La pandémie n’est pas terminée, mais l’État se retire

Les décisions annoncées il y a un mois par le Conseil fédéral concernant l’abandon d’une grande partie des mesures de protection contre la pandémie de coronavirus en ont surpris plus d’un, tant au niveau du calendrier que de la portée de ces mesures.

Jusqu’à quelques jours auparavant, les autorités fédérales avaient en effet incité la population, et en particulier les personnes à risque, à se faire vacciner pour la troisième fois, compte tenu également du fait que dans les pays voisins, principalement en Italie, les restrictions pour les personnes non vaccinées imposent des contraintes importantes tant aux individus qui travaillent qu’à ceux qui utilisent les transports publics.

La décision du gouvernement fédéral d’abolir (du jour au lendemain) l’obligation pour les personnes souhaitant entrer dans des lieux publics de présenter leur certificat de vaccination, ainsi que l’obligation de porter un masque dans ces lieux et dans les magasins de toutes sortes, a sans doute soulagé de très nombreux commerçants ainsi que les propriétaires des entreprises qui espèrent ainsi augmenter leur chiffre d’affaires et donc aussi leurs profits à court terme.

Ce sont peut-être ces objectifs qui ont incité le Conseil fédéral à décider le «Freedom Day» de manière aussi abrupte. Si tel était le cas, les intérêts économiques auraient devancé les intérêts sanitaires (et ce ne serait pas la première fois en ces deux années de pandémie), adoptant une vision de court terme dans la mesure où celle-ci ignore les risques et les coûts exorbitants encourus si la pandémie devait reprendre de l’ampleur suite à l’abandon des principales mesures sanitaires, décidé le 16 février au niveau fédéral.

Il est également surprenant que le jour même où le Conseil fédéral a décidé de supprimer l’obligation d’avoir un certificat de vaccination et un masque pour entrer dans les lieux publics et les commerces, on ait annoncé que les comptes publics de la Confédération pour l’année écoulée présentaient un déficit d’environ 12 milliards de francs (le double de ce qui avait été budgété par les autorités fédérales).

Si l’on fait le calcul, on peut donc supposer que l’abandon soudain de presque toutes les mesures de protection contre le Covid-19 décidé par le Conseil fédéral le 16 février est le résultat de deux objectifs non déclarés mais convergents: d’une part, réduire rapidement le déficit des comptes publics de la Confédération, afin d’éviter que l’État n’augmente son endettement (compte tenu de la volonté de la majorité politique d’éviter toute augmentation de la charge fiscale des contribuables aisés, dont une partie a largement bénéficié des choix de politique économique mis en œuvre depuis le déclenchement de la crise de 2008 au niveau global); d’autre part, l’objectif de laisser le «libre marché» dicter sa loi apparaît clairement, même si cela peut nuire gravement à la santé de nombreuses personnes (qui sont aussi des consommateurs et des contribuables, de manière générale).

En clair, nous en revenons au dogme du «moins d’État et plus de marché», qui (comme nous l’avons vu depuis longtemps) ignore le bien commun.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

39 réponses à “La pandémie n’est pas terminée, mais l’État se retire

  1. Avec les mesures anti-Covid, il me semble que ce sont les petits commerçants et les indépendants qui sont ruinés (ou surendettés), et non pas les super-riches!
    Quant au volet sanitaire, il faudrait déjà prouver que les pays qui ont pris des mesures plus sévères (comme l’Espagne ou l’Italie en Europe) obtiennent réellement de meilleures résultats au niveau sanitaire.
    Rien de cela n’est prouvé.

    1. Bonjour Samy, merci de votre commentaire très réaliste et surtout pour “rien de cela n’est prouvé”. J’abonde aussi dans le sens de votre phrase “quant au volet sanitaire…”, surtout pour l’Italie, où je connais de nombreux médecins de très haut niveau, principalement du côté Est et Nord-Est. Nous savons qu’il y a une “commedia dell’arte” dans les chiffres des décès imputés au Covid (qui est donc “Pulcinella”?). Car déjà à la base et depuis des lustres, la population italienne n’était pas en bonne santé et ne maintenait pas volontiers une bonne santé pour diverses raisons tout à fait compréhensibles si nous connaissons bien le mode de fonctionnement du pays.

      Via un autre blog, vous aurez compris que je suis très souvent au Piémont, en Lombardie, en Vénétie, en Alto-Adige et parfois en Émilie-Romagne (mode de vie trans-frontalier). Je contrarie formellement ce qui est indiqué (pour anesthésier les gens), puisque je vais quasi partout avec mon exemption médicale vaccinale sans QR-code (émanant d’un centre italien réputé de néphrologie). Même dans certains magasins où le code est exigé, je passe sans aucune difficulté.

      Mais bon, lorsqu’on a vécu en Italie, nous savons très bien comment sont gérées les “règles en principe officielles”. Et n’oubliez pas les distances Samy, entre Rome et Bolzano, les directives ont largement le temps de diluer à tout jamais leur contenu dans les fleuves Tibre, Arno, Pô et Adige.

      J’ai d’ailleurs posé moult fois la question à savoir où vont les données récoltées via les QR-codes. La quasi majorité des commerçants (totalement épuisés et par les contraintes – “delusi”) n’a aucune idée, vraiment aucune idée de ce que fait le gouvernement italien de ces données. Idem chez moi en Helvétie, que j’abandonne à nouveau sous très peu.

      Je vous lis souvent, je salue votre pertinence et la justesse de vos propos, mais je n’ai plus le temps de répondre entre un déménagement et un nouvel emménagement. Portez-vous bien. eab exemptée à tests restés négatifs depuis janvier/février 2020 (à ce moment là encore résidente en IT du Nord-Est).

      1. Merci pour votre message bienveillant, Eliane.
        Je lis toujours vos commentaires très imagés avec grand plaisir!
        Le côté positif de cette terrible crise – malgré tout – c’est de nous forcer à creuser, à rechercher ce qui est existentiellement important à nos yeux.

        1. Absolument. Plus nous creusons, plus nos découvrons ce qui compte vraiment dans notre vie.

          Au sujet de l’Italie, le livre “Generazione mille euro” d’Antonio Incorvaia et Alessandro Rimassa (Rizzoli, 2006) est édifiant. Nous y apprenons comment survivent les jeunes diplômés italiens (très qualifiés) et forcément disposant d’un budget « santé et prévention » équivalent à zéro. Quelle tristesse en comparaison avec la qualité indéniable des publications scientifiques émanant par exemple de Mario Negri (Milano & Bergamo).

          Il y a même une série télévisée sur ce thème des mille euros. Le Prof. S. Rossi doit forcément la connaître!

          Pour comprendre sans trop vite juger, il faut vraiment procéder à des fouilles complètes et ne jamais s’arrêter sur un seul courant d’idées. D’ailleurs les tendances “courants d’air” passent très vite de mode.

          Portez-vous bien Samy.

          1. Bonjour Sed, vous ne pouvez pas être médecin en répondant de la sorte ou alors vous êtes un médecin souffrant du virus de l’arrogance (très répandu en Helvétie) contre lequel il n’existe aucun vaccin à ce jour. Ou alors vous souffrez de jalousie maladive car mon “organisation médicale” est vraiment au top des top dans ses particularités.

            Je sais, je sais, les médecins en Suisse détestent tous les patient(e)s impliqué(e)s et ultra-informé(e)s. Cela les empêche de surfacturer, procéder à des examens parfaitement inutiles, c’est donc embêtant déjà rien que pour les finances. Et les finances, c’est le nerf de la guerre en médecine humaine.

            En sus, vous citez un texte émanant des HUG et vraiment, oui vraiment mon propre pays est en queue de peloton pour la néphrologie cellulaire, à des années lumières derrière les autres, un peu comme un cycliste cardiaque qui n’avance jamais comme il faudrait.

            Dans ce domaine précis, essayez de trouver un article original fort sérieux sur PubMed avec auteurs émanant de centres suisses et facteur d’impact très élevé (= mandatory), vous verrez bien, c’est le désert de Gobi helvétique.

            Donc à choix pour mon bien-être, j’ai plusieurs médecins émanant de plusieurs spécialités pointues et pas forcément sur ce territoire franchement très étriqué. La néphrologie cellulaire, niveau chef de service et professoral, prend le dessus sur les autres spécialités pour les docs et ordonnances ad hoc. Sans discussion, sans tergiversation. Mon status est très complexe, hors normes habituelles, tout se décide en accord après consultation d’un groupe pluri-disciplinaire chapeauté par la néphrologie.

            Et comme je connais comme ma poche le très cruel univers hospitalo-universitaire, genevois y compris, tout est vraiment très soft, y compris de lire les publications les plus édifiantes dans les quatre domaines qui me concernent. C’est ma responsabilité.

            Alors lectures HUG = poubelle.

            Si vous appréciez les lectures à la pointe du progrès, testez ceci de Knoers N, et al.
            https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34264297/
            Parmi les auteurs, aucun néphrologue émanant de ma chère Helvétie, évidemment! Mais bien sûr il y a mes favoris, les italiens, excellentissimes dans le domaine.

            Donc, je possède tout un tas d’autres publications “relevantes” sur les dangers de la vaccination chez des patient(e)s complexes comme moi-même, avec par exemple de routine un rapport CD4/CD8 en permanence à plus du double de la norme entre autres valeurs pathologiques tout à fait viables SAUF selon les critères helvétiques, pour ne citer que la toute minuscule pointe de l’iceberg.

            Alors avant de critiquer les patient(e)s fort éduqué(e)s, très organisé(e)s, très responsables (= qui ne coûtent rien à la société mais qui paient des cotisations à perte, donc pour vous), renseignez-vous vraiment en profondeur et éliminez tous les standards.

            Qui sait, vous découvrirez peut-être un autre univers et cela vous aiderait à la tolérance vis-à-vis des autres.

            Portez-vous bien, eab

          2. Madame Eliane AB, la grosse erreur que vous faites est de croire que votre bagage de « patiente ultra-informée » est l’équivalent d’une formation médicale. C’est généreux de votre part d’ouvrir toutes ces valises, mais vous rendez-vous compte que la cage d’ascenseur prend des hauteurs qui donnent le vertige ? « La tour prend-garde – La tour prend-garde – La-laaa… »

          3. Eh oui Dominic, pour survivre post-erreurs médicales fortement documentées, il faut prendre garde et mille fois plutôt qu’une….. surtout pour garder la tête haute dans toutes les situations.
            Merci de vous préoccuper de moi mais je suis assez grande et raisonnable pour le faire.
            Dominic, avez-vous la moindre idée de ma formation de base ?
            Portez-vous bien, eab

          4. Mme Knoers encourage la vaccination de ses patients et est très en colère contre la présence à l’hôpital de malades du Covid non vaccinés (cf. son fil twitter).

            En fait, vous recherchez les informations qui vous plaisent?, puis traitez ce qui ne vous plaît pas “d’erreurs médicales” ? Tant mieux pour vous que vous avez fini par trouver en Italie un néphrologue qui vous dit ce que vous voulez entendre.

            Vos récits me font tellement mal au coeur. J’espère que vous retrouverez une communauté, maintenant que les covidistes reprennent leur vie ordinaire et ont délaissé les forums où vous avez passé ces 2 dernières années. 🎐

  2. Matière à penser, dans une optique systémique:

    a) les constats de Pierre Conesa, historien et ancien haut fonctionnaire au ministère de la défense, qui constate que “les décisions des politiques n’ont rien à voir avec les renseignements, elles ont à voir avec des postures, de l’idéologie.”

    https://www.youtube.com/watch?v=zkLwVeaQOiA

    b) cf. l’excellent prof. Bayart, spécialiste de sociologie historique et comparée du politique (not. 47-52 min.):

    http://www.rts.ch/audio-podcast/2022/audio/l-etat-nation-5-5-25807466.html

    c) et cette synthèse, d’un “coup de crayon” (paru dans LE DEVOIR, quotidien indépendant québécois):

    http://www.ledevoir.com/photos/galeries-photos/la-caricature-de-pascal-et-godin/922476

  3. De mon point de vue, il est indéniable que les politiques radicales du “zéro Covid” ou encore de la “tolérance zéro” nuisent à l’économie d’un pays et qu’en dépit des apparences sanitaires, parfois trompeuses, le leitmotiv du “moins d’État et plus de marché” n’a jamais disparu du paysage économico-financier. Mais nous devons également garder à l’esprit que toutes les mesures radicales destinées à freiner la propagation du Covid-19 – dans le monde – ont eu des effets délétères sur la santé mentale depuis qu’elles sont entrées en vigueur. Ceci sans compter le nombre incalculable de discours propagandistes et électoralistes qui ont contribué à cet état de fait. Alors même que la revue scientifique PLOS One annonçait en son temps qu’il fallait à l’avenir considérer l’existence d’une autre vague épidémique – de stress post-traumatique celle-là – dont l’ampleur et les effets sur notre santé restent sous-estimés; une méta-analyse (première étude de large ampleur sur le sujet) menée par João Castaldelli-Maia et ses collègues de l’université Columbia, à New York, montre que 24% des êtres humains sur Terre souffrent à présent de dépression et 21,3% d’anxiété.

    Par conséquent, des coûts considérables pour la société réelle à moyen/long terme. Mais des emplois à repouvoir par ceux tombés sur le carreau – comme autant de “dommages collatéraux” – où les seuls statistiques comptables du chômage en seront les bénéficiaires et les “aides sociales” des parents pauvres.

    Ceci m’amène donc naturellement vers quelques extraits de mon intervention datée du 02 mars 2021 à 13 h 47 min: “Il n’est tout de même pas inintéressant de se rappeler, alors même que les effets traumatisant de la pandémie jouent un rôle déterminant sur l’évolution des biais cognitifs au niveau du stress de tout un chacun, que le travailleur, comme “ressource humaine”, subissait déjà en temps normal une pression sans cesse croissante dans le monde du travail. Depuis 2012, le nombre d’arrêts de travail a augmenté de 50% et dans six cas sur dix, il s’agissait de burn-out ou de dépression, selon les statistiques des assurances Swica et PK Rück, qui couvrent plusieurs centaines de milliers de collaborateurs. Alors que les incapacités de travail pour burn-out ou dépression durent en moyenne 18 mois, soit deux fois plus que les autres maladies, le coût des absences, pertes de production et rentes d’invalidité dues au stress a été estimé en 2012 à 10 milliards de francs par an par le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) […] Ce phénomène endémique – encore exacerbé par les conséquences de la pandémie – restait encore en constante augmentation d’après le Job Stress Index 2018″ […]

    Ainsi, étant donné qu’aujourd’hui les peuples ne sont plus surpris d’apprendre que derrière la gestion étatique de cette pandémie se trouvent tapis dans l’ombre de puissants cabinets de conseils privés à l’instar par exemple de Citwell, Accenture ou McKinsey, tandis que d’autres États œuvrent par mimétisme – j’en arrive incidemment à mon intervention datée du 08 mars 2018 à 16 h 37 min: “Chacun devrait se convertir au long-termisme et mettre sa vie quotidienne en conformité avec ce nouveau mot d’ordre. Jacques Attali suggère que nous nous imaginions à chaque instant devant un parterre de représentants des générations futures en train de juger nos actions. Excellent conseil! Nous ne sommes pas assez nombreux à vouloir le faire, mais imaginons qu’une masse critique puisse être atteinte, une perspective à long terme émergerait-elle pour autant de la somme de nos comportements devenus vertueux? Il est hélas permis d’en douter. Essentiellement parce que le Court-Termisme est désormais boulonné dans la logique-même de nos économies. Qui l’y a mis? Les règles comptables et les nouvelles pratiques financières que nous nous sommes donnés. “Nous” est bien entendu une façon de parler: la rédaction des règles comptables en particulier a été abandonnée par les États à des organismes privés (le FASB pour les États-Unis, l’IASB pour le reste du monde). La comptabilité moderne a évolué en trois étapes: 1) au début du XIXe siècle, des bénéfices n’étaient comptabilisés que lorsqu’ils étaient véritablement apparus; 2) au milieu du XIXe siècle, on faisait apparaître prématurément des bénéfices en “enkystant” le passif, et ceci, n’est-ce pas, pour ne pas décourager les petits investisseurs; 3) dans les années 1980, on se mit à distribuer des bénéfices anticipés (“marking-to-market”).

    Résultat: on partage désormais entre soi la moindre ombre de bénéfice et s’il manque de l’argent pour des choses accessoires comme refinancer l’entreprise ou la recherche et le développement, eh bien, on l’emprunte! En 1975, le cabinet d’études McKinsey s’attaqua à un problème d’envergure: les intérêts des investisseurs et des dirigeants des grosses entreprises n’étaient pas alignés: d’une certaine manière ce que les uns obtenaient dans le partage des bénéfices, les autres en étaient privés. Cet antagonisme larvé bénéficiait aux salariés. Il y avait donc là un problème urgent à résoudre! Et McKinsey & Co. le résolut. Les dirigeants des entreprises se verraient attribuer des options sur l’achat d’actions de leur compagnie au cours du jour où ces “stock-options” leur seraient attribuées. Si le cours de l’action grimpait, ils bénéficieraient de la hausse en fonction du nombre de leurs options. Les dirigeants, tout comme les actionnaires, auraient dorénavant les yeux fixés sur le cours des actions de l’entreprise, s’efforçant de booster son bilan de trimestre en trimestre par tous les moyens possibles et par la “comptabilité créative (imaginative!)” en particulier. Le court-termisme était désormais inscrit dans l’économie: McKinsey avait réussi! l’avenir avait été entièrement sacrifié au présent!”

    En conclusion, toujours d’un point de vue qui n’engage que moi-même – sans tomber dans les travers du complotisme – cette pandémie n’a jamais été pilotée au sens des priorités fondamentales, c’est-à-dire via les manettes de l’Intérêt général et du Bien commun, mais plutôt dans la logique financière d’un conseil d’administration!

  4. Alain Berset a joué au Pocker durant deux ans et s’en est finalement assez bien tiré, la chance continuera peut-être à l’accompagner. Les restaurateurs qui avaient droit à une aide, et ont réussi à survivre, se sentent maintenant moins pris dans un étau, on trinque à nouveau aux tables où l’on veut croire à un avenir positif. Ces établissements ont vu leurs clients disparaître, revenir, repartir, hésiter, et maintenant enfin la vie peut reprendre ! Les EMS aussi ont dû à un moment donné voir à la baisse le nombre d’assiettes, de couverts et de verres. Les clients sont partis pour ne plus revenir, il n’y avait pas d’autres lieux où espérer se protéger, mais que l’on se rassure pour eux : chaque matin au moment d’ouvrir les rideaux, la grande lumière jetait quelques rayons sur les escaliers de la cave où leur avenir avait dégringolé, et c’était le chemin à suivre pour faire de la place et ne plus tousser à la figure des autres tout en coûtant 7’500 francs par mois.

    La pandémie, son coût, son effet sur la santé morale, tout cela est très sérieux, et s’il devait y avoir une prochaine fois nous serons déjà mieux préparés pour réagir sans perdre de temps.

    Notre temps et celui des personnes âgées se comptent différemment, l’argent aussi, c’est ce que j’ai retenu de l’enseignement que nous a apporté la pandémie : mieux vaut crever dans le temps de la vie qui nous appartient encore, même court, que de le faire perdre aux autres pour en avoir plus.

    1. Bonsoir Dominic,

      Tout d’abord merci pour le partage et, si vous me le permettez, j’aimerais réagir sur la valeur que vous semblez attribuer au temps, ainsi que la leçon philosophique que vous m’apparaissez retenir sur le plan humain.

      Pour Emmanuel Kant, “l’espace et le temps sont le cadre dans lequel l’esprit est contraint de construire son expérience de la réalité”. En ce sens, votre réaction m’impose alors une double lecture en filigrane, à savoir la locution latine d’Horace – “Carpe diem, quam minimum credula postero” – et l’expression populaire “every man for himself, and God for us all”. De quoi me perturber d’abord, puisque le temps est relatif tout comme le risque et que ces deux notions se valorisent de surcroît par la formation du prix: le prix du risque et le prix du temps. D’ailleurs, la vie humaine se valorise également depuis les années 70 – au travers des équations de la “VSV” (valeur statistique d’une vie humaine) – car nos sociétés font face à de nombreux risques qui affectent des vies humaines. Les autorités publiques doivent donc déterminer le budget optimal à consacrer à chaque projet visant à diminuer les risques sociaux. L’analyse avantages-coûts reste habituellement un outil très utilisé pour l’évaluation de ces projets, la mise en place et les réglementations qui génèreront des bénéfices supérieurs aux coûts de leur implantation. À ce titre, la pandémie mondiale que certains qualifient de “cygne noir”, pour reprendre le titre de l’ouvrage de l’ancien trader et professeur à l’Université de New York, Nassim Nicolas Taleb, dans les faits et fondamentalement, l’imprévisible n’en était rien puisque à proprement parler cet événement majeur était quelque chose de l’ordre du prévisible, pour peu que “l’on ait regardé complètement les conséquences de la mondialisation”. Pour ce philosophe et statisticien, théoricien des risques, “le problème, c’est que les gens ont regardé les choses sans les effets secondaires, et ce virus est l’effet secondaire de la globalisation”. De la même manière que les financiers captent au présent les richesses futures – donnant du sens aux travaux de Kurt Gödel, qui fut le premier à montrer l’existence de solutions de la relativité générale, c’est-à-dire certaines configurations de l’espace-temps – l’avenir nous a été sacrifié au présent par les emprises dogmatiques.

      Et si l’éminent anthropologue Claude Lévi-Strauss (1908- 2009) écrivait comme un vœu pieu: “les crises permettent aux sociétés touchées de se remettre efficacement en question et de se reconstruire, en se débarrassant des modèles économiques obsolètes qui les mènent à leur perte”, force est de constater qu’il n’en est plus rien au 21ème siècle. L’historique des crises successives – post 1970 – est là pour nous le montrer. Un progrès dans la pauvreté intellectuelle, doublé de relations contre nature entre pouvoirs politiques et financiers. Dommageable de constater également que depuis le début de la crise sanitaire et économique, des anthropologues ont aussi été interrogés dans les médias sur ce que cette crise révèle de notre rapport à la maladie, à la mort, à l’espace public, aux animaux, à la mondialisation, à l’économie, mais que le nom de Claude Lévi-Strauss n’a jamais été prononcé, alors qu’il fût sans doute l’un des plus grands anthropologues du 20ème siècle. Il en a pensé toutes les tensions, les contradictions et les catastrophes. Autant de leçons que nos gouvernements successifs, aux économies dites “avancées”, auraient dû retenir au lieu de se raccrocher sauvagement à une sélection darwinienne 2.0, au profit d’un rapport économico-financier: coût/bénéfice.

      1. Bonjour Raymond, merci pour vos prises de position très intéressantes. Je vous rejoins à mille pourcents pour la pandémie.
        Oracio (Odi, I, 11, 8) : je suis d’accord sauf qu’Horace n’avait pas confiance dans le futur, il exhorte donc à vivre chaque instant plutôt que faire des projets. Or les projets nous gardent en vie.
        Ce thème a été repris dans le film de Peter Weir « Le cercle des poètes disparus » (1989), dans lequel l’acteur Robin William disait « carpe diem, profitez de l’instant présent et rendez votre vie extraordinaire ” (une des meilleures citations cinématographiques aux USA semble-t-il).

        Pandémie: la population générale ne sait pas (ou ne veut pas savoir) que ce sujet avait déjà été débattu en sessions particulières bien avant sa survenue, en termes très crus tous protocolés. Les « savants » étaient parfaitement au courant et, clairement à dessein, rien n’a filtré dans la masse humaine. Alors nous rejoignons obligatoirement les doutes d’Orace et de bien d’autres philosophes. Quel gâchis ! eab
        « Corruptissima re publica plurimae leges ».

        1. Bonjour Eliane AB,

          Tout d’abord merci beaucoup pour votre feedback constructif et cette référence cinématographique. Que de souvenirs!

          Quel grand gâchis, en effet. Pourtant, selon l’adage, ne dit-on pas que “gouverner c’est prévoir” (gouvernement élu démocratiquement) ou encore que “les dictatures naissent des gouvernements qui échouent”? Mais aujourd’hui et plus que jamais, la financiarisation de nos sociétés “modernes” a non seulement pris le pouvoir dans une logique impitoyable vénérant le court-termisme, reclassant au passage l’homo-politicus dans les méandres de la “Public Choice theory”, mais également réussi son tour de passe-passe via le prisme de la société marchande (que “nous” avons voulu) pour imposer son diktat au fil du temps. Résultat? La dégénérescence du corps social.

          Bien à vous

      2. @ Raymond

        La transmission de vos connaissances et vos capacités d’analyse sont très appréciées. Merci donc pour ce que vous apportez (comment avez-vous acquis à la fois ce bagage et ces facultés ?)

    2. bonjour Dominic; vous écrivez que Mr Alain Berset s’en est bien tiré; soit, d’autant qu’on peut écrire la même chose pour mon ministre de la santé, Olivier Véran! Savez vous que la Présidente de la Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen s’est rendue à Washington récemment pour remettre le prix du meilleur commerçant au big boss de Pfizer, ceci à l’occasion d’une cérémonie avec robe de soirée, etc.? Savez-vous par ailleurs que le mari de la dite Dame est appointé par Pfizer? Savez-vous également qu’Alain Berset a assisté, sur invitation de mon Président Macron, au défilé du 14 juillet, une de ces dernières années? Tout ce petit monde qui nous dirige est en connivence…

      1. Merci Benoît Serot pour vos lignes.
        Tout cela est dégoûtant mais pas du tout étonnant, hélas pour nous pauvres ères.
        Bons messages méridionaux …. eab

        1. à quand quelque blog dénonçant le bavardage occidental concernant l’Ukraine ? FranceSoir.fr est une source d’informations tellement différentes !

          1. Bonjour Benoit Serot, Question des bavardages, vous vous rapportez au désordre faisant état qu’après la révolution Ukrainienne de Maïdan, en 2014, “la France a fourni 152 millions d’euros de matériels pour des chars, des avions de chasse et des hélicoptères de combat aux Russes, entre 2015 et 2020”? (Source “Disclose”)

            Ou les sourdines cachant qu’un nouvel ordre monétaire – après les derniers accords de Bretton Woods – serait en construction (par opportunisme) pour détrôner l’hégémonie du dollar US, au prix du sang et des larmes?

      2. Merci Benoît Serot pour ces quelques spots, je les ignorais, ils illustrent les rédactions (très bien élaborées) que nous fournit Raymond.

        1. @ Raymond

          C’est un texte où nous pouvons vous accompagner sur le chemin qui mène à vos opinions, avec vue élargie sur le paysage en voyageant dans l’histoire. Une large instruction, une pensée libre qui permet de s’ouvrir et avoir du recul, savoir bien formuler et aimer communiquer, ce n’est pas donné à tout le monde de réunir autant! Mais il y a une dernière qualité qui peut se rencontrer même chez des personnes n’ayant pas étudié ou de QI pas trop élevé, l’honnêteté (on dit pour les enfants que cela s’apprend, je pense plutôt que cela se transmet). C’est la chose la plus simple et essentielle, finalement pour exister, et c’est assez souvent des accusations de malhonnêteté que les hommes politiques se lancent comme des boules de neige, ceux qui se baissent assez rapidement pour ne pas avoir le visage tout rouge sont honnêtes (j’exagère un peu).

          Le « tout bizarre » que vous avez ressenti, je ne pense pas que ce soit pour des opinions qui semblent ne plus vous appartenir, elles ne se détachent pas des actuelles. Est-ce que je peux vous donner mon expérience du « tout bizarre » que je connais aussi? Peut-être que cela ne s’applique pas à vous, je ne sais pas… Je n’écris pas des textes qui demandent de raisonner et de se servir de ses facultés intellectuelles, mais des histoires qui défilent à toute vitesse dans mon imagination, je ne fais que reproduire les scènes par écrit, des fois « quelqu’un me parle ». Si je m’arrête en cours de route tout est foutu, donc surtout ne pas relire! Quand l’histoire se tait, elle dit la fin, je ferme l’ordinateur et m’en vais fumer une cigarette. Quelques heures après, parfois le lendemain, je vais cliquer pour relire. Ou plutôt lire une première fois, parce que cette histoire n’est pas celle dont je croyais me souvenir… Parmi les personnages de l’histoire j’en reconnais un: c’est moi! Et la voix qui me parlait c’était la mienne! Puis une rue: c’est la rue de Bourg! Mais aussi des lieux impossibles à situer: cette plage sauvage merveilleuse… Elle était au bout de la ruelle sombre qui part depuis la rue de la Madeleine, en pleine ville, la mer était à cinq minutes, le soleil avait fait fondre toute la neige! Si je retourne au même endroit, la rue aura disparu… Ah c’est normal, ce n’était qu’une histoire imaginaire… Imaginaire, oui, mais moi pas, et cela me fait « tout drôle » de me sentir partagé entre deux vécus. Des vécus qui se sont rejoints hors du calendrier pour faire une seule personne, les émotions n’ont pas d’âge, la mémoire dans les rêves a une horloge qui dit « c’est maintenant », je ne me souviens pas qu’elle ait une fois dit « c’était hier », ou « demain ne sera plus jamais aujourd’hui ». Nos textes pour ceux qui aiment les lire continueront donc à vivre hors de notre temps, les histoires réelles, les impossibles, celles auxquelles on veut croire…

  5. De mon point de vue, je considère que le Conseil fédéral répond aux directives qui lui ont été données par le Parlement dans la loi Covid, loi confirmée par le peuple.
    L’objectif annoncé qui était d’éviter une surchage des hôpitaux est pour le moment atteint.

    Il me semble que le gouvernement a le devoir de protéger la population, mais pas les individus. Maintenant que les hôpitaux peuvent suivre et que les personnes qui voulaient être vaccinées ont pu l’être, c’est aux individus de se comporter conformément à leur situation et à leurs craintes.

    Le risque résiduel, c’est que les précautions nécessaires, en particulier dans les tranports publics, soient mal prises par une population qui se croit délivrée de l’épidémie.

    Jusqu’à l’apparition éventuelle d’un nouveau virus qui échappe à l’immunité acquise…

    Les pays qui ont tablé sur zéro Covid me semblent maintenant en bien moins bonne posture que nous.

    1. Bonjour ETIENNE MORET,
      Merci pour votre intervention sur laquelle j’aimerais rebondir: “l’objectif annoncé qui était d’éviter une surchage des hôpitaux est pour le moment atteint. Il me semble que le gouvernement a le devoir de protéger la population, mais pas les individus”.

      Certes, la théorie postule qu’il vaut mieux prévoir que guérir (Præstat cautela quam medela) au sens de l’Intérêt général, sauf que dans le temps et l’espace tout devient relatif!
      —-
      RAYMOND
      2 mars 2021 à 13 h 47 min
      (…) N’est-il pas paradoxal de constater que la Suisse, qui fut à la fois l’un des pays européens avec les plus mauvais indicateurs, fut aussi l’un de ceux où les mesures furent les moins restrictives dans les prémisses de la deuxième vague? Et si quelques doigts désignaient le fédéralisme helvétique comme source d’un problème, des économistes de l’École polytechnique fédérale de Zürich constataient pourtant que les pays avec un système fédéral s’en sortent mieux face à la pandémie, à l’instar de l’Allemagne qui comptait en proportion quatre fois moins de contaminations que la Suisse.

      N’est-il pas aussi paradoxal de constater qu’à l’automne dernier, la notion de “rigueur” a été incluse par le parlement dans le dispositif des aides Covid-19 alors qu’il estimait – dans la conduite de la pensée dominante? – que “personne n’imaginait” qu’une deuxième vague destructrice déferlerait sur l’économie et la société suisse? Si leur évidence irrationnelle peut s’analyser à l’aide des travaux portant sur la discipline de l’économie comportementale (EC) – dont les dernières recherches ont permis non seulement de déboulonner les croyances en l’homo œconomicus telles que théorisées par les néo-classiques, mais aussi écarter les certitudes de la rationalité en économie – n’était-elle pas, plus simplement, un signe hérité des penseurs dominants qui ont fait de l’orthodoxie budgétaire une Arche d’alliance? On pourrait le croire eu égard au positionnement rigoriste du ministre des finances. Pourtant, les données empiriques démontraient déjà que la Suisse était formidablement outillée sur le plan de sa dette, à 93.7 milliards en 2020, soit 25.7% du PIB en début d’année. Un taux parmi les plus bas d’Europe. Or, ce taux exceptionnel, la Suisse le doit à moult restructurations et compressions des coûts effectués de 2006 à 2018 sur les administrations publiques, c’est-à-dire les communes, les cantons, la Confédération et les assurances sociales (entre-autres, révisions des assurances invalidité et chômage) qui auront – par effet de manche – amassé des excédents pour un total de 79 milliards de francs. Autant d’investissements qui auront fait défaut dans le plan de prévention et d’anticipation des risques épidémiques, en terme de moyens détricotés sur ces vingt dernières années, et dont les capacités de lit/100’000 habitants dans hôpitaux publics n’échapperont. Sur cette somme de 79 milliards, 30% aura servi à rembourser des dettes, même si la Suisse fût déjà l’un des pays les moins endettés d’Europe à fin 2017, avec une dette à 29,3% du Produit Intérieur Brut. Moins que la Norvège dotée de son fonds souverain le plus grand du monde. Avec ce constat regrettable qui rappelle les saignées des apothicaires d’antan venus soigner leur patient, le professeur émérite en finances publiques à l’Université de Fribourg, Bernard Dafflon, le fit aussi, jugeant de surcroît que si les surplus des bonnes années avaient été mis de côté, ils auraient pu être directement utilisés “à alimenter le fonds de compensation qui se serait monté à environ 20 milliards de francs, couvrant sans doute les dépenses liées à la première et à la deuxième vague (…)”.
      —-
      Voyez-vous, dans nos sociétés “modernes” – pourtant déshumanisées par la financiarisation débridée – non seulement l’homo sapiens est considéré comme une “Ressource Humaine” exploitable, mais il figure également au rang des seuls données comptables.

  6. @DOMINIC / 16 mars 2022 à 5 h 09 min

    Bonjour Dominic,

    Merci pour ce scintillant développement philosophique qui m’a permis un voyage dans le temps et l’espace, me rappelant à ces animations de ma jeunesse produites par l’horloge parlante de la Place de la Palud, récipiendaire de la rue de la Madeleine. Quelle émotion! Effectivement, le temps trépasse, pourtant l’histoire en elle-même nous ramène inlassablement à lui, car, comme nos actes inscrits au présent influent sur notre futur (des votations par exemple), à n’en point douter, ils seront aussi et dans le même laps de temps le signet des chapitres de l’histoire. D’où le courage à s’élever pour apprendre de nos erreurs afin de ne les répéter inlassablement à l’instar de la punition de Sisyphe qui se retrouva finalement bien seul. Passé – Présent – Futur – sont des notions indissociables, tout comme le sont nos rapports aux autres et à notre environnement, mais les dogmes et les obscurantismes n’ont jamais fait preuve de transcendance.

    Encore une leçon de l’histoire alliant passé et présent? Raymond – le 24 août 2021 à 18 h 04 min: “La crise sanitaire Covid-19, succédant aux crises successives post 2007, nous scotche toujours à cet obscurantisme qui prévalait aux 16ème et 17ème siècles, alors même que le Clergé endossait le rôle de l’État d’aujourd’hui, et que les hétérodoxes à l’instar de Copernic et Galilée faisaient face aux doctrines de Ptolémée. Un obscurantisme qui, au 21ème siècle, à l’ère de la financiarisation, semble avoir re-gagné ses lettres de noblesse totalement perdues lors du passage au siècle des Lumières. Nous avons tellement vite oublié les leçons de l’histoire? En amont des assemblées générales des géants de l’industrie pharmaceutique ayant développé un vaccin anti-covid, la “People’s Vaccine Alliance” ont calculé que Pfizer, Johnson & Johnson et AstraZeneca ont versé 26 milliards de dollars de dividendes et de rachat d’actions à leurs actionnaires au cours des 12 derniers mois. Cette somme suffirait à payer les doses de vaccins d’au moins 1,3 milliard de personnes. Alors que l’économie mondiale reste en berne en raison du déploiement lent et inégal des vaccins dans le monde, que les sociétés civiles se fracturent face aux mesures coercitives et autoritaires des gouvernements frappant les aspects sociétaux, la flambée des parts des entreprises pharmaceutiques a créé une nouvelle vague de milliardaires (fondateurs/dirigeants/actionnaires). Au même moment, la Chambre de commerce internationale prévoit des pertes économiques allant jusqu’à 9 000 milliards de dollars pour l’économie mondiale en raison (seulement) des inégalités vaccinales mondiales.

    Savons-nous seulement que Moderna, Pfizer / BioNtech, Johnson & Johnson, Novovax et Oxford / AstraZeneca ont reçu des milliards de dollars de financement public et des précommandes garanties, dont 12 milliards de dollars du seul gouvernement américain? Que ces “pharma” – comme autant de leviers à la financiarisation de nos économies modernes – ont également mis à profit de nombreuses années de recherche et de développement financées par des fonds publics? Les chercheurs des universités unis pour les médicaments essentiels ont découvert que 3% seulement des coûts de R&D pour développer le vaccin Oxford / AstraZeneca et sa technologie sous-jacente étaient financés par le secteur privé.

    Les vaccins à ARN messager de Moderna et Pfizer / BioNTech sont en passe de devenir deux des trois produits pharmaceutiques les plus vendus au monde. Les entreprises prévoient des revenus de 33,5 milliards de dollars en 2021 grâce à leurs vaccins. Leurs vaccins sont également les plus chers, allant de 13,50 $ à 74 $ par doses, les deux entreprises cherchant à augmenter les prix. Lors d’un appel aux investisseurs, Pfizer a cité entre 150 $ et 170 $ la dose comme prix moyen qu’ils facturent pour leur vaccin. Ceci malgré une étude de l’Imperial College de Londres montrant que le coût de production des nouveaux vaccins à ARN messager pourrait être compris entre 60 centimes et 2 dollars la dose. Tout ceci avec la bénédiction du “Clergé”, respectivement, des gouvernements. Les deux entreprises ont également vendu la grande majorité de leurs doses à des pays riches. Moderna a jusqu’à présent attribué 97% de ses vaccins aux pays riches et Pfizer 85%. Développé conjointement avec les National Institutes of Health du gouvernement américain, le vaccin de Moderna devrait générer 5 milliards de dollars de bénéfices en 2021. La société a reçu 5,45 milliards de dollars de subventions publiques. Par ailleurs, il est un secret de polichinelle que l’entreprise a établi une filiale à Bâle où l’impôt sur les sociétés ne dépasse pas 13%. Et les brevets du vaccin Moderna déposés au Delaware (Un état US bien connu de la Suisse puisqu’il a domicilié la société de portage des actifs toxiques de l’UBS avec le soutien de la Banque Nationale Suisse: StabFund Inc, Delaware. Et du soutien de la FED qui a créé “un marché des actifs toxiques” en rachetant pour plus de 2 000 milliards de dollars de “dettes pourries” afin d’épurer son système financier) cet État américain qui n’impose pas, entre-autres, les revenus provenant d’actifs incorporels, tels que les brevets. Au total, 1,5 milliard de doses du vaccin Moderna ont été commandées pour 2021 et 2022, dont 460 millions de doses pour l’UE et 500 millions pour les États-Unis. Cela coûtera à l’Union européenne 10,3 milliards de dollars et aux États-Unis 7,5 milliards de dollars. L’étude estime que la société générera quelque 18,4 milliards de dollars de revenus grâce aux ventes de vaccins.

    Je laisserai aux soins des “7 sages” d’effectuer les calculs pour la Suisse, après, l’on pourra toujours les viser. Ceci étant dit, avant d’envoyer l’ardoise économique, sociale et sociétale à l’océan de serfs – que ce soit par le biais du remboursement (orthodoxie budgétaire) de la dette publique ou sous la forme de réformes structurelles à venir – il faudra bien lui rendre des comptes. Et pour revenir à Galilée – en 1610 – la Papauté lui avait interdit l’enseignement de ses travaux jugés “subversifs” par l’idéologie dominante et les lois de l’Église (l’inquisition) avant son transfert – en 1633 – devant son tribunal: “la Sacrée Congrégation du Saint-Office”. Le siècle des Lumières (1900) mettra fin à des siècles d’obscurantisme et validera les travaux unanimement reconnus des hétérodoxes que furent Galilée et Copernic”.

    Et comme conclusion toujours d’actualité, voici cet extrait du discours d’Alexandre Soljénitsyne – Le Déclin du courage – prononcé le 8 juin 1978 à l’Université américaine de Harvard, dont la devise est Veritas: “Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l’être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l’ère moderne…”.

    Bien à vous

      1. C’est vous la fakenews, cher Troll !!!

        Lorsque vous attrapez au vol un semblant de courage avec une main pour accuser gratuitement votre interlocuteur, CED, la décence voudrait que la deuxième offre des arguments fouillés pour le démontrer. Ou si la vérité vous dérange à ce point, à minima et pour me discréditer, faites au moins preuve de plus d’intelligence ou de créativité afin que vos lecteurs vous accordent du crédit avec la même facilité que votre conjecture.

      2. (Dernier commentaire @ Raymond, en rapport de CED)

        Je crois qu’il est possible d’oublier rapidement ce genre d’interpellation. L’article de M. Sergio Rossi a généré en deux jours des exposés qui eux gardent leur valeur, cela a été une chance pour moi, Raymond, de vous rencontrer. L’histoire et la politique, l’ethnographie, la sociologie, sont des domaines que je n’ai longtemps pas osé aborder tant cela me semblait inaccessible. Et là vous avez pu m’emmener, tout comme j’ai emmené des personnes dans mon atelier pour qu’elles découvrent le fonctionnement des machines et des outils, comment il est possible de démonter complètement un véhicule ancien pour le faire revivre presque neuf. J’adore réparer, soigner, créer, et maintenant à septante ans je vais me monter un atelier de couture à côté des carrosseries. Jamais je n’aurais cru un jour me passionnerais pour cela, je rêve de fabriquer des manteaux en tweed des années quarante !

        Le commentateur qui est arrivé pour vous bousculer a été longtemps le visiteur des blogs à sujets sensibles, où il arrivait pour déverser ses arguments de pâte de béton à prise rapide. Des constructions sans cesse recommencées, en suivant le même plan, jusqu’à ce qu’il finisse par comprendre que sa présence pesait trop lourd. Il s’est éloigné, et maintenant revient pour lancer une petite tuile… Ne la lui renvoyons pas, il viendra la ramasser pour mettre les morceaux dans sa poche, puis s’en ira. Ce blog restera un bon souvenir (et il y en aura d’autres).

        1. Le plaisir est sincèrement partagé, Dominic, et votre philosophie de vie succite admiration et inspiration. Vous avez trouvé le Graal puisque la véritable richesse ne peut uniquement se quantifier à la seule balance d’orfèvre.

          Merci pour ces échanges constructifs et à bientôt!

          Bien à vous

        2. Dominic Bonsoir, Vous voulez dire « vieux tacots » ? Si oui, notre père en possédait plusieurs (dont une Le Zèbre – 1912 – et une Fiat mais je ne me souviens plus de l’année, peut-être 1922 ou ?) et des sublimes voitures des années 1950 (j’ai conservé les photos) qu’il a toutes retapées lui-même …… en oubliant la plupart du temps qu’il avait une épouse officielle, des maîtresses et ….. des enfants à charge en-dehors de son atelier !
          Pour la couture, je vous félicite également …. J’adore les tissus et couleurs “so british”, très assortis à mon teint pâle (d’autant plus que 89 % de mon vrai patrimoine génétique est aussi “so british”).
          Bravo Dominic, vos passions sont superbes. eab

  7. Pauvre Docteur SED (15 mars 2022 à 18h42) ….. vos lignes démontrent que vous êtes très probablement issu du milieu médical suisse ne supportant pas de se tromper = arrogante supériorité si typique, les médecins d’ailleurs sont des nuls et c’est toujours la faute des patient(e)s.

    Un milieu rempli de suffisance qui se plante parfois très lourdement comme dans mon cas précisément et forcément bien d’autres. D’autant plus que mon profil mêle 4 spécialités médicales avec la néphrologie …… D’ailleurs, le Prof. J. Desmeules serait fort surpris de découvrir mon rapport complet de pharmaco-génétique (une vingtaine de pages A4), réalisé ailleurs à mes frais exclusifs.

    L’attitude médicale valdo-genevoise est hélas éternellement empreinte de royal mépris également envers les éminents spécialistes installés au sein de plus grands centres de recherche (autres zones linguistiques évidemment, en Suisse et au-delà des frontières). Plutôt que d’échanger et trouver un compromis, on bataille ferme et on dénigre ses voisins.

    Mes documents médicaux sont ultra-sécurisés pour soigneusement avertir les générations futures des superbes dérives médicales helvétiques, toujours enduites de cette éternelle et insupportable attitude « nous sommes mieux que les autres sis à 150 ou 250 km versus à l’étranger ».

    Résumons:
    La cigale dit: J’ai essayé, j’ai joué avec le feu, j’ai persisté dans l’erreur, j’ai massacré des innocent(e)s, certes oui par mégalomanie j’ai omis de consulter un collègue très spécialisé dans la même ville mais c’est beaucoup trop fatiguant donc je ne suis pas coupable.
    La fourmi dit: trop tard, démerdez-vous et si vous avez un vrai courage moral, faites amende honorable, montrez que vous regrettez sincèrement et réparez ce qui est possiblement réparable.
    Or les cigales médicales suisses ne font JAMAIS amende honorable, elles rigolent de notre malheur sans discontinuer, en le notifiant très cruellement dans nos dossiers (tous récupérables).
    Jusqu’à ce que des fourmis étrangères (avec CV impressionnants) remettent manu militari de l’ordre dans le désordre médical si “propre en ordre” de mon cher territoire.

    Portez-vous bien Docteur SED « je sais tout mieux sans connaître le profil complet »
    Écrit en vitesse sur une aire de repos entre Milan et Venise

    1. Bonjour Eliane AB,

      Si vous le voulez bien, Eliane AB, au-delà des sensibilités, et au risque de me répéter d’une manière générale depuis plusieurs lustres, il vous faut bien comprendre (mais vous êtes sur le bon chemin de toute apparence) que – derrière “les docteurs Jekyll et Mister Hyde” de la santé – tous les pans de nos sociétés sont maintenant financiarisés. Y compris le domaine de la santé (dans son ensemble) dont l’opacité est un facilitateur. Le régime de croissance, dit “néolibéral”, s’est imposé à partir des années 1980 en étendant la recherche de la rentabilité financière, non seulement dans tous les domaines des échanges, de l’immobilier, mais également dans les services publics (éducation, santé, assurances sociales, justice, médias…) en profitant de l’affaiblissement du pouvoir. D’où l’émergence des relations incestueuses et les nombreux conflits d’intérêts (Public Choice theory). Aujourd’hui, tout est devenu potentiellement producteur de rentes, de sur-profits. “Faire de l’argent avec de l’argent” est devenue la logique dominante par affaiblissement des institutions régulatrices du régime de croissance de l’après-guerre. Autant dire que la Suisse, de part son histoire d’après-guerre et la fondation de la Mecque du néolibéralisme – la société du Mont-Pélerin – par Hayek et Mises (1947), porte en elle les gènes de cette révolution néolibérale. Par analogie, la financiarisation est ainsi cette forme particulière du nouveau capitalisme où tout est tourné vers la recherche de “rentes”. Et comme chez les économistes et/ou les financiers, cette idéologie prédatrice a ses détracteurs (les hétérodoxes) et ses défenseurs (les orthodoxes). Tout comme le domaine de la santé peut compter sur ses “docteurs Jekyll” et ses “Mister Hyde”. De même que cette idéologie peut compter sur l’ensemble de ses fans; bénéficiaires eux-mêmes de “rentes” ou d'”intérêts et avantages” (qui divergent souvent de l’Intérêt général et du Bien commun). Le solde parie son avenir sur les mirages de la “téléréalité” avant d’être saigné à blanc.

      On peut donc relever plusieurs formes de rentes. Premièrement, la “rente financière”, à travers les gains que les détenteurs d’actions réalisent sur les marchés financiers, qui va de pair avec la baisse des taux d’intérêt et les truchements de la spéculation. Et par analogie, là aussi, avec la compression des coûts dans l’économie réelle. Deuxièmement, la “rente digitale” à partir des années 2000. C’est la capture d’Internet par des monopoles (Big Techs) qui, du même coup, s’approprient gratuitement sur leurs plateformes en ligne des milliards de données sur les individus et en font commerce. Troisièmement, la “rente d’agglomération spatiale”, avec la concentration de l’activité économique dans les métropoles, la détérioration des villes moyennes et du rapport villes-campagnes. Quatrièmement, la “rente d’influence” : les acteurs économiques ne sont pas contrés par une régulation antitrust, par exemple. Ils vont chercher à dominer la puissance publique et dicter leur loi. Cinquièmement, “la rente liée à l’immobilier”. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce marché lié à l’endettement, que l’on avait fait contracter aux ménages modestes, fut remis en question en 2008. Pourtant, on oublie aussi que la création monétaire passe par l’endettement (les crédits font les dépôts et non l’inverse). Et inutile de préciser que la Suisse, pays riche par excellence, compte un taux d’endettement des ménages parmi les plus élevés au monde.

      Enfin et pour terminer, Eliane AB, sixièmement, “la rente de maladie”. Silencieuse, sournoise, coûteuse en deniers publics…mais tellement rentable et profitable pour tous les bénéficiaires se nourrissant sur la “bête”…

      Pour vous! Un article très bien écrit, développé et sourcé :

      https://rosalux-geneva.org/fr/la-financiarisation-de-la-sante/

      Bien à vous

      1. Bonsoir Raymond,

        Absolument! Merci pour vos lignes vraiment très élégantes et fort justes.

        Personne ne se nourrit plus sur la bête féroce Eliane AB, à canines de vampire bien pointues. J’y ai mis un terme dès que j’ai découvert la vérité, toute la vérité, rien que la vérité sur mon cas foireux (et bien d’autres hélas, nous nous comprenons).

        Ma grande chance est d’avoir eu durant des décennies un supérieur hiérarchique incroyablement humain et proche des patient(e)s « prof. ordinaire / chef de service / directeur de département / doyen / vice-recteur / président de X sociétés et académies / distinctions tous azimuts », ce qui m’a permis d’enquêter et de creuser non-stop dans la plus grande discrétion … et donc de méthodiquement récupérer, cumuler, compiler les preuves des dérapages.

        D’ailleurs, on n’en fait plus des personnalités sur ce modèle de droiture… Les nouveaux professeurs (médecine humaine) sont bien lustrés et “brillants” à l’extérieur mais complètement vides à l’intérieur, il suffit juste de gratter un peu la surface. Et en plus ils affichent toujours une affreuse mauvaise mine dans les médias, ce qui est fort suspect et nous avons de beaux échantillons durant 2 ans non-stop.

        Mais qui gratte le vernis de surface à part vous-même, quelques rares érudits et de simples enquiquineuses comme moi-même?

        Or être dans la fosse aux fauves affamés est la seule et unique possibilité pour comprendre pourquoi et comment les patient(e)s sont encore et toujours lapidé(e)s, dépouillé(e)s, mangé(e)s tout crus après lessivage de leurs cervelles.

        J’ai trouvé la référence, merci beaucoup, cela semble fort passionnant – je la mets dans mes favoris à lire depuis Bolzano et alentours. J’irai revoir Ötzi car j’adore son histoire transfrontalière – chaque fois je me pose de nouvelles questions sur le nomadisme et la quête sans fin d’un « meilleur environnement où survivre ». Au plaisir de vous lire, eab

        Deux références (dont une datant d’il y a 20 ans) sur la fraude en sciences, fraude devenue depuis une vraie pandémie. J’en ai aussi une tonne sur les erreurs médicales, évidemment.

        https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12368816/ (Journal Nature 2002)
        https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17970246/ (Journal Med Law 2007)

        1. Merci à vous d’enrichir le débat au-delà des seuls clichés stériles, Eliane AB.

          Un extrait de mon intervention datée peut vous intéresser à plus d’un titre. Et bien évidemment qu’une certaine frange du corpus medical se noie dans ces mêmes travers. L’individualisme n’a-t-il pas contraint nos sociétés à se déshumaniser sur l’autel du “Veau d’or”?
          —-
          RAYMOND
          2 novembre 2020 à 12 h 42 min

          (…) Non seulement la pensée unique, d’ordre néolibéral chez les économistes mainstream, a gangréné le pluralisme des sciences économiques mais le modèle éducatif conditionné a aussi porté sa pierre au grand édifice. Le non moins éminent professeur au MIT, Noam Chom­sky, mondialement reconnu, n’a t-il pas mis en lumière les effets néga­tifs, voire per­vers, du modèle auto­ri­taire de l’école qui, en impo­sant des pra­tiques édu­ca­tives auto­ri­taires ne pri­vi­lé­gient pas la com­pré­hen­sion, le talent et la créa­t­vité? Penser autrement. Pour illus­trer son pro­pos, il cite l’exemple du pro­gramme édu­ca­tif amé­ri­cain No child left behind de 2001 qui vise avant tout à ensei­gner pour réus­sir un examen. De son point de vue, ce sys­tème sco­laire qui impose l’ignorance a plu­tôt ten­dance à favoriser l’endoctrinement et la for­ma­tion d’individus qui seront for­ma­tés pour être à la solde d’une idéo­lo­gie de nature “coer­ci­tive qui vise à empê­cher le peuple d’exercer un contrôle sur le pro­ces­sus déci­sion­nel dans le but de le concen­trer entre les mains des aristo­crates, ces indi­vi­dus qui méprisent le peuple et cherchent à l’éloigner du pou­voir”.

          Pour Noam Chom­sky, ces intel­lec­tuels formeront à leur tour des indi­vi­dus qui s’attacheront à légi­ti­mer et à per­pé­tuer les valeurs d’une société indus­trielle domi­née par le modèle tech­no­cra­tique où le culte des experts occupe une place centrale. Par ailleurs, il dénonce le nou­vel esprit du temps, c’est-à-dire le sys­tème domi­nant de nature anti-démocratique promu par les poli­tiques et le patro­nat qui pri­vi­lé­gient la pro­duc­tion et l’accumulation de biens ainsi que la for­ma­tion “d’outils à la solde des employeurs.“

          Tout en cri­ti­quant ce modèle de société, Chom­sky dénonce “la tra­hi­son des clercs”, ces uni­ver­si­taires, intel­lec­tuels, médias et tous les défen­seurs de ce nou­vel esprit du temps qui glo­ri­fient, pro­pagent et légi­ti­ment ce sys­tème de valeurs dont l’objectif est de condi­tion­ner et d’opprimer les indi­vi­dus et d’entraver l’avènement d’une société “libre, juste et démo­cra­tique”.
          —-
          Bien à vous

  8. Ce coup de sang concluera mes interventions propres à cette chronique!!!

    Certes, la dette de la Confédération Helvétique s’est accrue en raison des mesures prises pour lutter contre la pandémie de COVID-19 et, la dette brute qui s’élevait à quelque 109 milliards de francs à la fin de l’année 2021 correspond à une augmentation de 5 milliards de francs par rapport à l’année précédente. Toujours-est-il que le niveau d’endettement de la Suisse reste faible en comparaison internationale, n’en déplaise aux ayatollahs de l’orthodoxie budgétaire. Et si la Confédération se targue de cette bonne santé budgétaire, elle le doit essentiellement au mécanisme du frein à l’endettement. Une austérité budgétaire réalisée depuis 2003 à coups de pioche dans les assurances sociales (AVS/AI; LACI; LAmal…); dans le domaine de la santé publique (lits/100’000 habitants – structures et matériels); dans les mécanismes organisationnels de prévention des risques épidémiques/pandémiques, entre-autres. Question de perspectives? En 2005, la dette de la Confédération s’élevait encore à quelque 130 milliards de francs. Par contre, durant près de deux décennies placées sous les quatre fers du frein à l’endettement, la coûteuse réforme fiscale des entreprises (qui profite pour l’essentiel aux grandes entités) est passée comme une lettre à la poste auprès du peuple.

    https://www.efd.admin.ch/efd/fr/home/politique-budgetaire/dette-confederation/_jcr_content/par/image/image.imagespooler.png/1645017508269/graphik-bundesschulden-2022-fr.png

    Enfin, et pour terminer, dès l’instant où nos sociétés réelles ont laissé cette frange non négligeable d’économistes orthodoxes (mainstream) s’emparer des sciences dures – à l’instar des mathématiques – pour bétonner leurs certitudes, il ne faut malheureusement plus s’étonner de la déshumanisation ambiante car nous étions prévenus. À ce titre, comment faire l’impasse sur l’économiste américain Robert Heilbroner (1919-2005), principalement connu pour “The Worldly Philosophers”. Dans sa première édition de 1953, l’ouvrage annonçait “un voyage à travers l’éthique” et pour cela partait à la découverte d’une poignée d’hommes qui, par leurs idées, donnèrent sens au monde économique moderne. Tous différents – “il y eut parmi eux un philosophe et un illuminé, un pasteur et un agent de change, un révolutionnaire et un gentilhomme, un esthète, un septique et un vagabond” – ils élaborèrent pour cela, intrigue, pièce, drame, scène, pour lever les doutes et les anxiétés que faisait naître un nouveau et vaste monde économique apparemment chaotique et pourtant en constante évolution; leurs récits permettant en définitive aux communautés humaines de comprendre et d’agir en vue d’adapter et de contrôler le capitalisme. L’ambition de ces hommes ne pouvait pas être celle de simples techniciens ou experts: leurs imaginations, nourries par ce large éventail de biographies singulières, leur donnaient l’audace d’embrasser l’ensemble de ce processus dans ses dimensions économiques, mais tout autant politique, sociale, culturelle, que paraissait rythmer l’accumulation progressive de richesses.

    Cet économiste américain, Robert Heilbroner, au fil de son épopée, posera un énième constat: “les mathématiques avaient insufflé une rigueur à la science économique avant de la tuer!”.

    1. Vous écrivez excellemment Raymond, c’est donc un réel plaisir de vous lire et de s’éduquer en continu. Merci !
      En parallèle à la lecture assidue de Walter Scheidel (Une histoire des inégalités de l’âge de pierre au XXIème siècle, Actes Sud), d’articles médicaux par rapport au non-dits de la vaccination forcée et à mon status hors-normes, j’ai acquis tout autre chose pour bien aérer ma cervelle soit le dernier Antonio Franchini (Napoli 1958, un contemporain) « Leggere possedere vendere bruciare » (ed Marsilio racconti).
      Cela fait tellement de bien de se plonger dans d’autres « analyses » du comportement humain et cette fois-ci envers les « livres » (donc pas de virus, pas de vaccin, pas de théorie du complot, pas de guerre quoique ….) .
      J’oubliais: je vois très bien qui est Noam Chomsky dont j’ai quelques livres dans mes cartons du Xème déménagement, 38ème, puisque j’ai déjà dû attraper à la Maternité un redoutable et ingouvernable virus, la bougeotte ! Alors merci également pour ce rafraichissement de mémoire très bénéfique.
      Portez-vous bien Raymond, eab

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