Zut, j’ai oublié mon déo (zéro déchet)!

Que faire quand on est pris-e au dépourvu et qu’il manque un produit cosmétique basique comme le déodorant dans sa trousse de toilette? On court en acheter un à la pharmacie encore ouverte à une heure tardive. Et on se retrouve plongée dans un abîme de perplexité devant cet étalage presque indécent d’innombrables flacons. Il faut choisir pourtant. Quid de celui-ci? Il est indiqué que son emballage est composé de plastique recyclé pour 70%. C’est bon? Je peux?

Depuis plusieurs années, je confectionne mes produits cosmétiques de base. Savons artisanaux en SAF (“saponification à froid” pour les novices!) et parfois en SAFOUR (“saponification à froid et cuisson au four”), shampoing solide, gel douche à base de lait d’avoine onctueux, crème hydratante, dentifrice en poudre, tout y passe. Comme j’aime bien cuisiner et bricoler, la confection de produits cosmétiques était une suite assez logique dans ma démarche de chasse aux déchets. Car je réutilise les mêmes pots et flacons, encore et encore, et ne jette rien, que les emballages des produits de base. Ceux-ci, heureusement, s’achètent parfois aussi en épicerie vrac ou en droguerie, à remplir. Tout n’est pas encore parfait, mais on fait mieux à chaque fois.

Je réalise régulièrement, soit tous les six mois environ, deux à trois pots de crème déodorante maison, à base d’huile de coco et de beurre de karité (tant-pour-tant), de bicarbonate de soude (la qualité alimentaire, sinon bonjour les irritations cutanées!) et de fécule (l’arrow-root, c’est bien mieux que la maïzena!). Une tombée d’huile essentielle de palmarosa, de lavande ou de sauge scarlée et voilà mon stock reconstitué pour un moment. C’est vite fait, économique, zéro déchet (ou presque) et surtout, très efficace. Ma p’tite recette est ici.

Le vertige du choix

L’autre jour, patatras, voilà que j’ai oublié mon petit pot de déodorant maison. De passage en ville de Genève, j’avais une soirée professionnelle assez stressante en vue et je venais de prendre une douche à l’hôtel avant de m’y rendre. Je n’ai pas eu le choix: je devais impérativement aller acheter de quoi sentir bon pour ne pas incommoder mon entourage par une odeur de “vieux cornichon” (petit nom donné à l’acide 3-méthyl-2-hexénoïque (MHA), responsable des effluves pas folichones de transpiration). Passage obligé en pharmacie, le seul magasin encore ouvert à cette heure tardive.

J’ai eu le même vertige que lorsque j’ai mis les pieds pour la première fois dans un supermarché américain: des étalages à perte de vue de produits inconnus. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas visité un tel rayon cosmétique, m’en voilà du coup toute perdue. Ma perplexité s’est transformée en stress assez intense car l’heure tournait. Et je devais en choisir un. Oui, mais lequel?

Perturbateurs endocriniens et autres cochonneries néfastes

Comme je sais lire les étiquettes (ce qui veut dire comprendre le language INCI, pour International Nomenclature of Cosmetic Ingredients, une langue assez tordue dont le vocabulaire s’enrichit chaque jour ou presque), cela me prend du temps.

 

Parce que je refuse de me tartiner de n’importe quel produit chimique. Je dois, pour faire mon choix, chausser mes lunettes, puisque le législateur autorise des saletés comme le silopentasiloxane, silicone d’origine chimique réputée être un perturbateur endocrinien, l’Aluminum Zirconium Tetrachlorohydrex GLY – un sel d’aluminium susceptible de pénétrer dans les tissus de l’organisme, ou encore le BHT, un antioxydant aussi classé perturbateur endocrinien.

Image Herborist.fr

La tâche n’est pas facile. Finalement, mon choix s’est porté sur une marque suisse assez connue de produits cosmétiques en général acceptables. Ce déo est estampillé du label “Natrue” pour International Natural and Organic Cosmetics Association, un label assez sévère auquel on peut se fier les yeux fermés. Ce qui m’a bien arrangée, car la liste des ingrédients de la composition est assez longue.

De retour chez moi, j’ai vérifié, grâce au site www.laveritesurlescosmetiques.com, que mon produit était bien inoffensif pour ma santé. Ce site est une référence. A l’origine, c’est un livre, de la journaliste allemande Rita Stiens, qui a provoqué une véritable prise de conscience chez moi. Prise de conscience que je devais prendre en main ma santé moi-même face à l’incurie, l’arrogance, l’appât du gain, le cynisme coupable (et j’en passe) de l’industrie cosmétique, qui recycle de véritables cochonneries dans ses produits. Depuis, heureusement, beaucoup ont ouvert les yeux.

Parce que quand même, les aisselles, ce sont des concentrés de glandes, de ganglions, de nerfs sur lesquels on ne met pas n’importe quoi.

La composition du déodorant choisi, dans les détails.

C’est bon, tous les voyants sont au vert! Sauf l’ingrédient du “parfum”, une mention nouvellement autorisée aux fabricants pour leur éviter de devoir détailler la liste des huiles essentielles utilisées, respect du secret industriel oblige. Sauf que des fois, le parfum en question n’a rien de naturel, d’où le voyant orange.

Du plastique recyclé, c’est quand même un déchet

Une petite mention sur l’emballage a attiré mon attention. Il est noté que l’emballage de plastique est composé à 70% de plastique recyclé. Bon, il est précisé aussi, dans un souci de transparence totale, qu’on ne parle que de la bouteille, et pas de la bille, ni du bouchon.

Faut-il faire confiance à cette allégation?

Chat échaudé craint l’eau froide: c’est aussi ce que déclare Coca-Cola qui prétend beaucoup et ne fait pas grand-chose. Marketing, greenwashing, blablabla de communiquants, la main sur le coeur… on connaît la chanson.

Pourtant, c’est marrant comme j’ai eu un petit soulagement à l’idée que pour fabriquer ce flacon, on a quand même réutilisé du plastique, ce fléau de nos rivières, de nos lacs, de nos océans (et de tout ce qui y vit). C’est un peu du même ordre que quand je regarde mon sac à main fabriqué avec une vieille bâche de camion: une certaine satisfaction. Ce qu’il advient après du dit-flacon, c’est une autre chanson: c’est un déchet plastique dont il faut se débarrasser en usine d’incinération. Point barre. C’est en fait du down-cycling, on n’est pas (encore) dans l’économie circulaire qui ne produit aucun déchet.

En l’occurrence, ce qui a vraiment compté dans mon achat, c’est finalement la composition du produit. Pour moi, la mention du plastique recyclé dans la composition de l’emballage n’est pas convaincant. Même s’il est d’un vert un peu moins pâle que chez Coca, cet argument, c’est un peu du greenwashing quand même…

Morale de l’histoire: pré-pa-ra-tion!

La morale de cette histoire? Se voir contraint-e d’acheter du plastique, c’est ce qui arrive tout le temps quand on ne se prépare pas assez bien à vivre une heure, une journée ou une nuit hors de chez soi. Si on souhaite produire un minimum de déchets, il est impératif d’avoir toujours avec soi cabas pliable, gourde à remplir, voire même tasse de café, couverts en métal et serviette en tissu ou brosse à dent de voyage.

Mais aussi quelques produits cosmétiques de base, à commencer par un mini pot d’huile de coco et un autre de bicarbonate de soude. Avec ces deux ingrédients de base, on arrive se confectionner – à la minute – un dentifrice, un déodorant, une crème à tout faire, un peeling…

On apprend tous les jours!

Valérie Sandoz

Valérie Sandoz

Valérie est engagée sur la réduction des déchets à titre privé depuis des années. Elle est l'auteur de plusieurs guides, donne des conférences, des cours et anime des ateliers. Géographe et ethnologue de formation, elle interroge notre façon de consommer et partage ses découvertes. Adepte du «fait maison» (conserves alimentaires, lacto-fermentation, cosmétiques, produits de nettoyage, etc.), Valérie anime un blog personnel consacré à la cuisine sans gluten, à la réduction des déchets et du gaspillage et à un mode de vie simple et joyeux.

7 réponses à “Zut, j’ai oublié mon déo (zéro déchet)!

  1. hahaha, ces suisses.ses, incorrigibles 🙂

    il y a au moins trente cinq ans, mon amie m’avait confectionné un shampoing, qui, je ne vous ments pas, m’a explosé sur la tête. Bon je vous rassure, je suis toujours vivant, mais làs elle, non (pas pour le shampoo).

    Mais je ne lui en veux pas, elle était une précurseure.
    Allez, dale, les filles 🙂

  2. C’est louable mais on n’a malheureusement pas tous le temps pour faire ses propres produits.
    Je me pose aussi des questions sur le fait que les ingrédients tels que la coco proviennent probablement de très loin….

    1. Juste Jack! Hereusement, confectionner un déo, cela prend 10 minutes et c’est bon pour six mois. C’est vrai pour à peu près tous les cosmétiques. Il faut juste bien alterner la fabrication, histoire de ne pas transformer sa cuisine tout le dimanche en laboratoire pour préparer plusieurs produits en même temps…!
      Par contre, on peut aussi acheter des cosmétiques artisanaux en épicerie vrac ou en droguerie.

  3. Merci pour cet article très intéressant. Heureusement qu’il existe de plus en plus de produits cosmétiques, savons solides et déodorants sans emballages et pas nocifs pour la santé. Il est peut-être temps de boycotter les grandes marques pour qu’elles proposent des alternatives plus naturelles.

  4. Hello,

    Sur Genève je connais une boutique sympa qui propose shampoings solides, dentifrices solides, baumes déodorants avec des recettes très propres. Et en plus les produits sont très efficaces.
    Autour du Bain, rue Saint Joseph dans le quartier de Carouge.

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