer à la prospérité économique de la république… en attendant le prochain emploi temporaire subventionné.

      Comme la formation continue avait le vent en poupe et pour ne pas trop abuser de celles, éminemment qualifiantes et motivantes qu’imposait d’office le Service Cantonal de l’Emploi, je suis donc retourné à l’Université et, grâce à mes connaissances ès mathématiques égyptiennes – les petits hommes verts de la Vallée du Nil n’avaient-ils pas calculé, à un mètre près, la circonférence de la Terre à partir de l’ombre d’un obélisque et même inventé le calcul infinitésimal qui, selon Leibniz, est déjà implicite dans les hiéroglyphes? – à lire du code binaire, octal ou hexadécimal il n’avait pas tout tort – j’ai été admis en cours postgrade à la prestigieuse Faculté des sciences, département de mathématiques d’une non moins prestigieuse de nos Hautes Ecoles – sans plus savoir faire une règle de trois.

      Revenu aux études à trente ans passés avec pour tout diplôme ma carte de presse, j’en ressortais vingt ans après avec l’équivalent de trois master, complément de formation idéal pour relancer mon parcours de chômeur, devenu entre-temps pour moi un second métier.

      Ne dit–on pas que la seule aventure encore ouverte à l’homme moderne est la recherche d’un emploi?

  7. Bonsoir “PAS D’SOUCI”,
    Excellente rhétorique! Toutefois, que cherchez-vous à me faire comprendre entre les lignes? “L’armée de réserve” selon Karl Marx ou que votre carte de presse en main – complétée d’un long cursus – vous avez peut-être fait partie du “quatrième pouvoir mainstream” pour qu’à présent, comme retraité, vous puissiez encore bien vivre sur les privilèges (viagers) d’un système de prévoyance d’un autre temps? Un système que notre jeunesse ne connaîtra jamais!

    Voir mon intervention sur le rôle des médias:

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2018/01/08/linitiative-no-billag-fait-table-rase-du-pluralisme/#comments

    Bien à vous

    PS: Désolé d’avance si j’ai mal compris le fond de l’histoire car, aujourd’hui, le Travail n’est plus une valeur fondamentale face au Capital.

    1. Toujours dans la série: “Un voyage dans le temps et l’espace”.

      PAS D’SOUCI, voici un autre épisode de la saison : “Fake news & chômage” – avril 2019 – (Avec un brillant billet de S.R ainsi que plusieurs de mes interventions)

      Synopsis: “À l’époque des “fake news”, la population suisse pourrait mieux se porter si le Seco adoptait le critère de l’Oit pour mesurer le taux de chômage dans l’économie nationale. Sinon, les autorités politiques de ce pays vont continuer à croire que le chômage n’est pas un problème en Suisse” (dixit professeur et dr. en économie, Sergio Rossi)

      https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2019/04/01/les-statistiques-du-chomage-sont-un-leurre-redoutable/#comments

    2. Merci pour votre réponse. J’ai lu avec attention et intérêt les articles et commentaires auxquels vous avez bien voulu me renvoyer, et d’abord ce blog, consacré aux retombées socio-économiques de la guerre en Ukraine. En effet, avec la guerre parallèle de l’information que mènent Russes et Occidentaux, la crise actuelle ne devrait-elle pas offrir à tout journaliste, même débutant, un “cas d’école” de choix, d’abord avec le traçage des “fake news”?

      Vous citez Chomsky, dont le “Manufacturing consent” (traduit en français par “La fabrique du consensus”), paru en 1988, a marqué toute ma génération. Pourtant, sa grille de lecture des médias “mainstream”, vivement contestée par certains, et considérée comme dépassée aujourd’hui. En effet, sur la crise actuelle en Ukraine, que fait-il d’autre sinon reprendre avec la régularité d’un plan quinquennal les poncifs de ce qu’il écrivait déjà dans ses “Managua Lectures” de 1987?

      D’autres, au contraire, pensent que sa théorie de la presse “mainstream” est plus actuelle que jamais. Il ne m’appartient pas d’en juger. En revanche, voici ce que disait un praticien du “quatrième pouvoir”, Lyn Nofziger, ancien secrétaire de presse de Ronald Reagan quand celui-ci était gouverneur de la Californie, puis après avoir retrouvé son ancien patron à la Maison-Blanche (je résume ici, en les traduisant, ses propos):

      “Les reporters, même s’ils peuvent avoir une influence sur le gouvernement, sont d’abord des observateurs. Comme disait un journaliste du “Washington Post”, “nous sommes des voyeurs”. Certains sont aussi des prima donna, des experts sur tous les sujets à leurs propres yeux, imbus d’eux-mêmes, au-dessus de toute critique et membres d’une élite qui s’arroge à elle seule des privilèges uniques et étendus inaccessibles au citoyen ordinaire, pour lequel ils prétendent écrire.

      En réalité, croyez-le ou pas, ce sont de simples citoyens avec les mêmes droits et liés par les mêmes lois que nous autres, simples mortels. Ils n’ont pas de privilèges particuliers… Ils n’ont pas, par exemple, plus que d’autres le “droit de savoir” même si certains voudraient que le reste d’entre nous le croient.

      N’importe quel membre des medias qui parle de “droit de savoir” raconte des c… absolues. Rien dans la Constitution ni dans aucun de ses amendements ne garantit à quiconque le droit de savoir. Par sous-entendu, la loi garantit le droit de rechercher et de publier ce que vous trouvez. Mais tous les citoyens ont ce droit, ils n’ont simplement pas les moyens matériels – une station de radio ou de TV, un journal ou une revue – pour diffuser leurs faits et leurs opinions.”

      (“Nofziger” par Lyn Nofziger, Regnery Gateway, 1992).

      C’était écrit voici déjà trente ans. Aujourd’hui, avec l’avènement d’Internet et des médias sociaux, tandis que la presse “mainstream” lutte pour sa survie et que n’importe qui muni d’un iPhone peut se dire journaliste, ses propos ne semblent-ils pas on ne peut plus actuels? Que reste-t-il alors du fameux “quatrième pouvoir”, sinon son ombre?

      Et pourtant, ce miroir aux alouettes continue à fasciner bon nombre de gens, de politiciens et de figures publiques qui ne seraient rien sans lui. Balzac, qui était journaliste, ne disait-il pas que “les journaux sont les lupanars de la pensée”?

      Cordialement.

      1. Avec mes remerciements les plus sincères pour ce brillant éclaircissement étayé. Et surtout ô combien pertinent par sa sincérité!

        Bien cordialement

  8. “Un voyage dans le temps et l’espace”

    Épisode: La camisole de force est là pour nous rassurer et les fake news pour nous réchauffer.

    Alors que la Banque centrale américaine (Fed) resserre sérieusement les boulons de sa politique monétaire, que le pays se rassure comme il peut avec ses “statistiques officielles sur l’emploi” malgré tous les effets délétères, entre-autres, renforcés par le phénomène de “Great Resignation”; en Suisse, s’offrent même le luxe d’écarter d’un revers de main l’outil de “relance budgétaire” par le déficit comme facteur de soutien et de relance économique. Manque d’anticipation par ignorance ou inconscience? Laissons donc au futur le soin d’y apporter sa réponse.

    Toujours est-il que ce jeudi 12 mai 2022, le président de la Fed – Jerome Powell – dans une interview à Marketplace, l’émission économique quotidienne de la radio publique NPR, ne cache plus que ses interventions “ne se feront pas sans douleur”! En même temps, l’emploi se porterait plutôt bien aux États-Unis (comme en Suisse d’ailleurs) à en croire les mantras de l’homo-politicus.

    USA/Chômage

    https://www.bls.gov/news.release/empsit.t15.htm

    Par contre, au niveau des “shadowstats” sur le taux du chômage, c’est bien moins brillant.

    http://www.shadowstats.com/alternate_data/unemployment-charts

    Précision: “Le taux de chômage alternatif SGS corrigé des variations saisonnières reflète la méthodologie actuelle de déclaration du chômage ajustée pour les travailleurs découragés à long terme estimés par SGS, qui ont été définis comme n’existant pas officiellement en 1994. Cette estimation est ajoutée à l’estimation BLS chômage U-6, qui comprend travailleurs découragés à court terme. Le taux de chômage U-3 est le numéro mensuel du titre. Le taux de chômage U-6 est la mesure du chômage la plus large du Bureau of Labor Statistics (BLS), y compris les travailleurs découragés à court terme et les autres travailleurs marginalement attachés ainsi que ceux qui sont forcés de travailler à temps partiel parce qu’ils ne peuvent pas trouver d’emploi à temps plein” CQFD

  9. Je suis entièrement d’accord avec l’idée selon laquelle la dépense publique pourrait constituer un mécanisme de substitution à la défaillance du marché, notamment en présence des risques systémiques ou de chocs exogènes comme la guerre en Ukraine. Certes celle-ci est une véritable catastrophe pour toute l’humanité, eu égard à ses conséquences sur les populations (souffrance des Ukrainiens, risque de famine pour les populations dépendantes des céréales ukrainiennes, flambée des prix des matières premières et de l’énergie pour les consommateurs européens).

    Je me permets de faire ici quelques remarques d’ordre général.

    Certes la Suisse est protégée par un franc fort contre le renchérissement des importations des matières premières et de l’énergie, si bien que le pouvoir d’achat des consommateurs suisses pourrait ne pas encourir a priori de risque d’en pâtir. Cependant cet avantage devrait être contrebalancé par l’inconvénient d’un reflux des exportations avec ses conséquences néfastes sur l’emploi. Bien que l’impact final de ces deux effets contradictoires dépende en vérité du théorème des élasticités critiques. C’est en quelque sorte une dévaluation à rebours. Afin de compenser les effets pervers de l’appréciation du franc comme monnaie-refuge en période de tensions géopolitiques, la solution résiderait sans doute dans une dévaluation fiscale ou bien un soutien public temporaire aux entreprises et à leurs salariés souffrant de la vigueur du franc.

    Il va sans dire que cela suppose une rupture avec l’orthodoxie budgétaire, laquelle est en effet fondée sur un postulat erroné, dans la mesure où l’équilibre des finances publiques semble être défini de manière indépendante des circonstances économiques; alors qu’une économie libérale est soumise à des chocs exogènes et endogènes permanents. En tout état de cause, il semble difficile de se passer d’une politique économique active en présence de l’incertitude. Car dans un tel contexte, la discrétion a de fortes chances de l’emporter sur les règles fixes telles que le frein à l’endettement comme c’est le cas en Suisse. Certes il existe un problème de crédibilité, en particulier quand les autorités usent et abusent des déficits et des dépenses publiques. Mais dans le cas helvétique les autorités pourraient se permettre de recourir à la discrétion budgétaire, sans pour autant que les déficits publics deviennent un tonneau des Danaïdes. Car, paradoxalement à travers leur aversion aux déficits publics, à l’endettement public et à l’inflation, elles se sont bâti un capital de réputation auprès des agences de notation et des spéculateurs de tout poil. Pour toutes ces raisons, un déficit budgétaire temporaire destiné à contrecarrer les effets négatifs des crises comme la pandémie ou la guerre en Ukraine, ne serait pas un drame, bien au contraire un remède approprié afin d’éviter l’installation d’un climat de pessimisme néfaste à la confiance ou “aux esprits animaux” pour reprendre l’expression de Keynes.

    Par ailleurs, indépendamment du contexte suisse, il ne semble pas absurde d’affirmer que l’économie mondiale est confrontée à une situation de stagflation, ce qui met les banques centrales face un dilemme cornélien: comment stimuler la croissance économique et l’emploi sans aggraver l’inflation? De toute évidence une hausse des taux d’intérêt tuerait dans l’oeuf la croissance économique. Ne rien faire, c’est courir le risque de déclencher la spirale vicieuse des prix-salaires, même s’il est vrai que les procédures d’indexation des salaires sur l’inflation ont été abandonnées depuis belle lurette. Mais face à la flambée des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, et compte tenu de l’insuffisance de l’offre de nombreux secteurs, il est peu probable que les syndicats restent inertes en affichant une indifférence à la dégradation du pouvoir d’achat de leurs mandants.

    Le contexte économique actuel confronte un grand nombre de pays de l’OCDE à une équation insoluble, car elle commence à ressembler de plus en plus à la quadrature du cercle: comment mettre à l’abri les salaires et divers revenus réels de l’érosion monétaire, sachant que les gouvernements ne peuvent pas intervenir sur les salaires du secteur privé en dehors du SMIC? Certains en France par exemple proposent le blocage des prix des produits de première nécessité ou la baisse de la TVA sur les carburants. Mais en vérité il s’agit là d’une fausse bonne idée dans la mesure où elle comporte le risque d’aggraver le mal qu’on cherche à guérir. L’alternative semblerait résider dans le fait de faire participer les actionnaires des grandes entreprises cotées en bourse à l’effort collectif exceptionnel comme en situation de guerre. En clair il est dans l’intérêt des actionnaires d’accepter le partage des dividendes avec les salariés, car ceux-ci ont en général une forte propension marginale à dépenser, qui pourrait stimuler l’économie sans donner lieu à un alourdissement des coûts de production, et donc à une inflation salariale via le mécanisme d’indexation. Quid des salariés des petites entreprises? Il faudrait leur verser des subventions sous forme d’indemnité-inflation dont le financement devrait s’opérer par le truchement d’une taxe sur les transactions financières. Ce sont là des pistes qu’il conviendrait d’explorer et d’en évaluer la pertinence afin de neutraliser les conséquences de la crise sur le bien-être collectif; mais elles ne sauraient constituer un remède au péché originel du système économique dans lequel nous vivons et qui génère des crises de manière endogène.

    1. Bonjour très cher NOEL,
      Je suis personnellement heureux de vous lire à nouveau sur le blog. Merci!

      Totalement en accord avec votre intervention, de la première à la dernière ligne.

      Bien à vous

    2. Le seul problème dans votre analyse, c’est que vous présupposez que la crise actuelle durera peu de temps. Or rien ne m’indique que ce soit le cas.

      En effet, en dehors de la guerre en Ukraine ou de la pandémie, il existe un problème structurel de déficit énergétique, lié à la raréfaction du pétrole. Ce déficit va augmenter avec le temps et engendrer des hausses de prix durables.

      C’est un contexte de récession grave qui se profile – indépendamment des mesures monétaires des uns et des autres.

      La question est donc la suivante: avons-nous une stratégie à long terme, ou voulons-nous faire semblant de rien et notamment faire semblant que nous sommes encore au XXe siècle?

      L’énergie est décroissante et cela aura un impact très important sur toute l’économie.

      1. Merci pour votre commentaire et vos remarques fort instructives. Vous avez raison de mettre le doigt sur les problèmes structurels qui s’inscrivent de toute évidence dans une logique de long terme. Pour paraphraser le père de la macroéconomie moderne, qui a sauvé la mise au capitalisme débridé, je suis enclin à penser qu’à long terme nous serions tous morts. Boutade mise à part, le problème auquel nous sommes confrontés actuellement est de protéger le bien-être des citoyens en termes d’emplois et de pouvoir d’achat afin que l’économie ne bascule pas vers une récession destructrice de la confiance et donc de la croissance.

        Par ailleurs, comme chacun le sait, la conjoncture est fluctuante en raison d’une diversité de chocs aléatoires ou non. C’est pourquoi il est important de tenter de la stabiliser par des mesures budgétaires et monétaires appropriées, ce qui suppose implicitement l’établissement d’un bon diagnostic au préalable. Ainsi, en présence d’une augmentation du chômage structurel, il n’est pas judicieux de rendre la politique monétaire plus expansionniste via une baisse des taux d’intérêt ou de réduire la fiscalité sur les ménages ou les entreprises, mais plutôt il conviendrait de mettre un accent particulier sur l’effort de la formation de la main-d’oeuvre et l’amélioration du fonctionnement du marché du travail afin de réaliser l’adéquation entre l’offre et la demande de travail au niveau le plus fin.

        Quant à la raréfaction des énergies fossiles comme le pétrole, le gaz ou le charbon, à mon sens elle devrait être accueillie paradoxalement comme une bonne nouvelle pour la planète. Il n’est pas inutile de rappeler que celle-ci souffre d’un monde carboné à forte dose. C’est pourquoi il est urgentissime d’accélérer le processus des énergies renouvelables et donc moins polluantes afin de construire une économie totalement décarbonée à l’horizon 2050 en accord avec les recommandations du Giec. En tout cas, il existe de bonnes raisons de penser que l’épuisement des énergies fossiles ne met pas en échec la main invisible, malgré les multiples défaillances de celle-ci sur lesquelles nous avons l’habitude d’insister dans le blog du professeur Rossi. Car l’économie de marché n’est pas contrainte par l’offre mais plutôt par la demande solvable. A cet égard l’économiste hongrois Jànos Kornai en tant que fin connaisseur de l’économie centralement planifiée a étudié avec soin cette question dans son ouvrage intitulé «Economics of shortage» (1980). Par conséquent, il est peu probable que les pénuries, à ne pas confondre avec le concept de rareté (coût d’opportunité), puissent persister, à tout le moins si le mécanisme des prix n’est pas entravé par une contrainte institutionnelle comme le blocage des loyers par exemple. Naturellement cette observation vaut également pour le problème de l’énergie.

        En d’autres termes, l’épuisement des ressources énergétiques d’origine fossile pourrait accélérer le processus de la transition énergétique au même titre que la pandémie ou la guerre en Ukraine grâce aux innovations technologiques. Il est important de remarquer que la guerre en Ukraine a révélé les faiblesses de la stratégie suivie par certains pays européens comme l’Allemagne. Celle-ci a en effet mis ses oeufs dans le même panier en se débarrassant de l’énergie nucléaire et en se créant une dépendance mortelle vis-à-vis des hydrocarbures russes.

        Quoi qu’il en soit, nos sociétés devraient stimuler l’innovation verte pour enrayer le changement climatique. Mais le problème est que l’innovation n’est pas nécessairement verte, car il y a des innovations qui favorisent le développement des activités polluantes. Ainsi l’évidence empirique montre que les entreprises qui, par le passé, ont innové dans les technologies ou produits polluants tendent à faire de même dans le futur. On privilégie ce que l’on sait déjà bien faire par rapport à ce qu’on est incapable de faire. Cela suggère que l’Etat peut et doit intervenir pour inciter les agents économiques à l’innovation verte. Car la dynamique du marché pourrait s’avérer incapable de déboucher sur un vaste portefeuille de technologies, depuis les énergies renouvelables et les économies d’énergie jusqu’aux technologies propres à 100% comme en atteste la faiblesse relative du nombre de brevets déposés par les entreprises dans le domaine de l’économie verte.

        Pour que les technologies vertes décollent véritablement, il faut que l’Etat donne une impulsion de départ. Stimuler l’innovation et la diffusion des technologies vertes vers les pays en voie de développement est un levier essentiel de lutte contre le réchauffement climatique. En l’absence de l’intervention de l’Etat, les entreprises continueraient d’innover dans les technologies polluantes: sans soutien public sous forme de subventions on voit mal le secteur de l’automobile, par exemple, cesser les innovations autour du moteur thermique. Plus les technologies polluantes prennent de l’avance par rapport aux technologies propres, plus les politiques environnementales requises pour redresser la barre et faire basculer l’économie vers des technologies propres devront être drastiques.

        1. Le basculement vers une économie plus verte sera un objectif aux multiples conséquences. Mon intervention souligne que de soutenir l’exportation et la baisse du franc suisse n’est pas forcément un bon choix de long terme dans ce nouveau contexte économique, marqué par des pénuries diverses.
          En effet, si le monde entre dans une dynamique de réduction drastique des dépenses en énergie fossile, il est tout fait possible que cela aille de pair avec des mesures favorisant plus d’autonomie locale et des limitations dans les ressources (importations plus chères).
          Dès lors, l’économie a tout intérêt à être focalisée sur le marché intérieur (et moins mondialisée). Les exportations (hors luxe et produits de haute technologie) ne devraient plus être la priorité stratégique du pays.
          Et quoi qu’on en dise, le renoncement aux énergies fossiles sera très, très compliqué et très très coûteux. Le pétrole est partout et il sera compliqué de s’en passer.
          La clé ne sera pas d’exporter facilement ses produits (même si c’était une clé des dernières décennies), mais de pouvoir importer les ressources indispensables qui seront en déficit sur le marché. Avec une monnaie faible, cela sera compliqué. En ce sens, la Suisse dispose d’opportunités, avec une monnaie forte et des finances relativement équilibrées.
          L’effort de dépense public devrait plutôt stimuler la stabilité du marché intérieur (production locale, indépendance énergétique, circuits courts efficaces, justice sociale) que le soutien aux exportations, dont l’avenir est désormais beaucoup plus incertain.
          Comme la Suisse dispose d’une économie très versée vers l’exportation, elle risque de souffrir dans les secteurs de l’exportation (hors luxe), mais ce serait une erreur de vouloir empêcher une contraction des exportations qui sera inévitable avec une réduction des transports internationaux.

  10. “Voyage dans le temps et l’espace”

    L’anecdote – pour la saison qui nous occupe! Celle plongée dans un temps pas encore si lointain où je faisais une brêve démonstration à un de mes étudiants. Un adulte de surcroît. Présentant ainsi – bras tendu et à hauteur des yeux – l’écran allumé de mon “téléphone portable”, lui demandant de me décrire ce qu’il y voyait. Mon étudiant se prêta à l’exercice, forçant le trait, me renvoyant moult détails, trop soucieux de bien faire sans aucun doute. Pourtant, Il me demanda rapidement de mettre un terme à l’exercice puisque je réfutais systématiquement ses réponses. Non pas pour le fâcher puisque moi-même je ne pouvais que percevoir le dos – et non la face – de cet “outil de communication” (le téléphone portable) alors que lui-même, placé dans l’espace, nous induisait à des points de vue différents.

    Quel rapport avec le sujet? Les perspectives!

    https://www.rts.ch/info/economie/13090305-sergio-rossi-les-perspectives-economiques-sont-assez-sombres.html

    1. Bonjour Raymond,

      Un grand merci pour le partage du lien concernant l’intervention du professeur Rossi à la RTS. Ce dernier nous explique avec un souci pedagogique exemplaire que dans un contexte inflationniste, compte tenu de l’inertie des salaires ou effet de retard, il est urgent de mettre de l’argent dans la poche des classes moyennes et inférieures afin de soutenir la demande et donc éviter la dégradation de la situation économique via notamment les anticipations pessimistes. Comme on peut le constater, la proposition est soucieuse de l’efficacité de la mesure du soutien au pouvoir d’achat des menages sous la forme d’une prime-inflation, tout particulièrement quand celle-ci est ciblée sur les plus modestes. En France, le gouvernement a mis en place un dispositif similaire, mais dont l’efficacité est douteuse à mes yeux et ce indépendamment du caractère électoraliste, pour au moins deux raisons: 1) le montant de compensation est dérisoire face à l’ampleur de la hausse des prix des produits alimentaires et de l’énergie (carburants, électricité et gaz). 2) La mesure traite les menages riches et les menages pauvres comme des sosies indecernables en termes de revenus et de patrimoine. Autrement dit, elle est foncièrement inéquitable.

      Enfin, je partage pleinement l’idée selon laquelle la baisse des impôts sur les rentiers est une absurdité, et dans le cas de la Suisse une telle proposition a de fortes chances de donner lieu à une concurrence fiscale entre les cantons fort destructrice pour la base imposable, avec des conséquences néfastes aux services publics (santé, éducation, transports…).

      1. Je vous en prie, cher NOEL, très volontiers, d’autant plus que ce blog reste un espace de partage visant l’Intérêt général et le bien commun.

        Au-delà de la grande Amitié que je partage avec l’éminent professeur Sergio Rossi ou de mes points de vue et analyses – que je poste – comme initié (hétérodoxe) des secteurs financiers et économiques. Je rejoins également votre sentiment en y ajoutant toutefois une précision pour la France (pays que vous connaissez très bien me semble-t-il). Cette précision n’est pas négligeable puisque l’ADN de la Suisse (pays que je connais très bien) et l’ADN de la France (que je connais bien) sont diamétralement différents. Pourtant, une idéologie commune les rassemble. De mon point de vue, la France est fracturée en quatre groupes distincts: le premier qui se repose sur ses “lauriers” en exploitant un “ancien système” – à dessein – en souttirant les généreux reliquats de feu l’État-providence; le deuxième qui subit à contrecœur les aléas mouvementés (parfois dramatiques) de la vie en endossant les coûteuses conséquences; le troisième qui besogne sans rechigner en déversant à coup de “saignées” (comme le faisaient, dans leur genre, les apothicaires d’antan) la plus grosse part de la dime au “Seigneur” et, enfin, ce dernier groupe divisé sur lui-même en deux catégories: à savoir la première s’évadant sous d’autres cieux afin d’échapper à la voracité du percepteur et la deuxième catégorie bénéficiant de tous les travers/leviers (niches fiscales, entre-autres,…) d’un néolibéralisme né à l’époque d’un ancien président/banquier, c-à-d George Pompidou. À présent, les derniers chocs révèlent à la France (mais pas que) ce château de cartes s’écroulant sur lui même.

        Ainsi, nous apercevons bien que pour ce dernier groupe (pour cette catégorie particulière dont nous nous sommes déjà entretenus en son temps où causes/conséquences furent démontrées) et malgré les présidences successives, les dignes héritiers des systèmes de l’échiquier politique, placés à gauche ou à droite (réf. Public Choice theory), le système néolibéral (post 1973) – et fiscal qui lui demeure rattaché par son idéologie – profite honteusement et essentiellement à une sous-catégorie d’un côté, tout comme le premier groupe qui, à sa manière et dans des proportions différentes, se nourrit de son côté sur la carcasse de la “Bête”. Une Bête devenue progressivement malade sur ces cinq dernières décennies. La succession d’homo-politicus (réf. Public Choice theory) ayant déja contribué à creuser sa tombe en faisant fi de la véritable notion d’Intérêt général et du bien commun. Mais à ce titre, la France n’offre-t-elle pas aussi cette vision d’avoir dix ans d’avance sur la Suisse? En France, en Suisse et ailleurs, un changement majeur de paradigme s’impose!

        https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2019/01/21/la-suisse-a-dix-annees-de-retard/#comments

        Bien à vous

        1. “Voyage dans le temps et l’espace”

          Saison: Ils ont tue”r” la pluralité des sciences économiques

          La France divisée (un pays parmi tant d’autres pouvant se prévaloir du titre de “laboratoire du néolibéralisme”) s’étonne, car les questions posées aux candidats de la spécialité SES (Sciences Economiques et Sociales) à l’épreuve du bac 2022 ont beaucoup fait réagir en ligne, d’après les révélations du quotidien “Le Monde”. Mais, pour les enseignants de sciences économiques et sociales, les sujets ne sont que le reflet d’un problème plus ancien. Voici un p’tit florilège des questions pour lesquels les candidats de la spécialité “sciences économiques et sociales” du bac 2022 ont été invités à plancher ce 12 mai:

          “Vous montrerez que l’innovation peut aider à repousser les limites écologiques de la croissance”; que “l’action des pouvoirs publics en faveur de la justice sociale peut avoir des effets pervers”; ou encore que “l’approche en termes de classes sociales pour rendre compte de la société française peut être remise en cause”.

          Si quelqu’un me demandait mon sentiment, je lui répondrai que cette orientation (questions/raisonnements) apparaît fondamentalement néolibérale.

          Pourtant, rien de nouveau sous le soleil si l’on emprunte une machine à remonter le temps.

          https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2015/05/18/a-quoi-servent-les-economistes/#comments

  11. Mon coup de gueule du jour!

    “Le taux d’inflation a bondi à 9% en avril sur douze mois au Royaume-Uni, un record en 40 ans, ce qui devrait accroître la crise du coût de la vie”. Parallèlement, le marché du travail britannique ne se serait jamais aussi bien porté à en croire la propagande “mainstream”. En effet, “sur les trois derniers mois, le chômage a reculé à 3,7% en mars contre 3,8% en février. C’est son niveau le plus bas depuis 1974, selon l’Office National des Statistiques” du Royaume-Uni. Pour autant, le “quatrième pouvoir” n’y perçoit même plus le cercle vicieux placé sous ses yeux et à plus d’un titre. D’un côté, l’on constate des hausses salariales qui ne sont plus suffisantes pour contrer la flambée de l’inflation qui ronge certains salaires, et de l’autre, de tels salaires/revenus inflatés qui entretiennent une spirale infernale. Avec cette tendance paradoxale, ou plutôt dans ce contexte, est-il encore pertinent de revenir sur la scène de la “Grande Démission”? Pourtant, Darren Morgan, directeur des statistiques économiques à l’ONS, n’a-t-il pas eu l’outrecuidance de poser le doigt où ça fait mal, surtout lorsqu’il fait remarquer que “si le chômage a encore baissé, nous voyons plus de gens sortir du marché du travail, et, puisqu’ils ne cherchent pas d’emploi, ne sont plus comptabilisés comme chômeurs”.

    En effet, à la suite de la pandémie de Covid, les Britanniques de plus de 50 ans ont quitté la population active en masse (comme tant d’autres dans le monde), au point qu’on parle à présent d’un “exode des seniors”. Ne nous leurrons plus – en Suisse aussi – en réfutant l’argument que la “Valeur Travail” est à géométrie variable. La génération des “millenials” (ensemble des personnes nées entre 1984 et 1996 – Harvard Business Review) l’a d’ailleurs très bien saisi en plaçant le “bien-être avant tout”; c’est-à-dire en révolutionnant l’idée d’une “ressource humaine sacrifiée sur l’autel de la compétitivité” et dont les effets délétères furent analysés (par les hétérodoxes) comme autant de coûts (in)directs répercutés sur l’État. C’est-à-dire, comprenons-le bien, par le transfert opportuniste de la prime de risque du grand Capital (ultra-capitalisme actionnarial) sur les épaules de l’État et, par analogie, en menant une attaque frontale contre l’Intérêt général. Autant dire que la génération Z (personnes nées entre 1997 et 2010) amplifie ce changement de paradigme, à raison! D’ailleurs, la dernière étude “d’Oxford Economics” parue en 2021 – avant les catastrophiques effets du conflit géopolitique débuté en 2022 – révèle que “90 % des participants ont déclaré que la période du confinement leur avait permis de se recentrer sur l’essentiel et qu’ils en ressortent plus forts mentalement. Les 18-25 ans ont ainsi compris et admis que l’espérance d’un progrès croissant de génération après génération était un mythe et que le futur n’avait rien de très engageant”. Mais effectivement, plutôt que de se résigner, ces révolutionnaires – silencieux – des temps modernes “préfèrent remettre en cause la définition de réussite, de carrière, de responsabilité. Ils inventent leurs propres modèles en repensant leurs priorités, souvent bien éloignés de ceux de leurs parents”, d’où, par effet de manche, l’émergence d’un conflit intergénérationnel qui faisait déjà partie – lui aussi – de l’ordre du prévisible par ses effets secondaires. Ainsi, continuons de nous préoccuper des conséquences économiques, sociales et sociétales sans une vision copernicienne des causes et, assurément, nous pourrons retirer quelque fierté d’avoir foncé délibérément contre le mur des réalités.

    Que de souvenirs datés – avec quelques posts:

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2018/03/05/travailler-moins-pour-faire-travailler-tous/#comments

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