Avec Hammamet, le leader socialiste italien Bettino Craxi renaît au cinéma

Hammamet est l’événement cinématographique italien de ce début d’année. Gianni Amelio, maestro du cinéma transalpin, ressuscite un personnage controversé de l’Histoire politique de la péninsule : La pellicule raconte les derniers moments de Bettino Craxi, ancien président du Conseil des ministres dans les années 80 et secrétaire du Parti Socialiste pendant près de deux décennies.

L’ancien premier ministre est mis en cause dans l’affaire Mani Pulite, une série d’enquêtes ayant révélé dès 1992 un système de collusion entre les mondes politique et économique. Bettino Craxi s’enfuit en Tunisie en 1994, l’année de l’entrée en politique et de la victoire inattendue de Silvio Berlusconi, avant deux condamnations pour corruption et financement illégal de parti.

 

Le président (Pierfrancesco Favino) dans Hammamet, de Gianni Amelio (Photo : Claudio Iannone)

Pendant un peu plus de deux heures, le spectateur suit les dernières semaines de vie du politicien à Hammamet, ville tunisienne côtière à une soixantaine de kilomètres au sud-est de la capitale et donnant son nom au film produit par Pepito Produzioni avec Rai Cinema. Le point de vue est seulement celui d’un Bettino Craxi plein de rage et de rancœur, loin des polémiques et des scandales achevant en Italie la « première République ». Le cinéaste Gianni Amelio a voulu raconter la « longue agonie d’un homme de pouvoir ayant perdu celui-ci » et son « autodestruction ». Le leader meurt en 2000.

Avant même sa sortie en salle le 9 janvier, « Hammamet » est critiqué pour sa présumée contrariété face aux enquêtes judiciaires visant entre autres Bettino Craxi. La veille, jour de la présentation à la presse du film, le journal Il Fatto quotidiano regrette par exemple que l’œuvre ne rappelle pas que, selon les sentences, le leader socialiste était au courant des pots-de-vin encaissés par son parti et de l’utilisation que le politique en faisait.

 

Pierfrancesco Favino dans la peau de Bettino Craxi, aux côtés du réalisateur Gianni Amelio (Photo : Claudio Iannone)

« J’accepte que l’on démonte mon film, mais je n’accepte pas qu’il le soit à priori et sur ce qu’il n’est pas », a violemment répondu le cinéaste à un journaliste du quotidien. Gianni Amelio n’a voulu faire un film « ni politique ni militant ». Il se défend en faisant remarquer que lorsque « le président » – le nom de Bettino Craxi n’est jamais prononcé – tient des propos politiques, le format 16/9 devient 4/3. Ce dernier représente des « guillemets », explique le réalisateur.

« Je suis une chèvre » en politique, lâche alors Pierfrancesco Favino pour détendre l’atmosphère. Les traits de l’acteur, à la performance exceptionnelle, disparaissent sous cinq heures de maquillage quotidiens. Impossible pour le spectateur de reconnaître l’un des acteurs pourtant les plus en vue en Italie, notamment après son interprétation en 2019 du mafieux repenti Tommaso Buscetta dans Le Traître (Il Traditore) de Marco Bellocchio.

 

L’invité (Renato Carpentieri) et le président (Pierfrancesco Favino) dans Hammamet, de Gianni Amelio
Antonino Galofaro

Antonino Galofaro

Diplômé en Histoire et esthétique du cinéma à l'Université de Lausanne, Antonino Galofaro est le correspondant du «Temps» en Italie.

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