Suisse-Ukraine : ne pas confondre neutralité et impartialité

Les deux termes neutralité et impartialité sont souvent utilisés de façon synonyme dans le langage courant, ils ont pourtant une signification très différente. La discussion actuelle autour de la neutralité de la Suisse concernant la guerre de Poutine en Ukraine nous permet parfaitement d’illustrer cette nuance.

Comment pourrait-on fermer les yeux, comment rester indifférent face aux atrocités commises dans le monde, face aux violations des droits humains, face aux injustices et face à la violation du droit international et des principes humanistes fondamentaux ? Déclencher une guerre agressive en fait clairement partie. Comment alors la Suisse pourrait-elle rester neutre dans une telle situation ? Non, elle ne le peut pas, et elle ne le doit pas !

Faire de la politique, y inclut à l’international, c’est forcément un acte animé par des valeurs, par un projet de société. Dans le cas présent, ces valeurs qui nous animent sont la non-violence, la paix, la protection de la vie et de la dignité humaine, et aussi la démocratie et le respect du droit international. La Suisse doit promouvoir et défendre ces valeurs sans aucune retenue. Y renoncer serait renier à ce que nous sommes au plus profond de nous. Ce n’est pourtant pas en contradiction avec la neutralité telle qu’on devrait la concevoir, et c’est ici que la confusion entre neutralité et impartialité se manifeste. Effectivement, la première se réfère à notre rapport à la « chose », à l’enjeu ou au litige, en l’occurrence donc à l’agression militaire, à la guerre, nous ne pouvons rester neutre à son égard ! Notre refus et notre critique doivent être vifs, clairs et sans aucun langage diplomatique. Quant à la deuxième notion, l’impartialité, elle se réfère quant à elle à notre rapport aux personnes, aux acteurs, donc à la dimension relationnelle. C’est ici que nous devons garder l’équidistance avec tous les acteurs, ou mieux encore, la multi-partialité pour être plus engagé et inclusif. Maintenir des relations tout en restant ferme sur les principes, ou bien « dur sur le fond, doux avec les individus » pour reprendre la fameuse formule du principe de négociation selon Harvard. Donc rester un interlocuteur, un médiateur au meilleur des cas, mais toujours dans un cadre normatif non-négociable : la promotion de la paix. Le premier, le dialogue, étant la méthode, le deuxième, la paix, étant l’objectif.

Et c’est là où peut-être qu’on se trompe de terminologie (voire de politique ?), nous ne devons pas être neutres, bien au contraire, nous devons être engagés, pleinement et sans aucune retenue pour les principes cités plus haut. Cependant, la Suisse peut rester impartiale, sans favoriser un acteur par rapport à un autre, sans être plus proche d’un bloc que d’un autre[1]. Négocions toujours avec tout le monde, cela peut paraitre inacceptable en temps de guerre, mais c’est à ces moments-là que c’est aussi le plus important. C’est dans cette optique là que l’adhésion de la Suisse au « Partenariat pour la paix », l’antichambre de l’OTAN, ou encore sa candidature au Conseil de Sécurité de l’ONU me semble tout à fait discutable, sachant que cela est plus facile à affirmer en temps de paix que pendant une guerre devant nos portes.

Quid alors des sanctions ? Est-ce que la mise en place de sanctions économiques relève plutôt d’une mesure touchant la dimension relationnelle avec le sanctionné (donc impact sur l’impartialité) ou visant la résolution du litige en cours (donc concernant la neutralité) ? Difficile à dire, l’intention peut se référer à l’un, la perception du destinataire à l’autre.

Pour le moment, la Suisse ne soutient pas les sanctions de l’UE contre la Russie, elle se contente de renforcer ses propres mesures pour éviter de servir comme contournement des celles prises par l’UE. En résumé : on continue les affaires mais on n’en rajoute pas de nouvelles. Nous ne sommes ni pour, ni contre ; bien au contraire… Dans le doute, c’est en faveur de l’objectif suprême, de la paix, que devrait pencher la balance.

 

 

[1] Ce principe ne s’applique bien évidemment pas aux relations de proximité par simple logique géographique tel qu’avec l’UE par exemple

Pascal Gemperli

Pascal est entrepreneur, écologiste et médiateur. Membre du Conseil communal de Morges pour le mouvement écologiste vaudois (les Vert.e.s) et président dudit Conseil en 2018/2019. Il s'engage également pour l'intégration et dans la coopération au développement.

4 réponses à “Suisse-Ukraine : ne pas confondre neutralité et impartialité

  1. On n’est pas seulement neutre, mais on a aussi un héritage à défendre. Comme se rappeler les circonstances de la naissance de notre pays, qui fut de proclamer sa liberté face à un empire, et de faire du citoyen, le décideur de la conduite du pays.
    Une neutralité a un sens entre 2 États qui ont des désaccords, mais là, dans cette guerre, la neutralité signifie marcher sur nos valeurs pour soutenir Poutine.
    L’aile droite de l’UDC marche sur nos valeurs de liberté et d’indépendance en soutenant Poutine par la négation du droit à l’indépendance de l’Ukraine. L’idéologie de cette aile droite doit choisir entre celle de Poutine et celle de la liberté. In fine, l’UDC doit choisir son camp.

    La neutralité militaire, est la seule chose à préserver pour le moment.

  2. On attend toujours les sanctions de la Suisse sur l’Arabie Saoudite face aux exactions commises au Yémen… Bon c’est vrai ce ne sont que des yéménites… Racisme et hypocrisie…

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