Retour aux sources à travers le yoga

L’époque du coronavirus t’invite à rester dans ton cocon, ce qui requiert un certain nombre d’aménagements dans ton quotidien. Peur de l’ennui ? C’est là une excellente opportunité de découvrir le yoga ou d’approfondir ta pratique.

Plus qu’une mode, cette discipline devient un véritable style de vie – célébrités revendiquant ses bienfaits, études scientifiques confirmant son utilité, témoignages ravis de ton entourage : tout semble indiquer que ce sport peut amener des changements significatifs dans ton quotidien.

Découvrir les bénéfices du yoga

Ceci dit, ton enthousiasme peut rapidement donner place à un certain embarras face à l’étendue de l’offre qui défile sous tes yeux. Cours de Hatha, Vinyasa, Iyengar, Kundalini, Yin et autres termes inconnus te rendent perplexe. Par où commencer ? Clélia, Christel, Priscilla et Sophie, qui enseignent différentes formes de yoga, te présentent leurs pratiques pour t’orienter dans cette découverte.

  • Hatha

« Le Hatha yoga est considéré comme la forme de yoga la plus traditionnelle car elle comprend des postures, des exercices de respiration et des techniques de purification physique » explique Sophie, fondatrice du studio Samadhi Yoga à Morges. Les postures sont adoptées pendant une longue durée, explorant en profondeur ses effets sur ton corps, ton souffle et ton esprit. Cette pratique de l’effort dans la lenteur permet de te préparer à l’exercice de la méditation.

Séance de Hatha en vidéo

 

  • Vinyasa

Si tu as besoin de dynamisme, le Vinyasa enchaîne des postures en travaillant avec la respiration. « Il s’agit d’une séquence fluide synchronisant souffle et mouvement » explique Clélia. Sa passion pour la danse et le yoga s’unissent dans une approche mêlant rythme et contemplation. L’enchaînement n’est pas préfédini, ses variations cadencées engendrent une méditation dans le mouvement. Tu y découvres le potentiel de ton corps en entraînant force musculaire, souplesse et endurance.

Séance de Vinyasa en vidéo

 

  • Yoga Prénatal

Christel harmonise les bénéfices du yoga dans une approche centrée sur l’attente de ton heureux évènement. « Le Yoga Prénatal offre une pratique physique adaptée aux trimestres » explique l’enseignante. Ses exercices visent à faciliter l’ouverture des hanches, soulager le bas du dos et créer de l’espace au niveau du buste. Tu y travailles non seulement le souffle et le périnée, mais tu te prépares aussi mentalement à l’accouchement avec un groupe de femmes qui traverse une expérience similaire.

Séance de Yoga Prénatal en vidéo

 

  • Kundalini

Cette discipline combine « des exercices physiques, des pratiques respiratoires, des danses des mains et le chant de mantras pour entrer en méditation » explique Priscilla, co-fondatrice du Studio Nomad. En sanskrit, le terme « Kundalini » évoque un serpent enroulé sur lui-même. Il symbolise une énergie latente que tu peux réveiller pour activer tes chakras et te connecter à ton toi profond. Un merveilleux moyen de t’ancrer dans l’instant présent à travers une approche ouverte et bienveillante.

Séance de Kundalini en vidéo

 

  • Iyengar

« C’est une pratique centrée sur la rigueur, l’alignement et la précision » explique Christel. L’Iyengar suit des séquences spécifiques, travaillant différentes parties du corps tour à tour. Des sangles, des briques, des couvertures, des chaises et des cordes peuvent adapter les postures à tes capacités physiques. Cette discipline est un excellent moyen de se remettre au sport après une blessure ou une opération : B. K. S. Iyengar avait lui-même des problèmes de santé lorsqu’il a fondé cette approche.

Séance d’Iyengar en vidéo

 

  • Yin Yoga

Si tu as besoin de te détendre, cette pratique permet de lâcher les tensions profondes et les crispations émotionnelles retenues dans le corps. Elle fait appel à des postures assises ou couchées, tenues pendant plusieurs minutes. « Le Yin Yoga se concentre sur l’étirement des tissus conjonctifs, fascia, articulations et muscles ; lent, passif et efficace, il convient à tous les âges et tous les niveaux » ajoute Clélia. À travers la stimulation des méridiens, cette discipline te permet de retrouver le calme.

Séance de Yin Yoga en vidéo

 

  • Yoga Thérapeutique

Bien qu’adaptée à toute personne cherchant à diminuer le stress du quotidien, cette approche peut t’accompagner en parallèle d’une maladie ou d’un lourd traitement. « Elle combine des moments de profonde méditation avec des exercices de respiration et des mouvements de yoga en douceur » précise Priscilla. Le yoga thérapeutique te permet de découvrir et d’observer les frontières de ton corps, d’explorer de nouvelles sensations, d’assouplir ton corps et ton esprit.

Séance de yoga Thérapeutique en vidéo

 

Il existe de nombreuses autres approches : l’AcroYoga qui se pratique à deux, le Bikram pratiqué dans des salles chauffées à 40°C, le Nidra explorant un état entre l’éveil et le sommeil, mais encore… Quoi qu’il en soit, tes premiers pas dans le monde du yoga gagnent à être accompagnés par les bonnes questions. Qu’est-ce que tu cherches à travers cette discipline ?

Une fois que tu en sais plus sur tes besoins, les enseignantes sont unanimes : le meilleur moyen de trouver chaussure à ton pied est d’essayer. Fais preuve de curiosité, autorise-toi à te lancer, changer, évoluer, prête attention à ton ressenti. Il est important que tu te sentes à l’aise vis-à-vis de la personne qui t’accompagne dans ta pratique, virtuellement ou en personne. Ambiance calme, environnement sérieuse ou atmosphère divertissante : à toi de voir ce qui te nourrit le plus. Cette heure que tu t’offres doit avant tout être un plaisir !

Je te souhaite une excellente découverte.

 

Liens

Christel : https://www.petityogalab.com/

Clélia : https://www.yogaflowclelia.com/

Priscilla : https://www.lestudionomad.com/

Sophie : http://samadhiyoga.ch/

 

L’Acroyoga se pratique à deux.

L’appel de l’alto

Sous la pression de l’archet, une corde entonne le récit d’un rêve. La première note s’installe doucement dans l’air, enveloppant l’atmosphère de ses vibrations. Le chant de l’alto nous héberge au plus profond de son être. Les doigts de Cristofer Schencke valsent gracieusement sur le sillet, oscillent lors d’un vibrato, donnent peu à peu vie à la première Suite de Max Reger.

« J’ai décidé de devenir musicien à 16 ans ». L’altiste quitte alors Valdivia pour étudier à Santiago de Chile, à plus de 800 kilomètres de sa ville natale. Son jeune âge ne lui permettant pas de travailler, il joue dans la rue tous les jours afin de financer ses études et son logement.

L’isolement, la solitude et les difficultés de ce mode de vie forgent tant bien que mal le jeune musicien. À plusieurs reprises, il se rend à la station de bus, toutes ses affaires sur lui, avec la ferme intention de retourner chez ses parents. « J’attendais l’heure du départ devant le bus, puis mon orgueil reprenait le dessus : je regardais le bus disparaître à l’horizon, je retournais à l’hôtel et j’y pleurais toutes larmes de mon corps. »

Les années passent, les heures de travail acharné se succèdent, les auditions défilent. La ville de Santiago s’intéresse peu à peu aux talents de Cristofer, qui joue dans différents ensembles. Vient ensuite le jour où l’Orchestre Symphonique National du Chili l’engage comme remplaçant ; une fois, une autre, puis de plus en plus souvent.

La stabilité le motive à aller plus loin. Il obtient une bourse pour étudier à Berlin et s’y rend sans connaître la langue. « Toutes les difficultés que j’ai vécues à Santiago se sont manifestées de manière plus intense en Allemagne. J’ai passé deux mois dans cette ville sans pouvoir parler à personne. » Les expériences de ses 16 ans s’avèrent salvatrices, lui conférant l’expérience nécessaire pour mener à bien ce voyage.

En 2017, Cristofer obtient un poste permanent à l’Orchestre Symphonique National du Chili. L’artiste exulte. Gratitude, fierté, euphorie. Son rêve réalisé, ses accomplissements célébrés, le musicien insiste sur le rôle de son intuition. « J’ai suivi très tôt la voix qui me disait ce que je devais faire de ma vie, ce qui m’a permis d’arriver plus loin que ce que j’avais imaginé. Deux semaines après avoir reçu cette nouvelle, j’ai recommencé à me poser des questions. »

Le musicien s’est créé de nouveaux buts, évoquant de nombreux voyages. Aujourd’hui en séjour à Berlin, Cristofer parle de son parcours avec beaucoup de reconnaissance. Bien plus que la finalité de ses objectifs, son amour pour le processus qui l’y mène lui permet de vivre un rêve éveillé.

Bajo la presión del arco, una cuerda entona el relato de un sueño. La primera nota se instala suavemente en el aire, envolviendo la atmósfera con sus vibraciones. El canto de la viola nos alberga en lo más profundo de su ser. Los dedos de Cristofer Schencke valsean delicadamente en la cejilla, oscilan durante un vibrato, dándole vida a la Suite 1 de Max Reger.

“Decidí ser músico a los 16 años”. En este momento, el violista deja Valdivia para estudiar en Santiago de Chile, a más de 800 kilómetros de su ciudad natal. Puesto que su edad temprana no le permite trabajar, toca en la calle para financiar los estudios y su vivir.

El aislamiento, la soledad y las dificultades de éste estilo de vida forjan el joven músico a duras penas. En ocasiones acudió a la estación de buses, tomando todas sus cosas, con la firma intención de volver a la casa de sus padres. “Esperaba la hora de ida delante del bus, y luego el orgullo vencía: miraba el bus desaparecer en el horizonte, volvía al hostal y lloraba todas sus lagrimas.”

Los años pasan, las horas de trabajo incansable se suceden, las audiciones desfilan. La ciudad de Santiago se interesa poco a poco por los talentos del Cristofer. Llega finalmente el día en el que la Orquesta Sinfónica Nacional de Chile lo contrata como músico extra; una vez, luego otra; y con más frecuencia.

La estabilidad le motiva a seguir adelante. Obtiene una beca para estudiar en Berlín, en donde el va aún sin conocer el idioma. “Todas las dificultades que viví en Santiago fueron peor aún en Alemania. Pasé dos meses sin poder hablar a nadie.” Las experiencias de sus 16 años se revelan salvadoras, conferándole la experiencia necesaria para llevar a cabo este viaje.

En 2017, Cristofer obtiene un puesto permanente en la Orquesta Sinfónica Nacional de Chile. El artista exulta. Gratitud, orgullo, euforia. Su sueño cumplido, su éxito celebrado, el músico insiste en el rol de su intuición. “Tuve la suerte de seguir muy temprano la semilla que me decía lo que tenía que hacer con mi vida, lo que me permitió llegar más allá de lo que me había imaginado. Dos semanas después de haber recibido esta noticia, volví a hacerme preguntas.”

El músico se creó nuevas metas, evocando muchos viajes. Ahora en su estancia en Berlín, Cristofer habla de su recorrido con mucha gratitud. Mucho más que la finalidad de sus viajes, su amor por el proceso que le lleva allá, le permite vivir un sueño sin esta vez estar dormido…

Une bouchée de bonheur

Photo : Suju

Comment l’alimentation influence-t-elle notre état émotionnel ? Dr. Sylviane Picasso, nutritionniste – nutrithérapeute, explique le lien entre nutriments et sentiments.

Sous mes coups de couteau, le pot de Nutella subit malgré lui le tragique destin qui lui est réservé : combler le sentiment d’abandon provoqué par la violente dispute de ce matin. De bouchée en bouchée, de tartine en tartine, un sentiment de réconfort s’installe gentiment en moi. Le temps se dilue, l’émotion s’apaise… cliché, mais vrai. D’où est-ce que cet aliment tire son pouvoir ?

Un plaisir inhérent à la nutrition

« La consommation de chocolat augmente la synthèse d’endorphines, hormones provoquant un sentiment de bien-être » explique la nutrithérapeute. Ses bénéfices ne se réduisent pas aux moments de déprimes solitaires : à Bournemouth, dans le sud-ouest de l’Angleterre, plusieurs boîtes de nuit distribuent des barres de chocolat à la sortie afin de réduire les violences nocturnes.

L’alimentation répond à des nécessités physiologiques, mais elle est aussi un puissant régulateur émotionnel. « Manger, c’est nourrir à la fois son corps et son esprit » définit Sylviane Picasso. Réciproquement, les émotions suscitent certains comportements alimentaires. Un état de tristesse, de colère ou d’anxiété pousse naturellement vers des aliments réconfortants, appelés « aliments doudous » ou « madeleines de Proust » : riches en sucres, ces derniers ramènent à un souvenir ou un sentiment particulier.

Notre attrait initial pour ces nutriments caloriques est issu du besoin de nos ancêtres de faire des réserves, ce qui s’avère utile dans un environnement où l’horaire du prochain repas est incertain. « Consommer ces aliments pose problème uniquement lorsque cela génère des sentiments de honte, souvent causés par les restrictions des régimes » ajoute Sylviane Picasso. La culpabilité que génèrent les injonctions alimentaires et le contrôle mental qui en découle déséquilibrent le comportement alimentaire en interférant avec l’aspect physiologique et émotionnel de l’alimentation.

Bien-être hormonal

L’impact de l’alimentation sur l’état émotionnel s’observe dès le plus jeune âge, lorsqu’une tétée vient apaiser les pleurs du poupon : « la nourriture répond aussi à une recherche de bien-être et de lien social » souligne la nutritionniste. Les aliments provoquent des émotions agréables en stimulant la sécrétion de certaines hormones, comme la dopamine, responsable du plaisir, de l’action et de la vigilance. Étant donné qu’elle est principalement sécrétée le matin, il peut être utile d’encourager sa production en mangeant un petit-déjeuner protéiné, accompagné d’oléagineux (amandes et noix), tout en évitant les aliments sucrés.

Plus tard dans la journée, entre 16 et 17 heures, le corps sécrète de la sérotonine, encourageant la bonne humeur et permettant le contrôle des pulsions. Il est recommandé d’éviter les protéines animales le soir pour s’alimenter de légumineuses et de céréales complètes. Cela favorise la sécrétion de cette hormone, qui, quelques heures plus tard, pourra donner naissance à la mélatonine, responsable du sommeil. Une nuit reposante contribue également à améliorer la production de la sérotonine, engendrant un cercle vertueux.

Les oléagineux et les protéines du petit-déjeuner, les légumineuses et les céréales complètes consommées le soir influencent également la sécrétion de l’hormone nommée gaba, qui ralentit le cœur, calme le système nerveux et provoque un sentiment d’apaisement ; un avantage de plus à s’orienter vers ces aliments. Pour favoriser la production de ces hormones du bonheur, la nutritionniste recommande également la consommation de chocolat, d’œufs, de viande et de poisson gras nourris de façon traditionnelle.

Une alimentation dans l’instant présent

Les émotions sont également influencées par l’état de l’écosystème intestinal, aujourd’hui reconnu comme le deuxième cerveau : regroupant toutes les bactéries de l’intestin, il peut sécréter chacune des hormones responsables du bien-être. Bien nourrir son intestin consiste à adopter une alimentation riche en végétaux et à éviter les produits transformés et les pesticides dans son assiette ; une raison de plus de s’orienter vers des produits issus de l’agriculture biologique.

L’alimentation a donc une influence sur les émotions, mais d’autres facteurs entrent en jeux : une exposition au soleil provoque aussi la sécrétion de la dopamine, le rire et le sport favorisent l’endorphine, se baigner en fin de journée ou se faire masser augmente le taux de sérotonine, mais encore… « Faites un câlin à une personne qui a un trouble alimentaire vingt secondes avant son repas, elle produira alors de l’ocytocine, hormone de l’attachement, et elle mangera moins » mentionne Sylviane Picasso.

Que faut-il retenir au sujet de ces hormones du bonheur ? « Quel que soit le régulateur émotionnel, qu’il s’agisse d’alimentation, de méditation ou de techniques respiratoires, le plus important est d’être épicurien. Il ne s’agit pas, comme on le croit, de manger énormément, mais de savoir tirer un maximum de plaisir de chaque bouchée » explique Sylviane Picasso. Dans Manger en pleine conscience, Dr. Jan Chozen Bay propose également d’observer l’effet de l’alimentation sur nos sens. Observer, sentir, toucher, prêter attention au bruit provoqué par le croquement, et bien sûr examiner chacune des saveurs. Un exercice requérant beaucoup de concentration, qui permet d’apprécier l’alimentation dans toutes ses dimensions.

Au-delà des résolutions

Image: StockSnap

L’épreuve des repas copieux et des cadeaux parfaits achevée, ton corps se remet tant bien que mal de cette première manche. Ton mental se prépare gentiment à passer le cap de la nouvelle année, avec son lot de questions organisationnelles – comment passer cette soirée obligatoirement mythique ? – et un défi de taille pointant son nez : les résolutions.

Tu gardes un vague souvenir des anciennes, peut-être les as-tu notées quelque part. La plupart du temps, il ne fait pas bon comparer la situation actuelle à tes désirs de l’année passée – faire du sport régulièrement ou adopter une alimentation saine et équilibrée – les bruits émis par ton estomac traumatisé te ramènent cruellement à la réalité. L’occasion de prendre d’autres résolutions ? Non ! Le moment est venu d’arrêter de flageller ton estime et ta confiance avec des buts inatteignables : cette année, ne prends pas de résolutions, fixe-toi des objectifs.

Mais où est la différence ? questionne ton haussement de sourcil à la lecture de ces lignes. Alors que la résolution se limite à de bonnes intentions difficilement applicables, un objectif bien défini te motive à te dépasser. Rien de mieux, pour être efficace, que les bons vieux moyens mnémotechniques : cette année, soyons SMART !

S comme spécifique et M comme mesurable : « manger sainement » ou « adopter une alimentation équilibrée » peut motiver de nouvelles habitudes de consommation un certain temps, mais risque de passer à la trappe dès que ta vie reprendra un rythme soutenu. Et pour cause : c’est très flou. Comment sauras-tu que tu as atteint ton objectif ? Autrement dit, que signifie « manger sainement » pour toi ? Il peut s’agir de diminuer ta consommation de viande à une fois par semaine, d’augmenter le nombre de fruits et légumes à trois par jour, ou encore de renoncer aux fast foods – chaque personne aura une réponse différente. Fixe-toi un but précis, cela te motivera d’autant plus et te permettra d’affirmer avec confiance que tu l’as atteint.

A comme approprié : cet objectif correspond-il à tes valeurs ? Si faire de nouvelles rencontres te tient particulièrement à cœur, l’idée de sortir danser tous les week-ends alors que tu es plutôt du genre introverti risque d’entrer en contradiction avec ta nature profonde. Ton objectif doit te faire vibrer, être aligné avec tes aspirations. Si ce n’est pas le cas, pas de panique : reviens à la première étape et trouve un critère de mesure qui te correspond davantage. Par exemple, rentrer dans une association dédiée à l’un de tes centres d’intérêts te sera plus utile. Tu y rencontreras des gens avec qui tu partages déjà une passion, ce qui facilitera le contact.

R comme réaliste : prends le temps d’examiner ton objectif à froid. Faire du sport quatre fois par semaines en plus d’un travail à plein temps, de ta relation amoureuse et de tes deux associations ? Tu as le mérite de l’ambition, mais ton enthousiasme débordant peut encore mieux te servir : engage-le dans une réflexion qui te permet de définir un équilibre à long terme. Si tu mets la barre un peu moins haut, tu augmentes tes probabilités d’atteindre ton objectif, ce qui améliore aussi ton estime et ta confiance au fil de l’année.

« La différence entre un rêve et un projet, c’est une date » disait Walt Disney. Ce qui nous amène au dernier point : T comme le temps. Envie de faire plus de sorties dans la nature ? « Organiser une randonnée/des raquettes une fois par semaine » est un très bel objectif, que tu ne réaliseras pas forcément dès le mois de janvier. Et c’est normal : cela prend du temps d’adopter de nouvelles habitudes. Tu commenceras peut-être par une promenade par mois, ce qui est déjà un progrès. Quel délai fixes-tu pour adopter la fréquence hebdomadaire ? Cela peut correspondre à ton anniversaire, à tes prochaines vacances ou à la fin du mois de septembre – à toi de mesurer ce qui te paraît jouable.

En pensant SMART, tu augmentes les probabilités de réaliser tes désirs, ce qui te donne également plus de motivation pour te fixer d’autres buts et les atteindre. En somme, un excellent moyen de bien commencer l’année. J’en profite donc pour te souhaiter une année 2020 remplie d’objectifs motivants et réalisables !

Quels sont tes objectifs pour 2020 ?

L’humain ou la planète

Photo : leninscape

Consommation, alimentation et mode de vie : la transition écologique et le développement personnel vont-ils de pair ?

C’est une notion de plus en plus présente auprès des défenseurs d’une économie régénératrice en réponse à la crise environnementale : le bien-être humain. Le Forum des 100 a notamment porté la voix de Sofia de Meyer, fondatrice d’Opaline, qui a insisté sur « la valeur de la vie », mentionné les salaires linéaires respectant chacune des personnes participant à la vente de ses bouteilles de jus de fruit, puis dénoncé la tendance actuelle visant à « dominer, voire exploiter, l’humain et l’environnement ». Même son de cloche du côté de Julien Perrot, rédacteur en chef de La Salamandre, selon qui il faut « plus de lien avec nos proches et avec la nature, plus de sens, plus d’amour pour la vie ». L’évolution vers une société écologique passerait-elle par la recherche du bien-être ?

Méditer pour la planète

Les préoccupations environnementales et individuelles se joignent dans plusieurs habitudes de consommation, dont le végétarisme : en Suisse, si 58% des personnes ayant renoncé à la viande affirment être motivées par conscience écologique, 35% indiquent avoir fait ce choix pour des raisons de santé, selon Swissveg. Du côté des tendances minimalistes, ce mode de vie est avant tout défendu comme étant libérateur, permettant une harmonie intérieure et un épanouissement maximum – les bénéfices de l’alternative à un consumérisme endommageant les ressources épuisables de notre planète, bien qu’envisageables, apparaissent comme secondaires. Enfin, la pratique de la méditation serait également un moyen de s’aligner avec un mode de vie écologique, selon Sarah Koller, doctorante en géosciences et environnement : « la pleine conscience permet de comprendre les motivations de nos comportements, y compris concernant notre mode de consommation ». Convaincue de l’importance de sortir du déni pour se confronter sainement aux enjeux environnementaux, cette chercheuse co-organise également des ateliers d’écopsychologie. Ceux-ci permettent d’ancrer les connaissances de l’état de la planète dans le ressenti, tel que le décrit Lila Erard dans un article du Temps. Une fois l’information intégrée au niveau émotionnel, la nécessité d’agir s’inscrit plus profondément dans l’inconscient et augmente la motivation de modifier ses comportements. Cet effet ouvre la porte à un ensemble d’écogestes qui s’autoalimentent de par leurs effets bénéfiques sur le mode de vie des personnes qui les pratiquent.

Satisfaction écologique

Les connexions entre la santé de la planète et l’accueil des émotions s’avèrent de plus en plus pertinentes, notamment au sein des recherches en psychologie : selon plusieurs études menées sur le sujet, le lien de causalité entre consommation compulsive et état dépressif est véridique. Dans une société où le consumérisme constitue à peu de chose près la norme, force est de s’interroger sur ce lien. « Le matérialisme permet de se rassurer à travers un culte de l’image, très présent dans notre culture. Il offre des réponses faciles à des angoisses existentielles, mais il est important de différencier apaiser et assouvir » commente la doctorante. Il semblerait que la satisfaction provoquée lors d’un achat s’évapore très vite pour laisser place, de nouveau, à un sentiment de manque. L’activisme environnemental à travers le mode de vie s’avère alors doublement utile, malgré les questionnements sceptiques concernant l’impact des consommateurs sur la crise écologique. « Le déni et l’inaction fatiguent beaucoup, car la menace est toujours présente, mais on refuse de l’accepter et de s’y confronter » ajoute Sarah Koller. En choisissant d’agir pour son bien-être et pour celui de la planète, on s’engage dans un cercle vertueux pour son épanouissement personnel, mais cela permet également d’agir sur les références culturelles dans lesquelles on évolue, l’orientant vers une conscience collective de plus en plus écologique.

Le prix du bien-être

Qu’il s’agisse de comportements écoresponsables ou d’alimentation saine, les regards se tournent souvent vers les populations aisées, les achats bio et locaux affichant des prix vraisemblablement plus élevés. Est-il justifié de responsabiliser les consommateurs aux portemonnaies légers ? « Il semble nécessaire de nuancer ce débat, car il va aussi de pair avec l’évolution des besoins » affirme Sarah Koller. En témoignent les activités de la population de Detroit où, suite à la faillite de l’état en 2011, s’est élaboré un système de fermes urbaines respectueux de l’environnement qui a permis de répondre efficacement aux besoins des populations. Sans aller si loin, les ménages suisses incarnent deux paradoxes : d’une part, selon l’OFS, la proportion du salaire investi dans la nourriture a baissé de 40% en 1939 à 6,3% en 2014, ce qui révèle que l’alimentation occupe une place mineure dans les coûts de la vie sur le territoire helvétique, laissant place à des achats dans la technologie. D’autre part, 11% des aliments achetés en Suisse finissent à la poubelle, ce qui représente également une partie non négligeable du budget. Prendre soin de soi et de l’environnement ne serait pas qu’une question d’argent, il s’agirait avant tout d’un choix : celui de prendre le pouvoir qui nous est donné à travers les habitudes de consommation et le mode de vie. Soigner la planète pour aller mieux, un concept mêlant gratitude et proactivité.

Une comparaison gagnante

Alors que les réseaux sociaux favorisent des émotions envieuses en démultipliant les motifs de comparaison entre les uns et les autres, Thierry Paulmier, consultant en intelligence émotionnelle, propose de voir la comparaison sous un autre angle, dévoilant l’opportunité de cultiver l’admiration et la gratitude.

Image : Sasint

Au terme d’une journée peu productive, le statut Facebook d’une connaissance peut inviter un discours envieux à s’installer au creux de l’oreille: « Elle ne mérite pas de décrocher cet emploi, elle s’est sûrement fait pistonner, il aurait mieux valu qu’elle échoue ». À défaut d’être réjouissante, cette nouvelle vient provoquer un sentiment d’échec qui se cache derrière des prétextes dévalorisant ce succès. En quoi la réussite d’autrui réduirait-elle la valeur de soi ?

La comparaison a mauvaise réputation

« La personnalité commence où finit la comparaison2 ». Feu Karl Lagerfeld n’était pas le premier à condamner ce comportement naturel consistant à se réévaluer en observant les agissements d’autrui. Le stoïcien Sénèque, lui aussi, considérait que la comparaison était un obstacle au bonheur3. Sauf, bien sûr, si elle visait des personnes moins chanceuses que soi – une pratique qu’il préconisait pour se remonter le moral4. Enfin, la psychologue britannique Linda Blair considère que la seule compétition qui vaille est celle établie avec soi-même5. Cette idée s’inscrit dans un mouvement très répandu sur internet, qui valorise la comparaison dite « temporelle » (individuelle) aux dépens de la comparaison « sociale » (avec les autres). Si ces considérations prétendent lutter contre les affres de l’envie, elles négligent l’une des issues possibles à la comparaison avec autrui : l’admiration.

Honnêteté envers soi-même

Le regard porté vers la supériorité peut générer des sentiments destructeurs : « la comparaison dont on sort en position d’infériorité est humiliante lorsque l’on refuse l’abaissement qu’elle occasionne face à l’autre ». Thierry Paulmier, consultant en intelligence émotionnelle, rappelle que cette souffrance ne provient pas de la réussite d’autrui, mais bel et bien du rapport que l’on décide d’entretenir avec cette personne. Car la comparaison se fait nécessairement avec des individus présentant une certaine proximité avec soi – en termes d’âge, de métier, de genre, d’origine, ou autre. Ce sont précisément ces similitudes qui rendent insupportables la moindre petite différence observée à son propre désavantage : si l’on se laisse dominer par l’envie, la supériorité d’autrui sera vécu comme un échec personnel. « Il est donc important d’être lucide concernant ses sentiments vis-à-vis des exploits de son entourage et de savoir reconnaître que la tristesse ou la colère qu’ils nous inspirent proviennent de l’envie », précise Thierry Paulmier : dès lors que cette émotion pernicieuse est identifiée, on peut agir afin de la remplacer par une source de motivation.

De l’envie à l’admiration

La supériorité est un fait avéré : on trouvera toujours une personne meilleure que soi dans un certain domaine. Thierry Paulmier invite à faire preuve d’humilité et à accepter cette réalité. Si cette étape demande des efforts considérables, elle permet également de transformer un sentiment néfaste à l’estime de soi en une émotion inspirante. « Cela réclame notamment de poser des actes forts qui visent à lutter contre les tendances naturelles de l’envie. Par exemple, au lieu d’éviter la personne enviée parce que sa présence nous ramène trop à notre propre infériorité, on peut choisir de se rapprocher d’elle, de lui témoigner de l’admiration et de lui demander des conseils ». Cette attitude permet d’activer en soi des sentiments de gratitude et d’admiration. On crée également une connexion positive avec l’être que l’on décide d’applaudir. Thierry Paulmier invite à cultiver ces émotions de manière plus systématique, en prenant le temps de se trouver des héros et des héroïnes, non seulement auprès de personnalités célèbres ou historiques, mais également dans son entourage. Cela permet de tendre vers un modèle encourageant, de se sentir inspiré et d’entretenir un sentiment de gratitude. En fin de compte, la solution du problème se trouve parfois dans le problème lui-même, dès lors que l’on s’autorise à le percevoir comme un cadeau.


Le site de Thierry Paulmier : https://www.emothink.com/

1 « Studies show that (especially passive) Facebook use indeed predicts different measures of social comparison as well as envy ».
Appel, Helmut, Alexander L. Gerlach & Jan Crusius, « The interplay between Facebook use, social comparison, envy, and depression », In Current Opinion in Psychology, 2016, vol. 9, p. 44-49.

2 Napias, Jean-Christophe, Patrick Mauriès & Charles Ameline, Le monde selon Karl. Citations choisies de Karl Lagerfeld. Paris : Flammarion, 2013.

3 « Ne faisons point de comparaison, réjouissons-nous de notre lot ; il ne sera jamais heureux celui que torture un plus heureux que lui ».
Sénèque, « La colère », trad. A. Bourgery, In Entretiens Lettres à Lucilius, Paris : Robert Laffont, Bouquins, 1993, III, XXX, 3, p.174.

4 « Au lieu de regarder combien de personnes il y a au-dessus de vous, songez combien il y en a en dessous ».
Sénèque, Lettres à Lucilius, Tome I (Livres I-IV), trad. Henri Noblot, Paris : Les Belles Lettres, 1985, II, lettre 15, 10, p.63.

5 « Nurturing competitiveness against yourself leads to higher self-confidence than wanting to be better than someone else ».
Blair, Linda, The Key to Calm : Your Path to Mindfulness – and Beyond, London : Hodder and Stoughton, 2014.

Spiritualités du mouvement

Les bénéfices et les pratiquant·e·s du yoga s’avèrent de plus en plus nombreux. Physique, bien-être et santé sont accompagnés d’une dimension spirituelle à l’origine de cette discipline.

Le yoga en images avec Clélia Vuille (réalisé par les Nouvelles Universitaires Lausannoises)

Alors que les journées ensoleillées font gentiment leur arrivée, les parcs lausannois se préparent à accueillir la pratique du yoga sur leurs pelouses. Les débutant·e·s s’initiant lors de cours gratuits, les habitué·e·s retrouvant leur tapis et d’autres yogis expérimenté·e·s s’y adonnant en solitaire : toutes et tous sont au rendez-vous chaque été pour entreprendre une introspection en mouvement. Selon le rapport Sport Suisse 2014, les bénéfices du yoga attirent de plus en plus d’adeptes, ce que Clélia Vuille constate également lors des cours qu’elle anime.

« Le ralentissement de la respiration permet de calmer le système nerveux, les étirements libèrent la circulation sanguine et l’enchaînement des postures offre une meilleure souplesse, ainsi qu’un renforcement musculaire » explique l’enseignante. Amélioration du sommeil, diminution du stress et réduction de l’anxiété : selon une étude comparative menée à l’Université de Maryland en 2010, la communauté scientifique accorde de plus en plus de bénéfices au yoga. Il aurait même des effets sur la schizophrénie, les troubles compulsifs du comportement et le niveau de glucose des personnes diabétiques. L’intérêt croissant pour cette discipline s’avère réjouissant du côté des recherches médicales, mais également parmi les yogis, qui y trouvent encore d’autres bienfaits.

D’après l’enseignante, les pratiquant·e·s cherchent un espace de détente mentale à travers l’effort physique des différentes postures. « Notre société privilégie le résultat aux dépens du processus ; on est constamment sollicités, on doit être disponible à tous temps et on doit faire les choses vite ». Si la majorité des sports permettent de se déconnecter des pensées le temps d’une heure, le yoga inverse la tendance et propose d’entrer dans un rapport avec soi-même. L’occident accorde aujourd’hui une grande attention à la dimension sportive de cette discipline indienne, dont l’origine comprend une philosophie plus large de développement humain. « En sanskrit, yoga signifie « union » ; il cherche à allier le corps et l’esprit, l’âme et la conscience, l’humain et l’univers » explique Clélia Vuille. Elle mentionne notamment les « yamas » qui offrent aux pratiquant·e·s des orientations concernant, entre autres, le respect de sa personne, des autres et de l’environnement, le non-jugement et l’étude de soi. Par ailleurs, la pratique physique accompagnant ces lignes directrices se divise en des dizaines de branches, dont le Nidra, intériorisant, le Kundalini, plus intense, et le Vinyasa, dynamisant.

Parfois confondu avec la méditation assise, le yoga évoque à certain·e·s l’image du lotus immobile. Bien que cette vision illustre le recentrage vers lequel la pratique s’oriente, elle néglige la diversité et l’aspect physique de certains de ses courants. Parmi les yogis, beaucoup considèrent qu’il y a autant de types de yoga que de profs, voire de pratiquant·e·s. Les plus belles découvertes de cette discipline sauront se dévoiler aux personnes suffisamment curieuses pour essayer différents courants jusqu’à trouver celui qui leur correspond.

Clélia Vuille

Je crois donc je suis

Comment la réalité modifie-t-elle notre perception, et surtout : quelle influence notre représentation du monde a-t-elle sur l’environnement ? Une exploration du mécanisme des croyances permet d’accéder aux moyens de les améliorer afin d’atteindre ses objectifs de vie.

Photo : Geralt

Quels sont les véritables critères d’une réussite scolaire ? Après avoir fait passer un examen en début d’année à plusieurs classes de la Oak School à San Francisco, Robert Rosenthal et Lenore Jacobson ont aléatoirement attribué un QI exceptionnel à vingt pourcents des élèves, puis communiqué cette information erronée au corps enseignant. Ils sont revenus à la fin de l’année avec le même examen, pour lequel les élèves initialement surévalué·e·s ont montré des améliorations significatives dans leurs résultats. Rosenthal et Jacobson en ont conclu que la perception des enseignant·e·s modifiait les compétences de leurs étudiant·e·s et ont nommé leur expérience « l’effet Pygmalion1 ». Ce phénomène de croyance autoréalisatrice, loin d’être isolé, se révèle déterminant dans de nombreux domaines.

Symptômes de croyances
En effet, les attentes des individus peuvent également modifier leur état de santé dans le cas des placebos, médicaments dépourvus de principes actifs, mais dont l’efficacité est avérée2. Par ailleurs, les grossesses nerveuses influencent physiquement le corps des femmes, qui subissent les symptômes d’une véritable grossesse : nausées, vomissements et absence de règles3. Dans l’Antiquité déjà, le stoïcien Épictète partait du principe que les malheurs des êtres humains ne provenaient pas des évènements qu’ils vivaient, mais de la façon dont ils les percevaient4. Aujourd’hui, il s’avère que la représentation de l’environnement modifie non seulement le ressenti, mais également la réalité : dans le cadre de la physique quantique, l’Ecole de Copenhague5 et le physicien David Bohm6 s’accordent sur le fait qu’il y a « une interaction entre ce qui est mesuré et le dispositif de mesure ». Ces principes concernant les croyances forment l’une des bases de la PNL (Programmation Neuro-Linguistique) ; thérapie brève développée dans les années septante aux États-Unis. « On ne croit pas ce qu’on voit, on voit ce qu’on croit » commente Valéry Comte, fondateur de l’École de PNL de Lausanne, qui place les croyances au niveau du fondement même de l’identité.

Protection par la généralisation
« Les expériences sont vécues émotionnellement, puis généralisées au niveau du sentiment ; la croyance en est l’expression verbale », explique le formateur. Si une personne est convaincue qu’elle n’est pas capable de réussir ses études, cela peut provenir entre autres d’une série d’évènement que son cerveau a interprété comme indicateurs d’une inaptitude globale. Il peut s’agir d’un échec répété à un certain examen ou d’un moment difficile de sa scolarité ; dans tous les cas, la croyance la poussera inconsciemment à adopter des stratégies qui diminueront ses chances de réussite, ce qui risque de valider l’idée qu’elle se faisait d’elle-même et de la renforcer. Cela s’applique à d’autres situations : une grande timidité peut avoir comme cause une enfance durant laquelle la discrétion était génératrice de compliments. « Le sentiment positif vécu pendant l’enfance à cet égard va par exemple être traduit par une croyance telle que : « être discret permet d’être apprécié », ce qui s’avère positif dans certaines situations, mais peut également engendrer des problèmes relationnels et sociaux », commente le praticien. Quelle que soit la croyance en jeu, le cerveau l’a créée soit dans un souci de protection face à un sentiment qui, lui, est réel, soit dans l’intention d’obtenir de la reconnaissance ou de l’amour. « Par définition, une croyance cherche toujours à se confirmer. Le sentiment sous-jacent, bien qu’incompréhensible pour certains, est toujours réel pour la personne qui le vit : il n’y a pas de vraies ou de fausses croyances ». L’idée de la PNL n’est pas de détruire cette croyance, mais de l’améliorer, c’est-à-dire lui permettre d’être un moteur plutôt qu’un frein. En effet, si certaines croyances dites limitantes empêchent l’atteinte d’un objectif, d’autres sont aidantes et propulsent leur propriétaire vers leurs désirs. « Se poser les bonnes questions permet d’identifier la croyance, voire d’en déterminer la source, ce qui suffit parfois pour la modifier ; il arrive aussi qu’elle se dissimule plus profondément dans l’inconscient », précise Valéry Comte. Comment peut-on l’atteindre dans ces cas-là ?

L’échec comme levier
Si les expériences de vie peuvent produire des croyances d’apparence arbitraire, elles permettent également de les remettre en question. Un évènement marquant ébranle parfois un système entier d’idées, imposant l’élaboration d’une nouvelle représentation du monde. Néanmoins, les évènements d’apparence plus ordinaire peuvent également servir de lanterne, à condition que l’on adopte la mentalité nécessaire pour les accueillir comme tels : « la première croyance à adopter, c’est de prendre conscience que tout ce que l’on croit peut être faux (ce qui n’est pas facile vu que le sentiment que nous vivons est réel) et d’être ouvert à ce que l’environnement peut exprimer ». À partir de là, il s’agit d’adopter un état d’esprit de développement, notamment en interprétant les échecs comme des révélateurs d’une erreur de stratégie au niveau de ses comportements, et non comme une remise en question de son identité7. Cette responsabilisation implique de bannir les réactions défaitistes telles que « Pourquoi ça n’arrive qu’à moi ? » ou « Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça ? ». En effet, des questions plus constructives permettent de transformer une défaite en un véritable propulseur :

  • En quoi mon comportement a-t-il contribué à ce que j’en arrive là ?
  • Qu’est-ce que j’apprends de cette situation ?
  • Qu’est-ce que j’ai perdu ?
  • Qu’est-ce que j’ai gagné ?
  • Qu’est-ce que cela confirme sur moi ?

Ces questions permettent de prendre conscience des conséquences de ses propres actes. Il est alors possible de les adapter pour des résultats plus souhaitables, en avançant pas à pas, comme l’indique le fondateur de l’école de PNL de Lausanne : « si des croyances posent un problème de timidité, on peut commencer par parler de soi pendant cinq minutes lors d’une soirée ». Cela permet de modifier pendant quelques minutes son ressenti ainsi que les différentes réactions extérieures déclenchées par son nouveau comportement, qui peuvent servir de boussole pour la suite. L’entourage constitue un excellent guide pour modifier ses croyances, raison pour laquelle il peut être très enrichissant de partager avec lui ses expériences et de lui demander son avis. Certaines croyances peuvent être profondément enfouies dans l’inconscient au point d’être inaccessibles par soi-même ; un accompagnement extérieur est alors nécessaire, via les commentaires de ses proches ou à travers une thérapie brève. Un esprit ouvert, une mentalité de remise en question et un petit peu de courage pour passer à l’action offrent un accès à des croyances de plus en plus aidantes pour une vie pleine de succès.


En savoir plus
– École de PNL de lausanne : https://www.pnl-lausanne.com


1 Robert Rosenthal & Lenore Jacobson, Pygmalion à l’école : l’attente du maître et le développement intellectuel des élèves. Paris : Casterman 1978.

2 Daniel E. Moerman, Meaning, Medicine, and the Placebo Effect”. Cambridge University Press 2002.

3 Donald C. Greaves, Phillip E. Green & Louis Jolyon West, Psychodynamic and Psychophysiological Aspects of Pseudocyesis.Psychosomatic medicine 22.1 (1960) : 24-31.

4 Epictetus, Le manuel d’Epictète. Paris : L. Hachette 1847.

5 « Ce que nous observons, ce n’est pas la Nature en soi, mais la Nature exposée à notre méthode d’investigation […] La séparation nette entre l’univers et le Moi est impossible. »
Werner Heisenberg & J. Wahl, « Physique et Philosophie : La Science moderne en révolution. » Revue de Métaphysique et de Morale 3 (1961) : 326-333.

6 « Bohm’s theory makes concrete and mathematically precise Bohr’s intuition about the impossibility to separate the system and the apparatus. »
Jean Bricmont, « What is the meaning of the wave function ? » Fundamental Interactions : From Symmetries to Black Holes, edité par J.-M. Henneaux, A. Sevrin & Ph. Spindel. Conference held on the occasion of the Eméritat of François Englert, Université Libre de Bruxelles 1999 : 53-67.

7 Carol S. Dweck, Osez réussir ! Ixelles : Mardaga 2017.

Les limbes des bonnes intentions

Lorsque le désir d’aider son entourage s’avère autodestructeur, une remise en question et un travail sur soi s’imposent. Comment une volonté protectrice peut-elle forger les barreaux d’une prison ? Quels mécanismes se mettent en place et comment déjouer les pièges ? Voyage au cœur de la codépendance.

Son timbre dramatique lui vaut une place de choix dans les films : le fameux « après tout ce que j’ai fait pour toi ! » s’inscrit mélodieusement dans les scènes de disputes et de rupture, remuant les spectateurs, pimentant la séquence et donnant un nouvel élan au scénario. Ce type de reproches qui peut paraître anodin est révélateur, lorsqu’il est observé quotidiennement, d’un dysfonctionnement relationnel peu connu, celui de la codépendance.

Me sauveras-tu ?
Pour mieux comprendre ce phénomène, les théories de Stephen Karpman s’avèrent révélatrices. En 1968, ce psychiatre élabore un modèle d’analyse transactionnelle résumant le fonctionnement qui peut amener une relation d’entraide à voler en éclats. Pour ce faire, il établit trois rôles formant un triangle : le sauveur, le persécuteur et la victime. Selon lui, ce schéma s’installe, par exemple, lorsqu’une personne adopte la position du sauveur et « intervien[t] pour offrir de l’aide sans avoir les moyens d’aider ou sans avoir été invitée »[1]. C’est là le rôle qu’adopte régulièrement la personne codépendante. Par la même occasion, elle pose son interlocuteur en victime incapable de gérer une situation et la démunit de ses responsabilités. Le sauveur-codépendant offre ses efforts de tout cœur jusqu’au moment où il sentira un manque de reconnaissance quant aux services qu’il a rendus, ce qui le mettra en colère et l’amènera à reprocher à l’autre d’être ingrat. C’est à ce moment que le triangle entre en mouvement, car le sauveur se perçoit alors lui-même en victime et place l’autre dans une position de persécuteur. La victime initiale, quant à elle, se sent également persécutée par les reproches de son ancien sauveur, ce qui donne finalement lieu à des conflits où chacun se sent négligé et incompris.

Origines dans l’enfance
La personne codépendante se retrouve donc régulièrement (et souvent inconsciemment) au cœur d’une danse de rôles dont aucun-e participant-e ne sort gagnant-e. Ce schéma peut prendre place dans des situations anodines, telles qu’un service rendu à un-e collègue, mais peut également s’opérer à un niveau supérieur et à long terme, notamment dans des relations abusives ou malsaines. Cette conséquence de la codépendance s’avère également en être l’origine, puisque selon plusieurs théoricien-ne-s de la question, « la famille dysfonctionnelle […] mène à la codépendance. C’est un univers ou les responsabilités envers les autres sont assumées au détriment des responsabilités envers soi-même »[2]. En effet, l’un des dénominateurs communs des différent-e-s codépendant-e-s est une enfance passée auprès d’un-e proche souffrant d’une addiction, qu’il s’agisse de substances biochimiques, de nourriture, d’alcool, du jeu ou de tout autre type de dépendance. Cela entraîne l’enfant à adopter un comportement de sauveur qu’il conserve jusqu’à l’âge adulte. Comme l’explique Daniela Danis, psychologue spécialisée dans les questions de dépendance, « la personne codépendante est obsédée par le désir d’aider une personne dépendante à sortir de son addiction, sans en avoir les moyens et sans tenir compte de ses propres limites ». Une intention louable, mais dont la mise en œuvre s’avère finalement contreproductive.

Rôle de barrage
« Le codépendant se positionne en sauveur car il essaie d’éviter le pire : il est habité par des peurs tout à fait justifiées. Mais les actions qu’il met en place empirent la situation » souligne la psychologue. En cherchant à contrôler l’autre, à le protéger de l’addiction, à cacher les substances en question pour éviter qu’il en consomme et en mentant au patron de leur proche pour l’abriter du contre-coup de ses actes, les codépendants se posent en barrage entre la personne souffrant d’une addiction et les conséquences de ses comportements, ce qui lui facilite la démarche. Pourtant, une confrontation avec le fruit de ses agissements permettrait à la personne dépendante de se remettre en question et peut-être, si elle en a la volonté, de démarrer un programme de sevrage. Cette notion échappe à la personne codépendante, pour qui le concept de responsabilité est flouté par ses croyances.

Les profondeurs de la codépendance
Selon les différents spécialistes du sujet, le comportement de sauveur que les codépendant-e-s adoptent s’explique par un ensemble de failles dans la construction de leur identité. Entre leur manque de confiance en soi, leur perfectionnisme et leur habitude inconsciente de refouler leurs émotions, les codépendant-e-s font difficilement la distinction entre leurs propres sentiments et ceux des autres. Enfermé-e-s dans l’impression que tout ce qui se passe est leur faute, « toujours en exil de soi-même, penché-e-s vers l’autre, à la recherche de reconnaissance via le sacrifice », ajoute Daniela Danis. Selon la spécialiste, il s’agit d’une forme de dépendance affective se concrétisant par une interminable volonté d’aider les autres. C’est notamment ce qui émane du témoignage d’un de ses patients ayant vécu avec un proche alcoolique dans son enfance, qu’elle rapporte dans son livre Au cœur de la codépendance :

« Aujourd’hui je n’ai aucune estime de moi et je me demande si c’est lié à ce que j’ai vécu quand j’étais petit ? J’ai le sentiment de devoir vivre caché, de ne pas montrer mes sentiments, sinon personne ne va m’aimer. Si on me demande quelque chose, je n’arrive pas à dire « non » et ensuite j’ai l’impression de me faire avoir. D’un autre côté, si je refuse, je ne me sens pas bien. Je culpabilise, je me dis : « Tu pourrais quand même… » Je ne trouve pas la paix. Ou je m’isole ou je pense que je dois faire tout ce qu’on me demande. C’est tout ou rien. »[3]

Cette souffrance est accompagnée d’une incapacité à différencier les problèmes des autres des leurs. A cela peut s’ajouter la conviction d’être les seul-e-s capables d’endosser une charge sans réaliser qu’elle est trop lourde pour leurs épaules. Cet ensemble de croyances est renforcé par les conséquences de leurs comportements, qui facilitent l’enfermement de leur proche dans leur addiction ; ce qui les entraîne dans un cercle vicieux de plus en plus nocif pour l’estime de soi. Les personnes codépendantes, inconscientes de leur problème, se retrouvent fréquemment embarquées dans des relations avec un-e conjoint-e souffrant d’un type d’addiction, ce qui les renvoie dans le schéma auquel elles sont habituées. Néanmoins, il ne s’agit pas d’une fatalité : plusieurs moyens permettent aux personnes souffrant de codépendance d’en sortir.

Le calme après la tempête
Comme dans toute habitude d’auto-sabotage, la première étape vers le mieux est la prise de conscience. Puis, selon la psychologue, emprunter le chemin vers des relations saines nécessite de s’écouter, de savoir reconnaître ses limites, de les exprimer et de les respecter. Au terme d’un travail sur soi, l’idée est d’adopter le concept de réciprocité dans ses rapports aux autres, ainsi que d’offrir son aide seulement lorsqu’elle est explicitement demandée et qu’elle n’implique pas d’oublier ses propres besoins. Il est également important de questionner les idées reçues concernant le don de soi qui enveniment la réflexion en laissant croire qu’il serait égoïste de ne pas se sacrifier pour les autres. Pour beaucoup, ce disfonctionnement de codépendance se répète et se légitime par leurs valeurs et leur éducation. Il est pourtant primordial de penser d’abord à soi dans chacun de ses choix, ainsi que de respecter ceux des autres, comme le dit si bien Lise Bourbeau : « être responsable, c’est assumer les conséquences de nos décisions, ce qui veut aussi dire laisser les autres assumer les conséquences de leurs propres choix. »[4] Une vision des choses nécessaire pour entreprendre les différentes étapes vers une meilleure prise en main de sa vie.


En savoir plus
– Le site de Daniela Danis : http://www.codependance.ch/
– Le site de Stephen Karpman : https://www.karpmandramatriangle.com/


[1] Karpman, Stephen. Le Triangle Dramatique. Traduit par Jérôme Lefeuvre et Pierre Agnèse. Malakoff : Dunod Éditeur, 2017, p. 14.

[2] Ribeyre, L. « La codépendance : nouvel outil clinique ou flou conceptuel ? Une revue de la littérature ». Pratiques psychologiques 2014, vol. 20, p. 269.

[3] Danis, Daniela. Au coeur de la codépendance. Genève : Éditions du Tricorne, 2013, p. 205.

[4] Bourbeau, Lise. La puissance de l’acceptation. Malesherbois : Écoute ton corps, 2007, p. 104.

 

L’édition suisse revisitée par Paulette

Paulette éditrice combine une originalité littéraire, une diversité de genres, un rapport aux lecteurs privilégié et un système éditorial respectueux de l’environnement. Quelle est la recette d’un tel équilibre ?

Noémi Schaub et Guy Chevalley, co-directeur-trice-s de Paulette éditrice

Ce ne sont ni des livres, ni des romans, ni des nouvelles, mais bel et bien des « pives » que Paulette éditrice publie régulièrement depuis bientôt trois ans. À l’image de la pomme de pin, ces fictions courtes de huitante pages s’avèrent à la fois mignonnes et piquantes. Au-delà de la qualité de ses œuvres, la maison d’édition a su trouver un format qui lui est propre, non seulement dans la dénomination de ses publications, mais également au niveau de son système d’impression et de distribution unique en son genre.

Impression adaptée aux lecteur-trice-s
Première originalité qui la démarque dans le paysage éditorial dense de la Suisse Romande, son fonctionnement d’abonnement qui permet de lutter contre la consommation inutile de ressources : « Nous voulons éviter le sur-tirage de la chaîne du livre habituelle, dans laquelle beaucoup d’ouvrages sont imprimés pour répondre à la demande initiale ; ce qui implique un grand nombre d’exemplaires restants qui finissent leur vie au pilon », explique Guy Chevalley, codirecteur de la maison d’édition. Paulette adapte les impressions à la demande des lecteur-trice-s qui se sont inscrit-e-s en leur envoyant, selon leur désir, trois ou six pives par année. Ils et elles se laissent alors séduire par des œuvres qui n’auraient pas forcément attiré leur attention dans le contexte de vente classique d’une librairie, mais que ce système de distribution permet de découvrir avec gourmandise. À cette diversité généreusement offerte aux abonné-e-s s’ajoute une dimension locale dans la production des pives qu’ils reçoivent.

La Suisse omniprésente
L’helvétisme sciemment adopté pour désigner les ouvrages de Paulette se réfère non seulement aux nombreux auteurs romands publiés (Matthieu Ruf, Julie Guinand, Bruno Pellegrino, Jeanne Perrin, Elodie Glerum, Céline Zufferey, etc.) mais également à la matérialisation des exemplaires tous imprimés en Suisse « par soucis de responsabilité environnementale et afin d’encourager une économie locale », précise le codirecteur. Bien qu’une impression à l’étranger pourrait réduire ses coûts entre quatre et cinq fois, Paulette relève courageusement le défi, sans que les enjeux ne soient forcément clairs pour tou-te-s les abonné-e-s, comme le précise Noémi Schaub, codirectrice du projet : « Il y a une tendance vers de plus en plus de conscience vis-à-vis de l’alimentation, mais on sensibilise beaucoup moins les gens par rapport à la culture. » La majorité des lecteur-trice-s est donc plutôt séduite par d’autres aspects du projet, dont la qualité de sa ligne éditoriale. En témoignent Les hôtes, le tout premier recueil de poésie que la maison d’édition va prochainement publier.

Le lac Léman différemment

Dans cette nouvelle pive, Anne-Sophie Subilia nous emmène au cœur de sa longue expérience de méditation, de réflexion et d’observation effectuée au bord du lac, qu’elle a délicatement coloré de son imagination. La forme précise, à la fois simple et très travaillée de ses vers, alliée à l’empathie et la fascination qu’elle consacre aux figures qu’elle décrit, confèrent au texte une humanité saisissante. Des destins individuels, qui pourtant parlent à tout-e lecteur-trice, se mêlent à celui du visage si présent dans l’imaginaire collectif romand du lac Léman. L’auteure aura su capturer l’authenticité de l’étendue bleue, permettant aux timides de la trempette lacustre de se plonger dans ses poèmes. « Elle-même déclare qu’elle n’a probablement pas fini de régler tout ce qu’elle a à dire sur le lac » rajoute Guy Chevalley. Une très belle lecture à découvrir le 30 septembre, lors du vernissage. L’occasion de faire la connaissance d’une œuvre touchante et d’un projet éditorial qui cultive, dans toute sa concrétisation, un rapport au livre très poétique.


Évènements
26 septembre : Greta Gratos inaugurera Poésie en Ville avec la lecture de sa pive Lina à 19 heures à la Bibliothèque de la Cité (Genève)
30 septembre : Anne-Sophie Subilia vernira Les hôtes en lecture à 10 heures aux Bains des Pâquis (Genève)

En savoir plus
http://www.paulette-editrice.ch/