Plastiques : y’en a marre du cynisme des distributeurs !

La dernière émission de Temps Présent consacré au plastique ne m’a rien appris de nouveau. Ni sur les mensonges des industriels et distributeurs de nos biens de consommation, ni sur la cupidité des exportateurs de nos déchets en Indonésie, ni sur la corruption des gouvernements des pays moins riches que nous, ni enfin sur la stratégie de l’industrie de l’emballage, relayée par les grands distributeurs. Le message est toujours le même : c’est au consommateur d’agir, de trier, de payer. C’est lui le grand coupable, vu que c’est lui qui “demande” qu’on vende des pommes coupées en sachet plastique!

Non! Y’en a marre de cette hypocrisie, que dis-je, de ce cynisme! Je prends déjà mes responsabilités de consommatrice. J’attends que ceux qui noient le marché de leurs emballages fassent de même. Pas pour redorer leur image, mais sincèrement, en ayant pleinement conscience d’être à l’origine du problème des déchets qui submergent le monde.

Émission de Temps Présent du 8 octobre 2020 “Plastiques suisses, voici ce que l’on vous cache”.

(suite…)

Lire la suite

Déchets médicaux: les oubliés du Zéro Déchet

Voici venu l’automne: c’est pour moi la saison de ma visite annuelle chez l’hygiéniste dentaire. Et des déchets plastiques inutiles! C’est le moment de la piqûre de rappel.

Juste avant mon rendez-vous annuel, je me suis souvenue de mon irritation de l’année passée. Quand on doit se rincer la bouche, le gobelet mis à disposition est en plastique, à usage unique, jeté après chaque patient.e. Cette année, j’ai prévu le coup, et j’ai amené mon gobelet rétractable en acier.

Mon gobelet de voyage rétractable en acier.

Bien sûr, j’avais posé la question à mon hygiéniste: mais pourquoi ne servent-ils pas des gobelets en céramique à leur clientèle? C’est une question d’hygiène, paraît-il. La belle affaire: la machine à laver la vaisselle permet de tuer les bactéries et les virus. Question d’organisation ? Trop compliqué ? En se basant sur une journée de travail de 9 heures, les professionnel.le.s traiteront les dents de 8 clients au maximum, en comptant 1 heure par personne. Soit 8 gobelets à relaver. Une dizaine de gobelets à mettre à la machine, est-ci vraiment compliqué et insurmontable ?

La question est ailleurs, je crois. Ce n’est ni par crainte d’un manque d’hygiène (mon gobelet personnel ne pose aucun problème, étant donné que la solution qui va le remplir est légèrement désinfectante) ni une difficulté d’organisation (la plupart des cabinets sont dotés de lave-vaisselle).

La question est plus subtile. On a réussi à mettre dans la tête des gens que ce qui se jette est plus hygiénique que ce qui se stérilise et se réutilise. En cette période de coronavirus, l’industrie du plastique et de l’emballage a bien entendu joué cette carte. C’est vite oublier que les outils chirugicaux, hormis les seringues, passent par la case de la stérilisation avant d’être réutilisés.

Le plastique, c’ets plus hygiénique? Quelle mauvaise idée! On connaît la durée de vie du Coronavirus sur diverses surfaces… Le plastique et l’acier sont les cancres de la classe, comme en témoigne cette infographie :

Source: https://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Dossiers/Fiche.aspx?doc=coronavirus-surfaces

Rien ne vaut vos propres services si vous fréquentez les “take away”. Ils seront beaucoup plus hygiéniques que les services en plastique qu’on tente de vous fourguer sous couvert de sûreté hygiénique. N’oubliez juste pas de les laver en machine après usage!

Certaines échoppes ont, au début de la pandémie, refusé les contenants ammenés par leur clientèle, sur la base de cette fausse information. Heureusement, la prise de conscience s’est faite depuis. Les commerçants que je connais se nettoient et se désinfectent régulièrement les mains durant la journée. Et ils acceptent mes boîtes pour éviter les emballages à jeter. Car oui, la plupart des contaminations se produisent via les mains.  Soit dit en passant: il est aussi inutile de porter la même paire de gants en plastique à longueur de journée si l’hygiène des mains, même gantées, ne suit pas. Je l’ai vu: un vendeur de kébab ganté de noir aller fumer sa cigarette à la pause, puis reprendre son service après, sans changer de gants, sans se relaver les mains… Pour certain.e.s, les gants sont devenus le cache-sexe du manque crasse d’hygiène.

Bref, en période de pandémie, et même tout simplement d’épidémie des virus saisonniers habituels (rhume, grippe, grippe intestinale, etc.), restons vigileant.e.s. Bien que mis à mal en raison du climat général de peur savamment entretenu, continuons d’utiliser notre esprit critique ainsi que notre bon sens, et chassons le déchet inutile.

Partout, y compris chez le dentiste!

Cette eau qui coule…

On sort gentiment de la crise due au Covid-19. Le retour à la normale (ou presque) doit pourtant s’accompagner des mêmes gestes que nous avons appris dans l’urgence. Se laver les mains “comme il faut” en fait partie. L’OFSP a même fait un tuto pour nous apprendre à le faire. Le hic: la vidéo véhicule un très mauvais comportement par rapport à cette ressource essentielle qu’est l’eau.

Dès la maternelle, et même bien avant dans les familles, les tout petits enfants apprennent à se laver les mains. C’est bien sûr ce que vous faites après être passé.e aux toilettes (du moins je l’espère pour votre entourage!). C’est le passage obligé avant de préparer le repas et de toucher les denrées alimentaires. C’est le réflexe que l’on a avant de passer à table. Bref, vous savez vous laver les mains. Alors quand j’ai vu débarquer les vidéos pour m’apprendre à me laver les mains, j’ai souris. Vous aussi?

Le sourire aux lèvres, je me suis dit: pourquoi pas? Pour ce geste que je fais chaque jour machinalement, il y a peut-être quelque chose à apprendre. Déjà, j’ai appris qu’en période d’épidémie ou de pandémie, c’est-à-dire en gros chaque hiver (et bien oui, les rhumes et les grippes saisonnières peuvent s’éviter si on se lave les mains!), il est nécessaire de se laver les mains jusqu’à 20 fois par jour. Si, si! C’est Didier Pittet qui le dit.

Au visionnement de la vidéo officielle de l’OFSP, mon sourire s’est un peu crispé…

Allez, on se rafraîchit un peu la mémoire ?

Mais qu’est-ce qui cloche, me direz-vous ?

Nous avons appris à fermer le robinet durant le lavage des dents, pour économiser l’eau qui coule pour rien.

On s’est résolu à couper l’eau de la douche pendant le savonnage, pour économiser l’eau qui coule pour rien.

Quoi, pas vous ? Saviez-vous qu’à chaque minute, ce sont entre 15 et 20 litres d’eau qui partent directement à la canalisation? Il existe désormais des “stop-douche” qui permettent d’interrompre le flux sans modifier les réglages.

Personnellement, vu que la douche se situe au 3ème étage et qu’elle met de longues minutes à arriver au pommeau depuis la cave où se situe la chaudière, je me suis habituée à me doucher à l’eau froide.

Soit dit en passant, c’est une très bonne habitude: la douche réveille, elle ne dure pas longtemps, et on n’a pas froid en sortant, tellement la circulation sanguine s’est activée…! Une astuce pour s’y habituer: je commence à mouiller les jambes, puis les bras, puis le ventre, le visage et je recommence pour le dos. Essayez en été et gardez cette habitude quand le temps se rafraîchit, vous verrez, c’est délicieux!

Et si vos ados râlent, vous pouvez toujours installer, comme dans les cabanes alpines ou de Norvège, des compteurs à jetons. Un jeton = 2 ou 3 minutes d’eau qui coule. Au tarif norvégien, nous avons très vite appris à nous doucher vite et bien! Un truc à importer, assurément…

Et que voit-on sur ces vidéos de lavage de mains? L’eau qui coule, qui coule, qui coule.

Visiblement, l’OFSP ne discute pas trop avec l’Office fédéral de l’environnement…

Le gaspillage des ressources, même quand apparemment elles sont pléthoriques, c’est vraiment un réflexe à ancrer dans les mentalités. En tout temps, même en période de pandémie…

Cet été, et les étés qui vont suivre, il y a fort à parier que nous devrons à nouveau subir une sécheresse due au réchauffement climatique. On en a eu un avant-goût ce printemps. Alors la Suisse, château d’eau de la Suisse, c’est un concept qui ne va pas durer. Autant s’y faire dès maintenant.

Mes astuces pour économiser l’eau

Mon coup de gueule passé, voici quelques astuces pour économiser notre or bleu. Ce n’est pas exhaustif, alors profitez des commentaires pour ajouter vos idées !

  • la voiture est sale ? Et alors…! Qui s’en soucie ?
  • l’herbe du jardin jaunit en été ? Et alors…! Elle repoussera dès les premières pluies d’automne !
  • à la cuisine, je récupère l’eau de rinçage de la salade et des légumes dans un seau dédié. Avec, j’arrose les plantes et les fleurs au jardin. Le seau de 10 litres est plein en deux-trois jours… Un truc de ma voisine (merci Marie-Thérese!).
  • installer des embouts mousseurs sur chaque robinet, afin de mélanger de l’air au flux d’eau. Économies garanties.
  • comme à San Fransisco, on ne tire pas la chasse systématiquement à chaque petit pipi (et on ferme le couvercle pour emprisonner les odeurs)
  • les jardiniers amateurs récupèreront même l’urine familiale comme engrais pour le jardin (un truc de fou? mais regardez donc cette vidéo explicative de France 3, où l’on parle de l’EAWAG à Zürich qui a mené des essais en plein champ très prometteurs…!)

  • au jardin, mes carreaux de légumes sont couverts en permanence de “mulch”, soit des feuilles mortes, soit de la paille, soit du compost, pour que la terre ne se dessèche pas
  • au jardin toujours, j’arrose le soir ou très tôt le matin, en dehors des grandes chaleurs
  • nous avons installé une citerne enterrée pour récupérer l’eau de pluie qui tombe gratuitement du ciel, l’eau y reste fraîche en été et ne gèle pas en hiver. Cette mesure devrait être obligatoire à chaque nouvelle construction de bâtiment, d’ailleurs, comme les panneaux solaires thermiques le sont dans le canton de Vaud pour chauffer l’eau sanitaire (et peut-être ailleurs…)
  • au jardin encore, je remplis les ollas ou oyas installés en pleine terre (ce sont des pots en terre cuite, poreuse, qui “arrosent” par capillarité. Les ollas permettent d’économie entre 50 et 75% d’eau d’arrosage, les plantes orientent leurs racines pour aller boire à proximité de la diffusion. Une potière de ma région en fabrique de magnifiques, mais la solution la plus simple et la moins chère est d’enterrer à fleur de terre un gros pot en terre cuite dont le trou du fond est bouché et de le couvrir avec sa soucoupe)
Les ollas de Camille Rapin, Photo de Camille Rapin

  • et bien sûr, cela fait belle lurette que j’ai renoncé au bain pour préférer la douche (froide)

Et vous, vous en avez d’autres, des astuces pour économiser l’eau ?

Bon déconfinement à toutes et à tous!

Du port du masque (réutilisable) en temps de pandémie. Et si on misait sur l’intelligence des gens?

La réflexion à laquelle je vous invite dépasse un peu le cadre du zéro déchet. Elle concerne le port du masque hygiénique en période de pandémie – à usage unique et jetable versus en tissu, lavable et réutilisable – ainsi que le discours incohérent que l’on entend de la part de nos autorités politiques et sanitaires. Je l’affirme: l’écran anti-postillon (en tissu) est une 7ème mesure de protection incontournable. Le masque en tissu est une bonne solution alternative et en plus, il ne génère aucun déchet.

Les masques hygiéniques (à 3 plis, ou chirurgicaux) sont à utiliser 4 heures et à jeter. Les masques de protection (FFP2) sont à porter 7-8 heures et à jeter. Pas très zéro déchet, vous en conviendrez. Mais en matière médicale, “il faut ce qu’il faut” penserons certain.e.s.

Et les masques artisanaux en tissu que l’on lave souvent ? Bonne nouvelle, en cas de pénurie, le tissu permet d’éviter de diffuser ses virus autour de soi. Car si vous êtes porteur ou porteuse sain.e, vous ne le savez pas, n’est-ce pas ? Le masque en tissu – sans couture centrale – permet de limiter la diffusion du virus à autrui, tout en ne faisant pas gonfler nos poubelles. Et cela empêche certains intermédiaires de se remplir honteusement les poches. Le port de masques devrait nous permettre de vivre assez sereinement la période de transition qui nous sépare de la découverte d’un vaccin ou de médicaments. A la condition que cela devienne la norme, adoptée par toutes et tous.

Et bien, aussi incompréhensible que cela puisse être, pour nos autorités, le masque en tissu, c’est du folklore. Pire, porter un tel masque, alors qu’on ne trouve plus de masques jetables depuis des semaines, serait même “contreproductif”. Vraiment ? Les raisons avancées pour soutenir un tel discours valent qu’on s’y attarde un peu. Mais avant cela, je vous invite à un petit effort d’imagination…

A la plage, au soleil…

Imaginez-vous en vacances, sur une terrasse. Il est 15 heures, le soleil tape dur. Il fait chaud, vous êtes légèrement vêtu.e, vos épaules et vos mollets sont à l’air. C’est le début des vacances, et votre peau est plutôt blanche. Suivant les précautions données par tous les dermatologues et les cancérologues du pays, vous vous étalez une couche de crème solaire pour vous prémunir de méchants coups de soleil. Vous faîtes bien. Mais en avez-vous mis assez ? Je reviens plus tard sur cette petite question, anodine.

Imaginez-vous cet été au bord de la piscine ou du lac, en plein mois de juillet. Il fait si chaud que vous transpirez sans efforts allongé.e sur votre serviette. Après un temps plus ou moins long de bain de soleil, vous décidez d’aller vous rafraîchir dans l’eau. Suivant les recommandations des autorités cantonales affichées partout, vous entrez doucement dans l’eau et commencez par vous asperger gentiment les bras, les jambes, la nuque, et pour les courageux, le ventre, avant le plongeon salvateur. Mais vous êtes-vous habitué.e à la température de l’eau assez lentement ? Petite question ridicule, qui aura son importance dans la démonstration plus avant.

Retour dans la dure réalité. Alors que la France, conseillée par un comité de scientifiques, n’imagine pas une rentrée des classes sans le port obligatoire du masque, que dit-on chez nous? Que le masque n’est pas utile quand on est en bonne santé. Et qu’il doit être réservé au personnel soignant.

Masques d’hygiène et masques de protection : tour de passe-passe sémantique

On appréciera l’incohérence du propos. Un masque serait inutile pour nous, simples péquins, mais indispensables pour les professionnels. En fait, le Conseil fédéral ne fait que gérer la pénurie scandaleuse de masques hygiéniques mais surtout, et ça c’est une véritable bombe à retardement en matière de responsabilité pénale, de masques de protection FFP2 pour le personnel hospitalier (infirmiers, doctoresses, etc). Par un petit tour de passe-passe sémantique, on dit au personnel soignant: portez des masques hygiéniques et considérez-les comme des masques de protection.

Juste pour se remettre les idées en place et utiliser les mots corrects, voici les photos de deux boîtes de masques retrouvées à la faveur d’une mise en ordre de ma cave. J’avais acheté ces masques en suivant les recommandations de l’OFSP, du temps de l’épidémie de H1N1 il y a 11 ans … Un masque à 3 plis est appelé un masque d’hygiène. Il sert à ne pas diffuser ses propres virus. Un masque FFP2 est appelé un masque de protection. Il sert à se protéger d’une infection. Il n’y avait aucune ambiguïté à l’époque.

50 masques d’hygiène, pour 4 francs 90… on appréciera l’inflation intervenue depuis, qui est, officiellement, de 0,2% en 10 ans!!!
Non, ce masque ne sert pas à se protéger…
… il sert à réduire la transmission des sécrétions. Aucune ambiguïté!
Masque de protection FFP2. 20 pour 14.90 !
Dans le carton, les recommandations de l’OFSP : “Le port d’un masque peut contribuer à réduire les risques de transmission des virus de la grippe s’il est utilisé correctement. Si une pandémie se déclare, l’OFSP fera savoir, en temps voulu, dans quelles situations le port du masque est recommandé.”

Une autre illustration, tirée du site www.stop-postillons.fr, explique bien à quoi servent les deux types de masques parmi les mesures de protection.

(c) www.stop-postillons.fr. Le masque en tissu est un E.A.P (écran anti-postillons). Le masque FFP2, tout à droite, est réservé au personnel soignant.

Zinzin, parano et égoïste !

En résumé: en 2009, l’OFSP s’invitait dans les boîtes de masques hygiéniques et FFP2 qu’on nous conseillait d’acheter et de stocker “en cas de pandémie”, et y diffusait ses bons conseils.

En 2020, pour le Conseil fédéral et l’OFSP, si vous avez la chance d’avoir pu acheter des masques hygiéniques, rien ne vous interdit d’en porter, mais ce n’est pas officiellement recommandé. Sauf lors de circonstances particulières comme de ne pouvoir respecter la distance sociale de 2 mètres (soins, soins à la personne comme dans les salons de coiffure… transports en public bondés), les autres mesures barrière étant toujours autant valables (se laver les mains, tousser dans son coude, rester chez soi, etc…). Mais si, hors de ces circonstances, ça vous rassure, personne n’interdit le port du masque, déclare notre gouvernement.

En gros, le propos officiel sous-entend que si vous portez un masque en étant bien portant.e, vous êtes une personne un peu zinzin, paranoïaque, complètement à côté de la plaque et surtout, vous avez privé un.e pro d’un matériel dont il ou elle a absolument besoin. En plus d’être zinzin, vous vous montrez égoïste et sans coeur. Soyez maudit.e, ce n’est pas en tapant des mains à 21 heures que vous sauverez votre âme de porteur ou de porteuse de Covid-19 qui s’ignore !

L’écran anti-postillons : la 7ème mesure barrière

Lisons les propos du bon Dr. Koch, responsable de la division maladies transmissibles à l’OFSP, à la question d’un journaliste pose sur les masques en tissu à la conférence de presse de mercredi dernier :

“Les masques peuvent être contreproductifs, notamment lorsqu’ils empêchent d’avoir une distance sociale nécessaire. Il est faux de penser que si l’on porte n’importe quoi autour du nez, c’est mieux que rien. Au contraire, cela peut être pire parce que les gens ne respecteront pas les règles de distance et dans ce cas les gouttelettes peuvent très bien passer à travers un tissu qui n’est pas propre”.

Plusieurs remarques s’imposent ici avant d’aller plus loin…

  • Qui a pu démonter qu’en portant un masque, on oublie de respecter la distance sociale ? Il n’y a pas d’évidence scientifique là-dessus, c’est juste une supposition très hasardeuse. Bien au contraire, un masque en tissu protège de trois manières : il limite l’envie de porter la main au visage parce qu’on a la conscience d’en avoir un en permanence ; masqué.e, on est peu incité.e à “batoiller” avec autrui ; enfin, le masque a un pouvoir filtrant, certes moins efficace qu’un masque hygiénique, mais il évite que vous ne distribuiez vos postillons partout où vous allez.

Un masque en tissu est-il efficace ? Cette étude américaine de Anna Davies en 2013, le démontre:

“The median-fit factor of the homemade masks was one-half that of the surgical masks. Both masks significantly reduced the number of microorganisms expelled by volunteers, although the surgical mask was 3 times more effective in blocking transmission than the homemade mask.”

Et de conclure ainsi :

“Our findings suggest that a homemade mask should only be considered as a last resort to prevent droplet transmission from infected individuals, but it would be better than no protection.”

Certes, on peut faire les choses “à la Suisse” et faire tester différents tissus par l’EMPA pour savoir lequel est le meilleur, comme l’a annoncé M. Koch. Ce qui va prendre des lustres.

Ou alors, on peut conseiller aux gens de confectionner leurs masques (oui, il en faut plusieurs par personne), leur indiquer quels modèles (p. ex. en évitant la fameuse couture au milieu, car qui dit couture, dit trous par où les postillons peuvent passer), dire comment les porter, et déclarer que le port du masque n’est pas inutile ni contre-productif, mais qu’il s’agit d’une septième mesure barrière. Qui plus est, elle ne génèrera pas de montagnes de déchets.

  • On apprend que le virus risque de passer à travers un tissu sale. Mais propre, c’est ok ? Propre comment ? Personnellement, je ne porterais pas un masque “sale” où j’ai déjà éternué trois fois dedans. Ce que l’on sait par contre, c’est que si le tissu est simplement humide, alors oui, le virus passe mieux. Parce que nos exhalons de l’humidité, le port du masque (jetable comme en tissu) doit être limité à 3-4 heures.

Une vidéo est plus parlante que mille mots…

Et si l’OFSP misait (enfin) sur l’intelligence des gens ?

Maintenant, reprenons les deux exercices d’imagination plus haut. Selon la logique “kochienne”, si vous ne vous êtes pas tartiné.e la moitié du tube sur la peau (c’est ce qu’il faut faire: 2 mg / cm2 ou 30 ml pour tout le corps, soit 2 cuillerées à soupe), vous pouvez renoncer à vous mettre de la crème solaire pour vous protéger d’un cancer de la peau. Si vous n’avez pas pris au moins cinq minutes à vous habituer à la température de l’eau, bah, plongez donc la tête la première en étant encore brûlant.e de soleil ! Les recommandations pour préserver votre santé ne seraient donc valables que si elles sont respectées à la lettre, à 100%. Ce n’est pas le cas ? Alors renoncez… Une logique assez bancale, non ?

Le masque en tissu n’est pas parfait, mais c’est mieux que rien. Et oui, même un torchon de cuisine diminue le risque de propagation du virus.

Pour en revenir à la France, il n’y a pas plus de masques que chez nous. Sans doute la même logique libérale est intervenue dans le domaine de la santé. Ils n’ont pas de masques, mais ils ont des idées. Je vous recommande ce site réalisé par quatre médecins français déjà cité plus haut: www.stop-postillons.fr. Les informations données par les Dr. Jonathan Favre et Michaël Rochoy, médecins généralistes, le Dr. Thibault Puszkarek, médecin généraliste et ancien chef de clinique des universités de Lille et le Dr. Antoine Hutt, radiologue spécialisé dans l’imagerie du thorax et ancien chef de clinique des universités de Lille sont convaincantes. On vous dit comment faire un masque (pas besoin de machine à coudre), comment le porter, comment le laver et on vous rappelle que les autres mesures barrière sont toujours aussi importantes.

Ces médecins n’utilisent pas de circonvolutions langagières et ne nous prennent pas pour des buses. Au contraire, ils misent sur l’intelligence des gens. Et ça, ça fait un bien fou par les temps qui courent. Il ne me reste plus qu’à sortir ma machine à coudre…

 

Le Zéro Déchet survivra-t-il au Coronavirus?

Ce titre, que j’ai piqué à un article paru sur le site Grist, fait écho à la surprise que j’ai eue dans mon épicerie “vrac” habituelle: mes propres contenants n’étaient plus acceptés “à cause des risques de contamination”. Même son de cloche dans une autre épicerie traditionnelle où j’achète du café artisanal moulu sur place. J’ai été obligée d’acheter ma livre dans un sachet neuf. Lubie paranoïaque passagère ou retournement de situation ? La question n’est pas anodine.

Ce n’est pas la vente en vrac qui poserait problème, mais mes propres contenants. Ma bouteille en verre pour l’huile, la même que je lave et réutilise depuis des années, mes sachets en tissu que je lave en machine régulièrement, le sachet en papier pour le café que je ramène à l’épicerie, mes boîtes hermétiques avec lesquelles j’achète viande, fromages et poisson et qui passent au lave-vaisselle sitôt vidés… tout est frappé du sceau de la suspicion.

Et si le coronavirus s’y trouvait et infectait les commerçants ? Grave question. Surtout quand on sait qu’un passage en lave-vaisselle, ou en lave-linge, avec du détergeant, est suffisant pour détruire le virus, comme le savon est suffisant pour détruire l’ennemi du moment (voir l’illustration ci-dessous, avec les explications en légende).

Le coronavirus peut être résumé ainsi, un génome entouré d’une membrane lipidique contenant aussi des protéines. Les molécules de savon ressemblent à des petites épingles avec une tête hydrophile et une queue hydrophobe. En se fixant sur la membrane lipidique du virus, les molécules de savon la désorganisent. Les molécules de savon organisées en micelle entourent les débris qui seront évacués lors du rinçage. © Jonathan Corum et Ferris Jabr, The New-York Times (article paru sur Futura-sciences.com)

En fait, en m’interdisant d’apporter mes contenants, le commerçant se protègerait plutôt lui-même. A-t-il raison de se méfier ? Tout dépend du matériau de mes contenants. On sait peu de choses sur ce nouveau virus, mais Le Temps nous a appris qu’il peut subsister plusieurs jours sur de l’acier inoxydable et du plastique. Pas sur du tissu, ni sur du papier, où il survit quelques heures seulement. Sinon, on aurait cessé de distribuer le courrier et le journal quotidien ! Mais présence ne signifie pas contagion, comme le rappelle le journaliste Fabien Goubet. “Les infections par le biais des fomites, nom donné aux objets vecteurs de transmission virale, sont considérées comme secondaires par les autorités sanitaires. ” conclut-il.

Et pourtant, la chaîne américaine Starbucks a interdit, début mars, le remplissage des mugs apportés par ses fidèles clients (moyennant une petite réduction). Bon, c’est aux USA, pas spécialement à la pointe en matière d’informations vérifiées et authentiques…

Est-ce alors pour me protéger moi d’une infection au Covid-19 ? Mes contenants sont propres, pas stériles, mais propres. La stérilité des objets, c’est valable en salle d’opération ou en salle blanche. Si mon commerçant s’inquiète à ma place, c’est peut-être alors qu’il ne respecte pas assez les règles d’hygiène dans son magasin ? A voir certains commerçants, qui se désinfectent les mains à chaque client, je leur fais confiance pour être plutôt sérieux dans ce domaine. Et je me responsabilise en me lavant les mains dès mon retour à la maison.

Alors quoi ? Pourquoi devrait-on à nouveau utiliser du jetable en période de pandémie?

Je crois qu’un raccourci malheureux se fait dans la tête de certain.e.s. A cause des masques chirurgicaux. Porter un masque à plis jetable est tout un art. Dès qu’il est mis en place (avec des mains propres et désinfectées), on ne doit plus le toucher, jusqu’au moment où on va l’enlever (par les élastiques autour des oreilles) et le jeter directement dans une poubelle fermée (et on se relave les mains). Ce qui est valable pour le masque hygiénique est abusivement appliqué aux contenants réutilisables. Sans aucune raison.

Digression sur les masques

Vu qu’on en parle, vous me permettrez une petite digression sur les masques… Quand s’il s’agit de protéger autrui de ses propres postillons, un masque en tissu lavable fait très bien l’affaire en lieu et place du tout jetable. Le tissu, sans couture centrale, est à peine moins efficace que le masque chirurgical. Allez voir le site www.stop-postillons.fr, imaginé par quatre médecins français. On y trouve plein de schémas et de tutos pour confectionner son stock personnel de masques en tissu, à laver souvent. I

Il n’y a que l’OFSP pour conseiller au personnel soignant de porter des masques chirurgicaux pour… se protéger soi-même ! Alors que ce n’est pas du tout le but de tels masques. Alors qu’il a toujours déclaré que les masques chirurgicaux devaient être utilisés par les malades, pour protéger les autres autour d’eux. C’était avant la crise du corona, quand on s’imaginait à tort que les stocks de matériel de protection étaient pleins. (Attention, avant de vous lâcher dans les commentaires, je fais bien la distinction entre ces masques à 3 plis et les masques FFP2 avec valve, jetables eux aussi, devant être réservés au personnel soignant qui doit se protéger pour pouvoir continuer de soigner. Et j’ai passé pas mal de temps sur le site de l’OFSP…!). Plutôt que de semer la confusion sur les types de masques et leurs usages différents, nos autorités sanitaires et politiques auraient mieux fait de nous recommander la couture! Digression fermée.

A qui profite le crime ?

Pourquoi ces idées folles sur la soi-disante dangerosité du réutilisable ont-elles germés à la faveur de la crise sanitaire sans précédent que nous traversons ? Pour répondre à une question difficile, j’ai une méthode souvent infaillible. Je dévie sur une autre question digne d’Agatha Christie qui est : “à qui profite le crime ?”.

En l’occurrence, lorsque l’on parle d’emballage jetable, on pense immédiatement à… du plastique. Avec raison. L’écrasante majorité des emballages jetables est fabriquée en plastique. Qui est déversé dans la nature, sans recyclage (malgré les allégations de l’industrie de l’emballage).

Enquête du National Geographic – en 2010, 8 millions de tonnes de plastique sont déversées dans les océans chaque année. C’était il y a 10 ans… Et aujourd’hui?

On sait aussi que les industriels de l’emballage plastique planifient d’intensifier la production de leurs produits (voir mon article du 17 février, sur cette même plateforme).

Se pourrait-il qu’il y ait une stratégie à l’oeuvre ? Suis-je aussi victime de paranoïa ?

Hélas, non. Les lobbies plastiques sont à la conquête de l’Europe, selon cet article du Daily Geek Show qui reprend une enquête parue dans Le Monde. Extrait choisi : “Le lobby des transformateurs européens de plastique, EuPC, qui représente les intérêts de la plasturgie auprès des instances européennes et compte pour membres des organisations nationales et des organisations sectorielles européennes, a ainsi adressé le 8 avril un courrier à la Commission européenne où il lui demande « de reporter d’au moins un an la mise en œuvre au niveau national de la directive SUP [sur les plastiques à usage unique] et de lever toutes les interdictions » déjà en vigueur concernant ce type de produits.”. L’association Zero Waste France a aussi fait le point sur cette stratégie à l’oeuvre.

Sans vergogne aucune, cette industrie mortifère déclare même que “les sacs plastiques sauve des vies”. Sont visés les sachets en tissu, accusés à tort d’être des nids à bactéries, qui pourraient infecter le personnel de vente qui les touche. Mais on l’a vu, affirmer cela est juste une aberration, une “fake news”.

Décidément, l’après-corona ne sera pas tranquille. Tout ce qui touche à l’urgence climatique, à la pollution des eaux ou aux déchets inutiles et évitables a été relayé au second plan en raison de l’urgence sanitaire. Ces questions sont toujours prioritaires, en latence et vont resurgir avec force, nécessairement. Il serait illusoire de croire que les coupables attendent patiemment que la pandémie se calme pour reprendre leur offensive. Ils n’ont jamais arrêté et ils font feu de tout bois pour retarder, voire supprimer, toute velléité de faire réglementer ou de faire disparaître leurs produits toxiques.

Fort heureusement, mis à part certains récalcitrants, la plupart des commerçants de ma région ont réfléchi depuis, et acceptent à nouveau mes contenants. Donc la réponse à la question du titre est évidente.

Non seulement le mouvement Zéro Déchet survivra au coronavirus, mais il en ressortira renforcé. Car on n’a pas le choix.

Covid19, plastiques, déchets: si on arrêtait de jouer au coucou-caché?

Vous souvenez-vous de vos jeux de cache-cache ? A-t-on grandit depuis cette phase heureuse de la petite enfance ? Pas vraiment, il semble. La façon dont la pandémie de Covid-19 a surpris les gouvernements du monde entier en est une démonstration éclatante. Il en va de même avec les déchets et les risques qu’ils nous font encourir à petit feu. Des mesures d’urgence s’imposent.

Si vous n’avez plus le souvenir de vos premières années, alors visualisez vos dernières facéties avec vos enfants tout petits ou vos petits-enfants. Le jeu du “coucou-caché” fonctionne avec les très jeunes enfants parce que dans sa construction psychologique, un enfant qui se cache (entièrement derrière un poteau, un rideau ou en mettant ses mains devant les yeux) ne peut pas imaginer qu’on puisse le voir.

Il me semble qu’on n’a pas agit autrement avec cette catastrophe actuelle de Covid-19. Car cette pandémie était prévisible. Richard Werly nous rappelait hier que, depuis la crise du H1N1 il y a onze ans, les pays européens savent qu’ils doivent se préparer. Notamment en constituant des stocks de matériel de protection, de médicaments et de masques. Voir son article “Ces stocks médicaux européens imaginés puis peu à peu délaissés“. Jouer au “coucou-caché”, c’est penser: “je suis (mal) caché, je ne risque rien et je vais gagner au jeu”. Dans le contexte actuel, cela équivaut à penser : “cela arrive en Chine, c’est très loin la Chine, le virus y restera”! Idem avec le virus d’Ebola (“bah, c’est un truc en Afrique, mais chez nous, c’est impossible, y’en a point comme nous!”).

D’autres que moi tirent un parallèle entre l’impréparation constatée partout dans le monde et la crise climatique que l’on annonce depuis plus de 40 ans maintenant. Même schéma de base: les données irréfutables sont là, les experts s’expriment, les rapports s’accumulent… et on oublie. On s’occupe de choses plus urgentes et plus pressantes. Des sujets immédiats qui rapportent sans doute plus de voix en période électorale…

C’est pareil avec le volet plus ciblé des “déchets” et des “plastiques à usage unique”. L’ONU prédit qu’il y aura plus de plastiques que de poissons dans les océans d’ici 2050.

“Chaque année, la population mondiale jette une quantité de plastiques qui serait suffisante pour faire quatre fois le tour de la Terre. Au moins 8 millions de tonnes de plastiques finissent dans les océans, l’équivalent d’un camion à ordures complet chaque minute, causant la mort d’un million d’oiseaux de mer et de 100.000 mammifères marins. Le monde utilise 500 milliards de sacs en plastique chaque année et 50% du plastique que nous utilisons est à usage unique ou jetable.

Les bouteilles en plastiques sont aussi un gros problème puisque que nous consommons 1 million de bouteilles en plastique chaque minute. Le plastique représente 10% de tous les déchets que nous produisons.

Pour le bien de la planète, l’ONU estime qu’il est temps de repenser notre utilisation du plastique et de renoncer au plastique jetable.”

Antonio Guterres, 5 juin 2018

Faites une rapide recherche avec ces quelques mots : vous obtenez un panel très large d’articles venant de différentes sources. Le Forum économique mondial de Davos, les grands journaux, la presse scientifique et spécialisée, les gouvernements… tous le savent, tous l’ont rapporté. Pas pour réfuter cette prédiction hautement probable, mais pour la faire connaître.

Et ?

Fait-on quelque chose contre cette menace directe de notre approvisionnement alimentaire (et de tout le reste)? Non, notre Parlement chipote et refuse d’interdire les bouteilles PET à boissons ou les sachets en plastique. Les océans de plastique, c’est si loin. Il n’y a pas ça chez nous, n’est-ce pas? On est les champions du recyclage, entend-on tout le temps ! Depuis, des évidences nous ont montré que dans nos lacs et nos rivières aussi, le plastique est un fléau en quantité importante. Regardez ce sujet que la RTS a consacré au problème du Léman l’année passée.

C’est effarant: chez nous, la majorité de nos parlementaires jouent encore à coucou-caché quand il s’agit d’environnement et de déchets. D’autres pays, autrement plus impactés par ce plastique destructeur (Inde, Indonésie, Thaïlande, Oman, même l’Union européenne, mais oui!) ont pris les bonnes mesures: l’interdiction pure et simple.

(c) Reuters

Gouverner, c’est tenir le gouvernail, mille sabords!

Prévoir, se préparer, prendre des mesures, c’est gouverner, dit-on. Alors, comment se peut-il qu’on subisse une pénurie scandaleuse de masques et de gel hydroalcoolique alors que l’on sait qu’une pandémie nous pend (et que d’autres nous pendront) au bout des bronches ? Où était caché le capitaine ? Pas derrière son gouvernail, on dirait.

On va vivre une profonde récession, prédisent les économistes. Ah, les économistes, on les écoute, ceux-là. Et on les croit un peu trop aveuglément, aussi quand ils prétendent qu’une croissance infinie dans un monde par définition fini, aux ressources limitées, est possible (c’est la base du capitalisme du 18ème siècle, juste?). N’est-il pas temps de changer d’oracles ?

Au moment du pénible redémarrage de nos échanges commerciaux, nos gouvernants ont l’opportunité de prendre des mesures courageuses, celles qui s’imposent pour faire passer notre vieux schéma économique linéaire à un modèle moderne et vertueux comme celui de l’économie circulaire. Vous savez, cette économie qui ne produit aucun déchet, qui réutilise à l’infini les ressources qu’elle a utilisées pour produire des biens ?

Ce modèle, vous le connaissez, vous le croisez à chaque foulée quand vous allez respirer le bon air (sans virus) en forêt: c’est le modèle qui fonctionne dans la nature depuis que la Terre existe. C’est aussi celui qui a prévalu en majorité jusqu’avant la dernière guerre mondiale. On allait faire ses courses avec son panier en osier (pas de sacs en papier), on emballait la salade dans du papier journal (pas de sachet plastique), on remplissait son bidon à lait (pas de bouteilles en PEHD) ou son dentifrice en poudre à la pharmacie dans sa petite boîte personnelle (pas de tube plastique). En autres exemples… Relisez la “Guerre des boutons” de Louis Pergaud au passage.

OFEV, 2016. Elimination des déchets – Illustrations en Suisse.

Il est possible de prendre des mesures énergiques et rapides, le Conseil fédéral l’a démontré en cette période de crise pandémique. La nécessité de les prendre ne fait pas débat en période de pandémie, car l’urgence est là, et le but est de permettre à notre système hospitalier et de santé de pouvoir continuer de soigner toutes les urgences. Il est donc primordial que la courbe des infections soit la plus étalée possible dans le temps.

Question: la crise engendrée par le gaspillage quotidien des ressources n’est-elle pas suffisamment grave pour autoriser d’autres décisions tout aussi brutales et nécessaires en matière d’économie et d’environnement ? Ma réponse est oui. C’est grave, ça l’était déjà avant Covid-19, cela le sera toujours une fois la crise passée.

Alors comment s’y prendre ? Comme pour les épidémies…

Changeons de modèle économique… radicalement!

Première étape: le Parlement adopte une loi qui autorise le Conseil fédéral à se substituer aux cantons et aux communes et à prendre des mesures fortes quand cela est nécessaire. Maintenant, quoi! Adressez-vous à ceux et celles que vous avez élu.e.s! Ils vous doivent des comptes!

Deuxième étape: nos sept sages, en se basant sur les travaux des scientifiques et en concertation avec eux, prennent des mesures urgentes. Cela veut aussi dire que les les lobbies économiques sectoriels sont laissée de côté (industrie agro-alimentaire, liée à celle de l’emballage, du plastique, etc…).

Quelques idées de mesures :

  • Tous les fabricants qui veulent vendre quoi que ce soit dans notre pays fixent désormais le prix de leurs produits en fonction de leur utilisation et pas de leur possession. Vous n’êtes plus propriétaire de votre ordinateur, de votre machine à laver le linge ou de votre voiture: vous ne faites que d’acheter les fonctions que ces objets vous rendent. Du coup, les constructeurs et les industriels auront un véritable intérêt à récupérer vos vieilles bécanes (pour les matériaux à réutiliser), à leur garantir de nombreuses réparations possibles et une longue vie (c’est dans leur intérêt), à conserver les pièces de rechange nécessaires, etc. En fin de course, quand l’objet ne remplit plus ses fonctions ou que de nouvelles sont développées, qu’il ne peut plus être réparé, le constructeur le remplace chez vous.
  • Taxer très fortement tout objet qui a été conçu pour être fichu au bout de quelques mois ou quelques années. On combat ainsi efficacement l’obsolescence programmée, comme en France.
  • Tout ce qui est à usage unique est par principe interdit, à moins d’une dérogation pour des raisons d’intérêt ou de santé publique ne doive être accordée (pour une partie du matériel médical, mais là aussi, on peut réutiliser beaucoup de choses en passant par la case stérilisation).
  • La consigne est de retour, obligatoire pour tous les contenants de vente, quels qu’ils soient (boissons, produits de nettoyage, sauces, confitures…).
  • Servir les produits alimentaires au poids dans les contenants amenés par les clients est la règle. Ou alors on met en place des contenants consignés, comme les boîtes ReCircle utilisées dans la restauration rapide: on ramène sa boîte sale, qui sera lavée et remise en circulation par le commerçant.
  • L’enseignement de l’économie est renouvelé dans toutes les universités et instituts spécialisés: on pense désormais au modèle circulaire, on oublie le modèle linéaire.

Certes, il y a du job à repenser notre modèle économique. Rien n’est simple. D’autres mesures seront nécessaires, leur ordre de priorité peut-être plus judicieux. L’important est d’ouvrir le chemin, de faire le premier pas.

Vous avez peur d’une nouvelle catastrophe ? Moi pas. On l’entend aussi souvent: les entreprises (comme les êtres humains en général) savent s’adapter à de nouvelles règles très rapidement, heureusement.

Au lieu de jouer à coucou-caché sans arrêt, si on ouvrait grand les yeux ? N’est-il pas temps de grandir enfin ?

En attendant, restez confinés le plus souvent possible et portez-vous bien.

Confiné.e.s, profitez-en pour éliminer vos déchets… virtuels!

En semi-confinement, le temps à disposition passe autrement. Chaque jour, je bénéficie d’un supplément bien agréable parce que je peux “télétravailler”. Autant en profiter pour faire le ménage de printemps dans mon ordinateur et à ma place de travail virtuelle. Car oui, tout ce que j’y stocke, il s’agit pour beaucoup de “déchets” numériques, plutôt coûteux à conserver.

J’ai cette chance de pouvoir travailler depuis mon domicile, de faire du “home office” comme on dit. Ma journée de travail reste structurée comme avant : j’ai conservé la même heure de réveil à peu de choses près, car mon organisme est ainsi programmé. J’ai besoin d’un café pour démarrer et consulter les premiers courriels. Je fais une pause lecture du journal vers 10h, etc. Il y a juste quelques éléments qui manquent: le temps passé dans les trajets pour aller à mon bureau ou à des séances en extérieur, les interruptions téléphoniques, mais aussi les discussions non planifiées entre collègues. Et ça, ça change tout! De ces interactions spontanées naissent souvent des idées, des interrogations, des suggestions, des ébauches de solution. Une conférence téléphonique ne remplace pas cette spontanéité créative.

En travaillant seule depuis mon domicile, en ligne, j’observe que j’abats mes tâches avec une rapidité certaine. L’efficience du télétravail a déjà été démontrée. Entre autres exemples, cette étude (résumé PDF) de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail qui résume très bien la chose, du côté des entreprises …

“Les entreprises tirent profit, d’une part, de l’amélioration de l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, qui peut entraîner une plus grande motivation, une rotation du personnel moindre et une productivité et une efficacité accrues, et, d’autre part, d’une réduction de l’espace de bureaux nécessaire et des coûts y afférents.”

… comme du côté des employé.e.s…

” (..) les travailleurs signalent une réduction du temps de déplacement, une plus grande autonomie quant au temps de travail permettant davantage de flexibilité en termes d’organisation du temps de travail, un meilleur équilibre global entre la vie professionnelle et la vie privée et une productivité accrue.”

(C’est moi qui surligne.) C’est aussi ce que me signalent mes connaissances et mes amis dans la même situation (privilégiée) que moi: on produit plus et on travaille plus longtemps. Le télétravail, quand il est possible, c’est tout bénéf’ pour tout le monde.

Pourtant, je ressens comme un léger malaise. Mais d’où vient-il, ce léger malaise…?

Un certain sentiment de culpabilité

Allez savoir pourquoi, alors que les tâches sont faites, il y a comme ce petit sentiment de culpabilité calviniste qui pousse les télétravailleurs à travailler plus. Comme s’il était indécent d’avoir terminé son job plus tôt. Il est vrai qu’il suffit de penser au bruit qu’on fait à 21 heures chaque soir sur son balcon – pour remercier et saluer le travail et l’engagement sans relâche de tout le personnel médical et hospitalier au front du coronavirus – pour se sentir un peu coupables, quand même… En applaudissant, j’ai aussi une pensée à tout le personnel de vente des magasins d’alimentation et à tous ceux et toutes celles qui sont obligé.e.s d’aller travailler à des tâches essentielles pour faire fonctionner le pays.

Effet collatéral du télétravail, au fur et à mesure que mon agenda s’est vidé de ses séances et événements et que mes tâches immédiates ont été accomplies, il me reste pas mal de temps. Du temps pour lire en détail ces études que j’ai la tentation de survoler en temps normal (car je n’ai pas le temps!). Du temps pour fignoler ce concept ou cet article. Du temps pour “scanner” l’environnement de mon domaine. Du temps pour lire ces livres importants, une sorte d’auto-formation continue. Du temps pour réfléchir à de nouvelles idées de projets, à de nouvelles stratégies aussi.

Du temps pour s’occuper de nos déchets virtuels

Il est un domaine complètement oublié pourtant, et qui pourra profiter de ce temps dégagé: celui de nos déchets virtuels. Je veux parler de ce que vous avez stocké sur votre ordinateur, vos dossiers, vos fichiers, vos documents de toute sorte.

A moins que vous ne soyez une personne hyper organisée et structurée, votre ordinateur, votre espace personnel sur le serveur de l’entreprise regorgent de fichiers que vous ne consultez plus. Certains sont parfois mal triés, enregistrés au mauvais endroit et du coup, vous les avez en plusieurs exemplaires, stockés dans plusieurs dossiers. Une masse gigantesque d’octets oubliés…

Quand avez-vous le temps de faire de l’ordre, de trier et d’éliminer ces bits et ces mégas que vous n’utilisez plus ? Je parie que la réponse de la majorité de mes congénères sera comme la mienne: presque jamais. Ou alors on s’y emploie un peu, histoire de faire une copie de sauvegarde (back up) quand on y pense ou quand on doit changer d’ordinateur (ce qui n’est pas très fréquent). Mais on bâche vite… la tâche semble insurmontable et on a toujours mieux à faire.

Outre la clarté de l’archivage obtenue, quel intérêt me direz-vous à profiter du semi-confinement pour trier vos dossiers électroniques? Au niveau environnemental, un e-mail envoyé, cela équivaut à 19 grammes de CO2, selon l’ADEME ou Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Vos documents, ils sont stockés sur des centres de données (data center) qui ne carburent pas à l’eau. L’électricité nécessaire pour faire tourner toutes ces machines et les refroidir, ce sont encore des tonnes de CO2. Et je ne parle pas des ressources utilisées pour fabriquer ces gigantesques espaces de stockage. Selon Jean-Claude Domenjoz dans Le Temps du 14 juin 2018, le numérique constitue une véritable menace pour la biosphère.

Ademe – La face cachée du numérique, novembre 2019

Pas de poussière sous le tapis!

On se pâme devant le retour des dauphins dans le port de Cagliari, on rêve de voir les eaux transparentes de Venise comme elles ne l’ont jamais été, on est émerveillé de voir, grâce aux images satellite de la NASA, que le taux de dioxyde d’azote émis par certaines régions de Chine a chuté drastiquement depuis le début de la pandémie et des mesures de confinement prises. Mais ces effets positifs visibles dus à l’arrêt de l’activité humaine ne doivent pas faire oublier notre consommation accrue d’internet et du numérique.

Les dauphins sont de retour dans le port de Cagliari

Repensez à vos dossiers d’ordinateur. Ne vous apparaissent-ils pas comme la poussière que l’on aurait balayée et cachée sous le tapis ?

C’est le printemps depuis deux jours. Et si vous vous mettiez aussi à faire le ménage dans votre ordinateur et dans votre boîte mail ? Vous devriez avoir un peu de temps pour cela désormais… Car cette pandémie va encore durer quelques semaines, nous prédisent les experts.

Respectez les consignes de distanciation sociale (même si c’est dur), lavez-vous les mains souvent, restez chez vous le plus possible et portez-vous bien!

 

Grâce à Covid-19, on va jouer sérieusement au grand Jeu des alternatives!

Comme toute crise, cette pandémie peut aussi être vue comme une opportunité. En l’occurrence, le mode de vie Zéro Déchet apporte une certaine sérénité d’esprit, grâce à un jeu que les “Zero Wasteurs-euses” pratiquent couramment : le Jeu des Alternatives. Vous avez le temps désormais: alors jouons…

Ces images de rayons de denrées vides dans les magasins vous interpellent ? Rationnellement, on peut aisément expliquer ces réflexes d’accumulation en raison de la situation exceptionnelle que nous vivons, corona virus oblige. L’idée de cet article m’est venue ce matin, en écoutant la rubrique “Le trio” dans l’émission du matin de la RTS, avec Anne Laure Gannac. Et après avoir vu, comme elle, ces images de rayons vidés de leurs denrées, comme en temps de guerre, de pénurie (réelle) ou d’économie planifiée. Comme elle, et comme vous je l’espère, je me suis gratée la tête. Mes compatriotes sont-ils devenus fous? Mais non… la psychologie sociale explique très bien cela.

Supermarché dévalisé sans raison!

Nous savons tous que ce comportement de stockage se développe à chaque situation exceptionnelle. La situation est anxiogène car pleine d’inconnus, comme celle que nous vivons depuis quelques jours. Elle pousse nombreuses et nombreux d’entre nous à se ruer dans les supermarchés pour accumuler chez soi des produits jugés indispensables. Il s’agit d’un biais cognitif bien connu, qui pousse à surestimer de très faibles probabilités, contre tout bon sens et toute logique.

Ne soyons pas victimes de la contagion… comportementale!

Là où la rubrique radio était très intéressante, c’est que ces images de rayons vides a rappelé à la journaliste un livre, que j’aime aussi beaucoup citer quand je donne une conférence sur le mode de vie Zéro Déchet. C’est le livre “The Tipping Point” de Malcolm Gladwell. L’auteur compare la diffusion des idées ou de comportements nouveaux à la diffusion de virus, sa théorie étant corroborée avec de nombreux exemples concrets. En résumé, très peu de personnes sont capables de répandre une idée, un comportement, une habitude nouvelle à l’ensemble de la population. Très peu, cela veut dire 10 à 15% seulement. Il en faut vraiment peu… Mon voisin fait le plein de riz? Ma voisine accumule les rouleaux de papier WC? Et moi, et moi…? La contagion comportementale a frappé.

A la Laiterie d’Yvonnand, aucune pénurie!

Contre cette contagion comportementale d’achats irraisonnés, mus par la peur (mais de quoi exactement, on peut se le demander!) et l’irrationalité, certains magasins indépendants ont réagis, parfois avec un humour fort à propos, comme la Laiterie d’Yvonnand, qui en profite pour photographier ses réserves de fromage!

La contagion comportementale peut aussi être très positive, à l’image de nos voisins italiens qui, confinés chez eux, interdits de bars et de restaurants, se mettent à chanter entre eux, à leurs balcons, avec leurs voisins. Le journal La Repubblica a compilé plusieurs vidéos amateurs à Napoli, Siena, Torino, Cagliari, Roma, Benevento, Lecce et Salerno, qui témoignent de cette envie de partage entre voisins, une vidéo émouvante et qui rassure sur la nature profonde des êtres humains… Relisons “L’entraide, l’autre loi de la jungle” de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle.

Le troisième R comme réponse à l’angoisse

Celui ou celle qui a décidé de réduire ses déchets a intégré quelques principes de base, les fameux 5 R, popularisés par Bea Johnson, à l’origine du mouvement “Zero Waste” ou “Zéro Déchet”, qui se décline avec plus ou moins de bonheur dans le monde entier en associations plus ou moins efficaces. Les 5 R, c’est Refuse, Reduce, Reuse, Recycle, Rot : en français, refuser, réduire, réutiliser, recycler et composter. Le 3ème R est, dans le propos du jour, particulièrement intéressant.

Réutiliser, c’est utiliser un objet à d’autres fins que celles prévues à l’origine, quand on n’a pas forcément le gadget idoine. Cela est valable pour le pot de confiture qui va conserver des épices, pour la couverture en laine qui servira à emballer les yaourts durant leur fermentation quand on n’a pas de yaourtière, pour la salière qui servira de distributeur à poudre de dentifrice… j’en passe et des meilleures. Réutiliser, c’est re-inventer!

Celui ou celle qui a décidé de réduire ses déchets se met aussi à jouer, jour après jour, à trouver des alternatives à tout ce qui se jette. Chaque article que l’on ne sert qu’une seule fois avant de le jeter trouve son pendant réutilisable à l’infini. Et si on y jouait, là maintenant ?

  • La capsule de café = faire du café autrement (cafetière italienne, machine à café à piston avec du café moulu, capsule en métal à remplir réutilisable, etc.)
  • Le lait en bouteille = lait en vrac, dans les laiteries ou directement chez le producteur, fabriquer du lait d’amandes ou de coco
  • Les Q-tips = un auriculi en bambou ou le q-tip lavable et réutilisable
  • La poêle en teflon = la poêle en acier qui se culotte avec le temps et qui dure toute la vie
  • Les langes de bébé = les langes lavables ou un service de livraison des langes propres à domicile
  • Les produits d’hygiène liquides = les mêmes, mais sous forme solide (shampoing, savon, déodorant, dentifrice, etc.), très économiques et qui durent longtemps

Je m’arrête là. On l’aura compris, quand on est habitué à jouer à ce jeu-là, toute pénurie (pour autant qu’elle soit réelle) semble gérable sur une longue période. On a acquit un état d’esprit différent, moins consumériste, donc moins angoissé par la peur du manque. Et en plus, on évite de produire des déchets. Si on pousse  un peu la raisonnement, on peut aussi se laver les cheveux avec de la farine de pois chiches (en faire une pâte assez fluide, laisser poser 5-10 minutes, rincer), fabriquer son gel antiseptique (du gel d’aloe vera avec de l’alcool, et quelques gouttes d’huile essentielle de Tea Tree) ou mieux, se laver correctement les mains plusieurs fois par jour. Grande angoisse de mes contemporains: manquer de papier WC. On peut faire face à une pénurie utopique grâce à une douchette installée au lavabo et 2-3 linges spécifiques pour se sécher les fesses (beaucoup de pays utilisent cette façon de faire).

C’est sans fin, il suffit d’être curieux et de faire quelques recherches. Comme on est beaucoup à devoir travailler à distance et à ne plus faire les déplacements, on a désormais ce temps… Quelle aubaine! Comme je le disais, chaque crise est aussi une opportunité!

Et la pénurie alimentaire, me direz-vous? Nous en sommes très très loin, première réponse. Ma seconde réponse est de vous renvoyer au réflexe numéro 1 des zerowasteurs : commençons par faire l’inventaire de tout ce qui se mange dans les placards de notre cuisine et de nos réserves. Je suis prête à parier que l’immense majorité des habitants de ce pays ont déjà en réserve pléthore d’aliments de garde. Chacun et chacune de nous pourrait facilement tenir un siège de plusieurs semaines sans devoir aller acheter quoi que ce soit au magasin. On mangera sûrement moins de viande, ce qui est plutôt bon pour la santé et l’environnement…

Un nouveau hobby: les pots de lactofermentation

Et pour les produits frais? Un conseil: lancez-vous dans la lactofermentation ! C’est une très ancienne méthode de conservation des légumes (du lait, de la viande, du poisson…), probablement aussi ancienne que l’humanité, hyper simple et rapide à faire, la seule méthode de conservation qui enrichit les aliments de vitamines et de probiotiques. Non seulement c’est facile à faire (des légumes frais, du sel ou de la saumure, un bocal), mais c’est très joli à regarder! En plus, cela ne demande aucune énergie pour le stockage, pas comme le congélateur.

Il faut juste un certain stock de pots pour assurer un tournus, par énormément non plus car on peut en faire été comme hiver.

Ces quelques photos sont tirées du groupe “Lactofermentation et conserves naturelles” que j’ai créé sur Facebook et qui compte plus de 12’500 membres de par le monde entier! On le voit bien: quand on commence, on se prend vite au jeu !

La lactofermentation a été popularisée par la journaliste culinaire Marie-Claire Frédérique, auteure d’un ouvrage de référence et passionnant sur la fermentation “Ni cru ni cuit” et d’un blog du même nom. Elle a ouvert il y peu un restaurant à Paris – le Suri – consacré aux aliments fermentés de toutes sortes, que j’ai hâte de visiter un jour…

Et en cas de pénuries de denrées fraîches, les bocaux de lactofermentation viennent aisément “faire le joint”, comme les barils de choucroute ont sauvé du scorbut les marins des expéditions du capitaine Cook. Et c’est une activité qu’on peut réaliser avec des enfants, maintenant que l’école est fermée dans plusieurs cantons.

En conclusion, loin de moi l’idée ou l’intention de minimiser l’importance de la pandémie de Covid-19. Mon propos n’est pas ironique, encore moins moqueur. Je constate seulement que la sphère du Zéro Déchet est plutôt tranquille en ces temps troublés. Oui, on déplore l’annulation de projections de films, d’événements liés, de cours (dont par exemple ceux que je donne dans le cadre de l’Université populaire de la Broye) mais dans l’ensemble, il me semble que les adeptes sont sereines et sereins. A ce que je sache, les commerces indépendants sont ouverts et nous ne sommes pas en guerre avec des bombes qui nous tombent sur la tête.

Alors gardons le sourire, tout en observant la distance requise entre nous ! Comme nos voisins italiens, ne nous arrêtons pas de vivre et de chanter ! En mode Zéro Déchet, cela aide !

Gaspillage alimentaire – Et si février était le mois idéal pour le réduire ?

On jette trop d’aliments en Suisse. En revoyant notre manière de consommer, et où l’on fait ses achats, nous pouvons éviter ce gâchis honteux. Nous jetons en moyenne 330 kg par personne et par an. Les “coupables”? Nous, les ménages pour 39%, puis l’industrie agroalimentaire pour 37%. Mais prenons garde à ne regarder que l’arbre qui masque la forêt…

Commençons par voir de quoi on parle.

OFEV 2019

Le graphique de l’Office fédéral de l’environnement est éloquent. Les ménages sont les premiers responsables du gaspillage alimentaire. Soit. Juste après, c’est l’industrie agroalimentaire. Mais si on y réfléchit bien, c’est cette dernière qui est AUSSI responsable de ce qui est jeté dans les ménages. Pourquoi? Parce que les gens font leurs courses principalement en supermarché. Où les denrées ont subi une transformation, une mise en boîte ou en barquette, justement par l’industrie agroalimentaire.

On peut bien accuser Mme Matthey de jeter trois mandarines pourries, quand bien même elle a acheté un filet de 2 kilos, au prix apparemment avantageux. Est-ce toujours le cas quand on doit jeter une partie du tout? On peut bien pointer du doigt M. Duc qui jette deux filets de poulet à l’odeur nauséabonde, quand bien même il a cédé à l’action de la semaine, soit un pack de 8 filets à un prix imbattable et qu’il n’a pu en consommer que six dans les temps. Quand un quart des filets finit à la poubelle, je ne suis pas sûre que le pack était si avantageux que cela au final… Mais qui va s’amuser à recalculer le prix au kilo d’une denrée “bon marché” quand une partie est jetée parce qu’elle n’est plus consommable ?

Faire des bonnes affaires: un réflexe humain ?

Nous sommes tous des clients qui voulons dépenser le moins possible pour quoi que ce soit. C’est un réflexe humain, j’imagine. Il m’a fallu des années de prise de conscience pour comprendre que le bon marché est toujours trop cher, que le véritable prix (social, environnemental) est forcément payé par d’autres quand il est très bas pour moi. Il faut que des agriculteurs en arrivent à se suicider par dizaines pour qu’on comprenne enfin notre responsabilité de consommateurs dans cette guerre des prix vers le bas que pratiquent grandes surfaces et hard discounters. Oui, en étant d’accord d’ouvrir notre porte-monnaie dans ce genre de commerces, nous alimentons cette spirale et sommes responsables de la détresse du monde agricole. Alors oui, je choisis d’acheter mes produits ailleurs qu’en supermarché. C’est un peu plus cher, mais cela ne plombe pas le budget. Question de priorités: je fabrique par ailleurs produits ménagers et cosmétiques pour deux francs six sous, donc j’ai de quoi dépenser plus pour l’alimentation.

Il faut aussi savoir qu’en Suisse, la part dépensée par les ménages pour se nourrir se monte à seulement un peu plus de 6% de leurs revenus. C’est bien moins que dans les pays voisins. Et cette part ne cesse de diminuer. Je m’interroge sur cette évolution. Certes, les budgets sont plombés par les loyers, les assurances, les transports… Sans revenir à une situation du début du XXème siècle, il devrait quand même être possible de consacrer un peu plus de notre budget à ce qui nous fait vivre chaque jour et de payer le juste prix pour des produits de qualité. Moins de voyages, moins de loisirs, moins de renouvellement de matériel électronique et on pourrait remonter à 10-12%, comme au début des années 2000.

Part du budget consacrée à l’alimentation. Illustration parue dans La Tribune de Genève, 29 août 2018.

Les habitudes d’achat sont en grande partie en cause dans le gaspillage alimentaire. Car l’objectif des supermarchés, on l’a compris, c’est de vendre toujours plus, selon une spirale de croissance infinie de leur bénéfice aussi utopique que dangereuse. En s’appuyant sur le réflexe humain de vouloir faire des économies, les supermarchés savent très bien où et comment faire. A coup d’actions, de multi-packs et autres promotions sur des grandes quantités.

Et si vous releviez le défi ?

Par ailleurs, cela ne vous aura sans doute pas échappé: février est celui de l’initiative “Février sans supermarché”. Dix jours ont passé, il n’est pas trop tard pour s’y mettre !

Cette opération est un défi lancé en 2017 ans par l’association “En vert et contre tout“. C’est la quatrième édition cette année. Pourquoi février? Parce que c’est un mois court et souvent difficile du point de vue économique pour les petits commerçants indépendants.

Ce défi a essaimé sur les réseaux sociaux et on trouve de nombreux défis locaux. Si on rejoint un de ces groupes, on échange alors conseils, informations et astuces pour se passer d’aller faire des achats en grande surface. Durant un mois, ou durant plus longtemps! Je dois avouer que depuis la première édition, je ne m’y rends plus que quand je n’ai vraiment vraiment pas le choix.

Février sans supermarché (c) En vert et contre tout.

A l’origine, un véritable plaidoyer pour les commerces indépendants. Car oui, pour un emploi crée dans la grande distribution, ce sont 3 à 5 emplois qui disparaissent ailleurs, comme l’explique et le démontre la journaliste Leïla Rolli. Dans mon village, les anciens m’ont raconté qu’avant l’arrivée de la Coop et de Denner, il y avait trois boucheries et plusieurs boulangeries. Aujourd’hui, il ne reste qu’une seule boucherie et une boulangerie qui fabrique ses pains sur place. Voilà l’effet concret de l’arrivée de la grande distribution dans un village de 2000 habitants. Et à voir comme il est difficile de trouver un vendeur ou une vendeuse dans l’une de ces grandes surfaces quand j’ai une question à poser, il est certain que le nombre d’emplois dans ces deux supermarchés n’équivaut pas au nombre de ceux qu’il y avait avant dans les commerces indépendants.

Février est donc le mois idéal pour expérimenter autre chose, une autre façon de faire ses courses en évitant la solution de facilité d’un supermarché.

Le charme et la souplesse des petits commerçants

Quand j’en parle autour de moi, immanquablement il y a quelqu’un qui va dire: “oui, mais moi je ne trouve pas ceci ou cela ailleurs qu’au supermarché….” Déjà, j’ai des doutes: par exemple je pensais que le papier WC ne se trouvait qu’en grande surface. En discutant avec l’épicier de “Chez Mamie”, une chaîne romande d’épiceries qui vend (presque) tout en vrac, il m’a appris qu’il vendait le papier WC au rouleau, sans emballage! Pareil que les pastilles pour le lave-vaisselle. Même le pain sans gluten, que je trouve en grande surface (parce que je n’ai pas le temps, ni l’envie d’en cuire tous les trois jours, mea culpa!) peut être commandé par un détaillant indépendant. Leurs catalogues sont grands et leur souplesse souvent infinie! Pas comme en supermarché où l’assortiment est décidé par la centrale. Donc avant de déclarer péremptoirement que ce défi n’est pas possible à tenir à cause de tel ou tel produit, posez la question aux commerçants indépendants. Vous serez surpris des réponses.

L’autre excuse est celle du temps (une excuse qui m’arrange et que je brandis aussi de temps à autre, vous l’aurez remarqué!)

Faire ses courses dans des commerces indépendants, cela demande plus de temps que d’aller une fois par semaine au supermarché. Cela demande un peu de temps, c’est vrai, mais c’est autrement plus sympathique et riche en contacts humains. Mais revenons à cette affirmation. Si on remettait à plat cette habitude? Car se rendre dans une grande surface (une grande) souvent située à l’extérieur d’une localité, s’y garer, puis déambuler entre les allées, cela prend aussi beaucoup de temps! Pour certaines familles, c’est même devenu le loisir No. 1 du samedi matin! Il faut dire que tout est fait pour qu’on y passe bien plus de temps que prévu: par exemple les produits sont régulièrement changés de place pour nous faire passer devant de nouveaux produits qu’on aurait pas vus (et pas achetés) durant notre petite tournée habituelle. Où est le gain de temps quand on parcourt des kilomètres de rayonnages? Mais surtout, tout ce temps passé fait acheter bien plus que ce qui était prévu, c’est l’objectif. Car qui va résister à cette action multi-pack de boîtes de thon (cinq pour le prix de quatre, une aubaine!) ? On en revient au fameux réflexe humain de faire des économies…

Le véritable ressort du gaspillage alimentaire

C’est là qu’intervient la grande distribution dans le ressort du gaspillage alimentaire.

En achetant bien plus que prévu, on fabrique immanquablement du gaspillage. En plus, nous sommes de bons élèves. Nous respectons les dates de péremption à la lettre. Des dates inutiles sur certains produits d’ailleurs (produits de nettoyage, produits secs comme sel et sucre…) et bien trop courtes pour d’autres (un yaourt peut être consommé bien au-delà de la date imprimée sur son couvercle). Mais surtout, quand on ne décide pas de la quantité de la marchandise achetée, le risque est grand que les restes soient stockés au réfrigérateur et, oubliés, finissent à la poubelle.

Oui, nous avons une certaine dose de responsabilité de ne pas cuisiner des légumes un peu fanés dans une soupe ou de cuire des fruits un peu blets pour en faire une compote. Mais à nouveau, faire porter le chapeau uniquement aux consommateurs, c’est regarder l’arbre devant la forêt. En l’occurence, les grandes surfaces, la grande distribution.

Je salue toutes les initiatives prises pour réduire le gaspillage alimentaire, comme celle que la Migros a prise de rejoindre Too Good To Go, cette application qui évite le gaspillage en revendant à très bas prix ce qui n’a pas trouvé preneur aux heures des repas dans les “Take away”.

J’applaudis, mais ne me fait aucune illusion quant à l’impact réel sur les 330 kilos en moyenne de denrées jetés par personne et par année. Il faut savoir que ce qui est proposé sur cette app l’est à des heures fixes, en dehors des heures des repas, et que peu de personnes ont réellement l’occasion ainsi de passer prendre une commande. Le système est juste du point de vue de la concurrence avec les autres magasins, mais pour le consommateur, c’est difficile à caser dans une journée de travail ordinaire.

J’applaudis mais je suis réaliste: si le géant orange ne fait que cela et ne s’occupe pas du problème en amont (retour de la consigne généralisée, vente en vrac, remplissage de produits liquides en magasin, suppression des emballages superflus), cette opération ressemble plus à une opération de re-dorage de blason.

Conseils pratiques en vrac

Et pour savoir que faire concrètement pour limiter le gaspillage alimentaire, je vous renvoie à la Fédération romande des consommateurs, dont le dossier sur le sujet est une mine d’idées et d’informations.

Et au petit guide du Zerowasteur en supermarché que j’ai rédigé, 12 conseils à télécharger gratuitement et libres de toute publicité (une denrée rare, vous en conviendrez!).

(c) valesavabien.blogspot.com

 

 

 

Le recyclage du PET: l’exemple typique de la mauvaise “bonne idée”

Récupérer des bouteilles PET pour payer son ticket de métro: c’est ce que la Colombie annonce avoir mis en place. Clap, clap! tout le monde applaudit parce que chez nous aussi, on trie et on récupère. Mais est-ce une bonne idée? L’enfer étant très souvent pavé de bonnes intentions, cette nouvelle mérite réflexion.

Après Istanbul, Pékin, Rome, au tour de Medellin en Colombie de mettre en place ce système de récolte des bouteilles en plastique. Pour motiver les consommateurs de boissons en bouteille, de grands automates sont mis à disposition dans les stations de métro, où l’on jette les bouteilles. Celles-ci sont payées quelques pesos, utilisables pour acheter un ticket de métro. Il en faut tout de même 45 pour un seul ticket. Le but semble être de vouloir améliorer la récupération des bouteilles en PET. Et seulement en PET.

Les raisons de cette récupération semblent évidentes. D’abord, moins de bouteilles qui traînent, c’est toujours ça de moins qui attérit dans les cours d’eau, puis dans la mer ou l’océan.

Crédit photo: Surfrider Foundation Europe

En soi, c’est une sacré bonne idée, non ? Et puis, récupéré et bien trié, le PET permet de fabriquer de nouveaux produits: nouvelles bouteilles, emballages ou textiles. Alors là, c’est le Graal! Fabriquer des produits à partir de PET recyclé, c’est gagner un accès immédiat au panthéon des entreprises responsables, vertes, etc. C’est s’assurer de nouveau clients fidèles, c’est tuer dans l’oeuf toute critique. La maille polaire de votre veste d’hiver est peut-être issue de PET recyclé ou rPET.

Ok, alors il est où le problème ?

Recycler le PET, c’est plein de problèmes

D’abord, on oublie un peu rapidement que le PET est issu d’une ressource non renouvelable: le pétrole. Voici ce que dit STRID (Gestion des déchets pour le Nord Vaudois) de l’utilisation du PET:

“Bien que la production de 1 kg de PET ne nécessite que 1,9 kg de pétrole brut et que la fabrication des plastiques d’emballage n’absorbe que 1,5 % de la consommation totale du pétrole, ceux-ci représentent près de 40% du total de la consommation des plastiques en Europe. Or, nos réserves de pétrole ont mis des millions d’années à se former et nous les exploitons démesurément depuis un siècle, comme source d’énergie et pour la production d’un nombre incroyable de dérivés. Il est donc urgent d’en limiter la consommation.”

Ensuite, le plastique sous forme de polyéthylène téréphtalate ne se réutilise pas à l’infini. A chaque cycle de transformation mécanique – le procédé le plus utilisé pour recycler le PET – la fibre perd de sa résistance. Du coup, il est impératif de la mélanger à de la fibre vierge.

“La plupart des gens pensent que les plastiques peuvent être recyclés à l’infini, mais chaque fois que le plastique est chauffé, il se dégrade. Ainsi, l’itération ultérieure du polymère est dégradée et le plastique est utilisé pour fabriquer des produits de qualité inférieure.” Dixit Patty Grossman, cofondatrice de Two Sisters Ecotextiles, dans un article de Fashion United.

C’est ce qu’on appelle du downcycling. C’est exactement l’inverse que ce que clame petrecycling.ch pour vanter le recyclage du PET en Suisse (et donc sa production).

Et vu qu’on trie et qu’on amène ses bouteille au recyclage, on pense sans doute qu’on peut continuer comme ça, sans rien changer à ses habitudes. On a l’esprit et la conscience tranquilles… Quelle illusion!

Enfin, le textile en polyestère ou en PET, comme tout textile, perd des particules dans la machine à laver. Par contre, ces particules-là ne sont pas biodégradables, on s’en doute. A chaque lavage, notre belle veste d’hiver en maille polaire pollue en relâchant des microparticules de plastique dans les eaux usées, qui ne seront pas retenues dans les stations d’épuration. Et qui finiront donc dans nos assiettes en bout de chaîne alimentaire.

Voilà donc l’exemple type de la mauvaise bonne idée. Comme le canada dry, le recyclage du PET a l’apparence et le goût de la vertu, mais il n’en est rien en réalité.

PETFREE-bruary: dès aujourd’hui, dire non au PET!

Moi aussi, j’ai envie de lancer un défi à mes congénères. On a eu droit au Dry January, au février sans supermarché. Je propose février sans PET ou PETFREE-bruary… et puis toute l’année aussi!

Des options existent pour ne plus consommer de bouteilles à usage unique (en PET ou en verre), toute simples: la bouteille en verre réutilisable, avec consigne. C’est ce qui existait il y a quelques dizaines d’années en arrière. Et qui semble revenir un peu sur le devant de la scène. Certes, la bouteille en verre ne s’emmène pas avec soi dans son sac à main ou son attaché-case. Mais réutilisée 50 fois, elle affiche un bilan écologique positif.

Une solution encore meilleure: la gourde à emmener avec soi partout. On y met ce qu’on veut.

Autre solution: et si, quand vous avez envie de boire une boisson particulière, vous retrouviez le plaisir de boire un verre avec un ami au bistrot? Oui, c’est plus cher. Mais c’est nettement plus convivial! Et cela fait vivre des gens.

Et toute dernière solution: il y a de nombreuses fontaines à eau dans l’espace public! S’y désaltérer régulièrement, c’est gratuit et cela n’encombre pas les poches. Pour les trouver, j’ai une app maps.me, qui me les indique. C’est bien pratique!

A chaque fois qu’on vous présente une super bonne idée en matière de recyclage, méfiez-vous! Examiner la question sous tous ses angles permet de distinguer la vraie bonne idée de la mauvaise.