Cette année sera pire que 2021

Comme cela était prévisible, l’appel du gouvernement fédéral suisse à la responsabilité individuelle n’a pas porté les effets attendus par celui-ci afin d’endiguer la diffusion du Covid-19 au sein de la population. Les fêtes de Noël et de Nouvel An ont sans doute contribué à diffuser davantage ce virus au sein des ménages, même si bien des entreprises et tous les instituts de formation étaient fermés.

Les autorités gouvernementales devraient avoir le courage et la clairvoyance de décréter un nouveau confinement, en imposant la vaccination obligatoire à l’ensemble de la population, afin que la réouverture des activités économiques puisse coïncider avec la vaccination de toute la population, à l’exception des personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner pour des raisons de santé.

Le problème réside peut-être aussi dans le nom de cette pandémie. Les opposants à la vaccination pourraient penser qu’après tout il ne s’agit que d’un virus, à savoir d’un micro-organisme très similaire à celui qui propage chaque année la grippe saisonnière. Si le Covid-19 avait été appelé «lèpre», par exemple, peut-être qu’une partie importante des personnes qui ne sont pas encore vaccinées aujourd’hui parce qu’elles sont contre le vaccin auraient eu une attitude différente – puisque le mot «lèpre» fait encore peur dans l’opinion publique.

Or, au-delà du nom, c’est l’attitude des politiciens au gouvernement qui compte. Il s’agit, en fait, d’être rigoureux, clairvoyant et orienté vers le bien commun – trois caractéristiques qui sont de moins en moins perceptibles dans la classe politique et chez de nombreux autres acteurs de l’économie. Cela n’est pas surprenant, si l’on considère que la pensée dominante durant ces 30 dernières années est axée sur l’individualisme, entendez l’égoïsme qui stimulerait l’innovation et la maximisation des avantages individuels et collectifs selon le mantra du néolibéralisme.

Nul n’est prophète, mais on peut imaginer que lorsque la pandémie ne sera plus qu’un très mauvais souvenir, le néolibéralisme ne connaîtra pas le même sort mais continuera à dicter les choix publics, et sur le plan économique il pourrait même aggraver la situation des classes moyennes et inférieures.

En effet, les dépenses publiques vont commencer à être réduites de manière significative – sans aucune intention d’augmenter les barèmes d’impôt – afin d’équilibrer les comptes de l’État indépendamment de la nécessité d’offrir des services publics pour le bien commun. De leur côté, les entreprises vont augmenter la pression à la baisse sur les salaires des travailleurs de la classe moyenne, profitant de l’existence d’un grand nombre de chômeurs prêts à travailler pour des salaires qui ne leur permettent pas de vivre dignement dans leur propre pays.

Rien de nouveau, en somme, si ce n’est un niveau accru de difficultés pour de nombreuses personnes, ce qui n’augure rien de bon pour l’avenir – même si cela n’a pas d’importance pour les politiciens au gouvernement.

Les accords sur le climat sont comme le Père Noël

Dans quelques jours ce sera Noël, une journée de fête que l’on devrait pouvoir passer en toute sérénité au sein de sa propre famille, mais qui en fait est devenue une occasion pour faire des dépenses qui sont souvent déraisonnables, quitte à devoir s’endetter pour les financer. Quelque chose de similaire pourrait avoir lieu durant cette décennie en ce qui concerne les accords internationaux sur le climat, récemment au centre de l’attention suite à la conférence de la COP26 à Glasgow. Celles et ceux qui croient au Père Noël vont probablement croire aussi que ces accords et leurs signataires vont amener à des choix, aussi bien privés que publics, favorables à l’environnement. Or, le simple fait que l’horizon temporel prévu pour la réalisation des objectifs inscrits dans ces accords soit encore loin sur le plan politique (même si, en fait, on se trouve à une minute avant minuit) induit à penser que les mots prononcés à Glasgow et écrits noir sur blanc dans les accords vont rester lettre morte, vu qu’il n’y aura aucune chance d’atteindre les objectifs inscrits dans ces accords, vu que les problèmes climatiques sont des phénomènes qui touchent le monde entier (même si à géométrie variable) et que la contribution d’un pays quelconque afin d’améliorer le climat ne fait pas la différence, si les autres nations ne changent pas leur fusil d’épaule.

Depuis 1972, bien des scientifiques attirent l’attention de l’ensemble des parties prenantes sur le fait qu’il faut changer de trajectoire pour éviter la disparition de l’espèce humaine, à cause des dommages à l’environnement provoqués par cette espèce. Cinquante années se sont écoulées depuis la publication du Rapport sur les limites du développementrédigé par des chercheurs du MIT pour le Club de Rome, mais durant ce laps de temps ce rapport a été largement ignoré tant par les dirigeants des entreprises que par celles et ceux qui ont été élu.e.s par le peuple pour satisfaire l’intérêt général.

Il suffit de lire les conclusions auxquelles sont arrivés les participants à la conférence de Glasgow pour comprendre que les objectifs (apparemment ambitieux) de la classe politique mondiale vont être très difficilement atteints, aussi parce que leur échéance temporelle se situe bien après l’échéance électorale (voire l’espérance de vie) de ces politicien.ne.s.

Il faudra dès lors encore passer par une série d’événements dramatiques pour une grande partie de la population mondiale avant que l’espèce humaine soit contrainte de changer sa propre trajectoire de développement par la situation climatique et environnementale. Nous ne sommes pas en mesure de prédire l’avenir, donc nous ne savons pas ce qui va se passer durant les prochaines décennies sur le plan climatique, mais nous apercevons déjà un scenario très problématique pour la vie sur la Terre, à commencer pour l’espèce que nous avons l’habitude d’appeler «homo sapiens» – apparue il y a environ 300’000 années.

Selon certains anthropologues, le quotient intellectuel de l’espèce humaine est en train de diminuer depuis le début des années 90 du siècle passé. Nous savons ce que nous devons faire pour changer de trajectoire, mais nous devons être conscients que tout le monde, de manière individuelle et collective, doit s’engager pour permettre à tout un chacun de mener une vie digne de ce nom. Un homme averti en vaut deux…

L’économie du travail et le travail de l’économie

Le marché du travail est au centre du fonctionnement de notre système économique, étant donné que la rémunération des travailleurs crée le revenu nécessaire pour satisfaire les besoins sur le marché des produits. Comme l’avait résumé M. Kalecki, «les travailleurs gagnent sur le marché du travail ce qu’ils dépensent sur le marché des produits, tandis que les entreprises gagnent sur le marché des produits ce qu’elles dépensent sur le marché du travail».

Même si la «quatrième révolution industrielle», entendez la digitalisation des activités économiques, réduira toujours plus le nombre de personnes employées – parce que de plus en plus de travailleurs vont être remplacés par ce qu’on appelle l’«intelligence artificielle» – on aura toujours besoin d’un revenu pour financer les dépenses des agents économiques. Le marché du travail, dès lors, sera indispensable dans tous les cas, parce que seul le travail (effectué par des femmes et des hommes en chair et en os) peut logiquement former un nouveau revenu au sein du circuit économique. Le capital fixe – formé par des machines et des équipements de toute sorte (y compris les robots) – ne peut créer aucun revenu dans l’ensemble de l’économie car seul le travail est en mesure de créer un revenu à partir de rien, lorsque les travailleurs sont rémunérés par les entreprises à travers le système bancaire qui émet le nombre d’unités monétaires nécessaires pour le paiement des salaires.

Si les banques ne sont plus intéressées à ouvrir des lignes de crédit aux entreprises pour le paiement de leurs collaborateurs, étant donné que pour les banques il est plus rentable de spéculer sur les marchés financiers, le financement de la production n’est plus possible et cela ralentit tant le circuit économique que la formation des profits sur le marché des produits. Les entreprises, dans un tel cas, vont réduire le niveau d’emploi, aggravant la situation dans l’ensemble du système économique.

Une situation semblable peut être observée lorsque les entreprises demandent des crédits bancaires afin d’effectuer des transactions sur les marchés financiers, où elles cherchent à gagner des rentes avec lesquelles compenser les profits qu’elles ne gagnent pas sur le marché des biens et des services.

Or, si les entreprises payaient à leurs collaborateurs des salaires permettant à ces derniers d’acheter leurs propres produits (comme le disait Henry Ford), le système économique ne serait pas dans une crise profonde comme celle qui existe de nos jours et il n’y aurait pas tous les conflits sociaux qui actuellement animent le débat politique sans solution de continuité.

Comme l’avait bien compris James Carville (le stratège de Bill Clinton durant sa campagne présidentielle de 1992), «c’est l’économie, stupide!». Le travail rémunéré est ce qui fait tourner le circuit économique et qui doit être nourri correctement, à savoir, par des salaires suffisants pour financer les dépenses de consommation qui satisfont les besoins vitaux de l’ensemble de la population.

L’équilibre des finances publiques est un problème majeur

Les conséquences macroéconomiques négatives de la pandémie ont aggravé, entre autres, les finances publiques de la Suisse et du reste du monde, suite à la nécessité d’augmenter les dépenses de l’État afin de soutenir les acteurs économiques qui ont beaucoup souffert et continuent de souffrir pour différentes raisons.

Tant les États-Unis que l’Union européenne ont décidé et déjà mis en œuvre plusieurs interventions publiques visant d’abord à soutenir puis à relancer les activités de l’économie privée, allouant des milliers de milliards d’euros ou de dollars américains sans se soucier de l’équilibre budgétaire des finances publiques.

Il est vrai qu’en allemand le mot «dette» se traduit par «Schuld» (qui veut aussi dire «faute»), induisant à penser que la dette publique est une faute à éviter. Dans ce cas, il faudrait également noter que la dette privée doit aussi être évitée, tandis que beaucoup de politiciens et d’acteurs financiers sont bien contents de voir (et faire) enfler l’endettement privé nécessaire pour assurer la croissance économique qui, sinon, serait avortée à cause des bas salaires d’une partie importante de la population active.

Dans tous les cas, l’équilibre des finances publiques ne doit pas être considéré comme le point de départ pour déterminer le niveau des dépenses publiques. En fait, cet équilibre doit être le résultat d’une longue série de décisions visant avant tout à satisfaire les besoins essentiels de la population par des choix publics qui, en second lieu, doivent décider les modalités de financement des dépenses publiques, à savoir, qui doit être appelé à la caisse en payant des impôts sur le revenu et le patrimoine des personnes physiques et sur le bénéfice et le capital des personnes morales.

La Confédération suisse, à l’instar de bien des Cantons, vise l’équilibre budgétaire indépendamment de la nécessité de satisfaire les besoins essentiels d’une partie importante des personnes physiques ou des personnes morales qui résident dans sa propre juridiction. Si les politicien.ne.s au pouvoir ne changent pas leur fusil d’épaule, l’équilibre des finances publiques va mener l’ensemble des parties prenantes droit dans le mur prochainement.

L’économie ne mérite pas de Prix Nobel

Le mois passé, l’Académie royale des sciences de Suède a attribué les Prix Nobel 2021 pour la médecine, la chimie, la physique, la littérature et la paix. Au-delà de ces cinq Prix Nobel, chaque année la Banque centrale de Suède attribue un Prix en mémoire d’Alfred Nobel qui, de manière erronée, est considéré un Prix Nobel de même rang que les autres. En fait, Alfred Nobel ne considérait pas l’économie comme une discipline scientifique méritant un Prix parmi ceux qu’il institua par son testament de 1895. Ce fut seulement en 1968 que la Banque centrale suédoise décida d’instituer un Prix annuel en mémoire d’Alfred Nobel, lors du 300ème anniversaire de cette autorité monétaire.

Si initialement plusieurs économistes de taille furent récompensés par le Prix de la Banque centrale suédoise, à partir de la fin des années 1980 on constate une baisse considérable du niveau scientifique des travaux récompensés par ce soi-disant Prix Nobel. Cette année, par exemple, ce Prix a été attribué à un économiste qui a découvert l’eau chaude (pour utiliser un euphémisme) et à deux autres chercheurs qui considèrent l’économie comme une science exacte à l’instar de la physique ou des mathématiques.

Il est désormais une «évidence empirique» équivalente à une lapalissade que l’institution d’un salaire minimum ne réduit pas le niveau d’emploi dans l’ensemble de l’économie nationale. Bien au contraire, il est fort probable que l’introduction d’un salaire minimum augmente le niveau d’emploi, étant donné que les consommateurs disposent ainsi d’une plus grande capacité d’achat et, qui plus est, pourraient avoir une plus forte propension à consommer, vu qu’ils savent qu’ils reçoivent un salaire plus élevé que celui qu’ils recevaient avant l’adoption d’un salaire minimum.

En ce qui concerne, en revanche, l’assimilation de l’analyse économique à une science pure et dure comme la physique – qui a des lois immuables dans le temps et dans l’espace –, il s’agit d’une faute méthodologique très grave, parce qu’elle dénature l’approche qu’il faut utiliser et conduit à des choix de politique économique fondamentalement erronés, qui dès lors ne peuvent aucunement résoudre les problèmes économiques du monde réel, bien plus complexe que ce que les modèles mathématiques les plus sophistiqués peuvent représenter.

Ce n’est certainement pas à travers la récolte de données suite à des sondages auprès d’un échantillon (bien que «représentatif») de la population qu’il est logiquement possible d’arriver à des conclusions d’ordre macroéconomique, entendez qui concernent l’ensemble des agents au sein du système économique considéré.

Or, la «science économique» contemporaine est établie sur la base des données qui, suivant des méthodologies parascientifiques, sont récoltées sur le terrain, avec la prétention que les données ne mentent jamais. En réalité, bien des économistes académiciens partent des conclusions qu’ils veulent obtenir, afin de définir le périmètre des données à récolter et la méthodologie à utiliser pour «démontrer» leurs propres hypothèses, ne serait-ce que pour obtenir un soi-disant Prix Nobel.

Alfred Nobel est sans doute en train de se retourner dans sa tombe!

Un revenu de base inconditionnel pour tout le monde

Le mois passé, une nouvelle initiative populaire fédérale a été lancée en Suisse proposant le versement d’un revenu de base inconditionnel à l’ensemble de la population résidente, lui permettant «de mener une existence digne en famille et en société, de participer à la vie publique et d’agir pour le bien commun».

Le sujet n’est pas nouveau, vu que le peuple suisse avait déjà été appelé aux urnes en 2016 afin de s’exprimer sur une initiative semblable, qui toutefois était plus générique et n’indiquait pas certains éléments importants pour convaincre le peuple à l’approuver à cette époque-là.

Or, à la lumière des conséquences dramatiques induites par la pandémie de la Covid-19 et surtout des choix publics inefficaces tant sur le plan sanitaire qu’au niveau économique, il est désormais évident qu’un revenu de base inconditionnel pourrait résoudre plusieurs questions ouvertes dans l’économie et dans la société d’une nation comme la Suisse, où la forte concentration du revenu et de la richesse au sommet de la pyramide sociale représente un problème d’ordre socio-économique qui nécessite un changement de paradigme afin d’être traité correctement.

Le texte de la nouvelle initiative populaire pour un revenu de base inconditionnel indique que celui-ci doit être conçu «de manière à contribuer à la préservation et au développement des assurances sociales». Cela signifie qu’il faudra assurer «la coordination du revenu de base inconditionnel avec les prestations des assurances sociales existantes ainsi que les éventuelles adaptations de ces prestations», pour éviter de faire double emploi. Contrairement au texte de l’initiative refusée par le peuple suisse en 2016, cette nouvelle initiative populaire précise que tous les secteurs économiques contribuent de manière solidaire au financement de ce revenu de base. «Il s’agit notamment d’imposer de manière adéquate le secteur financier et les entreprises technologiques et d’alléger les charges grevant l’activité lucrative».

À l’instar de l’initiative soumise au vote populaire en 2016, le comité de cette nouvelle initiative n’indique pas le montant du revenu de base, ni la méthode de calcul pour ce faire, demandant qu’une loi fédérale s’en charge le moment venu – et qui devrait tenir compte de l’évolution du coût de la vie en Suisse.

Les initiants, toutefois, demandent que le financement du revenu de base soit assuré aussi par une imposition fiscale correcte des revenus du capital ainsi que des transactions financières. En l’état, les personnes (physiques ou morales) qui gagnent des revenus du capital très élevés ou qui effectuent des transactions financières (à haute fréquence) contribuent aux finances publiques de manière moins que proportionnelle par rapport à ce que font les personnes qui gagnent des revenus du travail équivalents.

Il est dès lors urgent et nécessaire de rétablir une certaine équité fiscale, contribuant à soutenir les activités économiques afin d’accroître la cohésion sociale. L’ensemble des parties prenantes pourra alors en bénéficier dans l’intérêt général de l’économie et de la société.

Quand le salaire minimum est redoutable

Le mois passé, la presse tessinoise a révélé que trois entreprises proches de la frontière avec l’Italie ont réussi à contourner la loi cantonale qui introduit un salaire minimum brut horaire, établi à 19 francs dès la fin décembre 2021, pour donner suite à une initiative populaire adoptée en juin 2015.

Il ne fait pas de doute que d’autres entreprises au Tessin vont suivre la démarche de ces trois premières entreprises, qui ont trouvé le moyen de contourner légalement cette loi cantonale, même si cela est fait de manière illicite envers la dignité des personnes qui ne sont ainsi pas suffisamment rémunérées pour mener une vie digne de ce nom avec leur salaire (vu que celui-ci se situe à 15 francs bruts de l’heure). D’ailleurs, la fixation d’un salaire minimum brut horaire à 19 francs ne suffit certainement pas pour vivre dignement au Tessin de nos jours, même si l’on travaille à plein temps et que l’on fait peut-être aussi des heures supplémentaires.

Le problème, toutefois, réside dans la loi sur le salaire minimum adoptée par le Grand conseil tessinois le 11 décembre 2019 et entrée en vigueur le 1er janvier 2021. Lisant cette loi, on remarque tout de suite la volonté du législateur de seconder les exigences des employeurs au détriment, tout d’abord, de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs qui n’arrivent pas à vivre avec leur salaire et, par la suite, de l’ensemble des parties prenantes au sein de l’économie tessinoise.

Si le but de cette loi sur le salaire minimum est d’«assurer un niveau de vie digne» à celles et ceux qui reçoivent un tel salaire – comme l’indique son article 1 – il est évident que cette loi ne permet pas d’atteindre cet objectif. L’article 3, lettre i, de cette loi, en effet, indique de manière explicite qu’elle «ne s’applique pas aux rapports de travail pour lesquels il existe une convention collective de travail […] ou qui fixent un salaire minimum obligatoire».

Cet article empêche la loi d’avoir une portée générale, d’autant plus dans le cadre des activités économiques qui exploitent les travailleurs pour engendrer des profits extravagants par rapport aux compétences entrepreneuriales des titulaires de ces entreprises.

Si les autorités politiques en Suisse voulaient vraiment relancer et soutenir l’économie par la fixation d’un salaire minimum brut horaire, elles devraient l’établir à un niveau de 25 francs (à indexer par la suite en fonction de l’évolution du coût de la vie), que n’importe quelle entreprise doit être tenue à respecter, sans mettre en œuvre des mesures de contournement qui la disqualifient sur le plan réputationnel et en fin de compte aussi sur le plan économique.

La classe politique n’est certainement pas prête à aller dans cette direction, vu que l’État (comme Karl Polanyi l’avait bien expliqué) est aux mains de la classe dominante, à savoir, de celles et ceux qui pensent à s’enrichir en appauvrissant une partie importante de la population formée par des travailleuses et des travailleurs qui ont toujours plus de peine à boucler les fins du mois avec le salaire que ces personnes reçoivent.

Alléger les impôts sur les salaires, imposer équitablement le capital

L’initiative des Jeunes socialistes soumise au vote populaire d’hier aurait permis de bien relancer et soutenir les activités économiques, durement frappées par les conséquences de la pandémie du Covid-19 éclatée au début 2020.

Il est nécessaire d’augmenter la charge fiscale sur les revenus du capital qui dépassent un certain seuil – à déterminer correctement – afin d’atteindre une série d’objectifs dans l’intérêt général de l’économie, dont le fonctionnement ordonné dépend aussi de la fiscalité ainsi que de la distribution du revenu et de la richesse.

Dans la plupart des cas, aujourd’hui, les revenus du capital n’ont aucun lien avec la méritocratie, c’est-à-dire que les personnes (physiques ou morales) touchant ces revenus n’ont aucun mérite à cet égard. Il s’agit de rentes financières que les acteurs sur les marchés gagnent indépendamment de leur travail et qui sont largement le résultat des nombreuses interventions des banques centrales dans le sillage de la crise financière éclatée en 2008 au plan global et, plus récemment, de la crise pandémique.

Imposer davantage les revenus du capital ne provoque pas une fuite de capitaux nuisible au système économique, parce que cela frappe surtout les propriétaires des capitaux qui ne sont pas investis de manière productive. La Suisse restera de toute façon un pays dont la fiscalité est modérée, qui plus est offrant des services publics meilleurs que ceux de beaucoup d’autres nations. L’attractivité de la place économique helvétique serait, en fait, meilleure si les revenus du capital étaient imposés davantage car cela permettrait à l’État de soutenir directement (par des dépenses publiques supplémentaires) et indirectement (grâce à davantage de subventions et à une réduction de la charge fiscale de la classe moyenne) les activités économiques visant le bien commun. L’augmentation des recettes fiscales permettrait au secteur public de soutenir l’économie nationale, de telle manière que les petites et moyennes entreprises pourraient augmenter leur chiffre d’affaires et, par conséquent, leurs bénéfices, avec des effets positifs aussi sur le niveau d’emploi et sur le niveau des salaires de bien des catégories professionnelles, surtout en ce qui concerne les femmes qui travaillent mais qui, de nos jours, ne gagnent pas assez pour arriver à la fin du mois.

Imposer davantage les revenus du capital permettrait également de réduire la fragilité et l’instabilité financière, parce que cela induirait un nombre important d’acteurs sur les marchés financiers à réduire le volume de leurs transactions sur ces marchés afin de ne pas devoir supporter une charge fiscale plus lourde. Les banques, dès lors, seraient davantage orientées vers l’économie «réelle», augmentant leur disponibilité à octroyer des crédits aux entrepreneurs – parmi lesquels se trouvent bien des jeunes qui ont terminé leurs études mais ne réussissent pas à obtenir une ligne de crédit afin de réaliser leurs projets.

La cohésion sociale en sortirait renforcée, au bénéfice de l’ensemble des parties prenantes dans l’économie nationale.

On avance par inertie mais lentement on s’enfonce

Vingt années se sont écoulées depuis les attentats aux tours jumelles de New York, qui ont choqué le monde entier par leur brutalité et par l’ampleur de ce massacre de personnes innocentes, qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Les autorités politiques, ainsi que bien d’autres parties prenantes, surtout dans le domaine de la haute finance, ont appris très peu, voire rien du tout, de ces événements dramatiques. Ces acteurs continuent à considérer avant tout leurs propres intérêts de très court terme, comme si rien d’autre n’était important au-delà de l’enrichissement personnel, même lorsque cela nuit au bien commun.

La pandémie du Covid-19 est le dernier exemple en date de cet égoïsme nuisible, qui s’est répandu en Suisse comme dans les autres pays soi-disant «avancés» sur le plan économique, mais qui en réalité sont restés assez primitifs sur ce plan, vu que la «loi de la jungle» domine, sans que l’État intervienne pour empêcher les dégâts sociaux désormais visibles par toutes les personnes capables de discernement.

Un État responsable et visant le bien commun se serait comporté différemment de ce qui a été fait dans les pays «développés». L’État, en fait, devrait s’occuper de ses propres citoyens, contribuant à faire en sorte que leur propre santé (physique et mentale) soit la meilleure possible dans tous les cas, surtout dans les pays (comme en Suisse) où il y a les ressources financières nécessaires pour garantir à l’ensemble de la population un niveau de vie satisfaisant et digne d’un pays «avancé» sur le plan économique.

Au lieu de se soucier de l’équilibre des finances publiques, comme le font bien des politicien.ne.s aussi en Suisse, les autorités gouvernementales devraient être amenées à résoudre les problèmes sanitaires, ainsi que ceux concernant l’emploi, des personnes se trouvant en difficulté – à cause de leurs propres choix ou indépendamment de leurs actions. L’argent doit servir pour vivre bien tous ensemble, parce que nous ne sommes plus à l’époque des cavernes, lorsque peut-être certain.e.s croyaient que chacun devait s’occuper seulement de soi-même et se protéger des autres êtres vivants, suivant la loi de la jungle illustrée par les films de Tarzan.

En réalité, même Tarzan ne fut pas laissé pour compte, vu que des animaux avaient pris soin de lui, montrant ainsi l’importance de la collectivité pour chacun de ses membres et notamment pour les plus faibles ou démunis – peu importe qu’il s’agisse de nouveau-nés, jeunes, adultes ou personnes âgées.

Certes, l’image reflétée par beaucoup de personnages politiques n’est pas enthousiasmante, ni exemplaire en ce qui concerne leur comportement personnel. Toutefois, chacun doit comprendre qu’il est dans son propre intérêt de contribuer au bien commun, parce qu’il s’agit de la seule manière d’éviter des massacres comme celui des tours jumelles en 2001 et les conséquences socio-économiques des pandémies comme celle du Covid-19.

La pandémie accroît les inégalités

L’été va bientôt se terminer, tandis que la pandémie ne va pas disparaître, même après la diminution du nombre de personnes infectées suite à la campagne de vaccination dont l’impact a récemment baissé, notamment en ce qui concerne la population désormais sceptique à cet égard et fâchée par les restrictions à la liberté individuelle imposées par les autorités politiques – souvent de manière cacophonique et parfois aussi contradictoire dans le temps ou dans l’espace d’un petit pays comme la Suisse.

Les dégâts socio-économiques de cette pandémie sont en partie déjà clairement visibles, même si rien, en l’état, n’a été fait pour réparer ces dégâts sur le plan tant individuel que collectif. Même s’il est vrai que le coronavirus ne fait pas de distinctions entre les riches et les pauvres, la réalité des faits montre que le Covid-19 est en train d’exacerber les inégalités, nourrissant ainsi de nouveaux conflits sociaux suite aux difficultés accrues au niveau économique – aussi bien en Suisse que dans les autres pays soi-disant «avancés» sur le plan économique.

Il est clair, désormais, que la pandémie a amené un nombre croissant d’entreprises à faire des choix visant à réduire leurs coûts de production (voire aussi les risques liés à la pandémie) qui ont réduit le niveau d’emploi en Suisse. Suite à la digitalisation des activités économiques et au travail à distance, bien des catégories de personnes qui travaillent ont été déboussolées par la «plateformisation» de l’économie, entendez par le travail «sur demande» qui est effectué à travers des plateformes informatiques basées sur les technologies digitales. Par exemple, il s’agit des applications de livraison de repas (UberEats, Smood, Just Eat) ainsi que le service de courses (Uber) offrant des prix inférieurs aux taxis traditionnels, aussi parce que, souvent, ces applications évitent aux employeurs de devoir payer les cotisations sociales habituelles.

La pandémie a ainsi augmenté de manière considérable les difficultés d’un nombre important de personnes sur le marché du travail. Une étude récente du Centre de recherche conjoncturelle de l’École polytechnique fédérale de Zurich montre que les inégalités ont augmenté en Suisse suite à la pandémie. Les personnes les plus démunies, entendez celles dont le revenu mensuel est inférieur à 4000 francs, ont dû réduire passablement leurs dépenses de consommation et augmenter leur endettement suite à cette pandémie. La classe moyenne, par contre, n’a pas été aussi durement frappée par la pandémie, parce que face à la réduction de sa consommation elle a augmenté d’environ 20 pour cent son épargne – qui tôt ou tard pourrait être dépensée sur le marché des produits et qui, en tout cas, représente une réserve de valeur disponible en cas de besoin.

Il n’est pas possible de savoir quand la pandémie du Covid-19 se terminera, mais il est urgent que l’État mette en œuvre des mesures adéquates pour en réduire les dégâts sur le plan socio-économique.