Eco-conception, responsabilité et priorités

L’éco-conception de tout emballage devrait aller de soi, devrait même être rendue obligatoire. Mais cette étape ne devrait-elle pas être que transitoire sur le chemin de la réduction de la production de nos déchets ? Tout dépend de l’objectif et de la logique que l’on poursuit.
Récemment, Le Temps a publié une interview de Julien Boucher, chercheur à la HEIG-VD et fondateur du Pôle éco-conception suisse. Le titre me dérange quelque peu… “Emballages. Il n’existe pas encore de matière miracle”. De même que la notion de “paradoxe de l’emballage”, qui dit que si l’emballage est un déchet, il a aussi son utilité. Comme si on ne pouvait pas se passer d’emballages, qui plus est, d’emballages plastiques. Il existerait donc des emballages plastiques justifiés, vertueux… Vraiment ? Je pose la question, car il me semble que le cadre de réflexion n’est pas le bon.
(c) photka, sur le site www.actu-environnement.com
L’éco-conception, c’est bien et c’est nécessaire. Pas un-e industriel-le ne devrait avoir le droit de produire quoi que ce soit sans s’être soucié-e au préalable des déchets que son produit produira pendant sa production, sa distribution, en fin de vie ou de consommation. Tous les matériaux utilisés pour le fabriquer, le conditionner, le transporter, le vendre devraient avoir été analysés dans l’optique d’une économie circulaire où rien n’est jeté, détruit ou brûlé, mais où tout est réutilisé, recyclé, composté, méthanisé, etc.
Avec une telle contrainte, nous n’aurions plus beaucoup gadgets “made in China” ou de fast fashion dans nos magasins… Celui ou celle qui utiliserait encore le concept d’obsolescence programmée dans la conception et la production de ses produits serait soumis à de fortes pénalités et aurait l’obligation de changer sa pratique rapidement. Les gyres ou vortex de plastiques qui tournent dans nos océans verraient leurs nombreuses sources taries rapidement (voir l’illustration de www.raceforwater.com, une fondation qui a pour but de préserver l’eau. Leur nouvel odyssée 2017-2021 est partie de Lorient le 7 avril dernier. A suivre ici).
(c) www.raceforwater.com

Transfert de responsabilité

L’éco-conception est nécessaire, mais on ne devrait pas mettre tous nos espoirs en ce qui devrait n’être qu’une étape de transition. Si on veut réellement diminuer, voire éliminer les emballages et les déchets, il faut aussi changer de mentalité et de réflexes, d’un bout à l’autre de la chaîne de production-consommation.
Il faut abandonner l’idée que l’emballage jetable ou à usage unique est nécessaire. Et la consigne me direz-vous? C’est un pis-aller car le nettoyage de ses contenants par le producteur ou le détaillant doit être fait dans les règles de l’art (et de la législation). En plus de transport coûteux aller et retour, cela demande un équipement particulier, de l’eau, etc. eux aussi coûteux pour le producteur (mais j’en paie une partie comme consommatrice) et pour l’environnement. Il faut donc que si consigne il y a, le nombre de kilomètres parcouru soit le plus restreint possible.
A mon sens, les consommateurs doivent se réapproprier la responsabilité du transport des denrées qu’il achètent. Il s’agit aussi de transférer la responsabilité de la propreté du contenant au consommateur. On s’éloigne nettement du fonctionnement de notre société de sur-consommation et de déresponsabilisation. L’éco-conception devrait déjà aller de soi, mais c’est un changement profond de toutes nos habitudes de consommation qui doit s’opérer, si on veut éviter l’usage du plastique à usage unique et si on vise un bilan carbone le plus favorable possible pour les emballages qui subsistent. Seuls les grands contenants seraient nécessaires, ceux qui servent à ravitailler les détaillants et bien sûr, ils devraient être réutilisables.
La voie vertueuse existe: c’est la vente en vrac. C’est amener ma bouteille propre (nettoyée par mes soins) et la faire remplir chez le détaillant ou le producteur. Je le fais pour l’huile, le vinaigre, le produit vaisselle ou la lessive (quand je ne les fabrique pas moi-même), certains produits de droguerie (benzine rectifiée p. ex., alcool de désinfection). On peut le faire pour la bière (www.beerstation.ch), le vin (système des cubitainer en plastique, mais à réutiliser). Pour les produits laitiers liquides (lait, yaourts, crème), j’ai recours au système de consigne. La production est locale et les contenants ne font pas beaucoup de kilomètres aller et retour.
Et bien sûr, tous les fruits et légumes qui se pèlent ont déjà leur emballage avec eux, naturel et compostable. De grâce, boudez les emballages des citrons et des bananes, des oignons et des kiwis, des carottes et des mangues!
Station de pressage de jus d’orange frais, comme on commence à en voir en supermarché.
Bien sûr, c’est impossible pour certains produits particuliers (champagne p. ex.), mais je rétorque qu’on en consomme pas tous les jours non plus… Pour le jus d’orange de l’illustration, je pense qu’il est aussi possible d’amener sa propre bouteille de même contenance pour éviter de prendre celle en plastique. Encore faut-il que le magasin joue le jeu.
Pour toutes les autres denrées de base solides, mouillées ou sèches, rien de tel que les boîtes hermétiques que l’on apporte soi-même, des sachets en tissu dont on peut faire la tare au magasin… Mais ça, vous le savez déjà !

Priorités

Certains grincheux et ronchonnes diront ne pas avoir le temps de faire leurs courses de cette manière. Que leur répondre ? S’approvisionner des denrées qui nous font vivre, s’informer sur leur qualité, leur provenance, leur mode de production, et puis les cuisiner, les préparer, les manger, les partager… ne sont-elles pas des activités prioritaires ou tout le moins des activités qui devraient redevenir prioritaires dans nos vies ? Est-ce vraiment mieux d’avoir placé nos nombreuses activités accessoires à notre survie (comme le travail, nos loisirs, nos hobbies, notre hyper-présence sur les réseaux sociaux virtuels…) au centre de notre activité d’être humain?
Pour ma part, faire les courses était devenu une corvée: moins elle me prenait de temps, mieux c’était.  La question qui se pose est: et tout ce temps gagné, c’est pour en faire quoi ? A-t-on réellement plus investi dans nos relations sociales, cet autre ingrédient indispensable à notre survie d’êtres humains ?
Oui, j’admets, faire ses courses ailleurs qu’en supermarché, cela prend du temps. Mais franchement, c’est aussi très chouette. Faire mes courses, c’était une corvée, c’est devenu un loisir car rien ne remplace les contacts humains autour des choses que l’on sait bonnes.

Emballages, justifications et communicants

Pas une entreprise d’envergure qui n’aie pas son équipe de communicants! Comme pour les pommes bio, ils (et elles) nous emballent avec leurs discours et leurs justifications. Petites omissions, arguments douteux, tout est permis pour vendre. Y compris de raconter des salades…

La stratégie commerciale ne connaît qu’une logique: celle de vendre toujours plus. Sans respecter aucune éthique, aucune autre valeur que celle qui s’inscrit en noir avec de nombreux zéros au bilan. Cela vaut aussi quand la clientèle devient regardante sur la qualité, la provenance et le mode de production des denrées qu’elle achète. A ce moment-là, les grands distributeurs ne s’en sortent qu’en engageant une flopée de communicants très doués.

C’est le cas de nos deux géants orange du duopôle “Migroop”. Les deux ont senti, puis suivi la tendance avec les produits bio. Avec grand succès. Les deux proposent une gamme de produits estampillés Bio Suisse pour l’un (le bourgeon) et Migros Bio pour l’autre. Chacun produit des lignes de produits bio “maison”: Alnatura pour l’un, Oecoplan, Naturaline pour l’autre.

D’autres tendances ont été récupérées: le très bon marché “générique”, les produits vegan, etc. Récupérer les tendances du moment et proposer des produits qui y répondent, ce n’est rien d’autre que de la segmentation de marché. L’objectif général est d’occuper le terrain et de conserver sa clientèle qui serait tentée d’aller voir ailleurs.

Labels: en veux-tu? en voilà!

Les attentes de la clientèle sont très diverses et souvent s’opposent. Certains ne veulent que du bon marché, sans aucune considération sur la qualité ou la provenance des aliments. D’autres, et ils sont toujours plus nombreux, ont d’autres exigences. Ils veulent des produits de qualité, issu de l’agriculture locale, durable, voire bio. Ils veulent du bon et du bien. Voici venu le temps des labels et des certifications. On les voit fleurir comme les pâquerettes au printemps. Ils sont si nombreux qu’il faut un guide pour savoir ce qu’ils recouvrent (ouf, la FRC en propose un!).

Que ces labels existent, c’est une bonne chose! Mais la démarche des grands distributeurs ne doit tromper personne. Seule la logique du marché et la volonté de vendre toujours plus sont à l’origine de toutes leurs actions. En soi, rien de plus normal pour un commerçant, me direz-vous. Juste! Sauf quand le dit-commerçant commence à surfer sur les valeurs qui sous-tendent les attentes de leurs clients et à en jouer. Sauf quand il mène sa clientèle en bateau. Il y a alors un décalage entre le discours et les faits qui est très mal perçu par le public.

Là où le bât blesse douloureusement, c’est quand l’appât du gain prime sur les considérations éthiques, sociales et/ou environnementales. Des considérations que l’on peut croire partagées par l’enseigne, qui les brandit à tout va dans son marketing. Ce qui fait que sous le même toit, on trouve des fruits et des légumes bio, des produits labellisés “Fair trade” (une garantie que les producteurs et les travailleurs sont correctement payés et traités), “Slow Food” (garantie d’un produit authentique, produit en respectant une longue tradition, avec du goût) ou encore “De la région” (pour promouvoir les produits locaux), ou estampillés “Pro Montagna” (pour permettre le maintien d’une agriculture de montagne). Et sous le même toit, on trouve aussi le pire, comme les fraises espagnoles en janvier (voir plus bas), les poires d’Afrique du Sud, le boeuf d’Amérique du Sud…

En résumé, nos grands distributeurs “mangent à tous les râteliers”, pour autant que cela leur rapporte. Cela ne les choque pas de proposer – à quelques semaines d’intervalle – des asperges du Mexique ou du Pérou importées en avion, et juste après des asperges bio du Valais.

Les fraises du viol

Prenons les fraises, celles qui nous viennent d’Espagne dès le mois de janvier, qui sont grosses et rouges, dures comme du carton et n’ont aucun parfum et aucun goût. C’est l’exemple le plus criant et le plus scandaleux. Je ne critique pas le choix de certains de mes concitoyens et concitoyennes à acheter ces fruits qui n’ont que l’apparence de fraises: après tout, libre à chacun-e de dépenser son argent pour des produits n’ayant aucun intérêt gustatif. C’est ailleurs que mon regard et mon courroux se portent.

Non, ce ne sont pas les clients qui veulent manger des fraises en hiver, aux souhaits desquels les commerçants seraient “obligés” de répondre. Il n’y a jamais eu de pétition en ce sens à ce que je sache! Ces fraises ont été importées dans le seul but de faire du bénéfice, comme pour n’importe quel autre produit.

Dans le cas des fraises, cette attitude est détestable et en complète contradiction avec l’adoption de labels bio, fairtrade et j’en passe. Les conditions de travail et de vie de ces esclaves modernes venus d’Afrique du nord et des pays de l’Est à Huelva pour récolter nos légumes et nos fruits sont connues depuis longtemps, l’émission “A Bon Entendeur” s’en était fait l’écho il y a déjà une quinzaine d’années (émission de 2004, “La honte en barquette“, émission de 2012 “Fraise espagnole: la pas belle de Cadix“).

A ce premier scandale s’est ajouté il y a peu celui du viol subi par les femmes exploitées à récolter les fraises, comme cette enquête de Correctiv (une agence allemande d’investigation à but non lucratif) le révèle. Un calvaire quotidien, une violence insupportable imposée pour quelques euros mensuels de “salaire”, avec la menace d’un renvoi dans le pays d’origne si quelqu’un ose parler. Ce sont les fruits de cette situation insupportable que nous proposent nos supermarchés. C’est à cela que nos importations à bas prix contribuent.

Les hashtags “me too” et “balance ton porc” ne seraient-il bons que pour les stars de cinéma ? Qui se soucie de ces femmes algériennes, marocaines, roumaines qui cueillent ces fraises ? Si Coop, Migros et  autres Lidl et Aldi en proposent dès le mois de janvier, alors importer de telles fraises devient un acte coupable car complice de ces trafiquants d’êtres humains.

“Le bio doit être emballé, c’est une exigence.” Faux!

Revenons aux emballages inutiles, tout le monde peut constater que légumes et des fruits bio des supermarchés sont remplis d’emballages: plastiques, filets, cartons, rien ou presque n’est disponible en vrac sans suremballage.

Les légumes bio sont emballés de plastique, les non bios sont vendus tout nus (Migros)
Situation identique à la Coop: le bio est suremballé de plastique

Si on en croît les communicants bien rôdés, l’emballage serait une exigence du Label Bio Suisse, comme l’écrit Coop dans un article paru sur sa page Facebook intitulé “Le développement durable au quotidien” (!). Comme à plusieurs reprises, ma confiance a été trahie par les grandes enseignes, j’aime aller voir par moi-même. J’ai en effet des doutes, car les petits commerces bio n’emballent pas leur marchandise. Si c’était une exigence de Bio Suisse, alors tout serait emballé partout, dans toutes les sortes de magasin vendant du bio certifié.

Sur le site de www.biosuisse.ch, on trouve facilement le cahier de charge et réglement imposés au commerce. Qu’y lit-t-on ? Il y a justement un chapitre qui traite de séparation et d’emballage. (c’est moi qui souligne)

“Transformation

Les entreprises qui travaillent aussi bien avec des matières premières et des produits Bourgeon qu’avec des produits bio CH, bio UE, de qualité équivalente ou non biologique doivent garantir une séparation suffisante des différentes qualités tout au long de la fabrication.  (…)

Stockage

Les produits biologiques doivent être stockés de manière à exclure tout mélange et toute confusion avec des produits non biologiques. Les produits biologiques et non biologiques ne peuvent être stockés ensemble qu’une fois emballés pour la vente et clairement étiquetés. Les locaux de stockage et les récipients destinés aux produits en vrac doivent être séparés les uns des autres et clairement identifiables. (…)

Transports

Les produits biologiques et non biologiques ne peuvent être transportés ensemble que lorsqu’ils sont emballés de façon adéquate et étiquetés individuellement. Même pendant le transport, l’emballage doit respecter les directives d’emballage du présent Cahier des charges.

Voilà qui est intéressant, non? A aucun moment, Bio Suisse n’exige que les produits portant son bourgeon soient emballés ! Par contre, l’organisme exige que les produits bio et non bio soient suffisamment séparés pendant la transformation, le stockage et le transport, pour éviter qu’on ne les mélange accidentellement. La perspective est tout autre. Il ne reste qu’à la Coop (et à tous les autres) ne s’organiser pour garantir la séparation correcte des produits depuis sa livraison des fournisseurs jusqu’à la vente en rayon. Il s’agit donc d’assurer une transformation, un stockage et un transport dédiés aux seuls produits de l’agriculture bio, et un autre dédié aux seuls produits de l’agriculture chimique.

Et en matière d’emballage, qu’exige donc Bio Suisse?

Emballages

Exigences générales

Les emballages doivent recourir aux systèmes qui, pour une protection optimale des produits, engendrent le moins de nuisances écologiques. Lorsque c’est approprié, il faut prévoir des systèmes réutilisables.

Matériaux d’emballage

Bio Suisse décide quels matériaux d’emballage sont autorisés. Le principe en vigueur est le même que pour les procédés de transformation. Il faut choisir pour chaque produit le type d’emballage le plus écologique possible:

  • les systèmes réutilisables doivent être préférés aussi bien pour la vente au détail que pour la distribution et le commerce de gros;
  • il faut utiliser si possible des matériaux à base de matières premières recyclables ou renouvelables (p. ex. verre, carton, PET recyclable);
  • les emballages superflus (overpackaging) doivent être évités;
  • tous les emballages contenant du chlore (p. ex. PVC) sont interdits;
  • les matériaux métallisés (recouvert d’une couche de métal vaporisé) sont autorisés;
  • les emballages composites métallisés et les feuilles d’aluminium pur ne sont autorisés que dans des cas justifiés.

Les choses sont claires, non ?

Voilà pourquoi de plus en plus de consommateurs et de consommatrices boudent les grandes enseignes: ils ont l’impression d’être pris, au mieux, pour des pigeons, au pire, pour des imbéciles incultes.

Petits conseils de management aux enseignes qui veulent survivre

C’est mon pari: la vente en vrac va débarquer en masse dans les grandes surfaces, c’est certain. Elles y voient pour le moment sans doute une nouvelle segmentation du marché, une tendance écolo-bobo à suivre, donc du profit à faire.

Il y certainement une autre vision des choses à développer, plus encline à garantir le succès à long terme. Car je l’affirme: le refus de l’emballage est loin d’être une mode. C’est une nécessité, comme l’a compris la Commission européenne qui veut interdire le plastique à usage unique (cotons-tiges, couverts en plastique, pailles, etc.) et donc aussi les emballages inutiles.

La solution est simple et elle se résume en cinq points :

  1. Choisir son camp, sa ligne, sa vision, sa politique. Cesser de vouloir courir après tous les lièvres et toutes les tendances, juste pour faire du chiffre. Si on adopte des labels, on fait en sorte d’éviter les collisions d’éthique et de valeurs.
  2. Faire confiance aux consommateurs. Ceux qui vont faussement étiqueter un produit bio avec un prix de produit non bio ne sont pas la majorité. Si vraiment on craint les abus, alors on peut organiser la vente des produits différemment et, par exemple, éloigner physiquement les rayons bio des rayons non bio.
  3. Adopter un discours sincère et vrai, conforme à la vérité et… remettre au pas toute l’équipe des communicants! En d’autres termes, ne plus prendre les consommateurs pour des imbéciles,
  4. Prendre le virage zéro emballage et offrir un maximum de produits tout nus (et des balances qui permettent de faire la tare!), ou alors emballés sans plastique mais dans des matériaux biodégradables (dans le compost familial) ou recyclables. Réintroduire les consignes et/ou le remplissage en magasin.
  5. Adopter un modèle d’affaires compatible avec l’économie circulaire : rien ne se perd, rien de se jette, rien de se brûle; tout se réutilise ou se transforme (et pas qu’une seule fois). Rien n’est produit sans avoir pensé dès le départ à la fin de vie du produit (éco-conception).

Alors, Migroop et Alidl, Manölg et toutes les autres, vous vous y mettez quand ? Il en va de votre crédibilité et in fine, de votre survie économique…

Pas assez efficace, le nettoyage sans déchets?

Aucun texte alternatif disponible.

Changer ses habitudes. C’est le passage obligé quand on se rend compte des kilos de déchets inutiles que l’on produit chaque semaine. Les alternatives sont nombreuses. Certains se lanceront volontiers dans des préparations “maison”. Les recettes Do-it-yourself (DIY) sont légion sur internet et les réseaux sociaux. Mais on ne s’improvise pas formulateur ou formulatrice parce qu’on aurait, enfant, épuisé toutes les possibilités de la boîte du “Petit chimiste” reçue à Noël…! D’autres préfèreront acheter des produits de nettoyage ou cosmétiques en vrac tout prêts, au poids ou au litre.

S’il est bien une question récurrente, c’est celle du nettoyage, que ce soit de la vaisselle ou du linge. L’association ZeroWaste Switzerland se décline dans de nombreux cantons et ses ambassadeurs gèrent aussi les pages correspondantes sur Facebook principalement, sur Instagram parfois. On voit souvent passer cette question: tel produit, telle recette, ça ne lave pas aussi bien que le produit Z acheté en supermarché. Telle recette fonctionne très bien chez X, et laisse des traces blanches chez Y. Tout le monde se questionne sur le bon dosage des ingrédients de base (cristaux de soude, acide citrique, gros sel, percarbonate de soude…). On  se lamente de la dureté de l’eau de sa région…

Alors que bien souvent, le noeud du problème est ailleurs.

Du T.A.C.T, vous en avez ?

Dans son excellent bouquin “Greenwashing – fabriquer ses propres produits ménagers” (Editions La Plage), Cécile Berg  – docteur en chimie pharmaceutique, un gage de crédibilité – nous rappelle l’essentiel: pour laver correctement, toutes les formules jouent sur quatre facteurs (résumé par l’acronyme T.A.C.T):
– le temps
– l’agitation
– la chimie
– la température

En résumé, si on fait tremper (temps), mieux ça lave. Si on frotte (agitation), c’est plus efficace, etc. Le concept est simple à comprendre…! On l’aura deviné, les produits du commerce jouent essentiellement sur la chimie, au mépris de l’environnement… et de notre santé. On applique le produit, on attend une ou deux minutes, on rince et tout est propre, sans frotter. Magique! Mais le produit en question est souvent très toxique, pour soi et pour la nature. Il y a longtemps, j’ai cru mourir étouffée après avoir sprayé un nettoyant pour salle de bain dans la douche: les gaz du produit m’ont fait suffoquer et j’ai bien cru ne pas pouvoir atteindre la fenêtre pour reprendre une respiration normale. Depuis cette petite expérience assez traumatisante, j’ai commencé à me poser des questions sur la composition de ces sprays aux couleurs fluo censés nous faciliter la vie (et pas nous l’ôter prématurément)!

Pour en revenir aux principes T.A.C.T, il suffit souvent de laisser tremper et de frotter quand on utilise des produits DIY ou achetés en vrac, à la composition simple. Car pour ce qui est de la chimie, très peu d’ingrédients suffisent à tout faire. Par conséquent, si vous constatez que cela ne lave pas comme le produit X ou Y très chimique du supermarché, c’est sans doute que vous avez négligé le quatrième élément: la température. Votre eau de lavage n’est peut-être tout simplement pas… assez chaude!

Laver à froid: la fausse bonne idée écologique

Eh oui, la publicité des fabricants de chimie nous ont “vendu” le concept de lavage (vaisselle, linge) à basse température. Ce serait ainsi plus écologique car on consomme moins d’électricité. Oui, certes, mais qui dit basse température, dit chimie augmentée pour que cela fonctionne. On économise quelques centimes d’électricité, mais on pollue allégrement. Quel gain !

Donc oubliez cette fausse idée soi-disant écologique et choisissez un programme plus chaud avec votre poudre pour lave vaisselle ou votre lessive à base de savon de Marseille, de feuilles de lierre ou de cendres faite maison. Avis aux curieux: le site de l’association ZeroWaste Switzerland propose les recettes de base pour confectionner ces produits de nettoyage. Très économiques, efficaces et rapidement fabriqués, ils ont tout pour plaire. Sauf la pub !

Au niveau chimie, les recettes de la poudre pour lave-vaisselle sont aussi simples et très économiques. Cécile Berg en donne deux dans son ouvrage. La première utilise du borax, qui se vend environ CHF 20.- par kilo en droguerie (en vrac). La seconde est plus économique et utilise du bicarbonate.

Recette mini-budget de poudre à lave-vaisselle

  • 1 verre et demi de bicarbonate de soude
  • 1 verre et demi de cristaux de soude déshydratée
  • 1/2 verre de gros sel

Utiliser 1 cs de ce mélange sel-bases, puis…
A conserver séparément (et à rajouter au moment de lancer la machine):

  • 1/2 verre d’acide citrique (à raison d’1 cc par machine)

[Mise  à jour: une seconde recette utilisant du borax est donnée par Cécile Berg dans son livre. Il semble que ce minéral ne soit pas en vente libre en Suisse, car classifié H360: il peut nuire à la fertilité et au foetus à haute dose. Cette recette est donc retirée de cet article. Merci à Aline pour son avertissement !]

J’ai essayé quantité de recettes, avec toujours l’impression que ce n’était pas vraiment propre à la longue, que les verres étaient voilés (malgré le vinaigre en rinçage, malgré une eau adoucie). Pire, un film s’était collé à la vaisselle.

Jusqu’au moment où je me suis rappelée le principe T.A.C.T. J’ai donc sélectionné le programme chaud. Et là, miracle, toutes les recettes sont hyper efficaces !

Acide et base: à mélanger au bon moment

Autre question récurrente: pourquoi ne pas mélanger l’acide citrique au reste des poudres ? Les cristaux de soude sont anhydres et basiques. Ils captent donc facilement l’eau environnante pour se réhydrater. Et en cuisine, comme en lessiverie, ce n’est pas l’eau qui manque! Et comme la soude sous cette forme est basique, elle va réagir avec l’acide citrique (ou tout autre acide): ça commence à gonfler, puis à mousser. La réaction effervescente achevée, le produit ne sera plus du tout efficace. C’est bien dommage, car cette réaction est intéressante pour décoller la saleté. Au prochain plat de lasagnes à nettoyer, essayez de saupoudrer du bicarbonate de soude, basique, sur les restes (qui auront d’abord été mis à tremper), puis sprayer dessus du vinaigre blanc (acide): vous verrez comme cette effervescence décrasse !

Acide et base, ça fait “pschtt”: pour faire rigoler vos enfants, réalisez une “limonade” minute en ajoutant un peu de bicarbonate de soude (basique) dans un verre d’eau additionné d’un jus de citron (acide)… Le même principe est à la base des galets pour WC ou “potty bombs” qui détartrent, nettoient et désodorisent. Mais là, il faut quand même manier la brosse…

Acide et base, ça fait “pschtt” et c’est bien sûr intéressant pour nettoyer, mais dans le lave-vaisselle, pas en dehors! D’où l’intérêt de procéder au mélange sel-bases et acide au moment de lancer la machine. Ou bien de ne préparer que de petites quantités de poudre à la fois.

Oui, on peut changer ses habitudes et ne plus utiliser tous ces produits chimiques du commerce traditionnel, vendus à grands renforts de publicité et d’arguments plus que discutables. On le peut, sans faire de compromis sur l’exigence de propreté moderne et sans produire de déchets inutiles. Pour le bien de l’environnement et de sa santé.

 

[update: Suite au commentaire d’Aline ci-dessous, je me dois de mettre en garde toute personne qui souhaite fabriquer ses produits ménagers. Même si les ingrédients de base sont naturels, ils se manipulent toujours avec précaution. On évitera aussi de dépasser les doses prescrites. Toujours procéder dans un local bien ventilé, porter des lunettes et des gants et ne pas respirer les vapeurs ou les poussières des produits. Bien entendu, il ne faut pas non plus laisser traîner les ingrédients ou les mélanges et les ranger hors de la portée des enfants.

Evitez aussi d’acheter des produits sur internet. D’une part parce qu’il n’y a aucune garantie sur la qualité des produits et leur origine, mais surtout, vous ne bénéficierez pas des conseils de prudence et d’usage des professionnel-le-s de la pharmacie ou de la droguerie.]

Pas de supermarché = pas de petit déjeuner ?

Que mangez-vous au petit déjeuner ? La question semble anodine, et pourtant les réponses habituelles illustrent de manière magistrale comment nous avons modifié nos habitudes, en grande partie de raison du marketing intensif auquel nous sommes soumis chaque jour.

Dans la plupart des familles où il y a des enfants, la table du petit déjeuner dressée tôt le matin comporte un ou plusieurs paquets de céréales industrielles. Rares sont les familles où l’on tartine encore de simples tranches de pain avec de la confiture faite maison ou du miel, sur une petite couche de beurre. Bien que le succès de la crème à base d’huile de palme et de sucre, assaisonnée d’un tout petit peu de noisettes et de chocolat (vous voyez de quel produit je parle?) a certainement relancé l’intérêt pour les tartines du matin!

Les tartines au beurre et à la confiture, un régal tout simple! (crédit photo: Boulangerie Gosselin)
Un mur de paquets de céréales ultra-transformées et hyper-sucrées est-il plus appétissant ? (crédit photo: open food facts)

Et pourtant, notre pays s’est longtemps illustré comme pionnier en matière de “petit déjeuner santé”. Qui se rappelle que deux recettes iconiques de la “healthy food” sont d’origine suisse ? Qui mange encore le véritable bircher müesli à base de flocons et de fruits frais, ou bien la fameuse crème Budwig?

Le premier a été mis au point par le médecin zürichois Maximilian Bircher-Benner (1867-1939). Pour soigner ses patients, il met au point le “repas de régime aux pommes”. Sa composition repose évidemment sur les pommes, râpées avec le coeur et la peau (il vaut mieux en utiliser des bio, du coup!). On les mélange avec des flocons d’avoine trempés une nuit dans de l’eau (puis égouttés), des noisettes concassées, du jus de citron et, suissitude oblige, du lait condensé sucré.

Bircher müesli original: beaucoup de fruits frais, très peu de flocons et de lait! (crédit photo: dineamic.com.au)

La seconde, la crème Budwig, est la création de la Doctoresse Catherine Kousmine (1904-1992) devenue suissesse d’adoption après la Révolution russe. C’est une base de fromage blanc émulsionné avec de l’huile de lin, à laquelle on ajoute du jus de citron, de la banane écrasée, des céréales et des graines oléagineuses fraîchement moulues, et beaucoup beaucoup de fruits frais râpés ou mixés.

Crème Budwig: de bonnes graisses, des fruits, un peu de céréales… (crédit photo: elle.fr)

Ces deux emblèmes de l’hygiénisme du siècle passé sont bons pour la santé, certes, mais ils sont surtout excellents au goût! Pas étonnant qu’ils soient régulièrement “découverts” par les foodistas du moment! Mais l’une comme l’autre exigent un peu de préparation, soit le matin même, soit le soir avant. Et le temps, c’est bien connu, manque à tout le monde. Surtout au petit matin.

L’industrie répond-elle à nos besoins ? Ou nous impose-t-elle plutôt ses produits ?

Heureusement, les industriels de la céréale et du sucre sont venus au secours des familles. Des paquets colorés, des recettes plus que discutables, mais un goût de “reviens-y” très addictif: ils visent le fameux “bliss point”, soit le niveau de sucre et de sel qui rend un aliment tout simplement irrésistible.

Ce qu’on trouve en supermarché ne ressemble pas aux recettes d’origine, et c’est peu dire! Les müeslis secs qu’on y trouve sont en général bourrés de sucres ajoutés, de céréales raffinées et d’huiles saturées. Je ne crois pas avoir jamais vu de crème Budwig au rayon frais, heureusement! Mais on y trouve des mélanges de céréales dans du yaourt qui peuvent la rappeler. Là aussi, c’est bourré de sucres ajoutés, sans parler des colorants et autres texturants (donnez-moi mon amidon de maïs cireux modifié!). Et surtout, tous ces aliments ultra-transformés sont emballés dans des sachets plastifiés ou des gobelets à usage unique. A jeter après usage.

Les industriels débordent d’imagination et affirment, la main sur le cœur, s’adapter à nos modes de vie qui changent et répondre à nos besoins. Alors comme les enfants sont nourris de dessins animés à la télévision, les paquets de céréales sont illustrés pareil. Comme les adolescents et les jeunes adultes rechignent à s’attabler en famille, les industriels de la céréale ont imaginé des biscuits de petit déjeuner, qu’on prend en passant dans la cuisine et qu’on mange en route vers l’école ou le lieu de travail.

Là aussi, il vaut mieux ne pas se pencher sur la qualité nutritionnelle de ces aliments ultra-transformés “si pratiques”. Pour en savoir plus, regardez l’émission “Le magazine de la santé” sur France 2 sur le sujet. Et s’y ajoute l’autre problème récurrent: cette “convenient food” est, bien sûr, hyper emballée.

Enseignements du Défi “Février sans supermarché”

Le défi du mois de février sans supermarché s’est terminé avant-hier. Des milliers de Romands et de Romandes en ont essayé de le relever, chacun-e à sa manière. Ce qui veut dire qu’il y a eu des exceptions, des incartades et des infidélités à l’engagement pris. Pas grave! L’important de la démarche était d’attirer l’attention des consommateurs sur leur façon de consommer, de les amener à réfléchir à leurs actes d’achat devenus très automatiques et, surtout, de faire redécouvrir les petits magasins indépendants, qui tirent un peu la langue en ce mois de février.

Le défi n’a pas pu être relevé à 100% ? Et alors ! Point de règle tapée sur les doigts, point de remontrance ou de culpabilité si, pour certains produits, il n’était pas possible de se passer d’aller visiter un des géants oranges ou un des nouveaux venus de la grande distribution. En toute conscience cette fois, ces quelques achats “qu’on-ne-trouve-pas-ailleurs” ont permis au préalable à M. Bolomey de faire quelques recherches ou à Mme Savary de se demander si vraiment elle ne peut pas s’en passer.

Il y a fort à parier que les céréales du petit déjeuner ont figuré au rayon des “indispensables-qu’on-ne-trouve-qu’au-supermarché” ! Qui a osé braver le regard de leurs juniors un mois durant sans craindre la rébellion familiale chaque matin ? Quel père, quelle mère s’est (re)mis-e à tartiner ou à cuisiner chaque matin ? Vous en êtes ? Bravo !

Heureusement, il existe des alternatives “fait maison” aux sachets de mélanges hyper sucrés et pleins de graisses de mauvaise qualité ! A vos casseroles !

Vite, des recettes!

Bien avant le prochain défi sans supermarché, je vous propose de redécouvrir la crème Budwig (recette originale de la Fondation Kousmine ici) et le Bircher müesli. Le site Betty Bossi propriété de la Coop en propose une recette, mais sans trempage et avec du lait. C’est dommage car le bircher est bien plus digeste quand les flocons ont trempé dans de l’eau (d’ailleurs, avant que BB ne soit racheté par le géant orange, la recette préconisait le trempage à l’eau!). Sur Wikipedia, heureusement, on trouve la recette originale. Même avec trempage, le bircher est vite fait: on fait tremper les flocons le soir avant dans de l’eau, le lendemain on égoutte et on ajoute les autres ingrédients.

J’ai développé une recette qui mélange le meilleur des deux: la crème Budsli! Essayez, c’est vraiment bon!

Ma crème Budsli, un mélange du meilleur du bircher müesli et de la crème budwig…

Et pour ceux qui souhaitent du croustillant sucré à se mettre dans la cuillère et sous la dent, il est facile de préparer d’un coup 1 kilo de “granola” cuite au four. Les recettes ne manquent pas. Un point commun à toutes: le mélange est vite fait et ça se prépare tout seul au four.

Ce sont tout simplement des flocons de céréales brutes, non sucrés, des oléagineux grossièrement hachés, le tout arrosé d’huile de coco et de miel fondu (ou de sirop d’érable) et mis à sécher et torréfié au four durant 1h30 (soit le temps d’un film le soir avant). Il est aussi possible de torréfier les flocons et les oléagineux à la poêle, puis d’ajouter une pâte sucrée composée de fruits secs (pruneaux, abricots, airelles…), de graines de lin et d’eau pour adoucir tout cela. A torréfier et à faire sécher dans la poêle à feu doux.

Ajouter ensuite des fruits séchés ou en saison, des fruits frais coupés et du lait de vache (si on le digère) ou végétal.

Tous les ingrédients se trouvent en épiceries qui vendent leurs produits au poids. Le site de l’association ZeroWaste Switzerland recense sur une carte du pays les bonnes adresses où on peut faire remplir ses propres contenants.

Zéro déchet, sain. Oui, mais surtout, à s’en lécher les babines ! Votre “bliss point” sera titillé, j’en suis sûre!

Bon petit déjeuner !

Un granola fait maison, c’est facile, rapide, économique et délicieux!

 

Refuser l’emballage, c’est bon pour la santé!

L’emballage est le propre de la nourriture industrielle ultra transformée. Refuser des produits emballés conduit à acheter des produits plus naturels, basiques. Et ceux-là sont bien meilleurs pour notre santé ! Un petit détour par quelques notions de diététique s’impose.

Diabète de type 2, hypertension, obésité, hypercholestérolémie, stéatose hépathique non alcoolique (le foie gras), mais aussi maladies cardiaques, maladie d’Alzheimer, athérosclérose, etc… Un inventaire à la Prévert, mais un Prévert triste: voilà quelques exemples de maladies chroniques non transmissibles qui marquent notre civilisation dite développée. Les spécialistes auront reconnu le syndrome métabolique qui regroupe les cinq premières de cette énumération. Ce syndrome explique l’explosion du nombre de personnes souffrant d’obésité ces cinquante dernières années.

L’obésité dans le monde en 2017 (c) care labs

Un livre récemment paru fait le point sur ces maladies dites de civilisation, sur leurs causes et sur… le remède. Ce remède est gratuit, ne s’achète pas, et est disponible à chacun naturellem

ent. Ce livre passionnant est rédigé par un médecin néphrologue canadien, le Dr. Jason Fung. Spécialiste des troubles liés aux reins, il a été amené à soigner des milllers de patients avec succès, dont la plupart étaient atteints de diabète de type 2 et d’obésité. Au début, le Dr. Fung les a d’abord aiguillé sur une alimentation de type “low carb”, soit avec un minimum d’hydrates de carbone, ayant constaté que l’hystérie collective ayant diabolisé les graisses ne reposait sur aucun fait scientifique. Sans grand succès: choisir ses hydrates de carbone s’avère plus compliqué que prévu. Puis, il a commencé à proposer la meilleure méthode pour diminuer leur taux d’insuline dans le corps, pour augmenter leur métabolisme de base, réguler leur taux de cholestérol (sans avoir recours aux statines controversées), et finalement, la seule méthode capable de faire maigrir durablement ses malades: le jeûne.

Dr. Jason Fung, auteur de l’ouvrage “Le guide complet du jeûne”, Editions Thierry Souccar, 2017

J’imagine déjà vos sourcils levés, chers lecteurs, chères lectrices, vos yeux incrédules qui se plissent de méfiance…! Quel rapport avec le mode de vie Zéro Déchet, me direz-vous ? Est-ce que subrepticement je vous conduirais vers l’abstinence totale d’alimentation tout en vous encourageant à réduire vos poubelles ? Viser le moins de déchets possible équivaudrait-il à adopter le menu des amoureux tous neufs (qui ne vivent, on le sait bien, que d’amour et d’eau fraîche) ? Non, je vous rassure tout de suite, loin s’en faut (même si je suis par ailleurs une adepte du jeûne annuel depuis plusieurs années pour des raisons thérapeutiques évidentes) ! (suite…)

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Bouder les magasins durant une année, une bonne idée ?

Ne plus rien acheter de neuf en 2018, voilà le défi lancé par ZeroWaste France. Déjà près de 8000 personnes se sont inscrites. Est-ce une bonne idée pour réduire la montagne de déchets ? A mettre tous les commerçants dans le même panier, ce n’est pas sûr !

[Edit du 26 janvier: Je dois me rendre à l’évidence, certains lecteurs-trices se sont sentis heurtés par le ton de cet article très personnel. Dans l’ADN de l’association ZeroWaste Switzerland, dont je suis l’une des ambassadrices, il y a la volonté de déployer son action dans une ambiance positive et constructive. Je l’avais un peu oublié! Aussi, je me dois de reprendre quelque peu certains passages. Ils seront marqués en bleu, pour plus de transparence.]

Il est vrai que la volonté de réduire les déchets est associée à une certaine baisse du volume de la consommation d’un ménage, en ce sens qu’il va éviter d’acheter de l’inutile, du superflu et, au niveau alimentaire, des denrées qu’il n’aura pas l’occasion ou le temps de consommer. Du coup, ce ménage évite les déchets ET le gaspillage, ces deux sens se retrouvant dans le mot anglais “waste”. En faisant la chasse à l’emballage, les “zerowasteurs” évitent naturellement les grandes surfaces de distribution, là où le plastique est roi. “Moins, mais mieux et meilleur”, acheté dans des petites échoppes indépendantes, chez les artisans ou directement chez les producteurs : telle pourrait être la devise des adeptes du mode de vie Zéro Déchet, dont on ne voit que la pointe de l’iceberg, c’est-à-dire le sac poubelle (ou ce qu’il en reste).

Le défi lancé par l’association ZeroWaste France “Rien de neuf” va bien plus loin que de ne plus se rendre dans les supermarchés, ces temples de l’emballage et du plastique à jeter. Il serait dommage de ne s’arrêter qu’à son intitulé, car le défi propose surtout “d’essayer d’acheter le moins de produits neufs possibles pendant un an en se tournant vers des alternatives comme l’occasion, la location, le prêt, la mutualisation, etc… Seuls les produits de la vie courante tels que les vêtements, les livres, l’électroménager, les meubles ou encore le high tech sont concernés. “ En s’inscrivant, on reçoit alors régulièrement des conseils et des alternatives pour consommer autrement, car une année entière, c’est long !

Au delà de l’intitulé

Cette initiative capitalise sur un réflexe nécessaire, à acquérir: il est important de s’interroger avant chaque achat sur la nécessité d’acquérir un bien. Quitter consciemment la zone de confort de l’achat spontané, irréfléchi ou “coup de coeur”. Ne plus céder aveuglément aux tentations induites par le marketing et la publicité qui nous ciblent de manière permanente. Ne plus accepter “l’obsolescence perçue”, ce diktat qui nous conduit à changer de chemise dès qu’une nouvelle couleur est présentée comme “tendance”. Il s’agit de reprendre le contrôle de notre consommation.

Cela n’a pas grand’chose à voir avec le caractère neuf ou déjà porté des biens, il faut le reconnaître. Pourtant, l’initiative de ZeroWaste France axe sa campagne sur le caractère neuf des biens. A mon avis, proposer un boycott généralisé de tout achat neuf est une démarche trop militante; pour moi, c’est un peu extrémiste. La diététique connaît d’ailleurs bien ce mécanisme: pour pouvoir perdre du poids, les personnes en surpoids ont de meilleures chances d’y arriver si elles ont du plaisir à cuisiner, à manger, à se préparer des repas sains, à rester dans le positif. Se focaliser sur les interdits (pas de chocolat, pas de fromages, pas de charcuterie, etc…), c’est le meilleur moyen de créer des frustrations qui conduisent à terme à l’échec.

Seules les initiatives positives sont à même de gagner une adhésion durable. Au lieu de dire “non”, l’initiative devrait dire “oui” et, pourquoi pas, organiser un concours sur le mode positif. Et sur une plus petite période. Une année, c’est bien long: mon hypothèse est que seules les personnes déjà convaincues relèveront le défi. L’avenir le dira. Et j’espère me tromper.

Infographie parue dans Le Temps 24.1.2018

C’est clair: la très grande majorité des produits consommés chez nous sont issus d’industries peu soucieuses des ressources qu’elles utilisent, de l’environnement qu’elles polluent ou des personnes qu’elles exploitent à très bas prix au bout du monde. Ces industries produisent des marchandises destinées à devenir obsolètes ou à casser très rapidement (l’obsolescence programmée) afin d’entretenir la frénésie des achats et donc de leur production. La qualité a été volontairement réduite pour que les produits ne durent pas trop longtemps dans leur usage.  La “fast fashion”, une des industries les plus polluantes au monde, et l’électroménager sont particulièrement visées. Pour ce type d’industries irresponsables, ne pas acheter leurs produits est sans aucun doute une très bonne chose. Réduire la demande, donc l’offre, est nécessaire.

Mais il y a un hic.

Pénaliser les entreprises responsables ?

Elles sont rares, mais elles existent: les entreprises qui ont fait un choix inverse, c’est-à-dire de produire des biens durables, qui se réparent. Je parle de ces fabriques de marchandises de qualité, souvent localisées en Europe, et qui se sont imposées un cahier de charges exigeant au plan environnemental, des ressources durables ou social.

Ici, une fabrique de pulls en laine de moutons; là, une fonderie de casseroles qui durent toute une vie. Ici, une manufacture de sacs qui recyclent des bâches de camion; là, une entreprise qui produit des téléphones intelligents éthiques que l’on peut réparer soi-même. Ici, une artisane qui propose des lingettes faites maison; là, un savonnier qui vend des savons sans huile de palme ni additifs chimiques…

Les exemples se multiplient et c’est très encourageant. Hier, l’article paru dans Le Temps “La mode enfile le costume éco-responsable” a donné un petit inventaire de marques responsables (baskets Veja, habits Jungle Folk, Loom ou People Tree, etc.). L’initiative fair’act issue du “crowd-funding” recense en Suisse romande les acteurs de la mode éthique et responsable, les marques responsables et les labels de confiance. Au plan mondial, le site de l’association Fashion Revolution recense dans chaque pays événements et initiatives. Les 100 marques globales les plus importantes y sont classées selon un index de transparence qui tient compte de leur politique, leur pratique et leur impact au plan environnemental et social. Le mouvement organise une semaine consacrée à cette révolution de la mode, la Fashion Revolution Week, du 23 au 29 avril. L’antenne suisse de l’association invite à Zürich à la journée “Fashion Revolution Day. Au programme: workshops, projections de films, bricolage et réparation d’habits, discussions et soirée festive avec … night shopping (!).

Quelques marques sont réputées pour offrir une garantie à vie à leurs produits. On les trouve aisément sur internet (recherchez “marques garanties à vie”), par exemple sur le site anglais dédié aux articles garantis à vie www.buymeonce.com. Ces rares marques s’opposent au principe de l’obsolescence programmée, un principe qui devient d’ailleurs hors la loi, notamment en France.

Le monde de la mode bouge. Il serait dommage que les entreprises responsables souffrent d’un tel arrêt volontaire de consommation de produits neufs. Mais qu’on se rassure: cela ne devrait pas être le cas, car si le titre du défi français est stricte, son observation est plus souple. Les commentaires sur la page facebook du défi sont nombreux  qui abordent l’impossibilité de trouver une alternative à l’achat neuf. Selon les régions, l’offre en échanges, en trocs, en emprunts, etc. varient énormément. Les participant-e-s sont parfois dépités. Mais à partir du moment où la réflexion a été entreprise sur l’acte d’achat et sur le bien convoité, alors l’objectif est atteint par ceux et celles qui se sont engagé-e-s.

Quand le “second hand” absout le consumérisme inchangé

J’encourage bien sûr sans cesse le concept de “re-use”: réutiliser ce que l’on a déjà, faire réparer ses affaires pour les faire durer, emprunter, échanger… Est-il possible de l’appliquer aussi aux habits et aux chaussures ?

La garde-robe de certaines pionnières du mouvement ZeroWaste est – certes – minimaliste, avec une quinzaine de pièces seulement, mais elle est régulièrement renouvelée, tous les six mois parfois. Une quinzaine de pièces, c’est plus facile à renouveler. Certes, elle n’est pas achetée neuve mais en magasin d’occasion. Or, la condition pour composer une garde-robe complète (car tout le monde ne vit pas en mode “minimaliste”!) est de disposer de magasins de seconde main qui proposent des habits de qualité, sans doute pas de “fast fashion” qui ne seraient pas revendables. Cela suppose donc que, pour pouvoir s’habiller correctement, complètement et rapidement, M. et Mme Zero Déchet doivent pouvoir compter sur l’hyper consommation (le consumérisme normal?) de quelques congénères de leur région qui changent de garde-robe fréquemment et fournissent ces “second hand shops”en habits portables.

Dans ma région, c’est juste impossible de pouvoir s’habiller complètement en “second hand”: les habits sont très souvent déformés, délavés, de mauvaise qualité. Les jolies pièces sont très rares, insuffisantes pour pouvoir constituer une garde-robe complète. Sans parler des chaussures, qui se forment à nos pieds. Je ne dénigre pas les habits en seconde main, car les avantages au niveau environnemental sont très importants. Mais je me demande comment freiner la consommation de ceux et de celles qui vident leurs armoires plusieurs fois par année (pour fournir les magasins de seconde main) et par conséquent les remplissent à nouveau sans cesse, sans aucune réflexion préalable sur leur propre consommation… Ce sont ceux-ci et celles-là qu’il faudrait amener à participer à la réflexion du défi français!

L’impact sur l’environnement des habits d’occasion est moindre, c’est indiscutable: en les remettant dans le circuit, on potentialise les ressources qui ont été mobilisées pour leur fabrication. Mais ce souci environnemental ne résout pas tout.

Il existe de nombreuses plateformes sur internet qui met en relation vendeurs et acheteurs. Le problème est que les vendeurs sont d’abord des acheteurs, comme dans le cas des magasins physiques de seconde main. Certains se sentiront encouragé-e-s de changer souvent d’habits sans modifier leurs habitudes parce qu’ils et elles ont l’assurance de trouver des acquéreurs de leurs achats sur ces plateformes.

Qu’est-ce qui est mieux en fait ? Achetés neufs, mes jeans, mes pulls, mes t-shirts ont une durée de vie de plusieurs années. Je préfère miser sur la qualité, moins souvent, mais du coup, mes habits durent nettement plus longtemps. Quand bien même on doit acquérir quelque chose de neuf, alors il s’agit de bien choisir. Les marques éthiques et éco- et socio responsables sont une réponse, même si leurs produits sont plus chers, ce qui est logique si on paie convenablement les gens au début de la chaîne de production, qu’on prend des mesures pour minimiser l’impact sur l’environnement et qu’on choisit des matières naturelles et recyclables.

Quant à la consommation de biens courants (nourriture, produits de nettoyage, de soins, etc.), un autre défi a été lancé au niveau romand : le mois de février sans supermarché.

Un défi romand

En Suisse romande, pour la seconde année consécutive, un autre défi va démarrer en février. Il s’agit de se passer de supermarché durant un mois. L’objectif est aussi de consommer autrement. C’est surtout la consommation de nourriture qui est visée dans ce défi. Mais on sait bien qu’en supermarché, on trouve de tout: livres, habits, électronique, électroménager, et j’en passe.

“Privilégier les petits commerçants, les maraîchers, les épiceries de village, les producteurs locaux, les magasins vrac, etc. Un mois pour tester d’autres habitudes de consommation et pour voir celles que nous pouvons adopter dans notre vie quotidienne ou pas…”.

L’initiative se veut joyeuse, encourageante, positive et non moralisatrice. Elle est lancée sur les réseaux sociaux (“Février sans supermarché: le défi romand 2018”) par le site “En vert et contre tout – la chronique écologique qui sensibilise sans faire la morale!” animé par Leïla Rölli. Comme l’année passée, les personnes intéressées pourront échanger, se donner des idées et des conseils, s’encourager, parfois se consoler pour avoir cédé à un achat impulsif, etc. L’initiative se décline dans plusieurs cantons romands.

“Moins, mais mieux et meilleur”. Neuf ou d’occasion, ce n’est pas le souci principal. L’important est de prendre le temps de la réflexion avant de passer à l’acte (d’achat).

La méthode BISOU: à adopter toute l’année

Et pour rester dans le registre souriant et positif, je vous conseille la méthode B.I.S.O.U , imaginée par Marie Duboin Lefèvre et Herveline Verdeken, à se remémorer avant de sortir votre porte-monnaie pour “cette-adorable-petite-robe-noire-en-soldes-une-occasion-à-ne-pas-louper”. C’est une méthode très simple qui aide à recadrer les envies d’achat frénétiques. Il s’agit de se poser seulement cinq questions :

  • en ai-je vraiment Besoin ? S’agit-il vraiment de mon besoin à moi ou d’une tendance, d’une mode qui me fait envie ?
  • mon achat doit-il être Immédiat ? Si on repousse l’achat de quelques jours, il n’est pas sûr qu’il conserve le même attrait…
  • n’ai-je pas déjà un article Semblable chez moi ? Histoire de ne pas acheter la 5ème petite robe noire…
  • que sais-je de l’Origine de l’article ? De ses conditions de fabrication aux plans écologique, éthique, social, etc.
  • cet article me sera-t-il Utile ? Ma vie était-elle à ce point difficile avant de penser à cet achat ? La réponse à la question conduit souvent au renoncement.

L’article du Temps concluait ainsi: “La meilleure façon d’être responsable, expliquent la plupart des personnes interrogées, c’est de résister à un marketing agressif, de prendre soin des vêtements qu’on possède déjà.” Il faudrait donc aller vers une sobriété heureuse… en référence à l’ouvrage de Pierre Rabhi.

Bonne suite à chacun ! Vos réactions et commentaires sont les bienvenus, histoire de cheminer un moment ensemble sur la question …

Trop cher pour moi ! Vraiment ?

Quand je parle du mode de vie Zéro Déchet et de mes achats en vrac, j’entends souvent la critique qui est de dire: “c’est trop cher d’acheter en vrac, c’est pas dans mes moyens! “.

Est-ce si cher que ça de refuser les produits emballés ? Pourtant, les différents ouvrages traitant de la question promettent des économies à la clé en réduisant ses déchets. J’aime particulièrement le livre de la Famille (presque) Zéro Déchet: chapitre après chapitre, on découvre des “battles” avant/après présentées en mode bande dessinée.

Famille presque Zéro Déchet – Ze guide. 2016, Thierry Souccar Editions.

Alors, comment se fait-il qu’on ait l’impression de devoir payer plus nos choix de consommateurs responsables ?

Aux Etats-Unis, où la vente en vrac existe depuis les années 70, les volumes écoulés dans les supermarchés spécialisés (par exemple les magasins de la chaîne Whole Foods Market) permettent de proposer les produits sans emballages moins chers à la vente. L’emballage à lui seul est responsable d’une plue-value du produit d’environ 30% en moyenne (entre 15 et 40% selon les produits). Logiquement, sans emballage, tout produit devrait être vendu moins cher. C’est vrai, mais à la condition que ce type de vente ne soit plus une pratique de niche.

En Suisse, la vente en vrac n’est pas encore assez répandue. Quand les grands distributeurs s’y mettront (et je n’ai aucun doute qu’ils s’y mettront très bientôt), les choses changeront. Aujourd’hui, une trentaine d’épiceries dédiées à la vente en vrac a vu le jour dans notre pays. Ce sont de petites structures, qui jouent à fond la carte “locale”, parfois “bio”, et se fournissent auprès des producteurs de leur région. Les volumes de marchandises achetés et vendus ne sont pas comparables à ceux que négocient les grands distributeurs: ces derniers ne négocient d’ailleurs plus, ils imposent bien souvent leurs prix. Ce qui révolte régulièrement certaines filières, comme celle du lait par exemple. Ce qui révolte aussi tout aussi régulièrement les consommateurs, dindons de la farce, qui ne voient que trop rarement se répercuter les baisses de prix obtenus sur les produits finaux à l’étalage.

Alors c’est vrai, le prix des amandes bio que j’achète à l’épicerie locale est plus élevé que celui des amandes conventionnelles vendues en sachet en supermarché, malgré le fait qu’il n’y ait pas d’emballage. Le pot de yaourt ou le litre de lait est deux fois plus élevé et il y a une consigne sur le verre. Mais il faut aussi comparer ce qui est comparable. L’épicerie où je fais mes courses a misé sur des produits 100% bio, la qualité est au rendez-vous. Ce choix a un prix. Mais ma santé n’en a pas.

Pourtant, mon budget consacré aux courses n’a pas changé malgré le prix plus élevé de certains produits alimentaires. C’est donc que j’ai réalisé quelques économies quelque part…?! Vous le verrez, la réponse à la question est d’une simplicité confondante !

Produire moins de déchets – Mais par où commencer ?

Chaque jour, chaque produit consommé génère ou a généré un déchet. Les éviter semble être un objectif irréaliste et inatteignable, surtout en Suisse, championne du recyclage et de la quantité de déchets produits. Quand j’ai débuté sur le chemin du mode de vie “Zéro Déchet”, j’étais un peu découragée devant l’ampleur des efforts à fournir. Ce sentiment déprimant mène souvent à une certaine résignation: “de toute façon, c’est peine perdue, cela ne sert à rien à mon échelle!”. Et il conduit à abandonner sa première bonne intention de faire baisser sa montagne de sacs poubelles. Comment faire pour passer cet écueil ?

Les Suisses sont champions du recyclage ! Plus de la moitié des déchets urbains (52%) est recyclée, selon l’Office fédéral de l’environnement OFEV. Ce taux avoisine la perfection pour le verre (96%), l’aluminium et le papier (91%), les bouteilles en PET (83%). Certes, mais ces médailles ont aussi leurs revers, de taille : d’une part, la quantité totale de déchets suit la croissance démographique et économique – elle augmente inexorablement, et d’autre part les coûts de leur traitement et de leur élimination ne cessent d’augmenter.

Le principe du pollueur-payeur s’en prend au budget des ménages : nos impôts paient une partie de ces coûts, et nous passons encore à la caisse avec des taxes annuelles forfaitaires et une taxe à l’élimination pour chaque cornet poubelle éliminé, au volume ou au poids. Effet collatéral à l’organisation du retraitement de nos déchets, le littering augmente : les gens abandonnent leurs déchets sur la voie publique. L’élimination de ces déchets dits “d’incivilité” se chiffre à 200 millions par an ! Je vois souvent des gens qui réussissent à faire entrer leur petit cornet de déchets quotidiens dans les rares poubelles publiques encore disponibles, poubelles dont les communes ont resserré les ouvertures… Triste humanité qui n’a plus les moyens de ses déchets !

Nous sommes aussi champions de la production de déchets en comparaison internationale. Chaque personne vivant dans notre beau pays produit presque 2 kg de déchets chaque … jour ! L’année passée, 715 kg par habitant ont dû être éliminés, recyclés, traités, payés… Ce chiffre nous place sur le podium des pays européens et industrialisés! En 2015 et en Europe, seul le Danemark nous devançait et nous nous placions devant l’Allemagne et la France. La même année, le World Economic Forum nous classait au quatrième rang des pays producteurs de déchets domestiques, derrière la Nouvelle Zélande, l’Irlande, la Norvège, mais devant … les Etats-Unis et la Chine ! Ce trophée de me rend pas particulièrement fière.

Qu’y a-t-il dans votre poubelle ? Regardez donc…!

On peut mieux faire, largement. L’administration fédérale s’est penchée sur le contenu de nos poubelles. On y trouve encore beaucoup trop de matières valorisables, donc qui pourraient éviter la case de l’incinération. Un cinquième des déchets que l’on produit en Suisse est concerné, dont les deux tiers sont des biodéchets, c’est-à-dire des déchets qui peuvent être compostés ou méthanisés. Non seulement ces biodéchets représentent la plus grande partie des ordures, mais leur quantité a encore fortement augmenté depuis 2001, nous dit l’OFEV.

(c) Tribune de Genève

A Genève, la poubelle standard est à l’image de la poubelle suisse. Trop de matières organiques valorisables s’y retrouvent.

Mais alors que faire ? Comment se fait-il qu’on doive éliminer autant de déchets chaque semaine ? Une démarche vers la réduction des déchets commence par une étape pas très glamour : ouvrir sa poubelle ! Pincette sur le nez, il faut commencer par en faire l’inventaire pour comprendre quelles sont nos habitudes de consommation.

Un mode de vie créateur de valeurs

Le mouvement “Zero Waste” ou “Zéro Déchet” qui vise à réduire puis à éliminer les déchets a le vent en poupe. Il est pourtant la cible de critiques: le “Zero Waste” serait une préoccupation de Bobos gâtés des villes qui, après avoir tout eu, sont en quête de sens. Et pourtant, les efforts des uns et des autres contre le gaspillage des ressources (dans les emballages, dans le portionnement des denrées et produits) sont payants. Adopter un mode de vie “Zéro Déchet” créé des valeurs. Reste à s’entendre sur ce qui signifie la notion de “valeur”…

Depuis quelques années, de célèbres blogueuses ont mis la question du gaspillage et des déchets à l’ordre du jour: la Française émigrée en Californie Bea Johnson, auteure du bestseller “Zero Waste Home” (www.zerowastehome.com) et serial-conférencière, la New-Yorkaise Lauren Singer (www.trashisfortossers.com), l’activiste Rob Greenfield qui a trimballé sur lui  tous ses déchets produits durant 30 jours (http://robgreenfield.tv/category/trashme), ou bien plus près de chez nous les Français Jérémie Pinchon ou Bénédicte Moret (www.famillezerodechet.com) se sont fait connaître sur le mode “je ne produis plus de déchets”. Ces pionniers ont convaincu des milliers de gens à changer de mode de vie.

Sur la toile et les réseaux sociaux, on ne compte plus les blogs et des pages traitant des déchets et de toutes les alternatives pour les éviter. Il s’en crée chaque jour. En Suisse, à la suite d’une émission “A Bon Entendeur” sur le sujet en 2014 et d’une première conférence donnée par Bea Johnson sur les rives du Léman, trois jeunes femmes décident de créer l’association “Zero Waste Switzerland”. C’était en 2015, c’était hier. Dans la foulée, boostées par le documentaire “Demain” (www.demain-lefilm.com) vu par plus d’un million de spectateurs, des initiatives locales de toutes sortes voient le jour. On assiste, entre autres exemples, à la création de dizaines d’épiceries dans tout le pays qui vendent leurs produits au poids et sans emballages.

Peut-on se permettre de réduire ce mouvement à des lubies d’extrémistes écologistes, à de douces utopies, à des rêves de nostalgiques du temps des cavernes qui refusent tout progrès? A ces “mises en boîte” confortables – parce qu’elles inhibent toute réflexion, il est pourtant facile de démontrer que le thème est intéressant à plus d’un titre.

(suite…)

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