L’économie suspendue au fil de l’hélicoptère monétaire

Le père du monétarisme, Milton Friedman, doit se retourner dans sa tombe car ses disciples assis dans les fauteuils des banques centrales continuent d’injecter, bien qu’avec des volumes considérablement décroissants, d’énormes quantités d’argent dans le système économique, se berçant d’illusions en pensant qu’ils relancent l’économie grâce à l’«hélicoptère monétaire», que Friedman considérait comme le principal facteur de l’inflation observée à la fin des «trente glorieuses» années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. 

Il ne fait aucun doute que la quantité de monnaie émise par le système bancaire (entendez par toutes les banques, et pas seulement par la banque centrale) depuis 2008 – c’est-à-dire depuis que la crise financière globale a éclaté – a provoqué d’importantes pressions inflationnistes, même si peu d’économistes les avaient remarquées avant les derniers mois de 2021. En fait, les augmentations des prix à la consommation observées dans plusieurs pays au cours des derniers mois peuvent être attribuées à l’interruption de la production et de la vente de biens et de services due à la pandémie de Covid-19, plutôt qu’aux politiques monétaires ultra-expansionnistes que les banques centrales poursuivent depuis 13 ans dans une vaine tentative de relancer l’activité économique en injectant continuellement des liquidités dans le secteur bancaire – dont très peu «coule» dans l’économie réelle.

Il est important de distinguer le bon grain de l’ivraie, à savoir, comprendre que les banques centrales sont responsables de la spirale inflationniste des prix des titres financiers ainsi que de la surchauffe des prix sur le marché immobilier (notamment en Suisse), car une grande partie des liquidités qu’elles ont émises au fil des ans a conduit de nombreuses banques à orienter leurs activités de spéculation et de prêt vers ces marchés. En réalité, les banques centrales ne sont aucunement responsables de la récente hausse des prix à la consommation, car ni l’augmentation de la demande ni, surtout, la réduction de l’offre de biens et de services ne peuvent être attribuées à l’intervention des autorités monétaires.

Cela rend problématique l’augmentation prévue des taux d’intérêt directeurs – entendez les taux d’intérêt sur le marché interbancaire – annoncée par la banque centrale américaine à la fin du mois passé, qui a déjà provoqué le chaos (et la panique pour de nombreux petits investisseurs) sur les marchés financiers de l’économie globale.

L’annonce de la Réserve fédérale selon laquelle une hausse des taux d’intérêt sera bientôt nécessaire pour réduire les pressions inflationnistes aux États-Unis est incorrecte, car les récentes augmentations des prix à la consommation ne sont pas le résultat des choix de politique monétaire. En fait, si ces taux venaient à augmenter en quelques mois, cela pourrait ralentir significativement l’activité économique aux États-Unis en raison d’une baisse des investissements productifs et des exportations américaines.

L’hélicoptère monétaire est désormais sans pilote et il convient d’attacher les ceintures de sécurité!

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

28 réponses à “L’économie suspendue au fil de l’hélicoptère monétaire

  1. La seule cause de l’inflation, la contraction énergétique. Mais puisque cela ne colle pas avec les modèles standards (car seul le capital est facteur limitant) nos génies économistes se comportent comme si cette évidence n’avait aucun lien de cause à effet.

    1. “Quand quelques-uns n’observent que la fumée, d’autres pourraient leur dire qu’il n’y a jamais de fumée sans feu”

      Bien évidemment, quelques-uns ont très vite oublié les effets de l’inflation cachée durant cette dernière décennie, tout comme ils ont oublié la pandémie mondiale et ses effets délétères sur les chaînes d’approvisionnement, comme si la cause de l’inflation galopante n’était qu’imputable à la hausse des prix de l’énergie, elle même tout récemment amplifiée par le conflit géopolitique en cours. Tellement facile (et réducteur) de se concentrer sur les signaux de fumée!

      FMI (10.2021)

      https://www.imf.org/fr/News/Articles/2021/10/22/blog-surging-energy-prices-may-not-ease-until-next-year

      Et un graph récent mais qui n’est déjà plus d’actualité (02.2022)

      https://asset.lemde.fr/prd-blogs/2022/02/ca65d5f1-inflation-us.png

      1. Au contraire, le manque d’énergie n’est pas la fumée, mais le feu qui va emporter nos économies et nos constructions politiques.
        La maison de bois brûle et vous nous parlez de nous concentrer sur la fumée illusoire qui s’en échappe.
        Le Covid n’est qu’un épiphénomène. La crise énergétique couvait depuis 15 ans. Le schiste américain a camouflé cette réalité, à coups de milliards de dettes à taux zéro : mais la réalité, c’est qu’il n’y a bientôt plus d’énergie bon marché dans le réservoir. Sans énergie, le moteur va s’arrêter.
        Par ailleurs, la géopolitique est tout entière déterminée par les ressources naturelles – depuis au moins un siècle.
        Et non le contraire.

          1. Nous sommes au devant d’une crise énergétique majeure – c’est une donnée factuelle.
            Il nous faut absolument revenir aux fondamentaux – qui sont les relations directes entre les gens et l’approvisionnement en biens essentiels.
            La gestion de l’argent et l’économie ne sont pas la solution, mais le problème – qui empêche de percevoir la réalité dans sa nudité, à cause de pleins d’artifices comptables!

          2. Oui Samy, vous avez raison d’ouvrir les volets car il nous faut tous revenir à plus d’humanisme, de solidarité, tout en trouvant de nouveaux sentiers menant “vers la sobriété heureuse”. Sans oublier que la discipline des sciences économiques a perdu son aspect social au profit de la comptabilité; d’ailleurs l’économiste Paul Samuelson faisait déjà état que la science économique “tombera dans le trou noir des mathématiques”.

  2. L’hyperinflation pendant quelques années est la seule solution à tous les problèmes des endettés; Etats, sociétés et privés. Par la même occasion elle réduirait la valeur de l’épargne en liquidités de millions d’épargnants ! que demande-t-on de mieux?

  3. Cela nous rappelle que l’économie est une invention humaine très entropique (elle est conçue pour produire une usure très élevée).
    La nature est neguentropique. Un arbre donnera toujours les mêmes pommes (pas de shrinkflation ou d’inflation). Elle est la meilleure banque, qui donne les meilleurs intérêts (on lui donne des graines et elle produit des arbres). Et en plus cette nature (écosystème), lorsqu’elle est florissante permet de réguler le climat. Laissons encore les banquiers diriger la planète et on vivra un effondrement comme on n’en a pas encore vu.

  4. Un gouvernement peut faire ça ?

    La Russie a interdit les ventes d’actifs russes par des étrangers.

    Nous sommes à l’aube d’un nouveau monde…
    Je vais apprendre à mes petits-enfants à pêcher et à chasser pendant les vacances… ne sait-on jamais.

    1. Il faut voir si les “verts”, qui ont le vent en poupe, vous laisseront pêcher et chasser. Quand ils prendront le pouvoir, ils vont nous contraindre à attendre que le fruit tombe de l’arbre tout seul, pour pouvoir le déguster !

  5. Ahhhh enfin des paroles qui décrivent ce qu’il se passe et non pas reprendre sans analyse la doxa et répéter bêlement qu’il y a de l’inflation sans aucunement essayer de comprendre les sous-jacents

    Merci

  6. Eh oui très cher Professeur Rossi, quand les dogmes “mainstream” furent laissés dans les mains des apprentis-sorciers de la doxa politique et technocratique, il ne fallait pas s’attendre à autre chose. D’ailleurs, si l’on considère l’inflation au sens des économistes orthodoxes (et non des hétérodoxes), la traduction immédiate de l’inflation consisterait “en une hausse des prix”, lesquels sont libellés en argent, qui tend à augmenter mécaniquement le niveaux des prix dès lors que sa quantité en circulation s’accroît. L’inflation serait donc bel et bien “toujours et partout un phénomène monétaire”.

    Sauf que dans la vrai vie – et du point de vue des hétérodoxes – ce n’est pas aussi simple car, comme le développe aussi un ex-conseiller de banque centrale dans une tribune, “l’inflation diverge et ce, en dépit des économistes “mainstream” qui détournent le regard en la considérant et en la résumant à une hausse généralisée et globale des prix. Les faits sont pourtant évidents car les prix des pommes peuvent rester statiques tandis que ceux des voitures monter de 25%, pendant que d’autres tarifs sont susceptibles au même moment de se tasser. Ce monde dans lequel l’inflation serait uniforme relève en effet de la mythologie puisque les prix et les salaires n’évoluent jamais de manière identique. Pourquoi l’inflation serait-elle tout court un sujet, en quoi la hausse des prix serait-elle préoccupante, si les revenus augmentaient en même temps et en même proportion? Ne suffirait-il pas d’aligner les salaires sur l’inflation si celle-ci se bornait à n’être que la hausse indifférenciée des prix? Cependant, l’inflation est toujours et partout un phénomène… différentiel. Mais alors, pourquoi les économistes ignorent-ils cette difformité de l’inflation qui a pour caractéristique principale de ne pas affecter tous les prix – et bien-sûr tout un chacun – de manière similaire?

    Ce négationnisme “mainstream” lourd de conséquences est en fait un reniement scientifique et une adhésion de la part de l’écrasante majorité de nos économistes à une position idéologique très marquée!!! Effectivement, l’inflation fait des perdants – mais également des gagnants. Elle affecte profondément certains groupes sociaux pendant que d’autres peuvent l’ignorer. Elle légitime l’adoption de l’austérité qui a pour effet collatéral de mettre à genoux les plus vulnérables. Les effets de l’inflation sont donc de redistribuer les revenus, de restructurer l’ordre social. L’inflation est un signe infaillible d’une lutte de pouvoirs en cela qu’elle est une course à qui haussera les prix le premier et le plus!

    C’est parce que l’inflation est donc toujours, partout et avant tout un phénomène politique que cet aspect fondamental est escamoté par l’orthodoxie économique qui ne peut que fermer les yeux face à ce perfide transfert de richesses qui la définit.”

    1970 – Nouvel ordre monétaire, économique, financier et sociétal. Changement de paradigme par les monétaristes (orthodoxes) vs les keynésiens (hétérodoxes).

    https://michelsanti.fr/etalon-or-2/linflation-250-ans-dhistoire

    Parfois, les images valent mille mots (ou maux?).

    Et pour les disciples de Friedman et du monétarisme – lesquels seront enclins à y percevoir une hypothétique “euthanasie du rentier” en ciblant Keynes – je les renvoie au seul passage de “La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936)” où Keynes parle de l’”euthanasie du rentier”. Les notes finales sur la philosophie sociale à laquelle la théorie générale peut conduire est un authentique manifeste politique où il n’est pas question de l’inflation. L’”euthanasie du rentier” se réalise en faisant disparaître la rareté du capital par une nouvelle forme de partage de la richesse créée qui élimine “une répartition de la fortune et du revenu qui est arbitraire et manque d’équité”. “Le taux d’intérêt se réduira”, dit Keynes, “à la somme du coût de dépréciation et de la prime de risque”. C’est “l’euthanasie du pouvoir oppressif cumulatif du capitaliste d’exploiter la valeur-rareté du capital”, autrement dit, “l’euthanasie” n’est que le prolongement habituel du bras armé des ayatollahs du néolibéralisme qui ont construit une “machine à concentrer la richesse”.

    Aujourd’hui, les données empiriques pullulent pour le démontrer aisément. Et les hétérodoxes n’ont eu pourtant de cesse à prêcher dans le désert depuis des lustres.

  7. En 2016, alors que le mantra de l’austérité était inlassablement récité par les économistes orthodoxes, entendez par là les disciples du monétarisme, et qu’il aura fallu attendre l’année 2019 pour voir enfin (mais trop tard!) la courroie de transmission budgétaire (politique budgétaire expansionniste et contracyclique) se mettre en place (pourtant indissociable d’une politique de relance monétaire) en zone euro (mais au travers de la politique de l’offre au lieu de la demande) notre hôte – éminent économiste hétérodoxe à l’échelle internationale – fera une énième réplique cultissime:

    “En fin de compte, l’austérité agit sur la répartition du revenu de manière inverse à ce que ses nombreux partisans prétendent. Celui qui affirme le contraire est donc soit un fou, soit un économiste néolibéral (tertium non datur)”

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2016/01/11/le-mirage-de-lausterite-expansive/#respond

  8. Que de souvenirs!!! Avec une autre réplique cultissime de notre hôte (et un de mes posts datés)


    “On l’aura compris, au lieu de continuer à raconter des histoires, qui de toute évidence relèvent de la science-fiction, les économistes qui sont proches du pouvoir doivent considérer le bien commun et songer sans cesse à y contribuer avec humilité et honnêteté intellectuelle. Il en va de la société de demain car celle d’aujourd’hui est perdue à jamais”

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2016/03/14/la-fable-du-chomage-naturel/

    (RAYMOND – 17 septembre 2018 à 15 h 29 min)

    Bienvenue en Autocratie!

    Les “Élites politico-économiques” n’ont-elles pas une fâcheuse tendance à l’autisme ? Si le développement du capitalisme dans sa phase industrielle reposait sur l’expansion de la production – le capital devait être alloué en partie à des investissements productifs, c-à-d qui permettent d’augmenter la capacité de production, par exemple, l’achat de machines plus performantes ou la construction de nouvelles usines (…) – avec le processus de financiarisation de nos économies modernes suite aux bouleversement induits par les décisions politico-économiques menées dans les années 1970/1980, le capital n’a plus à passer par le détour de la production pour fructifier ; sa simple circulation engendre une création de capital neuf. L’investissement à court terme devient ainsi la norme et c’est la spéculation qui fait augmenter la valeur d’un actif. Posséder un actif financier, c’est posséder le droit sur un revenu futur, obtenu par une fluctuation de la valeur de cet actif que génère la spéculation. Or, pour continuer de croître, la finance doit créer davantage de monnaie (en octroyant des prêts) et transformer de nouveaux flux d’argent en actifs financiers (par exemple en titrisant des dettes en titres revendables sur les marchés). Ce faisant, étudier, travailler, consommer, épargner, prendre sa retraite, diriger une entreprise, etc. sont autant de réalités qui tendent à être financiarisées. Loin d’être deux sphères déconnectées, les flux d’argent associés à cette “économie réelle” (la production, le rapport salarial, la consommation et l’épargne) tendent à être captés par la finance et ses disciples…

    http://iris-recherche.s3.amazonaws.com/uploads/attachment/file/Untitled12.png

    Dans cette logique de compétitivité totalement financiarisée, la stagnation des salaires est, elle, compensée par le recours au crédit à la consommation, qui devient ainsi un pilier de la croissance économique et une illusion de richesse pour “la masse exploitable et corvéable”. Toujours dans cette logique de profit sans foi ni loi, hormis celle des marchés financiers toujours qualifiés d’efficients selon les monétaristes et les économistes orthodoxes ; les banques centrales n’ont-elles pas pour objectif ultime la maîtrise des pressions inflationnistes? Le plein emploi est en effet un écueil pour elles car un taux de chômage bas incite souvent les travailleurs et les syndicats à faire jouer la règle de l’offre et de la demande, c-à-d à réclamer des augmentations de salaire qui auront pour corollaire… une accélération de l’inflation. Dans ce contexte là, si les banques centrales ne le reconnaîtront jamais, elles auront naturellement tendance à remonter leur taux d’intérêt dès lors que la conjoncture s’améliore, afin de maintenir le chômage à un niveau tel que les salaires soient toujours sous contrôle. Pourquoi ? D’une part afin de pouvoir afficher leur succès dans leur mission en termes de stabilité des prix. D’autre part pour préserver le capital et les épargnants, ayant, comme on le sait, horreur de l’inflation. Enfin et surtout, pour ne pas trop entamer les profits des entreprises, et donc pour soutenir les marchés boursiers”.

    Lorsqu’on connaît un tant soi peu les (hypo) thèses d’Edmund Phelps et de Milton Friedman dans les réformes structurelles visant à agir sur l’offre de biens et de services par la déréglementation du marché du travail, et les attentes de ces dernier envers l’État, il est toujours aussi jouissif de se rappeler les propos de Ronald Reagan lors de son investiture, le 20 janvier 1981 : “L’État n’est pas la solution à notre problème, l’État est notre problème”. Ainsi, l’on comprend mieux que derrière une idéologie dominante, la doctrine du “moins d’État et plus de marché” reste la norme des économistes mainstream. En ce sens, ces détracteurs de l’État peuvent à présent le remercier d’avoir travaillé pour eux. Et comme Keynésien, il m’est amusant à mettre en relief un certain constat avec celui de Ricardo et Marx, qui prétendaient que le système capitaliste réalise ses profits en maintenant en permanence une “armée de réserve de chômeurs”. Tout comme il est aussi amusant de ressortir du tiroir le sentiment ironique de Joseph Stiglitz, lorsqu’il parle du concept du “chômage naturel” selon Milton Friedman : “Ce fut comme si un édit royal établissait le taux naturel comme une nouvelle constante universelle”.
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    Eh oui, un transfert légalisé des richesses – du bas vers le haut de la pyramide (ai-je dit de Ponzi?) – s’opère également de la sorte!

  9. Que de souvenirs!!! Et si l’homo-politicus cherche-t-il encore des répliques cultes (ou des leçons venant des hétérodoxes) – qu’il me le demande, j’en ai à foison à publier, et notre hôte à enseigner…encore et encore…

    “L’effet de ruissellement est un leurre idéologique”

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2018/01/22/leffet-de-ruissellement-est-un-leurre-ideologique/#comments

    (RAYMOND – 22 janvier 2018 à 15 h 35 min)

    Bien que nos économies modernes – en occident – se confrontent à des phénomènes impactant directement la demande agrégée, les élites y répondent systématiquement au moyen de boîtes à outils néo-libérales ou ordo-libérales. Les partisans du “trickle down” n’ont-ils pas été désavoués par les résultats issus du groupe de travail du FMI en 2015 ou encore ceux prévalant en 2014 et produit par l’OCDE ? Toujours dans la question de “l’alibi du ruissellement”, ne trouve-t-on pas aussi quelques stratagèmes hérités outre atlantique et mis en évidence par les travaux de William Lazonick – économiste de l’université du Massachusett- intitulés “Profits Without Prosperity”, qu’il faille à tout prix persister sur la voie de la pensée dominante ? C’est pourtant avec ce même genre de comportement privilégiant une caste que le rôle de l’État se délite au profit de la loi du marché. De la même manière, “le hochet” d’Arthur Laffer a souvent créé une véritable dichotomie de la dime entre Capital et Travail et/ou entre personnes morales et personnes physiques, pourtant, qui peut raisonnablement aujourd’hui encore ignorer que la seule circulation du capital suffit à le faire fructifier à contrario du travail qui, lui, tend à disparaître ? La vélocité de ce phénomène amène donc l’État à revoir la copie de ses propres contraintes en reportant la prime de risque sur ses administrés – la baisse des dépenses du filet social en étant une parfaite illustration – ou en abandonnant les PME à leur sort. Dans le débat théorique dominant, non seulement la “Supply-side economics” a justifié la réduction des dépenses publiques (neutralisant par effet de manche une relance via le levier budgétaire) mais la courbe de Laffer a induit au sein de la même pensée dominante une allergie fiscale comme Say et Smith l’ont fait avant lui. Se pose alors la question : Dans leurs prérogatives, les Etats font-ils face à une crise des recettes ou des dépenses ? Nos économies modernes – et occidentales – ne sont-elles pas finalement confrontées à une “Supply-side economics” à bout touchant ?

    Si la “théorie” de Laffer est néanmoins recevable dans le cadre de l’hypothèse ceteris paribus, les études empiriques tentant de vérifier cette relation aboutissent à des résultats plus que controversés. Il est donc difficile de faire une étude empirique sérieuse car d’autres facteurs entrent en jeu, comme les besoins de l’État qui peuvent être différents ou non constants; la structure des prélèvements obligatoires et la façon de les percevoir par la population; l’histoire fiscale du pays, et le niveau habituel des prélèvements pour ce pays; la confiance dans l’avenir et le contexte économique général; le niveau de prise de risque par les investisseurs et les entrepreneurs ; le défit démographique du vieillissement des populations au regard des systèmes de pensions (…) En effet, la maxime du “trop d’impôts tue l’impôt” n’est pas une systématique à appliquer au pied de la lettre !

    D’ailleurs, les cas du Royaume-Uni (sous Thatcher en 80) et Américain (sous Reagan) sont très révélateurs. Après l’économie vaudou de Reagan, les effets des baisses d’impôts ont créé des déficits fiscaux alors que sous Thatcher, quelques années après, les mesures ont entraînée une hausse des rentrées fiscales. Toujours sous l’administration Reagan, certes, l’économie américaine a rebondi rapidement de 1979 à 1982, mais la majorité des économistes sont plutôt d’avis qu’il s’agit du résultat de la baisse des taux d’intérêts mis en place par la Réserve Fédéral et non pas les incitatifs fiscaux. Enfin, en 2003, l’administration Bush décida une baisse d’impôts et les recettes fiscales augmentèrent comme sous Thatcher dans les années 80. Enfin, si le monétarisme s’est imposé dans l’argumentaire des politiques de lutte contre l’inflation et les modèles néo-walrasiens ont fourni les hypothèses favorables à la réduction du coût du travail, que les théories néo-institutionnalistes ont expliqué les fusions acquisitions des grands groupes en termes d’efficience organisationnelle, il n’en demeure pas moins qu’en dépit des apparence cohérentes, les politiques néo-libérales en place depuis les années 1970 n’ont pas toujours atteint leurs objectifs, pire, elles se sont même avérées contradictoires les unes avec les autres lorsqu’elles furent appliquées simultanément.

    Si, comme keynésien, je partage votre chronique et sa conclusion, je ne cesse à m’interroger de savoir si, finalement, nos politiques ne visent pas plutôt – depuis quelques lustres déjà – la pérennisation de leurs rentes de situation au détriment de l’intérêt général.
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    Faudra-t-il atteindre les “62400 répétitions pour faire une vérité”?

  10. Après dix années placées sous le joug de l’orthodoxie budgétaire mortifère en Eurozone (nourrissant ce cercle vicieux “austérité-récession”) et constatées sous l’angle de l’inflation/déflation (respectivement austérité-récession) en pilotage néolibéral et ordolibéral.

    https://asset.lemde.fr/prd-blogs/2022/02/40db5706-inflation-eu.png

    Ou alors, quand l’homo-politicus a cassé la “machine économique” au profit des “bandits manchots du grand Casino”!

  11. “Pour gagner la bataille politique et morale face aux autocraties, il faut sanctionner les oligarques, pas les peuples” dixit Thomas Piketty

    Pour “faire plier” un Etat comme la Russie ou la Chine, il faudrait cibler les avoirs des multimillionnaires ayant prospéré grâce au régime et sur lesquels celui-ci s’appuie, explique l’économiste hétérodoxe* dans une chronique du quotidien “Le Monde”. CQFD

    * Thomas Piketty – économiste – Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales

    Ceci dit, on attend toujours de l’homo-politicus la constitution d’un cadastre des avoirs détenus dans les paradis fiscaux.

    1. “cibler les avoirs….” autrement dit vous êtes clairement favorable à l’abandon de l’Etat de Droit? un Etat qui se respecte, doit respecter d’abord ses propres lois, et ne doit pas s’en prendre à des individus (personnes & sociétés) pour des motifs politiques. Thomas Piketty est à présent célèbre, donc il peut raconter n’importe quoi et il trouvera toujours une audience pour l’applaudir. RAYMOND, vos commentaires s’extrémisent petit à petit et cela n’est pas bien. Lisez des romands, ça détend ! Je relie actuellement Madame Bovary, que je vous recommande.

      1. Vous parlez d’État de droit, mais le droit de qui et pour qui? Dans le même registre, prenons alors l’hypocrisie du marché de l’art opaque, par exemple, où l’argent n’a toujours pas d’odeur et où galeries et maisons de vente ont rarement fait passer la morale avant les affaires. Encore moins le “Droit”. Ami d’enfance et partenaire de judo du président russe, Vladimir Poutine, Boris Rotenberg fait partie des clients sulfureux. Après avoir fait l’objet de sanctions de la part du gouvernement américain, en mars 2014, à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie, le patron de SMP Bank a continué à blanchir son argent en achetant de l’art et ce, en toute impunité, par le biais de prête-noms et de comptes offshore, comme l’a révélé en 2020 un rapport du Sénat américain fondé sur les “Panama Papers”. De mai à novembre 2014, M. Rotenberg et son frère Arkadi ont ainsi acquis pour 18 millions de dollars (16,1 millions d’euros) d’œuvres. La fratrie s’est même adjugé dix tableaux, d’une valeur de 6,8 millions de dollars, lors d’une seule vente d’art moderne chez Sotheby’s.

        A l’époque, la maison d’enchères interrogée par le Sénat américain avait juré qu’on ne l’y reprendrait plus. Aujourd’hui, l’écurie de Patrick Drahi (le roi des Télécom en Europe et surtout passé maître dans les opérations LBO) et ses concurrentes ne pourront plaider l’ignorance: Boris et Arkadi Rotenberg figurent sur la liste des oligarques russes ciblés par les sanctions internationales depuis la dernière offensive militaire menée par le maître du Kremlin contre l’Ukraine.

        A l’instar des Rotenberg, de nombreux milliardaires russes agissent depuis une vingtaine d’années sur le marché de l’art et leurs collections sont généralement stockées hors de Russie, dans les ports francs de la Suisse, ces coffres-forts hautement sécurisés et ultrasecrets où elles sommeillent, à l’abri des regards et du fisc. Mais je ne vous apprends rien, ELIE HANNA, comme moi-même (ex) financier Suisse. Certaines pièces sont même accrochées dans leurs luxueuses résidences secondaires, notamment à Londres, rebaptisé “Moscow-on-Thames” ou “Londongrad” en raison de la densité des fortunes russes.

        Votre conception de l’État de droit s’apparente plutôt du côté des libertariens (au sens du libertarianisme), donc un extrémisme, ou alors elle reste biaisée pour les raisons que vous connaissez si bien. Les temps changent mon cher ELIE HANNA, les époques également!!!

  12. L’Etat de droit = imposer aux banques des règles strictes pour ouvrir des comptes et les gérer. Si les comptes sont conformes et le Conseil fédéral vient de les bloquer, geler ou les saisir pour des raisons politiques, l’Etat de droit est abandonné et c’est actuellement le cas. Il n’y a pas lieu de chercher une zone grise pour justifier quoique ce soit. Les histoires de qui fait quoi dans le marché de l’art n’est pas le sujet et personne n’est en position de les confirmer. Devinez RAYMOND dans quel pays les oligarques russes sont à l’abri? Aux USA, où l’Etat de droit ne se défait pas par une déclaration de la Maison blanche. La fameuse “we want your money” est toujours d’actualité chez l’oncle Sam, et au sortir de la crise les riches sauront où déposer leur argent en toute tranquillité. Magnifique autogoal du Conseil fédéral! Moi même si j’étais plus jeune j’aurais immigré aux USA pour m’éloigner le plus possible des 27 déclinants qui écrasent tous les jours un peu plus notre pays!

    1. Je vous retrouve là, mon cher ELIE HANNA, dans une pensée du Sieur Montesquieu qui philosophait sur la différence entre la lettre de loi et l’esprit de la loi. Fondamentalement, un État de droit signifie que les pouvoirs publics doivent exercer leurs fonctions selon les balises définies par un ensemble de normes juridiques. Pour cela, le Conseil Fédéral a enfin endossé ses responsabilités!!! Ceci étant, puisque vous êtes un intermédiaire financier qualifié dans le cadre de votre activité – pour la “lettre de loi” – je vous renvoie à l’art. 305 et 305 ter, al.2, CP (1994) LBA. Et la loi bancaire de 1934. Ensuite, l’affaire des révélations “Suisse Secrets” demeure celle de trop pour le pays, ainsi que je l’exprimais dans un post – daté du 26 février 2022 à 18 h 14 min – dont voici un extrait:

      “Oui, la Suisse est neutre et – avant les dernières révélations “Suisse Secrets” – n’est plus considérée comme un paradis fiscal! Sauf que 80% du négoce pour le pétrole et du gaz russe se fait en Suisse et que les banques suisses comptent parmi les favorites des oligarques ayant une part non négligeable de leurs fortunes dans le pays. Donc, des “relations commerciales” déjà ouvertes. D’ailleurs, selon les statistiques de la Banque des règlements internationaux (BRI), les engagements des banques suisses à l’égard de clients russes (“relations”) se montaient à 23 milliards de dollars au troisième trimestre 2021, dont 21,4 milliards sous la forme de dépôts. Souhaitons tout simplement que la place financière helvétique dans son ensemble (et ses avocats d’affaires) fasse preuve de bon sens – qu’elle ne tire pas le diable par la queue comme le fit son intermédiaire financier, le Credit Suisse, entre 2002 et 2007, en contournant les sanctions américaines contre l’Iran, par exemple. Sans compter le contournement des flux dans le cas de la Crimée où la place financière helvétique se trouva dans le viseur. Ou en jouant au chat et à la souris avec le secret bancaire en bénéficiant de la caution implicite des plus hautes instances du pays, faisant fi des avertissements répétés des autorités américaines depuis l’ère Kennedy (documents diplomatiques 1962-1963). Bien évidemment, inutile de revenir sur les agissements de quelques intermédiaires financiers qui ont balayé d’un revers de main la “Loi sur le blanchiment d’argent” (LBA). Cette fois, les enjeux (bien évidemment humains) financiers et économiques sont tout autre, notamment en ce qui concerne les endettements publics faramineux des pays de l’OTAN après les crises successives post 2008; que la pandémie mondiale a exacerbé dès 2020; et que cette guerre (pas encore mondiale) pourrait induire des conséquences encore insoupçonnées”

      Puis, le 03 mars 2022 à 12 h 07 min, je postais ceci: “Décidément, le Credit Suisse se place au-dessus des lois – et des risques qu’il fait peser sur le pays; siège social de cette entité – même si ses ennuis ne font que s’accumuler depuis des années. Selon le Financial Times, en dépit des sanctions opposées à la Russie, la banque a tout simplement demandé à des investisseurs de détruire certains documents…”

      Le jour même, le Credit Suisse fut dénoncée pénalement par un homo-politicus auprès du Ministère Public de la Confédération. Pourquoi à votre avis? Trop de considération pour l’esprit de la loi bancaire de 1934 et la Loi sur le Blanchiment d’Argent (LBA) ou pour “enfreinte supposée” à la lettre de loi dans son modèle d’affaire.

      Magnifique autogoal du Conseil fédéral, dîtes-vous? Non, tout simplement prit à son propre jeu dans un changement paradigme mondial à plus d’un titre (dont la géopolitique) et, comme je l’écrivais dans un courrier adressé à un expert le 22 février 2022: “de mon point de vue, les grandes banques suisses sont dans une fuite en avant (même après les pressions du “GAFI”) car elles savent très bien qu’elles peuvent compter sur leurs appuis politiques pour retarder l’inévitable. Et au détriment du risque de réputation dont la Suisse en fait les frais. Certes, la transparence et les financements “durables” et “sociaux” sont la clé de voûte pour des places financières plus saines, mais surtout pour répondre aux enjeux actuels et de demain. D’ailleurs, les plus grands gestionnaires d’actifs et sociétés d’investissement au monde, à l’instar par exemple de BlackRock et PIMCO, l’ont très bien compris. Pareil pour leurs clients…”

      Manifestement, mon cher ELIE HANNA, vous restez ancré dans le monde d’avant et, puisque vous m’avez gentiment conseillé la lecture d’un roman, Madame Bovary de Gustave Flaubert, je vous retourne la politesse en vous suggérant de reprendre à votre compte la trame du conte de Hans Christian Anderson: Les Habits neufs de l’empereur.

      1. Vos commentaires à rallonges qui versent à côté de la plaque ne font que confirmer la pertinence de mon propos. Bon weekend RAYMOND, et à tous aussi !

        1. Merci pour le compliment mon cher ELIE HANNA.

          Pour rajouter à ce plaisir, voici donc une autre tartine dans la continuité des festivités. Qu’est-ce que vous ne comprenez pas mon cher ELIE HANNA; que le CF ordonne le gèle des avoirs des oligarques qui se sont (ultra) enrichis grâce aux liens “incestueux” avec le pouvoir Poutinien (et pas que)? Le CF ne l’a-t-il déjà fait avec les avoirs du clan Ben Ali ou du clan Kadhafi par exemple. Des “relations commerciales bancaires” qui étaient déjà discutables à l’époque. En suivant votre raisonnement – après les révélations “Suisse secrets” venant rajouter une couche à un dossier géopolitique sensible – autant demander la suppression du “Money Laundering Reporting Office” (MROS) et exiger de revoir la Suisse sur la liste des paradis judiciaires et fiscaux.

          Et si le 28 février 2022, le Conseil fédéral a décidé de reprendre les sanctions de l’Union Européenne contre la Russie de sorte à renforcer leur impact, n’est-ce pas instructif de savoir que l’ordonnance existante a été soumise à une révision totale – hier – le 4 mars 2022? Désolé pour le manque de précision, mais vous comprendrez qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois!

          Ceci étant dit, pour revenir à cette nostalgie US dont vous avez fait état – ou plutôt pour les pratiques du Dakota du Sud; du Nevada; du Delaware et autre Wyoming – la lecture de l’État de droit, selon votre conception, se fait aussi au détriment de l’Intérêt général et du Bien commun. D’ailleurs, la dette US (et par analogie les USA) reste emblématique en soi – pour un pays caractérisé par ses nombreuses “faillites techniques” (défaut sur sa dette) et qui se maintient à flot notamment par le pouvoir hégémonique de sa devise.

          https://asset.lemde.fr/prd-blogs/2022/02/a630b4b1-us-debt.png

          Pour revenir à nos moutons – point de départ de nos échanges – la “dette Covid” ainsi que la “dette de la coalition pour l’Ukraine” auront un coût exorbitant. Un coût financé par qui et au détriment de qui?

          Bon weekend ELIE HANNA.

  13. Abstraction faite des considérations morales et philosophiques qui postulent qu’avec moins nous pourrions consommer mieux, ou dépenser moins pour consommer mieux dans un monde idéal – l’inflation galopante serait alors ce jugement divin révélé par la hausse exponentielle des prix de l’énergie et de quelques matières premières. À ceci près que ce monde idéal, tout en sachant que la croissance est bornée depuis fort longtemps, ne considérait pas à sa juste valeur – dans un premier temps – la surchauffe des prix liée à la forte reprise économique mondiale post-confinement pandémique. Celle-ci ayant entraîné un choc d’offre caractérisé par des hausses des coûts de production, elles-mêmes liées à des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement et, dans certains secteurs, des pénuries de matières premières et de composants.

    Ce monde idéal ferait aussi l’impasse sur un phénomène structurel dû au dysfonctionnement des marchés ou au comportement des acteurs. En l’occurence, la hausse des prix serait alors rendue par les structures du système économique lui-même. Par exemple, l’inflation peut être provoquée par l’existence de monopoles ou d’oligopoles – un phénomène exacerbé dans un monde totalement financiarisé – et où le contrôle des prix ne pourrait finalement être que l’arbre cachant la forêt. Dans “La Richesse des nations”, Adam Smith nous avait pourtant prévenu que “s’il est souvent conforme à l’intérêt de la population d’élargir le marché, réduire la concurrence lui sera toujours contraire”; pourtant, “la concentration extrême, les monopoles, la financiarisation prennent aujourd’hui en otages nos chaînes d’approvisionnement et ce n’est pas la hausse des taux d’intérêt de la part de nos banques centrales qui remédiera à cette augmentation généralisée des prix se manifestant désormais partout de manière inquiétante. Il fut un temps où la politique monétaire était en effet l’arme privilégiée et conventionnelle pour lutter contre l’inflation. Aujourd’hui, c’est une guerre sans merci qu’il faut contre les monopoles pour protéger notre niveau de vie…”

    https://www.centpapiers.com/briser-les-monopoles-pour-sauver-nos-societes/

    Et tout ceci dans le timing de la guerre menée en Ukraine par la Russie!

  14. Alors que l’augmentation de l’indice des prix à la consommation (IPC) aux États-Unis a atteint 8% en février, qu’elle pourrait plafonner aux alentours de 9% en mars, voire en avril 2022; l’augmentation de l'”IPC” pourrait même dépasser les 10% si les prix de l’énergie continuent d’augmenter. Pour le contexte, la dernière fois que les États-Unis ont eu 10% d’inflation, le taux d’intérêt des “Fed Funds” était de 15%. Pour l’instant, la fourchette du taux d’intérêt des “Fed Funds” reste fixée entre zéro et 0,25%. Voilà de quoi donner du grain à moudre pour les fanatiques du monétarisme!!!

    https://cms.zerohedge.com/s3/files/inline-images/cpi%20fed%20funds%20rate.jpg?itok=KElPd-ll

    Mais qui se souvient qu’en 2013 le “Nobel d’économie” fut décerné à Eugène Fama, né en 1939, un des pères du monétarisme et de l’idéologie néolibérale. À n’en point douter, ce “prix de la Sveriges Riksbank en mémoire d’Alfred Nobel” a eu une influence notoire sur la recherche économique et, par analogie, sur les politiques économiques comme très bien observé durant les crises post 2007 et leur lot d’orthodoxie budgétaire; l’outil de relance économique au travers du budget public ayant fait défaut aux conduites des politiques de relance monétaire. Selon Avner Offer (Université d’Oxford) et Gabriel Söderberg (Université d’Uppsala) – deux historiens de l’économie – le prix créé il y a près d’un demi-siècle a été une machine de guerre visant à légitimer le tournant néolibéral des années 70 et 80. Il a facilité le remplacement du vieux modèle social-démocrate par celui de l’économie de marché débridée. Une thèse que je soutiens! Et pour l’anecdote, n’est-ce pas ce même Fama qui affirmait péremptoirement que “l’hypothèse des marchés efficients est une affirmation simple qui dit que les prix des titres et des actifs reflètent toutes les informations connues”?

    Aujourd’hui, nous mesurons à quel point les dogmes “mainstream” ont permis des stimulus mal calibrés des banques centrales, qui au lieu de financer des investissements réels, notamment en Europe, ont alimenté la hausse des prix d’à peu près tous les actifs, y compris les matières premières et métaux qui ont tous été financiarisés (ouvrant la voie à la spéculation). Et aussi physique, du fait du sous-investissement dans la transition vers de nouvelles énergies durables. C’est aussi grâce (ou à cause) des travaux de Burton Malkiel, né en 1932, que les marchés financiers subirent dès le début des années 1980 une authentique transfiguration (via la dérégulation des marchés financiers puisqu’ils seraient sensés s’autoréguler par les prix).

    Si notre monde fût déjà précipité dans un vortex sidéral par les tenants de la pensée dominante, les “faucons” de la Fed vont devoir réfléchir à deux fois avant de nous emmener bientôt au “crash landing”.

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