L’aide et l’entre-aide entrepreneuriale — un workshop avec Elena Debbaut sur le mécanisme d’un modèle d’affaires très profitable

L’aide et l’entre-aide entrepreneuriale — le mécanisme d’un modèle d’affaires très profitable

Depuis quelque temps déjà, l’aide au développement entrepreneurial est une intervention présentée comme une action noble et prétendument dépourvue de tout intérêt mercantile direct ou indirect pour le fournisseur.

Voici l’apparition de diverses associations, clubs, cercles, fondations, et même des sociétés peu viables mais reconverties dans l’aide aux entreprises. Outre les quelques très rares participations comme la fourniture gratuite d’une place débout dans un bureau open-space, ou la consommation illimitée de boissons gratuites, tout cet écosystème offre aussi une myriade de formations, masterclass, des mentors, ou séances de coaching d’affaires.

L’idée derrière ces structures est facile à comprendre: démocratiser à un coût mutualisé l’accès au savoir-faire et à la gestion d’entreprise pour développer l’économie locale.

Quelques belles réussites temporaires ont été possibles grâce à ce modèle, mais le pourcentage de succès est très bas sur les milliers d’initiatives.

En effet, l’accès aux services des cabinets de conseils en entreprise n’est pas toujours possible pour les “jeunes pousses“. Ces structures manquent souvent de maturité stratégique et opérationnelle, sans mentionner l’absence d’un financement suffisant. Ainsi, sous certaines conditions, une aide ponctuelle de la part des personnes plus expérimentée peut bien faire l’affaire et augmenter les chances de succès.

Je ne suis pas la seule à observer que depuis quelque temps, cette aide est présentée de plus en plus comme “entre-aide” — c’est une nouvelle tendance. Cet emballage fait plus “noble” et présente un hypothétique avantage réciproque. Tout le monde aurait à gagner: autant le mentor que son protégé d’élève, autant le formateur que ses classes, autant l’entreprise que ses clients. Un apprentissage mutuel au long de la vie sous la forme d’une entre-aide. Il y a aussi de nouveaux termes qui apparaissent pour emballer ce nouveau concept comme:

  • le bien-être de la communauté,
  • le partage avec le monde entier,
  • des échanges dans la bienveillance,
  • ou la transition vers de nouveaux modèles d’affaires.

En soi, ce sont des belles idées sociales et économiques qui méritent bien d’être explorées.

Mais la pratique est plus nuancée.

 

Conseil entreprise - Elena Debbaut - redressement de projet et entreprises en difficulté

Table des matières

Conseil entreprise - Elena Debbaut - redressement de projet et entreprises en difficulté

L’engagement dans une relation d’aide au développement entrepreneurial ou entre-aide

Les entrepreneurs expérimentés et qui ont quelque chose de concret à partager réfléchissent avant de s’engager dans une relation d’aide ou mentorat. Ce genre de rapports professionnels est d’une nature et responsabilités particulières. De plus, pour nombreux chefs d’entreprise, l’entre-aide et même l’aide directe à un compétiteur est une occupation assez éloignée des occupations et aspirations philosophiques habituelles. En effet, de nos jours, même l’aide humanitaire est emballée sous un message marketing et présentée partout dans les médias et sur les sites web — regardez comme on est bons.

Alors pourquoi aider un possible compétiteur ?

Pourquoi s’engager à encadrer une entité qui présente des bonnes chances pour littéralement, tourner le dos une fois qu’un hypothétique succès serait au rendez-vous ? Et en plus, ne pas avoir le droit de mentionner cette activité de soutien, ni comme receveur ni comme fournisseur ? Encore: pourquoi présenter cette sollicitation d’aide sous le terme d’entre-aide, alors que cela va dans un seul sens unique ?

Cette activité serait presque à classer dans la catégorie d’aide humanitaire, sans rien attendre en retour, mais avec obligations strictes et souvent irréalistes accompagnées d’un contrat de confidentialité et punitions lourdes en cas de violations involontaires.

C’est un fait: l’économie actuelle est libérale et globalisée, avec un niveau hautement compétitif dans tous les domaines. Pour tous les chefs d’entreprise ou dirigeants, cette complexité est difficile à gérer. Toutes les entreprises ont des difficultés à faire face à la compétition qui propose à la vente des services ou produits très similaires. Mais les problématiques actuelles du monde des affaires exigent des compétences réelles.

C’est extrêmement rare que ces compétences soient disponibles de manière gratuite ou sans aucune arrière-pensée. Malgré ce contexte, l’idée de solliciter de l’entre-aide par des entrepreneurs expérimentés apparaît comme une solution possible à ces complexités, sans devoir passer par les cabinets spécialisés ou ceux de niche, tous réputés coûteux d’accès.

De l’autre côté, pour les chefs d’entreprise, les ressources en temps sont limitées. Ceux et celles qui ont une entreprise stable et fonctionnelle ont d’autres priorités et vision du monde des affaires. Voici pourquoi, avant d’assumer quelques nouvelles responsabilités, il est donc utile de faire les bons choix. Ainsi, des questions apparaissent rapidement devant ce nouveau concept d’aide entrepreneuriale.

Ces questions sont justifiées aussi pour ceux et celles qui se font aider.

Les questions sur l’aide à fournir ou à recevoir

Avant d’envisager une activité d’aide, soutien, ou se faire faire aider, quelques clarifications sont nécessaires.

  • L’investissement en temps ou en autres ressources pour cette “aide — ou entre-aide” va-t-elle la peine de ses efforts ?
  • Qu’est-qu’il y a à gagner ?
  • Y a-t-il une valeur réelle dans ce type d’échanges ?
  • Une réciprocité ?
  • Un plaisir à le faire ?
  • Un résultat réel pour la personne aidée ?
  • Un esprit de gagnant-gagnant ?
  • Faut-il payer pour accéder à ce cercle d’entre-aide ?
  • Qui paye pour le local de réunion, le marketing, les repas ou les rafraîchissements, ou les divers autres frais administratifs ?
  • Qui sont les participants ?
  • Quelles sont leurs attentes, qualifications et expertises réelles ?
  • Pourquoi ces intervenants participent-ils ?
  • Quelles sont les obligations en temps ?
  • Quelles sont les conditions financières de ces échanges ?
  • Quelle est l’hiérarchie pendant les interventions ou entre les participants ?

Autant de questions qui sont rapidement apparues dans mon esprit quand j’ai été contacté plusieurs dizaines de fois par les organisateurs de ces structures d’aide à l’entrepreneuriat et à l’innovation. Je commence à me méfier quand j’entends le mot “innovation” et utilisé (trop) souvent sans justification réelle. En effet, de nos jours, le mot innovation est exploité comme publicité pour aguicher et vendre plus.

 

concept et projet innovation workshop avec Elena Debbaut
Lire l’article publié sur LeTemps: Quand l’innovation est seulement un mot pour vendre plus: un essai d’économie et gestion par Elena Debbaut

 

Devant la multiplication de ces prises de contact, et sur des canaux suffisamment créatifs pour me trouver et entamer une conversation directe, je me suis demandé … pourquoi cette envie soudaine d’aider et entre-aider ? Que se cache-t-il derrière les beaux discours des démarcheurs ?

Il se trouve que je n’avais rien demandé, ni fait des démarches pour offrir mes services pour “entre-aider” et encore moins pour “aider” des chefs d’entreprise. Le tout, sans aucune compensation ou tellement symbolique sous le prétexte de “se faire connaître” et “réseauter” — même que c’était à moi-même d’y contribuer financièrement pour “aider” ou se faire faire “entre-aider“. Dans les deux situations, je ne vois toujours pas d’intérêt.

J’avais posé une partie de ces questions ci-avant.

Mais … silence.

A ce stade, vous pensez déjà qu’il y a quelque chose de pas trop sérieux de la part de ces démarcheurs et les organisations qu’ils étaient censés les représenter.

J’ai été intriguée par le modèle d’affaires derrière cette aide et entre-aide entrepreneuriale. Et il se trouve que ce modèle est hautement profitable mais plutôt pour les fournisseurs.

Nous allons maintenant brièvement passer en revue quelle est la base de ce type de services d’aide aux entrepreneurs, et quel est son principal mécanisme d’action.

Les organisations qui offrent de l’aide entrepreneuriale

Les formes d’organisation de ces structures d’aide aux entrepreneurs sont diverses, mais avec une typologie similaire, et toujours avec un but commercial. À titre d’exemple, une association a bel et bien un chiffre d’affaires et un profit; sauf que celui-ci est utilisé en entier — et du moins en théorie —pour la cause défendue ou le bénéfice de ses membres.

Les mots comme “non-profit” ou autres terminologies similaire ou d’intérêt prétendument publique ont seulement une couche contreplaquée de noblesse. Comme pour toute entreprise, il y a des centres de coûts et profits. Ces organisations ont aussi un marché, des niches, et des clients. La direction et les autres collaborateurs employés ainsi que les fournisseurs de services et produits sont payés (et même bien) pour leurs prestations. En même temps, des organisations entièrement basées sur le bénévolat offrent des services gratuits et professionnels, quoique leur durée de vie est limitée — il est difficile de garder les chiffres noirs dans ces conditions. Le domaine des structures non-profit reste complexe.

Outre les associations et les fondations, il y a aussi diverses “cercles” ou “tribus” avec une pensée non-profit, et dont les noms commerciaux ont une consonance si hautement chamanique qu’on penserait à des loges secrètes.

Dans une autre gamme, mais avec un positionnement similaire, quelques chefs d’entreprise tentent maladroitement de constituer un “réseau propre” d’experts. Ces experts et autres personnes “stagiaires” avec un rôle de soutien administratif devraient être prêtes à travailler comme indépendants à leurs entiers frais, sous le nom de quelqu’un d’autre, et exactement dans les mêmes conditions qu’un collaborateur à statut d’employé. Une sorte de consultants senior et employés en mode uberisés.

Toutes ces organisations sont des entreprises commerciales, mais leur manière de se présenter laisser penser à un but désintéressé. Or, leur intérêt est de vendre divers produits et services comme une cotisation annuelle, l’accès hypothétique à une base de données sans intérêts, le billet d’entrée à un ou plusieurs événements, des formations, des cours en surnombre.

Ces organisations ont des éthiques de ventes fort discutables, en tentant d’attraper le poisson/client avec des offres alléchantes, voire gratuite. Une fois les contacts établis et avoir accès au fameux “secret de l’entrepreneuriat” il faudra passer à la caisse. Cette situation dure aussi longtemps jusqu’au moment où  l’entrepreneur en herbe se rend compte du mécanisme, ou reste sans financements ou quand son entreprise fait faillite — selon ce qui arrive en premier. Mais vu l’engouement actuel pour l’entrepreneuriat et innovation, ce type de marché est encore bien développé.

 

Note: Vous trouverez plus d’information sur les différences entre fondation, association et organisation non-gouvernementale dans une bonne publication par les bibliothèques municipales de Genève.

 

Selon mes autres observations, ces structures présentent une hiérarchie surchargée et sans justification réelle, ainsi que des catégories de dépenses qui n’existent pas dans les entreprises privées. Ce n’est pas tout: ces organisations ont un nombre élevé de projets qui sont surpayées et surdimensionnées par rapport aux besoins réels. Ce contexte arrive si souvent qu’il gagne le mérite de le mentionner.

Heureusement que les associations ont accès à un pôle de bénévoles motivés pour compenser ces dysfonctionnements. Quoique — il semblerait que depuis des années, leur nombre est en baisse constante. La disposition au bénévolat comme force de travail gratuite recule même en Suisse, selon d’autres constats couverts par la presse suisse.

 

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Lire plus: : Elena Debbaut sur le concept d’une relation gagnant-gagnant dans les affaires.

 

L’effet mode de l’entrepreneuriat

Pour un grand nombre de personnes jeunes, le sport national en Suisse n’est plus le hockey ou le curling. Pour cette catégorie de personnes, le sport national en Suisse, et même au niveau mondial, est devenu la création de start-up et l’innovation.

Dans cet écosystème de soutien à l’entrepreneuriat et à l’innovation, nous retrouvons ainsi des éléments similaires à une league B, une super league, des compétitions, des concours avec des prix à valeur hautement humoristique, et pour des projets l’étant tout autant. Il y a aussi de multiples classements entre les “start-up nations” — selon une expression dorénavant tournée en dérision.

Même les enfants se transforment en entrepreneur: au stade de graine déjà.

Les discours pour atteler et rester motivé dans ce type de projets complexes sont étrangement similaires et simplifiés pour être comprises par le plus grand nombre de personne. Des mantras comme “prendre des risques, sortir de sa zone de confort, quitter son job et goûter à l’indépendance” sont devenues habituelles.

La “recette” du “succès” entrepreneurial est connue:

  • trouver une niche, miser à fond sur ses compétences,
  • écrire une phrase pour un “pitch” (soit un discours rapide présentant un concept ou une idée),
  • copier la stratégie et les méthodes des grandes entreprises à succès planétaire,
  • trouver des investisseurs qui trouvent l’idée géniale et mettent sur la table quelques dizaines de millions en moins de 24 heures,
  • contacter 100 inconnus le premier jour, et même 10’000 dans les mois qui suivent, le tout pour “scaler” (terme utilisé pour designer l’agrandissement de l’entreprise, et l’augmentation du nombre des clients et ventes),
  • les harceler jusqu’à ce qu’ils achètent ce dont ils ne savent pas encore avoir besoin,
  • ne pas fournir ce qui a été convenu et ignorer le client parce que la stratégie de “blitzscaling” serait la seule voie à suivre pour grandir,
  • se planter, et faire une autre entreprise en parallèle (même plusieurs tant qu’on y est),
  • et répéter le même processus jusqu’au moment où une autre entreprise fonctionnerait.

En veux-tu un business à 9 (neuf) chiffres au minimum avec une croissance mensuelle à minimum 2 chiffres en pourcentage, et plusieurs revenus dits passifs en quelques années, en voici. Avant de passer le cap de 30 ans d’âge, si possible. Ensuite ce sera repos, piscine, et tout ce qui gravite autour: voitures de luxe, fêtes poudreuses et arrosées, nanas, et neuneus.

Comme tout propriétaire d’entreprise fonctionnelle vous le dira, cette recette est une véritable connerie.

Le fait d’être compétent dans un domaine ou avoir des bonnes idées ne peut pas garantir que l’entreprise aura du succès. Même l’argent des investisseurs n’est pas toujours suffisant pour un grand nombre d’entreprises à bon potentiel. En effet, les investisseurs savent que nombreux projets échouent; ils espèrent de se rattraper avec un bon “coup” de chance mais si les analyses de risques sont élevées, alors ils tirent vite la prise. Même le fait d’avoir une excellence opérationnelle et venir avec des centaines d’idées chaque semaine ne sont pas des garanties pour le succès.

 

Les qualités d'un fondateur d'entreprise, par Elena Debbaut
Lire l’article publié sur LeTemps: Quelles sont les qualités recherchées par un fond d’investissement pour un fondateur d’entreprise ?

 

Au moins dans une première étape, et sans financements externes importants (ce qui est le cas de la majorité des nouvelles startups, surtout en Suisse), ou être le rejeton d’une famille aisée avec “le” bon carnet d’adresses, alors le futur patron devra couvrir des aspects comme la gestion des ressources humaines, le marketing, l’encadrement des opérations courantes, le développement de nouveaux produits et services. Sans oublier l’élément du développement commercial et les ventes (que personne ne veut faire de gaieté de cœur).

La surcharge de travail comme chef d’entreprise force à vite oublier les sorties régulières entre amis, les échanges de fluides corporels, et dans quelques situations extrêmes, même l’hygiène corporelle de niveau avancé.

J’ai vu des centaines de personnes désireuses et enthousiastes à lancer leur entreprise, et qui l’ont fait au détriment des signaux de risque très élevé. Quelques mois ou années plus tard, et des dépenses importantes plus tard, c’était devenu l’échec le plus inavouable. Ou si, avouer à demi-mots pour tenter de rebondir pendant les fameuses soirées “Fuck Up Nights“.

Pour certains, c’est devenu presque une fierté d’avoir fichu en air son entreprise avec moins de 7 (sept) minutes pour s’exprimer sur cette performance intéressante.

L’idée de partager les échecs et tirer quelques leçons n’est pas mauvaise en soi, sauf quand il y a un aspect financier permettant de couvrir les divers “frais et honoraires” des intervenants ayant échoué sans même faire des efforts particuliers. Ou quand les histoires racontées sont d’une cruelle banalité d’incompétence. Ou quand ces typologies de personnes sont devenus inemployables, bercées par les illusions d’un succès entrepreneurial qui tarde à arriver.

Les aides au développement entrepreneurial et l’entre-aide

Créer et développer une entreprise et la tenir fonctionnelle dans la durée est difficile. Vraiment difficile, surtout quand l’absence de chance ou investissements ou du bon carnet d’adresses rendent l’entier de projet encore plus compliqué.

L’entrepreneuriat reste le choix et le parcours le plus difficile et complexes dans la vie d’une personne.

Il y a une relation complexe de haine et amour avec son entreprise: haïr les sacrifices personnels, mais aimer chaque seconde du travail. Utiliser son expérience et son intuition pour la résolution des problèmes, mais devoir faire ce travail gratuitement sans compter ses heures, du moins dans un premier temps. Et enfin, être content quand tout est stabilisé pendant quelques mois ou années ou pour les plus chanceux.

En effet, le contexte du marché change, et il change de plus un plus vite. Cela fait qu’un entrepreneur devra adapter sa stratégie et répéter le même processus et les mêmes sacrifices.

 

L'implémentation opérationnelle de la stratégie d'une entreprise avec Elena Debbaut, Operating Partner Solutions et et Consultante en Entreprise dans la gestion de crise

Lire plus sur LeTemps: Elena Debbaut sur la stratégie d’entreprise: un échec annoncé sans la partie opérationnelle.

 

Je ne connais aucun entrepreneur dire qu’il adore les nuits blanches ou le travail à l’extrême. La zone de confort est confortable justement, pour son … confort. Qui n’aime pas le confort d’une vie facilitée ? Prétendre le contraire est un mensonge.

Voici pourquoi, les organisations et les personnes qui essaient de vendre les prétendues “recettes à succès” mais en simplifiant à l’extrême l’un des parcours les plus complexes n’offrent pas beaucoup de résultats concrets.

Nombreux entrepreneurs renoncent malgré un certain degré de succès, et retournent poursuivre leur carrière comme collaborateur employé. Il n’y a aucune honte à vouloir un revenu stable et régulier, ne plus avoir des responsabilités stratégiques, ne plus devoir sacrifier sa vie familiale, et avoir des vacances payées.

Ce n’est pas un échec, contrairement aux discours actuels sur l’entrepreneuriat, mais un autre choix de vie qui n’a absolument rien d’honteux.

Selon les structures d’aide entrepreneuriale, le monde de demain ne serait plus un monde où des personnes apprennent un métier, et ont un travail, mais un univers idéalisé qui transforme des chômeurs sans compétences en entrepreneurs à succès. Cela grâce aux formations continues et payantes pour réussir ce prétendu “défi” et “prouver” sa valeur aux yeux du monde.

Et si par malchance, le succès n’est pas au rendez-vous, alors l’entrepreneur en question n’aurait pas “assez fait” pour réussir et devra acheter encore plus de formations payantes. La réponse usuelle et simplifiée est que la vie est un apprentissage constant. Oui, sauf que cette idée ne s’applique pas toujours dans les affaires.

Comme entrepreneur, la base essentielle est d’avoir suffisamment d’expérience et une bonne intuition. Une sorte de talent. Un véritable entrepreneur “sait” ce qui fonctionne, et comment atteindre ses buts. Tout le reste n’est que de la garniture inutile, avec très peu de valeur par rapport aux investissements en temps.

Ainsi, quelqu’un qui n’a jamais travaillé dans le marketing ne pourra pas créer un bon plan de communication réaliste, ni identifier le budget nécessaire ou anticiper les nombreux pièges des vendeurs dans une agence.

Une personne qui n’a jamais tenu la moindre écriture dans la comptabilité ne pourra pas comprendre les subtilités d’un rapport financier.

Quelqu’un qui n’a jamais passé du temps pour développer un produit ou un service, aussi minimal soit-il, n’a pas beaucoup de chances à réussir convaincre des clients pour l’acheter.

La liste continue.

L’histoire racontée souvent aux futurs entrepreneurs est qu’ils doivent “déléguer” et “bien s’entourer” avec des professionnels longtemps vérifiés sous toutes les coutures, éthiques, fiables, et payés aussi peu que possible. Or, cette idée est fausse, par construction, pour plusieurs raisons. D’abord, il faudra savoir identifier les priorités stratégiques avant de déléguer quoiqu’il soit. Ensuite, savoir identifier comment et quoi déléguer. Et enfin, appliquer la règle essentielle dans les affaires — faire confiance quand on trouve les “perles rares” mais vérifier toujours.

Si à ce stade de la publication vous n’avez pas encore commencé à réfléchir sur la notion de “courage entrepreneurial qui permettrait de se lancer tête foncée“, ni à une stratégie d’entreprise qui tient la route, alors vous devriez. Pour votre futur bien.

Les dangers des formations et programmes de bas niveau pour les entrepreneurs

Certes, les notions de base et théoriques dans le marketing, la comptabilité, la gestion des opérations et des ressources humaines peuvent être transmises, acquises et implémentées rapidement. Ces typologies d’aides, formations, coaching et mentorat ont une bonne valeur. Mais il faudra faire attention à plusieurs éléments et qui tirent la sonnette d’alarme.

D’abord, qui sont les intervenants ?

Des influenceurs ? Des prétendus “entrepreneurs en série” ? Des experts “masterclass” sans expérience autre que les cours et les formations ? Passez vite votre chemin — tout ce que vous obtiendrez ce sera la vente d’un rêve qui frôle l’escroquerie, un enthousiasme temporaire, et aucunement des connaissances validées en pratique. Les réseaux sociaux sont surchargés par ces “influenceurs” autoproclamés. Or, de nos jours, les suiveurs s’achètent, et avec quelques exceptions notables, les gains naturels d’abonnés sur les réseaux sociaux ne sont pas spectaculaires.

En général, ces influenceurs n’ont pas suivi des formations reconnues — voire abandonné après quelques mois. Après tout, qui aurait besoin de ce genre de “autodiscipline” et une “structuration intellectuelle” dans le cadre d’un programme d’enseignement officiel, alors que les exemples de réussite à la Zuckerberg ou autres semblent être la règle ?

Chose curieuse: l’objet et le but de ce type d’entreprises consiste souvent à “aider” les autres devenir “entrepreneur comme eux” … et ils seraient prêts à vous l’apprendre, moyennant beaucoup de finances, évidemment.

Des professeurs ? Il est très probable que vous recevrez une multitude d’informations qui restent à un niveau de recherche académique et qui ne sont pas toujours validées en pratique. En effet, dans la plupart des cas, ces gens n’ont pas travaillé de manière strictement opérationnelle dans une entreprise pour connaître la finesse des mécanismes en place.

Des consultants ? Ceux-ci n’offrent pas de formations généralistes, ni programmes de soutien sous la forme de masterclass, mais plutôt des services et réponses à des questions concrètes sous la forme des ateliers ou workshops “sur mesure” et adaptés à l’entreprise cliente.

Ensuite, quelles sont les typologies visées par ces formations ?

Le “client idéal” pour ces typologies de formations est jeune et inexpérimenté. Le “formateur” a souvent le même degré d’expérience que ses élèves, ce qui fait qu’ils manquent d’exemples pour montrer comment ils ont accompli eux-mêmes un projet complexe. Les “cours” sont copiés d’ici et là depuis Internet. Cela ne les rend pas plus qualifiés que vous-mêmes.

Les séances de “masterclass” et sans experts véritables sont encore plus sournoises — ils prêchent la croyance dans un esprit de l’univers qui ferait venir la richesse juste en y pensant. J’avais vu une émission à la télévision sur ce sujet. L’idée des masterclass a l’air super-méga-génial au minimum, et surtout quand les clients participants sont invités à “créer des stratégies” en groupe, pour les autres participants. Comment quelqu’un serait capable, ne serait-ce qu’une seconde, à résoudre des problèmes stratégiques, se prononcer et “conseiller” sur un marché qui n’est pas le sien, et sans aucune expérience ? C’est de la magie, avec les mêmes trucages d’un spectacle de cabaret bien mis en scène.

Le mécanisme de ce modèle d’affaires peut se résumer en une seule phrase: “si moi j’y suis arrivé à avoir le succès, alors vous aussi … mais seulement après avoir payé pour accéder au secret très bien gardé“. Ce mécanisme fonctionne très bien avec des personnes jeunes, peu sophistiquées et peu expérimentées. Tant qu’un nombre suffisant de personne continue d’y croire et acheter, alors ce mécanisme continuera de plus belle, vers la plus grande déception des victimes.

Les solutions alternatives à l’aide entrepreneuriale

Il fut un temps quand cette idée d’aide entrepreneuriale avait une valeur.

Les arguments en faveur d’une aide presque désintéressée étaient encore valables. Ces aides couvraient des aspects comme:

  • l’accès à une expertise inaccessible autrement,
  • le partage réciproque d’expériences d’affaires ou bons contrats,
  • les séances de “brainstorming” (soit une technique consistant à venir avec des idées afin de résoudre en commun un problème) avec des personnes expérimentées,
  • contributions à une “communauté” locale avec son “économie circulaire” selon la nouvelle terminologie.

Pour un entrepreneur, trouver un menteur ou avoir accès à un professeur était un des éléments qui pouvait augmenter significativement ses chances de succès. En bref, ces mentors apportaient une valeur ajoutée, même si le paysage n’était pas rose non plus. Souvent, un entrepreneur à succès et proche de sa retraite faisait le choix de prendre sous sa protection un autre entrepreneur qui était son propre miroir de jeunesse.

De nos jours, la situation a profondément changé.

D’abord, il y a le copier-coller qui permet à quiconque de s’improviser expert en seulement quelques heures.

Ensuite, pour une entreprise, il n’est pas possible de résoudre les problèmes stratégiques avec des étapes purement opérationnelles.

Et enfin, l’accès à un vivier de connaissances après une simple recherche sur Internet offre l’illusion que les problèmes d’une entreprise seraient “simples” à résoudre. Non, ce n’est pas le cas, et même les grands cabinets et les consultants de haut niveau commencent à ne plus “tout voir et anticiper” des années en avance. Les difficultés sont croissantes pour tous.

En effet, et depuis des dizaines d’années déjà, soit dans les années 1998 avec la crise asiatique, les entreprises se trouvent dans un mode de gestion de crise constante. Or, ce mode de fonctionnement et résolution des problèmes nécessite des expériences et compétences multiples. L’accès à de tels profils est rare, et cher.

 

Livre et eBook: Plan de continuité et Gestion opérationnelle en situation de crise avec Listes pratiques pour les 50 premiers jours de crise, un livre pratique en format .pdf ou imprimé par Elena Debbaut, consultante en entreprise et gestionnaire de crise

 

Très souvent, nous pensons être capables d’identifier les arnaques sur Internet. Or, les chiffres de la criminalité sur Internet sont en hausse. Si vous êtes tentés d’acheter une formation ou faire appel à un coaching d’affaires, vous devriez vous demander les questions suivantes:

  • Avez-vous utilisé toutes les ressources gratuites de formation en ligne, comme Coursera (www.coursera.org), Udemy (www.udemy.com), ou Linkedin Learning (www.linkedin.com/learning/) ? Pour les intéressés, il est possible d’obtenir même un certificat contre un investissement raisonnable.
  • Avant de faire appel un coach ou suivre une formation, avez-vous lu quelques livres reconnus pour leur qualité ? Les listes de lecture business circulent souvent, y compris via des sources réputées comme The Economist. De plus, les dossiers thématiques sont créés souvent par des professionnels reconnus et les journaux locaux d’affaires.
  • Même si ce n’est pas toujours un critère fiable, quelle est l’âge de l’entreprise ou celle du formateur ? Quelle est l’expertise pratique ? Le domaine concret d’actions ?
  • Évaluez toujours la qualité du programme à suivre et demandez l’aide des personnes de confiance. Quelques fournisseurs de services dans l’entrepreneuriat ont des buts narcissiques ou opaques, plutôt que de répondre concrètement aux questions de leurs clients. Une interview dans un journal ne fait pas une carrière. Une vidéo sur YouTube ou comme invité par une chaîne de télévision locale non plus. Gardez ces éléments dans votre esprit.
  • Croire sans vérifier tout ce qui est écrit sur Internet ou qui fait partie d’une campagne de relations publiques n’est jamais une bonne idée. En effet, le fait d’écrire sur une page web sur une quelconque offre de ses services n’offre jamais la crédibilité nécessaire pour faire des affaires. Le fait de publier des articles sur un blog non plus. Le fait d’être anormalement actif sur les réseaux sociaux et avec un grand nombre de suiveurs entre dans la même catégorie d’alerte. En effet, les algorithmes des réseaux sociaux sont créés pour quelques catégories de public-cible majoritaires. Ce type de publique est également la cible des divers escrocs et vendeurs de rêve.

Conclusions

La généralisation après plusieurs expériences similaires a le mérite de trouver quelques caractéristiques communes pour illustrer une manière de faire. En même temps, tout sujet présente une certaine complexité et pour des raisons évidentes, cette publication n’a pas couvert tous les aspects.

C’est reconnu que les bases théoriques de l’entrepreneuriat peuvent être transmises et apprises. Mais ensuite, c’est le talent qui devra prendre le relais, d’une manière similaire aux chanteurs, artistes, danseurs. Un artiste sans dons innés pourra suivre toutes les formations et faire le tour de tous les cours disponibles, avec les meilleurs maîtres, mais sans jamais réussir à acquérir les agilités naturelles.

Il est rare que les gens ayant subi un échec suite à ces programmes d’aide à l’entrepreneuriat ou entre-aide expriment leurs expériences, notamment sur le sujet des prix aux entrepreneurs. En même temps, quelques voix commencent à se faire entendre, telles quelques publications dans PME Magazine, ou encore des conseils pratiques d’entrepreneurs qui partagent une expérience réelle.

Dans la pratique, l’acte complexe et hautement risqué de créer une entreprise est devenu un modèle économique pour gagner de l’argent sur la méconnaissance des personnes inexpérimentées, et souvent, jeunes. Les influenceurs sont les pires à utiliser les faiblesses humaines et la naïveté naturelle.

Vendre du rêve et enthousiasme n’a absolument rien d’un processus pour devenir un entrepreneur à succès. C’est de la propagande entrepreneuriale.

Mais ce type de discours plaît énormément aux personnes qui ont le plus de chances pour se planter avec leurs projets d’entreprise. Ce type de publique ne veut rien entendre d’autre quant aux dangers, et suivent des gourous d’entreprise qui leur explique que se lever à 3:30h la nuit permettrait de réussir.

 

La propagande entrepreneuriale, un essai d'économie et gestion écrit par Elena Debbaut, consultante en entreprise et gestionnaire de crise

 

Je conseille de faire toujours attention avant d’envoyer de l’argent et acheter des formations sur Internet ou auprès des organisations qui n’ont pas grand-chose à offrir. Soyez toujours méfiant, vérifiez, et posez des questions.

Le fait d’être proactif et se protéger est un bon moyen d’éviter à devenir un “entrepreneur à succès” après seulement quelques achats sans valeur réelle. Dès lors, assurez-vous que les personnes ou les structures auxquelles vous faites confiance sont réellement capables et compétentes dans leur domaine. Dans toutes les situations, gardez votre esprit critique.

L’aide au développement entrepreneurial et l’entre-aide est toute une affaire … bien juteuse.

 

📌 Droits de Réutilisation …

 

Déchiffrez les réalités du terrain, et ce qui se cache derrière les tendances du moment avec Elena Debbaut - conseil restructuration entreprises et projets en difficulté

 

 

 

Les meilleures qualités d’un fondateur d’entreprise sont l’adaptabilité et la rigueur. Elena Debbaut

Quelles sont les qualités recherchées par un fond d’investissement pour un fondateur d’entreprise ?

Pendant ma carrière de presque 3 décennies, il m’est arrivé assez souvent de rencontrer des entrepreneurs et fondateurs de start-up.

Ils sont tous très enthousiastes par rapport à leur nouvelle idée d’un produit ou service innovant, qui, il va de soi, va révolutionner, disrupter, et changer les règles du jeu et même le jeu lui-même, tant qu’on y est.

Toutes ces démarches sont faites avec l’espoir de convaincre sur sa capacité à accomplir quelque chose de vraiment important et rester dans l’histoire des 20 prochaines années (au minimum) tout en faisant la une des divers médias (chaque jour, si possible).

Ça … c’est le discours usuel.

En pratique, la réalité est un peu différente.

Conseil entreprise - Elena Debbaut - redressement de projet et entreprises en difficulté

Avant toute chose, les fondateurs d’une entreprise cherchent à appâter les investisseurs.

Il s’agit d’une démarche justifiée quand l’idée a été validée avec un esprit critique par rapport au potentiel et quand son développement serait ralenti par manque de ressources pour l’implémentation, surtout pendant les premiers stades du développement de l’entreprise.

Il y a également des secteurs spécifiques où les fonds de départ sont indispensables pour venir avec un concept qui dépasse le stade d’idée.

Après l’excitation initiale, c’est surtout sur le point financier que les choses se compliquent.

La raison est simple: les investisseurs, peu importe le domaine, cherchent à rapidement trier toute cette masse de personnes inexpérimentées et totalement déconnectées de la réalité du terrain. Ce triage est rapide.

Les fonds sont importants pour le début et le développement d’une entreprise, mais ce qui compte plus que l’idée c’est la capacité opérationnelle d’implémenter cette idée avec l’argent des autres personnes.

Un investisseur souhaite avoir un retour sur son investissement (en temps ou argent).

C’est aussi simple que cela.

Juste pour mettre cette notion en perspective: cet objectif de retour sur investissement est identique pas seulement pour les organisations à but commercial, mais aussi pour celles actives dans le secteur non-profit, et même pour les particuliers dans la vie de tous les jours.

Un investisseur avisé possède la capacité d’identifier très rapidement le potentiel d’une nouvelle idée. Ce n’est pas pour rien que les personnes et les sociétés de capital-risque sont perçues comme étant “froides” car ayant un fort esprit des chiffres, en plus d’un esprit critique assez bien prononcé.

Mais ce n’est pas seulement les chiffres qui sont analysés pendant une demande de financement. C’est aussi les qualités humaines et organisationnelles qui sont évaluées.

Cependant, il faudra retenir que le but principal d’un investisseur n’est pas de changer les comportements des fondateurs et encore moins de les pouponner – pour cela il existe divers services de soutien de start-up et mentoring individuel.

Le but de cet article n’est pas non plus d’apprendre comment obtenir ces investissements, mais quel est le mécanisme d’évaluation qui s’applique à un grand nombre de fonds et fournisseurs en capital-risque. En effet, les critères d’évaluation peuvent varier de manière significative, selon le secteur et les spécialisations qui sont recherchées.

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Mais que faut-il avoir comme capacité essentielle, afin de convaincre les investisseurs à signer le chèque si attendu ?

Il s’agit d’une question qui revient régulièrement.

Est-ce le charisme des grands chefs d’entreprise, aujourd’hui très médiatisés ? Est-ce la capacité de croire dans son idée ? Est-ce le succès du passé ? Est-ce la formation ?

Ou l’intelligence ? Ou la capacité de constituer une équipe ? Ou la capacité de diriger et inspirer une vision ? Ou l’expérience passée d’une excellence opérationnelle pour bien mener à terme son projet ? Ou la capacité d’entrer en détail tout en gardant une vision d’ensemble ?

Est-ce tout simplement le potentiel de l’idée, la grandeur du marché et l’intérêt des clients ?

Quelques investisseurs et fonds spécialisés ont des critères précis avant de s’engager d’un point de vue financier et selon le cas, opérationnel. Cela peut être un domaine spécifique comme la technologie, ou la durabilité et l’écologie, ou tout un secteur particulier comme celui des services financiers ou pharmaceutique.

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Peu importe le domaine ou le secteur, tous les investisseurs et les sociétés de capital évaluent tout d’abord le potentiel du fondateur ou de l’équipe initiale (si plusieurs cofondateurs).

Chaque fond de capital a des mécanismes permettant l’identification du profil-type du fondateur qui a le plus de chances de réussite selon la spécialisation recherchée dans le portfolio d’investissement.

Je ne suis pas un investisseur direct, mais grâce à mon expérience opérationnelle j’interviens quelquefois dans les derniers stades d’évaluation finale, surtout en cas de doute sur la capacité du futur fondateur. Pour ma part, j’ai une méthode qui a fait ses preuves dans la durée, car fondée sur une approche holistique et culturellement adaptée selon le but recherché et le domaine d’activité.

Par exemple, dans les domaines fortement compétitifs comme la technologie c’est un autre type de fondateur qui est recherché que celui perçu comme idéal pour le secteur de santé.

L’intuition joue aussi un rôle important, car ce n’est pas tout qui peut être mesurable de manière concrète.

En règle générale, voici les questions les plus habituelles.

Dans quelle mesure cette équipe initiale pourra tenir sa parole et explorer toute nouvelle voie possible ? Est-ce que cette personne ou équipe possède la crédibilité nécessaire auprès des clients et employés ?

Est-ce qu’il y a déjà une expérience opérationnelle sur le terrain ? Est-ce que les tendances dans la stratégie, la technologie, les opérations, le marketing et les ventes sont suivies à la lettre ou ces tendances sont plutôt adaptées selon la réalité du terrain ?

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Outre l’analyse financière du marché et du potentiel, c’est l’ensemble des éléments ci-avant qui jouent un rôle supplémentaire par rapport à la capacité principale d’adaptabilité et rigueur. L’accent est souvent mis sur ces aspects, tout simplement parce qu’ils sont perçus comme une sorte de “garantie morale“.

En même temps, ces qualités sont inutiles si les autres aptitudes et le potentiel du marché font défaut. C’est pour cette raison que cet ensemble est complexe et peut sembler incompréhensible aux fondateurs qui ne comprennent pas les raisons derrière un refus.

Pourquoi la capacité d’adaptabilité et rigueur est une qualité indispensable ?

Ces deux notions vont souvent ensemble parce que l’adaptation à elle seule, ne sert pas à grand-chose sans la rigueur.

L’adaptation permet de correctement réagir dans une situation de changement. De nos jours, la question ne se pose plus s’il y aura un changement, mais comment gérer la situation quand ce changement arrivera. Ce changement peut être déclenché par une nouvelle technologie, les changements du marché, voir même un événement imprédictible. Voici pourquoi l’adaptabilité est importante.

En même temps, trop d’adaptabilité est une approche inadéquate aux réalités du terrain, car elle empêche de maintenir les engagements déjà pris et apporte un chaos inutile avec des changements incessants de la stratégie et des opérations courantes. Une flexibilité entre certaines limites déjà définies auparavant est saine, mais trop de changements juste pour changer, c’est néfaste pour l’existence même d’une entreprise.

C’est donc la rigueur qui permet de poursuivre les divers objectifs et stratégies. Si la capacité de les faire exécuter ou les implémenter sur le terrain manque cruellement, alors il est inutile d’avoir plein d’idées. Cette rigueur peut être mesurée par des indicateurs de performance. La même rigueur permet d’améliorer les processus afin d’atteindre un bon niveau d’excellence opérationnelle, pour donner un autre exemple.

Cette capacité d’adaptabilité et rigueur est indispensable pas seulement aux fondateurs d’entreprise mais aussi à un manager ou un directeur de département, voir même à des employés dans les fonctions de support administratif.

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En effet, le monde d’aujourd’hui est en constante évolution et changement.

Qui aurait pensé en 2008 que les médias sociaux allaient prendre tellement d’importance ? Qui aurait pensé que des nouveaux produits et services peuvent être lancés avec des barrières d’entrée si basses ? Qui aurait anticipé le monde globalisé d’aujourd’hui dans lequel une offre compétitive et rapidement disponible se trouve à moins de 3 clics ? Qui aurait pu deviner l’essor actuel des nouvelles formes de travail à distance ?

Je pense que c’est très important d’avoir cette capacité d’adaptabilité et rigueur.

Cette capacité rajoute un bon sens solide par rapport aux incantations presque religieuses d’aller vite et “casser des choses” avec une attitude chaotique, sous le prétexte d’une “disruption de rupture” et “innovation mythique en style unicorne” .

 

L'innovation est plus qu'une brillante idée - Elena Debbaut
Lire l’article: Quelques fausses idées sur l’innovation.

En même temps, les innovations de qualité et qui sont bien conçues poussent à une adaptation constante. Aujourd’hui, cette adaptation est un processus rapide. Il y a ainsi des nouvelles technologies et des nouvelles manières de faire les choses, pour illustrer le côté pratique du besoin d’adaptation.

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Comment développer cette capacité d’adaptabilité et rigueur ?

Il n’y a pas de recette magique à appliquer du jour au lendemain, mais quelques stratagèmes efficaces permettent d’améliorer rapidement cette capacité.

La première serait d’imaginer ce qui peut arriver dans le pire des cas. Pas seulement cet exercice pratique est utile dans la gestion d’une crise, mais aussi pour décider sur l’implémentation d’un processus permettant d’anticiper et contenir les éventuels effets négatifs. D’ailleurs, l’implémentation d’un processus fiable est indispensable à toute organisation qui souhaite être suffisamment viable sur le moyen et le long terme.

 

Voici pourquoi une entreprise a besoin de processus fiables - Elena Debbaut
Lire l’article: Voici pourquoi une entreprise a besoin de processus fiables.

 

Une autre stratagème consiste à apprendre de ses leçons.

Cette manière de faire est très utilisée dans la gestion de projet, par exemple. Elle fait d’ailleurs partie des diverses méthodologies comme le PMP ou Prince2. Pendant que j’ai passé les divers examens pour obtenir ces certifications moi-même, j’ai été étonnée que nombreuses personnes échouent à obtenir des points suffisants sur ce module et pendant l’examen d’évaluation.

Le motif était simple: ces personnes ne comprenaient pas la logique derrière cet apprentissage, alors que le projet était déjà livré. Cette étape importante était perçue comme une “perte de temps et ressources” au détriment d’un tout nouveau projet.

Pour ma part, je suis convaincue que cet apprentissage est essentiel, car cela permet ensuite d’adapter toute nouvelle tendance ou idée. Nombreux peuvent penser qu’il s’agit d’expérience, mais en fait c’est de l’adaptabilité. Une personne de niveau junior peut ainsi, sans avoir beaucoup d’expérience, posséder la capacité d’apprendre suite aux diverses situations qui sont rencontrées sur le terrain.

L’expérience permet de rapidement venir avec une solution car dans nombreux cas c’est quelque chose de “déjà vu“, pendant que l’adaptabilité permet d’avoir aussi une solution rapide, mais sur la base de situations différentes.

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Au final, la rigueur permet de poursuivre les objectifs professionnels et personnels mais dans un cadre opérationnel bien établi.

Par exemple, les fondateurs ont souvent cette fausse idée de sous-estimer les besoins des divers collaborateurs dans le cadre d’une entreprise qui ne sera pas la leurs.

Il y a donc une sorte de dissonance par rapport aux ambitions d’un fondateur et celle des employés qui ont d’autres objectifs. Un fondateur est capable de travailler jusqu’à l’épuisement pendant 12 à 18 heures chaque jour et tester des nouvelles idées, pendant qu’un employé se trouve dans un autre type de relation avec l’entreprise.

La capacité d’un fondateur qui arrive, par la rigueur, à rapidement “mettre de l’ordre” dans le chaos d’une start-up permet aussi de trouver les bons collaborateurs qui vont s’intégrer naturellement et aider les objectifs du fondateur. Un employé n’apprécie pas toujours le chaos d’une start-up.

Dans ce cas, ce n’est pas dans une optique d’exploitation du plus faible, du plus jeune, ou du plus naïf qui prime pour l’entreprise qui souhaite rester viable sur le moyen et le long terme. Le but d’une entreprise n’est pas d’épuiser les équipes opérationnelles qui participent depuis le démarrage.

Grâce à la rigueur, le fondateur d’une entreprise peut implémenter un processus permettant une exploitation efficace des ressources existantes, mais avec un gain réciproque pour toutes les parties impliquées. C’est d’ailleurs un des nombreux facteurs de réussite pour une entreprise et cela peu importe le domaine d’activité.

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Une personnalité avec un grand égo ne possède pas cette rigueur et capacité d’adaptation. Il en va de même pour les individus qui manquent d’éthique ou sont trop opportunistes.

Certes, une entreprise doit vendre ses produits ou services et aussi trouver des nouvelles débouchées, sous peine de vite fermer en absence de clients. Malgré cela, une personnalité charmante et humble peut en même temps être éthique. Cela permet de garder les bonnes relations avec ses prospects et clients, même si ce n’est pas (encore) le bon moment.

Les fondateurs qui ont le plus de chances de réussite avec leur entreprise conçoivent cette rigueur des opérations comme un élément indispensable à la bonne marche des affaires.

Loin d’être un frein, cette rigueur permet de correctement analyser et organiser toute nouvelle opportunité. C’est cette capacité qui permet, entre autres, d’implémenter un bon processus d’innovation.

 

L'innovation est avant tout un processus. Elena Debbaut - conseil entreprise et restructuration projets en difficulté
Lire l’article: Le pire ennemi de l’innovation est … l’envie d’innover à tout prix.

 

Un bon tempérament comme fondateur permet d’être constamment à l’affût des nouvelles possibilités tout en gardant une excellence opérationnelle.

Il s’agit ici du fameux concept gérer l’entreprise et la faire évoluer en même temps ( “run the business” – “change the business” ).

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Chaque fondateur d’entreprise a la possibilité de développer cette capacité d’adaptabilité et rigueur, de la même manière qu’un athlète se prépare constamment pour réussir ses compétitions. Une fois cette capacité acquise et développée, pas seulement l’entreprise a plus de chances de succès, mais aussi elle augmente les possibilités de financement externes.

Avec le temps, un fondateur d’entreprise saura évoluer avec son entreprise, tout en préservant des bases saines autant sur le plan personnel que professionnel. Quand les crises arrivent dans le cadre d’une entreprise dirigée par un tel fondateur, alors les risques de perdre les deux sont réduits.

Depuis le début de mes activités professionnelles, j’ai eu la conviction que l’avenir d’une entreprise saine passe par sa capacité de s’adapter aux divers changements tout en gardant aussi son excellence opérationnelle, la compétitivité et la capacité d’innovation. En effet, les perturbations n’ont pas leur place dans la gestion des opérations courantes, mais la rigueur retrouve tout son sens.

Finalement, trouver l’entrepreneur convenable, c’est toute une affaire.

 

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