Un revenu de base inconditionnel pour tout le monde

Le mois passé, une nouvelle initiative populaire fédérale a été lancée en Suisse proposant le versement d’un revenu de base inconditionnel à l’ensemble de la population résidente, lui permettant «de mener une existence digne en famille et en société, de participer à la vie publique et d’agir pour le bien commun».

Le sujet n’est pas nouveau, vu que le peuple suisse avait déjà été appelé aux urnes en 2016 afin de s’exprimer sur une initiative semblable, qui toutefois était plus générique et n’indiquait pas certains éléments importants pour convaincre le peuple à l’approuver à cette époque-là.

Or, à la lumière des conséquences dramatiques induites par la pandémie de la Covid-19 et surtout des choix publics inefficaces tant sur le plan sanitaire qu’au niveau économique, il est désormais évident qu’un revenu de base inconditionnel pourrait résoudre plusieurs questions ouvertes dans l’économie et dans la société d’une nation comme la Suisse, où la forte concentration du revenu et de la richesse au sommet de la pyramide sociale représente un problème d’ordre socio-économique qui nécessite un changement de paradigme afin d’être traité correctement.

Le texte de la nouvelle initiative populaire pour un revenu de base inconditionnel indique que celui-ci doit être conçu «de manière à contribuer à la préservation et au développement des assurances sociales». Cela signifie qu’il faudra assurer «la coordination du revenu de base inconditionnel avec les prestations des assurances sociales existantes ainsi que les éventuelles adaptations de ces prestations», pour éviter de faire double emploi. Contrairement au texte de l’initiative refusée par le peuple suisse en 2016, cette nouvelle initiative populaire précise que tous les secteurs économiques contribuent de manière solidaire au financement de ce revenu de base. «Il s’agit notamment d’imposer de manière adéquate le secteur financier et les entreprises technologiques et d’alléger les charges grevant l’activité lucrative».

À l’instar de l’initiative soumise au vote populaire en 2016, le comité de cette nouvelle initiative n’indique pas le montant du revenu de base, ni la méthode de calcul pour ce faire, demandant qu’une loi fédérale s’en charge le moment venu – et qui devrait tenir compte de l’évolution du coût de la vie en Suisse.

Les initiants, toutefois, demandent que le financement du revenu de base soit assuré aussi par une imposition fiscale correcte des revenus du capital ainsi que des transactions financières. En l’état, les personnes (physiques ou morales) qui gagnent des revenus du capital très élevés ou qui effectuent des transactions financières (à haute fréquence) contribuent aux finances publiques de manière moins que proportionnelle par rapport à ce que font les personnes qui gagnent des revenus du travail équivalents.

Il est dès lors urgent et nécessaire de rétablir une certaine équité fiscale, contribuant à soutenir les activités économiques afin d’accroître la cohésion sociale. L’ensemble des parties prenantes pourra alors en bénéficier dans l’intérêt général de l’économie et de la société.

Quand le salaire minimum est redoutable

Le mois passé, la presse tessinoise a révélé que trois entreprises proches de la frontière avec l’Italie ont réussi à contourner la loi cantonale qui introduit un salaire minimum brut horaire, établi à 19 francs dès la fin décembre 2021, pour donner suite à une initiative populaire adoptée en juin 2015.

Il ne fait pas de doute que d’autres entreprises au Tessin vont suivre la démarche de ces trois premières entreprises, qui ont trouvé le moyen de contourner légalement cette loi cantonale, même si cela est fait de manière illicite envers la dignité des personnes qui ne sont ainsi pas suffisamment rémunérées pour mener une vie digne de ce nom avec leur salaire (vu que celui-ci se situe à 15 francs bruts de l’heure). D’ailleurs, la fixation d’un salaire minimum brut horaire à 19 francs ne suffit certainement pas pour vivre dignement au Tessin de nos jours, même si l’on travaille à plein temps et que l’on fait peut-être aussi des heures supplémentaires.

Le problème, toutefois, réside dans la loi sur le salaire minimum adoptée par le Grand conseil tessinois le 11 décembre 2019 et entrée en vigueur le 1er janvier 2021. Lisant cette loi, on remarque tout de suite la volonté du législateur de seconder les exigences des employeurs au détriment, tout d’abord, de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs qui n’arrivent pas à vivre avec leur salaire et, par la suite, de l’ensemble des parties prenantes au sein de l’économie tessinoise.

Si le but de cette loi sur le salaire minimum est d’«assurer un niveau de vie digne» à celles et ceux qui reçoivent un tel salaire – comme l’indique son article 1 – il est évident que cette loi ne permet pas d’atteindre cet objectif. L’article 3, lettre i, de cette loi, en effet, indique de manière explicite qu’elle «ne s’applique pas aux rapports de travail pour lesquels il existe une convention collective de travail […] ou qui fixent un salaire minimum obligatoire».

Cet article empêche la loi d’avoir une portée générale, d’autant plus dans le cadre des activités économiques qui exploitent les travailleurs pour engendrer des profits extravagants par rapport aux compétences entrepreneuriales des titulaires de ces entreprises.

Si les autorités politiques en Suisse voulaient vraiment relancer et soutenir l’économie par la fixation d’un salaire minimum brut horaire, elles devraient l’établir à un niveau de 25 francs (à indexer par la suite en fonction de l’évolution du coût de la vie), que n’importe quelle entreprise doit être tenue à respecter, sans mettre en œuvre des mesures de contournement qui la disqualifient sur le plan réputationnel et en fin de compte aussi sur le plan économique.

La classe politique n’est certainement pas prête à aller dans cette direction, vu que l’État (comme Karl Polanyi l’avait bien expliqué) est aux mains de la classe dominante, à savoir, de celles et ceux qui pensent à s’enrichir en appauvrissant une partie importante de la population formée par des travailleuses et des travailleurs qui ont toujours plus de peine à boucler les fins du mois avec le salaire que ces personnes reçoivent.

Alléger les impôts sur les salaires, imposer équitablement le capital

L’initiative des Jeunes socialistes soumise au vote populaire d’hier aurait permis de bien relancer et soutenir les activités économiques, durement frappées par les conséquences de la pandémie du Covid-19 éclatée au début 2020.

Il est nécessaire d’augmenter la charge fiscale sur les revenus du capital qui dépassent un certain seuil – à déterminer correctement – afin d’atteindre une série d’objectifs dans l’intérêt général de l’économie, dont le fonctionnement ordonné dépend aussi de la fiscalité ainsi que de la distribution du revenu et de la richesse.

Dans la plupart des cas, aujourd’hui, les revenus du capital n’ont aucun lien avec la méritocratie, c’est-à-dire que les personnes (physiques ou morales) touchant ces revenus n’ont aucun mérite à cet égard. Il s’agit de rentes financières que les acteurs sur les marchés gagnent indépendamment de leur travail et qui sont largement le résultat des nombreuses interventions des banques centrales dans le sillage de la crise financière éclatée en 2008 au plan global et, plus récemment, de la crise pandémique.

Imposer davantage les revenus du capital ne provoque pas une fuite de capitaux nuisible au système économique, parce que cela frappe surtout les propriétaires des capitaux qui ne sont pas investis de manière productive. La Suisse restera de toute façon un pays dont la fiscalité est modérée, qui plus est offrant des services publics meilleurs que ceux de beaucoup d’autres nations. L’attractivité de la place économique helvétique serait, en fait, meilleure si les revenus du capital étaient imposés davantage car cela permettrait à l’État de soutenir directement (par des dépenses publiques supplémentaires) et indirectement (grâce à davantage de subventions et à une réduction de la charge fiscale de la classe moyenne) les activités économiques visant le bien commun. L’augmentation des recettes fiscales permettrait au secteur public de soutenir l’économie nationale, de telle manière que les petites et moyennes entreprises pourraient augmenter leur chiffre d’affaires et, par conséquent, leurs bénéfices, avec des effets positifs aussi sur le niveau d’emploi et sur le niveau des salaires de bien des catégories professionnelles, surtout en ce qui concerne les femmes qui travaillent mais qui, de nos jours, ne gagnent pas assez pour arriver à la fin du mois.

Imposer davantage les revenus du capital permettrait également de réduire la fragilité et l’instabilité financière, parce que cela induirait un nombre important d’acteurs sur les marchés financiers à réduire le volume de leurs transactions sur ces marchés afin de ne pas devoir supporter une charge fiscale plus lourde. Les banques, dès lors, seraient davantage orientées vers l’économie «réelle», augmentant leur disponibilité à octroyer des crédits aux entrepreneurs – parmi lesquels se trouvent bien des jeunes qui ont terminé leurs études mais ne réussissent pas à obtenir une ligne de crédit afin de réaliser leurs projets.

La cohésion sociale en sortirait renforcée, au bénéfice de l’ensemble des parties prenantes dans l’économie nationale.

On avance par inertie mais lentement on s’enfonce

Vingt années se sont écoulées depuis les attentats aux tours jumelles de New York, qui ont choqué le monde entier par leur brutalité et par l’ampleur de ce massacre de personnes innocentes, qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Les autorités politiques, ainsi que bien d’autres parties prenantes, surtout dans le domaine de la haute finance, ont appris très peu, voire rien du tout, de ces événements dramatiques. Ces acteurs continuent à considérer avant tout leurs propres intérêts de très court terme, comme si rien d’autre n’était important au-delà de l’enrichissement personnel, même lorsque cela nuit au bien commun.

La pandémie du Covid-19 est le dernier exemple en date de cet égoïsme nuisible, qui s’est répandu en Suisse comme dans les autres pays soi-disant «avancés» sur le plan économique, mais qui en réalité sont restés assez primitifs sur ce plan, vu que la «loi de la jungle» domine, sans que l’État intervienne pour empêcher les dégâts sociaux désormais visibles par toutes les personnes capables de discernement.

Un État responsable et visant le bien commun se serait comporté différemment de ce qui a été fait dans les pays «développés». L’État, en fait, devrait s’occuper de ses propres citoyens, contribuant à faire en sorte que leur propre santé (physique et mentale) soit la meilleure possible dans tous les cas, surtout dans les pays (comme en Suisse) où il y a les ressources financières nécessaires pour garantir à l’ensemble de la population un niveau de vie satisfaisant et digne d’un pays «avancé» sur le plan économique.

Au lieu de se soucier de l’équilibre des finances publiques, comme le font bien des politicien.ne.s aussi en Suisse, les autorités gouvernementales devraient être amenées à résoudre les problèmes sanitaires, ainsi que ceux concernant l’emploi, des personnes se trouvant en difficulté – à cause de leurs propres choix ou indépendamment de leurs actions. L’argent doit servir pour vivre bien tous ensemble, parce que nous ne sommes plus à l’époque des cavernes, lorsque peut-être certain.e.s croyaient que chacun devait s’occuper seulement de soi-même et se protéger des autres êtres vivants, suivant la loi de la jungle illustrée par les films de Tarzan.

En réalité, même Tarzan ne fut pas laissé pour compte, vu que des animaux avaient pris soin de lui, montrant ainsi l’importance de la collectivité pour chacun de ses membres et notamment pour les plus faibles ou démunis – peu importe qu’il s’agisse de nouveau-nés, jeunes, adultes ou personnes âgées.

Certes, l’image reflétée par beaucoup de personnages politiques n’est pas enthousiasmante, ni exemplaire en ce qui concerne leur comportement personnel. Toutefois, chacun doit comprendre qu’il est dans son propre intérêt de contribuer au bien commun, parce qu’il s’agit de la seule manière d’éviter des massacres comme celui des tours jumelles en 2001 et les conséquences socio-économiques des pandémies comme celle du Covid-19.

La pandémie accroît les inégalités

L’été va bientôt se terminer, tandis que la pandémie ne va pas disparaître, même après la diminution du nombre de personnes infectées suite à la campagne de vaccination dont l’impact a récemment baissé, notamment en ce qui concerne la population désormais sceptique à cet égard et fâchée par les restrictions à la liberté individuelle imposées par les autorités politiques – souvent de manière cacophonique et parfois aussi contradictoire dans le temps ou dans l’espace d’un petit pays comme la Suisse.

Les dégâts socio-économiques de cette pandémie sont en partie déjà clairement visibles, même si rien, en l’état, n’a été fait pour réparer ces dégâts sur le plan tant individuel que collectif. Même s’il est vrai que le coronavirus ne fait pas de distinctions entre les riches et les pauvres, la réalité des faits montre que le Covid-19 est en train d’exacerber les inégalités, nourrissant ainsi de nouveaux conflits sociaux suite aux difficultés accrues au niveau économique – aussi bien en Suisse que dans les autres pays soi-disant «avancés» sur le plan économique.

Il est clair, désormais, que la pandémie a amené un nombre croissant d’entreprises à faire des choix visant à réduire leurs coûts de production (voire aussi les risques liés à la pandémie) qui ont réduit le niveau d’emploi en Suisse. Suite à la digitalisation des activités économiques et au travail à distance, bien des catégories de personnes qui travaillent ont été déboussolées par la «plateformisation» de l’économie, entendez par le travail «sur demande» qui est effectué à travers des plateformes informatiques basées sur les technologies digitales. Par exemple, il s’agit des applications de livraison de repas (UberEats, Smood, Just Eat) ainsi que le service de courses (Uber) offrant des prix inférieurs aux taxis traditionnels, aussi parce que, souvent, ces applications évitent aux employeurs de devoir payer les cotisations sociales habituelles.

La pandémie a ainsi augmenté de manière considérable les difficultés d’un nombre important de personnes sur le marché du travail. Une étude récente du Centre de recherche conjoncturelle de l’École polytechnique fédérale de Zurich montre que les inégalités ont augmenté en Suisse suite à la pandémie. Les personnes les plus démunies, entendez celles dont le revenu mensuel est inférieur à 4000 francs, ont dû réduire passablement leurs dépenses de consommation et augmenter leur endettement suite à cette pandémie. La classe moyenne, par contre, n’a pas été aussi durement frappée par la pandémie, parce que face à la réduction de sa consommation elle a augmenté d’environ 20 pour cent son épargne – qui tôt ou tard pourrait être dépensée sur le marché des produits et qui, en tout cas, représente une réserve de valeur disponible en cas de besoin.

Il n’est pas possible de savoir quand la pandémie du Covid-19 se terminera, mais il est urgent que l’État mette en œuvre des mesures adéquates pour en réduire les dégâts sur le plan socio-économique.

Il faut repenser le système fiscal après la pandémie

La pandémie de la Covid-19 entraine des changements structurels qui ne vont pas disparaître lorsque cette pandémie ne sera plus qu’un terrible souvenir.

Parmi les changements les plus évidents on trouve les habitudes d’achat et de travail à distance d’une partie désormais importante de la population, en Suisse comme ailleurs. Le travail à distance pousse les entreprises à accroître le degré de digitalisation de leurs activités, essayant de cette manière de réduire les coûts de production, en particulier la masse salariale et de là les charges sociales qu’elles doivent payer.

Si le commerce électronique comporte une baisse du niveau d’emploi en Suisse, en particulier pour les petits commerces de toute sorte, la digitalisation et la délocalisation à l’étranger de beaucoup de places de travail qui auparavant étaient en Suisse feront augmenter de manière dramatique le chômage dans ce pays, bien au-delà de ce qui apparaît dans les statistiques officielles.

L’État peut et doit jouer absolument son rôle afin d’éviter la paupérisation et la rebarbarisation de la société. En particulier, il faut repenser le système fiscal pour faire en sorte d’assurer le financement des politiques économiques (en premier lieu les assurances sociales), déplaçant la charge fiscale du travail vers le capital financier qui, en l’état, ne participe aucunement à ce financement. Le système fiscal contemporain, en effet, est dépassé par les événements, parce qu’il a été bâti après la Deuxième guerre mondiale, entendez à une période où le travail était diffusé à large échelle et au centre du capitalisme, tandis que les transactions à travers les marchés financiers n’étaient pas prépondérantes comme elles le sont devenues de manière croissante à partir des années 1980 jusqu’à présent.

Le prélèvement d’un micro-impôt sur le trafic des paiements sans espèces représente une clé de voûte à cet égard, remplaçant la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui pèse sur les dépenses de consommation et qui est antisociale dans la mesure où elle impacte davantage la classe moyenne que les personnes riches du fait que son barème est le même pour n’importe quelle catégorie de contribuables. Un tel micro-impôt sera perçu aussi sur les transactions financières, de manière à faire participer les acteurs sur les marchés financiers au financement des politiques économiques et sociales.

Contrairement à ce que ses détracteurs affirment, ce micro-impôt sera utile aussi à la grande majorité des entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises, pour au moins deux raisons. D’un côté, leur chiffre d’affaires va augmenter suite à l’augmentation de la capacité d’achat des consommateurs, qui ne paieront plus de TVA. De l’autre côté, ces entreprises ne devront plus supporter la lourde charge bureaucratique que le prélèvement de la TVA comporte.

Si la Suisse est le premier pays à introduire ce micro-impôt à la place de la TVA, elle en obtiendra un avantage compétitif de premier plan au niveau international. Elle pourra renforcer son propre système économique, accroissant aussi son degré de stabilité financière et contribuant ainsi au bien commun, y compris à la cohésion sociale (qui est en train de s’effriter en cette période de crises incessantes).

Un micro-impôt pour sauver les entreprises

La pandémie de la Covid-19 est en train de frapper la société et l’économie, en Suisse comme ailleurs. Il est nécessaire de trouver une voie de sortie pour «sauver les meubles» tant dans la sphère sociale qu’économique. Un micro-impôt sur le trafic des paiements sans espèces est la clé de voûte pour ce faire.

Les raisons justifiant un tel micro-impôt sont nombreuses et montrent à quel point il est important de le mettre en place rapidement, afin de réduire la durée et l’ampleur de la crise actuelle sur le plan socio-économique.

Comme le propose le texte de l’initiative populaire fédérale lancée le 25 février 2020 en Suisse, un tel micro-impôt va remplacer plusieurs prélèvements fiscaux dont la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui réduit la capacité d’achat des consommateurs et pèse finalement aussi sur les entreprises qui pourraient vendre davantage de produits et qui en l’état doivent supporter le fardeau bureaucratique que la gestion de la TVA comporte, tandis que les banques et les autres institutions financières ne paient aucunement la TVA alors qu’elles font des transactions sur les marchés financiers pour des centaines de milliards de francs chaque journée.

Pour un ménage de la classe moyenne formé par deux adultes et deux enfants, l’abolition de la TVA et l’introduction d’un micro-impôt sur le trafic des paiements sans espèces permet d’augmenter sa propre capacité d’achat de plusieurs milliers de francs par année. Cela va relancer la consommation et ainsi soutenir les activités des entreprises tournées vers le marché domestique, accélérant dès lors la sortie de la crise économique.

Selon le barème du micro-impôt, il sera possible de récolter des recettes fiscales qui permettent aussi de verser des aides à fonds perdu aux entreprises en graves difficultés à cause de la pandémie de la Covid-19. Au lieu d’augmenter les déficits publics de la Confédération comme c’est le cas à présent, ces aides vont être payées par les institutions financières qui, en l’état, ne paient aucunement la TVA et, qui plus est, contribuent à l’instabilité financière par leurs opérations d’achat ou vente de titres qui très souvent n’ont rien à voir avec les activités économiques censées satisfaire des besoins quelconques.

Lorsque la pandémie de la Covid-19 ne sera plus qu’un mauvais souvenir, un micro-impôt sur le trafic des paiements sans espèces permettra de récolter les ressources fiscales nécessaires pour le financement des politiques publiques, à une époque où la digitalisation des activités économiques de toute sorte aura largement érodé la base fiscale constituée par les revenus du travail, qui ne pourront aucunement suffire pour financer les systèmes de retraite – quitte à augmenter sans cesse le barème de la TVA et induire de là une chute considérable des dépenses de consommation à même de provoquer une crise économique.

Le micro-impôt sur les paiements sans espèces ne nuira aucunement à la place financière suisse, étant donné qu’il va induire les institutions financières à réduire leurs activités spéculatives et à se focaliser sur les activités économiques visant à satisfaire les besoins de l’ensemble des parties prenantes. Cela permettra de réduire la fragilité financière dans l’ensemble de l’économie nationale, d’augmenter les profits des entreprises (y compris les banques), tout en assurant la maximisation de l’emploi ainsi que l’équilibre des finances publiques.

Le XXIème siècle va ainsi entrer dans l’histoire pour avoir renouvelé le système fiscal de manière durable pour l’économie et la société tout à la fois, au-delà de la pandémie de la Covid-19 qui alors ne sera plus qu’un phénomène anecdotique.

Le bitcoin n’est pas une tulipe!

Les «cryptomonnaies» ont pris de l’ampleur en ces temps de pandémie et de paiements électroniques pour garantir le respect des distances physiques entre le payeur et le payé. À cet égard, le Grand Conseil tessinois vient d’accepter le lancement d’un projet pilote permettant de payer en bitcoins une partie des charges fiscales des contribuables.

Le sujet des «cryptomonnaies» est complexe et suscite beaucoup d’intérêt pour différentes raisons qui, au-delà de l’économie, concernent aussi la politique et la technologie. Néanmoins, l’essence de ce sujet est d’ordre macroéconomique, c’est-à-dire qu’il s’agit d’assurer le fonctionnement correct du trafic des paiements, afin de garantir la finalité de ceux-ci et, de là, assurer la stabilité financière de l’ensemble du système économique.

Le bitcoin (la «cryptomonnaie» la plus fameuse) ne permet aucunement de garantir ladite stabilité, ni le fonctionnement ordonné du système des paiements, parce que, en réalité, il ne s’agit pas d’un moyen de paiement mais d’un objet qui attire les spéculateurs, surtout lorsqu’ils observent que son prix de marché suit une tendance à la hausse à court terme.

Comme le savent les historiens de l’économie, un phénomène analogue fut déjà observé au XVIIème siècle aux Pays Bas, lorsque le prix des tulipes atteignit (en 1635–36) des niveaux exorbitants, bien au-delà du prix des biens de luxe comme des bijoux ou des châteaux. En 1637, toutefois, cette manie des tulipes termina de manière brutale, lorsque leur prix chuta de manière rapide et vertigineuse, entrainant des pertes financières énormes pour bien des personnes qui s’étaient laissé attirer par cette première bulle spéculative du système capitaliste.

L’État du Canton du Tessin, en réalité, ne va rien gagner en permettant à ses contribuables de payer une partie de leurs charges fiscales en bitcoins. Afin d’éviter justement le risque de change – entendez le risque de perdre de l’argent lorsque les bitcoins sont convertis en francs suisses –, l’État tessinois va demander à une entreprise privée de transformer immédiatement en francs suisses les sommes que les contribuables payeront en bitcoins. Or, cette intermédiation financière ne sera pas gratuite, car l’État devra payer une commission (de l’ordre d’un pour cent) à cette entreprise, perdant dès lors de l’argent qu’il aurait pu encaisser si ces charges fiscales étaient payées en francs suisses plutôt qu’en bitcoins.

Le problème auquel l’État, pas seulement au Tessin, devrait faire face sérieusement ne concerne pas la monnaie mais le revenu: afin de relancer les activités économiques, le secteur public doit, d’un côté, dépenser davantage au bénéfice de la collectivité et, de l’autre côté, redistribuer le revenu et la richesse de manière à soutenir les dépenses de consommation des ménages – et, de là, les entreprises – qui ne pèsent aucunement sur l’environnement. Dans ce cas, alors, les «cryptomonnaies» comme le bitcoin devraient être complètement interdites, vu que leurs systèmes de paiement consomment inutilement beaucoup de courant électrique et de ce fait – contrairement aux tulipes – nuisent à l’environnement.

La Suisse est en retard avec la finance durable

Le mois passé, l’Alliance climatique suisse a publié un rapport dans lequel elle fait remarquer le grave retard de la Suisse par rapport à l’Union Européenne (UE) en ce qui concerne le rôle aussi bien de la finance de marché que de la politique économique pour imprimer un virage de nature écologique au système économique contemporain – qui vise la maximisation des profits même si cela va au détriment du bien commun.

L’UE a déjà adopté plusieurs initiatives législatives dans le cadre du Plan d’action pour une finance durable. Celles-ci ont été coordonnées en ce qui concerne leurs contenus et les délais de leur mise en œuvre, de telle sorte à former un réseau systémique visant les mêmes objectifs sur les plans financier et environnemental.

Les acteurs sur les marchés financiers et les entreprises dans l’économie «réelle» de l’UE sont des parties prenantes dans le «Green New Deal» qui est censé réduire les risques climatiques suite aux choix privés et publics favorables à l’environnement. Aussi, les acteurs sur ces marchés dans l’UE doivent-ils publier leurs propres stratégies d’investissement visant la durabilité de celles-ci et, par ailleurs, doivent respecter les règles d’une finance durable dans l’ensemble de l’UE.

Grâce à ces mesures, toutes les institutions financières dans l’UE sont obligées d’éviter les risques de transition, à savoir, la perte de valeur de leurs actifs financiers liés aux énergies fossiles, comme elles sont obligées de réduire les effets négatifs de leurs placements sur le climat, l’environnement et la justice sociale. Qui plus est, l’UE a publié une liste des activités économiques durables, afin d’éviter certaines pratiques de «greenwashing» des institutions financières et pour savoir quelles sont les entreprises qui méritent d’avoir des financements publics car elles respectent les critères de durabilité de l’UE.

Rien de tout cela n’existe, en l’état, en Suisse, étant donné que le Conseil fédéral n’a pas (encore) bougé pour suivre l’UE dans la lutte contre les changements climatiques. Comme par le passé, la Suisse considère simplement les «conditions-cadre» assurant que la concurrence sur le «libre marché» (de n’importe quel bien, service ou actif) puisse déployer ses effets à terme, censés résoudre tous les problèmes d’ordre économique.

Comme ledit rapport le met en lumière, cela explique l’absence d’une stratégie climatique du Conseil fédéral ayant des objectifs clairs et concrets pour les institutions financières de toute sorte (y compris les caisses de pension), qui n’ont dès lors aucune obligation de diligence en ce qui concerne la gestion des risques climatiques découlant de leurs propres stratégies et choix de portefeuille.

Tout cela va peser sur les risques réputationnels de la place financière helvétique et fera du mal à l’ensemble de la société.

La Théorie générale a 85 ans, mais n’est pas vieille

85 ans se sont écoulés depuis la publication de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie de John Maynard Keynes, qui est certainement en train de se révolter dans sa tombe au vu des choix inconcluants des gouvernements en Europe et dans d’autres pays se considérant «avancés» sur le plan économique.

Écrite durant les années de la Grande dépression induite par la crise financière éclatée en 1929, la Théorie générale de Keynes reste une œuvre essentielle pour comprendre comment sortir de la crise économique liée à la pandémie du Covid-19 de nos jours.

Le message principal adressé aux politicien.ne.s au gouvernement, jadis comme aujourd’hui, consiste à comprendre un raisonnement clair et élémentaire: le système économique peut être relancé et soutenu seulement par une forte augmentation des dépenses publiques, lorsque l’économie privée se trouve dans une grave situation pour les parties prenantes sur le marché du travail et sur celui des produits, à savoir, les travailleurs et les entreprises.

L’augmentation des dépenses publiques entre directement dans le circuit économique, augmentant le produit intérieur brut, entendez les dépenses de consommation et d’investissement dans une dynamique vertueuse pour l’ensemble de l’économie. Il y aura dès lors davantage de consommation des ménages, davantage de profits pour les entreprises et, en fin de compte, davantage de ressources fiscales pour le secteur public, avec lesquelles il sera possible de rembourser au moins une partie de la dette publique accumulée pour relancer le système économique.

Keynes n’était aucunement un économiste socialiste ou communiste. Son approche était de matrice libérale (mais pas néo-libérale), c’est-à-dire qu’il considérait le secteur public comme étant complémentaire (et non pas antagoniste) au secteur privé de l’économie. Les acteurs de l’économie privée ont besoin de l’État pour satisfaire des besoins qui autrement resteraient insatisfaits (pour les personnes physiques) et pour gagner des profits qu’autrement les entreprises ne gagneraient pas.

Le «New Deal» d’empreinte keynésienne en est une claire démonstration, grâce auquel aux États-Unis et dans les autres pays occidentaux on a pu observer trois décennies de croissance économique qui ont augmenté la prospérité et la cohésion sociale (durant les fameux «Trente glorieuses» années, de 1945 à 1975).

À présent, il est temps de mettre en œuvre un «Green New Deal», à savoir, une forte augmentation des dépenses publiques permettant non seulement d’augmenter la croissance économique et le niveau d’emploi, mais également de réorienter les activités économiques afin qu’elles soient favorables à l’environnement.

Une petite lumière d’espoir peut être entrevue à cet égard, vu que tant la Commission européenne que la Banque centrale européenne sont dirigées par une femme: la sensibilité féminine peut faire la différence lorsqu’il s’agit de problèmes qui touchent l’ensemble de la population et pas seulement les patrimoines des riches – qui d’habitude sont placés avant tout le reste par les hommes au pouvoir.