L’identité helvétique: être ou vouloir ?

Je coache souvent des expatriés qui viennent en Suisse pour travailler, quelques mois, souvent plusieurs années, parfois ils restent. Et quand je leur parle du premier août, ils me demandent : « Oui, mais vous l’appelez comment cette fête ? » Je réponds : « Ben, on l’appelle 1er août, et vu la date à laquelle on fête ça tombe plutôt bien… » 🙂

Ils insistent : « Mais, est-ce que cela correspond à une grande victoire militaire, à l’adoption d’une nouvelle constitution, à l’indépendance du pays ? » Je dis : « non, écoutez c’est trois responsables qui ont jugé utile de travailler ensemble, ils ont fait un PV de la séance et depuis on en fait lecture chaque année à l’occasion de la fête… ». Ceux qui viennent des grandes nations sont parfois un peu déçus, mais ils commencent déjà à mieux comprendre la culture helvétique.

Mais alors qu’est-ce que nous fêtons au juste le premier août ? Ce n’est pas juste un événement du passé. Ce n’est pas seulement le serment du Grütli et le pacte dont certains mettent en doute sa véritable valeur historique. Peu importe, je dis, peu importe. Nous fêtons toute une histoire, nous fêtons l’esprit helvétique : l’indépendance, la liberté et la solidarité dans la diversité. Depuis 1291, cet esprit a été confirmés à maintes reprises, on peut citer la médiation de Nicolas de Flue, l’indépendance formelle de la Suisse négociée en Westphalie, la neutralité Suisse accordée à Vienne, la création de l’Etat fédéral, les deux guerres mondiales ou encore l’acceptation du nouveau canton du Jura ; l’esprit helvétique.

La Suisse a toujours su intégrer sa nation avec toute sa diversité, aussi grâce à ses liens forts avec l’extérieur, en s’intégrant à son tour dans l’espace international et en s’appuyant sur les règles et le droit international. Car la solidarité, notre ADN, mutuelle par définition, ne peut se déployer dans le repli sur soi.

Aujourd’hui, chers amis, nous célébrons notre appartenance à cette patrie.

Mais alors qu’est-ce que l’identité Suisse ?

Les citoyens de ce pays ne partagent ni la langue, ni la religion, ni la mentalité. Qui de vous serait d’accord de constater qu’un morgien partage la mentalité avec un habitant de Herisau[1] ?

En Suisse, entre compatriotes nous ne partageons même pas la même lecture de notre histoire commune. Napoléon, vu d’outre-Sarine, c’était l’envahisseur, le colonisateur, l’ennemi numéro 1. Mais en arrivant dans le Canton de Vaud j’ai constaté que les gens étaient beaucoup plus relaxes quant à l’empereur. Ça doit être la langue, la proximité culturelle je me suis dit. Jusqu’au jour où j’avais compris que celui que je considérais comme colonisateur était en fait celui qui chassait le colonisateur bernois du Pays de Vaud. Des Vaudois colonisés par des Bernois ?! On ne me l’avait jamais appris celle-là à l’école en Thurgovie !

La Suisse n’est pas une nation par identité partagée, nous sommes une nation de volonté. Le terme qui définit donc la Suisse et ses habitants, ce n’est pas « être », c’est « vouloir ». On ne peut pas « être » Suisse tout court, il faut surtout « vouloir », vouloir contribuer au bien de la patrie et au vivre-ensemble de ses habitant/es.

Être Suisse, ce n’est pas une simple affaire de sang ou de papier, être suisse c’est avant tout une question de cœur.


Ce texte est une version retravaillée de mon discours du premier août 2018 à Morges.

[1] La capitale du Canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures si jamais 😉

Pascal Gemperli

Pascal Gemperli

Pascal est entrepreneur, écologiste et médiateur. Membre du Conseil communal de Morges pour le mouvement écologiste vaudois (les Vert.e.s) et président dudit Conseil en 2018/2019. Il s'engage également pour l'intégration et dans la coopération au développement.

13 réponses à “L’identité helvétique: être ou vouloir ?

  1. La Suisse n’est en effet pas un “pays évident”. Nous n’avons pas une unité de langue, de culture, de religion, même pas véritablement de passé historique commun, entre les différentes régions de notre pays. Nos frontières sont relativement arbitraires, les hasards de l’histoire auraient très bien pu faire que le Tessin ne soit pas suisse par exemple, ou que la Savoie le soit devenue. C’est ce que signifiait le slogan du pavillon suisse de l’Exposition universelle de Séville en 1992 (que certains n’ont toujours pas compris!): “La Suisse n’existe pas”. Comme l’a si bien dit Ada Marra: “Ce sont les gens qui y habitent qui existent” et qui ont décidé d’unir leurs destins et de vivre ensemble par un acte de volonté et non une quelconque “prédestination” historico-géographique. C’est ce qui lui donne son aspect exemplaire, et que l’UE, malgré ses imperfections (elle n’a pas 700 ans d’existence, elle!) essaie de faire à une autre échelle, qui correspond à celle des défis de notre temps.

      1. Oui, et alors? Ai-je dit le contraire? J’ai bien précisé que c’était le slogan du pavillon suisse DE l’EXPO DE SEVILLE, qui a été effectivement conçu par Ben et non Ada Marra (!). Mais celle-ci a eu le malheur de préciser ce qu’il signifiait et les nationo-populistes lui sont alors tombés dessus à bras raccourcis en prétendant qu’elle était une mauvaise patriote qui aurait voulu ainsi nier la réalité de l’existence de la Suisse!

  2. Pas mal pour un mouslim. Il se souvient de ses racines suisses, même s’il a tourné le dos à notre héritage chrétien.

    Ceci dit, je ne crois pas à cette histoire de “willensnation”. C’est bon pour Roger de week et son Club helvétique. Nous ne sommes pas une nation de volonté. Nous n’avons aucun patriotisme constitutionnel, comme dirait Habermas.

    Au contraire nous sommes de gens qui se seraient bien passés de vivre ensemble mais qui ont été obligés pour des raisons géographiques et géopolitique de cohabiter sur un espace enclavé entre le Léman et le Bodan, les Alpes et le Jura. Au cours des siècles nous avons pris conscience de notre interdépendance et de notre volonté commune d’indépendance. Ainsi nous sommes devenus une communauté de destin. Nous avons été obligés de nous estimer et de travailler ensemble, par nécessité, par par volonté. Nous ne sommes pas une vraie nation. Nous sommes la Suisse et c’est assez. Nous sommes une construction historique et politique sui generis qui ne doit rien à la volonté mais tout au destin. C’est pourquoi nous avons cloisonne notre pays en cantons pour pouvoir rester chacun chez soi tout en vivant ensemble. Et nous voulons continuer ainsi, loin des systèmes impériaux qui des Habsbourg à l’Union Europeenne nous ont toujours méprisés, niés, et ont toujours tenté de nous asservir.

    Rappelons nous du serment des trois Suisses. rappelons nous de Morgarten et de Sempach. Et soyons impitoyables avec ces pouvoirs étrangers séducteurs, menteurs, qui nous parlent de guimauve mais qui ne veulent que nous dominer.

    1. pas mal pour un non-mouslim 🙂

      je suis assez d’accord avec vous sur le fait que les suisses vivent ensemble séparés, par pragmatisme pour l’indépendance, sans former une nation selon la défintion classique du terme. Cependant, je pense que c’est exactement ce que veut dire “Willensnation”: nous voulons former une union, puis un pays ensemble parce que c’est utile, cela protège, ça génère des synérgies, mais pas par patriotisme partagé. Même s’il faut admettre que depuis un moment un certain patriotisme fédérale s’est formé quand même.

  3. “Suisse, quand l’Europe enfin marchera seule,
    Tu verras courir vers toi, sévère aïeule,
    La jeune humanité sous on chapeau de fleurs.”

    -Victor Hugo, “La Légende des siècles”

    “Le Suisse trait sa vache et vit en paix.”

    -Le mème

  4. Da bist du beim Klassenaustausch bei der Führung im Schloss Chillon aber weit hinten gestanden. Die Führerin hat immer wieder von der Unterdrückung der Waadt durch die Berner gesprochen. So hatte jeder seine Last zu tragen, ihr die Berner, wir die Zürcher Landvögte. Trotzdem können wir, wie ihr auch, heute gut mit unseren ehemaligen „ Besatzern“ zusammenleben und arbeiten. In einem Land, das so Schritt für Schritt entstanden ist, gibt es sicher noch mehr anfangs schwierige Beziehungen, die heute bei Seite gelegt sind und keine Rolle mehr spielen. Auch das ist ein Grund zum Feiern.
    P.S. Heisst unsere Gründerwiese im Welschland wirklich Grütli und nicht Rütli?

    1. Aïe… da hast Du mich kalt erwischt. Wahrscheinlich war ich damals – muss 1992 gewesen sein – schon von der wunderschönen Waadtlandschaft abgelenkt und schon entsprechend konditioniert um 8 Jahre später hier hin zu ziehen 🙂

      Ja, heisst Grütli auf Französisch. Es hiess übrigens früher auch Grütli auf Deutsch, die deutschschweizer haben dann im Rahmen der Sprachentwicklung das G gestrichen, die Romands haben es behalten.

      ps: meldet Euch beim nächsten Klassenaustausch!

      LG

  5. En tout cas la Suisse n’est pas musulmane et ne le sera jamais.

    Je sais pas pourquoi, je me méfie toujours des articles avec certains codes, “vivre ensemble”, “solidarité”, “diversité”, “droit international”, “repli sur soi”, et évidemment, l’immonde écriture gauchiste “habitant/es” pour ne pas écrire en français “habitants”.

    Je devrais consulter.

    “Depuis quand crois tu que les hommes ont le pouvoir de bâtir des choses éternelles ? L’homme bâtit sur du sable. Si tu veux étreindre ce qu’il a bâti, tu n’étreins que le vent. Tes mains sont vides, et ton coeur affligé. Et si tu aimes le monde, tu périras avec lui”.

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