Quelles prévisions économiques pour 2019?

Le début de l’année est caractérisé par une panoplie de prévisions économiques à l’échelle régionale, nationale et globale. Les plus sages savent que l’avenir est inconnaissable, a fortiori lorsque les variables à considérer sont très nombreuses et s’influencent de manière réciproque à travers une dynamique trop complexe pour être capturée correctement par des modèles mathématiques.

Pour avoir une idée de l’évolution économique en 2019, il suffirait d’observer la trajectoire suivie par l’économie durant l’année qui vient de se terminer. En particulier, les problèmes à l’égard de la croissance économique, du marché du travail, des finances publiques et de la répartition de la richesse, qui sont très clairement visibles en Suisse comme ailleurs, devraient induire davantage de réflexions et des analyses plus approfondies par les parties prenantes au plan macroéconomique, entendez les politiciens, les chefs d’entreprise et les institutions financières, sans oublier les économistes au niveau académique.

En général, ces sujets économiques se contentent de prévoir le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB), le taux de chômage et le taux d’inflation mesuré à partir de l’évolution des prix à la consommation.

Il y a toutefois au moins trois grandes questions ignorées par les économistes qui s’inspirent de la pensée dominante. La première porte sur la contribution de la croissance du PIB pour le développement économique. Depuis les années Nonante du siècle passé, la croissance du PIB ne contribue plus au développement économique dans les pays «avancés». Elle est en fait devenue instrumentale pour enrichir les institutions financières, au détriment de la majorité de la population de ces pays. Durant la dernière décennie, la croissance économique dans ces pays n’a pas créé de manière proportionnelle des nouvelles places de travail. Si le nombre de ces places a augmenté, il faut aussi s’interroger sur les conditions de travail, y compris le niveau des salaires et la durée des contrats de travail.

Cette réflexion devrait soulever une deuxième question, en ce qui concerne la répartition du revenu et de la richesse dans les pays «avancés» sur le plan économique. On observe notamment l’absence d’effet de «ruissellement» vers la classe moyenne des politiques néo-libérales qui enrichissent de plus en plus les personnes nanties au détriment de la cohésion sociale et du développement économique.

La troisième question porte alors sur l’inflation: au lieu de se préoccuper que les prix des biens de consommation n’augmentent pas, malgré les politiques monétaires ultra-expansives de ces années, il faudrait se soucier de l’inflation qu’on peut observer sur les marchés financiers et immobiliers, où les prix augmentent bien au-delà des grandeurs «fondamentales» du système économique, avec le risque d’enfler une bulle du crédit qui pourrait éclater faisant alors des dégâts majeurs pour l’ensemble du système économique.

Comme le rappelle un vieil adage, «il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir». 2019 sera donc similaire à l’année qui vient de se terminer, vu que les décisions de politique économique sont de toute manière dictées par la pensée dominante.

Sergio Rossi

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

2 réponses à “Quelles prévisions économiques pour 2019?

  1. Eh oui cher professeur Rossi, il devient de plus en plus indéniable que la caste des économistes orthodoxes (mainstream) et leurs laquais (les politiciens, les chefs d’entreprise et les institutions financières) ont fait main basse sur l’économie réelle. Mais l’expression « économie réelle » a-t-elle encore du sens à l’ère de « l’économie Coca Zéro » , pour reprendre le titre de l’excellente chronique de Mme Myret Zaki (Bilan) ?

    https://www.bilan.ch/opinions/l_economie_coca_zero

    Effectivement, la nature même du « PIB est désormais obsolète », pour paraphraser l’économiste hétérodoxe, Joseph Stiglitz, car ce thermomètre reste imparfait eu égard aux nombreux agrégats déjà pervertis par l’idéologie néolibérale. Pourtant, et bien que « la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social » – présidée par ce Prix Nobel d’Économie – eu rendu son verdict, l’obscurantisme continue encore et encore à tracer sa ligne de front. Il faudra attendre le WEF de Davos, en janvier 2016, pour assister à nouveau à la fronde de Joseph Stiglitz, prônant que les instruments de mesure de l’activité économique doivent urgemment évoluer. Pour ce qui a trait à l’économiste hétérodoxe, Paul Krugman, lui aussi titulaire du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques, il publiera une critique éloquente du PIB dans une tribune: « Le Viagra et la richesse nationale symbolise la problématique ambiguë d’un produit, le Viagra, qui donne du bonheur aux utilisateurs/consommateurs alors que sa présence dans les statistiques de production est quasiment absente ». Les politiques sont-ils à ce point des schizophrènes pour créditer sans broncher cette guerre des chapelles menée depuis des décennies par les économistes orthodoxes (mainstream) ? Comme chacun devrait le comprendre comme une évidence, les chiffres ne sont plus des indicateurs fiables de l’économie, dès lors, la réalité s’invite brutalement:

    https://www.bilan.ch/opinions/myret-zaki/cette-fois-le-krach-est-social

    BLS (Chiffres U3 & U6)
    https://www.bls.gov/news.release/empsit.t15.htm

    Shadowstats
    http://www.shadowstats.com/alternate_data/unemployment-charts

    Après ce bref exemple (parmi tant d’autres) accessible à tout un chacun, il n’est pas inintéressant d’observer cette courte histoire des bourses (eu égard à l’accroissement exponentiel des inégalités et des saccages sociaux)…

    https://i2.wp.com/michelsanti.fr/wp-content/uploads/2018/12/sell.jpg?w=1200&ssl=1

    …Puis, pour les plus avertis, d’appréhender la lecture du schéma sous l’angle du « Paradoxe de la tranquillité » de l’économiste Hyman Minsky. Des travaux que les économistes orthodoxes (mainstream) ont soudainement découvert en se mordant les doigts, post 2008. De la même manière que ces dogmatiques ont ignoré les travaux de l’économiste hétérodoxe, Robert Shiller, en 1981, et qui avait pourtant mis en lumière les limites de la « théorie des marchés efficients ». Ce même professeur d’économie qui a coorganisé – depuis 1991 – des colloques de la NBER sur la finance comportementale avec le récemment Nobélisé (2017), Richard Thaler. N’est-il pas anecdotique, finalement, de constater que le professeur d’économie, Richard Thaler, de l’École de Chicago (la Mecque des économistes mainstream, le temple des monétaristes Friedmaniens et du néolibéralisme) y ait non seulement poursuivit sa trajectoire de chercheur non conformiste dans ce milieu longtemps figé dans les certitudes théoriques, mais également d’avoir sapé les fondements de cette science officielle (mainstream) qui ne croit qu’aux marchés efficients ? Dans « Misbehaving », publié en français le 4 octobre 2018, ce chercheur raconte sa trajectoire dans ce milieu où les dogmes sont religion :

    http://www.seuil.com/ouvrage/misbehaving-richard-h-thaler/9782021393972

  2. Voici un partage avec la Belgique et un link intéressant

    Eh bien, cher professeur Bruno Colmant, il m’en aura fallu des commentaires étayés, même bien au-delà, et ce durant des années pour enfin prendre la mesure de votre revirement de monétariste convaincu. Ou à tout le moins, de votre distance avec votre maître à penser, Milton Friedman. Mais n’y a-t-il pas une maxime qui postule « qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis » ? Ceci m’amène donc plus prosaïquement à William Shakespeare pour épingler un autre corpus : « Quelle époque terrible que celle où des idiots dirigent des aveugles ». Enfin, dans votre chronique, comme vous citez très exactement « le conte de Georges Sand dans lequel le héros, Gribouille, se jette dans l’étang pour échapper à la pluie », je suis aussi ravi de constater votre bonne lecture du conte d’Hans Christian Andersen, « Les habits neufs de l’empereur », pour lequel le héros reste p’tit enfant.

    Bien à vous.

    https://www.lecho.be/dossier/brunocolmant/La-parenthese-neoliberale-se-referme/10084335
    —-

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *