Retour du F-35 à l’Eurofighter : petit essai de fiction politique

La décision stupéfiante du gouvernement d’opter pour l’avion de combat F-35 de Lokheed-Martin peut aussi apparaître comme un choix éminemment politique. Limite politicien. Le processus n’en est-il pas qu’à ses débuts ? Il pourrait bien aboutir finalement dans le bon scénario. Celui de l’Eurofighter. 

Rappel des circonstances : la Suisse veut acquérir pour six milliards de francs d’avions de combat destinés au renouvellement de sa flotte. Il s’agit d’assurer la police de l’espace aérien en temps de paix, et de contribuer à l’effort européen de défense et de dissuasion face à de potentielles menaces géo-stratégiques (neutralité armée).

Quatre modèles d’avions ont été longuement évalués par l ‘armée et le Département fédéral de la Défense. Deux sont américains : le Super Hornet de Boeing, constructeur du FA-18 actuellement en service en Suisse. Et le F-35A de Lokheed-Martin, vainqueur controversé. Le troisième est français : Rafale, de Dassault. Le dernier est « européen » : Eurofighter Typhoon d’Airbus, construit en partenariat entre l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne.

Le choix des militaires a porté sans surprise sur le F-35, modèle de loin le plus avancé technologiquement. Les médias ont cependant l’habitude de s’en référer à une « unanimité d’experts » estimant que les quatre modèles se valent. Il doit s’agir d’une manière de rappeler que l’usage prévu de ces appareils ne requiert pas des performances exceptionnelles. Le scénario de combats aériens à grande échelle pour la maîtrise totale du ciel, ce pour quoi le F-35 a principalement été conçu et développé, ne présente pas une vraisemblance incitant à ne prendre aucun risque sur ce plan par rapport à l’avenir.

La proximité de l’Union Européenne est aussi celle de l’OTAN

L’indispensable évaluation technique ayant d’abord été faite dans les règles de l’art, cette équivalence en quelque sorte « pratique » revenait de toute manière à faire de la décision finale une question de politique extérieure. Y a-t-il un sens à acquérir des avions américains en Europe ? Oui, puisque la défense européenne repose sur l’OTAN. Douze Etats européens ont acquis des F-35 (dont quatre non-membres de l’OTAN).

Mais l’OTAN est évolutive. Les Etats-Unis et certains Etats de l’UE (la France surtout, championne du souverainisme européen) œuvrent à rendre les Européens plus indépendants en matière de défense. Ce qui passe en partie par une autonomie aérienne. On voit mal Américains ou Européens s’équiper d’appareils russes ou chinois. Or aujourd’hui, Airbus et Dassault sont un peu à l’Europe ce que Boeing et Lokheed-Martin sont à l’Amérique. Anti-américains par atavisme et toujours à l’affût d’un bon coup, socialistes et Verts ont déjà annoncé qu’ils lanceraient une initiative populaire si la Suisse choisissait Boeing ou Lokheed-Martin. Les chances de succès sont considérables sachant que le principe de l’acquisition d’un nouvel avion de combat n’était passé l’an dernier qu’à 50,1%.

Les Européens et leurs pesantes pressions

Cet environnement de politique intérieure plaidait à priori pour l’acquisition d’appareils européens. On ne peut pas vraiment dire que les Etats-Unis l’auraient mal pris. Il y a toujours du lobbyisme dans l’air, mais la Suisse et son budget de six milliards de francs ne sont pas grand-chose pour l’industrie aéronautique américaine. Moins encore pour sa promotion dans le monde. En a-t-il seulement été question lors de l’entretien de Biden avec le président de la Confédération et le chef des Affaires étrangères le 16 juin dernier à Genève ? Les commentateurs n’en ont en tout cas pas fait un sujet.

C’est évidemment différent s’agissant de Dassault et d’Airbus. Les pressions ont été beaucoup plus pesantes. De la part de la France en particulier, qui considère l’offre de son constructeur comme une affaire d’Etat. Et l’on sait l’importance que la France accorde aux « contrats d’Etat ». Pas seulement en Afrique : il y a deux ans, Paris a nommé un ambassadeur à Berne dont le profil de spécialiste en questions stratégiques et de sécurité a clairement suggéré qu’il allait être en poste « pour vendre le Rafale ». Ce que l’intéressé n’a jamais démenti. Le 22 mars dernier, c’est la ministre française des Armées Florence Parly qui faisait une visite à Berne sur ce thème. Elle avait déjà fait des déclarations publiques en appelant à une solution française de la part des Suisses.

Selon le SonntagsBlick de dimanche dernier (27 juin) (1), abonné aux fuites de l’administration fédérale, les ministres de la Défense allemand, italien, espagnol, et britannique auraient de leur côté envoyé récemment une lettre à la conseillère fédérale Viola Amherd, accompagnée d’un dossier de sept cents pages. Le message élargissait l’offre d’Airbus Eurofighter à des aspects clairement politiques. Il aurait été question de nouveaux partenariats transfrontaliers dans les domaines de la coopération militaire, économique, des réseaux scientifiques, de la politique environnementale, des transports, des technologies numériques, de la cybersécurité, des projets d’infrastructure. Et surtout de l’énergie, c’est-à-dire de l’électricité.  

Si cette énorme élément nouveau se vérifiait, on pourrait dire que les Etats partenaires dans Airbus Defence and Space (division du groupe Airbus) ont saisi l’occasion d’appuyer sur le bouton le plus sensible actuellement en Suisse. Même si l’on se doute bien que les modalités de cette offre accessoire n’ont pas été précisée dans le détail, et qu’elle ne le seront peut-être jamais, il s’agirait en fait d’une déclaration d’intention attestant de l’esprit d’ouverture de trois importants Etats membres de l’UE. Par rapport, on l’aura compris, aux positions dogmatiques et verrouillées de la Commission Européenne suite à l’abandon du projet d’Accord institutionnel Suisse-UE.

Contrairement à ce qui s’est passé avec l’Accord cadre institutionnel, le Conseil fédéral renvoie cette fois la balle au Parlement.

Dans ces conditions, l’hypothèse suivante ne semble pas insensée : le Conseil fédéral prend sa décision « en toute souveraineté ». Et en connaissance de cause sur le plan intérieur. Contrairement à ce qui s’est passé avec l’Accord cadre institutionnel, dont les partis redoutaient de devoir débattre, c’est cette fois le Parlement qui décidera. Puis le corps électoral éventuellement. Le rejet probable du F-35 conférerait alors au dossier  (ou conférera) une dimension exclusivement politique. De politique européenne plus précisément. Le Conseil fédéral aurait été malvenu de l’assumer tout de suite et tout seul, alors qu’il était de son devoir de faire un appel d’offre plus large et de choisir selon des critères dignes d’un budget de cette importance. N’est-ce pas conforme à l’esprit de l’Organisation mondiale du commerce à Genève?

Une fois le F-35 enterré avec les honneurs, et le Super Hornet par analogie, il s’agira de faire un second choix entre l’Eurofighter et le Rafale. On se souviendra alors de l’offre européenne évoquée par le SonntagsBlick. Elle va clairement à l’encontre de la France et de son Rafale. Et l’on peut retourner cette rivalité dans tous les sens, Airbus retombe sur ses pieds.

En premier lieu, le choix de l’Eurofighter obligerait trois Etats membres importants, dont deux contigus de la Suisse. Ce qui ne suffirait pas à en faire des alliés inconditionnels, mais serait peut-être décisif s’agissant par exemple de faire avancer enfin la conclusion d’un Accord bilatéral Suisse-UE sur l’électricité à Bruxelles. Une question de haute sécurité vue de Berne.

De son côté, la France apparaît depuis longtemps comme chef de file des faucons anti-britanniques et anti-suisses à Bruxelles. On l’a vu récemment encore, lorsque le commissaire européen Thierry Breton a intrigué pour que le Royaume-Uni et la Suisse soient exclus des programmes-cadres européens de recherche dans le quantique et… l’aérospatial (2). En vain heureusement. L’Italie et l’Espagne figurent le plus souvent parmi ces faucons. Même s’il ne faut pas se faire d’illusion, l’Eurofighter permettrait peut-être de déstabiliser leur redoutable alliance au moins sur un point.

L’art de ménager les perdants

En politique comme dans les affaires, il est important de ménager les perdants. L’option d’un avion européen finalement basé sur des éléments annexes liés à la proximité géographique paraîtrait sans doute acceptable aux Etats-Unis. Les choix démocratiques y sont en général respectés, et l’Europe de l’Eurofighter reste tout de même une alliée.

Le choix du Rafale serait évidemment mal pris par l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni. Et le choix inverse de l’Eurofighter passerait mal en France, ce qui peut pourtant apparaître comme un moindre mal. Si la France fait cavalier seul dans cette affaire, n’est-elle pas aussi partie prenante – et pas des moindres – dans Airbus Defence and Space ? Les sites de Toulouse et d’Elancourt, dans la région parisienne, représentent plusieurs milliers d’emplois. A noter encore qu’en matière d’énergie, la France est l’un des Etats de l’UE les plus concernés par un éventuel divin accord sur l’électricité. Pour l’interconnexion, mais aussi parce que la Suisse est un client significatif de ses centrales nucléaires…

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(1) https://www.letemps.ch/suisse/offensive-europeenne-lavion-combat

(2) https://sciencebusiness.net/framework-programmes/news/germany-backs-full-participation-israel-switzerland-and-uk-eu-quantum-and

François Schaller

Ancien de la Presse et de L’Hebdo à Lausanne. Rédacteur en chef de PME Magazine à Genève dans les années 2000 (groupe Axel Springer), et de L’Agefi dans les années 2010 (Quotidien de l’Agence économique et financière). Pratique depuis 1992 un journalisme engagé sur la politique européenne de la Suisse. Ne pas céder au continuel chantage à l'isolement des soumissionnistes en Suisse: la part "privilégiée" de l'accès au marché européen par voie dite "bilatérale" est dérisoire. C'est tout à fait démontrable avec un peu d'investigation. Des accords commerciaux et de partenariat sur pied d'égalité? Oui. Une subordination au droit européen? Non. Les textes fondamentaux: Généalogie de la libre circulation des personnes https://cutt.ly/1eR17bI Généalogie de la voie bilatérale https://cutt.ly/LeR1KgK

15 réponses à “Retour du F-35 à l’Eurofighter : petit essai de fiction politique

  1. La Suisse a pris l’habitude d’être “aux ordres” quand ils viennent de Washington (affaire des fonds en déshérence, secret bancaire, maintenant choix d’un avion de combat absolument pas adéquat pour les tâches qu’il serait censé remplir en Suisse, etc.). Et dire que certains présentent l’UE comme étant la “grande méchante” qui voudrait soumettre la Suisse. Le mythe de la “neutralité” suisse lorsqu’il s’agit des USA/OTAN a autant de réalité que celui de Guillaume Tell!

    1. Faut vous mettre à la page, cela fait bien longtemps que cette neutralité n’existe plus? C’est plutôt vous qui vous faites un film depuis 1989. L’article fait sens, c’est une option parmi d’autres, mais il est certain que le Conseil fédéral n’a fait que prendre la décision la plus logique. A voir si le parlement arrive à dégager une majorité de gauche sur le sujet. Il me semble qu’on est encore libre de commercer avec qui l’on veut. Macron ne s’est pas gêné de passer un coup de fil le soir d’avant non plus, donc ces critiques “Biden, blabla,” c’est du commerce c’est tout. Je ne comprends pas pourquoi un achat d’avion européen aurait dû s’imposer plus qu’un autre. De tout façon voilà, c’est probablement les derniers avions de chasse avec pilote qu’on achète, donc autant acheter ceux qui vont rester “modernes” le plus longtemps et en plus cela semble être le meilleur marché. Donc CQFD.

      1. “Faut vous mettre à la page, ça fait bien longtemps que cette neutralité n’existe plus”, merci de confirmer aussi parfaitement mes propos 🙂 ! Quant au choix de l’avion, c’était peut-être le meilleur marché mais de l’avis de nombreux spécialistes pas adapté aux tâches qu’il sera censé remplir (avons-nous vraiment besoin d’un avion furtif?!) et en plus avec de nombreux défauts que même les pilotes US dénoncent. Je n’achèterais pas une Ferrari pas encore au point pour aller faire mes courses, même si on me l’offrait à bon prix!

  2. En fait de fiction politique, je vous en offre une autre :
    la rencontre Joe Biden – Poutine n’était qu’un prétexte pour que le président américain serre la main de Parmelin en l’enjoignant d’acheter des avions américains …

  3. La Suisse s’est décidée pour l’avion américain. Dans ce genre de transactions, il faut être une petite mouche espionne ou un acteur directement impliqué pour en connaître précisément tous les tenants et aboutissants. Et comme on ne le peut pas…

    Une hypothèse pourrait être que la Suisse en optant pour une technologie outre-Atlantique offre à l’Europe une fenêtre sur elle, sur cette technologie aéronautique si en avance sur son temps.
    Et par conséquent offre un véritable plus.

    Mais ceci n’est qu’une idée très hypothétique bien-sûr.

    1. Cyrille, les principaux partenaires de LM pour le F-35 sont… européens. La Suisse n’a rien à offrir aux partenaires de LM. Elle demandera plutôt des pièces de rechange…

  4. Analyse passionante, impressionante, stupéfiante !

    On espère que François Schaller dit vrai. Dans ce cas, ce serait un scoop incroyable, le coup journalistique du siècle pour la politique suisse, et cela montrerait que François Schaller a vraiment des antennes et qu’il sait tout.

    On se demande comment cela se fait que ce journaliste exceptionnel ne soit pas au moins rédacteur en chef du Temps, au lieu des minus has been euroturbos et woke qui dirigent actuellemement la rédaction de ce journal. (Et j’espère que cette remarque ne sera pas censurée). Et si Le Temps persiste avec ses contenus imbuvables, on espère qu’un autre grand quotidien romand fera appel au talent de François Schaller.

    Vives félicitations !

  5. Il y a quelques jours, suite à quelques informations, je confirmais sur votre blog l’achat des F35, et tout le monde semblait étonné, voici donc d’autres infos: nous sommes sous le contrôle des USA et des lobbyistes qui tournoient autour de ce contrat.
    Eh bien nous y voilà, notre Conseil fédéral nous menait en bateau encore suite à la visite de Mme Parly, ministre de l’Armée le 22 mars, car elle venait pour la dernière fois essayer de convaincre la conseillère fédérale Amherd. Elle disait que c’était une visite de courtoisie : foutaises ! On voit donc que foutaises et billevesées sont depuis avant le 30 janvier 2021 érigées en règle dans ce département. Pourquoi cette date ? Parce qu’elle est dans le calendrier des décisions du CF. D’ailleurs son département avait aussi été harcelé par le tout nouveau secrétaire US qui, à peine élu le 22 janvier, lui avait fait une petite pression ou chantage la semaine du 25 janvier ! Ils connaissent donc le choix depuis cette date, mais ne trouvaient pas le moyen de le communiquer. Ne devaient-ils pas recevoir les doléances des autres constructeurs éconduits? Chose faite avec Mme Parly (Rafale) le 22 mars. Chose faite aussi avec Mme Kramp-Karrenbauer, la ministre de l’armée allemande (Eurofighter) juste avant le 15 avril par téléphone. Mme Ahmerd a pu tranquillement rassurer le secrétaire américain de la Défense Lloyd J. Austin que nous achèterions ces avions F35 ! Et hop. tiens donc nous ne sommes plus sur la liste des paradis fiscaux ! Juste avant la visite de Monsieur Biden !
    Pour ceux que cela intéresserait, elle a donc eu le toupet de confirmer que nous conclurions en toute confidentialité ( !) un contrat sur notre cyberdéfense avec les Etats-Unis, dont une grande partie serait sous-traitée directement par eux-mêmes ! Qui dit USA dit NSA ….

  6. Bonjour.

    Je suis belge et je passais par ici pour voir les commentaires suisses sur le F-35. Je voudrais faire quelques remarques:

    -Il n’y a pas 12 pays européens qui ont acheté le F-35. Ils sont 8 avec la Suisse et la Suisse est le premier en dehors de l’OTAN.
    -Le F-35 n’est pas un avion destiné principalement au combat avec d’autres avions mais à l’attaque, tout en étant polyvalent. Le programme qui a donné le F-35 était le JSF, pour Joint Strike Fighter. Joint signifie qu’il est développé par plus d’un service (Air Force, Navy et Marines) et Strike Fighter qu’il s’agit d’un avion de frappe. Les accords entre les différents services US au début du programme stipulaient qu’ils ne seraient jamais chargé de la supériorité aérienne.

    Pour des pays comme la Suisse ou la Belgique, qui n’ont pas les moyens d’acheter et de maintenir une flotte de plusieurs types de machines, le F-35 est loin d’être l’avion idéal.

    Le problème, c’est que les autres sont pires…
    Ils sont tous des machines des années 80 (premier vol du démonstrateur Rafale en 1986), certains ont étés modernisés en profondeur (FA-18E, Gripen), les autres volent aujourd’hui avec les mêmes réacteurs qu’en 1990…et ils ne seront certainement plus modernisés. La France pense faire entrer en service le remplaçant du Rafale en 2035/2040 (en théorie il remplacera les Eurofighter allemands et espagnols aussi), l’US Navy a cessé ses commandes FA-18E/F pour investir dans son remplaçant, le remplaçant des Eurofighter britanniques et italiens, le Tempest est en cours de développement.
    Concrètement, cela veut dire que si la Suisse (ou la Belgique) utilise ces machine pendant 50 ans (hypothèse extrêmement réaliste), dans le meilleur des cas, durant les 30/35 “dernières” années de service ils ne seront plus maintenus par leur constructeur, comme un software obsolète.

    Bref, il y a un choix peu enthousiasmant, ou il y a pire…

    Salutations!

  7. De plus, contrairement à l’UE, les USA ne plaisantent pas avec les rétorsions : petite piqûre de rappel au besoin, avant la décision helvétique : “Crédit Suisse écope d’une amende de 121 millions de dollars aux USA”.

  8. Intéressante analyse vue d’un citoyen Français.
    Effectivement, il y a loin de la coupe aux lèvres. Le processus parlementaire Suisse très respectueux de ses citoyens peut stopper une fois de plus l’achat. Attention votation !
    Quant au retour de l’Eurofighter, pourquoi pas ? Mais alors pourquoi choisir le second, loin derrière le Rafale lors de la première évaluation, où le Gripen a finalement été sélectionné puis …..rejeté! L’attitude de la France peut agacer, mais est-ce une raison pour rejeter un appareil mûr, d’un coût raisonnable, laissant libre la Suisse, en toute souveraineté, d’en faire ce qu’elle en veut?
    Le choix du F35 hors explication litige bancaire transatlantique (possible) serait purement géostratégique. Inutile de tirer sur l’ambulance, les Américains eux-mêmes s’en chargent sur cet aéronef qui risque de faire de la débâcle financière du Mirage III un doux souvenir des temps heureux.
    Le choix interpelle tout de même: le haut commandement Suisse a t-il pensé qu’il ne fallait plus perdre de temps en croyant à une défense européenne, et pas d’avantage à la pérennité d’une chaîne industrielle d’armement française encore souveraine dans 5-10 ans ?
    Le récent vote, très laborieux, du Bundestag sur le futur avion de combat européen Cad fait par la France et financé à reculons par les Allemands n’est pas non plus de nature à rassurer.
    Cela n’exempte pas la Suisse de l’impression de confusion et d’ambiguïté qu’elle laisse. Une armée suisse ou pas? Laquelle? Avec quelle armée de l’air ? Quelles sont les menaces? Avec un tel sentiment de sécurité ressenti par la population, comment justifier des achats si onéreux?
    Mais une Suisse neutre sans être souveraine, est-ce possible ?
    Je finirai sur ce dicton, Suisse paraît-il:
    “Un pays sans armée, cela n’existe pas. Soit on a la sienne, soit on a celle des voisins sur son sol.”

  9. Alors on n’achète pas l’Eurofighter que tout le monde essaie de revendre, car pas a la hauteur …reste le Rafale, et là c’est un avion de trente ans qui a eu tout le loisir de corriger ses défauts, mais qui reste un avion en bout de course. Le F35 est retenu par la majorité des Européens, c’est peut-être un signe plus évident que la décision du Conseil fédéral tient compte de l’Europe crochée à l’OTAN pour sa défense. L’interopérabilité est américaine. On peut le déplorer, mais quand on est pas fichu de développer en Europe un avion qui marche bien, ça en dit long sur la capacité aérienne. On est de plus totalement captif des Américains en termes de logistique, France et Allemagne comprise, les A400M sont une chimère et sans logistique ni vision satellitaire. On sera de tout façon à la remorque américaine… le choix a au moins l’air d’être cohérent, puisque le système de défense aérienne sera basé sur les missiles Patriot, eux aussi américains.

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