HOT SEX & SLOW SEX

HOT SEX & SLOW SEX

 

En thérapie, à écouter les couples parler de leur sexualité, il parait évident que nous ne pouvons pas la normaliser. Et chacune, chacun a le droit de la vivre dans son intimité et sa singularité.

Par contre, ce que nous entendons, ce sont des besoins, des désirs, des fantasmes, qui eux sont parfois collectifs. Cela veut dire qu’une part importante des femmes, des hommes, peuvent se retrouver dans un même vécu, dans les mêmes interrogations, les mêmes difficultés. Étonnamment, la sexualité des Bersets et des Macrons se ressemble finalement, avec passablement de répétitions, de stéréotypes, de standards. L’originalité n’est pas toujours au rendez-vous, et lorsque le sexe devient mécanique et routinier, nous sommes tous à l’usine.

Néanmoins, dans la recherche amoureuse et sexuelle des humains et depuis la petite libération sexuelle des années 60, nous observons des approches différentes. La sexualité est un moyen de reproduction, mais également, et surtout, un moyen d’expression, de communication, une chance de partager du plaisir et de l’amour. Et les femmes et les hommes sur cette planète sont sensibles, créatifs et explorateurs.

Ce qui m’amène à annoncer cette bonne nouvelle :

 Il existe deux sexualités.

Il y a « faire l’amour »,

Au mieux, il y a le désir, l’excitation, ce que certains ont appelé le hot-sex. Un partage de plaisir, l’exubérance et la joie d’arriver à l’orgasme, un peu de folie. L’envie d’essayer des choses nouvelles. Viser un sommet, la satisfaction de savoir où l’on va, d’y arriver, seul ou ensemble. Les effets sont davantage explosifs et euphorisants. Ce qui est important, c’est la sexualité, le plaisir partagé ou non.  Ce modèle est de « type masculin » (actif) et est celui de la sexologie.

 

« Chéri, arrête de ramer,

On est sur la plage ! »

 

Au pire… c’est mécanique, c’est du travail, c’est répétitif, c’est toujours la même chose, il n’y en a qu’un qui jouit, et/ou il faut travailler pour faire jouir l’autre, la recherche d’excitation nous distrait de la connexion. Cela n’est qu’une décharge « vider les tuyaux », c’est du porno, ce n’est plus une rencontre, sentiment de solitude. C’est addictif, nous pouvons nous y perdre. Il y a aussi une pression pour y arriver, lorsqu’il y a un décalage de désir par exemple, ou une insuffisance fonctionnelle d’érection, de lubrification.

 

Il y a « laisser faire l’amour »,

Au mieux, il y a la relaxation, ce que certains ont appelé le slow-sex. Pas de but ni de performance. Se balader, se perdre, être surpris, avoir le temps de se connecter, se mettre à l’aise, se détendre, ne rien faire, en faire moins, aller nulle part, partager une vraie présence. Ce qui est important, c’est la rencontre, le contact, la qualité de la relation. Il peut y avoir un aspect méditatif. Les effets sont davantage implosifs ou bouleversants. Il est possible de se rencontrer même s’il n’y a pas de désir sexuel, même sans lubrification naturelle, même sans érection. Ce modèle est de « type féminin » (réceptif et accueillant) et est celui du slow-sex[1], (voir biblio ci-dessous)

 

« Mmhm chérie, c’est bon…

-Ah parce que tu es dedans ? »

 

Au pire… c’est de l’ennui, c’est énervant, il ne se passe apparemment rien. C’est angoissant, la relaxation nous amène dans le sommeil. Le besoin d’aller à la jouissance est trop fort, trop tentant, trop habituel. Il n’y en a qu’une, ou qu’un qui désire laisser faire. C’est trop exotique, trop « new-age », c’est pour les vieux, pour les végétariens.

 

Ça a quel sens ?

La rencontre intime est un moment important dans la vie d’un couple. Au début d’une relation, c’est souvent évident et facile. Avec l’usure du couple, nous savons que cela peut relever du challenge que d’être à l’aise, dans la connivence et encore dans l’intensité.

Au fait, lorsque nous nous rencontrons sexuellement, à quel besoin cela répond-t-il ? Que cherchons-nous à assouvir ? Quel sens cela a ?

Sachant que chaque partenaire investit ce moment d’un sens très personnel, certains y cherchent une nourriture, un contact, une connexion, une satisfaction, un soulagement ou un réconfort, il peut y avoir un décalage de motif, qui peut d’ailleurs, être parfois bien vécu, mais aussi très mal !

Une question pour votre couple: désirez-vous réussir la sexualité, et/ou réussir la qualité de la connexion?

Que désirons-nous ?

La sexualité est personnelle, intime, mais à nouveau, elle est pour la plupart d’entre nous très répétitive, très banalement commune. Bref, notre voisin fréquente les mêmes cartographies du plaisir que nous, à quelques détails près. Les recherches montrent que lorsque nous avons trouvé quelque chose qui fonctionne (bien), surtout pour nous les hommes, nous nous y tenons et pouvons utiliser la recette ad aeternam. Les positions changent éventuellement, mais l’éventuelle créativité du début et le spectre large des gestes et des plaisirs laisse place à une activité quasi mécanique de précision et d’ennui. Ce mode de faire devient davantage masturbatoire et y manque la relation, la rencontre. En thérapie de couple, il y en a souvent une (rarement un) qui s’en plaint.

Cela pose la question de notre capacité et ouverture à évoluer, à apprendre , à rejoindre l’autre, un peu (au moins), sur son terrain, ses besoins, sa cartographie, ses préférences.  Donc de connaitre les deux sexualités permet de répondre à davantage de besoins et de désirs des deux partenaires, de revitaliser et d’approfondir la qualité de l’intimité.

Comment s’initier ?

Par créativité, par nécessité, par lecture ou en consultation et dans des séminaires dédiés, nous pouvons être initiés ou inspirés à démordre de nos routines sexuelles et se renouveler, élargir nos habilités sexuelles, relationnelles. Connaitre mieux le « faire l’amour » et le « laisser faire l’amour ».

 

[1] Le Slow-Sex de Diana Richardson Ed. Almasta, Laisser Faire l’Amour de Stephen Vasey Ed. Love of the Path.

Stephen Vasey

Stephen Vasey

Stephen Vasey est sociologue, travaille à Lausanne comme Gestalt-thérapeute en consultation individuelle et couple. Anime des séminaires sur la relation et la sexualité des couples, d’autres sur la colère saine. Auteur du livre « Laisser Faire l’Amour ». www.therapie-de-couple.ch

3 réponses à “HOT SEX & SLOW SEX

  1. Avec mon partenaire nous avons lu “laisser faire l’amour” et avons commencé à pratiquer avec détente, en prenant du temps, en ne se forçant à rien du tout, en laissant faire. Nous avons commencé à vivre des moments délicieux sans tensions, découvrant chaque fois de nouvelles idées. Puis nous avons également lu les livres de Diana Richardson. Nous pratiquons maintenant depuis une année ou deux ce que nous appelons une sexualité douce. Notre relation de couple est devenue douce, aimante, pleine de compréhension et d’envie de choyer l’autre. Notre émotionalité qui était forte et invasive s’est apaisée. Notre relation est devenue plus adulte. Merci pour votre contribution.

    1. Merci beaucoup pour votre commentaire, il donne un bel exemple des bienfaits d’être ouvert à changer, de se libérer de certaines de nos habitudes et apprendre à être davantage présent.
      Belle vie à vous deux!

  2. J’adore ce genre d’article bien rédigé et intéressant qui soulève des questions constructives sur le sujet, merci beaucoup. J’irai lire les livres de Diana Richardson Leone merci pour ton commentaire

    Je pense également qu’il faut que ces moments intimes restent cools et uniquement basé sur le plaisir et l’envie et non sur le calcul ou la réflexion je pense, etes-vous d’accord avec cela ?
    En vous souhaitant d’agréables moments a venir

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