Désir partagé?

LE NON-DESIR, UN CUL DE SAC ?

Une jeune femme de trente ans consultait pour une situation difficile, et après quelques consultations me demande si elle peut parler d’un autre sujet, plus personnel.

Elle m’explique que son copain, avec qui d’ailleurs, elle s’entend vraiment bien, veut la “niquer tout le temps“. C’est trop, même si elle aime la sexualité et que c’est facile pour elle d’avoir un orgasme. Pour lui, ce n’est pas assez.

Et… il pense qu’elle a un problème de désir.

NB : Pour ce qui suit, je vais généraliser et caricaturer, attention, je parle de tendances dans le vécu des collectifs femme et homme, ceci dans des couples établis.

Il y a toujours des nuances, des exceptions et des inversions.

 

J’ai entendu dans ma pratique beaucoup, vraiment beaucoup de femmes qui ont besoin de diminuer la fréquence des rapports, qui se détachent de la sexualité, qui perdent le désir, qui savent ce qu’elles ne veulent pas, et n’ont parfois que peu d’idées de ce qu’elles veulent.

Il y a une pléthore de livres, d’articles et de méthodes pour aider les femmes à être davantage sexuelles, retrouver leur libido. Elles consultent, en prenant sur elles, en voulant satisfaire de manière sincère leur conjoint. Et, peut-être, elles-mêmes.

Mettre le feu
Les  feux du désir

Mais au fait …où est le problème ?

Il est peut-être chez la femme. Certaines femmes ne se sont pas appropriées leur plaisir sexuel, ne se connaissent sexuellement pas assez bien et souvent depuis leur adolescence. Elles connectent avec leur désir, de manière même intense et évidente, au début de la relation, dans la période de fusion amoureuse. Ou lorsqu’elles désirent un enfant.

Mais chemin faisant, elles perdent cette « compétence », s’investissent davantage ailleurs ou dans la satisfaction affective qu’elles peuvent ressentir avec leur(s) enfant(s). Ainsi progressivement ou soudainement, elles démissionnent de la sexualité.

 

Peut-être aussi chez l’homme. Sa manière trop brusque, trop rapide, trop expéditive (trois minutes de va et vient génital( !)), bref, trop masturbatoire.

Cela peut ressembler davantage à de l’utilisation et donc, pas assez à de la relation.

La relation sexuelle n’est pas que de l’excitation réussie des organes génitaux et un sans-faute orgasmique. Beaucoup de femmes ont besoin de sentir d’abord, et pendant le rapport, une forme de connivence et de contact. Des fois on peut l’appeler … l’amour.

Je demandais à ma cliente, est-ce que ça arrive que votre homme en vous faisant l’amour ressente un sentiment pour vous et vous dit un “je t’aime“, ou qu’il y ait un geste, un regard, quelque chose qui vous parle aussi au niveau du cœur ? La réponse, « non » avec un soupir. Et pourtant cet homme concentré et appliqué aime son amie, c’est certain.

 

Une manière de voir le problème, c’est de vérifier “l’épaisseur ou la profondeur) du rapport amoureux“. Lorsqu’il n’y a que le sexe, si bon soit-il, certaines femmes ne s’y retrouvent pas ou plus. Il leur manque cette connexion du cœur, cette étincelle dans les yeux, quelque chose qui les dépasse. Parfois on dit que faire l’amour, c’est divin. C’est plus grand que nous. C’est même parfois bouleversant.

Beaucoup d’hommes, normalement dissociés (excusez-moi, je caricature un peu fort là !) ne s’en lasse jamais. On parle de sexe mécanique, routinier (ce n’est pas le nombre de position, ni de pratiques excitantes qui changera cela !). Le but peut être chaque fois le même: l’excitation. Et cela se termine chaque fois par une éjaculation. Et en sus, sincèrement, ils aiment le faire avec leur femme.

 

Souvent nous sommes nus pour faire l’amour. L’invitation est sans doute de se mettre à nu un peu quand même et de partager des parties de nous, sensibles, vulnérables, touchables. Dans mon expérience de sexothérapeute, beaucoup de femmes ont besoin de ces dimensions extra-génitales en plus, lors d’une rencontre sexuelle-amoureuse. Cela est vrai aussi pour certains hommes bien-sûr, très clairement, mais ils ne sont pas encore la majorité.

Alors, si ces femmes démissionnent et renoncent à cette sexualité, ne se sentant pas assez nourries, c’est peut-être qu’elles ont besoin d’une autre sexualité, plus complète ?

Je crois personnellement et par mon expérience professionnelle, qu’il y a une issue.

Que les femmes peuvent et devraient orienter, colorer davantage les échanges amoureux et charnels. Cela peut paraître difficile, mais cela s’apprend.  Comment la femme réceptive par son sexe, s’active aussi et initie, véritablement oriente le rapport et la qualité de la présence, dans la relation ? Nous avons tous à y gagner que les femmes deviennent davantage Initiatrice !

 

Des approches comme le Slow Love (Slow Sexe), le tantrisme de qualité contribuent à inspirer une sexualité plus de type féminin. (Voir mon blog sur ce sujet Hot Sex & Slow Sex)

A la fin des séminaires sur cette approche du slow love/sexe, j’ai entendu des femmes dire : “je cherchais cette sexualité toute ma vie…“. Ou “si c’est comme ça, je suis d’accord de faire l’amour tous les jours… “.

Votre sexualité est importante et mérite d’être inspirée et colorée par vous ET votre partenaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

Stephen Vasey

Stephen Vasey

Stephen Vasey est sociologue, travaille à Lausanne comme Gestalt-thérapeute en consultation individuelle et couple. Anime des séminaires sur la relation et la sexualité des couples, d’autres sur la colère saine. Auteur du livre « Laisser Faire l’Amour ». www.therapie-de-couple.ch

3 réponses à “LE NON-DESIR, UN CUL DE SAC ?

  1. Durant des années, ma compagne et moi, nous avons écrit dans une revue Française “Rêve de Femmes”, et sur ce sujet du couple et de la sexualité nous recevions en retour ces même commentaires féminis que vous décrivez en fin de votre message ” non-désir ” : si c’est comme ça l’amour, alors oui. Avec des regards, des caresses, des mots de cette qualité, je souhaite alors la relation intime. Nous préparer le coeur et le corps pour une rencontre intime, que cela est inspirant. J’ai besoin de la magie du couple pour avoir envie de l’amour. Comme il me regarde et m’approche, je me sens souveraine. Je vois qu’il est bien intentionné, alors finalement c’est moi qui doit lui apprendre et aussi lui apprendre comment je vis mon cycle lunaire. Je ne suis pas disponible si souvent mais pour les caresses d’attention aimante, je suis toute ouverte. Etc.

    1. Merci bcp pour votre commentaire et témoignage. Je suis touché de voir que pour de nombreuses femmes (et hommes aussi), cette approche slow est une évidence.
      Et…, je trouve important qu’il existe plusieurs sexualités bien-sûr.
      Je connais et admire la revue Rêve de Femmes, on m’y a interviewé il y a 2 ans.

  2. Bonjour Stephen Vasey, je reçois aujourd’hui un courriel de “l’informateur” est voilà que j’arrive sur votre site du Couple. Enfin !moi qui tente de m’abonner depuis des semaines mais je suis ignorant des computer et je n’avais pas réussi. En fait j’avais encore une autre idée pédagogique pratique pour soutenir les travail soft des couples. Je vous demande, est-ce encore d’actualité et comment dois-je m’y prendre.
    Je vous informe personnellement que la revue Rêve de Femme est en train de reprendre du service et qu’il m’est demandé d’écrire sur la sexualité des couples matures, ou ” de notre couple mature “. Intéressant n’est-ce pas .

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