Horlogerie : les limites du Do It Yourself

Stages de découvertes, master classes et autres, ces opérations d’accessibilité participent à la mise en valeur de l’horlogerie. Cette découverte se fait autour de mécanismes robustes, peu représentatifs de l’horlogerie mécanique actuelle. Pas si simple d’assembler des montres, alors nous simplifions, nous limitons. Il nous faut expliquer nos métiers et bien définir les actions possibles par les néophytes pour confirmer la passion animant les amateurs comme les faiseurs de rêves horlogers.

 

Une pléthore de possibilités pour entrevoir et comprendre l’horlogerie

Le renouveau de l’intérêt pour les montres mécaniques de qualité s’accompagne d’une grande variété de stages de découvertes, de master classes ou encore de possibilités de monter sa montre soi-même.

Proposée par des marques, des organismes ou des indépendants, cette démarche permet de susciter et d’entretenir la passion des montres. Pour l’amateur, c’est un beau moyen de comprendre, de saisir la complexité des pièces d’horlogerie. C’est une belle occasion de nourrir son intérêt, sa passion. Ce peut être aussi un levier efficace pour devenir l’ambassadeur affuté d’une marque horlogère.

Ces différentes occasions sont toutes des expériences d’immersion dans le monde méconnu de l’horloger à l’établi.

 

Les mouvements manipulés et leurs limites

Cette grande diversité de formations et d’expériences proposées se passe autour de véritables mouvements mécaniques. Il s’agit principalement de mouvements de montres simplissimes, peu ou pas décorés. Pensé autrefois pour les montres de poche, l’Unitas 6497-8 est omniprésent sur ces établis. Il y a aussi des mouvements moins grands comme des automatiques, plus délicats d’approche. Quant aux mécanismes soignés, ils n’apparaissent que rarement dans ce contexte, dieu merci ! Car se pencher respectueusement sur un mouvement de belle horlogerie est un exercice délicat, hors de portée du néophyte.

Oui, l’initiation aux gestes des horlogers avec brucelles et tournevis ne se fait pas autour d’objets compliqués, soignés et précieux. C’est préférable pour les mécanismes qui risqueraient d’être irrémédiablement mis à mal. C’est aussi un peu dommage car la complexité et la qualité comme l’inventivité des plus beaux mécanismes restent inaccessibles aux yeux, aux mains et aux esprits avides de les comprendre. Mais ici prennent place deux des premiers enseignements essentiels de nos métiers : la modestie de la personne devant la pièce et le respect du travail effectué par ses prédécesseurs.

 

Répondre aux demandes étonnantes en sensibilisant les personnes sur les compétences nécessaires

Le fonctionnement d’une montre mécanique est aisé à saisir. Nourri par ces sessions, par le courant du DIY, Do It Yourself, plusieurs personnes prétendent assembler elles-mêmes leur montre. C’est une interpellation pour nous, femmes et hommes de métiers. Après le questionnement, doivent venir les réponses à donner. L’heure n’est plus à se draper dans une respectabilité nous paraissant injustement violentée. Il nous faut expliquer notre travail, il nous faut détailler les opérations et souligner les compétences mises à contribution. Ni sacrés, ni secrets, nos métiers doivent être dits, montrés, témoignés. Les plus-values colossales apportées aux mécanismes de qualité doivent être comprises par tous.

 

Canaliser l’intervention des profanes

Alors que faire pour répondre aux amateurs, pour leur permettre de s’approprier leur montre ?

Adjoindre à la montre des outils pour jouer à l’horloger ? Pas très utile, ni respectueux des objets et des personnes, si ce n’est pour le féru de maquettes ou pour retirer des mains les échines, les échardes des neuchâtelois.

Permettre au porteur d’intervenir directement sur la précision de sa montre ? Audacieux et passionnant car bien canalisé par des garde-fous.

Inciter à effectuer des opérations simples et valorisantes comme le changement de bracelet ou le nettoyage extérieur de la boîte ? C’est une belle manière de connaître sa montre.

Les idées ne manquent pas, il en arrive beaucoup. La plupart sont tentantes à adopter car elles autorisent une belle proximité avec l’objet tout en le respectant.

 

Les grands gagnants, les amateurs et les nourrisseurs de rêves

L’effort d’accès pratique à la montre la rend plus proche. Toutes ces démarches d’explication des multiples opérations de conception, de réalisation, de finition et d’assemblage mettent en valeur le travail accompli. Elles soulignent le soin, les compétences et les nombreux savoir-faire intervenants pour la construction des montres d’exception.

Tout cela pour témoigner de la passion qui anime autant les nourrisseurs de rêves dans les manufactures que les amateurs qui, dans les magasins comme à leur poignet, couvent des yeux les montres.

 

Benoît Conrath

Horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

http://www.vauchermanufacture.ch

Vaucher Manufacture Fleurier

Vaucher Manufacture Fleurier (VMF) est une manufacture de mouvements mécaniques, de kits horlogers et montres haut de gamme. Elle a pour clients et partenaires des grands noms de l’horlogerie suisse. Pour eux, elle réalise des calibres offrant différents niveaux de personnalisation, ou développe des mécanismes exclusifs de haute horlogerie à partir d’une feuille blanche.

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