Les femmes dans l’horlogerie, un long parcours inachevé pour sortir des préjugés et des emplois réservés

Longtemps le métier d’horloger se vivait au masculin. Le veuvage, une solution pour diriger l’atelier. Le travail à domicile, une chance ou une surcharge. Les fabriques emploient des femmes. Une fausse parité avec des emplois réservés. L’ouvrière horlogère est déjà une femme moderne. La fin des « petites mains ». Tout change lentement dans les ateliers. Inégalités paradoxales

Un métier d’hommes secondés par des femmes

Débutant à la fin du Moyen-Age, l’horlogerie se faisait par des hommes. En relation avec le Temps, nécessitant de grandes connaissances professionnelles, le métier d’horloger était prestigieux et les objets réalisés étaient très onéreux.

Au début du 18e siècle, des petits ateliers s’installent dans les maisons. Le travail y est fractionné, avec des tâches bien séparées. C’est l’homme qui gère l’atelier, qui assure les contacts avec l’établisseur, la personne qui distribue le travail et le rémunère. Souvent toute la maisonnée aide à l’établi, en préparant les pièces, en réalisant toute ou une partie du travail ou encore en libérant le travailleur pour qu’il puisse s’affairer plus longtemps à l’établi.

 Au décès du mari, patron de l’atelier, la veuve peut continuer

Certains ateliers sont importants et l’épouse du patron devient vite la patronne gérant le quotidien des affaires. Seul le décès du conjoint permet à la veuve d’exister comme femme d’entreprise sous la raison sociale de « Veuve Untel ». Elle pourra alors assurer le relais avant que la nouvelle génération reprenne l’atelier, souvent sous son œil avisé ; ou tout simplement elle pourra continuer les activités professionnelles à bien plaire.

Dans les fabriques, l’arrivée des femmes aux établis pour faire autre chose

Dès la deuxième partie du 19e siècle, la production industrielle de la montre fait entrer les femmes en nombre dans les grands ateliers des fabriques. Pas de concurrence entre hommes et femmes. Chacun a son emploi et les ateliers mixtes sont rares. Les femmes sont employées pour des tâches plus simples, plus répétitives mais aussi plus délicates. Nécessitant des automatismes, ces travaux sont considérés comme moins qualifiés. Les femmes à l’usine sont alors appelées les « petites mains ». Ces « petites mains » sont fermement encadrées par des hommes, rarement par d’autres femmes.

Le travail à domicile

Typiquement horloger, le travail à la maison continue de se pratiquer jusqu’à la fin du 20e siècle. Mais là, à l’heure des fabriques, il est principalement féminin, s’adressant aux épouses restant à la maison. C’est sûr qu’on peut aussi travailler dans ses temps libres : le soir, quand les enfants sont à l’école et quand la charge du ménage le permet ; pas si simple !

La parité numérique est très vite acquise et pourtant les emplois sont très différents

Dans les fabriques, la parité homme/femme est très vite atteinte, voire plus. Mais les métiers sont très sexués et la gouvernance y est très majoritairement masculine. Il y a la même situation qu’en cuisine : il y a les régleurs de précision, des hommes, l’aristocratie des horlogers qui se penchent durant des mois sur quelques spiraux et balanciers ; et il y a les régleuses, des quantités de femmes dans des ateliers, ou à la maison qui œuvrent sur des grosses quantités de spiraux pour faire aller des milliers de montres.

Dans les ateliers de montage, les femmes font les gestes simples d’assemblage sous les yeux du chef d’atelier. Et si la pièce ne fonctionne pas bien, c’est l’horloger-décotteur qui la corrigera.

La femme moderne est à la fabrique

Cet emploi des femmes peu qualifiées, et non-invitées à l’être, autorise néanmoins une certaine autonomie car le salaire est versé directement à la travailleuse. Ce complément de revenu et sa provenance permet de sortir de la condition de mère au foyer ; il amène parfois un peu de luxe dans le ménage. Les épouses, comme les jeunes filles prestement invitées à participer aux finances familiales, s’affranchissent alors du modèle de la mère au foyer, soumise et dépendante de son mari.

Le renouveau horloger condamne les « petites mains » pour faire naître la femme de métier

Le récent renouveau de la montre mécanique a fait disparaître les « petites mains » et les a rebaptisées opératrices. Plusieurs choses ont changé dans les ateliers. Tout d’abord les machines ont mis fin à beaucoup de tâches manuelles répétitives. Ensuite ce renouveau horloger s’est fait autour de pièces bien faites, décorées et terminées soigneusement. C’est sûr que l’emploi a aussi diminué de manière conséquente. Mais les femmes sont revenues par la grande porte. De paires de mains appelées à obéir autour de tâches simplissimes, les femmes se sont vu pratiquer des gestes horlogers comme des finitions soignées ou l’assemblage des mécanismes. Les structures de production font confiance dans leurs capacités avec, par exemple, l’auto-contrôle. Devenues qualifiées et reconnues, les femmes font aujourd’hui jeu égal avec les hommes dans les ateliers. Quant aux horlogers, ils migrent lentement vers des travaux d’analyses dans les laboratoires ou dans l’élaboration des méthodes de production. Et dans tous les ateliers, même les plus improbables comme la mécanique, les femmes sont là et elles tiennent une place qu’il serait inepte de discuter.

 Suite des évolutions

Pourtant ce n’est pas si magique. Oui les métiers ne sont plus sexués, aujourd’hui les femmes sont partout dans tous les métiers et dans l’encadrement. La parité des salaires est parfois acquise, pas forcément celle des emplois qualifiés, ni celle dans les cadres de l’entreprise. Cela avance déjà dans les entreprises comme chez nous. Le chemin de la reconnaissance des femmes dans nos métiers horlogers n’est pas fini. Il y a encore plein de préjugés sur les aptitudes, la finesse des gestes et la capacité d’attention « typiquement » féminines. Quant aux hommes, là aussi les préjugés sont légion, car ils sont, « bien sûr », plus ceci et plus cela…

Clin d’œil paradoxal

Reste un innocent clin d’œil, l’égalité est à construire aussi dans l’autre sens car en horlogerie, comme ailleurs, il est des métiers restant presque interdit aux hommes. Et pour faire changer les choses, ici commence une belle remise en question.

 

Sans être militants, mes propos sont construits autour de situations du passé ou vécues dans des ateliers contemporains.

 

Benoît Conrath

Horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

 

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Le télétravail en 2020, une redécouverte mémorable pour l’horlogerie

On vit une époque formidable. Loin de plusieurs repères temporels. Rythmes à maintenir. Découvertes à faire. Rappel des exigences et bornage des contingences. Limites et non-limites du travail à domicile. Une formule à mettre en place. Home office, c’est du déjà vu pour les horlogers.

On vit une époque formidable 

L’année 2020 est terminée. C’est une évidence de dire qu’elle a changé notre vie quotidienne, celle d’aujourd’hui et encore plus celle qui suit. Tout, et plus encore, a été dit, peut-être trop même, et pourtant…

 Loin de plusieurs repères temporels

Pourtant, en revenant au Temps et à l’horlogerie, puisque celle-ci est l’art de sa mesure, les deux ont été fortement bousculés. L’axe du temps, passé, présent et futur a ainsi été malmené avec cette situation où l’on est sûr de rien aujourd’hui, où le passé ne nous sert plus de référence et où le futur ne nous appartient pas, et encore moins que d’habitude.

On le sait, il n’y a que les horlogers et les physiciens qui décrivent le temps comme linéaire ; de multiples appareils, comme la plus simple des montres cherchent à le montrer.

Alors que le Temps est autre. Regardons nos anciens, les enfants ou les poètes. Certaines secondes peuvent paraître des siècles ; alors que des mois, des années s’estompent dans la brume des têtes vieillissantes ou dans la fraicheur des jeunes âmes.

Si la fabrication actuelle et industrielle ne le permet pas, la construction de mouvements à domicile, c’est possible

Rythmes à maintenir

Ces derniers mois, beaucoup ont découvert le télétravail. Bon, la télé-fabrication et la télé-décoration des composants restent à inventer, tout comme le télé-montage des mouvements et le télé-emboîtage des montres. Pour les télétravailleurs, c’est une terre inconnue qui s’est ouverte à eux. Moins d’horaires et un cadre de travail inhabituel, pas de lieux définis de travail, plus de rencontres avec les collègues et fin d’un code vestimentaire à suivre.

Pourtant tout n’était pas à réinventer, à reconstruire. Même si le travail arrivait dans la maison, chacun a dû domestiquer le Temps et redécider de son application. Il a fallu maintenir le temps de travail, bien le différencier de celui des loisirs.

Avec la confiance de l’employeur, chaque télétravailleur s’est vu suivre le rythme initialement prévu à l’entreprise ; seul le temps du trajet pour se rendre à l’entreprise s’est évaporé. L’entourage familial a appris que certains moments étaient réservés au travail et d’autres pas, que la présence continuelle du télétravailleur ne signifiait pas sa totale disposition, tant s’en faut.

Découvertes à faire, exigences et bornage des contingences

Avec cette situation inédite, un nouveau rythme s’est installé. Le travail à la maison reste du travail, ce sont toujours des choses à faire, des réponses à donner, une disponibilité à avoir dans le cadre d’une journée, dans celui d’un horaire commun à une équipe ; mais dans un lieu différent. Et si le café de 10 heures est pris sur le canapé ; le linge dans la machine attendra toujours midi pour être suspendu.

Une responsabilité accrue

Chaque télétravailleur apprend à être au travail à distance, à réagir rapidement, à interagir avec ses collègues avec les moyens modernes. Il faut gérer son temps, respecter celui du travail et celui des loisirs. Les enfants, les jardins et le bien-être personnel en profitent bien. Tellement qu’il parait difficile de revenir en arrière.

Les entreprises, les administrations cherchent de nouvelles voies, de nouvelles méthodes pour renforcer les liens d’équipes qui ne se rencontrent que très peu. Les lieux de travail changent ; le sacro-saint bureau disparaît comme ont disparu la fidèle secrétaire et sa machine à écrire avant lui. De nouveaux espaces s’aménagent avec une importance donnée aux lieux d’échanges, dédiés à cette activité, devenue essentielle et nouvellement nommée la convivialité.

Home office et horlogerie, une très vieille histoire

Nous, en horlogerie, on connaît le home office depuis longtemps. Confier une tâche à une personne qui va la faire chez elle, dans son cadre familial, avec ou sans le soutien des siens, puis la réceptionner, la valider et rémunérer le travailleur, c’est du télétravail, du home office ou aussi de l’établissage. Oui de l’établissage, cette méthode de production horlogère proto-industrielle propre à l’Arc jurassien.

Tombée en désuétude il y a plus de cent ans, elle redevient d’actualité. Enfin autrement car si aujourd’hui c’est l’ordinateur qui est à la maison, les CNC comme les établis sont toujours à la manufacture. Pourtant s’il n’y a pas encore beaucoup d’établis de retour derrière les fenêtres des maisons de nos montagnes, on n’en est pas très loin. Au printemps dernier chez eux, certains ont déjà effectué des opérations manuelles sous le binoculaire.

Alors cet axe du Temps encore valable ? Et si le passé redevenait une référence, une balise pour un futur moins incertain ?

 

Benoît Conrath

Horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

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Charles-Edouard Guillaume, un Nobel au cœur des mouvements

Charles-Edouard Guillaume Prix Nobel de physique 1920

Natif de Fleurier, village horloger, Charles-Edouard Guillaume est un savant reconnu dans le monde entier. Travailleur infatigable, il a œuvré pendant des années pour l’amélioration des alliages ferronickels qui sont très stables lors des changements de température. Fils d’horloger, il a très vite vu l’utilité de ses travaux pour l’amélioration de la précision des chronomètres. Salués par la remise du prix Nobel de physique en 1920, ses travaux restent toujours d’actualité.

Depuis les premières activités de David-Jean-Jacques-Henri Vaucher à partir de 1730, le village de Fleurier s’est développé autour de l’horlogerie. Durant tout le 19e siècle, la population locale réalise des montres pour la Chine. Avec les multiples ateliers familiaux, avec des établisseurs comme Bovet, Vaucher, Jéquier et d’autres, l’entier du village vibre, alors, au rythme du balancier spiral qui anime les beaux mouvements des montres chinoises.

Voisine de l’Hôtel de Ville, il est une ancienne ferme neuchâteloise discrète que seule une plaque de bronze signale comme remarquable. Il y figure les mots suivants : Dans cette maison est né le 15 février 1861 Ch. Ed. Guillaume, Prix Nobel de physique, inventeur des métaux Invar et Elinvar, dont les travaux contribuèrent aux progrès de l’horlogerie et de la chronométrie.

Plus discrètement, le même nom est rappelé sur la porte ; porte toujours ouverte par ses descendants lors de leur séjour en Suisse. Et dans une pièce, appelée autrefois la « chambre », c’est un conservatoire à sa mémoire. Rien n’y a changé depuis son décès en 1938, même avant, car il y a toujours le portrait de sa mère, le canapé et les fauteuils comme sur une photo où il figure à ses côtés.

Après des études brillantes à Zürich et un séjour militaire où il s’intéresse à la balistique, l’art de diriger des projectiles vers le bon endroit, Charles-Edouard Guillaume entre au Bureau international des poids et mesures à Sèvres près de Paris. Il y passe 53 ans dont les 21 derniers comme directeur.

Là en lien avec des métallurgistes français et allemands, il étudie longuement les alliages ferronickel. Grâce à ses travaux, ces alliages, très peu sensibles aux différences de température, ont permis la réalisation d’étalons de longueur à moindre coût que ceux en platine iridié précédemment en usage. La stabilité dimensionnelle des métaux développés par le docteur Guillaume a servi aussi à des mesures géodésiques comme à d’autres de température ou de pression.

Fils d’horloger, Charles-Edouard Guillaume a très vite saisi le grand intérêt présenté par des métaux insensibles aux variations de température pour la précision des appareils horaires.

Ce fut en premier l’Invar, alliage de fer à 36,2 % de nickel, qui reste stable dans ses dimensions même si la température change. Il trouve place en horlogerie comme tige des pendules de précision. Puis arriva un autre ferronickel, l’Elinvar. D’une élasticité constante face aux changements de température, il intervient dans la réalisation des spiraux ; le spiral étant ce fin ressort associé au balancier, constituant avec lui la référence de temps de la montre.

Notre physicien a aussi mis au point un autre alliage, l’Anibal pour la fabrication des balanciers.

Quelque peu réticent à la mode des anglicismes pour les marques horlogères, les xxx Watch and Co sont légion au début du 20e siècle, il baptise ses alliages ferronickel de noms évocateurs, qu’il tient à exprimer en français.

Il s’agit de l’Invar pour dimensions invariables, de l’Elinvar pour élasticité invariable et de l’Anibal pour acier au nickel pour balancier. Sa rigueur de polytechnicien a fait que les progrès ultérieurs ont vu arriver l’Elinvar II, puis le III avant le Parélinvar 1 et puis le 2.

Ces travaux lui ont donc valu de recevoir le prix Nobel de physique en 1920. Reconnaissance importante quand on l’évalue aux récipiendaires des années voisines. Celui-ci avait été remis l’année précédente à Johannes Stark, découvreur de l’effet Doppler ; effet bien connu par l’une de ses applications, peut-être trop courante dans les radars situés au bord des routes. Et l’année suivante, en 1921, il sera remis à Albert Einstein que l’on ne présente plus.

Charles-Edouard Guillaume s’est éteint à Sèvres, peu d’années après s’être retiré de son poste de directeur. Il a été enterré à Fleurier.

Les métaux, qu’il a mis au point, restent d’actualité dans les thermomètres, pour les cuves des méthaniers, ces bateaux transportant du gaz à très basse température et ils sont à la base des subtils alliages pour les spiraux horlogers, même si la mesure précise du temps est maintenant passée à l’ère de l’électronique.

En hommage au physicien et à sa contribution à l’horlogerie, une fondation a été créée en 1945. Elle accorde des bourses à des jeunes chercheurs demeurant en Suisse et effectuant des recherches liées à l’industrie horlogère.

Dès la jeunesse de son illustre ressortissant, à Fleurier l’horlogerie quitte les ateliers familiaux pour se pratiquer dans les grands ateliers des fabriques, devenues maintenant des manufactures réputées.

Comme un dernier clin d’œil, la maison de la famille Guillaume voisine aujourd’hui avec la Fondation Qualité Fleurier, hébergée à l’Hôtel de Ville. Instituée en 2004, cette fondation a pour but de promouvoir la qualité esthétique et technique des montres. La boucle est bouclée. Tout près du lieu de naissance de l’homme qui a tant apporté à la précision, aujourd’hui se contrôle la marche des montres de qualité.

Benoît Conrath

Horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

 

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L’outillage des horlogers à l’établi, entre changements et choses immuables

Plein de considération pour leurs outils, les horlogers se déplaçaient avec systématiquement sur un nouveau lieu de travail. Autour de l’établi, ils témoignaient des capacités de leur propriétaire. Aujourd’hui, les responsables d’atelier ne veulent plus d’outils personnels. Pourquoi et comment en est-on arrivé à cette stricte éradication ? Et pourtant certaines layettes restent très personnelles.

 

 L’horloger et ses outils, un long compagnonnage

Dès le début, l’apprenti intègre le rôle des outils. Très vite rendu attentif par leur valeur, il est invité à les soigner, à les nettoyer et à ne pas les laisser en désordre sur l’établi. Pour apprendre à travailler les métaux, l’apprenti va réaliser des outils simples. Comme ceux qu’il a acheté, ils prendront place dans les tiroirs de l’établi. Souvent la personne débutante dans le métier court dans les brocantes pour compléter ses outils. Provenant d’anciens horlogers, rarement avant leur décès, ou alors transmis par héritage, d’autres outils vont remplir la layette de l’homme de métier.

Ainsi au fur et à mesure du temps passé à l’établi, des difficultés surmontées et de celles qui restent, se construit une belle histoire entre les outils et celui qui les manipule. Dès le tiroir ouvert, la main n’hésite pas à saisir les brucelles adaptées, la lime qu’il faut et pourtant le choix ne manque pas.

 

 Petits et gros outils, machines et établis, certains sont au patron et d’autres non

Tous les outils ne sont pas la propriété de celui qui est à l’établi. Les gros outils comme certaines potences, les machines comme celles pour tester l’étanchéité, les chrono-comparateurs, les tours d’horloger ou de mécanicien sont mis à disposition de l’employé. Le poste de travail qui se compose de l’établi, de la chaise et d’une lampe attend le nouvel employé. Et s’il veut un coussin, un repose-pied particulier, charge à lui de l’amener comme d’autres amènent la photo des enfants auprès de l’écran de l’ordinateur. S’asseyant à l’établi, le nouvel arrivant va installer ses outils dans la layette, soigneusement et il va s’assurer que celle-ci puisse fermer à clef. C’est si précieux les outils.

Signe d’un horloger soigneux

A l’arrivée du nouveau, les voisins d’établi vont jeter un coup d’œil rapide sur les outils, sur la façon dont ils sont mis en place dans les tiroirs. Plus que sa tête, c’est son attitude envers son matériel, la netteté de la surface de l’établi qui va aider les collègues à se faire rapidement une opinion sur le nouveau. Des remarques comme : « Je ne sais pas s’il est bon ; mais il a des outils en ordre » sont ainsi une reconnaissance rapide des facultés professionnelles du nouvel arrivant.

Ensuite c’est lorsqu’il utilisera les outils collectifs que tous mesureront ses qualités de soin. Le tour est propre et doit le rester, avec les burins montés de telle manière ; telle machine doit être utilisée selon un strict protocole et telle potence doit être rangée ainsi avec tel tasseau restant monté dessus. Ce sont des règles impitoyables qu’il faut toujours suivre et elles sont parfois complétées par des coutumes locales à respecter ; charge aux collègues d’expliquer le pourquoi du comment.

 

Témoin du passé et ancrage du présent

Cette manière de faire appartient au passé, un passé lointain ou proche, en fonction des travaux à accomplir à l’établi.

Lors de l’assemblage de mouvements simples, dits trois aiguilles, le responsable de l’atelier attend de chacun qu’il utilise les mêmes outils de la même manière. Plus de place pour le tournevis du grand-père, c’est avec celui-ci, le dynamométrique, réglé à tant de Nmm qu’il s’agit de visser les vis de pont. Les documentations techniques, visibles sur une tablette numérique posée près du mouvement, donnent ainsi des consignes précises tant pour la lubrification à appliquer que pour le type d’outils à utiliser et le couple de serrage des vis. C’est la garantie d’une production stable, constante et fiable.

 

Aujourd’hui les 5 S

Aujourd’hui dans l’esprit des 5 S, avec le quatrième qui veut dire standardisation, une fois par semaine dans les ateliers passe le mécanicien pour échanger brucelles et tournevis pour d’autres, identiques, mais en ordre et tous affûtés de la même manière ; un principe s’appliquant partout : à chacun les mêmes outils.

C’est à ce mécanicien qu’incombera la charge de construire ou d’adapter des posages, des tasseaux en suivant les plans du bureau technique. On est loin de l’horloger qui venait sur le tour 70 pour retoucher, un peu, le porte-pièce qui ne pinçait pas vraiment assez.

Des machines et des outils modernes

Les machines ont aussi évolué et leur manipulation ne s’improvise pas. Les appareils à tester ceci et cela sont devenus compliqués, ils requièrent des compétences particulières. Ce sont donc à des personnes formées que va échoir ce travail. Il y a maintenant dans les ateliers horlogers, à chaque poste, des personnes spécialement orientées vers une tâche bien particulière.

 

Clin d’œil

Et pourtant, souvent sur l’établi, reste un outil différent. Pas forcément une relique, c’est peut-être le premier tournevis réalisé par l’apprenti, ou alors la pince du grand-père, en tout cas elle n’est pas ici pour servir, mais comme les photos des enfants, peut-être pour se rappeler d’un temps révolu.

 

Alors c’est fini ?

Non pas encore et pas demain car les horlogers en complications, ceux qui gèrent l’assemblage d’un mouvement du début à la fin, ceux qui œuvrent sur des mécanismes comme les répétitions minutes, les tourbillons et toute cette sorte de choses ont toujours leurs outils personnels. Ce n’est pas une survivance mais une nécessité face à la grande diversité des tâches qu’ils doivent assumer. Et là reste toujours l’appréciation voire l’admiration des voisins pour celui qui a plein d’outils et les utilise au mieux.

 

Benoit Conrath

Horloger chez Vauchez Manufacture Fleurier

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Les survivances horlogères

Durant sa longue histoire, l’horlogerie a évolué. Les progrès techniques et les attentes des porteurs de montres ont fait changer les mouvements. Pourtant la montre mécanique présente toujours des survivances dans sa terminologie, dans certains dispositifs et dans plusieurs de ses finitions. Est-ce encore utile ? Sommes-nous prisonniers d’habitudes surannées? Et si ces survivances contribuaient à la beauté de l’horlogerie actuelle ?

Définition des survivances

La mesure mécanique du temps a été inventée à la fin du moyen-âge. Même si l’horlogerie n’a pas cessé d’évoluer depuis, beaucoup de termes, de techniques, d’opérations de finition et de procédures sont des survivances. Ces survivances sont parfois totalement désuètes, parfois elles sont un juste maintien d’un bon travail et souvent elles sont passées de nécessaires à décoratives. Loin de les instituer dans un vague folklore horloger, essayons de les restituer dans leur utilité d’autrefois.

Vocabulaire

Chaque métier possède un vocabulaire propre, aidant à décrire rapidement les opérations, nommant les outils et les pièces. Souvent en recherchant l’origine des mots horlogers, le dictionnaire qualifie de vieilli des termes comme layette, tacon, queue d’aronde, quantième, entre autres. Pourtant chacun de ces vieux mots possède un sens horloger actuel et ne pas les utiliser obligerait à de pénibles périphrases et autoriserait des approximations douteuses.

Légales

Un bel exemple, c’est la plus-value toujours attribuée aux pierres dans les mouvements horlogers. Leur installation autour des pivots du rouage a permis de gagner en fiabilité comme d’atténuer l’usure autour des points de pivotement. Ce progrès technique s’est vu généralisé à tous les mouvements, mais aujourd’hui, certaines administrations exigent toujours la mention du nombre des rubis sur la surface des ponts.

Dimensionnelles

Le diamètre d’encageage des mécanismes s’exprime encore en lignes et en fractions de ligne. Maintien d’un système hérité des temps lointains d’avant le mètre, cette mesure est aujourd’hui malmenée pour s’arrondir une fois un peu plus haut, une fois un peu plus bas ; le tout pour correspondre avec ses fractions aux strictes dimensions actuelles mesurées au millième de millimètre.

Affichage et forme

Conçus dans l’hémisphère nord, nos appareils horaires affichent le temps selon le sens de rotation de l’ombre du style du cadran solaire. C’est assez simple à restituer avec des rouages et un cadran rond. Mis à part certains mouvements dits « de forme », les montres continuent à se référer à ce cercle. Même les montres connectées, souvent rondes, proposent toujours un affichage avec des aiguilles évoluant sur un cadran circulaire. Et le sens des aiguilles d’une montre sert maintenant de repère pour exprimer l’un des deux sens de rotation. Si l’horlogerie avait été inventée dans un pays austral, nos montres tourneraient à l’envers, comme sans doute les vis et beaucoup d’autres choses.

Porter

Les montres ont commencé à être portées au poignet au début du siècle dernier. Alors très fragile, leur mécanisme supportait mal les chocs et les secousses. Placée à droite du cadran, à 3h, la couronne invitait à mettre la montre bracelet au poignet gauche, plus au calme car la majorité des personnes sont droitières. Les progrès techniques ont fait des montres des machines robustes mais l’habitude est restée de les construire pour le bras gauche.

Positions de contrôle

Bien avant les microphones qui écoutent le bruit de l’échappement, les montres étaient contrôlées immobiles selon les positions qu’elles pouvaient prendre dans les poches ou sur les meubles lorsqu’elles quittaient les personnes. Totalement arbitraire, cette procédure de contrôle, héritage direct des montres de poche, est aujourd’hui inadéquate pour une montre bracelet très mobile qui occupera bien peu ces six positions statiques définies dans l’espace.

Techniques

Au cœur du mouvement, les survivances sont légions : tout d’abord le repassage des surfaces comme le perlage, les côtes de Genève, le grenage, les étirages et les anglages avaient le rôle d’effacer, de lisser et d’unifier les surfaces mal-finies par les procédés de fabrication du passé.

Le dorage des composants cuivrés, comme le polissage des têtes de vis et autres aciers, évitait ou freinait l’oxydation facilitée par la non-étanchéité des boîtes des montres. Les aiguilles et les vis étaient souvent bleuies par oxydation superficielle pour limiter la rouille, crainte majeure des horlogers.

Les pierres d’horlogerie, les fameux rubis, étaient rouges. Pour les montres très soignées, ils étaient sertis dans des bagues, maintenues en place par des vis. Ces chatons, amovibles, facilitaient l’ajustement des ébats de hauteur du rouage.

Au temps révolu de la raquette et du pince-lame du spiral, le ressort col de cygne permettait d’ajuster soigneusement la longueur active du spiral pour un réglage fin de la montre.

Aujourd’hui, bien qu’elles aient souvent perdu leur rôle initial, ces techniques continuent d’être pratiquées. La terminaison des surfaces est devenue décorative, elle invite la lumière à jouer au cœur du mouvement mécanique. Eminemment nocif, le dorage au mercure a laissé place à différents traitements de surface, toujours pour éviter l’oxydation, même si les boîtes protègent bien mieux de l’eau. Comme l’étirage des aciers, le poli des têtes de vis, des tigerons contribue aux contrastes de lumières ; cet apanage des mouvements bien terminés.

Les pierres d’horlogerie, devenues synthétiques, sont toujours rouges et plusieurs ponts continuent de porter fièrement des chatons en or bordés de vis polies bleuies. Quant à la raquetterie col-de-cygne, si belle sur la planche du coq, elle sert maintenant à positionner finement le piton.

Finalité de ces survivances

Alors quelle finalité pour ces procédures, ces manières de faire, ces habitudes et ce vocabulaire venus d’un passé parfois bien lointain ?

Loin d’un folklore horloger, prisonnier de traditions séculaires et figé par l’accoutumance, la grande majorité de ces survivances ont été ré-habitées. Devenues inutiles ou inadaptées, elles continuent autrement à baliser le chemin des horlogers. Fournissant des clefs de lecture venues d’autrefois, elles trouvent une nouvelle fonction, celle de contribuer à la qualité esthétique et technique des montres de belle horlogerie.

Ce ne sont pas des traditions dépassées, mais des survivances devenues références pour beaucoup. Elles contribuent à rendre amoureux des jolies choses, elles permettent, aujourd’hui, de construire, de proposer des belles montres.

Benoit Conrath

Horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

 

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Ateliers horlogers et habitat des horlogers, une longue histoire de construction dans l’Arc jurassien

Pratiquer l’horlogerie, loger les horlogers c’est construire ou adapter des bâtiments. Au rythme des changements et des crises, les réponses aux besoins se traduisent en trois dimensions. Aujourd’hui dans l’Arc jurassien, l’histoire industrielle horlogère se lit le nez au vent dans nos villages comme dans les rues de nos villes.

 

 

Difficulté de classifier l’histoire du bâti horloger

Décrire la longue histoire des bâtiments édifiés autour de l’horlogerie est un exercice difficile. Il y a toujours une indocilité des faits et des dates, ici bien visible car, de fait, le bâti reste sur le sol. Ici, un paysan-horloger travaillera toujours dans sa ferme en 1950, comme des travailleurs œuvreront encore à domicile au moment de la Crise Horlogère. Néanmoins de grandes étapes dans les constructions sont bien discernables dans cette longue histoire.

 

Modification des façades des fermes

Dès l’arrivée de l’horlogerie au début du 18e siècle, les fermes des villages et des hameaux de l’Arc jurassien sont adaptées à cette activité. Le besoin de lumière demande l’ouverture de fenêtres supplémentaires. La grammaire perturbée des façades et la présence de moellons différents autour des grandes embrasures désignent ces fermes où s’activaient les paysans-horlogers.

 

Maisons spécifiques

Au tournant du 18e, plusieurs paysans délaissent le travail de la terre pour l’horlogerie, qui devient leur principale source de revenus. C’est alors le temps de l’édification d’immeubles horlogers même dans les petits villages. Plus de grands toits pour abriter une grange, plus de « train de ferme », mais des logements pour les familles dans les étages inférieurs et sous le toit de longues fenêtres éclairant l’atelier d’horlogerie. Elles sont orientées en évitant soigneusement le sud, source d’un soleil incommodant. Elles sont aussi en hauteur avec une vue dégagée pour jouir d’une lumière sereine et évoluant paisiblement, une nécessité pour les activités à l’établi. Quant aux agglomérations, elles grandissent. Après l’incendie de 1794, La Chaux-de-Fonds est reconstruite selon un plan en damier élaboré pour les besoins des activités horlogères: de l’espace autour des maisons garantissant une lumière régulière sans ombres portées et de larges voies de communication facilitant les échanges d’ateliers à ateliers en toutes saisons.

Maison d’établisseurs

A la même époque, apparaissent des maisons de prestige, celles des établisseurs. Ces bâtiments abritent l’habitat et les bureaux de l’établisseur horloger qui organise la production des montres et les commercialise. Souvent la magnificence des façades, des jardins et quelques pièces d’apparat témoignent de la réussite des affaires de leur propriétaire.

 

Ateliers sans habitat

Dès le début du 19e, l’horlogerie se mécanise avec des machines lourdes. Elles sont donc installées au rez-de-chaussée, soit dans des bâtiments abritant aussi des logements, soit dans des constructions qui ne sont que des ateliers. Les progrès techniques permettent, à la fin de ce siècle, l’édification de bâtiments spécifiques en métal et en briques, bien adaptées à la mécanisation de l’horlogerie.

 

Fabriques avec maison directoriale 1870-1930

Dans une logique de rationalisation de la production, le système de l’établissage s’estompe dans la deuxième moitié du 19e siècle. C’est le début des fabriques et certaines sont intégrées. Dissociées de l’habitation de l’ouvrier, elles sont contiguës au logement du directeur. Ces longs volumes sont facilement dissociables. D’abord la villa patronale très soignée avec des balcons et un perron monumental, viennent les bureaux et ensuite les ateliers avec leurs longues lignées d’ouvertures.

 

Fabriques 1870-1930

Il y a aussi les fabriques sans villa. Libérées de cette volonté de témoigner d’un certain succès dans les affaires, elles présentent sur leurs quatre côtés un strict aspect d’usine horlogère, toujours bien identifiable avec la multitude des fenêtres. Avec la difficulté des trajets du personnel, quelques grandes fabriques prennent place dans des villages, devenus alors mono-industriels.

 

Villas des patrons et mécénat culturel : théâtre, musée etc… 1850-1970

Lorsqu’il n’habite pas accolé à sa fabrique, le propriétaire se fait construire une villa. Il y a, presque, une rivalité entre les bâtisseurs. La taille, les décors, les jardins et bien sûr l’implantation des villas sont évalués par tous. Dans les villes, via un mécénat important, cette motivation à témoigner de sa réussite profite à tous par l’édification de salles de musique, de théâtres et de musées.

 

Logement des horlogers à partir de 1870

Les horlogers ayant pris le chemin des fabriques, les maisons n’ont plus besoin d’abriter des ateliers. Il ne s’agit plus que d’y loger des familles dont la plupart des membres partent à la fabrique. Et le succès des activités horlogères entraine un grand besoin de logements pour les nouveaux arrivants dans les villes qui s’étoffent.

 

Extension des fabriques 1930 puis 1950

Au rythme des périodes prospères, les fabriques sont agrandies. Souvent en continuité esthétique, parfois non, car les styles et les techniques permettent alors d’autres structures donnant un nouveau visage à ces bâtiments.

 

Rénovation des fabriques, construction d’usines horlogères et mise en place de la Manufacture 1990-

Avec le renouveau de l’horlogerie, les usines horlogères sont rénovées, réadaptées aux besoins largement diminués en personnel comme à l’omniprésence des machines CNC. La volonté est de mettre en adéquation l’aspect des bâtiments, désormais nommés « Manufacture » ou « Ateliers » avec l’esprit de la marque. Ils se doivent donc résolument modernes ou alors les témoins d’un passé revisité, présenté comme pur, propre et net.

Une autre option est de partir de zéro. La marque, faisant appel à des architectes reconnus, construit alors un immeuble voulu et pensé comme un véritable vecteur promotionnel des montres qu’elle propose.

 

Reconversion des ateliers vers 1900, puis des fabriques depuis 1930

Les changements d’organisation de la production et les difficultés économiques condamnent l’usage professionnel des ateliers indépendants puis de plusieurs locaux industriels. En diminuant leurs ouvertures, en en bouchant d’autres, ils deviennent alors des logements. Fractionnées presque tronçonnées, les longues fabriques abritent des occupations bien loin de leur destination première comme des lofts, de la mécanique auto, des activités culturelles. Parfois l’ouverture de grandes baies, l’installation de balcons, des rajouts incongrus perturbent profondément leurs façades qui présentaient une harmonie et un certain esthétisme.

 

L’histoire horlogère se lit dans nos villages comme dans les rues de nos villes

Ainsi une déambulation innocente dans les agglomérations de nos montagnes et vallées peut être l’occasion de belles découvertes. Pas à pas, cette lecture de la physionomie du bâti régional permet de visualiser les lieux où se faisait, où se fait l’horlogerie. Ces bâtiments horlogers, comme les outils et les machines autour des établis, ont évolués. Mais ils restent des outils mixtes aidant à la réalisation des pièces horlogères comme à leur promotion.

Benoît Conrath

Horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

http://www.vauchermanufacture.ch

Allons dans les musées !

 

 

Allons dans les musées, dans tous les musées, pas seulement dans ceux d’horlogerie, pas seulement dans ceux des marques. Ils ont tellement évolués. Ouvrons-y les yeux, apprenons l’histoire de l’horlogerie, le contexte où elle a grandi. Et surtout, surtout nourrissons-y notre intérêt, entretenons notre passion, vivons-la et partageons avec d’autres amateurs.

La montre haut de gamme ne vient pas de nulle part

Redécouverte après la Crise Horlogère, la montre haut de gamme possède une longue histoire. Entamée avant la fin du Moyen-âge, l’aventure de la mesure du temps continue. Et pourtant aujourd’hui avec les montres mécaniques visibles dans les vitrines des magasins, cette évolution semble s’être fourvoyée. D’où vient cet engouement, cette passion pour acquérir, pour porter un appareil horaire plus onéreux que nécessaire, largement plus imprécis qu’une montre électronique ? Qui plus est, cet objet désuet doit être entretenu précautionneusement. Plusieurs réponses à ces grandes questions se trouvent dans et autour des musées.

Différents musées

“Le musée est une institution permanente sans but lucratif, au service de la société et de son développement, ouverte au public, qui acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité et de son environnement à des fins d’études, d’éducation et de délectation.” Clairement défini par l’ICOM (Conseil International des Musées), le rôle des musées est vaste et correspond bien aux attentes de l’amateur d’horlogerie ; avec, en fin de définition, ce mot de “délectation” qui est d’importance car dans le terme d’”amateur”, il y a celui qui aime…

Dans la liste des musées qui peuvent éclairer l’amateur d’horlogerie, il y a de tout, des grands, des petits, des célèbres et des méconnus. En adhérant à cette charte, tous présentent des objets, les documentent et les situent dans l’histoire des techniques, dans celle de la société et dans celle des hommes.

Musée régional du Val-de-Travers, commerce avec la Chine

 

Des musées tellement attractifs et ouverts

Loin des visites d’autrefois, le musée moderne est un lieu de transmission, de vie et, plus encore, de rencontres et d’échanges. Il y a des visites guidées, des accompagnements des visiteurs ; lors de conférences, des pièces sont mises en évidence, replacées dans leur contexte ; il y a des rencontres organisées avec des personnes maitrisant avec brio certains sujets ; il y a encore la possibilité de s’impliquer dans plusieurs d’entre eux, d’y jouer un vrai rôle d’ami, de soutien à l’institution. Oui, loin d’être avares de leurs savoirs et repliés sur eux-mêmes, les musées modernes sont ouverts et cherchent à s’inscrire dans une démarche de séduction active.

Tout d’abord l’environnement tant culturel qu’économique et humain

L’histoire de l’horlogerie, c’est d’abord l’histoire des hommes. Dans les musées, il est plus facile de comprendre les différentes civilisations, les différentes approches culturelles de la notion de temps. Dans ces musées, l’évolution des sociétés humaines est perceptible. On y voit comment nait le besoin de l’heure, celui de connaitre le temps et les exigences de précision qui vont croissant au fil de l’Histoire.

Ensuite la technique

Dans les musées spécialisés, les avancées techniques sont présentées. Au besoin de précision, les horlogers ont dû répondre souvent en symbiose avec la demande, parfois en retard ou alors avec une grande avance comme aujourd’hui.

La difficulté des horlogers pour garantir la tenue de l’heure en mer s’y présente avec le long piétinement de la détermination des longitudes.

Plusieurs pièces notables, d’autres un peu moins, racontent le long compagnonnage entre les machines horaires et les hommes.

 Et puis les musées des marques pour les passionnés

Ici se place une catégorie de musée particulière. Leur vocation, leur mission est claire, c’est celle de faire aimer la marque, les objets qu’elle a construits et ceux qu’elle propose aujourd’hui à l’achat. C’est l’endroit magique pour les passionnés de cette marque et de son histoire. La belle histoire des objets de la marque y est racontée ; le visiteur découvre la mise en place d’une mythologie centrée sur quelques modèles devenus iconiques. Dans toutes les salles, on y trouve l’historicité, la justification du sérieux, de la légitimité de la marque.

Parfois un bémol, c’est une possible et légère réappropriation de l’histoire horlogère qui risque de brouiller les nouvelles connaissances du néophyte, s’il n’a pas déjà parcouru des musées plus génériques. Une autre difficulté, c’est l’exclusivité de la visite réservée parfois à certains, c’est le difficile accès à tous les publics.

 Les musées pour nourrir la passion et aider à la partager

Ainsi les musées, dont certains sont déjà séculaires, jouent un rôle essentiel. Ils initient, ils entretiennent, ils motivent l’amateur à apprécier pleinement l’objet horloger sur les réseaux sociaux comme dans les vitrines.

Partager, expliquer, c’est justifier un intérêt, c’est évoquer une possibilité, c’est convaincre de la justesse, de la pertinence d’une démarche d’achat. Car comme dans toute passion, il y a une part d’irrationnel et cette part peut entrainer un recentrage du budget vers un investissement bien éloigné des priorités premières.

Beauté des choses inachetables

Les musées hébergent des merveilles, des objets parfaits, des montres précieuses, tellement belles et équilibrées que personne ne s’étonne de les y voir en bonne place.

Alors pas trop d’inquiétude, une visite au musée n’est pas un piège consumériste. Il n’est pas dangereux d’aller voir des merveilles horlogères dans les musées.

Un passage au Louvre ne donne pas systématiquement besoin d’avoir chez soi un Rembrandt, mais on y entretient une sensibilité au beau.

Ainsi les visites aux multiples musées, horlogers ou pas, motivent pour apprécier la Belle Horlogerie, celle d’hier comme celle d’aujourd’hui et celle encore à venir.

 

Benoît Conrath

Horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

Crédits photos : Cécile Clémence, atelier revoc

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Progrès horlogers autour de la montre bracelet mécanique depuis 1950

En septante ans, la montre bracelet mécanique est passée d’objet délicat dont il fallait prendre soin en une compagne de tous les instants, prête à supporter presque tous les dommages. La créativité de ses concepteurs n’est plus limitée. Inventaire des progrès faits et effets pernicieux de continuer à porter une antiquité au quotidien. Retrouvailles actuelles avec le prestige de la montre.

 

Dans les temps anciens, lorsque nos actuels centenaires recevaient leur première montre bracelet, elle était accompagnée d’une kyrielle de recommandations.

Mis à part certaines marques horlogères qui proposaient des montres novatrices, la grande majorité des montres exigeait des précautions particulières.

Fragile, précieuse et sensible à tout, la montre bracelet devait être respectée et soignée pour assurer convenablement son rôle d’indication du temps.

Par exemple, il convenait de la poser bien au milieu de la table de nuit, à l’envers, du côté du verre. Ainsi on lui évitait des chutes, fatales aux pivots du balancier comme un trop brusque refroidissement, source potentielle de condensation à l’intérieur du mécanisme et cause possible d’une rupture abrupte du ressort-moteur. La proximité de la montre avec le poste de radio risquait d’affoler le spiral par un magnétisme hors de propos. Le lavage des mains comme les activités ménagères nécessitait le dépôt de la montre dans un endroit sûr.

Quant aux travailleurs manuels, il leur était encore vivement conseillé de continuer à porter une montre de poche, bien abritée au fond du gilet. Les sportifs déposaient très souvent leur montre avant de s’adonner à leurs activités.

Chaque occasion, via le top horaire à la T. S. F. ou les horloges publiques, était bonne pour s’assurer de la précision de sa montre, encore bien aléatoire.

Les huiles volages et les poussières omniprésentes obligeaient les horlogers, docteurs ès-montres, à entretenir très fréquemment ces délicats mécanismes.

Aujourd’hui, une fantastique liberté de conception, de création

Dans les bureaux d’études, les crayons ont depuis longtemps disparu comme le papier-calque permettant de reporter rapidement les formes de dents. Le projet d’un nouveau mécanisme s’affiche sur l’écran de l’ordinateur dans ses trois dimensions. Les logiciels de simulation ont remplacé les estimations de grandeurs et de proportions. Le projet d’un nouveau calibre est porté par une micro-équipe en lien rapproché avec les mécaniciens, les horlogers.

Pour la construction des composants, l’ordinateur couplé à des machines CNC permet des pièces compliquées, des boîtes de montres novatrices. Epaulée par un parc de machines, par des techniques en perpétuelle évolution, menée par des passionnés repoussant toujours les contraintes matérielles, la conception des montres ne connaîtra bientôt plus de limites.

Grâce à plusieurs innovations, tout a changé et il faut maintenant vraiment faire preuve d’incurie pour détériorer une montre. 

Le boîtier

L’évolution des techniques de fabrication des composants a permis à la boîte de gagner en homogénéité. Des joints ont pris place autour des glaces, de la lunette et du fond comme à la couronne. Disposer des boutons de corrections du quantième, des poussoirs de chronographe autour du cadran n’est plus une cause de mise en danger du mécanisme par les, autrefois inévitables, entrées d’eau et de poussières. Fond et lunette peuvent être vissés ; quant au clipsage des éléments, encore pratiqué, il est garanti efficacement par des joints. La couronne, moins sollicitée avec la généralisation des montres automatiques, est souvent vissée. Le cadran est maintenant protégé par une glace saphir inrayable et diablement résistante aux chocs. En parallèle avec l’évolution technique, le changement de ratio entre prix du travail et prix des matières a vu le poids de métal des boîtes augmenter. Faisant fi des cornes creuses, des barrettes soudées pour renforcer les attaches et des carrures si délicatement affinées, les boîtes actuelles sont devenues plus robustes, prêtes à subir chocs, usures et rafraichissements conséquents.

Une nouveauté, presque outrancière, c’est le fond, dit ouvert, qui laisse voir en toute impudeur les délicats rouages et l’apprêt des ponts et des platines. Tout ce qui faisait le charme des déboîtages à l’établi, c’était alors le grand privilège de l’horloger: avoir accès à la beauté délicate du mécanisme.

Le cadran

La réalisation des clichés de décalque par procédé chimique permet une finesse et une multiplication des indications. La réalisation des appliques, des plaques de base avec les CNC autorise des cadrans à plusieurs niveaux, munis de plusieurs index, de guichets. L’évolution des techniques de façonnage fait que les matériaux les plus divers trouvent place sur la face de la montre.

Au cœur du mouvement

Le pare-chocs protège le balancier par l’ingénieuse combinaison d’un chaton mobile et d’un axe spécialement façonné; ce qui permet un report des efforts dus aux chocs sur les tigerons de l’axe car ils sont moins vulnérables que les fins pivots. Accouplé au balancier, le spiral supporte nettement mieux les perturbations magnétiques. A proximité, le barillet, muni maintenant d’un ressort plus stable nommé incassable, fournit en sus une énergie plus constante. Les huiles d’autrefois bousculées par les poussières, par l’imprécision de la réalisation des composants et par leur nature versatile ont laissé place à des produits de synthèse remarquablement sereins et stables. Le laiton des roues et des balanciers peut être remplacé par le cuivre au béryllium, plus stable et plus résistant. La raquette, qui permettait d’ajuster la fréquence du balancier, a disparue échangée pour des balanciers à inertie variable. Les aciers inoxydables sont arrivés, tout d’abord, pour la tige de remontoir située à la délicate intersection entre le dehors et le dedans, puis pour plusieurs autres éléments. La cage du mouvement peut se faire en titane, en saphir synthétique ou encore avec d’autres matériaux bien différents du laiton et du maillechort.

Progrès colossaux dans la réalisation

Pour tous les composants, ceux du mouvement, ceux de l’habillage, cadrans et boîtes, il y eut une grande standardisation de la production, le recours à une stricte méthodologie de réalisation. Les machines CNC ont révolutionné la fabrication des composants de la montre. Les avancées techniques de l’outillage avec l’usage généralisé du métal dur, avec l’arrivée des céramiques ou encore avec certains traitements des arêtes des outils font que les outils sont plus résistants. Comme ils s’usent moins, ils se réaffutent moins; ils peuvent aussi travailler plus vite. Ils garantissent un meilleur état de la surface des pièces, moins de contraintes internes à la pièce et un bien meilleur respect des dimensions demandées. La pratique de l’érosion par fil pour découper des composants, pour élaborer des étampes comme l’usage du laser pour découper, graver et décorer des pièces autorise des formes, des structures de composants inédits. Comme le jeu des tolérances a été impitoyablement resserré, les sempiternels alibrages et les ajustements des temps anciens ont bien diminués. Aujourd’hui la qualité de réalisation des composants permet de les décorer, de les graver sans porter atteinte à leur fiabilité. De l’effacement des imperfections du façonnage, la finition s’est muée en mise en beauté des mécanismes. De nouveaux traitements de surfaces ont été perfectionnés ou mis au point; platines et ponts se parent aujourd’hui de couleurs, de reflets et de décors autrefois inconnus. Que de chemins parcourus; et le pluriel n’est pas de trop car les progrès furent de partout.

Progrès colossaux dans les analyses et les contrôles

Dans le domaine du contrôle, là aussi beaucoup de choses ont changé. C’est la généralisation du chrono-comparateur qui permet d’écouter les bruits du mouvement et d’en déduire un bulletin de santé immédiat. C’est le contrôle optique tridimensionnel qui, rapidement, vérifie cotes, formes et profils des pièces; cet appareil de contrôle qui va aussi intervenir directement sur la machine CNC pour modifier les paramètres du programme de fabrication. Ce sont des appareils d’analyse, de diagnostic des imperfections comme des caméras ultra-rapides saisissant des dizaines de milliers d’images par seconde. Tous ces matériels aident au mûrissement des nouveaux calibres, comme à leur réalisation.

Le grand gagnant : le porteur de la montre

Tous ces progrès ont contribué à accroitre la précision, la fiabilité et l’efficacité de ces appareils mécaniques que sont les montres. La montre mécanique est devenue beaucoup plus accessible, nettement moins fragile. La précision de la montre est largement suffisante pour notre quotidien et la fréquence des rhabillages s’est vue notablement diminuée. La montre mécanique a tout de même failli disparaitre, supplantée par des machines électroniques d’une précision fascinante.

Laissons-les dans les tiroirs !

Cette évolution de la montre bracelet mécanique est presque pernicieuse: c’est la jeune personne séduite par une montre d’autrefois. Inconsciente de sa fragilité, elle va lui faire subir le quotidien d’une montre actuelle. Cette aventure, hors de propos, se finira très vite mal, laissant sur le carreau, sur l’établi, une épave, une doyenne à qui il fut demandé trop, irrévocablement trop de choses à subir.

Oui, s’il nous faut porter les montres du passé, c’est avec l’esprit, le soin et le respect d’autrefois; un vrai et difficile challenge pour les poignets d’aujourd’hui.

Intérêt du passé

Alors où est l’intérêt de se référer à ces montres bracelets anciennes, si fragiles ?

C’est celui de renouer avec l’époque où la montre était un bel objet de prestige. Et de s’inscrire ainsi dans la continuité des passionnés des belles choses.

 

Benoît Conrath

Horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

 

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La précision des montres, combat d’arrière-garde ?

A l’heure des objets radio-pilotés et des montres électroniques, il existe encore des chronomètres mécaniques, dont le rôle a considérablement changé. De la recherche de la grande précision vers la tenue de l’heure au quotidien. Le certificat COSC est exigeant bien qu’évanescent. Sagesse de la montre qui nous signale qu’elle ne va plus, avant de décevoir.

Définition et utilité du chronomètre hier et aujourd’hui

Construire des appareils horaires précis, faire éprouver et garantir leur capacité de tenue de l’heure ont longtemps été indispensables pour la science et la navigation. Il était essentiel pour les marins de pouvoir transporter un temps de référence. Ainsi en comparant leur chronomètre affichant le temps du lieu de départ avec le temps local, ils arrivaient à en déduire leur longitude, soit leur position angulaire vers l’ouest ou vers l’est par rapport à un point, usuellement Greenwich, près de Londres.

Aujourd’hui, un chronomètre est une montre de grande précision dont le mouvement, après avoir passé divers tests, a été certifié par le COSC, soit le Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres.

Le COSC, une certification unifiée

Dès la fin du 19e siècle, il y avait plusieurs offices testant les chronomètres, « les bureaux officiels de contrôle de la marche des montres ». Etablis dans les différentes régions horlogères suisses, ils éprouvaient la tenue de l’heure des chronomètres. Dans un souci d’unification entre les bureaux existants, le Contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC) a été mis en place en 1973. Des 7 bureaux initiaux, leur nombre s’est vu diminué à 3 : Bienne, Saint-Imier et Le Locle.

Désuétude des garde-temps mécaniques

Une triste ironie fait que cette structure de certification date de l’arrivée des montres électroniques ; celles là-même qui rendront vite obsolètes les montres mécaniques les plus précises ; car ce rôle de conservation du temps dévolu aux mécanismes horlogers est totalement dépassé. Aujourd’hui, la détermination de l’heure, son indication, sa conservation comme son accessibilité sont assurées par des appareils électroniques, par des dispositifs qui n’ont plus rien de commun avec des garde-temps mécaniques.

Au début de l’ère des montres électroniques, il me souvient d’avoir reçu les commentaires acerbes d’un porteur d’une montre chronomètre, vantée pour sa précision. Il me disait qu’elle était moins précise que sa montre à quartz provenant du métro parisien. Fort heureusement, le fabricant de ces chronomètres a finalement cessé de parler de précision pour insister sur la fiabilité et la pérennité de ses montres.

Continuer à chercher la précision avec des appareils mécaniques ?

Loin des appareils de référence choyés, transportés le moins possible, mis au cœur des navires, scellés dans les caves des observatoires, la montre chronomètre d’aujourd’hui voyage.

Ainsi le défi n’est plus de la rendre la plus précise possible mais de la préparer à subir des avanies diverses. Elle doit être capable de surmonter des situations difficiles comme le froid, le trop chaud, des chocs ou encore de subir les influences délétères du magnétisme et de l’humidité. Et tout cela sans cesser de scander imperturbablement le temps dans des critères strictement délimités pour correspondre aux attentes des porteurs d’aujourd’hui.

Changement de paradigme

La valeur de nos mécanismes horlogers réside maintenant dans l’autonomie, la durabilité d’une précision qui satisfait à nos besoins quotidiens. La grande difficulté actuelle est donc de maintenir la montre dans une marge d’imprécision définie. Il ne s’agit plus de la rendre la plus précise possible mais de garantir au porteur une indication du temps suffisamment stable.

Les concours de chronométrie et la publicité

Autrefois avant le quartz, les manufactures horlogères abritaient des régleurs de précision. Ces horlogers spécialisés préparaient quelques pièces à longueur d’année. Ils les soignaient, les accompagnaient, veillaient sur elles, peaufinaient leur tenue de l’heure au mieux. Puis, après le temps des épreuves de réglage par les observatoires indépendants, arrivait celui des résultats. Les prix reçus contribuaient grandement à la mise en valeur de la marque. Ces horlogers, choyés par leur direction, étaient des agents publicitaires avant l’heure. La précision était un véritable argument pour promouvoir les montres d’une marque.

Exigences du COSC et son évanescence

Afin d’être certifié COSC, le mouvement doit correspondre à des critères précis. La tenue de l’heure est évaluée en secondes d’avance ou de retard par jour ; par exemple il est admis une variation de marche de – 4 à + 6 secondes durant les 10 premiers jours du cycle d’épreuve. Ces tests s’effectuent sur le mouvement seul, sans complications adjointes comme le quantième. Ensuite, il faudra à l’horloger-emboîteur toute sa compétence pour ne pas détruire les capacités chronométriques du mécanisme lors des opérations d’accouplement des complications, puis pendant la pose du cadran, des aiguilles et la mise en place de l’ensemble dans la boîte de la montre.

Même si le certificat COSC est une chose fragile car qualifiant un mécanisme à un moment précis, c’est une référence pour estimer la marge d’imprécision de la montre assemblée.

Tenue de l’heure au quotidien

Même si toutes les montres ne sont pas certifiées COSC, le porteur d’une montre s’attend à une précision suffisante pour lui garantir le respect des horaires. Les entreprises déterminent elles-mêmes leurs critères. Les montres sont orientées vers une légère avance et il est courant d’accepter une remise à la minute tous les 10 à 15 jours. Programmée pour la non-obsolescence, la montre mécanique fonctionnera des années. Puis en rompant son rythme quotidien, elle signifiera sans ambiguïté à son porteur qu’elle a besoin d’un rhabillage, cette opération d’entretien qui porte un nom intemporel, vieux comme l’horlogerie mécanique.

Benoît Conrath, horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

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Le monde change mais pas l’horlogerie de qualité

A l’heure où le monde entier vit des turbulences inédites, nos priorités changent. Même s’il n’a jamais été simple de prévoir l’avenir, cet exercice aléatoire se complique encore plus aujourd’hui. A l’inverse de la réactivité des réseaux sociaux, de la volatilité des informations données et reçues, l’horlogerie de qualité s’appuie sur des traditions multiséculaires. Continuant à scander le temps imperturbablement, la montre mécanique reste d’actualité hier aujourd’hui et demain.

Oui, la montre mécanique de qualité ne passera pas de mode. Mais comment apprécier la qualité ?

 

Belle Horlogerie et Haute Horlogerie, vraie différence ou analogie?

Pour qualifier les montres, la notion de Haute Horlogerie est apparue récemment, alors que la Belle Horlogerie est vieille comme l’horlogerie. Deux mots pour dire des choses un peu ou vraiment différentes? Pas sûr car l’une est vieille et l’autre moins. Monsieur Jourdain à l’établi.

 

Renouveau de la montre mécanique, apparition du luxe et flou des appellations

Dans les années 90, l’idée de porter une montre mécanique est revenue. En passant d’appareil nécessaire pour connaître le temps à celui d’objet de prestige, la montre mécanique est entrée dans le monde du luxe. Et ce fut la porte grande ouverte à des appellations, à des qualitatifs étonnants et totalement incontrôlés. Les termes tels que Manufacture, finitions soignées, mouvements d’exception, comme le néologisme de Haute Horlogerie, sont apparus. D’usage facile, ils ont été librement interprétés par les marques horlogères et la communication.

Nécessité de définir des appellations, des repères

La multitude de ces qualificatifs mal cerclés s’est lentement résorbée. La perspicacité des journalistes, devenus spécialisés en horlogerie, a permis de définir les mots et leur usage. Le vocable de Haute Horlogerie s’est vu clairement défini par la Fondation homonyme; chose indispensable pour elle que celle de conforter ses propres fondations.

La notion de Haute Horlogerie en parallèle avec les autres Hautes

En se référant aux concepts de haute couture, de haute cuisine, la notion de Haute Horlogerie s’est donc vu fixée précisément. Pour aider les néophytes comme pour repérer clairement les choses, il y a donc aujourd’hui les montres de Haute Horlogerie, entrant dans ces critères nouvellement fixés, et les autres.

La montre objet de toutes les attentions

Avec sa recherche d’esthétisme, la Haute Horlogerie fait la part belle aux finitions. L’ensemble des composants de la montre est soigné. Plusieurs savoir-faire entrent en jeu pour embellir cette machine à compter le temps, qu’est la montre. C’est un nouveau concept, celui de magnifier, de donner de la beauté à un appareil devenu désuet depuis l’arrivée des montres électroniques.

D’autres concepts sont intemporels comme qualité technique, fiabilité et transmission des savoirs

Néanmoins, la montre reste tributaire d’une certaine efficacité de machine à mesurer le temps. Ainsi les notions de qualités techniques comme la précision et l’assurance du maintien des fonctions dans le temps restent exigées, comme au temps d’avant les montres électroniques.

La notion de Belle Horlogerie, ce n’est pas d’aujourd’hui

Alors la Haute Horlogerie définirait-elle, seule, les montres de qualité? Pas sûr, car les horlogers n’ont pas attendu les années 90 pour construire des pièces d’exception. Avant cette Haute Horlogerie, il y a eu et il y a encore la Belle Horlogerie. Cette notion est vieille comme l’horlogerie. Dès le début des horloges, au milieu du Moyen-Age, les mouvements horlogers ont été soignés tant fonctionnellement qu’esthétiquement. Et si la Crise Horlogère a malmené puissamment les ateliers, la volonté de créer et de réaliser de belles montres de qualité s’est maintenue. Le renouveau horloger a permis la revitalisation de cette notion historique qui continue de faire vibrer le cœur de plus d’un amateur d’horlogerie.

 Alors Belle ou Haute?

Il y a-t-il une différence fondamentale entre Belle Horlogerie et Haute Horlogerie? Difficile de trancher entre un terme multiséculaire et un néologisme qui reprend beaucoup du premier. La Haute Horlogerie, en parallèle avec d’autres arts, est un qualitatif limpide à saisir. C’est une notion accessible, pleine de charme avec sa dénomination française. Alors que la Belle Horlogerie est plus dure à saisir; elle s’approche plus finement. Elle nécessite du temps pour la saisir et elle se traduit en anglais, comme en allemand ; car elle est universelle et intemporelle.

Monsieur Jourdain à l’établi

Ainsi Belle et Haute Horlogerie seraient les deux facettes très proches de l’art horloger?

Célèbre pour faire des choses sans le savoir, Monsieur Jourdain pratique sûrement l’une et l’autre à son établi lorsqu’il s’affaire à réaliser des objets horlogers au mieux et pour longtemps.

 

Benoît Conrath, horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

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