Un divorce peut-être, mais pas la fin!

Ringier se sépare de l’Hebdo.

Comme tellement d’autres, je suis en choc, je suis triste, j’ai de la colère.

J’ai encore de nombreux blogs à écrire. Et j’aime l’Hebdo. Né à Lausanne, je ne peux m’imaginer une Suisse Romande sans l'Hebdo. Il était bon pour la tête, maintenant il nous touche le cœur.

Bref encore une histoire de couple.

Le couple Ringier-Hebdo, le couple Hebdo-journalistes, Hebdo-blogueurs.

l'un dit : c’est fini. Et l’autre, l’abandonné, que peut-il faire ?

Dans tout processus de séparation, et donc de deuil, il y a des étapes. Le deuil c’est l’art du passage et nous sommes invités intérieurement à faire mourir quelque chose, quelqu’un, à passer à autre chose, sans doute. A rien, à un vide ou à une autre forme, une autre personne, un autre magazine.

Mais d’abord il y a la consternation. Le choc. « Quoi, l’Hebdo ?!"

Puis le déni. « Non , ce n’est pas possible !» « Pas l’Hebdo, Sacrebleu ! »

La colère ! « Arrgghhh punaise , cela me fâche tellement ! J’en veux à Rinrin, au fric, à…etc… »

La tristesse. « Sniff, quel gâchis, quelle douleur… »

L’acceptation. « Ok, j'arrête de me battre, je me rends à la réalité, c’est comme ça. »

La résilience et le rebond nous permettent d'avoir une vie après la rupture. Toute séparation fait de la place pour autre chose. Il s’agit d’apprendre à faire du deuil une expérience approfondie où souvent nous en ressortons meilleurs, plus mûrs. Les sages nous rappellent que le deuil fait partie de la vie.

Cela peut durer trois semaines, trois mois comme trois ans ou davantage. Parfois, bien plus tard, nous retombons sur une couche et nous revisitons une émotion, un souvenir encore chargé de sens et de sentiments. Pour les aigris, les revanchards, cela peut durer bien plus longtemps, bien sûr. Puis nous en gardons le souvenir, mais nous avons pu nous libérer du poids, de la charge émotionnelle.

Dans les couples c’est pareil.  Mais attention, l’abandonné passe en plus par des moments de honte, il peut le prendre très personnellement et le vivre comme un rejet. Alors les jugements négatifs peuvent s’auto-alimenter; une descente aux enfers s’ensuit :  « c’est  ma faute, c'est injuste, je n’étais pas à la hauteur, etc… ».

Si nous quittons notre partenaire, c’est en rapport à elle/lui, mais cela parle de nous d’abord. Certains chargent leur partenaire de la responsabilité de la rupture, cela soulage un peu, mais ce n’est pas très satisfaisant. C’est simplement de mauvaise guerre.

Nous avons aussi tendance à nous dire que si l’autre nous quitte, nous n’avons rien à dire. Faux! Il est vrai que nous ne pouvons pas retenir l’autre mais nous avons absolument le droit de dire notre position. « Tu veux me quitter ? Et bien non. Je ne suis pas d’accord, je te demande de rester avec moi ! »  Au moins nous serons restés debout et clairs sur nos besoins. Par la suite, cela sera plus simple de lâcher prise ayant été au bout de nos possibilités.

Et pour les malicieux, vous pouvez essayer de faire comme dans la chanson : « Si tu me quittes, est-ce que je peux venir aussi… ?! » (« Mental As Anything – If You Leave Me, can I come too ? – 1981)

J’aime qu’il y ait une pétition, une mobilisation et une créativité de circonstance qui montrent l’étendue de l’attachement et des sentiments positifs à l’égard de tous ces journalistes de qualité et de leur Hebdo.

L’Hebdo ne semble vraiment pas mort – Longue vie à l’Hebdo !

Bonnes résolutions : du vœu pieux au changement

Bonnes résolutions : du vœu pieux au changement

 

D’abord, bonne année 2017!

Je vous le souhaite sincèrement.

D’ailleurs, une bonne année, ça ressemble à quoi? Pour vous?

C’est souvent lors de ce passage du calendrier, que naturellement nous énonçons de bonnes, voir de périlleuses et impossibles résolutions.

Et en particulier dans le couple et (surtout) pour son conjoint !

Les bonnes résolutions sont une affaire délicate, nous pouvons être très naïfs et maladroits, lorsque nous croyions que cela ira mieux et que ce n’est pas le cas, c’est souvent pire!

Laisser naître des espoirs, des attentes positives est dangereux; c’est planter des graines de déception qui fleuriront ce printemps. Ce n’est pas suffisant et presque toujours inefficace. “J’espère vraiment que cette année je serai plus disponible à la maison”, “on doit absolument créer des temps privilégiés de rencontres en amoureux”, “je rêve d’avoir des soirées libres”, “on pourrait quand même faire l’amour au moins une fois par semaine…”, «  j’aimerais t’aider davantage dans les tâches domestiques », etc.

En consultation, je vois des couples être en mouvement, dans une dynamique de changement, corriger de mauvaises habitudes, se soutenir à éviter les pièges  de la misère familière du quotidien. Lorsqu’ils arrivent à engager des progrès, il y a une satisfaction, ça donne de l’énergie, l’estime de soi et de son couple remontent…

Et d’autres sont « indécrottablement » dans les mêmes réactions émotionnelles, les mêmes reproches et jugements, ils revisitent les mêmes failles, les mêmes chicanes frustrantes, pesantes et usantes.

Lorsque nous stagnons et n’évoluons pas, l’insatisfaction s’installe, nous coûte et nous fait perdre notre énergie, l’estime de soi et de son couple diminuent.

Alors, comment s’y prendre?

« Mais c’est dans ma nature, je ne peux pas agir autrement ! »

La prise de conscience: Si nature il y a,  nous fonctionnons fondamentalement de manière mécanique!?

Nous sommes dans nos conditionnements, il n’y a rien de naturel là dedans. “Je suis de nature plutôt …” ou “je suis comme ça…ça c’est moi…” n’existent pas. Beaucoup croient à une certaine spontanéité, en réalité, à 90%, ce ne sont que des automatismes. Ce que nous sommes capables d’être est à haut potentiel et probablement sans limites, le problème est notre identification à la petite idée que nous croyons être. Nos névroses et nos traits de caractère nous semble tellement authentiques ! Et surtout, fatigué, stressé, nous revenons à notre mode par défaut, le mode le plus économique: l’automatisme, le réflexe conditionné, la réaction sempiternelle et redondante.

Vous savoir autant programmés pourrait vous donner l’envie de vous libérer, d’oser sortir de la boîte, de risquer une attitude ou un comportement nouveau?

  • Un scorpion demande au crapaud, peux-tu stp me faire traverser l’étang sur ton dos, j’ai besoin d’aller de l’autre côté? Mais tu es fou, dit le batracien, tu vas me piquer et nous coulerons, je te connais bien! Mais non, bien sûr que non, insiste la bête armée de son dard et d’une sincérité maladive. Finalement le crapaud crédule et au grand coeur accepte, prend le scorpion sur son dos et traverse. Au milieu de l’étang, schhhlak!, le dard s’enfonce dans le dos tendre, et avant de couler, le crapaud glisse un “mais bon sang, pourquoi as-tu fait ça?” Le scorpion répond : “je n’ai pas pu m’en empêcher…”.

Si j’admets que je suis répétitif et finalement très inconscient de mes réactions, comment vais-je m’y prendre pour créer un petit changement? Espérer et attendre que cela se fasse sans moi, j’oublie! Dire à l’autre « mais j’y ai pensé ! » pour l’autre évidemment cela ne compte pas!

L’outil: mettre en mémoire vive ce qui nous tient à cœur, s’en rappeler.

De nombreuses personnes qui consultent m’ont dit: “Si je mettais en application un peu de tout ce que je connais qui ferait du bien à moi ou à mon couple… mais j’oublie tout le temps!” Pris dans le tourbillon de leur survie mécanique.

L’outil, le grand luxe et le moyen efficace, c’est de se rappeler de ce qui nous tient à coeur. Pour ne pas être gagné par notre nature mécanique, “je me rappelle que ce soir, lorsque je rentre du travail, je m’arrête un moment avec mon conjoint et je le/la regarde vraiment ». « J’anticipe et j’organise une petite soirée à deux jeudi prochain, je me rappelle de faire les téléphones pour l’organiser ». « Je me rappelle que le toucher affectif est très important pour mon conjoint, je vais m’y mettre davantage, puisque cela lui fait tant de bien ».

Se rappeler c’est mettre en mémoire vive ce que je veux changer le matin au réveil, ou sur le chemin de retour avant de retrouver mon conjoint-e”. Se rappeler, c’est aussi ce que nous appelons « s’engager », être présent à ce qui a été décidé, développer de la conscience sur l’objectif et évaluer ensemble l’avancée du changement, de façon amicale ! Reconnaître les petits pas effectués, s’encourager et se soutenir mutuellement.

Il est vrai que pour certains qui n’y arrivent pas, cela s’apprend, un stage ou quelques consultations peuvent aussi faciliter et raccourcir le temps d’apprentissage et la mise en place de quelques habilités relationnelles.

Par résistance au changement, nous avons tendance à reporter ou à éviter, donc à oublier…

  • Un vieil homme est à l’enterrement de son épouse de 58 ans de vie commune, il va retrouver le pasteur et avec une demi-larme à l’oeil lui déclare courageusement: “ma femme, je l’aimais tellement, j’ai failli le lui dire…”

Nous sommes très somnolants et loyaux à nos (mauvaises) habitudes et à nos croyances limitantes sur nous-mêmes. Toutefois, nous pourrions nous engager à être en mouvement, au moins un peu, pour soi, pour son couple. Au travail, nous le faisons aisément et sans résistance, également dans des situations et contextes nouveaux. Nous avons adapté et choisi de nouveaux comportements quelques millions de fois déjà avec succès. Comment nous rappeler de ce qui est important pour nous et d’effectuer de petits pas, amorcer le mouvement ? Cela s’apprend… et cela peut rapporter gros.

Rappelez-vous, bonne année 2017!

 

 

 

 

 

Flips ou fêtes de fin d’année?

Au vu des consultations de couple ces dernières semaines, la tension monte et la pression s'intensifie dans les relations. Avez-vous remarqué que lorsque nous sommes sous pression, notre conjoint/e reste une des meilleures soupapes de sécurité que nous avons sous la main? Ça fait quelques dégâts, certes, mais c'est si pratique ! 
 
Alors en cette période de Noël qui appelle le ralentissement et les ambiances chaleureuses, comme les Rois Mages, ce blog a la prétention de vous offrir trois petits cadeaux, trois petits « challenges », à vous les couples surmenés, sous tension ou carrément sur les genoux. Oubliez les espoirs et les voeux pieux. Ayez l'audace de créer deux ou trois objectifs personnels, « clandestins » pour les fêtes. La sensation de liberté et de satisfaction s'installe lorsque nous obéissons à ce que nous avons décidé. Mettez en mémoire vive l’objectif qui vous tient à coeur, mettez votre partenaire dans la confidence, soyez dans un soutien mutuel pour le réaliser. A deux, nous sommes plus forts.

Décidez de rester dans le plaisir…

Nous avons tous vécu des repas où le menu extraordinaire brillait par son contenu mais dans une ambiance détestable… L'effort et la tension de faire juste, de réussir les recettes, d'épater les convives ou de faire plaisir à tout prix à belle-maman, nous mettent dans un état de devoir à accomplir peu propice à la fête. Bref, dans ces moments-là, nous ne sommes pas un cadeau! 

Vous pouvez décidez de nourrir et cultiver le plaisir à chaque instant, avec votre conjoint/e, qui vous rappelle votre noble objectif. Vous choisissez votre attitude dans la préparation des plats, de la table, un peu de fantaisie, une musique qui vous met de bonne humeur, ralentir et colorer la soirée de votre créativité. Lorsque nous acceptons l’imperfection, ce que nous offrons aux invités est tellement plus agréable. C'est une question de rayonnement, de vibration. Nous offrons de la légèreté et un peu de joie. L'ambiance prime et on pourra même rire et faire rire de nos « quouacs » !

Décidez de rester complices parmi tous ces invités. 

Au service de la fête, il nous arrive d'oublier notre conjoint/e, sacrifiant ce qui nous est tellement important. Ou déclenchant quelques crises émotionnelles en sus. Choisissez d’offrir à votre partenaire un petit clin d'oeil, un sourire, une vérification, juste une blague taquine et discrète sur un convive un peu lourd… Ou une étreinte dans une qualité de vraie présence, qui dure au moins 30 secondes, même en bloquant l’entrée de la cuisine, le temps de vous retrouver et de remettre en périphérie le monde. Préserver une connivence de couple, vous aidera à rendre la fête plus légère et même excitante.

Décidez de ne pas vous excuser 

Vous savez bien, au moment où vous amenez la dinde ou le dessert, comme un reflexe inscrit dans l'inconscient collectif, vous vous excusez du petit détail que personne ne remarquera, vous détournez l'attention de tout l'amour que vous y avez mis en partageant généreusement vos doutes et vos insécurités. Vous gâchez le moment où la découverte du plat est une vraie fête pour les yeux, pour le nez, presque pour le palais!

Autorisez-vous à être dans le plaisir de recevoir et de partager. Cette fois, soyez dans votre noblesse, pas d'excuses, pas de "j'aurais pu faire mieux", on s'en tape! Offrez-vous ce moment grandiose où toute la table fait « ahhhhhh, ohhhhhhhh, magnifique !».

Joyeuses fêtes, joyeuses angoisses, bref décidez ce que vous avez envie de vivre, vous en valez la peine…

Entendre l’autre peut suffire

Dans notre culture et dans notre langage, nous disons volontiers d’un couple qui va bien : « c’est un couple qui s’entend bien ».

Avez-vous remarqué que nous ne disons pas : « c’est un couple qui est toujours d’accord », ou « c’est un couple qui comprend tout de l’autre » (d’ailleurs, est-ce possible de vraiment comprendre une femme/un homme ?!). Nous avons tous un avis sur tout, en particulier sur l’autre. « Oh je sais bien, je suis sûre que tu…, j’ai bien vu que tu m’as…, tu fais toujours…, toi tu ne veux jamais… » etc.… la liste est sans fin. Nous devenons même des spécialistes dans les descriptions rigoureuses du dysfonctionnement de l’autre !

Suffirait-il simplement de pouvoir entendre son conjoint ?

Comment s’y prend-on ? Entendre sa réalité, sa version, son ressenti, sa lubie, sa projection, son vécu comme tels. Par exemple: « Je viens de t’entendre. Et cela me touche. Je vois que je ne comprends pas ce que tu vis, pour moi c’est si différent. Mais je peux vraiment entendre ce qui te touche tellement, pourquoi tu réagis si fort et tiens, cela me donne juste envie de te prendre dans les bras ». Puis, si besoin, je pourrais demander à être entendu, pour ma version. Le couple, c’est deux personnes. Si dans mon discours et dans mon attitude je fais un peu de place pour l’autre, il n’y a plus besoin de rapport de forces et encore moins d’avoir raison.

Peut-être entendre, comme sentir, sont les verbes de l’empathie.

L’empathie est l’art de se mettre, pour un instant, à la place de l’autre, de sentir ce qu’il ressent. Et l’empathie apaise, nous calme, nous nous  sentons moins seuls, nous nous sentons soutenus. Que demande le peuple ! Que demande d’autre le conjoint dans tous les conflits petits et graves de la vie quotidienne ? Si notre conjoint lève la voix, insiste, répète deux fois, vingt fois, s’il surfe sur une vague émotionnelle parfois envahissante, c’est probablement qu’il essaie de se faire entendre.

Et embourbé dans notre réaction émotionnelle, dans notre défense, nous ne lui montrons aucun signe, ni un mot, ni une petite confirmation qui lui donnerait la sensation d’être entendu. Alors il y a une compétition de versions, une compétition de blessures, beaucoup de « défensivité », des explications et des justifications ad nauseam et… une absence d’empathie. Dommage, l’empathie n’est pas qu’une bonne action, elle est efficace et économe !

Quand nous croyons que notre version est la seule valable, quand nous croyons avoir raison, cela veut dire que l’autre n’a pas raison ! Et un fossé nous sépare, nous nous sentons ma foi très seul quand même ?!

Parler pour avoir raison est un sport, une joute lorsque c’est bien vécu.

Parler pour être entendu est la base même de l’intimité. Il s’agit alors d’entendre le vrai et le nu de la réalité vulnérable et étonnante de son bien-aimé.

Et vous ? Que pratiquez-vous ?

 

 

 

Réussite ou échec du couple?

L’autre jour, je reçois en consultation Lucien qui m’annonce sa séparation d’avec sa femme Annie. Un super couple, deux enfants, une maison achetée ensemble, un chien. « Après 12 ans de couple, quel échec ! ». Leurs amis n’en reviennent pas : « Non pas eux !? », « Ils avaient tout pour être heureux… ». Lucien me dit que certains de leurs amis en couple, ne les côtoient plus. « Ils ont peur que ce soit contagieux ? ».

Échec ? Pas les premières années, bien sûr. Ce fut d’ailleurs plutôt réussi. Une belle aventure comme souvent, comme pour beaucoup d’entre nous. Mais avec la douleur et les sentiments difficiles que crée la rupture, il y a cette phrase assassine qui sonne comme une sentence: « C’est un échec ! ». On se la dit, on se la raconte et elle ajoute une couche cruelle au deuil imprévu qui s’amorce.

Huit années de bonheur et d’amour, l’audace de décider de créer une famille, la prise de risque d’acheter une « maison dans la prairie », œuvrer solidaires dans l’accueil de ces petits bouts de choux. Tant de qualités développées, tant de don de soi et de talents à vivre à quatre, à aller de l’avant, même en traversant de petites et grosses crises, une famille exemplaire. Puis vers la 9e année, le couple se découvre être un désert, fragilisé, mis en veilleuse, éprouvé par l’usure du quotidien, du désir inégal, de certains rêves et de certaines passions oubliées. Les parents sont souvent impeccables et encore en forme. Le couple lui, vrai fondement de la famille, le socle sur lequel tout repose est dévitalisé, il a été négligé un peu… beaucoup. Souvent il y a encore des sentiments, mais la relation est devenue dysfonctionnelle, apparemment irréparable.

Échec d'un rêve, sans doute. Échec d’un idéal qui est profondément inscrit dans notre inconscient collectif, dans notre culture et le commerce qui va avec.                                               

Une relation, un couple réussi c’est donc quoi? C’est qui ? Comptez autour de vous.

La barre est haute, et son cortège d’espoirs, d’exigences et d’attentes alourdissent quelque peu la vie humble du quotidien de nos couples. J’ai participé à un Temps Présent très soigné, dont le thème était "14 recettes pour réussir son couple". Noble proposition. Mais ce titre nous repose la question : c’est quoi réussir un couple ? Et est-ce le but ultime et indispensable que de le faire durer pour toujours, à perpète?

N’est-ce pas cynique de parler d’échec, lorsque la relation tire à sa fin, ce qui est le sort de plus de 50% des relations et des mariages aujourd’hui ? Si nous observons la vie contemporaine des couples, avec ou sans enfants, l'important semble clairement être de réussir des bouts de relation le mieux possible, réussir plusieurs couples dans une vie, avec chacun sa coloration, son lot de bonnes choses et ses blessures, ses confrontations et ses prises de conscience, son métissage inévitable et enrichissant.

Nous sommes également appelés à réussir nos séparations.  Nous ne sommes pas très doués pour terminer nos affaires. Il y a du chemin ! Ca s’apprend, ça s’appelle faire le deuil, l’art du passage, c’est une demande d’aide que je reçois souvent en consultation. Par exemple apprendre à accepter le moment où nos chemins se séparent, dans la tristesse et dans une forme de dignité, sans devoir passer par le déchirement des conflits et du drame. Après la révolte, le dépit, la tristesse, la colère, peut émerger la gratitude. Apprendre à passer à la suite – d’ailleurs il y a toujours une suite – développer une confiance en un avenir impossible à prévoir.

Dieu merci, je crois que nous sommes condamnés à évoluer et à faire notre chemin, et parfois à devenir meilleurs…

Le couple pluriel

 

C’est quoi un couple aujourd’hui ?

Avez-vous remarqué? Aujourd’hui, le couple ne ressemble plus vraiment à ce qui se passait il y a une ou deux générations : le couple, unité de survie et de reproduction, « à deux on est plus fort » où chacun remplit son rôle envers sa famille et la société. Avec la satisfaction d’avoir tenu la mission jusqu’au bout, dans l’amour, parfois dans un compromis ou dans une ambiance si lourde qu’on en mourrait avant de mourir. Il fallait faire avec.

Aujourd’hui, il y a une pluralité de couples, de modèles  qui se cherchent, ce n’est plus comme avant, c’est plus compliqué ou moins balisé. J’observe beaucoup de jeunes mais aussi des quadras, des quinquas, même des retraités chercher, avec sincérité, avec courage à créer une rencontre qui marche, un couple qui dure … un moment ou toujours bien sûr.

Dans ce lot de pionniers, de chercheurs, il y a déjà, vraiment, des couples heureux. La preuve, j'en connais un!

D'autres où l'amour s'y approfondit, parfois il devient amitié ou tranquille compagnonnage.

Il y a des couples où l’on "travaille" et "psychologise" beaucoup, on essaie d'apprendre, on lit des livres ou les magazines, on cherche ce qui peut aider et on y passe parfois des soirées, des nuits. Une démarche sincère et presque nécessaire pour une qualité de relation meilleure et pour durer.

Et il y a ceux qui ne se divorcent pas, ne se séparent pas, qui s'installent dans une misère familière et attachante, dans ce que Brel appelait la tendre guerre. Ou ceux qui sont soudés par les conflits, captivés par l'intensité du climat dur, froid et mortifère. Les crises émotionnelles, les explosions, les réconciliations sincères mais brèves, qui sont devenus un pis-aller et occupent, divertissent ou donne sa part d’émotion, de suspens, mais aussi ses parts de franchise et de connexion éphémère tant recherchée.

Puis encore les couples libres, poly-fidèles, du dimanche, ou formatés: pas de sexe mais affectif, ou que le sexe, mais pas affectif, etc.

Puis il y a les autres, les individus, vivant seuls (45% environ). Apparemment libres, en paix pour certains. Pour d’autres la solitude se meuble avec des attentes et des espoirs immenses sur leur version du couple idéal. En alerte et dans l’effort à chaque début de rencontre, ce sera la garantie assurée d'une déception ou d'un échec. Ce ne sera que le suivant. Pour terminer, les cyniques ou les aigris, le cœur fermé et dans la rancœur.

Très clairement, l’époque que nous vivons brasse les cartes et les couples sont en profonde remise en question. Les modèles, le rêve romantique du couple qui dure toute la vie, le bastion monogame, les rôles, l’identité sexuelle, sont secoués et ne ressemblent plus à ce qui était vrai et stable il n’y a que 30-50 ans. Et, c’est sûr, nous ne sommes qu’au début de la mutation, dans le passage, dans l’inconfort peut-être, mais dans l’excitation de la redéfinition de ce monde intime.

Nous pouvons le voir comme un moment difficile. C’est laborieux, compliqué, douloureux d’être, de rester et de durer dans le couple. Regardez autour de vous ! Lisez les statistiques ! En tant que thérapeute de couple, je ne peux qu’observer cette réalité aux premières loges.

Nous pouvons aussi le voir comme un défi passionnant, une fenêtre ouverte à créer des relations intimes qui ne sont probablement pas comme celles de nos parents. Une chance énorme de se libérer de certains carcans et limites qui enfin donneront à l’homme et à la femme, leur place, leur style, leur sensibilité, leur authenticité.

Enfin, peut-être et surtout prendre du recul et pouvoir en sourire ensemble?

Il y a de quoi imaginer et élaborer sur la relation, la sexualité, le parentage et la gestion de ce partenariat joyeusement improvisé qu’est le couple actuel, face à son humble quotidien et face au monde du travail.