Je reste pacifiste, basta !

Que ça soit clair d’entrée, le pacifisme ne signifie pas de croiser les bras ni d’être bisounours naïf et de fermer les yeux face aux réalités du monde. Le pacifisme est une vision qui veut réaliser la paix par des moyens pacifique (peace by peaceful means). C’est avant tout une conviction et un engagement.

Grande instabilité géopolitique, violence ouverte, bombes, réarmement, possible élargissement de l’OTAN, etc., la guerre de Poutine en Ukraine met à mal notre mouvement international pour la paix. Il représente pourtant la seule véritable issue aux violences à grande échelle. Restons convaincus, restons engagés !

Que faire face à cette violence ? Toutes les doctrines de la guerre juste reconnaissant et encadrent la légitime défense, y inclut collectif. Tout comme en Ukraine, la défense militaire peut être un mal nécessaire. Mais n’appelons jamais cela un rétablissement de la paix car la paix n’est pas simplement l’absence de guerre !

Mais n’appelons jamais cela un rétablissement de la paix car la paix n’est pas simplement l’absence de guerre !

Mais qu’est-ce que la paix alors ? Nous pouvons identifier trois postures philosophiques qui tentent d’y répondre.

  • La paix par l’équilibre des puissances, communément appelé « le réalisme ». C’est la doctrine prédominante dans les réalisations internationales d’aujourd’hui. En résume, chacun doit s’armer autant que l’autre afin de pouvoir assurer la destruction mutuelle, ce qui est censé décourager une attaque. On identifie rapidement les lacunes et risques de ce modèle et on note qu’on se trouve exactement dans cette posture actuellement face à la guerre en Ukraine.
  • La paix par la primauté de la loi, aussi appelé « le libéralisme ». L’Homme serait le loup pour l’Homme (selon Hobbes, et un certain nombre d’autres…), et il a besoin d’être cadré par des règles pour l’obliger à un comportement pacifique. Une belle triste vision de l’humanité…
  • La paix par des moyens pacifiques, « le pacifisme ». Il s’appuie sur les capacités de la nature humaine à être en paix avec autrui en renforçant ses ressources : l’éducation à la paix, les modes de gestion alternative des conflits, l’élimination de toutes formes de violences ou de précarité, etc. Tout un programme, toute une vision du monde à réaliser à long terme et à ne jamais abandonner même en cas de guerre. La paix n’est donc pas absence de guerre, mais absence de toutes formes de violences, qu’elles soient directes, structurelles ou culturelles. Contrairement au libéralisme ci-dessus, le pacifisme est le véritable modèle libéral au sens propre du terme, car non pas les règles définissent le comportement humain, mais sa propre volonté.

Contrairement au libéralisme ci-dessus, le pacifisme est le véritable modèle libéral au sens propre du terme, car non pas les règles définissent le comportement humain, mais sa propre volonté.

Plus que jamais, le mouvement international pour la paix doit affirmer ses convictions et éviter une course à l’armement au-delà du stricte nécessaire à la légitime défense pour une période que nous espérons toutes et tous très courte. Autrement, nous nourririons le cercle vicieux que représente le réalisme exposé ci-dessus.

La vision quant à la correspondance entre la légitime défense et l’armement est claire : l’élimination de toutes les armes et l’abandon de toutes les armées étatiques en les remplaçant par une police internationale sous l’égide des Nations Unies (Nations Unies réformées bien entendu…) dans une logique de « Weltinnenpolitik ». A moyen terme et comme étape intermédiaire, on passera par une intégration régionale des armées, par exemple par continent ou structure multinationale, ce mouvement semble déjà gentiment s’amorcer.

Suisse-Ukraine : ne pas confondre neutralité et impartialité

Les deux termes neutralité et impartialité sont souvent utilisés de façon synonyme dans le langage courant, ils ont pourtant une signification très différente. La discussion actuelle autour de la neutralité de la Suisse concernant la guerre de Poutine en Ukraine nous permet parfaitement d’illustrer cette nuance.

Comment pourrait-on fermer les yeux, comment rester indifférent face aux atrocités commises dans le monde, face aux violations des droits humains, face aux injustices et face à la violation du droit international et des principes humanistes fondamentaux ? Déclencher une guerre agressive en fait clairement partie. Comment alors la Suisse pourrait-elle rester neutre dans une telle situation ? Non, elle ne le peut pas, et elle ne le doit pas !

Faire de la politique, y inclut à l’international, c’est forcément un acte animé par des valeurs, par un projet de société. Dans le cas présent, ces valeurs qui nous animent sont la non-violence, la paix, la protection de la vie et de la dignité humaine, et aussi la démocratie et le respect du droit international. La Suisse doit promouvoir et défendre ces valeurs sans aucune retenue. Y renoncer serait renier à ce que nous sommes au plus profond de nous. Ce n’est pourtant pas en contradiction avec la neutralité telle qu’on devrait la concevoir, et c’est ici que la confusion entre neutralité et impartialité se manifeste. Effectivement, la première se réfère à notre rapport à la « chose », à l’enjeu ou au litige, en l’occurrence donc à l’agression militaire, à la guerre, nous ne pouvons rester neutre à son égard ! Notre refus et notre critique doivent être vifs, clairs et sans aucun langage diplomatique. Quant à la deuxième notion, l’impartialité, elle se réfère quant à elle à notre rapport aux personnes, aux acteurs, donc à la dimension relationnelle. C’est ici que nous devons garder l’équidistance avec tous les acteurs, ou mieux encore, la multi-partialité pour être plus engagé et inclusif. Maintenir des relations tout en restant ferme sur les principes, ou bien « dur sur le fond, doux avec les individus » pour reprendre la fameuse formule du principe de négociation selon Harvard. Donc rester un interlocuteur, un médiateur au meilleur des cas, mais toujours dans un cadre normatif non-négociable : la promotion de la paix. Le premier, le dialogue, étant la méthode, le deuxième, la paix, étant l’objectif.

Et c’est là où peut-être qu’on se trompe de terminologie (voire de politique ?), nous ne devons pas être neutres, bien au contraire, nous devons être engagés, pleinement et sans aucune retenue pour les principes cités plus haut. Cependant, la Suisse peut rester impartiale, sans favoriser un acteur par rapport à un autre, sans être plus proche d’un bloc que d’un autre[1]. Négocions toujours avec tout le monde, cela peut paraitre inacceptable en temps de guerre, mais c’est à ces moments-là que c’est aussi le plus important. C’est dans cette optique là que l’adhésion de la Suisse au « Partenariat pour la paix », l’antichambre de l’OTAN, ou encore sa candidature au Conseil de Sécurité de l’ONU me semble tout à fait discutable, sachant que cela est plus facile à affirmer en temps de paix que pendant une guerre devant nos portes.

Quid alors des sanctions ? Est-ce que la mise en place de sanctions économiques relève plutôt d’une mesure touchant la dimension relationnelle avec le sanctionné (donc impact sur l’impartialité) ou visant la résolution du litige en cours (donc concernant la neutralité) ? Difficile à dire, l’intention peut se référer à l’un, la perception du destinataire à l’autre.

Pour le moment, la Suisse ne soutient pas les sanctions de l’UE contre la Russie, elle se contente de renforcer ses propres mesures pour éviter de servir comme contournement des celles prises par l’UE. En résumé : on continue les affaires mais on n’en rajoute pas de nouvelles. Nous ne sommes ni pour, ni contre ; bien au contraire… Dans le doute, c’est en faveur de l’objectif suprême, de la paix, que devrait pencher la balance.

 

 

[1] Ce principe ne s’applique bien évidemment pas aux relations de proximité par simple logique géographique tel qu’avec l’UE par exemple

Quatre francs par mois pour protéger le climat

Dans le cadre de ce que les citoyennes et citoyens attendent de lui, l’état devrait rester autant svelte que possible. Une bureaucratie gonflée, une trop forte centralisation ou encore trop de régulation nuisent à l’efficacité et gaspillent les ressources et donc l’argent des contribuables. En conséquence, voter une augmentation d’impôts fait partie, en ce qui me concerne, des actions politiques les plus désagréables. Elle devrait être mûrement réfléchie, manifestement nécessaire et surtout, clairement argumentée. Mais revenons un peu en arrière.

En 2018, la Ville de Morges s’est dotée d’une stratégie énergétique ambitieuse afin de contribuer sa part à la transition énergétique, et donc à la protection du climat. Concrètement, jusqu’à 2035, elle veut :

  • Réduire la consommation d’énergie finale par habitant de 43% par rapport à l’année 2017 ;
  • Réduire la consommation d’électricité par habitant de 13% par rapport à l’année 2017 ;
  • Réduire les émissions de CO₂ de 41% par habitant par rapport à l’année 2017.

Ces objectifs s’inscrivent dans la stratégie énergétique de la Confédération et font donc partie des engagements pris à travers les Accords de Paris.

Pour y parvenir, la Planification énergétique territoriale morgienne prévoit les réalisations suivantes :

  • La rénovation de 16’000 m2 de surface de référence énergétique par année ;
  • L’injection de 0,7% de plus de biogaz dans le réseau morgien par année ;
  • Le développement et le raccordement de 8 réseaux thermiques jusqu’à 2035 ;
  • Le remplacement de 50 chauffages au mazout ou électrique par une solution écologique par année ;
  • L’installation de 3’000 m2 de panneaux solaires par année.

Ces réalisations concernent tout le territoire morgien et peuvent être entreprises par le public ou le privé. Quand c’est le public, c’est évidemment la manne publique qui le prend en charge, quand c’est le privé… faut souvent le stimuler un peu, car la fameuse responsabilité individuelle s’arrête souvent là où les dépenses commencent. Pour cela, nous avons un fonds d’encouragement qui subventionne les engagements des privés, au alentours de 20% des coûts. Seulement, sur les environ 150’000.- utilisés, la moitié l’est pour des vélos électriques. Malheureusement les montants investis dans les rénovations, le remplacement de chauffage ou l’installation de panneaux solaires reste donc limité à maximum 80’000.-, respectivement 400’000.- si on prend les coûts totaux (dont le fonds finance 20% justement). Ce qui nous amène à parler un peu des chiffres. Que coûte concrètement les objectifs de la Planification énergétique territoriale citée ci-dessus ? Selon nos propres calculs, qui sont confortés par les chiffres reçus par la Municipalité, il faut compter au minimum 4 à 6 millions par année[1], et ceci depuis l’adoption de la Stratégie énergétique, donc 2019[2].

Le prochain réflexe du Conseiller communal est donc d’aller vérifier si ces coûts, ou du moins une bonne partie[3], se trouve dans les budgets. Et là c’est le grand réveil ! Manifestement, depuis 2019, la ville de Morges a accumulé une dette climatique – qui en réalité est tout autant financière – astronomique. Son montant exact reste à être chiffré, mais si l’on compte les 5 millions minimum nécessaires par année, multiplié par 4 années (2019 à 2022) cela fait 20 millions de francs suisses. On en déduira les peanuts investis par les privés et les quelques rénovations énergétique effectuées par la Ville depuis 2019. Nous n’avons pas ces deux derniers chiffres, mais sans aucun doute cette dette, qui figure nulle part, reste alarmante sur le plan climatique et financier. Et elle se creuse de quelque millions chaque année ! Tout ceci sans parler des nouveaux bâtiments et habitants, qui, dès par leur consommation énergétique, viennent annuler une partie des efforts réalisés. C’est comme si votre télé a une économie d’énergie de 20%, mais au lieu d’une vous en avez deux… Bienvenue la bonne conscience.

Quid alors de la capacité financière de Morges pour absorber ces millions supplémentaires ? Elle est plutôt sombre, pour le dire avec optimisme. En 2022, la commune attend un déficit d’environ 10 millions pour la deuxième fois de suite. La reprise économique nous semble instable et la marge de manœuvre par rapport au plafond d’endettement, au vu de tous les investissements déjà votés, reste à être vérifiée.

En clair : les finances communales vont mal et la stratégie énergétique risque fort de se noyer à l’instar de ces bâtiments touchés par les inondations cet été ou encore ces pays côtiers qui disparaitront ces prochaines décennies avec l’augmentation des océans.

Certains proposent la politique de l’autruche, ce n’est pas mon genre. Il faut agir de façon substantielle et il faut agir maintenant.

Mise à part un miracle, il y a deux solutions pour générer de la liquidité pour une commune : ou bien on réduit les dépenses ou bien on augmente les revenus[4]. Concernant les dépenses, effectivement, on aurait pu s’attendre que la nouvelle majorité municipale de droite nous propose un budget équilibré, voire avec certaines coupes, comme ils l’avaient toujours exigé avant d’être en majorité. Or, le budget 2022 prévoit une augmentation des coûts et un déficit de ~ 10 millions. Si même la majorité de droite n’arrive pas à couper les dépenses, faut peut-être partir du principe que la marge de manœuvre à cet égard est très réduite. Reste donc la deuxième option, l’augmentation des revenus. Et qui dit augmentation des revenus pour une commune dit augmentation de l’imposition. Et à partir de là on sait aussi que les crispations et les débats animés attendent au tournant.

Le dogmatisme politique à cet égard veut que les avis sur la question soient faits avant même qu’elle ne soit posée.

Mais il y aurait peut-être une petite porte de sortie pour adoucir les avis d’une petite partie de concernés, à savoir les membres du Conseil communal, afin de gagner une micro-majorité qui permettrait à la Ville de Morges de prendre ses responsabilités en matière de protection climatique. Il faudrait que l’argent demandé soit exclusivement destiné à cette cause. Pour ce faire, il y a une astuce dans la loi, très rarement utilisée, qui permet de définir l’affectation d’une augmentation d’impôts[5]. C’est ce que nous avons proposé. Et à une très courte majorité, 45 contre 43, le Conseil communal de Morges a donc accepté l’augmentation d’un point d’impôts qui sera exclusivement affectée à la Stratégie énergétique de la Ville.

Constater la crise et définir des objectifs c’est bien. Mettre en plus les moyens qu’il faut c’est mieux.

Ah oui ! Pourquoi alors le titre quatre francs par mois pour protéger le climat ? Le point d’impôt ainsi affecté coutera 48.- par année au citoyen moyen ; 23.-/année pour la personne mariée avec un revenu imposable de 50’000.- et 2 enfants ou encore 220.-/année pour la personne seule et sans enfant avec 200’000.- de revenu imposable. Plus on gagne[6], plus on contribue à cette mission collective, cela me semble juste.

 


[1] Par exemple le prix du mètre carré de rénovation d’une surface de référence énergétique = ~ 150.-, multiplié par 16’000 m2 = 2,4 millions ; l’installation de 3’000 m2 de panneaux solaires au prix d’environ ~ 350.- = 1 million 50 milles, etc., etc.

[2] Adoptée le 7 septembre 2018

[3] L’autre est, pardon…, devrait être pris en charge par les privés

[4] Ce qui ne diffère d’ailleurs pas fondamentalement pour un ménage ou une entreprise…

[5] D’habitude plutôt utilisé pour construire une caserne de pompiers par exemple

[6] et plus on émet de CO2 soit dit en passant

Paix ou sécurité ? Ou pourquoi tant d’affaires continuent à partir en justice plutôt qu’en médiation ?

En 2021, nous célébrons le 10 ans de la médiation dans le code de procédure civile suisse. Toute affaire civile, par exemple concernant la famille, le voisinage, le travail, etc. peut quitter la procédure en cours, tenter une médiation et le Tribunal ratifiera l’accord trouvé en médiation. Les avantages de cette nouvelle philosophie de justice alternative sont nombreux :

 

 

  • les parties décident elles-mêmes du résultat et du processus, le/la Juge le ratifiera, pour autant qu’il respecte le cadre légal
  • la médiation peut prendre en compte les aspects non juridiques du litige, par exemple les émotions, les besoins, l’avenir, le contexte, etc.
  • la médiation est totalement confidentielle. Selon la loi, les juges ne peuvent pas prendre en compte les éventuelles violations de la confidentialité concernant une médiation et les médiateurs et médiatrices jouissent du secret professionnel
  • la médiation est plus rapide – 2 à 3 mois environ – contrairement à une procédure judiciaire qui dure facilement 1 année ou 2, voire nettement plus
  • la médiation est moins coûteuse, en moyenne, elle dure 3 à 5 séance à 1h ou 1h30 à des tarifs horaires qui varient entre 150.- et 250.-. Ensuite, la facture est divisée par deux, chaque partie en porte seulement la moitié
  • le taux de réussite de la médiation est autour de 75% selon la Fédération Suisse des Associations de Médiation
  • la relation des parties peut rester intacte, ce qui est souvent pas le cas après une procédure judiciaire
  • la médiation est plus agréable, elle se fait au rythme des parties, dans un esprit constructif, gagnant-gagnant, sans casse-têtes juridique et sans lettres méchantes qu’on recevrait entre deux audiences au Tribunal. Les séances se font au cabinet du médiateur, avec un café habituellement…
  • la médiation reste totalement volontaire. Si souhaité, une partie peut unilatéralement mettre un terme à la médiation, sans besoin de justification

Ainsi, quel que soit la situation, tenter une médiation est fortement recommandé. Au pire, on s’arrête après la première séance, tout reste confidentiel et au niveau de l’investissement, cette tentative se limite à une heure de temps et environ CHF 100.- de dépenses par partie, tandis que les chances de réussite sont à 75% !

Pourquoi alors autant d’affaires continuent à partir en justice plutôt qu’en médiation ? Il y a bien sur le fait que la médiation ne soit pas encore très bien connue, beaucoup de travail reste à faire pour promouvoir la médiation comme véritable alternative à la justice traditionnelle. Voire même de renverser la logique et de considérer carrément la médiation plutôt que la Justice comme véritable tradition humaine, approche constructive et durable de transformation des conflits par excellence. Ces sont bien sûr avant tout nos habitudes qui empêchent cela pour le moment. Le fameux « on a toujours fait comme ça » s’applique là aussi, on s’accroche à ce qu’on connait. On peut pourtant observer un changement dans certains pays. En France par exemple, dans quelques juridictions, la médiation est devenue un préalable obligatoire à l’accès au système judiciaire pour quelques affaires familiales, par exemple : le lieu de résidence de l’enfant, l’autorité parentale, la contribution à l’entretien. Quant aux litiges pécuniers, l’obligation d’une tentative de médiation s’applique à toute affaire dont le montant est inférieur à 5’000 EURO.

Mais il y a un autre élément important que fait que certains préfèrent la Justice à la médiation : le sentiment de sécurité. L’avocat nous protège, il est de notre côté. Ce besoin correspond à la théorie d’escalade des conflits selon l’autrichien Friedrich Glasl : à partir d’un certain degré d’escalade des conflits, les parties cherchent des alliés et l’avocat se propose tout naturellement pour remplir cette fonction. Il est plus simple de faire la guerre que de faire la paix. La médiation demande un effort émotionnel et une attitude constructive vis-à-vis des conflits : il faut comprendre le conflit comme faisant naturellement partie de la vie en communauté. Ce qui est important ce n’est pas son existence, mais la façon dont nous le gérons.

Prévention ou répression ? L’amalgame dérangeant de la MPT

Les mesures coercitives et contraignantes de la loi sur les mesures policière de lutte contre le terrorisme (MPT) s’appliqueraient exclusivement aux « cas lourds » nous dit-on pour contrer les objections qui y voient la porte ouverte à l’arbitraire et aux interventions policières disproportionnées. Selon le texte de loi proposé « on entend [par activités terroristes] les actions destinées à influencer ou à modifier l’ordre étatique et susceptibles d’être réalisées ou favorisées par des infractions graves ou la menace de telles infractions ou par la propagation de la crainte. »

Mais qu’est-ce qu’on entend par « influencer l’ordre étatique » ou par « propagation de la crainte » et qui en jugerait ? Est-ce que les activistes du climat, par exemple, qui chercheraient à influencer, voire renverser l’ordre actuel et dont l’attraction de l’attention publique sur les dangers vitaux qui nous attendent, même par la peur (« I want you to panic ! ») en feraient partie ? Bien sûr que non, assurent les partisans du oui, pendant que fedpol procède à des perquisitions et des interrogatoires des activistes[1]. Selon le dernier rapport sur la sécurité de la Suisse, publié par le SRC, la cause animale serait une des scènes dangereuses d’extrémisme et d’autres mouvement pourraient aussi en arriver à la violence afin d’imposer leur idées politiques. Jusqu’en 2015, les objectifs écologiques étaient considérés comme potentielle violence anarchiste par ce même rapport.

Et pour celles et ceux qui ne feraient toujours pas confiance à ces nouvelles dispositions proposées on rajouterait que c’est fedpol tout seule qui jugerait de la bonne interprétation de ces textes, sans l’implication d’un juge, et cela pour des enfants à partir de 12 ans.

Mais la véritable contradiction de cette loi est ailleurs, à savoir que l’argument des « terroristes en herbe », auxquels elle s’appliquerait exclusivement, se heurtent fondamentalement à celui de la prévention, avancé simultanément. La loi servirait à une détection précoce pour éviter que les jeunes ne tombent dans la marge et ne se désocialisent[2]. Sans elle, « nous perdrions les jeunes sur la voie de la radicalisation »[3] (CF Keller-Sutter). A qui s’adresse alors cette loi ? Aux jeunes déboussolés dès 12 ans qui cherchent leur identité dans des luttes alternatives au système en place et qui resteraient effectivement accessible à la prévention ou plutôt au « cas lourds », aux terroristes en herbe, prêtes à passer à l’acte violent et pour qui des mesures préventives pourraient éventuellement se justifier ? Prévention ou répression ? L’amalgame est dérangeant.

 


[1] https://www.24heures.ch/comment-la-suisse-surveille-les-activistes-du-climat-778340926435?utm_source=sfmc&utm_medium=email&utm_campaign=24_ED_9_ENG_EM_NL_MATIN_NOUVELLES_SUBSCRIBER_AO&utm_term=2021-06-03&utm_content=1313649_&fbclid=IwAR11NJjJrL5KHOOALkm6Z1pvqnGJHozo5BG9sa9QjAxXaPFPL0T-5GhY1wE

[2] https://www.letemps.ch/opinions/suisse-ne-se-croire-labri-terrorisme?utm_source=Newsletters&utm_campaign=415027af49-newsletter_briefing&utm_medium=email&utm_term=0_56c41a402e-415027af49-109865513

[3] https://www.nzz.ch/schweiz/keller-sutter-ohne-pmt-verlieren-wir-die-jugendlichen-ld.1625743#register

Avant de vouloir atterrir sur Mars…

L’anthropocène est l’époque qui se caractérise par l’influence significative de l’activité humaine sur l’écosystème terrestre. Dans cette vision, la formule antique de la soumission de la terre par l’humain est devenue réalité. La nature comme simple facteur de productivité pour notre espèce ? Certains attribuent l’instinct humain à vouloir dominer la nature aux préceptes religieux, d’autres aux avancées scientifiques ou encore au capitalisme. Quoi qu’il en soit, sur le plan intellectuel et dans une large mesure dans les réalités de nos vies, nous nous sommes déconnectés de la nature. L’humanisme a le mérite de nous avoir libéré des contraintes et des autorités instaurées à travers l’histoire par notre propre espèce, mais il a également contribué à générer un anthropocentrisme qui nous fait considérer l’univers à travers la seule perspective humaine.

L’être humain se croit maître du monde et se comporte conformément à cette idéologie. Nous exploitons, polluons, détruisons à un rythme de plus en plus accéléré. Nous plaçons nos relations commerciales avec l’autre bout du monde avant la protection de l’environnement, l’extraction du calcaire avant la protection du patrimoine, le développement technologique avant la santé.

Beaucoup de nos interventions sur la nature génèrent des modifications irréversibles, comme la technologie nucléaire, les modifications génétiques, les microplastiques dans la nature ou encore l’extraction de matières premières. Certaines au point même de devenir un danger immédiat pour la planète, tel que le changement climatique.

Notre pouvoir technologique dépasse largement notre entendement sur les conséquences de ce dernier.

Est-ce que ce “progrès”, nous amènerait-il à perdre le contrôle sur notre propre avenir ? Avant de vouloir atterrir sur Mars, nous devrions peut-être déjà apprendre à protéger la Terre.

A l’époque des Lumières, les sciences étaient moteur du progrès, déclencheur de la démocratie, propulseur pour la santé et l’analyse de la nature. Aujourd’hui, nos sciences n’arrivent plus à anticiper les crises, elles courent derrière, respectivement elles doivent se développer d’urgence en parallèle, comme c’est le cas pour le réchauffement climatique ou le Covid-19. L’évolution de nos impacts destructeurs sur la biosphère et le monde en général va plus vite que nos avancées scientifiques. Nous sommes devenus objet malheureux de nos propres agissements.

La crise écologique est le défi principal du deuxième millénaire. Il ne s’agit pas d’une crise de la technologie, bien au contraire, c’est une crise de la conscience, de la compréhension de notre place dans la nature et ainsi aussi d’ordre spirituel.

 

Nous devons reconsidérer l’humain comme partie intégrante de la nature, redevable et humble. Ralentissons, misons sur la proximité, sur la qualité plutôt que la quantité, le relationnel plutôt que le matériel.

Je ne plaide pas pour un retour au 20ème siècle – quoi que pour certaines choses on pourrait y trouver quelques satisfactions – mais si les avancées sont bénéfiques dans certains secteurs, par exemple la santé, dans d’autres elles sont devenues funestes. Reprenons le contrôle !

Initiative anti-burqa : faire avancer la protection des femmes et l’égalité

La liberté inclut la liberté des autres de faire ce que je considère moi-même comme dérangeant. Ou, pour le dire avec Voltaire :

Je hais vos idées, mais je me ferais tuer pour que vous ayez le droit de les exprimer.

Le voile intégral me dérange, il m’irrite. Mais j’ai de la peine quand, dans un début de paternalisme trop insistant, on pense comprendre, mieux qu’elles-mêmes, ce qui anime les concernées, ce qu’elles pensent ou ressentent. Pensez-vous vraiment que la femme musulmane a besoin de notre sauvetage par les urnes ?

Depuis janvier 2021, nous avons les résultats de la première étude scientifique sur la situation en Suisse[1]. La grande majorité des femmes portent le voile intégral de leur plein gré. Souvent contre l’avis de leur mari ou de leur famille. Certaines ont quitté leur mari considéré comme pas suffisamment pieux. Ces résultats correspondent avec ceux d’autres études européennes sur la même thématique.

Oui, cela irrite, mais ayant au moins l’humilité de dire que cette irritation relève peut-être d’une dissonance cognitive : quand nos idées reçues se heurtent aux faits présentés.

Mais laissons ce débat stérile, on n’avancera pas d’ici mars dans ce climat délétère que génère cette campagne. Les avis déjà exprimés ne pourront plus faire marche arrière.

Mettons plutôt l’accent sur le véritable enjeu de cette campagne, le progrès de l’égalité hommes-femmes. L’émotivité de l’objet principal risque de voiler ce que le Conseil fédéral et le Parlement nous présente à cet égard dans le contre-projet indirect que peu connaissent malheureusement.

Contrairement à l’initiative qui, dans une logique populiste, veut simplement écraser ce qu’elle considère comme problème, le contre-projet propose des véritables projets de société. Il entre automatiquement en vigueur si l’initiative est refusée. Dans ce cas, les lois fédérales sur les étrangers et l’intégration, celle sur l’égalité ainsi que celle sur la coopération au développement seront modifiées afin de renforcer la protection des femmes et la promotion de l’égalité en Suisse et à l’étranger. Quant à la loi sur l’égalité, il y a même une petite révolution en vue, actuellement limité au domaine de la vie professionnelle, elle élargirait son champ d’application à la vie en société en général grâce au contre-projet.

Une véritable avancée qui toucherait sans doute des milliers, voire des dizaines de milliers de femmes. L’initiative concerne elle, toujours selon l’étude citée ci-dessus, entre 20 et 30 femmes au maximum en Suisse, et dont une grande majorité a choisi cet habillement librement et se verrait donc privées de ses libertés fondamentales.

Il est d’une évidence frappante que la protection des femmes et l’égalité passent par le contre-projet, ne noyons pas cette réalité dans un débat stérile sur une initiative simpliste qui propose plus de dégâts que de bien.

Le véritable enjeu de cette campagne est la bonne compréhension des propositions du contre-projet.

 

[1] « Verhüllung – die Burkadebatte in der Schweiz », Prof. Tunger-Zanetti, Université de Lucernce, janvier 2021

Vague Verte malgré la crise covid ? Une évidence écologique, économique et sociale

A plusieurs reprises, ces derniers mois a-t-on pu lire l’étonnement de certains medias quant à la continuation de la vague Verte malgré la crise covid. Cependant, rien ne me semble plus évident. Bien au contraire, une économie verte – des circuits courts plutôt que des chaînes d’approvisionnement internationales qui s’effondrent, le soutien aux commerces et PME de proximité, la paysannerie locale et biologique, les postes de travail à proximité, un équilibre sain entre vie familiale et professionnelle, un revenu de base inconditionnel – une économie durable, résiliente et juste, rien de plus approprié que l’écologie politique qui aurait permis d’éviter une partie de cette crise, respectivement maintenant nous en sortir.

Effectivement, nous traversons aujourd’hui plusieurs crises en parallèle. A celle du climat, abstraite pour beaucoup, s’ajoute désormais celle du covid-19 et notamment ses composantes économiques et sociales que l’on n’avait pas connu depuis la deuxième Guerre. A cela s’ajoute un autre défi d’une ampleur ressemblante à la révolution industrielle du début du 19ème siècle : la transition technologique. Selon une récente étude du World Economic Forum, 85 millions de postes de travail seront remplacés par l’automation d’ici 2025, en contrepartie 97 millions de nouveaux postes seront créés dans ces nouveaux domaines. Les chaînes logistiques, les canaux de vente, le marketing et bien d’autres aspects de la gestion d’entreprises se transforment à une vitesse notablement accélérée par la crise covid-19. Est-ce que nos commerces et PME sont prêts pour faire partie de 97 millions de postes créés plutôt que des 85 millions perdus ?

Les crises mentionnées ci-dessus, leurs origines et dynamiques sont multiples, mais elles se rejoignent dans les solutions : instaurer une économie verte et de proximité, durable, résiliente et juste en s’adaptant (très) rapidement à la transition technologique.

La manne publique a sauvé d’innombrables places de travail et évité la faillite de PME en Suisse ces derniers mois. Tout le monde l’aura compris, en cas de crise ce n’est pas la main invisible du marché mais bel et bien l’état-providence qui sauve notre société. Cependant, nous ne pourrons pas injecter ces fonds perdus à long, ni moyen-terme. Après le pansement pour stopper l’hémorragie, nécessaire dans l’immédiat, le temps est venu de penser guérisons plutôt que qu’intervention de sauvetage, d’investissement plutôt que de dépenses. Les prochains rounds de soutien aux PME devraient se focaliser sur la transformation écologique et technologique des entreprises concernées. La société qui continue à s’approvisionner en Asie plutôt que de soutenir nos producteurs locaux court des grands risques, le petit commerce qui n’assure pas sa transition digitale les cinq prochaines années ne sera probablement plus de la partie. Aidons-les, aidons-les à se transformer, à se moderniser, à surmonter la crise, mais pas seulement, aidons-les surtout à devenir des entreprises durables, résilientes et justes, prêtes à affronter l’avenir de notre économie et de notre société.

L’écologie verte nous permet d’affronter ces trois crises en parallèle – climatique, économique et sociale ainsi que la transition technologique – à travers leur solution commune.

A titre d’exemple, en 2013, les Vert·e·s de Morges ont déposé un postulat qui demande la mise en place d’un fonds pour soutenir les PME locales dans leur transition écologique. Concrètement, une société pourra demander des fonds pour se mettre à niveau, par exemple pour remplacer un chauffage de bureau, un four de boulanger, etc. puis rembourser ces fonds sur les économies réalisées. Il n’y donc rien à investir, mais des bénéfices écologiques et économiques rapide. Le restaurateur qui a dû fermer ce mercredi 4 novembre pourrait tirer profit de la fermeture pour faire les travaux puis bénéficier des retombés rapidement. N’est-ce pas justement en période de crise qu’il est fondamental de se poser les bonnes questions et d’agir en conséquence ?

Il est urgent de réagir. Trois propositions concrètes :

  • Transformons les aides à fonds perdus en investissement pour l’avenir.
  • Affectons ces fonds à la transition écologique pour affronter en même temps la crise climatique et pour permettre des économies aux PME.
  • Affectons ces fonds à la transition technologique en accompagnant les PME dans leur transition numérique et technologique afin de réduire les impacts environnementaux et pour garantir la survie de nos PME en affrontant les défis de l’avenir.

Loi sur la chasse et protection du climat, mais quel rapport ?!

« Si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou » disait le psychologue Abraham Maslow. Cela reflète parfaitement bien la logique prédatrice derrière la loi sur la chasse, sagement refusée par le peuple suisse dimanche dernier. Le loup met en péril mes moutons, je l’abats ; le castor cause la perte d’arbres fruitiers, je le chasse ; le lynx nuit au recrû naturel des forêts, je l’extermine.

Nous avons perdu la capacité de vivre en harmonie avec la nature, pourtant fondement de notre propre vie.

Pire, nous la détruisons là où elle semble gêner notre propre expansion, désormais exponentielle.

A l’arrivé des Vikings sur Islande au 9ème siècle, 25% de la surface de l’île étaient couvert de forêt, il en reste aujourd’hui 1%. A l’échelle de la planète, cela fait 85% des forêts perdues depuis l’an 1300. Le nombre d’êtres humains sur terre a crû de 400 millions en 1250, passant par 1 milliard en 1800 et 2 milliards en 1930, à 8 milliards aujourd’hui. La dégradation environnementale est proportionnelle à la croissance du nombre d’humains sur terre, et les deux s’accélèrent, d’année en année, d’un mois à l’autre. La planète est entrée dans l’anthropocène, l’âge de l’Homme, une nouvelle ère dans laquelle l’Homme est devenu le facteur principal du devenir de la planète, et nous n’en avons absolument pas pris la mesure.

Transposant les 4,6 milliards d’années d’existence de la terre sur un cadran d’une journée, l’Homme est apparu les 3 dernières secondes avant minuit seulement. C’est pendant ce minuscule laps de temps que nous avons réussi à mettre la planète en péril, exploitant ce qui peut nous servir comme ressource, tuant ce qui nous ne nous convient pas, abattant ce qui nous obstruit le chemin, exterminant ce qui nous dérange.

La déprédation de la nature et de la biodiversité, la destruction du climat et l’abattage des animaux sauvages ne sont que des manifestations différentes d’un seul et unique problème : l’Homme prédateur.

L’identité helvétique: être ou vouloir ?

Je coache souvent des expatriés qui viennent en Suisse pour travailler, quelques mois, souvent plusieurs années, parfois ils restent. Et quand je leur parle du premier août, ils me demandent : « Oui, mais vous l’appelez comment cette fête ? » Je réponds : « Ben, on l’appelle 1er août, et vu la date à laquelle on fête ça tombe plutôt bien… » 🙂

Ils insistent : « Mais, est-ce que cela correspond à une grande victoire militaire, à l’adoption d’une nouvelle constitution, à l’indépendance du pays ? » Je dis : « non, écoutez c’est trois responsables qui ont jugé utile de travailler ensemble, ils ont fait un PV de la séance et depuis on en fait lecture chaque année à l’occasion de la fête… ». Ceux qui viennent des grandes nations sont parfois un peu déçus, mais ils commencent déjà à mieux comprendre la culture helvétique.

Mais alors qu’est-ce que nous fêtons au juste le premier août ? Ce n’est pas juste un événement du passé. Ce n’est pas seulement le serment du Grütli et le pacte dont certains mettent en doute sa véritable valeur historique. Peu importe, je dis, peu importe. Nous fêtons toute une histoire, nous fêtons l’esprit helvétique : l’indépendance, la liberté et la solidarité dans la diversité. Depuis 1291, cet esprit a été confirmés à maintes reprises, on peut citer la médiation de Nicolas de Flue, l’indépendance formelle de la Suisse négociée en Westphalie, la neutralité Suisse accordée à Vienne, la création de l’Etat fédéral, les deux guerres mondiales ou encore l’acceptation du nouveau canton du Jura ; l’esprit helvétique.

La Suisse a toujours su intégrer sa nation avec toute sa diversité, aussi grâce à ses liens forts avec l’extérieur, en s’intégrant à son tour dans l’espace international et en s’appuyant sur les règles et le droit international. Car la solidarité, notre ADN, mutuelle par définition, ne peut se déployer dans le repli sur soi.

Aujourd’hui, chers amis, nous célébrons notre appartenance à cette patrie.

Mais alors qu’est-ce que l’identité Suisse ?

Les citoyens de ce pays ne partagent ni la langue, ni la religion, ni la mentalité. Qui de vous serait d’accord de constater qu’un morgien partage la mentalité avec un habitant de Herisau[1] ?

En Suisse, entre compatriotes nous ne partageons même pas la même lecture de notre histoire commune. Napoléon, vu d’outre-Sarine, c’était l’envahisseur, le colonisateur, l’ennemi numéro 1. Mais en arrivant dans le Canton de Vaud j’ai constaté que les gens étaient beaucoup plus relaxes quant à l’empereur. Ça doit être la langue, la proximité culturelle je me suis dit. Jusqu’au jour où j’avais compris que celui que je considérais comme colonisateur était en fait celui qui chassait le colonisateur bernois du Pays de Vaud. Des Vaudois colonisés par des Bernois ?! On ne me l’avait jamais appris celle-là à l’école en Thurgovie !

La Suisse n’est pas une nation par identité partagée, nous sommes une nation de volonté. Le terme qui définit donc la Suisse et ses habitants, ce n’est pas « être », c’est « vouloir ». On ne peut pas « être » Suisse tout court, il faut surtout « vouloir », vouloir contribuer au bien de la patrie et au vivre-ensemble de ses habitant/es.

Être Suisse, ce n’est pas une simple affaire de sang ou de papier, être suisse c’est avant tout une question de cœur.


Ce texte est une version retravaillée de mon discours du premier août 2018 à Morges.

[1] La capitale du Canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures si jamais 😉