Si la santé est une marchandise, la pandémie est une affaire!

La Suisse a l’habitude de se placer aux premiers rangs des classements mondiaux au sujet de la soi-disant «compétitivité» de sa propre économie. Dans cette période de pandémie, la Confédération se situe toutefois aussi dans le peloton de tête en ce qui concerne le nombre de décès dus à la Covid-19 proportionnellement au nombre d’habitants. Cela n’est pas surprenant, vu qu’en Suisse, désormais, la santé des personnes est considérée comme une marchandise, tant sur le marché du travail que pour les cliniques privées et les caisses-maladie.

Dans le marché du travail, le personnel est considéré comme une «ressource humaine» – similaire à un citron – que l’on peut presser jusqu’au bout, pour ensuite s’en défaire sans problèmes. Depuis la fin du siècle passé, on a même observé qu’un nombre croissant d’entreprises versent à une grande partie de leurs propres collaboratrices et collaborateurs un salaire insuffisant pour vivre, transférant de cette manière à l’ensemble de la collectivité une partie des «coûts du travail» sous forme d’aide sociale.

La santé des personnes est aussi un facteur de gain pour les cliniques privées, les médecins et les assurances-maladie. Il est clair qu’aucun médecin ne souhaiterait que l’ensemble de la population soit sain, parce que dans un tel cas les cabinets médicaux seraient tous amenés à faire faillite à court terme. Or, dans le système sanitaire suisse, les cliniques privées qui visent la maximisation de leurs profits et les caisses-maladie qui poursuivent la même stratégie afin de verser des dividendes extravagants à leurs dirigeants et propriétaires ont désormais «marchandisé» la santé humaine à un niveau tellement élevé qui range la Suisse en tête de liste en ce qui concerne le pourcentage de décès de la Covid-19 par rapport au nombre de ses habitants.

L’évidence empirique de la deuxième vague de cette pandémie le montre de manière incontestable: la Confédération, de manière similaire à la plupart des Cantons suisses, a placé les intérêts économiques de court terme avant la santé des personnes les plus faibles. La décision de fermer seulement une petite partie des activités économiques en ce début d’année, pour ne pas trop affecter l’équilibre des finances publiques, a été prise afin de réduire au minimum indispensable les déficits publics, au détriment de la santé de l’ensemble de la population.

L’addition de cette posture du gouvernement suisse, toutefois, sera très élevée – même s’il reviendra aux prochaines générations de contribuables de la payer, à travers une plus lourde charge fiscale et une moindre qualité des services publics pour les classes sociales les plus démunies. Cela n’intéresse pas les politicien.ne.s qui siègent au gouvernement et dont la maxime a été bien résumée par le Roi de France Louis XV: «après moi, le déluge». Mais cela risque d’être un déluge universel qui mettra à mal l’ensemble de la population, y compris celles et ceux qui ont voté pour les politicien.ne.s élu.e.s.

Qui profite de la crise de la Covid-19?

La crise économique éclatée suite à la pandémie de la Covid-19 ne frappe pas de la même manière l’ensemble des parties prenantes. Les entreprises et les personnes qui travaillent ne sont pas sur un pied d’égalité lorsqu’il s’agit de comprendre quelles sont les catégories d’agents économiques qui subissent les plus graves conséquences négatives de cette crise.

Les personnes physiques ou morales les plus vulnérables dans le système économique sont celles qui, déjà avant l’éclatement de cette pandémie, étaient dans une situation précaire – pour des raisons personnelles ou liées à leur propre branche d’activité. Parmi celles-ci se trouvent les travailleurs dont le salaire était insuffisant déjà avant la pandémie, ainsi que les travailleurs indépendants qui ne peuvent pas vivre avec ce qu’ils gagnent sur le marché des produits.

Cependant, il y a aussi des personnes qui profitent de la crise liée à la Covid-19 pour s’enrichir au détriment des autres et de l’ensemble de la société. Si nous considérons le marché du travail, nous pouvons remarquer que la diffusion du télétravail contribue à la globalisation de ce marché, vu que désormais le lieu de résidence n’est plus un élément important pour engager quelqu’un pour travailler à distance. Il devient ainsi évident que la concurrence sur le marché du travail a une portée globale pour une partie croissante des personnes qui cherchent un emploi. Suite à la digitalisation des activités économiques, la globalisation va donc encore s’étendre, contrairement à ce que beaucoup pensent suite à la pandémie, censée agir comme un frein à la délocalisation des activités par peur de contribuer à la diffusion de la Covid-19 à travers la chaîne de production. En réalité, il n’est plus nécessaire de délocaliser une entreprise afin de réduire le «coût du travail»: pour l’entreprise, il suffit désormais de faire appel au télétravail pour exploiter les écarts salariaux et ceux du coût de la vie que l’on observe entre une nation comme la Suisse et un pays en Europe de l’Est, en Asie ou en Afrique.

Si cette globalisation du marché du travail va accroître les profits des entreprises, il s’agira dans tous les cas de bénéfices de court terme, parce que la réduction de la capacité d’achat des travailleurs dans l’économie globale réduira le chiffre d’affaires de bien des entreprises à long terme.

Une fois de plus, l’évidence empirique montrera de manière inéluctable que les travailleurs dépensent sur le marché des biens et services ce qu’ils gagnent sur le marché du travail, tandis que les entreprises gagnent sur le marché des produits ce qu’elles dépensent sur le marché du travail. Il s’agit d’une loi macroéconomique d’ordre structurel que tout entrepreneur sérieux ne peut pas ignorer, s’il est intéressé à sa propre survie dans la jungle de la globalisation actuelle.

La Bidenomics ne suffira pas pour sauver notre planète

Cela fait seulement 12 jours que Joe Biden a entamé sa présidence des États-Unis. Ses annonces pré-électorales ont déjà trouvé une première confirmation partielle dans la décision de faire rentrer son propre pays dans l’Accord de Paris sur le climat – même si cela ne suffira certainement pas pour changer la trajectoire de notre planète en ce qui concerne les changements climatiques désormais évidents et vraisemblablement irréversibles.

Biden devra faire d’autres choix politiques durant les prochains mois, à commencer par les décisions d’ordre économique concernant les mesures à adopter pour sortir de la pandémie qui continue d’angoisser l’ensemble des parties prenantes dans l’économie états-unienne comme dans le reste du monde.

Si le nouveau Président américain veut vraiment contribuer au bien commun, il devra convaincre la majorité au Congrès de voter rapidement un plan de relance de l’économie – qui doit être favorable à l’environnement – axé sur une forte augmentation des dépenses publiques. Celles-ci devront être en partie financées par une augmentation de la charge fiscale des riches contribuables (aussi bien des personnes physiques que des personnes morales) qui ont profité des cadeaux fiscaux durant la présidence de Donald Trump – sans pour autant avoir contribué à relancer l’économie américaine durant les quatre dernières années.

Les investissements publics dont l’économie américaine a besoin sont évidents dans plusieurs branches d’activité, parmi lesquelles se trouvent la santé, la formation, les transports et la transition écologique. L’augmentation des dépenses publiques, toutefois, doit aller de pair avec une meilleure distribution du revenu produit dans l’ensemble de l’économie. Il s’agit en particulier de la rémunération salariale, qui doit récompenser correctement les personnes de la classe moyenne qui travaillent et dont la capacité d’achat a été considérablement réduite durant les trente dernières années suite à la globalisation et à la financiarisation des activités économiques – une période durant laquelle les dépenses de consommation aux États-Unis (et ailleurs) ont été financées par l’augmentation vertigineuse de l’endettement privé.

La crise financière globale éclatée en 2008 a révélé ce problème, mais ni les États-Unis ni les autres pays soi-disant «avancés» sur le plan économique ont entamé des démarches afin d’éviter qu’une crise similaire puisse s’avérer à l’avenir.

Or, il serait beaucoup moins coûteux pour le secteur public (pas seulement aux États-Unis) de soutenir les activités économiques par une politique budgétaire anticyclique bien calibrée et mise en œuvre correctement, plutôt que devoir le faire de manière urgente et cacophonique suite à l’éclatement d’une crise dramatique tant sur le plan économique qu’au niveau sanitaire comme celle que nous traversons actuellement.

En effet, «mieux vaut prévenir que guérir», mais évidemment les intérêts politiques ainsi que ceux des personnes très aisées et donc influentes au plan politique et au niveau économique l’emportent toujours sur l’intérêt général. Joe Biden s’en rendra compte rapidement.

La troisième vague va arriver et ce sera une catastrophe

Cette nouvelle année a commencé terriblement mal et sera peut-être pire que l’année qui vient de se terminer, tant sur le plan sanitaire qu’au niveau économique, en Suisse. La Covid-19 n’en est pas la seule responsable: davantage que le coronavirus, ce sont les choix privés et publics qui ont tiré vers le bas la société et l’économie dans leur ensemble.

Si les autorités fédérales ont fait face à la première vague de la pandémie (au printemps passé) de manière claire et déterminée, mettant la santé de la population devant à la fois les intérêts économiques et l’équilibre des finances publiques, afin d’éviter une augmentation exponentielle du nombre de personnes affectées par le coronavirus et celui des décès à cause de la pandémie, la deuxième vague – qui était bien prévisible déjà l’été passé – a été très mal gérée par le Conseil fédéral et par certaines autorités cantonales, qui ont donné la priorité aux intérêts économiques de court terme et à l’équilibre des finances publiques plutôt qu’à la protection de la santé de la population.

Cela n’est pas une nouveauté, mais le comportement des autorités politiques depuis l’été passé est exécrable et doit changer rapidement, parce qu’autrement la troisième vague – qui a déjà commencé – se traduira en un massacre tant sur le plan sanitaire qu’au niveau économique. Il y aura alors un nombre impressionnant de décès et de mises en faillite de petites ou moyennes entreprises, sauf dans le cas où celles-ci reçoivent des aides publiques importantes et à fonds perdu.

Cela fait mal de voir qu’un pays riche comme la Suisse – où les finances publiques ont des marges de manœuvre financière que les autres pays lui envient – ne fait pas ce qu’il devrait faire pour préserver la santé de ses propres habitants. En fin de compte, la posture actuelle des autorités gouvernementales, qui veulent éviter une forte augmentation des dépenses publiques, donnera lieu à des déficits publics bien plus élevés que ceux qui découleraient d’un deuxième confinement total des activités économiques qui ne sont pas indispensables durant la phase la plus aigüe de la deuxième vague de cette pandémie. Qui plus est, la Banque nationale suisse devrait soutenir les dépenses publiques en achetant les obligations de la Confédération sur le marché primaire, au vu également des rendements négatifs de celles-ci dont peuvent bénéficier les autorités fédérales.

Rien de tout cela n’aura lieu, parce que le mantra du «moins d’État et plus de marché» résiste aussi au plus virulent des virus. Peut-être que la Covid-19 est même considérée comme un événement bienvenu par la majorité au niveau politique, pour ses effets favorables à l’assainissement des caisses de l’AVS, vu le nombre élevé de personnes retraitées qui meurent à cause du coronavirus. Ce «darwinisme social» en dit long sur les acteurs qui dictent les choix politiques aux gouvernements et sur l’émasculation de la démocratie au sein de ce qu’on continue d’appeler une «économie sociale de marché», à une époque où celle-ci n’a plus rien de social sauf l’étiquette.

Que va-t-il rester de cette décennie?

La seconde décennie du vingt-et-unième siècle est en train de terminer et il serait utile que l’ensemble des parties prenantes en tire des leçons afin d’en faire bon usage pour le bien commun dans les années à venir.

La pandémie éclatée au début de cette année sur le plan global est seulement le dernier événement en date d’une série d’événements dramatiques pour une partie importante de la population, qui a souffert et continue de souffrir à cause de choix (privés et publics) orientés à satisfaire l’intérêt d’une petite minorité de personnes – très influentes au niveau économique ainsi que sur le plan politique.

Le premier événement ayant marqué le début de ce siècle est la crise financière globale – éclatée au début de l’automne 2008 suite à la mise en faillite aux États-Unis de Lehman Brothers, une banque d’investissement dont le modèle d’affaires était basé sur la privatisation des profits et la socialisation des pertes. Étant donné que cette banque était exposée aussi vers les institutions financières en Europe, sa mise en faillite a touché le Vieux continent, en particulier la zone euro – où les banques en France et Allemagne ont montré toute leur fragilité sur le plan financier. De là a éclaté la crise de l’Euroland, qui a révélé de nombreuses faiblesses structurelles de l’Union monétaire européenne et que les partisans du néo-libéralisme ont erronément défini comme étant une crise de la « dette souveraine », attribuant ainsi la faute à l’État pour chercher à ne pas focaliser l’attention sur les aspects problématiques du libre marché.

La globalisation et la financiarisation des activités économiques (deux phénomènes qui ont pris de plus en plus d’ampleur dès les années 1980) ont poussé vers l’abîme le système économique actuel, qui était déjà très affaibli sur le plan structurel avant l’apparition du nouveau coronavirus (Covid-19) au début de cette année. Ces deux stratégies de management (à savoir, la minimisation des coûts au-delà de toute limite raisonnable et la maximisation de la valeur actionnariale de l’entreprise, au détriment de l’investissement dans la production) ont permis la diffusion du Covid-19 à l’échelle mondiale – tuant les personnes les plus faibles (ce qui a rendu service au sommet de la pyramide sociale).

Le dernier épisode dramatique de ces vingt premières années du siècle courant concerne les choix publics pour faire face à la crise économique suite à la pandémie.

Au lieu de prendre en main la situation de manière compétente et déterminée, afin de préserver la santé publique et contribuer de cette manière au fonctionnement ordonné du système économique, les autorités politiques, en Suisse davantage qu’ailleurs, ont une fois de plus donné la priorité aux intérêts d’une petite minorité de personnes. Les gouvernements nationaux ont ainsi aggravé la situation, tant sur le plan sanitaire que sur celui économique.

Si la politique et l’économie ne changent pas de route, la prochaine décennie sera pire que celle qui est en train de se terminer.

L’endettement privé comporte un risque systémique

Le mois passé, deux chercheurs travaillant pour Avenir Suisse ont publié un article dans lequel ils font remarquer la forte augmentation de la dette privée en Suisse par rapport à la croissance économique mesurée par le Produit Intérieur Brut (PIB). Comme les auteurs le mettent en lumière, ce qui préoccupe le plus, c’est l’endettement des personnes physiques par rapport au PIB, étant donné que ce rapport a augmenté de 30 points de pourcentage depuis l’éclatement de la crise financière globale en 2008 et de nos jours représente plus de 130 pour cent du PIB helvétique.

Au-delà de la forte augmentation de l’endettement privé par rapport au revenu national, il convient de considérer l’objet de cet endettement. Contracter une dette pour acheter un logement n’est pas un problème d’ordre macroéconomique, pour autant que la dette hypothécaire corresponde à la valeur réelle du bien immobilier – même si cela pourrait représenter un problème pour le débiteur, lorsqu’il n’arrive pas à payer les intérêts et les amortissements à leur échéance. Le problème pour l’ensemble de l’économie nationale apparaît lorsqu’un nombre élevé de débiteurs hypothécaires ne sont plus capables de refinancer leurs propres dettes et que cela fait éclater une crise immobilière frappant aussi les banques et le secteur immobilier. À ce point, la crise bancaire qui en découle affecte l’ensemble du système économique, au vu du rôle essentiel des banques pour le fonctionnement de ce système.

Quelque chose d’analogue pourrait désormais naître aussi de l’endettement des entreprises, dans la mesure où les crédits que les banques ont octroyés aux entreprises – en partie grâce au cautionnement de la Confédération après l’éclatement de la pandémie de Covid-19 – ne seront pas remboursés, suite à l’augmentation du nombre de petites ou moyennes entreprises devant être mises en faillite. Une partie considérable de ces prêts seront alors transformés en aides publiques à fonds perdu (surtout pour les entreprises qui n’étaient pas «compétitives» déjà avant le confinement), transférant dès lors sur le dos des contribuables les coûts de ces faillites, suivant le principe de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes.

L’endettement des ménages et des entreprises en Suisse représente désormais un facteur de risque systémique, a fortiori considérant les conséquences macroéconomiques de la pandémie de Covid-19. Cette situation est due à la pensée dominante, qui veut «moins d’État et plus de marché», mettant ainsi sur le dos des débiteurs privés une partie du poids de la dette qui serait mieux supportée par le secteur public – en Suisse comme ailleurs. Sans endettement il n’y a pas de croissance économique, mais le poids de la dette doit être distribué de manière correcte à travers l’ensemble des parties prenantes car sinon l’on crée les bases pour faire enfler des bulles du crédit qui, lorsqu’elles éclatent, provoquent des dommages à l’ensemble du système économique.

Les banquiers et les policien.ne.s au gouvernement devraient le savoir et agir de manière conséquente.

Le confinement coûte moins cher que le chaos

La situation épidémiologique continue à inquiéter la population ainsi que le personnel soignant, qui devrait être valorisé bien davantage en ce qui concerne surtout les infirmier.e.s désormais à bout de forces.

Il y a eu beaucoup de discussions sur la nécessité de fermer durant quelques mois les activités économiques qui ne sont pas indispensables pour satisfaire les besoins de la population. Après le confinement du printemps passé, qui a certainement permis de limiter la diffusion de la pandémie, en Suisse comme ailleurs, il était évident que seul un deuxième «lockdown» aurait permis d’endiguer une deuxième vague du coronavirus, en attendant un vaccin efficace pour un nombre élevé de personnes.

Comme le montre l’évidence empirique, les Etats qui ont décidé le confinement pour l’ensemble de la population et la fermeture totale des activités économiques qui ne sont pas indispensables – à l’instar de la Nouvelle Zélande ou de l’Etat de Victoria en Australie – ont enregistré un nombre proche de zéro de nouveaux cas d’infection par le Covid-19, évitant ainsi la deuxième vague de cette pandémie, qui est en train de se révéler fort dramatique en Europe et dans le reste des économies occidentales.

Ce n’est certainement pas une coïncidence si les pays occidentaux sont les plus gravement frappés par cette deuxième vague du Covid-19: il s’agit en effet des nations dont l’économie dicte aussi les choix publics dont ceux concernant la santé de la population, qui désormais est reléguée en arrière-plan pour donner la priorité à l’argent. En clair, les profits des entreprises et l’équilibre des finances publiques sont considérés des objectifs plus importants que la santé des personnes, auxquelles on continue de répéter qu’elles doivent respecter les mesures de protection faisant appel à la responsabilité individuelle.

Or, celles et ceux qui ne sont pas aveuglés par ce dogme peuvent rapidement comprendre qu’aussi bien les profits des entreprises que l’équilibre des finances publiques pourraient être mieux atteints si l’Etat imposait le confinement total des activités qui ne sont pas indispensables pour satisfaire les besoins humains de toutes sortes.

En l’absence d’un «lockdown» général, en effet, la cacophonie des décisions prises au niveau local ou sur le plan national engendre une plus grande incertitude pour les entreprises et augmente les coûts pour l’ensemble de la société en ce qui concerne les soins dont les personnes malades ont besoin suite à la diffusion de la pandémie à l’échelle globale, voire pour soutenir les personnes tombées au chômage ou dont le salaire a été réduit à cause de la pandémie. Il sera alors facile de comprendre que l’Etat, en fin de compte, dépenserait moins en imposant un confinement total par rapport à la situation où les choix publics sont dictés par des entreprises privées (dont les banques), laissant aux citoyen.ne.s la responsabilité de ne pas être affecté.e.s par le coronavirus.

Plutôt que du Covid-19, les politicien.ne.s au pouvoir devraient être à l’abri du néolibéralisme dominant.

La fête des morts qui ressuscitent comme des zombies

Aujourd’hui, c’est la fête des morts. Parmi eux, Keynes semble être ressuscité depuis l’éclatement de la crise du coronavirus, qui a déjà fait plus d’un million de morts sur le plan mondial. Une partie des économistes de la pensée dominante, en effet, a compris que le dogme du «moins d’Etat et plus de marché» est redoutable, surtout lorsque l’économie se trouve dans une crise globale et systémique comme c’est le cas actuellement.

Comme cela arrive souvent sur le plan politique, les arguments peuvent être renversés lorsque cela arrange celles et ceux qui siègent au gouvernement, à la banque centrale ou au sein de l’administration de l’Etat. Quelque chose de similaire est en train d’arriver en Suisse et dans beaucoup d’autres pays soi-disant «avancés» sur le plan économique. Après le confinement décidé au printemps 2020 pour réduire la diffusion du Covid-19, les autorités politiques se sont souvenues de Keynes, décidant d’augmenter les dépenses publiques mais dans une optique anti-keynésienne, dans la mesure où elles ont décidé de soutenir beaucoup plus l’offre que la demande sur le marché des produits.

Or, il est indiscutable que l’application erronée d’une prescription médicale peut avoir une série d’effets indésirables, voire nuisibles pour la santé du patient. En l’occurrence, augmenter les dépenses publiques pour soutenir l’offre lorsque la demande est déjà visiblement insuffisante pour éponger toute la production va s’avérer un choix erroné. Les entreprises, en effet, n’augmentent pas la production, ni donc le niveau d’emploi ou des salaires, lorsqu’elles ont déjà de la peine à écouler leurs stocks. Les politicien.ne.s et les économistes néolibéraux auront ainsi la possibilité d’affirmer que l’intervention de l’Etat dans le système économique est inutile, voire nuisible, dans la mesure où cela ne relance pas les activités économiques mais augmente la dette publique.

Keynes sera ainsi culpabilisé pour avoir prôné une intervention publique qui ne permet pas à l’économie de sortir de la crise dans laquelle elle se trouve à cause des stratégies et des politiques néolibérales mises en œuvre depuis les années 1980. En fait, Keynes n’est aucunement coupable de cela, à l’instar d’une entreprise pharmaceutique dont les médicaments sont utilisés de manière erronée par les médecins qui devraient songer à la santé des patients.

En clair, la pensée néolibérale, qui dicte encore de nos jours les choix de politique économique, est doublement coupable de la situation actuelle, parce que, d’un côté, elle a posé les bases à partir desquelles la pandémie du Covid-19 est éclatée (suite à la globalisation et à la financiarisation) et, d’autre côté, elle a dénaturé la pensée de Keynes, à qui l’on attribuera de manière injuste la faillite de l’intervention de l’Etat suite à cette pandémie.

Comme l’affirma le Cardinal et Duc de Richelieu, «qu’on me donne six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j’y trouverai de quoi le faire pendre

Où se trouve l’inflation?

Après plus d’une décennie de politiques monétaires ultra-expansives, qui soutiennent les acteurs sur les marchés financiers au détriment de la stabilité financière, il y a encore des économistes qui s’étonnent que l’inflation n’ait pas frappé le marché des biens et des services. L’indice des prix à la consommation – en Suisse comme dans les autres pays «avancés» sur le plan économique – affiche, en réalité, une certaine stabilité de ces prix depuis bien des années.

En fait, il est nécessaire de distinguer l’inflation de l’augmentation du niveau général des prix. L’inflation est la perte du pouvoir d’achat de la monnaie, qui souvent (mais pas toujours) peut induire une augmentation des prix sur le marché des produits. Or, si le progrès technique permet de réduire les coûts de production des entreprises, cette augmentation des prix à la consommation (engendrée par l’inflation) pourrait ne pas être visible dans la mesure où elle est compensée par la baisse des prix suite au dit progrès, sans affecter la marge bénéficiaire. De cette manière, il est possible que les prix à la consommation restent stables, malgré le fait qu’il existe une inflation dont l’origine reste à déterminer.

Cela est possible si et seulement si l’on suit une approche macroéconomique faisant abstraction du comportement des agents économiques, permettant ainsi de comprendre que l’inflation est le résultat d’une confusion entre monnaie et crédit dans la comptabilité bancaire: lorsqu’une banque ouvre une ligne de crédit à un agent économique quelconque, elle crée de la monnaie à partir du néant, qui s’ajoute alors à la «masse monétaire» préexistante, augmentant dès lors le volume des dépôts bancaires qui représentent le pouvoir d’achat dans l’ensemble de l’économie. Si à cette augmentation, toutefois, ne correspond aucune nouvelle production, un écart inflationniste apparaît dans la mesure où le produit national est dilué dans un nombre accru d’unités monétaires.

Il n’est toutefois pas surprenant que de nos jours cette inflation de la masse monétaire n’entraîne aucune augmentation des prix à la consommation. La réduction de la capacité d’achat de nombreuses catégories de travailleuses et de travailleurs, en effet, réduit les dépenses de consommation, qui donc ne font pas augmenter l’indice des prix que l’on continue d’utiliser pour mesurer l’inflation.

Pour comprendre s’il y a de l’inflation, de nos jours, il faut observer l’évolution des prix sur les marchés financiers et immobiliers. Sur ces marchés, il sera alors possible de noter clairement une forte pression inflationniste induite par les politiques monétaires que les principales banques centrales continuent de mettre en œuvre, sans aucune possibilité de relancer ainsi les activités économiques dont la population a vraiment besoin.

Les groupes d’intérêt sur les marchés financiers ont en effet capturé les autorités monétaires, qui ont voulu se plier aux intérêts de court terme des banques «trop grandes pour faire faillite», au détriment de l’ensemble du système économique à long terme.

L’automne sera chaud sur le plan économique

La pandémie du Covid-19 pourrait donner lieu à une deuxième vague sur le plan sanitaire cet automne, à la lumière de l’augmentation du nombre de personnes ayant été infectées par le nouveau coronavirus.

Indépendamment de cette deuxième vague, l’automne sera chaud sur le plan économique, étant donné que les stratégies des entreprises et les choix de politique économique continuent d’ignorer que notre système économique ne sera plus jamais comme celui que nous avons connu avant l’éclatement de la pandémie.

D’un côté, les dirigeants de bien des entreprises vont augmenter la pression à la baisse sur les salaires de la classe moyenne, pour essayer de récupérer ainsi les pertes de gain observées durant la période de confinement suite à la pandémie. Cette tentative ira toutefois à l’encontre de leurs propres intérêts car les entreprises gagnent sur le marché des produits ce qu’elles dépensent sur le marché du travail, étant donné que les travailleurs sont tous des consommateurs de biens et services. La diminution de la capacité d’achat des travailleurs dépendants sera accompagnée par une réduction de celle des travailleurs indépendants, eux aussi frappés par les conséquences économiques de la pandémie.

De l’autre côté, les choix de politique économique vont viser l’équilibre des finances publiques et la stabilité des prix à la consommation, même si la politique des taux d’intérêt négatifs n’agit pas sur la capacité d’achat des consommateurs (surtout ceux de la classe moyenne et de la classe inférieure) mais avantage les propriétaires du capital financier qui s’enrichissent au détriment de la stabilité économique et de la cohésion sociale. Pour sa part, l’équilibre des finances publiques va endommager aussi bien la stabilité économique que la cohésion sociale, parce qu’il sera atteint à travers une forte réduction des dépenses publiques au lieu d’une augmentation considérable de celles-ci pour soutenir l’ensemble de l’économie et de la société à long terme.

Lors d’une crise économique globale dont la portée est historique, il faudrait abandonner les dogmes qui ont créé les conditions-cadres ayant fait éclater la pandémie, pour étudier l’histoire de la pensée économique afin de redécouvrir l’importance des dépenses publiques pour la relance économique. Les domaines dans lesquels il est nécessaire d’augmenter les dépenses publiques sont sous les yeux de tout le monde. Pour les voir clairement, les politiciens au pouvoir doivent toutefois ouvrir leurs yeux : un œil sur l’offre et l’autre sur la demande. Seulement de cette manière ils pourront avoir une vision systémique des problèmes, qui leur permettra de comprendre quelles sont les solutions à mettre en œuvre pour satisfaire l’intérêt général et contribuer au bien commun.