L’athlète est gourmand : il sera de retour rapidement !

Comment revenir au plus haut niveau ?

Quand on parle de « retour à la compétition », cela sous-entend que le sportif a été blessé. Les professionnels de la santé s’intéressent à ce phénomène. La médecine du sport comprend de nos jours l’environnement global d’un athlète. Son « come-back », quel que soit la raison de sa coupure, comprend également d’autres aspects importants : le mental et l’apprentissage de l’expérience vécue, notamment.

De l’équipe nationale junior à l’équipe paralympique suisse, de l’équitation à l’athlétisme, je suis parvenue à chaque fois à retrouver la compétition, sans compter les blessures qui surviennent que vous soyez un athlète professionnel ou un sportif amateur…

Dans ma situation, j’en ai vécu quatre différentes. Les trois dernières ont fait appel à un « retour à la compétition »:

  1. Première carrière en équitation en junior. L’évolution espérée fut réalisée
  2. Seconde carrière en équitation « handisport ou para », après une chute, un changement radical et imprévu.
  3. Troisième carrière en athlétisme cette fois, à la suite de mon choix personnel s’agissant de ma reconversion
  4. Retrait temporaire de la compétition pour cause de blessure

Après chacune de trois dernières phases, on retrouve des périodes de transition, une envie consistant à revenir plus fort et à battre son propre record. Cet article a pour but de partager ce qui m’a aidé, d’évoquer les opportunités que j’ai eues afin d’évoluer et de mettre en place des structures pour relever ces défis.

Finalement, si je peux me permettre de l’évoquer, dépasser une blessure, faire le bilan et en retirer une leçon, qui est une question de volonté et de détermination. Vous n’êtes pas d’accord ? Alors retournez alors la question. Sans ses qualités-là, aurais-je pu y arriver ? L’aptitude à transformer la difficulté en opportunité est étroitement liée à l’état d’esprit.

 

« C’est dommage : je sais aujourd’hui que ce n’est pas la clef qui allait me permettre de gagner… »

En junior, de 12 à 17ans, j’évoluais déjà dans les pas des grands. Accompagnée par mes parents et en tant qu’enfant, mon activité était financée grâce à leur bonne volonté. Bien souvent, c’est la chose la plus compliquée. Ayant cette chance, ils me donnaient la possibilité à poursuivre mon rêve : ado, je me voyais déjà aux JO !

Dès mon plus jeune âge, j’ai appris à être disciplinée et organisée. Afin de persévérer, j’avais un côté égoïste : je ne m’intéressais pas beaucoup aux discussions de mode et de sacs de mes camarades. J’étais focalisée sur ce que je voulais : réussir. Ma première expérience du haut niveau m’a montré que je devais travailler si je voulais un jour espérer y arriver.

Toutefois, ayant des facilités à apprendre et à assimiler, j’optais pour ce qui était le plus agréable. Jamais je n’aurais affronté la difficulté si ce n’était pas demandé ! Mes choix reflétaient ma personnalité : j’étais têtue. Par exemple, dès que l’on me proposait de l’aide, je n’hésitais jamais à l’accepter, même si je n’en avais pas besoin. Grâce à (ou à cause de) mon éventuel talent, étant perfectionniste, il m’arrivait souvent de ne pas être contente d’une bonne performance. Ce n’était jamais assez ! En réalité, je n’étais pas prête à faire plus d’efforts.

C’est complètement utopique : c’est comme espérer beaucoup recevoir et peu donner ! A cet âge-là (16 ans), je ne réalisais pas que cela allait être un frein. Dans des championnats, mes performances n’étaient alors pas toujours là et il ne fallait surtout pas que je me demande pourquoi !

Aujourd’hui, je peux dire que cette période de ma vie m’a appris à goûter à la difficulté, bien que je n’étais pas prête à l’affronter. J’étais très forte afin d’optimiser la quantité d’efforts pour obtenir un résultat donné. Une partie de moi n’y adhérait donc pas et il aura fallu que touche le fond pour que, plus tard, je me surpasse.

 

Le drame a véritablement allumé la flamme

C’est l’accident. Peu importe sa nature, il laisse des traces. Il ne faut surtout pas le mettre de côté et tenter d’éliminer sa douleur avant de l’avoir acceptée. C’est ce qui différencie souvent le sportif amateur du sportif d’élite. L’un arrêtera et l’autre persévèrera.

J’ai suffisamment évoqué mon accident et toutes les étapes désagréables qui ont suivies. Cependant, c’est grâce au handicap que j’ai appris à me battre, à ne jamais lâcher (au risque de chuter à nouveau) et à me sortir d’une situation que je devais impérativement améliorer !

Étant « différente », j’étais confrontée à la personne que j’étais avant. A travers de nombreuses situations de la vie quotidienne, j’ai dû trouver des solutions. J’ai appris à faire les choses différemment, à m’entraîner en m’adaptant à mes difficultés, à trouver des gestes destinés à compenser ce que je ne pouvais plus réaliser. Ainsi, j’ai développé la capacité de mieux gérer une situation donnée, même si cela a toujours été l’une de mes plus grandes difficultés.

En plus de travailler sans jamais m’arrêter, j’ai bénéficié d’un grand soutien. Je n’avais pas encore réalisé que la volonté des personnes m’accompagnant dépendait de la mienne : en montrant une motivation à toute épreuve, elles ont adhéré à mon parcours de vie et se sont senties inspirées. Le cercle vertueux était ainsi créé.

 

Plus d’argent !

Tout au long de sa vie, chacun expérimente plusieurs défis. Pour moi, un seul n’a pas suffi ! Aidée par mes parents jusqu’à présent, je me suis soudainement retrouvée seule à cause d’un événement marquant : leur divorce. N’ayant plus d’argent, cette situation m’a poussé à devoir développer la capacité à trouver des solutions pour que ma carrière soit financée. Tout ce dont je bénéficiais était l’environnement cohérant dans lequel j’évoluais. Réseauter était alors la clef ! Bien entendu, il faut préciser que j’aime aider ! Je contribue à des projets bénévolement, sans attentes ni espoirs. En mettant toutes les chances de mon côté, je savais où je voulais aller.

Les bonnes nouvelles sont arrivées mais il m’a fallu un certain temps avant de les recevoir. Cela m’a poussé à continuer, à aider, tout en travaillant durement pour gagner ! Cela demande une bonne organisation qui m’a permis aussi de pouvoir gérer ma carrière et de m’occuper de tous les aspects qui y sont liés. Imaginez alors combien je me suis développée !

Pendant tout ce temps, ayant participé à de nombreuses compétitions et sélectionnée à plusieurs championnats, j’ai ensuite réalisé mon rêve d’enfant, certes différemment : les Jeux paralympiques de Rio 2016.

 

En résumé, le mental est la clef

Tout est possible. Vraiment ? Le mental peut être fatal : après les différentes expériences que j’ai vécues, certains ne me croyaient toujours pas capable ; d’autres préférant dire que j’ai toujours de la chance. Certes, je voulais prouver que l’on est maître de soi et de la direction empruntée. J’ai décidé de changer radicalement, passant de l’équitation à l’athlétisme.

Je n’arrivais pas encore à courir et mes capacités physiques étaient limitées. Comment oser changer ? En équitation, avoir beaucoup d’argent devenait trop important. Cela ne faisait pas partie de ma philosophie de vie… Je sus alors pourquoi j’avais fait ce choix : je voulais abolir les limites que les autres personnes m’imposaient.

J’étais consciente que je ne pourrai pas réussir seule ; je devais commencer à bien m’entourer. Changer d’environnement est synonyme de renouvellement. J’ai d’abord axé mes efforts sur la construction d’une équipe performante (l’entraîneur et l’encadrement médico-sportif étaient ma priorité, voire même une sécurité).

Je peux dire que ma force est d’être passionnée par mes activités et, en plus, les croyances que j’ai développées sont mes plus grands alliés. En considérant le défi comme meilleur ami, il y a toujours une opportunité dans la difficulté : ensemble tout est possible en travaillant pour performer. Être accrochée à mes valeurs m’a permis de surmonter mes peurs, de me remettre en question constamment et de travailler sur mes pensées ce qui m’a aidé à ne jamais lâcher.

Aujourd’hui, en démontrant sans relâchement mon envie de gagner, en mettant toutes les chances de mon côté, je suis enfin arrivée à ce que j’ai toujours souhaité : être une athlète professionnelle, même si j’ai encore beaucoup à améliorer.

 

Des difficultés tout au long du chemin emprunté

La blessure n’arrive jamais par hasard. Toutefois, il faut apprendre à apprivoiser son environnement, sachant qu’il n’est jamais facile de le maîtriser totalement. J’ai appris à tirer une leçon de chaque adversité et à l’appliquer sur ce qui pourrait advenir.

Je n’ai pas eu peur quand je me suis blessée dernièrement (voir l’article précédent). Pourtant, j’avais tout pour me mettre de la pression (sponsors, enjeux, fédérations…) Mais je savais que je reviendrai plus forte ! Je savais aussi que j’avais acquis les facultés qui me permettaient de croire en mes capacités. La clef ? C’était d’en tirer profit, d’optimiser les possibilités, de maximiser la positivé et même de susciter d’éventuelles opportunités. Cela m’a permis d’avancer et de continuer à évoluer en toute confiance.

 

« Le passé m’aide à surmonter le présent et à envisager le futur sereinement ».

 

Photo: Daniel Mitchell

Aide à la rédaction: Jacques Wulleschleger

Celine van Till

Celine van Till

Celine van Till défie l’impossible. Du dressage équestre au 400 mètres sprint, valide et handisport, elle court d’un extrême à l’autre. L’ennui n’existe pas. Les surprises attendent. Les limites sont mises en question.

5 réponses à “L’athlète est gourmand : il sera de retour rapidement !

  1. Quel plaisir de te lire, toujours si dèterminée. Je ressents ce que tu exprime pour l avoir approché de près, et parfois partagé. Ton intelligence, ta volonté et ton courage t ont permis de réaliser ton projet de vie. Je souhaite que tu poursuives ta préparation pour de grands événements sportifs et pour les défis de la Vie. Claude

  2. Vous, vous êtes une vraie guerrière, aucun doute et bravo.
    Mais ça vous vient d’où, ce sens de la compétition, le savez-vous?

    1. Merci infiniment pour votre message. Je suis passionnée par la vie et ses défis depuis mon grave accident il y a 11 ans (j’avais de quoi être désespéreée!) Pour moi, depuis ce jour, un simple geste de gagné n’était pas seulement un pas en avant: c’était ma motivation de continuer à me battre et, pas à pas (titre de mon livre aux éditions Slatkine), de revenir! Finalement, c’est un long apprentissage et de développement de l’esprit. J’essaie d’apprendre de chaque expérience et de m’en servir pour la suite. Ma volonté de croire en la vie me pousse à aller au bout de mes ambitions. De cette manière, je me suis sûre de me donner la chance d’y arriver!

  3. Bravo fonce our nous tous !!!!!!
    Tu es formidable et tu as un cœur grand comme l’univers !!!!!!
    Je suis fiers d’être parmi tes amie
    Palmira

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