Plus d’égalité entre les sexes grâce à une AVS renforcée

L’Union syndicale suisse lance aujourd’hui la campagne de signatures pour une 13e rente AVS. Elle bénéficiera particulièrement aux femmes toujours et encore victimes d’inégalités salariales qui se répercutent sur leurs retraites. Cette revendication sera centrale lors de la journée des droits des femmes du 8 mars prochain.

L’AVS est la plus importante institution de sécurité sociale de Suisse. C’est un rempart contre la pauvreté dans la vieillesse et un puissant levier d’équilibre social. Elle est également une importante institution pour promouvoir l’égalité entre les sexes. L’initiative populaire pour une 13e rente AVS est donc aussi une nécessité dans une perspective de genre. Pourquoi l’AVS est-elle un élément d’égalité entre les sexes ? Il y a des raisons systémiques et mathématiques à cela :

 

  • La première raison est que l’AVS favorise en général les petits revenus par rapport aux gros salaires. Bien que ces derniers paient des cotisations AVS sur l’ensemble du salaire, ils reçoivent au maximum le double de la rente AVS minimale, qui est de 1185 francs. Cet effet de redistribution en faveur des bas salaires profite tout particulièrement aux femmes, car elles travaillent souvent dans ce que l’on appelle les branches à bas salaires, et sont en plus massivement discriminées sur le plan salarial. L’AVS atténue au moins les conséquences de cette discrimination à l’âge de la retraite.

 

  • Deuxièmement, les femmes ont aussi des bas salaires parce qu’elles accomplissent encore la plus grande partie des tâches non rémunérées au sein de la famille. De fait, leur carrière professionnelle est marquée par des interruptions d’activité, du travail à temps partiel et des possibilités d’avancement limitées. L’AVS ne peut certes pas corriger ce désavantage des femmes dans le monde du travail, mais elle reconnaît le travail de prise en charge des enfants et des proches pour ce qu’il est : un travail socialement utile qui donne droit à une rente. L’AVS est donc non seulement beaucoup plus sociale et plus juste que les normes salariales en vigueur sur le marché du travail, mais elle est aussi nettement plus moderne et moins discriminatoire. C’est pourquoi les rentes AVS des femmes sont presque aussi élevées que celles des hommes.

 

  • Troisièmement, on ne peut malheureusement pas en dire autant du deuxième pilier. Au contraire : en raison de la déduction de coordination, les bas salaires y sont systématiquement désavantagés. Les employeurs ne sont pas tenus de cotiser pour eux dans la prévoyance professionnelle. Cela a des conséquences pour les personnes à bas revenus et pour les employé-e-s à temps partiel, donc surtout pour les femmes : les rentes des caisses de pension qui leur sont versées sont en moyenne moitié moins élevées que celles des hommes. Et pire encore, un tiers des femmes ne perçoivent pas de rente du deuxième pilier.

 

Si nous examinons les branches dans lesquelles travaillent beaucoup de femmes, la situation est préoccupante. Quelques exemples tirés de branches où Unia est actif montrent que des « mini-rentes » y sont versées. La rente de vieillesse moyenne de la caisse de pension « Coiffure & Esthétique » de la branche de la coiffure et de la cosmétique n’est que d’environ 800francs. Les caisses de pension « GastroSocial » et « Fondation LPP de SVGroup » qui comptent parmi les institutions de prévoyance les plus importantes de l’hôtellerie-restauration ne versent en moyenne qu’environ 600, respectivement 500 francs de rente de vieillesse par mois. Cela ne correspond même pas à un quart de la moyenne suisse.

 

Un pas important vers une prévoyance vieillesse assurant le minimum vital pour toutes et tous

De telles rentes ne suffisent pas pour vivre. Cela est contraire au mandat constitutionnel garantissant le droit à une bonne rente à toutes celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie. À elle seule, une 13e rente AVS ne suffirait pas à remédier à cette situation. Vu comme cela, l’initiative est trop modeste, ou trop « pragmatique ». Mais son acceptation serait d’une part un pas important en direction d’une vraie prévoyance vieillesse permettant de couvrir les besoins vitaux pour toutes et tous, et elle profiterait d’autre part à toutes celles et ceux qui sont pénalisés à l’âge de la retraite, à savoir les employé-e-s dans les branches à bas salaires, et en particulier les femmes. Je suis convaincue que l’heure est venue de faire ce pas vers plus de sécurité sociale et d’égalité entre les sexes.

Si ces arguments vous convainquent, alors signez et faites signer l’initiative pour une 13e rente AVS !

Merci d’avance !

 

Economie de plateforme : les autorités doivent appliquer les lois

A l’occasion d’une conférence de presse, nous avons présenté aujourd’hui les problèmes posés par les entreprises de plateformes qui contournent les lois suisses et les réponses juridiques à y apporter. Ces sociétés déclarent que les personnes travaillant pour elles sont indépendantes alors qu’au regard de notre législation elles devraient être considérées comme dépendantes. Cela fait une grande différence s’agissant de leur couverture sociale et des conséquences quand elles sont victimes d’un accident de travail.

Uber : des centaines de millions spoliés
L’exemple le plus criant de violation de la loi par une entreprise de plateforme se trouve chez le service de transport Uber dont le modèle d’affaires est entièrement basé sur l’indépendance fictive et le travail au noir. Selon nos calculs qui se basent sur des chiffres concrets, les montants spoliés aux conductrices et conducteurs oscillent entre 63 et 99 millions de francs par an. Depuis 2013, date de son apparition sur le marché suisse, Uber a détourné de son personnel un montant avoisinant le demi-milliard de francs. Et ce n’est pas tout : les assurances sociales enregistrent également un manque à gagner important. Elles perdent chaque année près de 20 millions de francs de cotisations de l’employeur et de l’employé-e. Pour les six années d’activité d’Uber en Suisse, ce montant s’élève à clairement plus de 100 millions de francs.

Les autorités doivent agir
Vu les montants en jeu, les autorités ne peuvent pas rester inactives plus longtemps et attendre que les salarié-e-s revendiquent individuellement leurs droits devant les tribunaux. Les autorités cantonales et fédérales doivent assumer leurs responsabilités et faire appliquer la loi. Différentes autorités ont la possibilité, mais aussi le devoir d’agir :

  • Les offices cantonaux du travail peuvent déterminer si une entreprise est soumise à la Loi sur le travail (art. 41 al. 3 LTr) ;
  • Les organes de contrôle cantonaux doivent vérifier l’existence du travail au noir au sens du droit des assurances sociales (art. 6 LTN) ;
  • Les caisses de compensation AVS sont tenues de contrôler l’enregistrement de toutes les personnes tenues de payer des cotisations (art. 63, al. 2 LAVS) ;
  • Le SECO doit coordonner les efforts des cantons, afin qu’ils appliquent la loi et la protection des salarié-e-s (art. 42 al. 1-4 LTr) ;
  • L’Office fédéral des assurances sociales doit prescrire aux caisses cantonales de compensation des contrôles des entreprises de plateforme soumises à l’obligation de cotiser, pour vérifier le respect des dispositions légales par ces entreprises (art. 129 al. 2 RAVS).

Non aux solutions politiques « créatives »
La Suisse dispose de l’arsenal juridique adéquat pour régler la situation. Il n’y a pas besoin de solutions politiques « créatives » additionnelles. Aussi bien la proposition du PLR pour l’instauration d’un « troisième statut » à côté de celui de salarié-e et d’indépendant-e, que l’initiative parlementaire du conseiller national PVL Jürg Grossen préconisant de tenir compte des « accords entre les parties » pour la classification par les assurances sociales, entraîneraient une insécurité juridique extrême et permettraient aux employeurs de se soustraire plus facilement à leurs responsabilités.

Etude éclairante du professeur Pärli
J’invite les personnes souhaitant approfondir les questions juridiques liées à l’économie de plateforme à prendre connaissance de l’étude du professeur Kurt Pärli de l’Université de Bâle. Il livre des informations sur la soumission au droit du travail et des assurances sociales. Intitulée « Arbeits- und sozialversicherungsrechtliche Fragen der Sharing Economy » (Questions du droit du travail et des assurances sociales dans l’économie de partage, éd. Schulthess), il y expose de manière détaillée les raisons pour lesquelles les employé‑e‑s de plateforme doivent en règle générale être considérés comme non-indépendants, respectivement comme salarié-e-s.

Un enjeu syndical et de société majeur
Une généralisation des rapports de travail de plateforme qui consistent à imposer le statut de faux-indépendant à des personnes en réalité salariées, entraînerait une pression accrue sur l’ensemble des salaires et des assurances sociales. L’enjeu aujourd’hui est de faire appliquer la loi chez des entreprises qui ne s’en soucient pas. Unia lutte pour que les lois qui protègent les employé-e-s soient respectées. Nous ne tolérerons pas que les plateformes de dumping détruisent notre économie, nos institutions sociales, nos salaires et notre travail. Le temps presse, il est temps d’agir !

Après la grève, les salaires…

Tant de femmes ont donné un signal incroyablement fort le 14 juin dernier en faveur de l’application de leurs droits ! La grève des femmes* a montré que le temps est venu d’avancer rapidement sur la voie de l’égalité. Cette mobilisation aux proportions historiques donne à toutes les forces progressistes l’énergie de continuer à lutter pour des changements profonds dans le monde du travail et dans la société. Les syndicats continueront à travailler de manière décisive sur les trois axes du respect, du temps et de l’argent.

Avant comme après la grève, l’égalité salariale est une priorité. Nous devons veiller à ce que toutes les entreprises la respectent. La révision de la loi sur l’égalité doit donc être mise en œuvre rapidement au parlement. Mais cela ne suffira pas. C’est pourquoi nous exigeons également des sanctions efficaces contre les entreprises qui enfreignent les lois et la Constitution. Nous voulons utiliser les prochaines négociations salariales à l’automne pour promouvoir les salaires des femmes. Les professions dites féminines doivent être revalorisées, les salaires des femmes doivent être sensiblement augmentés. 53% des femmes en Suisse gagnent aujourd’hui moins de 4 000 francs par mois. 70% gagnent moins de 5 000 francs. C’est par là que nous devons commencer !

Plus pour les femmes
Ces dernières années, les salaires réels ont stagné, et dans le commerce de détail, un des secteurs les plus important du secteur privé à forte présence féminine, l’évolution des salaires a été encore plus faible que dans les autres secteurs. Dans le même temps, la productivité du travail n’a cessé d’augmenter, de sorte que les vendeuses sont de plus en plus sous pression. Nous exigerons donc une augmentation substantielle des salaires pour tous, et encore plus pour les femmes. Nous allons également agir sur le terrain, dans les entreprises, pour mettre l’accent sur cette demande. Il faut aussi améliorer les possibilités pour les femmes d’évoluer professionnellement, donc faire progresser la conciliation entre travail et vie privée. Des investissements dans les crèches, les écoles en horaire continu et les soins à domicile permettront de les soulager.

Lutter contre le harcèlement sexuel au travail
On l’a senti le 14 juin dernier : la colère des femmes est grande. Le refus de leur dévalorisation constante aussi. Avec beaucoup de confiance en elles et de créativité, elles ont protesté contre le sexisme omniprésent. Dans toutes les négociations à venir sur les CCT, nous, les syndicats, nous devons nous concentrer sur la lutte contre le fléau du harcèlement, et revendiquer des mesures préventives efficaces. Par exemple, chaque entreprise doit élaborer et mettre en place une réglementation contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Les employeurs doivent maintenant montrer, dans ce domaine comme dans d’autres, qu’ils ont entendu le cri d’alarme lancé par les femmes et les hommes solidaires lors de la grève.

 

Pour les femmes!

Unia est présent dans les entreprises et aux premières loges pour constater l’ampleur des discriminations et des inégalités dont sont victimes les femmes. Dans ce texte, je reviens sur les témoignages très concrets de plusieurs d’entre-elles. Les choses doivent maintenant changer : ensemble, soyons nombreuses à participer à la grève des femmes* du 14 juin!

Une femme d’une quarantaine d’années, décoratrice, membre active d’Unia depuis des années, me racontait récemment l’histoire suivante : « Peu de temps après avoir terminé mon apprentissage, j’ai dû réduire mon engagement professionnel suite à la naissance de mes enfants, que j’ai élevés seule après mon divorce. Je ne pouvais pas travailler à plein temps, à cause des enfants. Mais il était impossible de vivre d’un emploi à temps partiel comme décoratrice, je n’arrivais pas à joindre les deux bouts. Pour moi, cela signifiait la nécessité d’avoir deux emplois. Le matin, parfois même avant l’ouverture des magasins, je travaillais comme décoratrice et je préparais les vitrines des succursales. Pendant la journée, je prenais soin des enfants, j’organisais notre quotidien et je gérais tout ce qui était nécessaire. Et le soir, je devais souvent ressortir pour mon deuxième emploi dans la gastronomie. Je terminais parfois à 3 heures du matin. »

Cette brève description résume bien ce qui ne va pas pour les femmes en Suisse aujourd’hui. Les salaires dans les professions dites féminines sont structurellement trop bas, les heures de travail difficiles à planifier, les taux d’occupation trop faibles, la pénibilité très élevée.

Les discriminations sont de trois ordres :

Salaires trop bas

À propos des salaires des femmes, il y a une réalité simple, mais qui illustre très bien le problème de fond : plus la proportion de femmes est élevée dans un secteur, plus le salaire est bas. En Suisse, environ 53% des femmes ont un salaire net de moins de 4000 francs par mois, et environ 70% touchent moins de 5000 francs. Les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes dans la catégorie des bas salaires (17% contre 7,6%), et ce rapport défavorable persiste depuis des années. C’est cette discrimination structurelle des femmes qui est à l’origine de bon nombre des problèmes actuels.

Sur le plan individuel, la situation est tout aussi déplorable pour les femmes. Même avec une bonne formation, le même niveau de qualification et le même travail que les hommes, dans des professions tant masculines que féminines, les femmes gagnent tout de même moins que leurs collègues masculins. Je pourrais vous montrer des centaines d’études ou des milliers de statistiques, mais je me limiterai à un chiffre : pour une femme professionnellement active en Suisse, cette discrimination salariale se traduit par un manque à gagner de 660 francs par mois en moyenne. Non pas parce qu’elle serait moins bien formée, moins expérimentée ou hiérarchiquement moins bien placée qu’un homme. Non : ces 660 francs de moins s’expliquent par le simple fait qu’elle est une femme. Ce n’est pas moi, en tant que femme, qui le dis. C’est l’enquête suisse sur la structure des salaires, que la Confédération réalise tous les deux ans. Les conséquences de cette discrimination salariale sont énormes : ce sont 10 milliards de francs que les femmes perdent chaque année. 10 milliards de moins pour le même travail et la même performance. Un scandale qui se répercute tout au long de la vie : par rapport aux hommes, les femmes à la retraite touchent actuellement une rente vieillesse réduite de plus d’un tiers.

Taux d’occupation trop bas

En Suisse, le sous-emploi touche les femmes de manière totalement disproportionnée. Les femmes sont nettement plus nombreuses à vouloir travailler davantage : au lieu d’un mini-emploi sur appel, elles souhaitent peut-être un temps partiel correct ou même un poste à plein temps. Elles recherchent un revenu stable qui leur permette de vivre, un débouché professionnel, ou simplement la satisfaction au travail. Or ceci leur est refusé, souvent par leur hiérarchie masculine. Il ne s’agit pas d’un phénomène marginal : selon les statistiques officielles suisses, 262 000 femmes étaient en sous-emploi en 2018. C’est le chiffre le plus élevé depuis 2004. Et il est frappant que dans tous les secteurs sauf la construction de machines, la part des femmes travaillant à temps partiel est nettement supérieure à celle des hommes.

Pas assez de respect

Le « piège du temps partiel », c’est-à-dire le temps partiel subi, s’accompagne d’un manque de reconnaissance et de respect envers le travail des femmes. Car malgré tous les progrès, la responsabilité de prendre soin des enfants incombe généralement aux femmes. Dans notre travail syndical, les situations des femmes que nous rencontrons confirment tous les jours la triste réalité derrière les chiffres.

Une jeune femme nous a récemment donné une description impressionnante des discriminations plus ou moins évidentes qu’elle subit en tant que cuisinière qualifiée. Il lui arrive régulièrement que les fournisseurs ne la prennent pas au sérieux, que sa compétence soit mise en doute, ou qu’un homme soit sollicité pour confirmer ce qu’elle dit. « Je ne guette pas les discriminations, dit-elle. Mais à un moment donné, on ne peut plus faire semblant de ne rien remarquer. Chaque fois qu’il y a un nouveau fournisseur, je dois lui faire comprendre que je suis au même niveau hiérarchique que mes collègues hommes. Chaque fois que je travaille avec un nouveau traiteur, je suis obligée de lui expliquer que c’est moi la responsable du jour, et que le collègue cuisinier n’a rien à dire à propos du buffet. Cela m’énerve bien plus que si on doutait de mes capacités de cuisinière. »

Appel à la grève des femmes* !

La grève du 14 juin est donc une nécessité, une urgence même ! L’histoire de cette collègue est emblématique pour des milliers de femmes. Les faits, les statistiques et les études sont là pour le prouver. Je cite encore une fois la jeune cuisinière, qui conclut son message ainsi : « Je fais grève le 14 juin pour toutes les femmes qui vivent la même chose que moi au travail. Elles font exactement le même travail que leurs collègues masculins, mais leur compétence et leur expertise sont mises en doute et dépréciées, consciemment ou inconsciemment. Et surtout pour les femmes dont les collègues masculins ne sont pas solidaires, et ne disent pas : “C’est elle la patronne, ce n’est pas moi qui décide” ou “Demandez à ma collègue, c’est elle qui sait”. Pour les femmes que personne ne défend dans ce genre de situations. »

Un constat que je soutiens pleinement ! Le 14 juin et au-delà, avec toutes les femmes de Suisse, nous lutterons pour obtenir du respect, du temps, de l’argent ! Pour les situations au travail que je viens d’évoquer, cette lutte se concrétise par les revendications suivantes :

  • Dans tous les secteurs, nous exigeons des salaires et des taux d’occupation qui permettent de gagner décemment sa vie.
  • Nous demandons des horaires de travail clairs et planifiables, qui permettent de concilier la vie familiale ou privée et la vie professionnelle. Nous rejetons le travail sur appel et la disponibilité permanente.
  • Et nous revendiquons le respect envers les femmes et leur travail.

Rendez-vous le 14 juin !

1er mai : nous voulons plus qu’un bon travail pour tous !

Aujourd’hui, je m’exprime à Winterthur et Altdorf lors de rassemblements du 1er mai. Voici un résumé des idées que je vais aborder dans ces prises de paroles.

Nous travaillons pour vivre. Cela a toujours été le cas et cela déjà bien avant l’apparition des marchés, voire du capitalisme. Si la fin du travail, avec le fantasme d’une économie entièrement robotisée, est une question récurrente, la réalité est tout autre : le travail va certainement changer, mais il ne disparaîtra pas. Dès lors, la question d’avoir un « bon travail » restera décisive dans les temps à venir. La plupart des gens souhaitent pouvoir exercer une activité qui leur permette de mener une vie digne et de subvenir aux besoins de leurs proches. Mais il est loin d’en aller toujours ainsi, même en Suisse. Quelques exemples concerts :

  • Cette semaine, la presse a rapporté l’énorme scandale du chantier des transversales alpines au Monte Ceneri, avec un énorme cas de dumping salarial qui concerne des dizaines de travailleurs exploités. Ils ont dû rembourser une partie de leur salaire et étaient soumis à des journées de 16 à 17 heures de travail. Ils n’ont pas touché la moitié du salaire minimum obligatoire. Les entreprises en cause ont mis en place des stratagèmes pour contourner les contrôles.
  • Chez ABB, la direction surpayée ne cesse pas de prendre des mauvaises décisions. Au bas de l’échelle, ce sont des centaines de salarié-e-s qui doivent ainsi craindre pour leur emploi. La production est transférée de Genève en Pologne, la division réseau électrique est vendue à Hitachi et les actionnaires réalisent 8 milliards de bénéfices.
  • Ce n’est pas mieux dans les entreprises publiques : ces dernières années, le nombre d’intérimaires a triplé au sein des CFF. Certaines personnes attendent un poste permanent depuis 16 ans et plus. Le personnel qui s’occupe du nettoyage des toilettes voit supprimée un certes petit mais important complément de salaire. Pendant ce temps, le CEO des CFF Andreas Meyer reçoit son salaire de millionnaire.

Au lieu de se diriger vers un plus grand équilibre social, nous assistons à un accroissement constant des revenus et des richesses pour une fraction de privilégié-e-s. Les discriminations sont permanentes – voire s’accroissent – à l’égard des femmes, des migrant-e-s et des minorités. Mais cela ne s’arrête pas là. Les négationnistes climatiques tels que Donald Trump ou Roger Köppel mettent les conditions d’existence des générations futures en danger. C’est aussi criminel qu’irresponsable. La question climatique devrait concerner aussi bien l’économie que la politique. Mais là aussi, les réponses ne sont clairement pas à la hauteur.

Les atteintes aux droits des salarié-e-s viennent de la droite. Avec le projet d’accord-cadre avec l’Union européenne, les libéraux s’attaquent à la pierre angulaire de la protection des salaires en Suisse. De leur côté, les nationalistes veulent la fin de la libre circulation et des mesures d’accompagnement.

Nous nous y opposons sur la base de valeurs fortes : la solidarité, l’égalité sociale, la justice, la liberté et la non-discrimination. La libre circulation des personnes et la protection salariale sont inextricablement liées. Les droits des salarié-e-s sont prioritaires.

Ces nombreuses luttes concrètes sont nécessaires. Les petites étapes et les améliorations ponctuelles sont importantes. Mais il faut faire davantage. Des changements fondamentaux et radicaux sont nécessaires. Les syndicats défendent pragmatiquement les salarié-e-s par le biais des conventions collectives de travail, et en repoussant les attaques portées aux retraites, à la sécurité sociale et à la loi sur le travail. Les salaires minimums garantissent des conditions d’existence dignes et une meilleure répartition des fruits du travail. Mais les syndicats doivent aussi être visionnaires. Notre revendication d’un “bon travail pour toutes et tous” ne doit pas se limiter à des salaires et des conditions de travail décents. Nous exigeons que le travail soit organisé dans l’intérêt général. Nous exigeons que ses fruits soient équitablement répartis. Il s’agit d’équilibre social, d’égalité des droits, de démocratie et de préservation de nos ressources naturelles.

Depuis des mois, des dizaines de milliers de personnes, principalement des jeunes, descendent dans la rue pour une politique climatique efficace. Elles demandent un changement de politique face à l’urgence climatique. Il s’agit de notre avenir commun. En septembre dernier, 20’000 femmes et hommes solidaires ont manifesté à Berne en faveur de l’égalité salariale et contre la discrimination. Face au déni de la classe politique, elles ont décidé de lancer une grève des femmes le 14 juin.

Ces larges mobilisations sont emblématiques d’une prise de conscience au niveau national et international. Ensemble, participons à ces mouvements sociaux et exigeons les changements qui s’imposent d’urgence !

Accord cadre : il faut protéger les salaires en Suisse

Ce début d’année sera marqué par la consultation à propos de l’accord-cadre avec l’Union européenne. Je serai claire: ce texte négocié entre le Conseil fédéral et une délégation de l’Union européenne est inacceptable. Non seulement il sacrifie les instruments indispensables à d’étroits contrôles, soit le dépôt obligatoire de cautions, les annonces préalables ainsi que les contrôles auprès des indépendants. Mais tout le système des CCT étendues, qui a fait ses preuves dans le cadre de notre partenariat social, est remis en question. Au cas où la Suisse devait reprendre les directives européennes et où nos mesures d’accompagnement étaient soumises à la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, le volet d’application de nos CCT serait compromis. En effet, la directive d’exécution de l’UE est loin d’être suffisante, faute de permettre aux organes de contrôle paritaires de sanctionner les infractions découvertes.
Le système suisse d’exécution des conventions collectives par les partenaires sociaux est unique en Europe. Il n’est certainement pas parfait. Mais il est peu bureaucratique, très flexible et fonctionne plutôt bien. Notre engagement résolu en faveur de la protection des salaires n’est pas dirigé contre l’Europe. Bien au contraire, nous luttons partout, avec nos homologues syndicaux des autres pays, pour le renforcement des droits de tous les salarié-e-s, indépendamment de leur pays d’origine. Un coup d’œil au-delà des frontières le montre: quand le désordre s’installe sur le marché du travail, ce sont avant tout les nationalistes et les xénophobes qui en profitent. Il nous incombe en tant que syndicats de veiller, en renforçant les mesures d’accompagnement et les droits des travailleurs en général, à ce que les salaires et les conditions de travail helvétiques restent garantis à l’avenir. Il est hors de question d’affaiblir les mesures d’accompagnement.
Dans ce contexte, l’accord proposé par le conseiller fédéral Ignazio Cassis est voué à l’échec. Unia et l’USS le rejettent et il ne fait de loin pas l’unanimité dans le camp des employeurs. Pour ne pas ouvrir une voie royale à l’UDC avec son initiative dite de « limitation » qui vise à abolir la libre circulation des personnes, le Conseil fédéral serait bien avisé de se consacrer aux bonnes priorités.

 

Ignazio Cassis sera-t-il le fossoyeur de la protection des salaires et de la libre circulation des personnes ?

Le syndicat Unia a toujours eu une position très claire en ce qui concerne les accords bilatéraux et la libre circulation des personnes : nous soutenons la libre circulation des personnes à la condition expresse qu’il existe un instrument efficace pour garantir en Suisse le versement de salaires suisses. La libre circulation des personnes et des mesures d’accompagnement efficaces vont de pair. Si les accords bilatéraux entraînent la sous-enchère salariale dans l’ensemble du pays et une atteinte aux conditions d’existence de toutes les habitantes et tous les habitants de Suisse – indépendamment de leur passeport – nous ne pourrons plus soutenir cette politique.

Le conseiller fédéral doit clarifier immédiatement sa position

Dans ce contexte aujourd’hui très difficile pour les entreprises suisses et étrangères qui sont respectueuses des règles ainsi que pour tous les salarié-e-s, l’annonce du conseiller fédéral Ignazio Cassis de remettre en cause les mesures d’accompagnement fait l’effet d’une bombe. Jusqu’ici, il était tout à fait clair que les mesures d’accompagnement actuelles pour la protection des salaires n’étaient pas négociables. Les déclarations du Conseiller fédéral Cassis sont contraires à toutes les décisions du Conseil fédéral. Il faut espérer que le Conseil fédéral corrige au plus vite cette décision prise en cavalier seul, mais les dégâts sont déjà faits et le désordre est programmé. Si le Conseil fédéral souhaite poursuivre les accords bilatéraux et la libre circulation des personnes, une prise de position sans équivoque est très rapidement nécessaire. C’est ce qu’attend le syndicat Unia, c’est ce qu’attendent les salarié-e-s et les entreprises au comportement correct.

Il faut étendre et non pas démanteler les mesures d’accompagnement

Le dernier rapport sur les mesures d’accompagnement qui a été publié cette semaine montre que la pression sur les salaires s’est accentuée en Suisse. Nous ne sommes pas satisfaits de l’état des mesures d’accompagnement et cela fait de nombreuses années que nous demandons une extension ciblée: davantage de compétences des commissions paritaires qui doivent être en mesure de suspendre les travaux en cas d’indices clairs de dumping salarial. Il faut pouvoir agir dans le cas de faillites en chaîne et contre les entreprises en difficulté et disposer de directives plus claires en matière de marchés publics. Ceci afin d’empêcher les chaînes de sous-traitance à favoriser la sous-enchère salariale et afin que les pouvoirs publics n’attribuent effectivement les marchés qu’aux entreprises qui respectent les conventions collectives de travail. Il faut également davantage de conventions collectives de travail avec des salaires minimums et améliorer d’urgence la protection contre le licenciement. En particulier pour les collaboratrices et collaborateurs qui luttent contre le dumping salarial. Jusqu’ici, nous avons accumulé les revendications légitimes et cela a renforcé les critiques dans nos rangs à l’égard de mesures d’accompagnement insuffisantes.

Égalité: nous n’attendrons pas jusqu’en 2079

Les manifestations du 1er Mai 2018, qui ont rassemblé des dizaines de milliers de participant-e-s dans toute la Suisse, se sont déroulées sous un slogan aussi limpide que concis : « Egalité salariale. Point final ! ».

En Suisse, tout ce qui touche aux droits des femmes prend une éternité. Nous avons dû attendre 100 ans pour avoir le droit de vote, 60 ans pour obtenir une assurance maternité. Pour l’égalité salariale, au rythme où les choses évoluent, nous devrions attendre encore jusqu’en 2079, autant dire une éternité.

Les femmes gagnent toujours dans les 20% de moins que les hommes pour le même travail. Cela malgré l’existence de la Loi sur l’égalité et d’un article constitutionnel datant de 1981. Mais ces textes ne sont pas mis en œuvre, car la volonté politique manque. Jusqu’ici, les femmes ont fait preuve de beaucoup de patience. Elles ont aussi participé à des discussions avec le Conseil fédéral pour trouver des solutions. Mais on leur a fait miroiter des changements qui ne se sont jamais concrétisés. Et la situation ne s’arrange pas : la majorité de droite du Parlement fait tout pour ralentir – voir même couler – la révision de la Loi sur l’égalité actuellement débattue à Berne.

Ce 1er Mai est pour nous l’occasion de lancer un signal très clair aux parlementaires et au Conseil fédéral : nous voulons une application stricte de la Loi sur l’égalité, avec des contrôles salariaux dans les entreprises et des amendes en cas de discrimination. Nous ne relâcherons pas la pression et continueront notre mobilisation. Nous nous sommes d’ores et déjà donné rendez-vous le 14 juin pour des actions dans toute la Suisse et le 22 septembre pour une manifestation nationale à Berne. L’expérience nous a montré que les progrès sociaux s’obtiennent en se mobilisant. La machine est en marche, nous ne patienterons pas plus longtemps !

J’ai eu l’occasion de tenir au discours aujourd’hui à Zurich sur la problématique des discriminations en Suisse que l’on peut lire ici (PDF).