Marie Kondo: quand la notoriété conduit à l’aporie

Aporie. Joli mot oublié… C’est la contradiction insoluble dans un raisonnement. Produire moins de déchets, cela passe inévitablement par un frein à une consommation débridée et irréfléchie. Du coup, acheter des produits estampillés “zéro déchet”, c’est un non-sens, une aporie, un paradoxe… un de plus.

Le mode de vie Zéro déchet, c’est réutiliser ce qu’on possède, recycler nos objets et leur trouver une nouvelle fonction ou réparer ce qui ne fonctionne plus.  Hélas, en ce bas monde régis par le commerce, il faut bien vivre (et payer ses factures) et quand vient la notoriété, la tentation de faire quelque bénéfice devient trop grande pour beaucoup de blogueurs engagés dans le mode de vie Zero Waste, qui n’y résistent pas. Et tant pis pour le principe qui est à la base du succès rencontré !

Marie Kondo, c’est l’auteure du livre à succès “La magie du rangement”, vendu à des millions d’exemplaire de par le monde. Je parle d’elle car elle m’a beaucoup inspirée dans ma démarche. Elle ne fait pas directement l’apologie du Zéro Déchet, mais du rangement et du vide dans les maisons. Depuis son succès, la belle Niponne a emménagé aux Etats-Unis (enfin, je crois). Sa méthode de rangement appelée Kon-Mari fait fureur: en plus d’avoir publié plusieurs livres sur l’art de désencombrer son intérieur, elle a un site internet, donne des conseils en tant que consultante, une série lui est dédié sur Netflix et elle enseigne l’art du rangement à des consultantes en Home Detox. En Suisse, pas moins de 14 spécialistes, toutes des femmes, ont suivi sa formation et offrent leurs services en Suisse, dont les pionnières, les soeurs Staub, certifiées “Master”, le plus élevé des six niveaux possibles.

“Chaque chose a sa place” en version troisième millénaire

“L’art du rangement”, je dois avouer que j’ai beaucoup aimé! Enfin des trucs simples pour ranger correctement son fourbi! Car Kondo-san a raison: personne n’enseigne plus comment le faire. Cette lecture est arrivée à point nommé dans ma démarche de réduction en cours (certes, de mes déchets, mais aussi de mes multiples collections qui prenaient la poussière et de la place) et à mon besoin de clarification. “Chaque chose a sa place”: tout le monde a, un jour ou l’autre, entendu ce petit mantra de grand-mère (ou de père en ce qui me concerne. Aah! le rangement minutieux des outils dans son atelier!).

Mis en pratique, cela veut dire ceci: si je ne trouve pas une place où ranger un objet, c’est qu’il est de trop ou qu’il y a trop de choses dans mon espace. Ou à la façon d’Omar Sy dans les “Intouchables” (pas de bras? pas de chocolat!): “Pas de place? Pas d’objet!”. Il m’a donc fallu trier, me séparer d’objets, et faire le vide. Less is more! Posséder moins, c’est plus de bonheur (à profiter de ce qui reste!).

Credit: konmari.com. Un intérieur blanc, bien rangé et plein d’espace, c’est la signature de la méthode Marie Kondo.

Marie Kondo a une recette infaillible et qui fonctionne à merveille pour le “decluttering”: on commence par rassembler tous les objets de même nature disséminés à plusieurs endroits de l’appartement (les livres, les ustensiles de cuisine, les habits…). Puis un à un, on touche l’objet, on le prend en main et on se demande si on a encore plaisir ou de la joie à l’utiliser (en anglais: “sparking joy”). Le toucher est primordial, car le regard ne suffit pas. Cette démarche est bien évidemment très personnelle: ce livre, dont je me séparerais volontiers, procure par contre de la joie à mon partenaire de vie. Je ne peux donc me séparer que de mes propres objets et possessions.

Mais voilà, Marie Kondo a ajouté une corde de plus à son arc et à son empire : celle du commerce d’objets “qui lui procurent de la joie”. A elle, donc. Ce qui est en complète contradiction avec sa méthode de désencombrement. Ses “followers” relèvent aussi le prix plutôt élevé des objets en vente (plateau à 50$, bol en ciment à 145$, pantoufles à 206$…) et l’hypocrisie de la démarche.

Mais bonne nouvelle! La sensibilisation a fait du chemin depuis les premières pages du blog de la pionnière Bea Johnson (www.zerowastehome.com). La révolte gronde contre cette récupération marchande du “less is more”, en témoigne cet article paru aujourd’hui dans Femina. L’annonce il y a 3 jours du lancement de la nouvelle échoppe en ligne de la reine japonaise du rangement a suscité un petit vent d’incompréhension et de révolte parmi ses 715’000 suiveurs sur Instagram (@konmari.co)! Les commentaires sont savoureux! Voilà qui me réconcilie avec le genre humain…!

Pas de déchets, mais des sous 2.0 !

L’experte du rangement n’est pas la seule à avoir cédé aux sirènes de l’argent 2.0. Honneur à la pionnière: Bea Johnson a ouvert son shop en ligne sur son site depuis quelques années déjà. Bon, c’est vrai, elle a rajouté un avertissement qu’il serait préférable d’acheter des articles dans les commerces de sa région. Les partenaires qui vendent des marchandises sur son site financeraient le Bulk Finder qui permet de localiser dans le monde entier les magasins où on peut acheter sans emballages. Dit-elle.

Lauren Singer, du blog “Trash is for tossers” vend désormais lessive, bombes de bain et dentifrice (en tube) en ligne. Sur le blog “Going Zero Waste” de l’américaine Katherin, on trouve un “shop” et plein de publicités qui s’allument comme les lumières de Noël. Un réseau de blogueurs zéro déchet s’échangent trucs et astuces pour faire fructifier leur engagement sur les réseaux sociaux et pouvoir dégager un meileur revenu (surtout par placement de publicité).

De ce côté-ci de l’Atlantique, la co-fondatrice de l’association suisse ZeroWaste Switzerland, Natalie Bino, a débuté sa mission par l’ouverture d’une échoppe en ligne d’objets divers et variés censés réduire les (futurs) déchets. Elle est aussi, avec son partenaire, à l’origine d’un commerce en ligne de sauces piquantes… en bouteilles et importées des Etats-Unis et d’Amérique du sud, géré par Monsieur. Pourtant, c’est toute la famille qui déclare s’être mise au Zéro déchet…

Les exemples de mélange des genres paradoxaux sont heureusement peu nombreux du côté des blogs ou des associations nationales zéro déchet. Mais c’est un fait: le mode de vie Zéro Déchet est devenu un marché. Les grandes enseignes de la distribution aussi surfent sur la vague (voir la petite vidéo toute mignonne de Coop sur sa page Facebook!) tout en continuant de vendre “en même temps” plein d’autres produits sur-emballées. A ce sujet, ne manquez pas l’article de la journaliste Leïla Rölli sur le “craft washing“, il vaut le détour…!

Alors bon, comme dit au début, il faut bien vivre. Et on n’est pas à un paradoxe près, n’est-ce pas ?

Plastiques: et si on faisait de l’hyperobéissance civile?

Même si on fait tout bien comme il faut, qu’on achète un maximum en vrac et qu’on fabrique sa lessive et ses savons, il est impossible d’éviter tout plastique dans ses achats quotidiens. Que faire alors? La RTS nous suggère une forme d’hyperobéissance civile: c’est le retour au distributeur! J’adhère!

Le 11 septembre dernier, l’émission A Bon Entendeur, de la RTS, faisait le point sur les plastiques et leur supposé recyclage. Seuls les bouteilles PET et leurs bouchons en PE, ainsi que les flacons en PEHD sont réellement recyclés et leurs matériaux réutilisés. Le reste est brûlé. Gaspillage de ressources, gaspillage des transports, gaspillage de temps, pollution (scories, mâchefers des usines d’incinération…), vous connaissez mon avis très tranché sur le soi-disant recyclage. C’est du downcycling, et pas du tout de l’économie circulaire. Et dire qu’on a substitué les bouteilles en verre réutilisées et leur consigne pour ce “progrès”… (soupir!).

Vous le savez, je fais ma part pour éviter de contribuer à la montagne de déchets à gérer par nos collectivités.

Coté courses, pour les légumes et les fruits, les oléagineux, les produits laitiers, la viande et le poisson, le thé et le café, j’amène mes sachets, mes contenants hermétiques ou mon bidon à lait au magasin où on me sert toujours avec le sourire, et parfois une petite ristourne pour l’emballage ainsi économisé. Les produits ménagers, je les fabrique, tout comme la plupart de mes produits d’hygiène et cosmétiques. Bref, je fais tout bien comme il faut, une bonne élève, quoi !

Une élève modèle… comme Hermione Granger!

Mes incoutournables

Pourtant, un constat s’impose : il m’est difficile, voire impossible, d’éviter toute matière plastique dans mes achats au quotidien. Mes incontournables, ce que je n’arrive pas à remplacer ou à éliminer se résument au bas mot à ça:

  • A moins de consommer des oranges venues de très loin quand on est hors saison de production en Europe ou en Afrique du nord, je préfère acheter des bouteilles de jus d’orange bio chez un grand distributeur pour ma famille, qui ne veut pas y renoncer.
  • Comme mon pain sans gluten fait maison est vraiment bon (sans me jeter des fleurs, ma recette de pain est vraiment excellente; elle est très largement appréciée de par le monde, en témoignent les lecteurs et lectrices de mon blog!), il ne fait pas de vieilles miettes! Pour assouvir les appétits de ma famille, il me faudrait en cuisiner tous les 3 jours au minimum. Et comme j’ai d’autres activités, je n’arrive pas à tenir le rythme. Donc j’achète du pain sans gluten en grande surface, toujours emballé en sachets plastique. Et aussi des pizzas sans gluten congelées…

    Pain sans gluten délicieux
  • J’adore la feta, le tofu, le lait de soja et le miso. Je fabrique du tofu à partir de graines de soja dépelliculé bio (et cultivé en France), mais c’est du job et du temps. Donc le plus souvent, j’en achète emballé. Idem avec le lait de soja, je l’achète en brique à boisson quand je n’ai pas le temps de le faire moi-même. Mais la feta ou le miso, ça, je n’y arriverai jamais, même si la confection de fromage végétal à tartiner sur une base d’oléagineux trempés n’a plus de secret pour moi.

    Cottage cheese végétal
  • Enfin, j’achète aussi les rouleaux de papier WC en grands sachets de plastique. Ils sont réutilisés par la suite, soit pour conserver des légumes au réfrigérateur, soit pour tapisser les rares poubelles qui subsistent chez nous. Je n’ai pas opté pour les distributeurs de rouleaux en grand format, comme dans les restaurants, même si les recharges sont vendues en carton recyclable. Mes toilettes sont trop petites… et ils sont moches.

Et bien sûr, quand l’emballage est véritablement recyclable, donc réutilisable à l’infini (boîtes de conserves, bocaux…), je ne boude pas mon plaisir de manger des sardines à l’huile, des olives et autres choses délicieuses, même si elles ne sont pas vendues en vrac.

Les sardines, c’est bon! Et c’est bon pour la santé! (crédit: La Belle Iloise)

Hyperobéissance civile

Alors que faire du plastique résiduel qu’on ne peut pas éviter? C’est tout simple: il faut le retourner au distributeur, comme le suggère A Bon Entendeur.

Les géants orange et les autres ont tous disposé dans leur enceinte des containers pour récupérer le PET-PE et le PEHD. Il y a aussi toujours une poubelle “normale” pour d’autres déchets.

Alors c’est simple : soit vous prenez 5 minutes à la fin de vos achats pour déballer les produits et laisser les emballages sur place. Soit vous le faites tranquillement à la maison. Dans ma cuisine, j’ai disposé un sac pour récupérer ces plastiques (propres). Et quand il est plein, je vais remplir la poubelle du supermarché à l’occasion de mes achats. J’ai déjà payé l’emballage une fois, je ne suis pas d’accord de payer une seconde fois pour son élimination.

Si chaque client-e des distributeurs fait pareil, ils crouleront bientôt sous la montagne de LEURS déchets. Ils prendront alors des mesures pour les éviter. Ils feront pression sur les fabricants (souvent eux-mêmes ou leurs filiales!) pour réintroduire la consigne sur des emballages réutilisables.

Et vous savez quoi ? Cette initiative existe déjà, c’est le projet LOOP, où se sont associés le distributeur français Carrefour et des marques de produits industriels, alimentaires, de nettoyage, et même d’hygiène. Cette idée de livrer en contenants réutilisables est en cours de déploiement en France et aux Etats-Unis.

En attendant qu’on se réveille aussi chez nous, l’hyperobéissance civile vaut le coup d’être adoptée !

Gloire aux vers de terre!

Que penser de la dernière affiche électorale de l’UDC ? Je suis consternée: le parti qui annonce officiellement défendre la paysannerie considère les vers de terre comme des nuisibles.  A l’heure de la permaculture, de la perte de fertilité des sols, ce faux-pas démontre combien la politique traditionnelle de certains partis est déconnectée des défis majeurs à relever en matière d’environnement. Et pourquoi sans doute beaucoup de jeunes sont dégoûtés par la politique en général.

La très mauvaise illustration politique de l’UDC en vue de la campagne pour les élections fédérales.
Petit lombric, je t’aime!

Ce qui me chagrine, c’est le statut que les vers de terre ont pour les caciques et financiers zürichois de ce parti. Un vers de terre n’est pas un nuisible, bien au contraire.

Les vers de terre, ce sont de véritables architectes du sol. Ils sont bénéfiques pour toute la vie présente dans le sol, champignons, bactéries, plantes ainsi que pour sa structure. Ils retournent et aèrent la terre.

Comme le décrit Agri-hebdo dans son dossier consacré aux vers de terre, ces habitants rampants sont à favoriser plutôt qu’à éliminer. On promeut des techniques culturales avec moins de labours et à des moments choisis pour éviter de les tuer. Car en 100 ans, certaines parcelles ont vu leur population de lombrics passer de 2 tonnes à l’hectare à 50 kilos et même moins.

Au contraire des étrons humains sur la lune (voir l’article précédent), les déjections des lombrics sont un véritable trésor. Un turricule (joli nom donné aux déjections de vers de terre qui prennent la forme d’un petit monticule de tortillons de terre) concentre l’humus et les sels minéraux directement assimilables. Un caca de lombric contient quatre fois plus d’azote, sept fois plus de phosphore, onze fois plus de potasse, trois fois plus de magnésium, deux fois plus de calcium que la terre environnante: c’est un véritable engrais bénéfique pour vos plantes de jardin ou de balcon! A vos cuillères!…

Turricule de vers-de terre: un très bon engrais!

Et quand on n’a pas de jardin pour faire pousser ses salades et y composer les déchets de la cuisine, on fait comment ? Pour digérer le tiers de nos poubelles (eh oui, les bio-déchets constituent environ 30% de nos déchets et pourraient être valorisés au lieu d’être incinérés), les adeptes de la réduction des déchets conseillent à tous de se lancer dans un véritable élevage de vers rouges (Eisenia Foetida), de ceux que l’on trouve dans les composts, en fabricant un “vermicompost”. Sans odeurs quand il est bien équilibré, il produira du compost solide bien noir et du compost liquide bien utiles pour les plantes de balcon.

Vers de compost ou Eisenia Foetida

Mais attention, Eisenia Foetida n’aime ni le soleil direct, ni le gel.  Il est très timide et fuit la lumière: il n’y aucun risque de les voir se carrapater à l’extérieur du lombricompost. L’idéal est de conserver son installation à la cuisine et de nourrir régulièrement ses petits vers domestiques.

On peut fabriquer son vermicompost avec des boîtes de récupération empilées (en plastique ou de polystyrène, voire les tutos nombreux disponibles sur youtube!), ou bien acheter un modèle tout mignon et très design…

Un bien joli vermicompost…

A quand la réforme de la pensée par le travail?

Certes, tous les moyens sont bons pour faire le buzz, y compris attaquer frontalement au niveau national ses partenaires sur les listes électorales cantonales.

Certes, l’iconographie du premier parti de Suisse (pour le moment, c’est toujours vrai) fait souvent jaser. Il récupère des images d’un autre temps, celle des années 30 qui ont vu la montée du parti national socialiste allemand et porter les Nazis et un Führer au pouvoir. En matière de comm’, l’UDC ne manque ni d’argent, ni de gêne.

Il n’en reste pas moins que de nombreux agriculteurs et agricultrices se déclarent démocrates du centre, sans doute par tradition. N’oublions pas qu’avant de se (mal) nommer ainsi, l’UDC se nommait Parti des Paysans, Artisans et Indépendants (PAI). Et pourtant, eux savent bien combien les vers de terre leur sont utiles…

Un Zürichois démocrate du centre – qui plus est très fortuné – devrait plus souvent aller à la campagne: pas pour rejoindre le week-end – en 4×4 sur routes goudronnées – une gentille résidence secondaire campagnarde entretenue avec force de personnel. Non, je parle de la vraie ferme, de celles où les odeurs sont fortes, où il est préférable de porter des bottes Dunlop ou Atrium et pas des mocassins de chez Bally, de celles où on travaille la terre et où on produit notre nourriture, là où se font durement sentir le dérèglement climatique, la canicule estivale, les inondations, la perte de fertilité des sols et j’en passe…

Si j’étais conseillère en culture organisationnelle de ce parti, je prônerais dare-dare des stages pratiques d’agriculture durant tout l’été à tous les intellectuels de l’UDC! Allez hop, messieurs, aux champs! Comme au temps du Grand Timonier (on n’est pas à un paradoxe près…!), mais en bien moins long et cruel !

Si au moins les têtes pensantes de ce parti savaient de quoi elles parlaient, on n’assisterait pas à des attitudes dignes d’autruches par rapport à l’urgence climatique que nous connaissons (exemple récent: “L’UDC ne choisit pas ses thèmes de campagne en fonction du temps qu’il fait!” dixit Albert Rösti… ha-ha, la bonne blague, le bon mot que voilà!). Ce défi dépasse la durée d’une législature et il s’agit d’y répondre intelligemment, sans facilité ni populisme, sans jeux de mots simplistes. Et bien sûr, en glorifiant nos amis les vers de terre!

Zut, j’ai oublié mon déo (zéro déchet)!

Que faire quand on est pris-e au dépourvu et qu’il manque un produit cosmétique basique comme le déodorant dans sa trousse de toilette? On court en acheter un à la pharmacie encore ouverte à une heure tardive. Et on se retrouve plongée dans un abîme de perplexité devant cet étalage presque indécent d’innombrables flacons. Il faut choisir pourtant. Quid de celui-ci? Il est indiqué que son emballage est composé de plastique recyclé pour 70%. C’est bon? Je peux?

Depuis plusieurs années, je confectionne mes produits cosmétiques de base. Savons artisanaux en SAF (“saponification à froid” pour les novices!) et parfois en SAFOUR (“saponification à froid et cuisson au four”), shampoing solide, gel douche à base de lait d’avoine onctueux, crème hydratante, dentifrice en poudre, tout y passe. Comme j’aime bien cuisiner et bricoler, la confection de produits cosmétiques était une suite assez logique dans ma démarche de chasse aux déchets. Car je réutilise les mêmes pots et flacons, encore et encore, et ne jette rien, que les emballages des produits de base. Ceux-ci, heureusement, s’achètent parfois aussi en épicerie vrac ou en droguerie, à remplir. Tout n’est pas encore parfait, mais on fait mieux à chaque fois.

Je réalise régulièrement, soit tous les six mois environ, deux à trois pots de crème déodorante maison, à base d’huile de coco et de beurre de karité (tant-pour-tant), de bicarbonate de soude (la qualité alimentaire, sinon bonjour les irritations cutanées!) et de fécule (l’arrow-root, c’est bien mieux que la maïzena!). Une tombée d’huile essentielle de palmarosa, de lavande ou de sauge scarlée et voilà mon stock reconstitué pour un moment. C’est vite fait, économique, zéro déchet (ou presque) et surtout, très efficace. Ma p’tite recette est ici.

Le vertige du choix

L’autre jour, patatras, voilà que j’ai oublié mon petit pot de déodorant maison. De passage en ville de Genève, j’avais une soirée professionnelle assez stressante en vue et je venais de prendre une douche à l’hôtel avant de m’y rendre. Je n’ai pas eu le choix: je devais impérativement aller acheter de quoi sentir bon pour ne pas incommoder mon entourage par une odeur de “vieux cornichon” (petit nom donné à l’acide 3-méthyl-2-hexénoïque (MHA), responsable des effluves pas folichones de transpiration). Passage obligé en pharmacie, le seul magasin encore ouvert à cette heure tardive.

J’ai eu le même vertige que lorsque j’ai mis les pieds pour la première fois dans un supermarché américain: des étalages à perte de vue de produits inconnus. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas visité un tel rayon cosmétique, m’en voilà du coup toute perdue. Ma perplexité s’est transformée en stress assez intense car l’heure tournait. Et je devais en choisir un. Oui, mais lequel?

Perturbateurs endocriniens et autres cochonneries néfastes

Comme je sais lire les étiquettes (ce qui veut dire comprendre le language INCI, pour International Nomenclature of Cosmetic Ingredients, une langue assez tordue dont le vocabulaire s’enrichit chaque jour ou presque), cela me prend du temps.

 

Parce que je refuse de me tartiner de n’importe quel produit chimique. Je dois, pour faire mon choix, chausser mes lunettes, puisque le législateur autorise des saletés comme le silopentasiloxane, silicone d’origine chimique réputée être un perturbateur endocrinien, l’Aluminum Zirconium Tetrachlorohydrex GLY – un sel d’aluminium susceptible de pénétrer dans les tissus de l’organisme, ou encore le BHT, un antioxydant aussi classé perturbateur endocrinien.

Image Herborist.fr

La tâche n’est pas facile. Finalement, mon choix s’est porté sur une marque suisse assez connue de produits cosmétiques en général acceptables. Ce déo est estampillé du label “Natrue” pour International Natural and Organic Cosmetics Association, un label assez sévère auquel on peut se fier les yeux fermés. Ce qui m’a bien arrangée, car la liste des ingrédients de la composition est assez longue.

De retour chez moi, j’ai vérifié, grâce au site www.laveritesurlescosmetiques.com, que mon produit était bien inoffensif pour ma santé. Ce site est une référence. A l’origine, c’est un livre, de la journaliste allemande Rita Stiens, qui a provoqué une véritable prise de conscience chez moi. Prise de conscience que je devais prendre en main ma santé moi-même face à l’incurie, l’arrogance, l’appât du gain, le cynisme coupable (et j’en passe) de l’industrie cosmétique, qui recycle de véritables cochonneries dans ses produits. Depuis, heureusement, beaucoup ont ouvert les yeux.

Parce que quand même, les aisselles, ce sont des concentrés de glandes, de ganglions, de nerfs sur lesquels on ne met pas n’importe quoi.

La composition du déodorant choisi, dans les détails.

C’est bon, tous les voyants sont au vert! Sauf l’ingrédient du “parfum”, une mention nouvellement autorisée aux fabricants pour leur éviter de devoir détailler la liste des huiles essentielles utilisées, respect du secret industriel oblige. Sauf que des fois, le parfum en question n’a rien de naturel, d’où le voyant orange.

Du plastique recyclé, c’est quand même un déchet

Une petite mention sur l’emballage a attiré mon attention. Il est noté que l’emballage de plastique est composé à 70% de plastique recyclé. Bon, il est précisé aussi, dans un souci de transparence totale, qu’on ne parle que de la bouteille, et pas de la bille, ni du bouchon.

Faut-il faire confiance à cette allégation?

Chat échaudé craint l’eau froide: c’est aussi ce que déclare Coca-Cola qui prétend beaucoup et ne fait pas grand-chose. Marketing, greenwashing, blablabla de communiquants, la main sur le coeur… on connaît la chanson.

Pourtant, c’est marrant comme j’ai eu un petit soulagement à l’idée que pour fabriquer ce flacon, on a quand même réutilisé du plastique, ce fléau de nos rivières, de nos lacs, de nos océans (et de tout ce qui y vit). C’est un peu du même ordre que quand je regarde mon sac à main fabriqué avec une vieille bâche de camion: une certaine satisfaction. Ce qu’il advient après du dit-flacon, c’est une autre chanson: c’est un déchet plastique dont il faut se débarrasser en usine d’incinération. Point barre. C’est en fait du down-cycling, on n’est pas (encore) dans l’économie circulaire qui ne produit aucun déchet.

En l’occurrence, ce qui a vraiment compté dans mon achat, c’est finalement la composition du produit. Pour moi, la mention du plastique recyclé dans la composition de l’emballage n’est pas convaincant. Même s’il est d’un vert un peu moins pâle que chez Coca, cet argument, c’est un peu du greenwashing quand même…

Morale de l’histoire: pré-pa-ra-tion!

La morale de cette histoire? Se voir contraint-e d’acheter du plastique, c’est ce qui arrive tout le temps quand on ne se prépare pas assez bien à vivre une heure, une journée ou une nuit hors de chez soi. Si on souhaite produire un minimum de déchets, il est impératif d’avoir toujours avec soi cabas pliable, gourde à remplir, voire même tasse de café, couverts en métal et serviette en tissu ou brosse à dent de voyage.

Mais aussi quelques produits cosmétiques de base, à commencer par un mini pot d’huile de coco et un autre de bicarbonate de soude. Avec ces deux ingrédients de base, on arrive se confectionner – à la minute – un dentifrice, un déodorant, une crème à tout faire, un peeling…

On apprend tous les jours!

L’effet papillon de mon chocolat

“Pourquoi tu manges encore du chocolat ?” questionnait mon fils l’autre soir. “Je n’achète plus d’avocat!” m’a confié ma collègue. Aïe, les deux ont raison: ni le cacao ni l’avocat ne poussent en Suisse! Dois-je y renoncer pour autant ? Mes choix de consommation courante sont devenus cornéliens. C’est parti pour un exercice de “triture-méninges”…

Nous avons tous des faiblesses. Je l’avoue, je craque pour le bon chocolat! Désolée pour le traditionnel chocolat au lait suisse, mais celui qui me plaît affiche au minimum 75% de cacao, avec un mimimum d’ingrédients dans sa composition. A l’heure du café après le repas familial du soir, la discussion a porté sur nos choix en matière d’aliments. Que peut-on encore acheter le coeur léger, quand on se soucie (dans l’ordre de mes priorités): pas d’emballages inutiles, de production locale, en production respectueuse de l’environnement et des humains (donc bio et de commerce équitable), naturel (donc sans hypertransformation), sans (trop de) sucre ajouté et abordables pour mon porte-monnaie ?

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Le rôle majeur des communes dans l’incitation à réduire les déchets

Une fois que j’ai mis mon sac à ordures dans la benne, qui s’en occupe ? Ce sont bien sûr les services de la commune où j’habite. Selon les communes, différents systèmes ont été adoptés pour gérer la montagne de déchets produite par ses habitants. Certains sont efficaces, d’autres vont dans le mur. L’action de citoyens engagés est alors indispensable. Revue non exhaustive.

Petit rappel: en Suisse, chaque habitant produit en moyenne 702 kg de déchets, dont une moitié est incinérée et l’autre moitié part dans des filières dites de “recyclage”. La Suisse figure au palmarès des pays les plus producteurs en matière de déchets. Mais c’est aussi un pays où on a l’illusion d’être de bons élèves, car “on trie et on recycle” beaucoup.

Le tri, c’est bien. Mais ce n’est qu’un début de réponse au problème des déchets.

Depuis 2016, l’ordonnance sur les déchets révisée est entrée en vigueur. Son titre complet est “Ordonnance sur la limitation et l’élimination des déchets (OLED)”. Bien souvent, on ne retient que le mot “élimination”, et on oublie que le premier but est la “limitation”, donc la réduction des déchets.

C’est là que le rôle des communes est primordial. Certes, elles doivent exécuter les prescriptions fédérales et cantonales. Et notamment elles doivent couvrir les frais qu’occasionnent la gestion et l’élimination des déchets avec des taxes, selon le principe du pollueur-payeur inscrit dans la loi fédérale sur la protection de l’environnement (LPE, art. 2). Pour cela, elles adoptent des règlements sur diverses taxes. Il en existe de deux sortes (incitatives et fiscales) et les communes doivent recourir aux deux. Voyons comment…

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Comment l’homo-consommatus est devenu un être fractionné

La segmentation est une technique marketing bien connue… et très aliénante. On ne va pas vendre du vernis à ongle à une mécanicienne sur auto (quoique…!) ou un anti-histaminique à quelqu’un en pleine forme. Pour vendre, il est nécessaire d’adapter son discours à son public, pour mieux l’atteindre. Le principe est simple à comprendre. Là où le bât blesse, c’est quand la segmentation conduit à la fragmentation de tout et de tous, à l’infini. A contrario, le mode de vie qui vise à réduire ses déchets passe automatiquement par un exercice permanent de simplification quant à la façon de consommer. En soi, le mode de vie Zero Waste s’oppose à la fragmentation et engendre une réunification de l’homo/femina consommatus (ou homo-femina-economicus).

La segmentation du marché, cela s’applique à deux concepts: diviser le marché et ses consommateurs en segments, afin de mieux définir le public auquel on destine un produit et ainsi, affiner sa façon de s’adresser à lui afin qu’il se sente concerné… et achète le produit en question. Le second concept consiste à diviser une catégorie de produits (prenons l’exemple d’une crème cosmétique pour la peau) en sous-groupes spécifiques (crème pour les mains, crème pour le corps, etc.).

L’une comme l’autre sont problématiques. Voyons pourquoi. (suite…)

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Eco-conception, responsabilité et priorités

L’éco-conception de tout emballage devrait aller de soi, devrait même être rendue obligatoire. Mais cette étape ne devrait-elle pas être que transitoire sur le chemin de la réduction de la production de nos déchets ? Tout dépend de l’objectif et de la logique que l’on poursuit.
Récemment, Le Temps a publié une interview de Julien Boucher, chercheur à la HEIG-VD et fondateur du Pôle éco-conception suisse. Le titre me dérange quelque peu… “Emballages. Il n’existe pas encore de matière miracle”. De même que la notion de “paradoxe de l’emballage”, qui dit que si l’emballage est un déchet, il a aussi son utilité. Comme si on ne pouvait pas se passer d’emballages, qui plus est, d’emballages plastiques. Il existerait donc des emballages plastiques justifiés, vertueux… Vraiment ? Je pose la question, car il me semble que le cadre de réflexion n’est pas le bon.
(c) photka, sur le site www.actu-environnement.com
L’éco-conception, c’est bien et c’est nécessaire. Pas un-e industriel-le ne devrait avoir le droit de produire quoi que ce soit sans s’être soucié-e au préalable des déchets que son produit produira pendant sa production, sa distribution, en fin de vie ou de consommation. Tous les matériaux utilisés pour le fabriquer, le conditionner, le transporter, le vendre devraient avoir été analysés dans l’optique d’une économie circulaire où rien n’est jeté, détruit ou brûlé, mais où tout est réutilisé, recyclé, composté, méthanisé, etc.
Avec une telle contrainte, nous n’aurions plus beaucoup gadgets “made in China” ou de fast fashion dans nos magasins… Celui ou celle qui utiliserait encore le concept d’obsolescence programmée dans la conception et la production de ses produits serait soumis à de fortes pénalités et aurait l’obligation de changer sa pratique rapidement. Les gyres ou vortex de plastiques qui tournent dans nos océans verraient leurs nombreuses sources taries rapidement (voir l’illustration de www.raceforwater.com, une fondation qui a pour but de préserver l’eau. Leur nouvel odyssée 2017-2021 est partie de Lorient le 7 avril dernier. A suivre ici).
(c) www.raceforwater.com

Pour réussir à vraiment éliminer les emballages, très souvent du plastique qui finit sa vie dans les océans, il doit être question de transfert de responsabilités. Le producteur est responsable de ses produits et de ses emballages jusqu’au bout (c’est lui le pollueur, pas le consommateur), tandis que le consommateur est seulement responsable de la propreté des contenants qu’il ré-utilise et amène au magasin.

(suite…)

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Emballages, justifications et communicants

Pas une entreprise d’envergure qui n’aie pas son équipe de communicants! Comme pour les pommes bio, ils (et elles) nous emballent avec leurs discours et leurs justifications. Petites omissions, arguments douteux, tout est permis pour vendre. Y compris de raconter des salades…

La stratégie commerciale ne connaît qu’une logique: celle de vendre toujours plus. Sans respecter aucune éthique, aucune autre valeur que celle qui s’inscrit en noir avec de nombreux zéros au bilan. Cela vaut aussi quand la clientèle devient regardante sur la qualité, la provenance et le mode de production des denrées qu’elle achète. A ce moment-là, les grands distributeurs ne s’en sortent qu’en engageant une flopée de communicants très doués.

C’est le cas de nos deux géants orange du duopôle “Migroop”. Les deux ont senti, puis suivi la tendance avec les produits bio. Avec grand succès. Les deux proposent une gamme de produits estampillés Bio Suisse pour l’un (le bourgeon) et Migros Bio pour l’autre. Chacun produit des lignes de produits bio “maison”: Alnatura pour l’un, Oecoplan, Naturaline pour l’autre.

D’autres tendances ont été récupérées: le très bon marché “générique”, les produits vegan, etc. Récupérer les tendances du moment et proposer des produits qui y répondent, ce n’est rien d’autre que de la segmentation de marché. L’objectif général est d’occuper le terrain et de conserver sa clientèle qui serait tentée d’aller voir ailleurs.

Labels: en veux-tu? en voilà!

Les attentes de la clientèle sont très diverses et souvent s’opposent. Certains ne veulent que du bon marché, sans aucune considération sur la qualité ou la provenance des aliments. D’autres, et ils sont toujours plus nombreux, ont d’autres exigences. Ils veulent des produits de qualité, issu de l’agriculture locale, durable, voire bio. Ils veulent du bon et du bien. Voici venu le temps des labels et des certifications. On les voit fleurir comme les pâquerettes au printemps. Ils sont si nombreux qu’il faut un guide pour savoir ce qu’ils recouvrent (ouf, la FRC en propose un!).

Que ces labels existent, c’est une bonne chose! Mais la démarche des grands distributeurs ne doit tromper personne. Seule la logique du marché et la volonté de vendre toujours plus sont à l’origine de toutes leurs actions. En soi, rien de plus normal pour un commerçant, me direz-vous. Juste! Sauf quand le dit-commerçant commence à surfer sur les valeurs qui sous-tendent les attentes de leurs clients et à en jouer. Sauf quand il mène sa clientèle en bateau. Il y a alors un décalage entre le discours et les faits qui est très mal perçu par le public.

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Pas assez efficace, le nettoyage sans déchets?

Changer ses habitudes. C’est le passage obligé quand on se rend compte des kilos de déchets inutiles que l’on produit chaque semaine. Les alternatives sont nombreuses. Certains se lanceront volontiers dans des préparations “maison”. Les recettes Do-it-yourself (DIY) sont légion sur internet et les réseaux sociaux. Mais on ne s’improvise pas formulateur ou formulatrice parce qu’on aurait, enfant, épuisé toutes les possibilités de la boîte du “Petit chimiste” reçue à Noël…! D’autres préfèreront acheter des produits de nettoyage ou cosmétiques en vrac tout prêts, au poids ou au litre.

S’il est bien une question récurrente, c’est celle du nettoyage, que ce soit de la vaisselle ou du linge. L’association ZeroWaste Switzerland se décline dans de nombreux cantons et ses ambassadeurs gèrent aussi les pages correspondantes sur Facebook principalement, sur Instagram parfois. On voit souvent passer cette question: tel produit, telle recette, ça ne lave pas aussi bien que le produit Z acheté en supermarché. Telle recette fonctionne très bien chez X, et laisse des traces blanches chez Y. Tout le monde se questionne sur le bon dosage des ingrédients de base (cristaux de soude, acide citrique, gros sel, percarbonate de soude…). On  se lamente de la dureté de l’eau de sa région…

Alors que bien souvent, le noeud du problème est ailleurs.

 

Du T.A.C.T, vous en avez ?

Dans son excellent bouquin “Greenwashing – fabriquer ses propres produits ménagers” (Editions La Plage), Cécile Berg  – docteur en chimie pharmaceutique, un gage de crédibilité – nous rappelle l’essentiel: pour laver correctement, toutes les formules jouent sur quatre facteurs (résumé par l’acronyme T.A.C.T):
– le temps
– l’agitation
– la chimie
– la température

En résumé, si on fait tremper (temps), mieux ça lave. Si on frotte (agitation), c’est plus efficace, etc. Le concept est simple à comprendre…! On l’aura deviné, les produits du commerce jouent essentiellement sur la chimie, au mépris de l’environnement… et de notre santé. On applique le produit, on attend une ou deux minutes, on rince et tout est propre, sans frotter. Magique! Mais le produit en question est souvent très toxique, pour soi et pour la nature. Il y a longtemps, j’ai cru mourir étouffée après avoir sprayé un nettoyant pour salle de bain dans la douche: les gaz du produit m’ont fait suffoquer et j’ai bien cru ne pas pouvoir atteindre la fenêtre pour reprendre une respiration normale. Depuis cette petite expérience assez traumatisante, j’ai commencé à me poser des questions sur la composition de ces sprays aux couleurs fluo censés nous faciliter la vie (et pas nous l’ôter prématurément)!

Pour en revenir aux principes T.A.C.T, il suffit souvent de laisser tremper et de frotter quand on utilise des produits DIY ou achetés en vrac, à la composition simple. Car pour ce qui est de la chimie, très peu d’ingrédients suffisent à tout faire. Par conséquent, si vous constatez que cela ne lave pas comme le produit X ou Y très chimique du supermarché, c’est sans doute que vous avez négligé le quatrième élément: la température. Votre eau de lavage n’est peut-être tout simplement pas… assez chaude!

Laver à froid: la fausse bonne idée écologique

Eh oui, la publicité des fabricants de chimie nous ont “vendu” le concept de lavage (vaisselle, linge) à basse température. Ce serait ainsi plus écologique car on consomme moins d’électricité. Oui, certes, mais qui dit basse température, dit chimie augmentée pour que cela fonctionne. On économise quelques centimes d’électricité, mais on pollue allégrement. Quel gain !

Donc oubliez cette fausse idée soi-disant écologique et choisissez un programme plus chaud avec votre poudre pour lave vaisselle ou votre lessive à base de savon de Marseille, de feuilles de lierre ou de cendres faite maison.

Au niveau chimie, les recettes de la poudre pour lave-vaisselle sont aussi simples et très économiques. Cécile Berg en donne deux dans son ouvrage. La première utilise du borax, qui se vend environ CHF 20.- par kilo en droguerie (en vrac). La seconde est plus économique et utilise du bicarbonate.

Recette mini-budget de poudre à lave-vaisselle

  • 1 verre et demi de bicarbonate de soude
  • 1 verre et demi de cristaux de soude déshydratée
  • 1/2 verre de gros sel

Utiliser 1 cs de ce mélange sel-bases, puis…
A conserver séparément (et à rajouter au moment de lancer la machine):

  • 1/2 verre d’acide citrique (à raison d’1 cc par machine)

[Mise  à jour: une seconde recette utilisant du borax est donnée par Cécile Berg dans son livre. Il semble que ce minéral ne soit pas en vente libre en Suisse, car classifié H360: il peut nuire à la fertilité et au foetus à haute dose. Cette recette est donc retirée de cet article. Merci à Aline pour son avertissement !]

J’ai essayé quantité de recettes, avec toujours l’impression que ce n’était pas vraiment propre à la longue, que les verres étaient voilés (malgré le vinaigre en rinçage, malgré une eau adoucie). Pire, un film s’était collé à la vaisselle.

Jusqu’au moment où je me suis rappelée le principe T.A.C.T. J’ai donc sélectionné le programme chaud. Et là, miracle, toutes les recettes sont hyper efficaces !

Acide et base: à mélanger au bon moment

Autre question récurrente: pourquoi ne pas mélanger l’acide citrique au reste des poudres ? Les cristaux de soude sont anhydres et basiques. Ils captent donc facilement l’eau environnante pour se réhydrater. Et en cuisine, comme en lessiverie, ce n’est pas l’eau qui manque! Et comme la soude sous cette forme est basique, elle va réagir avec l’acide citrique (ou tout autre acide): ça commence à gonfler, puis à mousser. La réaction effervescente achevée, le produit ne sera plus du tout efficace. C’est bien dommage, car cette réaction est intéressante pour décoller la saleté. Au prochain plat de lasagnes à nettoyer, essayez de saupoudrer du bicarbonate de soude, basique, sur les restes (qui auront d’abord été mis à tremper), puis sprayer dessus du vinaigre blanc (acide): vous verrez comme cette effervescence décrasse !

Acide et base, ça fait “pschtt”: pour faire rigoler vos enfants, réalisez une “limonade” minute en ajoutant un peu de bicarbonate de soude (basique) dans un verre d’eau additionné d’un jus de citron (acide)… Le même principe est à la base des galets pour WC ou “potty bombs” qui détartrent, nettoient et désodorisent. Mais là, il faut quand même manier la brosse…

Acide et base, ça fait “pschtt” et c’est bien sûr intéressant pour nettoyer, mais dans le lave-vaisselle, pas en dehors! D’où l’intérêt de procéder au mélange sel-bases et acide au moment de lancer la machine. Ou bien de ne préparer que de petites quantités de poudre à la fois.

Oui, on peut changer ses habitudes et ne plus utiliser tous ces produits chimiques du commerce traditionnel, vendus à grands renforts de publicité et d’arguments plus que discutables. On le peut, sans faire de compromis sur l’exigence de propreté moderne et sans produire de déchets inutiles. Pour le bien de l’environnement et de sa santé.

 

[update: Suite au commentaire d’Aline ci-dessous, je me dois de mettre en garde toute personne qui souhaite fabriquer ses produits ménagers. Même si les ingrédients de base sont naturels, ils se manipulent toujours avec précaution. On évitera aussi de dépasser les doses prescrites. Toujours procéder dans un local bien ventilé, porter des lunettes et des gants et ne pas respirer les vapeurs ou les poussières des produits. Bien entendu, il ne faut pas non plus laisser traîner les ingrédients ou les mélanges et les ranger hors de la portée des enfants.

Evitez aussi d’acheter des produits sur internet. D’une part parce qu’il n’y a aucune garantie sur la qualité des produits et leur origine, mais surtout, vous ne bénéficierez pas des conseils de prudence et d’usage des professionnel-le-s de la pharmacie ou de la droguerie.]