Les limbes des bonnes intentions

Lorsque le désir d’aider son entourage s’avère autodestructeur, une remise en question et un travail sur soi s’imposent. Comment une volonté protectrice peut-elle forger les barreaux d’une prison ? Quels mécanismes se mettent en place et comment déjouer les pièges ? Voyage au cœur de la codépendance.

Son timbre dramatique lui vaut une place de choix dans les films : le fameux « après tout ce que j’ai fait pour toi ! » s’inscrit mélodieusement dans les scènes de disputes et de rupture, remuant les spectateurs, pimentant la séquence et donnant un nouvel élan au scénario. Ce type de reproches qui peut paraître anodin est révélateur, lorsqu’il est observé quotidiennement, d’un dysfonctionnement relationnel peu connu, celui de la codépendance.

Me sauveras-tu ?
Pour mieux comprendre ce phénomène, les théories de Stephen Karpman s’avèrent révélatrices. En 1968, ce psychiatre élabore un modèle d’analyse transactionnelle résumant le fonctionnement qui peut amener une relation d’entraide à voler en éclats. Pour ce faire, il établit trois rôles formant un triangle : le sauveur, le persécuteur et la victime. Selon lui, ce schéma s’installe, par exemple, lorsqu’une personne adopte la position du sauveur et « intervien[t] pour offrir de l’aide sans avoir les moyens d’aider ou sans avoir été invitée »[1]. C’est là le rôle qu’adopte régulièrement la personne codépendante. Par la même occasion, elle pose son interlocuteur en victime incapable de gérer une situation et la démunit de ses responsabilités. Le sauveur-codépendant offre ses efforts de tout cœur jusqu’au moment où il sentira un manque de reconnaissance quant aux services qu’il a rendus, ce qui le mettra en colère et l’amènera à reprocher à l’autre d’être ingrat. C’est à ce moment que le triangle entre en mouvement, car le sauveur se perçoit alors lui-même en victime et place l’autre dans une position de persécuteur. La victime initiale, quant à elle, se sent également persécutée par les reproches de son ancien sauveur, ce qui donne finalement lieu à des conflits où chacun se sent négligé et incompris.

Origines dans l’enfance
La personne codépendante se retrouve donc régulièrement (et souvent inconsciemment) au cœur d’une danse de rôles dont aucun-e participant-e ne sort gagnant-e. Ce schéma peut prendre place dans des situations anodines, telles qu’un service rendu à un-e collègue, mais peut également s’opérer à un niveau supérieur et à long terme, notamment dans des relations abusives ou malsaines. Cette conséquence de la codépendance s’avère également en être l’origine, puisque selon plusieurs théoricien-ne-s de la question, « la famille dysfonctionnelle […] mène à la codépendance. C’est un univers ou les responsabilités envers les autres sont assumées au détriment des responsabilités envers soi-même »[2]. En effet, l’un des dénominateurs communs des différent-e-s codépendant-e-s est une enfance passée auprès d’un-e proche souffrant d’une addiction, qu’il s’agisse de substances biochimiques, de nourriture, d’alcool, du jeu ou de tout autre type de dépendance. Cela entraîne l’enfant à adopter un comportement de sauveur qu’il conserve jusqu’à l’âge adulte. Comme l’explique Daniela Danis, psychologue spécialisée dans les questions de dépendance, « la personne codépendante est obsédée par le désir d’aider une personne dépendante à sortir de son addiction, sans en avoir les moyens et sans tenir compte de ses propres limites ». Une intention louable, mais dont la mise en œuvre s’avère finalement contreproductive.

Rôle de barrage
« Le codépendant se positionne en sauveur car il essaie d’éviter le pire : il est habité par des peurs tout à fait justifiées. Mais les actions qu’il met en place empirent la situation » souligne la psychologue. En cherchant à contrôler l’autre, à le protéger de l’addiction, à cacher les substances en question pour éviter qu’il en consomme et en mentant au patron de leur proche pour l’abriter du contre-coup de ses actes, les codépendants se posent en barrage entre la personne souffrant d’une addiction et les conséquences de ses comportements, ce qui lui facilite la démarche. Pourtant, une confrontation avec le fruit de ses agissements permettrait à la personne dépendante de se remettre en question et peut-être, si elle en a la volonté, de démarrer un programme de sevrage. Cette notion échappe à la personne codépendante, pour qui le concept de responsabilité est flouté par ses croyances.

Les profondeurs de la codépendance
Selon les différents spécialistes du sujet, le comportement de sauveur que les codépendant-e-s adoptent s’explique par un ensemble de failles dans la construction de leur identité. Entre leur manque de confiance en soi, leur perfectionnisme et leur habitude inconsciente de refouler leurs émotions, les codépendant-e-s font difficilement la distinction entre leurs propres sentiments et ceux des autres. Enfermé-e-s dans l’impression que tout ce qui se passe est leur faute, « toujours en exil de soi-même, penché-e-s vers l’autre, à la recherche de reconnaissance via le sacrifice », ajoute Daniela Danis. Selon la spécialiste, il s’agit d’une forme de dépendance affective se concrétisant par une interminable volonté d’aider les autres. C’est notamment ce qui émane du témoignage d’un de ses patients ayant vécu avec un proche alcoolique dans son enfance, qu’elle rapporte dans son livre Au cœur de la codépendance :

« Aujourd’hui je n’ai aucune estime de moi et je me demande si c’est lié à ce que j’ai vécu quand j’étais petit ? J’ai le sentiment de devoir vivre caché, de ne pas montrer mes sentiments, sinon personne ne va m’aimer. Si on me demande quelque chose, je n’arrive pas à dire « non » et ensuite j’ai l’impression de me faire avoir. D’un autre côté, si je refuse, je ne me sens pas bien. Je culpabilise, je me dis : « Tu pourrais quand même… » Je ne trouve pas la paix. Ou je m’isole ou je pense que je dois faire tout ce qu’on me demande. C’est tout ou rien. »[3]

Cette souffrance est accompagnée d’une incapacité à différencier les problèmes des autres des leurs. A cela peut s’ajouter la conviction d’être les seul-e-s capables d’endosser une charge sans réaliser qu’elle est trop lourde pour leurs épaules. Cet ensemble de croyances est renforcé par les conséquences de leurs comportements, qui facilitent l’enfermement de leur proche dans leur addiction ; ce qui les entraîne dans un cercle vicieux de plus en plus nocif pour l’estime de soi. Les personnes codépendantes, inconscientes de leur problème, se retrouvent fréquemment embarquées dans des relations avec un-e conjoint-e souffrant d’un type d’addiction, ce qui les renvoie dans le schéma auquel elles sont habituées. Néanmoins, il ne s’agit pas d’une fatalité : plusieurs moyens permettent aux personnes souffrant de codépendance d’en sortir.

Le calme après la tempête
Comme dans toute habitude d’auto-sabotage, la première étape vers le mieux est la prise de conscience. Puis, selon la psychologue, emprunter le chemin vers des relations saines nécessite de s’écouter, de savoir reconnaître ses limites, de les exprimer et de les respecter. Au terme d’un travail sur soi, l’idée est d’adopter le concept de réciprocité dans ses rapports aux autres, ainsi que d’offrir son aide seulement lorsqu’elle est explicitement demandée et qu’elle n’implique pas d’oublier ses propres besoins. Il est également important de questionner les idées reçues concernant le don de soi qui enveniment la réflexion en laissant croire qu’il serait égoïste de ne pas se sacrifier pour les autres. Pour beaucoup, ce disfonctionnement de codépendance se répète et se légitime par leurs valeurs et leur éducation. Il est pourtant primordial de penser d’abord à soi dans chacun de ses choix, ainsi que de respecter ceux des autres, comme le dit si bien Lise Bourbeau : « être responsable, c’est assumer les conséquences de nos décisions, ce qui veut aussi dire laisser les autres assumer les conséquences de leurs propres choix. »[4] Une vision des choses nécessaire pour entreprendre les différentes étapes vers une meilleure prise en main de sa vie.


En savoir plus
– Le site de Daniela Danis : http://www.codependance.ch/
– Le site de Stephen Karpman : https://www.karpmandramatriangle.com/


[1] Karpman, Stephen. Le Triangle Dramatique. Traduit par Jérôme Lefeuvre et Pierre Agnèse. Malakoff : Dunod Éditeur, 2017, p. 14.

[2] Ribeyre, L. « La codépendance : nouvel outil clinique ou flou conceptuel ? Une revue de la littérature ». Pratiques psychologiques 2014, vol. 20, p. 269.

[3] Danis, Daniela. Au coeur de la codépendance. Genève : Éditions du Tricorne, 2013, p. 205.

[4] Bourbeau, Lise. La puissance de l’acceptation. Malesherbois : Écoute ton corps, 2007, p. 104.

 

L’édition suisse revisitée par Paulette

Paulette éditrice combine une originalité littéraire, une diversité de genres, un rapport aux lecteurs privilégié et un système éditorial respectueux de l’environnement. Quelle est la recette d’un tel équilibre ?

Noémi Schaub et Guy Chevalley, co-directeur-trice-s de Paulette éditrice

Ce ne sont ni des livres, ni des romans, ni des nouvelles, mais bel et bien des « pives » que Paulette éditrice publie régulièrement depuis bientôt trois ans. À l’image de la pomme de pin, ces fictions courtes de huitante pages s’avèrent à la fois mignonnes et piquantes. Au-delà de la qualité de ses œuvres, la maison d’édition a su trouver un format qui lui est propre, non seulement dans la dénomination de ses publications, mais également au niveau de son système d’impression et de distribution unique en son genre.

Impression adaptée aux lecteur-trice-s
Première originalité qui la démarque dans le paysage éditorial dense de la Suisse Romande, son fonctionnement d’abonnement qui permet de lutter contre la consommation inutile de ressources : « Nous voulons éviter le sur-tirage de la chaîne du livre habituelle, dans laquelle beaucoup d’ouvrages sont imprimés pour répondre à la demande initiale ; ce qui implique un grand nombre d’exemplaires restants qui finissent leur vie au pilon », explique Guy Chevalley, codirecteur de la maison d’édition. Paulette adapte les impressions à la demande des lecteur-trice-s qui se sont inscrit-e-s en leur envoyant, selon leur désir, trois ou six pives par année. Ils et elles se laissent alors séduire par des œuvres qui n’auraient pas forcément attiré leur attention dans le contexte de vente classique d’une librairie, mais que ce système de distribution permet de découvrir avec gourmandise. À cette diversité généreusement offerte aux abonné-e-s s’ajoute une dimension locale dans la production des pives qu’ils reçoivent.

La Suisse omniprésente
L’helvétisme sciemment adopté pour désigner les ouvrages de Paulette se réfère non seulement aux nombreux auteurs romands publiés (Matthieu Ruf, Julie Guinand, Bruno Pellegrino, Jeanne Perrin, Elodie Glerum, Céline Zufferey, etc.) mais également à la matérialisation des exemplaires tous imprimés en Suisse « par soucis de responsabilité environnementale et afin d’encourager une économie locale », précise le codirecteur. Bien qu’une impression à l’étranger pourrait réduire ses coûts entre quatre et cinq fois, Paulette relève courageusement le défi, sans que les enjeux ne soient forcément clairs pour tou-te-s les abonné-e-s, comme le précise Noémi Schaub, codirectrice du projet : « Il y a une tendance vers de plus en plus de conscience vis-à-vis de l’alimentation, mais on sensibilise beaucoup moins les gens par rapport à la culture. » La majorité des lecteur-trice-s est donc plutôt séduite par d’autres aspects du projet, dont la qualité de sa ligne éditoriale. En témoignent Les hôtes, le tout premier recueil de poésie que la maison d’édition va prochainement publier.

Le lac Léman différemment

Dans cette nouvelle pive, Anne-Sophie Subilia nous emmène au cœur de sa longue expérience de méditation, de réflexion et d’observation effectuée au bord du lac, qu’elle a délicatement coloré de son imagination. La forme précise, à la fois simple et très travaillée de ses vers, alliée à l’empathie et la fascination qu’elle consacre aux figures qu’elle décrit, confèrent au texte une humanité saisissante. Des destins individuels, qui pourtant parlent à tout-e lecteur-trice, se mêlent à celui du visage si présent dans l’imaginaire collectif romand du lac Léman. L’auteure aura su capturer l’authenticité de l’étendue bleue, permettant aux timides de la trempette lacustre de se plonger dans ses poèmes. « Elle-même déclare qu’elle n’a probablement pas fini de régler tout ce qu’elle a à dire sur le lac » rajoute Guy Chevalley. Une très belle lecture à découvrir le 30 septembre, lors du vernissage. L’occasion de faire la connaissance d’une œuvre touchante et d’un projet éditorial qui cultive, dans toute sa concrétisation, un rapport au livre très poétique.


Évènements
26 septembre : Greta Gratos inaugurera Poésie en Ville avec la lecture de sa pive Lina à 19 heures à la Bibliothèque de la Cité (Genève)
30 septembre : Anne-Sophie Subilia vernira Les hôtes en lecture à 10 heures aux Bains des Pâquis (Genève)

En savoir plus
http://www.paulette-editrice.ch/

Saype : une fresque de l’avenir

Comment orienter les questions de développement durable vers une vision positive tout en soulignant la nécessité de l’effort humain ? Un défi relevé avec brio par l’artiste Saype à travers ses fresques géantes peintes à même le sol.

Jusqu’au 30 septembre se tiendra le Festival Vevey Image, l’édition de cette année se concentrant sur le thème « Extravaganza ». Parmi les invités, Saype, artiste peintre passionné de développement durable, a dessiné une fresque de plus de 1500 m2 dans le parc du Château de La Tour-de-Peilz, dont l’inauguration aura lieu demain.

Dans sa symbolique, sa forme et sa concrétisation, l’image sert de pôle de réflexion quant au futur réservé aux prochaines générations. Une petite fille imaginée comme emblème de l’enfance est portée dans une piscine par une bouée de sauvetage, cette dernière représentant l’évolution actuelle de l’humanité. L’œuvre souligne la fragilité de notre avenir en évoquant, à travers cette bouée, le besoin de nous protéger d’un danger impalpable auquel nous sommes confrontés. Néanmoins, elle rappelle aussi le pouvoir que nos actes du présent peuvent avoir sur notre progéniture, en dépeignant l’insouciance de cette enfant, confortablement installée dans une invention humaine qui garantit sa sécurité. « L’idée, c’est de montrer que si on donne vraiment de soi et qu’on prend le temps de bien réfléchir, on peut réussir à faire de belles choses en respectant la nature », explique l’artiste.

Un message que la fresque délivre également à travers sa matérialisation, étant donné qu’au terme de nombreux essais, Saype a réussi à fabriquer lui-même une peinture 100% biodégradable afin d’œuvrer dans le respect de l’environnement. Au-delà des questions que pose l’image, elle offre également une réponse, illustrant la possibilité de minimiser son impact sur l’environnement dans chacun de ses actes, toutes dimensions comprises. Si beaucoup d’artistes ont à cœur de représenter et dénoncer la crise environnementale, Saype se démarque en poussant la réflexion jusque dans la concrétisation de l’œuvre. Selon ce peintre engagé, « le rôle de l’art est de servir à l’écologie et à l’humain dans le réel. »

C’est sur cette ligne directrice qu’il réalise, en parallèle de ses autres projets, sa série de Land Art, voyageant avec son matériel pour dessiner des fresques géantes, dont en France et en Russie cette année. Image notamment intéressante parmi beaucoup d’autres, celle qu’il a réalisée au Luxembourg en 2017 : pour le Kufa’s Urban Art Festival, Saype a rassemblé les générations autour de l’écologie en dessinant un grand-père qui plante un arbre avec une petite fille. La valeur esthétique, morale et originale de cette représentation a beaucoup attiré l’attention, ce qui a permis aux organisateurs de vendre des graines, non seulement dans l’idée de planter des arbres, mais dont les bénéfices ont également été versés à des associations de lutte contre la déforestation. L’objectif de l’artiste, qui se renouvelle continuellement, est d’orienter l’attention portée à son œuvre sur les éléments positifs de notre évolution, permettant ainsi de cultiver une énergie favorable au changement. Ce qu’il conclut par sa vision responsable de l’être humain : « Nos vies et nos actes sont voués à être les traces de notre passage en ce monde. À nous de savoir quoi en faire. »


En savoir plus

Festival Vevey Image

Saype

Réchauffement climatique : à qui de jouer ?

La situation environnementale alarme de plus en plus la sphère scientifique, obligeant les différents acteurs à réévaluer leurs responsabilités. Gouvernements, industriels et citoyen·ne·s, dans quel camp se situe aujourd’hui la balle ?

« La fonte du pourtour de l’Antarctique, qui a commencé il y a plusieurs années, était prévue par les scientifiques pour la fin du siècle. » Dominique Bourg, Professeur à la faculté des géosciences et de l’environnement à l’Université de Lausanne et président du conseil scientifique de la Fondation Nicolas-Hulot, rappelle l’urgence actuelle de la crise environnementales. Les conséquences de l’exploitation polluante et effrénée de ressources épuisables se font de plus en plus ressentir, soulignant la nécessité d’une transition écologique accélérée. Les gouvernements, les citoyen·ne·s et les industriels se renvoient volontiers la balle concernant la responsabilité de ce changement radical mais nécessaire. Néanmoins, chacun de ces acteurs joue un rôle important, bien que différent, dans cette réorganisation de l’activité humaine sur la planète.

Des politiciens qui regardent ailleurs
Au niveau des gouvernements, dont la fonction dans cette transition serait d’encadrer les activités économiques lorsqu’elles deviennent dangereuses pour l’environnement, la plupart des dirigeant·e·s sont aux abonnés absents, trop occupé·e·s à faciliter la transition du commerce international et à défendre des intérêts qui riment rarement avec l’écologie. En témoigne la démission de Nicolas Hulot au gouvernement français, mardi 28 août, confronté à de nombreuses résistances des lobbies dans les cercles de pouvoir et incapable d’agir de manière adaptée face à l’ampleur des problèmes environnementaux. Le règne international du néo-libéralisme permet aux industriels les plus cyniques de poursuivre en toute indifférence leur course vers plus de productivité, satisfaisant les besoins d’un modèle économique basé sur la croissance infinie. Néanmoins, un bouleversement d’ampleur risque de changer la donne, le réchauffement climatique ne se résumant plus à des prévisions abstraites pour un futur lointain. La crise environnementale est maintenant visible, comme l’indique Dominique Bourg : « nous sommes aujourd’hui très probablement dans ce qui sera la quatrième année consécutivement la plus chaude jamais enregistrée[1] et de nombreuses personnes ont directement souffert des canicules. La contradiction entre l’inaction des grands acteurs et la détérioration de la situation va devenir sensible et risque de susciter des réactions différentes. » Autrement dit, les citoyen·ne·s ne laisseront plus les gouvernements se croiser les bras.

Le citoyen comme levier
Potentialité d’autant plus riche en Suisse, où la démocratie semi-directe offre aux individus une emprise incomparable sur les décisions politiques. A cette responsabilité s’additionne la nécessité de servir, en tant qu’habitant·e·s d’un pays sur-développé, de modèle pour les pays en voie de développement, qui se calquent inévitablement sur les systèmes des nations les plus privilégiées. Selon l’OFS, si tou·te·s les terrien·ne·s vivaient comme un·e suisse moyen·ne, il faudrait les ressources de trois planètes pour alimenter le mode de vie de la population mondiale[2]. Ce à quoi le Professeur ajoute : « 50% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont dues à 10% de la population[3], ce qui accroît la responsabilité des populations les plus riches ». Bien que les progrès actuels ne soient pas encore assez rapides pour répondre à l’urgence de la crise environnementale, les citoyen·ne·s suisses font des efforts salutaires dans leur mode de vie, notamment en termes d’alimentation. Selon bio-suisse.ch, la consommation de nourriture biologique est en augmentation et représente 9% des denrées alimentaires vendues sur le territoire helvétique[4]. Par ailleurs, le nombre de végétarien·ne·s s’est multiplié par six en quinze ans[5], représentant 11% de la population d’après le site de Swissveg[6]. Pour 58% d’entre eux, cette décision est motivée par une volonté de réduire leur émission de gaz à effet de serre. Enfin, au-delà des choix individuels de consommation, des projets collectifs centrés sur le développement durable voient le jour.

Se réunir autour de l’environnement
En prenant l’exemple de Lausanne, de plus en plus de personnes s’investissent bénévolement ou se contentent de salaires basiques pour consacrer leur temps à des entreprises écologiques. Des épiceries favorisant le vrac voient le jour, diminuant la quantité de déchets ménagers produits par ses client·e·s (Chez Mamie) ; d’autres visent même une consommation exclusivement bio et locale (La Brouette) ; différentes entreprises promeuvent la Slow-Fashion, s’opposant ainsi aux désastres environnementaux produits par l’industrie de la mode (Fair’Act) ; des « plantages » voient le jour afin d’offrir à tout·e citadin·e la possibilité de se faire la main verte ; des Disco-Soupes s’organisent pour lutter contre le gaspillage alimentaire, mais encore… Qui plus est, ces projets ont un avantage commun, celui de permettre aux lausannois·es de se réunir autour d’un but collectif et d’accéder à des groupements de taille humaine, favorisant un contact que les modèles de consommation classiques ont perdu. Face à l’ampleur des problèmes environnementaux, rien de plus sage et sécurisant que de passer à l’action dans le cadre de mouvements désireux d’avancer de manière durable.


[1] « 2015, 2016 and 2017 have been confirmed as the three warmest years on record »
https://public.wmo.int/en/media/press-release/wmo-confirms-2017-among-three-warmest-years-record

[2] « Près de trois planètes Terre seraient nécessaires si tout le monde vivait comme la population suisse »
https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/developpement-durable/empreinte-ecologique.html

[3] « environ 50% de ces émissions [de gaz à effet de serre] sont imputables aux 10% des habitants de la planète les plus riches »
https://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/file_attachments/mb-extreme-carbon-inequality-021215-fr.pdf

[4] https://www.bio-suisse.ch/media/Ueberuns/Medien/BioInZahlen/JMK2018/bio_in_zahlen_17_f_final.pdf (p. 11)

[5] 1992 : 1,8% https://www.swissveg.ch/statistiques?language=fr
2017 : 11% https://www.swissveg.ch/veg-umfrage

[6] https://www.swissveg.ch/veg-umfrage