Poutine et le nouvel ordre monétaire international

La décision de Poutine, annoncée il y a environ un mois, selon laquelle les paiements pour les exportations de gaz et de pétrole russes devront être effectués en roubles et non plus en dollars américains, a créé une certaine agitation sur les marchés des devises et sur la scène géopolitique mondiale.

Avec cette décision, Poutine veut faire apprécier le taux de change de la monnaie russe (qui avait baissé de manière considérable à la suite de l’invasion de l’Ukraine) et augmenter les recettes tirées de l’exportation de ces matières premières vers les pays occidentaux, avec lesquels financer les dépenses publiques de l’économie russe, qui va être lourdement frappée par les sanctions liées à la guerre en Ukraine.

À plus long terme, la décision de Poutine pourrait entraîner un changement structurel du régime monétaire international, actuellement basé sur le dollar américain, qui influence l’économie globale depuis cinquante ans. Rappelons que le secrétaire d’État américain de l’époque, John Connally, avait fait remarquer en 1971 aux représentants des autres pays membres du G-10 que «le dollar est notre monnaie mais votre problème». C’est en effet un problème pour tous les pays exportateurs lorsqu’ils reçoivent des États-Unis l’image d’une promesse de paiement en échange d’une série de biens ou de services que ces pays ont vendus aux Américains. Ce faisant, les agents économiques aux États-Unis ne cèdent rien lorsqu’ils importent des produits de l’étranger. En y regardant de plus près, ils ne renoncent pas non plus aux dépôts bancaires libellés en dollars, car tous les dépôts en monnaie nationale ne peuvent se trouver que dans le système bancaire où ils ont été créés – même si des billets en dollars américains peuvent circuler à l’étranger ou si des droits de propriété peuvent être enregistrés à l’étranger concernant des dépôts auprès de banques aux États-Unis.

Pour éviter ce que le célèbre économiste français Jacques Rueff appelait des «déficits sans pleurs» dans la balance des paiements des États-Unis, il faut une réforme structurelle du régime monétaire international. Au lieu d’utiliser une monnaie nationale (comme le dollar américain, l’euro ou le franc suisse), les nations doivent logiquement payer toutes leurs importations dans une monnaie véritablement supranationale, indépendamment du statut «fort» ou «faible» de leur propre monnaie.

Il ne s’agit donc pas de remplacer le dollar américain par la monnaie chinoise ou russe, mais de convenir de l’émission d’une monnaie par une institution monétaire internationale – qui pourrait être la Banque des règlements internationaux à Bâle. Le jour où cette banque émettra de la monnaie et permettra ainsi aux banques centrales nationales de payer et d’être payées pour le commerce international de leurs pays respectifs, un véritable ordre monétaire international sera établi car aucun pays ne pourra vivre au-dessus de ses propres moyens.

Peut-être qu’après cette guerre monétaire, il y aura une paix monétaire internationale…

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

17 réponses à “Poutine et le nouvel ordre monétaire international

  1. Ce billet de l’éminent professeur Sergio Rossi est extrêmement brillant car il nous invite tous dans l’espace et le temps. Je veux dire par là au siècle dernier – avec le “paradoxe de Robert Triffin” – après le rôle hégémonique concédé au dollar américain suite à la conférence de Bretton Woods en 1944. Cette conférence avait pour initial objectif de fournir un cadre stable et propice à la reconstruction et à la croissance des économies affaiblies par la deuxième guerre mondiale. Cette dernière écartera néanmoins l’idée de l’économiste John Maynard Keynes pour la création d’une monnaie supranationale – un étalon monétaire international – “le Bancor”. Cette réunion qui accompagnera 44 nations alliées à repenser le “Système Monétaire International” proposera une monnaie internationale basée sur l’étalon-or (“Gold Exchange Standard”), en l’occurrence le dollar US afin d’assurer la stabilité des flux mondiaux “sans s’exposer” à des crises majeures telle qu’elle l’a été avec la Grande Dépression économique des années 1930. Toutefois, quelques années après la signature des accords de Bretton Woods, l’économiste américano-belge Robert Triffin portera un regard critique et avisé à l’égard de ce système dans son ouvrage “Gold and the Dollar Crisis. The Future of Convertibility” (1960). Selon les critères clairvoyants de Robert Triffin (à très juste titre), une monnaie nationale ne peut servir durablement de monnaie internationale, “à moins d’accepter un système monétaire et financier instable et inefficient”. En 1971, cela s’est traduit par la suspension de la convertibilité du dollar en or (libéralisation des taux de change avec la décision de Nixon) marquant ainsi la fin du système de Bretton Woods, comme l’avait prédit Robert Triffin. Chacun devrait connaître la suite à présent, car plutôt que d’être fixées en fonction de la valeur du dollar américain (taux de change fixe), les taux de change furent désormais déterminés par l’offre et la demande de chaque devise sur les marchés (taux de change flottant). Puis, comme il fallait plus de latitude au “schéma de Ponzi” à l’ère de la financiarisation, dans les années 1980 s’est amorcé alors un mouvement de libéralisation des taux d’intérêt. Les États sont passés d’un mode de financement de leurs déficits par la planche à billets (l’émission de monnaie) à un financement sur les marchés financiers spéculatifs (par l’émission d’obligations).

    Si le dollar américain a dès lors joué un double rôle de monnaie nationale et internationale, ceci n’est pas sans poser problème puisque nous connaissons aujourd’hui un “nouveau dilemme de Triffin”. Cette forme contemporaine du dilemme traduit l’incompatibilité entre la gestion des finances publiques américaines (mais pas que et loin s’en faut), la dette publique américaine et le déficit budgétaire en pourcent du PIB – et la demande extérieure excessive de titres américains, respectivement de “bons du Trésor” (titre obligataire souverain). Ainsi, via cette hégémonie, les Etats-Unis continuent de profiter du rôle international du dollar pour fournir “au reste du monde, notamment aux investisseurs publics (banques centrales) et aux banques commerciales “une dette” (un titre obligataire valant comme une reconnaissance de dette) liquide “sûre et sans risque”. Et ce, dans le but de financer leur déficit public et continuer à s’endetter sur le dos des autres. D’ailleurs, John Adams (1735-1826), deuxième président des États-Unis, l’avait compris très tôt lorsqu’il affirmait péremptoirement les deux façons d’asservir une nation: “l’une par l’épée et l’autre par la dette”.

    À mon sens et rejoignant la suggestion du professeur Sergio Rossi, qui nous offre là une première étape pertinente à méditer sérieusement, il m’apparaît aussi qu’un tel système (réf. à la BRI) pourrait résoudre notre dernier “paradoxe de Triffin”. Il va s’en dire que les traités européens (budgétaires) doivent être également réformés pour se calquer à l’ère du temps.

  2. Je vais le dire à nouveau avec un agacement non dissimulé et une arrogance assumée. La passivité de cette nouvelle race d’homo-politicus me fatigue terriblement, car soit elle reste frappée d’une tare congénitale sans commune mesure, soit elle assume un QI de moineau tant l’ensemble des “sciences économiques” lui restent étrangères. À sa décharge, rien de surprenant après avoir été suspendues durant des décennies aux mamelles des “sciences économiques mainstream”. Bref!

    Encore une fois, huit ans après la révolution Ukrainienne de Maïdan (2014) – déjà oubliée pour beaucoup – l’on vient s’étonner à présent que l’aggravation du dernier conflit en Ukraine mené par la Russie (2022) précipite le grand renversement du monde. Un peu de sérieux nos homo-politicus puisque la mondialisation nous démontre bien, aujourd’hui, en 2022, que l’Occident – sous leadership américain – ne parvient plus à contenir les puissances émergentes!

    Souvenons-nous – alors que les USA craignent à ce jour et plus que tout un embrasement avec l’Asie, malgré les apparences trompeuses – que l’Union économique eurasiatique tombe d’accord avec la Chine pour mettre cette fois en place un système financier et monétaire indépendant du dollar US. Mais rien de nouveau sous le soleil en fait, car en 2009 – soit une année après la grande conflagration financière mondiale de 2008, débarquée des États-Unis, symbole par excellence des excès de la finance – le gouverneur de la Banque populaire de Chine, M Zhou Xiaochuan, était revenu à la charge contre l'”hégémonie du dollar” dans le cadre d’une conférence intitulée “Reform the international Monetary System”. Pour un nouvel ordre monétaire mondial. En 2018 – soit bien avant le choc sanitaire mondial aux conséquences économiques catastrophiques – Poutine et son homologue chinois Xi Jinping avaient réaffirmé leur volonté de se passer du dollar américain dans le cadre de leurs échanges commerciaux. Sans compter que l’Arabie saoudite eu récemment encore – en mars 2022 – envisagé d’accepter le Yuan pour ses exportations de pétrole.

    Enfin, si l’ancienne Libye de Kadhafi et l’ancien Irak de Saddam Hussein se sont cassé les dents sur les “pétrodollars” – que le Vénézuela qui était le 4ème pays le plus riche du monde dans les années 1950, paie son addiction à l’empire américain ces dernières années – une entente de la Chine, des producteurs arabes d’hydrocarbures et de la Russie pour se passer du billet vert serait fatale pour l’économie américaine grevée par sa dette exponentielle. Et par analogie lourde de conséquences pour l’Europe. Le “Petroyuan” n’est donc plus un risque que “nos économistes mainstream” ne peuvent feindre d’ignorer (ou plutôt le cacher encore longtemps à l’océan de serfs). Comme le “bénéfice-risque” fut un terme à la mode (emprunté à la sphère financière de surcroît et à la discipline des sciences comportementales), je défie tous nos homo-politicus de s’en rappeler afin de respecter leurs prérogatives qui, soi-disant, viseraient l’Intérêt général et le bien commun.

    Un Grand Merci à mon très cher Ami, l’éminent professeur et docteur en économie, Sergio Rossi, pour son billet à très haute valeur ajoutée dépassant de loin les frontières helvétiques.

  3. La Russie cesse la livraison de son gaz à la Pologne et à la Bulgarie, car ces deux pays ont refusé de payer les livraisons en roubles.

    Les réserves vont-elles tenir jusqu’à des jours plus chaud ? Car sinon, les populations vont faire pression… et je crains que les populations poussent à la guerre…

      1. Effectivement, peu rassurant….

        Nous signons des contrats d’approvisionnement, mais savons que, en cas de pénurie, ce sont les plus forts qui se serviront en premier.

        Vous pensez que la 3e guerre mondiale a déjà commencé ?

  4. Bonsoir SOOHIE,
    La “troisième guerre mondiale économique” a en effet déjà commencé, selon ma perception. Toutefois, prudence, si l’on se fie aux “médias mainstream” jouant sur les biais cognitifs (particulièrement sur les peurs) pour doper leur audimat. Humblement, je vous dirai qu’il nous faut – raison gardée – ne pas succomber aux terreurs que nous renvoient toujours WW1 et WW2. Certes, ce qu’il se passe en Ukraine est terrible depuis bien avant 2014 – (2008) tout de même – tout comme la sécurité alimentaire qui tombe à présent (sans l’aide des armes) sur un bon nombre de nations d’Afrique qui dépendaient et dépendent toujours des productions alimentaires de l’Ukraine et de la Russie (les morts se comptent et vont se chiffrer aussi chez eux, comme lors du Covid-19, ne l’oublions pas).

    Par contre, au-delà d’un risque armé que l’on ne peut totalement exclure sur le compte de la folie, une “guerre mondiale 3” peut tout à fait s’apparenter à un Changement majeur de paradigme – ce qui est le cas à mon sens – c’est-à-dire “un nouvel ordre monétaire, économique, social, sociétal et climatique à l’échelle du globe”. Et je suis à mille lieux des “cercles complotistes”. Comme je l’ai d’ailleurs mentionné dans mon intervention du 23 avril 2022 à 11h49 – “…la politique autoritaire du Zéro-Covid en cours au sein de l’empire du milieu, et comme la Chine reste un allié de taille de Moscou, la mondialisation au travers de l’inflation galopante qui n’est autre qu’une arme à destruction massive pour les moins nantis, nous ont plongé dans une troisième guerre mondiale économique!”.

    En effet, les circonstances exceptionnelles que nous traversons depuis plus d’une décennie se conjuguées dernièrement. L’économie 2.0 va aussi profiter de cette grande mutation (opportunité) étant entendu que “la guerre des classes” (déclaration de Warren Buffet) fut déjà gagnée en 2006/2007/2008. Autant dire que les “anticipations irrationnelles” doublées de tensions géopolitiques de longues dates pour le mercantilisme ont accéléré un processus. “Le progrès” diront certains, les mêmes qui s’intéressent maintenant et aussi – avec leurs dignes héritiers – au premier rapport Meadows (dont Denis Meadows étaient considérés par ce gotha de “spécialistes mainstream” comme un allumé).

    Mes analyses n’engagent que moi-même et je ne crois pas à une 3ème guerre mondiale armée (“WW3”) comme beaucoup le conçoive, restons le plus rationnel et factuel possible.

    Bien à vous

    1. “…je ne crois pas à une 3ème guerre mondiale armée (“WW3”)…”

      On ne demande qu’à vous croire, pourtant la machine de guerre américaine n’est-elle pas en marche, et même à plein régime? Les ventes d’armes made in USA ont décuplé depuis le 24 février dernier, jour de l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe. Pour sa part, Poutine ne manque pas une occasion de promouvoir ses armes “les plus modernes”, missiles hypersoniques en tête.

      De leurs 246 ans d’existence, les Etats-Unis n’ont connu que deux ans de paix. Leur prospérité, qui n’a d’égale que leur endettement public, s’est bâtie sur la guerre et celle-ci a, comme par hasard, toujours débuté sous gouvernement démocrate au siècle passé et jusqu’à ce jour. Pourquoi Biden, resté enfermé dans sa logique de guerre froide comme le tsar de carnaval Poutine dans sa nostalgie du paradis soviético-tsariste perdu, dérogerait-il à la règle?

      De plus, depuis ses salons de la Maison-Blanche, Uncle Joe se fiche bien de livrer la vieille Europe, une nouvelle fois, à feu et à sang, lui dont le pays n’a connu qu’une seule agression sur son territoire de toute son histoire: celle du 11 septembre 2001. Il a promis que les arrivées de matériel U.S. sur le vieux continent allaient redoubler, comme en 1944 à la veille du débarquement de Normandie (à cette époque, “U.S.” se traduisait toutefois, souvent, par “Un-Serviceable”).

      Et les pays membres de l’Union européenne, tout en interdisant la vente de salade russe, de caviar et de vodka sur les rayons des supermarchés de l’UE, “oublient” comme par hasard de sanctionner pétrole, gaz, charbon et autres matières premières russes, dont la vente permet à la Russie de financer son effort de guerre, et relancent la course aux armements comme aux meilleurs temps de la guerre froide: l’Allemagne renonce à son pacifisme post-WW2 et va envoyer des tanks aux Ukrainiens. La France et la Grande-Bretagne suivent son ordre de marche avec leurs propres “cadeaux” mortifères. L’Europe continentale est promise à devenir le plus formidable arsenal de la planète dans les jours à venir, et ce n’est pas pour “trouping the colours”. Quant à l’armée rouge, elle a cessé d’envoyer ses choeurs de voix mâles chanter “Kalinka” et “Les cloches du soir” pour conquérir le monde. Elle les a remplacés par les orgues de Staline sorties des remises et rebaptisées “orgues de Poutine”. A chacun son violon dingue.

      Une chose est sûre: quelle que soit la future nationalité (ou supranationalité) de la monnaie, la machine de guerre est sur tous les fronts “back in business”. Et il est peu probable qu’elle s’arrête de sitôt, car comme le disait l’écrivain et ancien combattant anglais Evelyn Waugh, bon connaisseur du genre:

      “War is all commerce.”

      Pardonnez-moi cette très peu économique digression, mais j’avais besoin de me défouler.

  5. IN GO(L)D WE TRUST,

    De mon point de vue, les raccourcis politiques (à dessein) ont toujours pérennisé quelques obscurantismes et, en ce sens, sont de mauvais conseillers. Alors prudence!

    Sachons tout de même que depuis 1819, première grande crise financière aux Etats-Unis due à la spéculation foncière, la sévère récession agricole et industrielle qui s’ensuit va durer plusieurs années. D’autres chocs économiques et financiers s’en suivront. À partir de 1870, plus de 80% des pays du monde ont subi une récession en même temps, au cours de la Grande dépression des années 30, prémisse à WW1. Le chiffre atteint 60% après WW2, alors que les industries de guerre se démobilisaient mais que la consommation nationale n’avait pas encore repris. Autant dire que depuis 1966 avec la crise américaine du crédit, en conduisant une politique monétaire restrictive pour lutter contre l’inflation, la Fed aggrava les difficultés des banques qui feront face à un épuisement de leurs réserves. Ces dernières vont ainsi restreindre leurs crédits et provoquer un sérieux ralentissement économique. Ce qui nous amène à 1971 avec le changement de paradigme mondial (dans l’ère des chocs pétroliers) et le système de Bretton Woods qui sera remis en question. La bataille pour la dérégulation financière sera féroce (dans la logique du “laisser-faire” chère aux républicains) et induira – dès les années 1980 – l’émergence irrationnelle de la financiarisation dans un modèle de croissance économique déjà à bout touchant. Dès lors, les crises financières et économiques successives attesteront bien que les marchés financiers ne sont pas “efficients” (ce que les hétérodoxes savent depuis très longtemps).

    La crise financière de 2008, elle, aura provoqué une récession simultanée dans un peu plus de 60% des pays du monde. Courant 2020, ce chiffre atteignait 92%, soit le plus élevé jamais enregistré dans l’histoire moderne. C’est pire que lors des deux guerres mondiales de WW1 et WW2, la Grande dépression des années 1930 et la crise financière de 2008 et ses conséquences durant la décennie suivante, avec la crise des dettes souveraines. C’est non seulement effroyable en termes de dégâts absolus, mais cela signifie qu’aucun bloc économique n’est assez solide pour extirper le monde de cette récession “dissimulée”.

    Il n’existe donc aucune source de demande capable d’aider tous les pays producteurs à se relever en dehors d’un véritable “schéma de Ponzi” ou un nouveau paradigme mondial. Ce qui explique que nous ne vivons pas seulement une “récession déguisée” depuis des décennies, mais une dépression historique bien réelle.

    Historique de la dette US depuis 120 ans (avec dates et événements majeurs, y compris le point clé de l’emprise des monétaristes et de la financiarisation de nos économies):

    https://michelsanti.fr/capitalisme/dans-la-serie-desormais-interminable-est-ce-bien-raisonnable

    Historique de l’inflation depuis 250 ans (avec dates et événements):

    https://i0.wp.com/michelsanti.fr/wp-content/uploads/2022/02/FLc1qX1XoAM8x8i.png?resize=768%2C538&ssl=1

    Je vous laisserai le soin d’expliquer aux lecteurs la pertinence de ces graphiques d’une ancienne de mes connaissances, ex-conseiller de banques centrales.

    Ceci étant, Franklin Delano Roosevelt nous rappelait que “l’impôt est aussi le prix à payer pour une société civilisée”. Que nous dit la fiscalité sur l’état actuel des États-Unis? Depuis la révolution reaganienne des années 1970 (républicain), si l’on regarde les taux d’imposition, tous les groupes sociaux paient environ 28% de leurs revenus en impôts, sauf les milliardaires, dont l’imposition tombe à 23%, donc moins que les classes populaires et moyennes. C’est la première fois depuis au moins 100 ans que l’impôt est si régressif encore à l’heure du républicain Trump. Il s’agit non seulement d’une rupture considérable au regard de l’histoire de la progressivité fiscale du pays – que l’on ne peut accuser les guerres armées comme seules coupables des déficits et de la dette – sans tenir compte de l’authentique transfert des richesses qui s’est opéré depuis les années 1970/80 au profit d’une infime minorité et au détriment d’une très large majorité qui supporte le poids exorbitant de la dette. Et pour quelle contrepartie finalement?

    Bien à vous

    1. Cher Monsieur,

      Je ne sais comment vous remercier pour votre réponse très documentée et si instructive, ainsi que pour les liens très intéressants que vous donnez. Mes raccourcis – reliquats de ma formation initiale de journaliste, sans doute -, ne la méritaient pas. Je n’apprécie que plus le tableau historique que vous faites de l’évolution de la dette aux Etats-Unis depuis la seconde moitié du XIXe siècle et la récession masquée sans précédent que vous décrivez. J’espère que vous m’absoudrez pour mes perceptions de profane, n’étant pas économiste de formation mais intéressé depuis toujours par cette discipline, qu’on devrait en effet détacher du vaste fourre-tout des sciences dites “humaines” et l’inclure de manière plus conséquente dans les programmes scolaires.

      Puisque vous évoquez la réforme de Ronald Reagan, permettez-moi de citer deux souvenirs personnels à ce sujet, l’un d’ailleurs indissociable de l’autre: le premier concerne ma rencontre avec l’ancien gouverneur de la Californie au printemps de 1967, peu de temps après son entrée en fonctions, le 1er janvier de cette année-là. J’étais alors étudiant et journaliste stagiaire à Riverside, dans la région de Los Angeles, et aussi correspondant du bureau new-yorkais de l’agence France-Presse et de divers quotidiens romands. J’ai pu interviewer Ronald Reagan à l’occasion d’une réunion des directeurs des divers campus de l’Université de Californie (UC), qu’il avait convoquée à celui de Riverside. L’objectif de cette réunion était pour le nouveau gouverneur, qui avait déjà fait connaître son intention de se présenter comme candidat républicain aux prochaines élections présidentielles, de mettre au pas les directeurs de l’UC pour qu’ils rétablissent l’ordre sur leurs campus respectifs, alors en pleine ébullition de la contestation estudiantine qui avait débuté en décembre 1964 au campus de Berkeley.

      La presse, dans son ensemble, ne voyait alors dans Ronald Reagan que l’ancien acteur de films de série B, le “self-made man” aux origines rurales, et ne se privait pas d’en répandre la caricature. Peut-être ai-je gardé quelque chose de ce travers jusqu’à ce jour, à mon grand regret. Car peu de mes anciens collègues et moi savions alors qu’en fait, le nouveau gouverneur avait une double formation universitaire, l’une en économie et l’autre en sociologie. On peut supposer qu’avec la “révolution reaganienne” des années 1970 et le néo-libéralisme qui l’a suivi, pas mal de gens ont dû revoir leurs certitudes quant à leur appréciation du “Cincinnatus cow-boy”.

      Mon second souvenir, lié au premier, est celui de l’entrée à la rédaction du journal, bien connu en Californie et au-delà, où je travaillais alors comme reporter, un matin pluvieux de ce même printemps 1967, soit quelques jours à peine avant le réunion des directeurs de l’UC à Riverside, d’un petit homme frêle au manteau détrempé, à la démarche voûtée et au crâne déjà dégarni, aux airs de repris de justice en cavale. Son nom ne vous sera peut-être pas inconnu puisqu’il ne s’agissait de nul autre que du président de l’Université de Californie Clark Kerr, économiste de renommée mondiale et cible à abattre pour Reagan et les membres conservateurs du Conseil des Régents de l’UC, véritable propriétaire de cette institution. En effet, par une cabale montée entre Reagan, le directeur du FBI et celui de la CIA, ancien “alumnus” de l’UC Berkeley et ami de Reagan, celui-ci avait obtenu le renvoi de son poste de président de l’UC Clark Kerr, que Reagan rendait responsable à titre personnel de la révolte estudiantine sur les campus et qu’il considérait comme un “dangereux libéral”.

      Le président déchu de la prestigieuse université, se sachant surveillé par le FBI, avait choisi notre journal pour raconter sa version des faits. Ses mémoires, que je n’ai lu que bien plus tard – ne devient-on pas plus intelligent après coup? – jettent une vive lumière sur cette époque, où couvaient déjà en germe tous les éléments qui mèneront à la montée du “néo-libéralisme” et au règne actuel des ploutocrates minoritaires détenteurs de l’essentiel des richesses, tel que vous le décrivez.

      Pour un journaliste débutant et étudiant en histoire, cette double rencontre, ce face à face entre le conservateur Reagan et le libéral Kerr, était un “cas d’école” privilégié, dont je ne me rendais alors pas vraiment compte – celles et ceux de ma génération, les “baby boomers”, ayant un pied dans le système et l’autre dans la révolution, sans trop savoir sur lequel danser.

      A bien des égards, après avoir lu l’article du professeur Rossi et vos propres commentaires, j’ai l’impression de revivre cette époque, au fond ni meilleure ni pire que la nôtre. Il va sans dire que je n’aurai plus aucune excuse de me contenter de “raccourcis”.

      Un grand merci encore pour votre riche réponse.

      Cordialement,

      IGWT

  6. Cher Monsieur IGWT,

    Tout d’abord, je n’estime mériter autant de compliments de votre part – même si votre attention vous honore à plus d’un titre. Un grand Merci toutefois! Par contre, je garde une grande fierté d’avoir fait partie des nombreux “Whistleblower” de la crise du subprime US, même si cela m’aura valu plusieurs années de procédures très douloureuses pour ma famille et moi-même.

    Vos interventions sont très riches et intéressantes et me nourrissent à plusieurs égards comme les lecteurs du blog de notre hôte. Un double remerciement!

    Afin d’ajouter quelques éléments à mes posts précédents, et comme je l’ai déjà mentionné – pour revenir à la citation de John Adams (2ème président des Etats-Unis), laquelle postule sur les deux façons d’asservir une nation: “l’une par l’épée et l’autre par la dette” – il n’est tout de même pas inintéressant de revenir sur ces quelques travers qui ont traversé le temps et l’espace. Dès lors, nous ne pouvons ignorer que lors du premier gouvernement États-unien (sous G. Washington de 1789 à 1793) et pour soutenir la politique fiscale du secrétaire au Trésor (Alexander Hamilton), le Parti fédéraliste, composé du couple Hamilton/Adams, était dynamiquement favorable à un “État fédéral fort, à une constitution souple et à une économie plus mercantile”. C’est-à-dire sans faire abstraction d’une mécanique fiscale – pas encore infernale – déjà sujette à controverse et à caution. Afin d’éviter de froisser quelques esprits, est-il nécessaire de préciser que durant toutes ces querelles intestines, ceux qui ont soutenu le rival de Hamilton – Thomas Jefferson (3ème président des États-Unis) – seront affublés du qualificatif d'”Anti Fédéralistes”, avant d’être connus sous le terme de “Républicais”. Faut-il rajouter que la grande mutation de la pensée économique vers une incitation à vocation dominante à l’extrême – sous l’égide du gourou des monétaristes, Milton Friedman – fût entrée en force dans le courant des années 1970/1980 (et ce n’est pas un hasard compte tenu du contexte économique)? Rappelons également qu’en Europe, avec l’arrivée au pouvoir de Thatcher – en 1979 – une de ses lignes de conduite marqua un tournant mercantile via ses mesures “Big Bang” du 27 octobre 1986. Et les “Reaganomics” de Reagan en 1981 aux États-Unis. La France (comme importante puissance économique de l’époque), elle, fera transformer les statuts de sa “Banque de France” (ex-banque nationale) sous la présidence d’un ancien banquier (G. Pompidou). Un virage néo-libéral totalement incontrôlé, mais néanmoins qui arrangera ensuite les intérêts d’autres factions à gauche de l’échiquier, dans la digne représentation de la “Public Choice Theory”. Pour le quidam, la dette publique française de 20% du PIB en 1970 prendra l’ascenseur jusqu’au sommet qu’on lui connaît en 2022.

    Ceci étant précisé, une mécanique infernale d’asservissement bien huilée demeure toujours ancrée sans qu’il s’agisse d’un secret de polichinelle, car il n’est plus utile d’affirmer, pour ce qui a trait des USA, que les États du Dakota du Sud, Delaware, Wyoming, Nevada sont toujours assimilés à des bastions imprenables (et pour cause). Mais le plus édifiant n’est-il pas – selon les constatations d’un économiste hétérodoxe aussi brillant et mondialement reconnu comme Paul Krugman – de constater que les inégalités des revenus aux États-Unis sont redevenues aussi extrêmes qu’en 1920? Et pourtant – jusqu’en 2006 du moins, alors même que la crise du subprime US trouvait son point de départ, les électeurs ont voté en majorité pour des candidats cultivant cette évolution prédatrice. Encore un paradoxe de plus? En même temps, Emerson n’a-t-il jamais dit “cette chose” sur la façon dont on les éduque pour les empêcher de nous sauter à la gorge? Si vous ne les éduquez pas, ce qu’on appelle l’”éducation”, ils vont prendre le contrôle – “ils” étant ce qu’Alexander Hamilton appelait la “grande Bête”, c’est-à-dire le peuple. La poussée anti-démocratique de l’opinion dans ce qui est appelé les sociétés démocratiques est tout bonnement féroce. Et à juste titre, puisque plus la société devient libre, plus dangereuse devient la “grande bête” et plus vous devez faire attention pour la mettre en cage d’une manière ou d’une autre. Ce qui nous amène naturellement à l’évolution des “sciences économiques” – notamment au travers des nombreux travaux portés au siècle dernier, et à l’actuel, sur la discipline des “sciences comportementales” pour les voir renaître sous la forme de l'”économie comportementale” dont Thaler reste l’un des principaux pères fondateurs après Shiller, Akerlof et enfin Keynes.

    Enfin et pour terminer, “les sciences comportementales” ne sont pas “un jeu” sans conséquences. Tous nos homo-politicus devraient pourtant être les premiers à le savoir si leur mission prioritaire reste l’Intérêt général et le bien commun. Pourtant, contrairement au mantra du gourou des monétaristes, Milton Friedman, et par les pages de sa “bible” (CAPITALISM AND FREEDOM, publié en 1962) – nous voyons non seulement que le Capitalisme revêt à présent sa face la plus sombre (“3ème guerre mondiale économique”) avec pour corrolaire une lente descente aux enfers de nos démocraties “modernes” (émergence de l’autoritarisme).

    Respectueusement vôtre
    P.R.

  7. En abordant la thématique de “nouvel ordre monétaire international”, il m’apparut judicieux de revenir à quelques fondamentaux!

    Que ne viens-je pas alors de retrouver dans mon “hémérothèque personnelle” archivant plusieurs de (nos/mes) analyses figurant – par ailleurs – au sein d’un ouvrage co-rédigé avec M.S. (dont “l’auteur” m’oubliera en page de couverture à la dernière seconde, sans doutes afin de respecter les bons usages du “politiquement correct”).

    Raymond dit :
    mars 28, 2019 à 12:34

    “(…) Il y a deux parallélismes importants entre le travail et le revenu national. Le premier concerne leur lien de causalité, c’est-à-dire que le revenu est produit par le travail humain. Avec la digitalisation de nos économies (et avec elle, l’alibi Schumpetérien de la « destruction-créatrice »), ni les robots ni les équipements de toute sorte ne peuvent être à l’origine d’une valeur ajoutée, parce qu’ils sont eux-mêmes le résultat du travail humain, qui est le seul véritable facteur de production comme l’avait déjà expliqué J.M. Keynes dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie. Suite au processus de digitalisation croissante des activités économiques, en effet, le nombre de places de travail diminuera de plus en plus dans l’ensemble des économies nationales et cela aura pour conséquence, entre autres, une polarisation toujours plus marquée de la distribution du travail et des revenus sur le plan macroéconomique. Le deuxième parallélisme entre le travail et le revenu national est donné par le fait que tous les deux sont distribués de manière fort inéquitable et très problématique dans l’ensemble des systèmes économiques.

    Comme j’ai déjà eu à plusieurs reprises l’occasion de développer le sujet des effets pervers de la « supply side economics », et le leurre de la «trickle down theory », les théoriciens de la théorie économique dominante – de matrice néolibérale – restent pourtant et toujours cimentés dans leurs certitudes. Cette pensée dominante persiste à véhiculer le dogme qu’en réduisant la charge fiscale des entreprises (et des sociétés cotées), celles-ci augmenteront les investissements afin de produire et vendre davantage ; cela étant censé faire augmenter aussi – pour ces prophètes – les recettes fiscales permettant ainsi au secteur public de compenser les pertes fiscales initiales suite à la réduction successive des barèmes d’impôt. Par analogie « compétitive », à encourager l’augmentation des concessions fiscales sur les entreprises cotées tout en sachant que la vélocité du capital n’a d’égal au facteur travail. Pourtant, l’évidence empirique ne corrobore pas du tout la vision théorique dominante.

    Lorsque la demande sur le marché des produits est insuffisante pour absorber toute la production – comme cela est le cas en cette décennie de crise – les entreprises n’ont aucun intérêt à investir leurs bénéfices nets. Elles ont en revanche intérêt à placer ces bénéfices sur les marchés financiers, faisant augmenter les prix des titres cotés à la bourse (avec pour effet mécanique « une exubérance irrationnelle ». R. Shiller/ R. Thaler) en générant un « price earning ratio » totalement déconnecté des fondamentaux afin d’accroître le patrimoine financier que les entreprises possèdent à l’avantage de leurs propres actionnaires. Un phénomène économico-financier à très court terme (spéculatif) qui s’oppose aux tâches régaliennes de l’État censées s’inscrire dans une logique à long terme.

    Postulant de ce secret de Polichinelle, il n’est pas inintéressant de rappeler que la dette publique, contrairement à un capital qui représente du travail passé progressivement accumulé, la dette publique représente aussi un prélèvement sur le travail futur. Plus spécifiquement, le créancier de l’État lui prête avec de l’épargne du travail (du travail accumulé dans le passé), tandis que l’Etat (le débiteur) rembourse sa propre dette grâce à un prélèvement fiscal sur le travail futur. C’est logique, la dette publique est garantie par la capacité de l’État à lever des impôts portant, entre-autres, sur les revenus professionnels futurs. En s’endettant, l’État demande donc à ses créanciers (par le truchement des marchés financiers) de lui faire crédit au motif qu’il sera capable d’exiger un prélèvement sur la création de richesse de ses futurs contribuables. Dès lors, en suivant la ligne de conduite des dogmatiques de la pensée dominante, une dette publique excessive devient l’écueil principal à une fluidité du capital et à l’allègement du coût du travail. En effet, si la dette publique est refinancée par l’impôt, c’est immanquablement le travail qui est frappé.

    Et si l’injustice fiscale manifeste entre Capital et Travail se pérennise – exacerbée par nos sociétés mercantiles couplées à une digitalisation exponentielle – alors il ne reste plus qu’aux États autistes à réduire leurs prérogatives d’Intérêt général, c’est-à-dire à détricoter progressivement le filet de sécurité sociale, alléger ses investissements dans les infrastructures (ponts, autoroutes, hôpitaux, éducation, système des retraites etc) ou poursuivre la vente de son âme au secteur privé (aux tenants du Capital) en détruisant implicitement son patrimoine. Mais n’est-ce pas la situation à laquelle nous assistons depuis des lustres, celle où les États ont choisi de faire le jeu de Lucifer qui se mord la queue ?”

    Source de nos (mes) interventions datées:

    https://michelsanti.fr/argent/la-dette-largent-le-peche

  8. Oui, c’est “moche” en ce 1er mai 2022!

    Comme cela a été dans de nombreux domaines depuis que les “hétérodoxes” ont été chassés et sacrifiés sur l’autel des ayatollahs du néolibéralisme!

    https://www.nouvelobs.com/idees/20220501.OBS57899/dennis-meadows-le-systeme-actuel-va-disparaitre.html

    RAYMOND
    28 mai 2019 à 21 h 26 min

    Non seulement la croissance économique, mesurée par rapport à l’évolution du Produit intérieur brut (PIB), est devenue une obsession pour la plupart des économistes, des institutions financières et des politiciens, mais la nature même du « PIB est désormais obsolète » pour paraphraser l’économiste hétérodoxe, Joseph Stiglitz, car ce thermomètre reste imparfait eu égard aux nombreux agrégats déjà pervertis par l’idéologie dominante. Durant le WEF de Davos, en janvier 2016, la fronde de Joseph Stiglitz résonnera encore en prônant que les instruments de mesure de l’activité économique doivent urgemment évoluer. Pour ce qui a trait à l’économiste hétérodoxe Paul Krugman, lui aussi titulaire du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques (Nobel), il publiera une critique éloquente du PIB dans une tribune: « Le Viagra et la richesse nationale symbolise la problématique ambiguë d’un produit, le Viagra, qui donne du bonheur aux utilisateurs/consommateurs alors que sa présence dans les statistiques de production est quasiment absente ».

    Quant à la notion du PNB (Produit national brut), nos sociétés modernes et développées feraient bien de s’inspirer du Bouthan, avec son BNB (Bonheur national brut), cet indice qui sert à mesurer le bonheur et le bien-être de la population du pays et qui demeure inscrit dans la constitution promulguée le 18 juillet 2008 ; il se veut une définition du niveau de vie en des termes plus globaux que le PNB. D’ailleurs, dans un excellent papier de la chroniqueuse économique Myret Zaki, n’a-t-elle pas aussi lancé un pavé dans la mare en arguant que « la croissance agrégée ne dit plus rien, en réalité, des améliorations du bien-être économique d’une population dans son ensemble », pour enchérir « qu’entre 1980 et 2016, les 1% les plus riches ont accumulé 28% de la croissance agrégée des revenus réels aux Etats-Unis, en Europe occidentale et au Canada, tandis que les 50% les moins riches en ont eu seulement 9% ». Comment s’étonner encore de son constat, parmi ceux de tant d’observateurs économiques, pour qui « les rapports annuels des entreprises se sont eux aussi mués, au fil des années en vecteurs de marketing autant que de reporting. Les illustrations prennent toujours plus de place, le texte fait la part belle aux réussites et les tableaux de chiffres viennent ensuite. Les exigences de divulgation financière se sont certes accrues, mais au même moment, leur poids dans les rapports est devenu très relatif ». Comment, dans ce contexte généralisé de tricherie économique, nier les limites de la croissance? S’il est devenu évident que notre planète vit à crédit, il en va de même pour la majorité de ses locateurs.

    En 2004, après trois décennies de croissance économique et démographique exponentielle, les auteurs d’une nouvelle édition du rapport Meadows (en 1972, à la demande du Club de Rome, de jeunes chercheurs américains rédigent un rapport, « The Limits to Growth », qui crée le scandale : nous sommes à la veille du premier choc pétrolier et pour beaucoup le crédo de la croissance économique ne saurait être remis en question) confirment leur premier diagnostic et alertent les acteurs politiques et économiques en proposant différents scénarios de transition vers un développement « soutenable ». Désormais le concept même de « développement durable » paraît complètement obsolète pour Dennis Meadows : « C’est trop tard » répétera-t-il à Paris en 2012, avec un grand sourire un peu désabusé, « nous avons dépassé les limites depuis déjà longtemps ».

    Alors, la croissance économique ne fut-elle pas déjà bornée à l’aune des années 1970, à l’heure où l’École des monétaristes prenait le pouvoir sur le monde économique ? L’émergence de la financiarisation de nos économies, dites modernes, ne fut-elle pas les prémisses d’un détournement planifié des richesses (et le pillage des ressources naturelles) avec la bénédiction successive des détenteurs de rentes de situation à l’instar des pouvoirs politiques, comme déjà décrit dans la théorie des choix publics, ceci au détriment de l’Intérêt général ?

    https://i0.wp.com/michelsanti.fr/wp-content/uploads/2018/10/%C3%A9cart-productivit%C3%A9-salaires.png?resize=538%2C305&ssl=1

    Après 50 ans d’injustices économiques établis sur des leurres et la croissance exponentielle de la financiarisation, combien d’années faudra-t-il encore pour nier les évidences et changer de paradigme ? Les aficionados de l’ultra-capitalisme d’hier sont-ils devenus à ce point une nouvelle frange du marxisme-léninisme des temps modernes ?

    http://iris-recherche.s3.amazonaws.com/uploads/attachment/file/Untitled12.png
    —-
    Source datée ci-dessous (avec le brillant billet de notre hôte):

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2019/05/27/les-limites-de-la-croissance-economique-sont-desormais-evidentes/#comments

    Mais paraît-il que “tout va bien dans le meilleur des mondes” (propos ironique), dès l’instant où la pandémie mondiale ainsi que le choc géopolitique restent maintenant accusés de tous les maux.

  9. Intervenant sur ce blog depuis de nombreuses années en qualité de citoyen franco-suisse, ayant vécu des deux côtés de la frontière sans compter le privilège d’avoir échangé avec d’autres cultures aussi riches et variées et aux valeurs humanistes à l’échelle du globe, je ressens néanmoins le besoin d’écrire ce préambule afin d’écarter d’éventuelles ambiguïtés liées à la rhétorique.

    Le thème de ce jour (en continuité des posts précédents) dénonce le poison de nos “sociétés modernes”: la Novlangue.

    En effet, vous avez bien lu, ce langage officiel usité au sein de la “société Océania” inventée par George Orwell pour son roman d’anticipation (science-fiction) de 1984. À l’instar des précédents romans dystopiques d’Aldous Huxley, dont le non moins célèbre “Meilleur des mondes” écrit en 1931 dans la période de la “Grande Dépression” des années 1930. Depuis plusieurs années, les langues se délient mais l’homo-politicus demeure totalement hermétique, protégé dans sa Tour de Babel. Pourtant, avec une rapidité tendant à s’accentuer ces dernières décennies, la gestion de l’hôpital public chez notre voisin (ne nous faisons aucune illusion en Suisse, car nous empruntons le même sentier depuis au moins une décennie!) s’apparente de plus en plus à celle d’une entreprise privée – “non sans blagues!” nous diraient les “économistes et-ou financiers hétérodoxes”, dépités, alors que cette plaie purulente s’appuie sur une logique managériale inspirée de l’industrie ainsi – et surtout! – au travers du filtre de la mathématisation (science dure) des “sciences économiques et sociales” (science molle) voulue par la sphère financière.

    Sa diffusion à l’hôpital public repose en grande partie sur la prolifération d’une “novlangue managériale” qui exerce une puissante pression sur la mobilisation mentale des agents: “le langagement” ou agir sur les comportements par le langage, comme le subissent violemment les personnels de santé en France, et plus modestement en Suisse pour l’instant. “Prendre le pouvoir de manière quasi hypnotique sur les esprits et ainsi manipuler plus aisément médecins, soignants et personnel administratif par la seule force du langage”. Oui, mais ces techniques perverses (et finalement coûteuses à plusieurs niveaux) sont pourtant dénoncées depuis fort longtemps, pour peu que la maîtrise de la discipline des “sciences comportementales” soit déposée en mauvaises mains. Pire encore, puisqu’on retrouve aujourd’hui quelques techniques (improductives à moyen terme) largement enseignées au sein des cursus de l’Instruction Supérieure (via les mantras des “orthodoxes”). Rappelons-nous tout de même, dans cette logique, qu’en 1970 Milton Friedman (frange dure des orthodoxes et père du monétarisme) publiait dans “The New York Times” un article resté fameux et intitulé “La responsabilité sociale des entreprises est d’augmenter leurs profits”. Sous-entendant (sans l’assumer) que “la grande casse sociale” sera assurée et financée par l’État (donc par le contribuable lambda par analogie). Aujourd’hui, dans quasi toutes les entreprises, des séances sont consacrées à l’enrôlement psychologique des salariés, réalise bien tardivement un “océan de serfs”! Mais n’y a-t-il pas des limites à ne pas franchir? On peut s’interroger – comme l’a très bien écrit récemment un quotidien français: “en rapprochant deux citations, la seconde analysant la première sous le prisme de l’étude faite par le philologue Victor Klemperer (et où le point Godwin n’a pas lieu d’être) de la langue employée par les nazis”. En premier, à travers un récent courriel envoyé à tous les médecins d’une Commission médicale d’établissement, un exemple de la novlangue en cours. Aucun mot ne relève du domaine de la santé, comme si le critère n’était pas à prendre en compte par le personnel médical: «Un nouveau pacte de gestion porteur d’une ambition à long terme qui repose sur des orientations stratégiques claires favorisées par un desserrement de la contrainte financière exogène («tendanciel»)». Le choix des mots, les nazis l’avaient déjà compris, est primordial comme le note Victor Klemperer dans Lingua Tertii Imperii, la langue du IIIe Reich, écrit en 1947: «[La langue] ne se contente pas de poétiser et de penser à ma place, elle dirige aussi mes sentiments, elle régit tout mon être moral surtout si je m’en remets inconsciemment à elle.»

    En France (et en Suisse, même si le sujet reste tabou), de plus en plus de soignants (y compris des médecins et chirurgiens en exercices) se prescrivent des antidépresseurs; des psychotropes parfois inévitables au sens de la médecine, mais pas anodins sur le plan des effets secondaires à la conduite d’un véhicule ou d’une opération menée à cœur ouvert, par exemple, dans le contexte d’un risque? En même temps, il semblerait qu’il vaut mieux se focaliser sur “la guerre de l’information”, elle, jouant sur nos biais cognitifs axés vers une “hypothétique fin du monde nucléaire massive”, se focaliser sur les émissions très instructives de la téléréalité ou s’abrutir aux jeux vidéos en pensant à “un Retour au meilleur des mondes”! (Titre original: Brave New World Revisited; c’est un essai/constat d’Aldous Huxley paru en 1958).

    L’homo-sapiens me surprendra toujours.

    1. L’ironie du jour d’un homo-sapiens orienté!

      “Le spectre de la récession se fait toujours plus présent en France alors que l’inflation semble hors de contrôle. La faute à l’inaction de la Banque centrale européenne sur les taux d’intérêt (…) selon le chroniqueur Sébastien Laye, entrepreneur dans l’immobilier et économiste à l’Institut Thomas More” (source 02.05.2022 – Capital)

      (Je) Raymond – comme homo-sapiens hétérodoxe – précise que cet “orthodoxe” sous-tend que la Banque centrale européenne (politique monétaire) n’est pas assez restrictive. Amusant à plus d’un titre car à l’époque, l’idéologie de cet “homo-sapiens mainstream” poussait implicitement un levier dans le sens inverse de la “relance budgétaire”, donc vers l’orthodoxie budgétaire (austérité). C’est-à-dire en encourageant avec hérésie un dévoiement de la courroie de transmission de la politique monétaire (relance par la monnaie)
      avec la relance budgétaire (investissement productif via le déficit budgétaire). Alors même que la politique contracyclique cherchait désespérément à atteindre sa cible – l’économie réelle – mais n’eût l’écho (le répondant) à cause d’une faute idéologique trop longtemps impardonnable. Une malhonnêteté intellectuelle nourrie par ce couple: technocrates/homo-politicus”mainstream”. Le néolibéralisme et l’ordolibéralisme dans toutes leurs splendeurs!!!

      Après plus de dix ans à le répéter sempiternellement, voici encore un extrait d’une de mes dernières interventions datées en guise de modeste réponse, valant comme conclusion vulgarisée :

      RAYMOND
      10 novembre 2021 à 10 h 35 min
      (…) En postant l’analyse pour (Y), j’ai hésité à lui adresser cette dernière étant donné que l’orthodoxie budgétaire (austérité) en période récessive reste aussi un des mantras des monétaristes. On (les hétérodoxes) a vu les dégâts de ce phénomène dans l’histoire; on les a vu post-2008 lors de la crise des dettes souveraines (2009…), et on mesure encore mieux aujourd’hui cette inflation localisée dans les actifs financiers et immobiliers, principale conséquence des politiques monétaires non conventionnelles qui n’ont pas été soutenues par des politiques contracycliques de relance budgétaire. Et maintenant les monétaristes viennent pleurnicher sur la “rotation inflationniste” accélérée par l’aléa sanitaire, ça devient franchement fatiguant.

      Pour (Y), voici la leçon “d’économie pour les nuls” (ou d’histoire?) comme (Y) l’a suggéré lui-même (source: blog du Professeur Sergio Rossi)

      PS: Il va s’en dire que tous les hétérodoxes (économistes/financiers) savent depuis des lustres que l’obscurantisme dominant a poussé une “inflation galopante cachée” dans les actifs financiers et immobiliers (les indices boursiers et immobiliers le prouvent très largement ainsi que les données empiriques sur ce dernier cycle de dix ans). Les orthodoxes devraient ainsi se montrer plus créatifs que sortir de leurs manches l’alibi de la pandémie et dernièrement celui du risque géopolitiques, puis enfin s’adresser au quidam avec le “novlangue”.

      Le coup de gueule assumé d’un homo-sapiens hétérodoxe, c-à-d le mien.

  10. Cette “guerre monétaire” qui génère du “fioul”!!! (“Le fioul” désigne aussi une métaphore en interne – dans le milieu de la finance – désignant certains “stocks” et “flux d’argent”)

    https://blogs.letemps.ch/laurent-horvath/

    (Avec mon intervention sur le blog de Laurent Horvath valant comme un rappel des errements dans le temps et l’espace)

  11. “La Banque centrale européenne (BCE) a appelé lundi (02 mai 2022) à réglementer les crypto-actifs, dont la dynamique est telle qu’ils atteignent une taille de marché désormais supérieure à celle des prêts hypothécaires à risque à l’origine de la dernière grande crise financière”

    “Nous devons déployer des efforts coordonnés au niveau mondial pour faire entrer les crypto-actifs dans le champ de la réglementation”, a déclaré Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE, dans un discours prononcé à New York. Cet appel fait écho à celui de la Banque d’Angleterre (BoE) qui a estimé en mars dernier que la régulation des “cryptomonnaies” devait être accrue pour éviter que la croissance de ce secteur ne crée un risque systémique.

    Non sans blagues!!! Comme à l’époque de Jean-Claude Trichet (monétariste convaincu et ancien gouverneur de la BCE) qui attendra en 2008, lui, que le feu se propage aux étages supérieurs (par faute idéologique) afin de tenter un changement de braquet face aux influences technocratiques du leadership Allemand (ce maître de cérémonie!)

    Un voyage dans le temps et l’espace (mai 2021) – Excellent billet de notre hôte avec mes modestes contributions:

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2021/05/10/le-bitcoin-nest-pas-une-tulipe/#comments

  12. Dans une récente tribune, Jerome Powell (Fed) a déploré un marché de l’emploi à un niveau “malsain” aux États-Unis, alors que le taux de chômage (U3) – au diable les données U6? – soit à “son niveau” d’avant la pandémie mondiale (3,6% en mars 2022 contre 3,5% en février 2020).

    https://www.bls.gov/news.release/empsit.t15.htm

    Après avoir resserré drastiquement les boulons de la politique monétaire, “l’ancien pote de Wall Street” semble découvrir le phénomène: “The Great Resignation” (la Grande démission) en 2022. Avec des entreprises confrontées depuis des mois à des pénuries de main-d’œuvre et à des démissions massives; en mars 4,5 millions de personnes ont encore quitté leur emploi, alors que le nombre d’offres a grimpé à 11,5 millions, un record, selon le bureau des statistiques. Pour attirer les candidats et fidéliser leurs employés, les entreprises augmentent les salaires, ce qui a pour effet mécanique d’alimenter l’inflation. Une préoccupation touchant aussi le “Vieux Continent”. Mais chut, car non politiquement correct!

    Un modeste retour de bobine dans le temps et l’espace?
    —-

    RAYMOND
    6 mars 2018 à 14 h 30 min
    Le pari démissionnaire des sciences molles ? « Sciences politiques » vs « Sciences économiques »

    Pour les néolibéraux, le marché du travail devrait fonctionner exactement comme les autres marchés : ajustement de l’offre et de la demande par les prix. Or le travail est encadré par la lourdeur des législations (salaire minimum, obtention d’un permis de travail, filet social obligatoire, indemnités de licenciement, restrictions sur les mises à pied et délais d’avis, limitations des heures d’ouvertures des commerces, assurance-chômage et autres indemnités) qui augmentent considérablement le coût de la main d’œuvre et qui fausse le marché, toujours selon doctrine néolibérale.

    Les marxistes, quant à eux, nous apportent un élément de réponse avec la théorie de la destruction du travail par le capital : la tendance du capitalisme est de remplacer la main-d’œuvre par le capital pour augmenter le profit. Ceci se fait forcément au détriment de l’emploi. Par conséquent, l’existence du chômage est une bonne chose pour les « patrons » car elle engendre la baisse du coût du travail. D’ailleurs, Karl Marx ne parlait-il pas déjà de « l’armée de réserve de travailleurs », développé dans le chapitre 25 de son ouvrage Das Kapital?

    Arrêtons-nous à présent sur Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi. Cet économiste suisse, d’abord influencé par Adam Smith, embrassa la cause libérale et fréquenta les salons de Madame de Staël au sein du Groupe de Coppet (avant que ses théories n’entachent la constellation de Coppet). Son adhésion au libéralisme économique de Ricardo et Smith prendra fin en 1819 avec la publication des Nouveaux principes d’économie politique. Pour la première fois, un économiste évoque une nécessaire redistribution des richesses. Selon lui, loin d’assurer le bien-être de tous, le libéralisme économique accroît la misère des travailleurs parce que la concurrence exerce une pression à la baisse sur les coûts de production, et donc sur les salaires également, puis, le rythme élevé du progrès technique fait que les anciens résistent en bradant les prix et donc les salaires. Ajouter de la valeur c’est ajouter du capital fixe, des machines, des entrepôts, des forces aveugles de la nature qui ont été redirigées par l’intelligence et l’habileté qui sont autant de richesse future. Ce capital ne produit que s’il est fécondé par le travail, qui le met en mouvement. Sismondi ajoutera que le surplus et le profit sont accaparés par les riches, qui sont propriétaires du capital et de ce fait peuvent décider seul du partage de la valeur ajoutée, et de la richesse. En ce sens où de nos jours la vélocité du capital n’a plus rien de comparable au facteur travail pour fructifier, le travail (comme facteur de production) tend à disparaître .

    Le macroéconomiste de Cambridge, John Maynard Keynes, n’avait-il pas prédit, dès 1938, en estimant qu’avec l’augmentation de la productivité due aux machines, il suffirait en l’an 2000 que chacun s’astreigne à trois heures de travail productif par jour pour que chacun subvienne à ses besoins ? Pourtant on travaille toujours au moins 35 heures par semaine dans nos sociétés modernes, et la valeur-travail se porterait plutôt bien selon certains avis bien tranchés – alors qu’on devrait dire que la valeur-travail s’accroche autant que faire ce peut. Pourquoi donc s’inquiéter ? Si l’Histoire a pour l’instant démenti le pronostic de John M. Keynes, c’est que tout n’était pas aussi simple. Tout d’abord, si l’évolution technique détruit des emplois, elle en fabrique en contrepartie selon le précepte schumpétérien de la « destruction créatrice ». Or, bien que l’économie digitale va temporairement pulvériser des pans entiers de l’économie marchande, en parallèle du progrès technologique et de l’innovation disruptive, que la nouvelle génération silencieuse (Z) et la génération (X) vivent déjà – à leur manière – une mise à la marge du monde du travail ; ce dernier n’arrêtant pas de se complexifier et le travail de se diviser, alimentant ainsi la « machine capitaliste » d’emplois de plus en plus précaires, pour ne pas dire des « Jobs à la c.n » en paraphrasant l’anthropologue américain David Graeber, alors oui…il y a en effet de quoi véritablement s’inquiéter sur les défis de demain laissés aux mains de la « science politique ».
    —-

    “Il conviendra de rappeler que les choix de politique monétaire sont plus un art que le résultat d’une analyse scientifique rigoureuse et approfondie”. Dixit professeur et dr. Sergio Rossi (19 février 2018 – blog)

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