Pas de supermarché = pas de petit déjeuner ?

Que mangez-vous au petit déjeuner ? La question semble anodine, et pourtant les réponses habituelles illustrent de manière magistrale comment nous avons modifié nos habitudes, en grande partie de raison du marketing intensif auquel nous sommes soumis chaque jour.

Dans la plupart des familles où il y a des enfants, la table du petit déjeuner dressée tôt le matin comporte un ou plusieurs paquets de céréales industrielles. Rares sont les familles où l’on tartine encore de simples tranches de pain avec de la confiture faite maison ou du miel, sur une petite couche de beurre. Bien que le succès de la crème à base d’huile de palme et de sucre, assaisonnée d’un tout petit peu de noisettes et de chocolat (vous voyez de quel produit je parle?) a certainement relancé l’intérêt pour les tartines du matin!

Les tartines au beurre et à la confiture, un régal tout simple! (crédit photo: Boulangerie Gosselin)
Un mur de paquets de céréales ultra-transformées et hyper-sucrées est-il plus appétissant ? (crédit photo: open food facts)

Et pourtant, notre pays s’est longtemps illustré comme pionnier en matière de “petit déjeuner santé”. Qui se rappelle que deux recettes iconiques de la “healthy food” sont d’origine suisse ? Qui mange encore le véritable bircher müesli à base de flocons et de fruits frais, ou bien la fameuse crème Budwig?

Le premier a été mis au point par le médecin zürichois Maximilian Bircher-Benner (1867-1939). Pour soigner ses patients, il met au point le “repas de régime aux pommes”. Sa composition repose évidemment sur les pommes, râpées avec le coeur et la peau (il vaut mieux en utiliser des bio, du coup!). On les mélange avec des flocons d’avoine trempés une nuit dans de l’eau (puis égouttés), des noisettes concassées, du jus de citron et, suissitude oblige, du lait condensé sucré.

Bircher müesli original: beaucoup de fruits frais, très peu de flocons et de lait! (crédit photo: dineamic.com.au)

La seconde, la crème Budwig, est la création de la Doctoresse Catherine Kousmine (1904-1992) devenue suissesse d’adoption après la Révolution russe. C’est une base de fromage blanc émulsionné avec de l’huile de lin, à laquelle on ajoute du jus de citron, de la banane écrasée, des céréales et des graines oléagineuses fraîchement moulues, et beaucoup beaucoup de fruits frais râpés ou mixés.

Crème Budwig: de bonnes graisses, des fruits, un peu de céréales… (crédit photo: elle.fr)

Ces deux emblèmes de l’hygiénisme du siècle passé sont bons pour la santé, certes, mais ils sont surtout excellents au goût! Pas étonnant qu’ils soient régulièrement “découverts” par les foodistas du moment! Mais l’une comme l’autre exigent un peu de préparation, soit le matin même, soit le soir avant. Et le temps, c’est bien connu, manque à tout le monde. Surtout au petit matin.

L’industrie répond-elle à nos besoins ? Ou nous impose-t-elle plutôt ses produits ?

Heureusement, les industriels de la céréale et du sucre sont venus au secours des familles. Des paquets colorés, des recettes plus que discutables, mais un goût de “reviens-y” très addictif: ils visent le fameux “bliss point”, soit le niveau de sucre et de sel qui rend un aliment tout simplement irrésistible.

Ce qu’on trouve en supermarché ne ressemble pas aux recettes d’origine, et c’est peu dire! Les müeslis secs qu’on y trouve sont en général bourrés de sucres ajoutés, de céréales raffinées et d’huiles saturées. Je ne crois pas avoir jamais vu de crème Budwig au rayon frais, heureusement! Mais on y trouve des mélanges de céréales dans du yaourt qui peuvent la rappeler. Là aussi, c’est bourré de sucres ajoutés, sans parler des colorants et autres texturants (donnez-moi mon amidon de maïs cireux modifié!). Et surtout, tous ces aliments ultra-transformés sont emballés dans des sachets plastifiés ou des gobelets à usage unique. A jeter après usage.

Les industriels débordent d’imagination et affirment, la main sur le cœur, s’adapter à nos modes de vie qui changent et répondre à nos besoins. Alors comme les enfants sont nourris de dessins animés à la télévision, les paquets de céréales sont illustrés pareil. Comme les adolescents et les jeunes adultes rechignent à s’attabler en famille, les industriels de la céréale ont imaginé des biscuits de petit déjeuner, qu’on prend en passant dans la cuisine et qu’on mange en route vers l’école ou le lieu de travail.

Là aussi, il vaut mieux ne pas se pencher sur la qualité nutritionnelle de ces aliments ultra-transformés “si pratiques”. Pour en savoir plus, regardez l’émission “Le magazine de la santé” sur France 2 sur le sujet. Et s’y ajoute l’autre problème récurrent: cette “convenient food” est, bien sûr, hyper emballée.

Enseignements du Défi “Février sans supermarché”

Le défi du mois de février sans supermarché s’est terminé avant-hier. Des milliers de Romands et de Romandes en ont essayé de le relever, chacun-e à sa manière. Ce qui veut dire qu’il y a eu des exceptions, des incartades et des infidélités à l’engagement pris. Pas grave! L’important de la démarche était d’attirer l’attention des consommateurs sur leur façon de consommer, de les amener à réfléchir à leurs actes d’achat devenus très automatiques et, surtout, de faire redécouvrir les petits magasins indépendants, qui tirent un peu la langue en ce mois de février.

Le défi n’a pas pu être relevé à 100% ? Et alors ! Point de règle tapée sur les doigts, point de remontrance ou de culpabilité si, pour certains produits, il n’était pas possible de se passer d’aller visiter un des géants oranges ou un des nouveaux venus de la grande distribution. En toute conscience cette fois, ces quelques achats “qu’on-ne-trouve-pas-ailleurs” ont permis au préalable à M. Bolomey de faire quelques recherches ou à Mme Savary de se demander si vraiment elle ne peut pas s’en passer.

Il y a fort à parier que les céréales du petit déjeuner ont figuré au rayon des “indispensables-qu’on-ne-trouve-qu’au-supermarché” ! Qui a osé braver le regard de leurs juniors un mois durant sans craindre la rébellion familiale chaque matin ? Quel père, quelle mère s’est (re)mis-e à tartiner ou à cuisiner chaque matin ? Vous en êtes ? Bravo !

Heureusement, il existe des alternatives “fait maison” aux sachets de mélanges hyper sucrés et pleins de graisses de mauvaise qualité ! A vos casseroles !

Vite, des recettes!

Bien avant le prochain défi sans supermarché, je vous propose de redécouvrir la crème Budwig (recette originale de la Fondation Kousmine ici) et le Bircher müesli. Le site Betty Bossi propriété de la Coop en propose une recette, mais sans trempage et avec du lait. C’est dommage car le bircher est bien plus digeste quand les flocons ont trempé dans de l’eau (d’ailleurs, avant que BB ne soit racheté par le géant orange, la recette préconisait le trempage à l’eau!). Sur Wikipedia, heureusement, on trouve la recette originale. Même avec trempage, le bircher est vite fait: on fait tremper les flocons le soir avant dans de l’eau, le lendemain on égoutte et on ajoute les autres ingrédients.

J’ai développé une recette qui mélange le meilleur des deux: la crème Budsli! Essayez, c’est vraiment bon!

Ma crème Budsli, un mélange du meilleur du bircher müesli et de la crème budwig…

Et pour ceux qui souhaitent du croustillant sucré à se mettre dans la cuillère et sous la dent, il est facile de préparer d’un coup 1 kilo de “granola” cuite au four. Les recettes ne manquent pas. Un point commun à toutes: le mélange est vite fait et ça se prépare tout seul au four.

Ce sont tout simplement des flocons de céréales brutes, non sucrés, des oléagineux grossièrement hachés, le tout arrosé d’huile de coco et de miel fondu (ou de sirop d’érable) et mis à sécher et torréfié au four durant 1h30 (soit le temps d’un film le soir avant). Il est aussi possible de torréfier les flocons et les oléagineux à la poêle, puis d’ajouter une pâte sucrée composée de fruits secs (pruneaux, abricots, airelles…), de graines de lin et d’eau pour adoucir tout cela. A torréfier et à faire sécher dans la poêle à feu doux.

Ajouter ensuite des fruits séchés ou en saison, des fruits frais coupés et du lait de vache (si on le digère) ou végétal.

Tous les ingrédients se trouvent en épiceries qui vendent leurs produits au poids. Le site de l’association ZeroWaste Switzerland recense sur une carte du pays les bonnes adresses où on peut faire remplir ses propres contenants.

Zéro déchet, sain. Oui, mais surtout, à s’en lécher les babines ! Votre “bliss point” sera titillé, j’en suis sûre!

Bon petit déjeuner !

Un granola fait maison, c’est facile, rapide, économique et délicieux!

 

Valérie Sandoz

Valérie Sandoz

Valérie est l'une des ambassadrices de l'association ZeroWaste Switzerland. Elle donne des conférences et anime des ateliers. Géographe et ethnologue de formation, elle interroge notre façon de consommer et partage ses découvertes. Adepte du «fait maison» depuis des années (conserves alimentaires, lacto-fermentation, cosmétiques, produits de nettoyage, etc.), Valérie anime un blog personnel (www.valesavabien.blogspot.com) consacré à la cuisine sans gluten, à la réduction des déchets et du gaspillage et à un mode de vie simple et joyeux.

3 réponses à “Pas de supermarché = pas de petit déjeuner ?

  1. Cela me fait sourire … est-on vraiment obligé/obligée d’aller dans un super-marché pour remplir son armoire à provision ? La question est très juste, il faut bien l’avouer.
    Perso, je préfère et ai toujours préféré les commerces de proximité: les grandes surfaces sont utiles pour ce que j’appelle “le solide” et non pour les achats tels que viande, légumes, fruits, produits laitiers, boulangerie parce que les achats sont équilibrés et non en grande quantité : on achète juste, on ne gaspille rien et surtout on favorise les petits commerces et les maraîchers : le lien de confiance qui s’établit est important et j’y suis très attachée.
    Quand au petit-déjeuner, j’ai toujours retenu ce que disait mon père : on ne part pas le ventre vide et ce à n’importe quelle saison !

    1. C’est tellement juste…! Viser moins de déchets équivaut souvent à retrouver le bon sens qui a longtemps prévalu…!
      Et le bon sens est aussi savoir s’écouter au petit matin. Si on n’a pas faim le matin (et il y en a beaucoup qui n’ont pas faim le matin!), il vaut parfois mieux ne pas insister, quitte à profiter d’un repas de midi un peu plus conséquent (et si possible équilibré, bien sûr!)…

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