Être momentanément paralysé pour apprendre et expérimenter

Vous vous lancez à la conquête d’une nouvelle ambition : vous êtes avocat et vous rêvez de devenir médecin. Vous vous imaginez une nouvelle carrière brillante. Comme dans les films, vous croyez en vous et vous êtes persuadé que vous optez pour la bonne voie. Alors que votre succès domine, vous être confronté à une rude embûche qui mettra votre force et votre volonté à l’épreuve. Vous chutez !
Vous devez faire le choix d’abandonner ou de persévérer.
Contrairement au plan établi à l’avance, toute progression n’est jamais linéaire. Malheureusement ? Peut-on le dire ainsi ? Bien-évidemment que non !
La difficulté souvent tant regrettée permet cependant de progresser… et d’avancer… Il est inutile de l’ignorer ou de la négliger ! En passant à côté des possibilités qu’elle pourrait vous donner, vous risquez surtout de stagner.

Faire le bilan

Observant diverses situations, on fait le choix de la manière de surmonter chaque adversité et de l’accepter (ou non). Ayant vécu des contextes bien plus alarmants, je n’allais pas me laissez faire par cette nouvelle « galère » : malgré que les bons résultats étaient au rendez-vous dans ma nouvelle carrière en athlétisme, la vie voulût tester ma volonté à persévérer et à faire des efforts pour ce sport. Elle tenta de me menacer en affectant mon pied ! Rentrant de compétition avec des ligaments déchirés, depuis, je me vois revenir et à nouveau concourir. Le doute n’existe pas et cette évidence est encrée en moi. Jamais je n’ai douté de mes capacités, même si d’autres personnes ont essayé de me faire chavirer face à la difficulté.

Je veux sortir grandie de chaque leçon. Peut-on réellement en apprendre ? Je suis persuadée qu’en vivant la situation à fond, l’on réalise mieux ce qui arrive. L’on se forge et l’on apprend : petit-à-petit, c’est les difficultés traversées, à côté des expériences positives expérimentées, qui permettent de devenir plus performant !

Pour moi, vivre mon opération était synonyme de mélange d’émotions entre appréhension et rétablissement. Comprenant parfaitement la nécessité de devoir récupérer, je ne n’étais jamais frustrée face aux conséquences qui y seraient éventuellement rattachées. Et, avant tout, je crois en moi et en mon environnement (j’y reviendrai dans un prochain article) : rien ne pourra bousculer mon profond désir de réussir.

Récupérer physiquement, mentalement et émotionnellement

Jour J : Je me prépare de la même façon qu’une compétition et je ressens les mêmes émotions. Calme et sérénité m’habitaient la veille ; je ressens une tension et une légère appréhension avant l’intervention. Lors de ce séjour et en commun accord avec l’Hôpital de la Tour, je suis filmée afin de partager une histoire qui, pour eux, mérite d’être racontée.
L’on me conduit au bloc opératoire. Depuis, j’ignore la caméra. Je ne vois plus qui est là, à l’exception de l’anesthésiste et du chirurgien (Dr Ray). Nous parlons d’une manière décontractée… On me pique dans le dos, mes jambes sont peu à peu « paralysées » (rachis-anesthésie) et me perturbent fortement en cette période de préparation pour les Mondiaux sur 100m et pour les JO. Je n’arrive plus à bouger mes jambes, même avec la meilleure des volontés : il n’y a rien à faire ! Elles ne fonctionnent plus. Si l’on me les avait coupés, je n’aurais rien remarqué…

Le chirurgien prépare mon pied et incise ma peau en faisant trois trous. Je ne sens aucune douleur. Aucun frisson. Ça marche ! Grâce à l’arthroscopie, une caméra navigue à l’intérieur de ma cheville. Les explications du chirurgien me permettent de comprendre à peu près ce qu’il fait, voyant chaque geste à l’écran. La vulgarisation de l’opération m’a intéressé et m’a aidé à mieux comprendre ce qu’il s’est passé. Cela ressemble à une visite chez le dentiste. Il fait le ménage (il enlève et nettoie les résidus inflammatoires avec un petit tuyau), rattache les ligaments et tend un fil à l’aide de deux pistons enfoncés dans deux os qu’il avait troué auparavant (ligamentoplastie). Ainsi, je bénéficie d’une nouvelle cheville…
Ainsi, je suis parvenue, à ma façon, de mieux interpréter ma blessure et ses conséquences. En deux mots : « le pourquoi du comment ».

Et j’appris…

En salle de réveil, mes jambes me donnaient à nouveau de légères sensations et je pus les bouger doucement : frotter un orteil à l’autre, décoller le genou du lit… La paraplégie « fictive » s’en allait petit-à-petit. Certes, elle m’a épargné de douleurs pendant encore quelques heures… De retour dans ma chambre, ne ressentant que la moitié de mes jambes, je me levais un peu plus tard afin d’aller aux toilettes… La jambe gauche tenait à peu près ; la droite qui était touchée n’était pas encore réveillée. Le bassin, proche de l’endroit piqué, était lui encore plus ou moins complètement anesthésié. Cependant, en allant aux WC (en sautillant et en m’appuyant sur un déambulateur), je devais faire un effort cérébral important afin de pouvoir faire ces simples gestes et mouvements… C’est là où je compris ce que c’est de vivre avec une paraplégie…

Par ces expériences, je ressentis et j’appris des nouvelles choses sur la vie et les conditions de vie… Je réalise que le corps humain peut être surpuissant, malgré qu’on l’anesthésie partiellement ou complétement et qu’on titille à l’intérieur de lui… Cependant, il exprime également sa fragilité s’il est surmené…
Cette opération me permettra finalement de me remettre en question : j’ai essayé d’aller plus vite, j’ai tenté d’être plus forte, pourquoi mon corps m’a-t-il lâché ? Blessée, je vais récupérer, me renforcer et découvrir des nouvelles possibilités : il faudra au minimum s’adapter à ce que le passé m’a appris et ne pas inutilement recommencer. A l’avenir, la stratégie d’entraînement sera légèrement modifiée afin d’augmenter mes capacités. L’objectif est de rassembler toutes mes expériences afin de me donner la chance de me surpasser.
J’espère que cet apprentissage me servira dans la suite des de mes défis. C’est à moi de transformer ce bout de chemin en un tremplin afin d’aller plus loin…

 

Photos: © Raffi M. / La Tour Medical Group

Remerciements à l’Hôpital de la Tour et ses équipes pour les soins et l’encadrement médico-sportif, à mon coach Kenny Guex ainsi qu’à mes partenaires pour leur confiance et leur soutien.

#teamwork #workinprogress #roadtotokyo

Celine van Till

Celine van Till

Celine van Till défie l’impossible. Du dressage équestre au 400 mètres sprint, valide et handisport, elle court d’un extrême à l’autre. L’ennui n’existe pas. Les surprises attendent. Les limites sont mises en question.

3 réponses à “Être momentanément paralysé pour apprendre et expérimenter

  1. Un exemple, un témoignage qui mérite d’être transmis. Moi même Gianluca Annoni j’ai connu la maladie, un combat de 10 ans qui m’a permis de guérir, une myasthénie, tous mes muscles bloqués,

    j’ai du tout réapprendre et aujourd’hui à 56 ans je suis préparateur mental … incroyable car mon précédent job état banquier.

    nous avons besoin d’un porte drapeau pour que les gens comprennent ce que veut réellement dire «  transition «  «  résilience «  etc

    Merci à toi et bonne continuation

    1. Merci infiniment pour votre message! Merci également pour votre partage, ce qui me touche particulièrement. En effet, c’est le cas quand des personnes en situation de maladie ou ayant eu accident elles-mêmes. Je suis heureuse de pouvoir mettre la thématique du handicap en avant, notamment. N’hésitez pas à me contacter si vous avez des suggestions. Tout de bon, vivez et je vous souhaite plein de bonheur!

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