La Suisse a dix années de retard

Les politicien.ne.s et les économistes helvétiques répètent souvent que la Suisse se situe au sommet des classements internationaux en ce qui concerne la compétitivité et l’attractivité pour les entreprises et les titulaires de très grosses fortunes.

Ce dont personne ne parle jamais est le fait que la Suisse a dix années de retard en ce qui concerne la dégradation du niveau de vie d’une partie importante de la population par rapport aux autres pays «avancés» sur le plan économique. Concrètement, cela signifie que dans une dizaine d’années la situation économique en Suisse sera similaire à celle que l’on peut observer actuellement dans les autres pays occidentaux qui ont été frappés par la crise économique éclatée il y a environ dix ans. En effet, le pourcentage des personnes qui font appel à l’aide sociale en Suisse est en train d’augmenter, surtout pour les personnes âgées de 50 à 64 ans. La part des bénéficiaires de l’aide sociale est de 3,3 pour cent en Suisse. Dans le cas de la France, par exemple, cette part est d’environ 30 pour cent. Il n’est dès lors pas difficile de comprendre la colère et la frustration des gilets jaunes qui en France se battent de manière cacophonique pour essayer d’améliorer leur niveau de vie.

Par rapport à ses voisins, qui ont adopté la monnaie unique européenne il y a vingt ans, la Suisse va mieux car elle garde sa propre souveraineté monétaire et dispose d’un secteur agricole encore protégé partiellement des effets négatifs de la concurrence internationale – qui ne se soucie aucunement de l’environnement et de la qualité des produits agricoles.

La politique économique de matrice néo-libérale adoptée en Suisse – ainsi que dans bien d’autres pays en Europe et dans le reste du monde – n’a pas encore induit les désordres sociaux que l’on peut observer au-delà des frontières helvétiques. Ce qui se passe dans ces autres pays «avancés» sur le plan économique devrait néanmoins faire réfléchir les politicien.ne.s et les institutions en Suisse, pour éviter que dans une décennie l’économie helvétique se trouve dans une situation similaire à celle de nombreux autres pays européens, surtout dans la zone euro.

Sergio Rossi

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

7 réponses à “La Suisse a dix années de retard

  1. Il faudrait faire comprendre ça à nos ânes bâtés de politicien.ne.s qui sautent sur leurs chaises comme des cabris en criant l’Europe! l’Europe! l’Europe! et qui ne voient pas que c’est leur “Europe” chérie qui plombe l’économie des pays environnants.

  2. Bah, il n’aura jamais été plus vrai que les derniers seront les premiers…!

    Le monde part dans tous les sens, faute aux médias, aux réseaux, aux politiques ayant perdu leur nord et il semble bon que l’on laisse un peu tout ça décanter.

    2019 sera une explosion totale, alors, patience.

    La Suisse n’est jamais aussi performante que dans ce genre d’exercice. C’est pour ça qu’elle tire son épingle du jeu en 1848-1878-1918-1948-2008 et petite entorse due aux étoiles… 2019 (à venir)

  3. Pouah comme les gilets jaunes vous êtes totalement à côté de la réalité…..

    1 en France les 3/4 des gilets jaunes sont des gens qui dépensent au dessus de leur moyen et achètent des produits de luxe. Ça ne vous a pas choque tout ces gens qui pleurent de ne gagner que 1200 euros par mois et s achètent des iPhone à 1000 eur…. L’hypocrisie française dans toute sa splendeur et la sous éducation de son peuple sur le modèle américain.

    Quant à la Suisse le seul et unique problème c’est le raquette organisé des systèmes d assurance maladie qui sont obligatoire coûtent une fortune et ne rembourse jamais rien. C’est juste ridicule ce système et on comprend que bcp préfère aller se faire soigner à l étranger vu que de toute façon ça revient moins cher qu’on soit rembourser ou non. Pour le reste y a du boulot en Suisse. Des bons salaires. On a pas de quoi se plaindre on a pas 10 ans à bosser dans des mine de souffre au Peru!!!!

    1. « Quant le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt »

      Si, en Suisse, l’on applique le coefficient de Gini aux revenus, le pays se montre bien plus égalitaire que d’autres nation, certes. Par contre, si l’on applique la courbe de Lorenz et « le coefficient de Gini » en terme de répartition de la richesse, la Suisse a tout d’une oligarchie qui voit les fortunes se concentrer dans quelques mains (et les lobbies sont parties prenantes et pour cause). En terme d’inégalité de répartition de la richesse, la Suisse dépassait déjà la France et l’Allemagne en 2014, de même que les États-Unis. Quant à l’étude de la Berner Fachhochschule et de l’Université de Berne, réalisée il y a quelques petites années, celle-ci expose le fait que la différence entre les riches et les pauvres de Suisse est plus grande qu’attendue jusqu’à présent. « La richesse est répartie moins équitablement que ce que l’Office fédéral de la statistique (OFS) présente», comme l’a constaté le directeur de l’étude O.Hümbelin.

      Enfin, d’après la Division Etudes et support de l’Administration fédérale des contributions AFC – février 2011 – établi sur« l’analyse de la statistique 2008 de la fortune des personnes physiques », il en ressort, selon Davies J. A., Sandström S., Shorrocks A. et Wolff E. N. (2008) qui ont tenté une
      comparaison de la répartition actuelle de la richesse dans le monde, que « La Suisse présente tant un niveau de richesse comptant parmi les plus élevés du monde qu’une répartition des fortunes classée comme la plus inégale de tous les pays considérés (26pays).

  4. Merci pour cette chronique pertinente – qui vaut comme une piqûre de rappel – et qui étaye aussi ce que j’affirme depuis des années. Si un changement de paradigme s’est embrayé de manière préoccupante depuis la crise de 2008, la Suisse ne change pas pour autant son rapport à la régression sociale. Effectivement, cher professeur Rossi, nous sommes plusieurs initiés à constater la “bombe à retardement” made in switzerland.

    https://alencontre.org/suisse/suisse-sur-la-repartition-de-la-richesse-sociale-produite-en-suisse-et-au-tessin.html

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