Le “Droit” de polluer est réservé aux riches

 

En particulier, l’Accord de Paris de 2015 visa à normaliser le « marché du carbone ». Cette institution bizarre est typique de la politique internationale, qui imagine de fausses solutions aux véritables problèmes, pour qu’il ne soit pas dit que les débats n’ont eu aucun résultat. Les diplomates ont comme tout le monde leur fierté : confrontés à une mission impossible, ils la modifient et réussissent. Alors que la seule réaction saine de la Conférence de Paris eût été de réduire au plus vite, partout où cela est possible, la production de CO2, les conférences internationales se sont ingéniées à créer un marché des droits à polluer. Les réductions d’émissions réalisées à l’étranger pourront être imputées à la réalisation de l’objectif dans le cadre de l’accord, pour autant qu’elles respectent l’intégrité de l’environnement, qu’elles contribuent au développement durable et qu’elles ne donnent pas lieu à un double comptage
La « compensation » fonctionne comme suit. A chaque pollueur, une centrale à charbon par exemple, un quota de pollution est attribué. S’il est dépassé, une taxe de 100 Euros par tonne de carbone émise en trop est appliquée, sauf si l’entreprise polluante achète des droits de polluer à une autre entreprise, qui ne les a pas tous utilisés.
Au départ en 2005, ce système n’a pas fonctionné du tout, car les quotas avaient été fixés trop haut : tout le monde pouvait continuer à polluer sans être imposé. En 2007, le prix de la tonne s’est donc effondré jusqu’à zéro. Après correction, il s’est depuis stabilisé aux alentours de 13 Euros.
En Suisse, les mesures d’économie déjà prises ont fait diminuer la consommation d’énergie par personne de près de 6% depuis 1990. Mais la population a simultanément cru de 20%. Au total, la consommation d’énergie du pays augmente au rythme de 0.5% par an. En achetant des droits à polluer, la Suisse « émet » théoriquement 10% de moins de gaz à effet de serre en 2016 qu’en 1990, mais en réalité elle en émet davantage. Elle n’atteindra pas l’objectif annoncé de -20% en 2020. Elle promet d’aboutir à un bilan neutre en 2050 par une politique du genre moitié-moitié : une réduction des émissions en Suisse et l’achat de permis de polluer à l’étranger pour le même montant.
Ce système de droits à polluer revient à attribuer à un pays riche le privilège de faire moins d’efforts que les autres, alors que les pays développés possèdent la capacité technique et financière de cesser complètement d’émettre, tandis que les pays en voie de développement ont besoin d’augmenter leur production d’énergie à bon marché, en polluant si nécessaire. L’existence de ce marché a été stigmatisé par le pape François qui en exprime bien le caractère immoral :
« La stratégie d’achat et de vente de “crédits de carbone” peut donner lieu à une nouvelle forme de spéculation, et cela ne servirait pas à réduire l’émission globale des gaz polluants. Ce système semble être une solution rapide et facile, sous l’apparence d’un certain engagement pour l’environnement, mais qui n’implique, en aucune manière, de changement radical à la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un expédient qui permet de soutenir la surconsommation de certains pays et secteurs. » (Laudato si, 171)
On retrouvera cette constante dans tout le dossier : les inconvénients de la transition climatique affecteront surtout les moins favorisés. Toute modification de l’environnement agit comme un filtre. Elle avantage les plus évolués pour qu’ils survivent. C’est conforme à la cruelle logique de l’évolution selon Darwin.
Un pays riche comme la Suisse a un devoir tout tracé : réduire l’émission de CO2 sur son territoire, c’est-à-dire ne plus importer à terme ni gaz, ni charbon, ni pétrole. On pourra plus tard raffiner en compensant vraiment l’énergie grise incluse dans les produits importés. Mais l’objectif initial est à la fois tellement évident et tellement inatteignable qu’il relève plus des éléments de langage que de la réalité. Dans le cadre réaliste de celle-ci, il n’y a aucun droit à polluer, même pour les riches.

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck est ingénieur, ancien conseiller national PDC et député au Grand Conseil vaudois, professeur honoraire de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), d'origine belge, de nationalité française et naturalisé suisse. Il exerce la profession d'écrivain.

20 réponses à “Le “Droit” de polluer est réservé aux riches

  1. A quand un quota carbone par habitant, entreprise, pays…….?
    Tant qu’on n’a pas mis un quota en place, je reste très pessimiste sur la capacité de l’être humain à réduire ses emissions de CO2. Les taxes et les compensations, c’est un petit début, mais qui n’affecteront absolument pas ceux qui polluent le plus, les riches. 1% de la population la plus riche du monde émet autant de CO2 que la moitié la plus pauvre…..
    Merci pour votre dernière phrase : il n’y a aucun droit à polluer même pour les riches.

  2. Vous mettez la le doigt sur un fait qui prouve que toute cette excitation sur l’urgence climatique n’est qu’une gigantesque arnaque hypocrite, qui se sert d’un probleme réel (le réchauffement climatique) pour en réalité faire passer des objectifs politiques impopulaires et antisociaux, qui sont dans l’intérêt si des puissances financières qui dominent le monde et veulent une “gouvernance mondiale”.

    1. Il n’y a pas de gouvernement mondial réglant ce marché des droits de polluer. Le recours par la Suisse à ce marché est une affaire de politique nationale, votée par le parlement fédéral dans une visée égoïstement nationale.

      1. Pardon, mais cet argument n’est pas convainquant. Le parlement suisse est un organe politique largement docile aux directives mondialistes. La classe politique suisse majoritaire a été en gros achetée par les multinationales et les intérêts financiers mondialistes. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le parlement adopte ce genre de dispositions, qui sont voulues par la haute finance. Est-ce dans un intérêt égoïste de la Suisse? Peut-être bien, dans la mesure où la Suisse est devenue un centre mondial pour la domiciliation des multinationales. La Suisse. de ce point de vue. bénéficie de l’ordre international voulu par la haute finance dans lequel les riches, dont elle fait partie, ont le droit de polluer. Et les autres pas.

        1. Le parlement fédéral est l’organe supérieur du législatif, librement élu par le peuple suisse dont il est une bonne représentation. Je n’ai jamais été sollicité par une multinationale ou des intérêts financiers. L’aurais-je été que je n’en aurais tenu aucun compte. Mes collègues du parlement votent en fonction de leur prochaine réélection, c’est-à-dire en essayant de plaire à leurs électeurs.

          1. Dans votre cas, avec tout le respect qui vous est dû, permettez moi de constater que le pouvoir mondialiste occulte n’aura pas eu besoin de solliciter votre soutien. Vous êtes vous-même sincèrement dévoué à la cause du gouvernement mondial, à laquelle vous êtes acquis philosophiquement et dont vous êtes véritablement un militant, et un porte parole.

            On peut le vérifier dans presque tous vos articles, dans lesquels vous plaidez sans cesse pour la fin des souverainetés et la mise en place d’une autorité mondiale. Je vous fais grâce des centaines de citations qu’il me serait facile de glâner dans ce blog.

          2. Vous êtes obsédé par le complot d’un gouvernement mondial qui n’existe que dans votre imagination. Je n’en suis pas le porte-parole puisque j’ignore son existence et que j’en doute surtout. Le problème se résume à produire moins de CO2. C’est d’abord un problème technique et ensuite un problème politique à résoudre par des accords internationaux.

          3. Ah bon, alors il n’existe aucun projet de création d’un gouvernement mondial…? Il n’y aurait aucun effort concerté de la part de l’ONU, de l’OTAN, du G5, 7, 8, 10, 20, de la haute finance, etc., pour mettre en oeuvre ce projet?

            Alors pourquoi parle-t-on tout le temps de gouvernance mondiale? De multilateralisme, etc.?

            Vous ne croyez pas que vous prenez les gens pour des imbéciles?

            https://m.youtube.com/watch?v=hnIRVXIfNEo

          4. Non, car ces institutions sont loin d’être des gouvernements avec force contraignante, ce sont des lieux de négociation entre partenaires indépendants. Aucune instance internationale n’est capable de faire plier les Etats-Unis, la Chine ou la Russie.

          5. Je vais arrêter là ce dialogue de sourds.

            Vous tentez désespérement de nier l’évidence d’une volonté politique parmi les élites, dont vous faites partie, d’aller de plus en plus vers une autorité mondiale et de la doter de pouvoirs coercitifs. Vous répétez ça vous-même à longueur d’articles. Vos dénégations ne sont donc pas crédibles.

            Alors bien sûr, s’il est possible contraindre des petits pays comme la Suisse à se soummettre, cela n’est pas possible pour les Etats-Unis, ni la Russie, ni la Chine, qui sont des grandes puissances. Mais le mondialisme c’est une volonté d’aller le plus loin possible vers un monde unifié sous une autorité unique, au nom de toutes sortes de prétextes: droits de l’homme, promotion de la paix, lutte contre le changement climatique…

            Les promoteurs de cette idée essaient d’y parvenir en trouvant un consensus entre les grandes puissances, pour ensuite l’imposer par la contrainte aux autres pays. C’est l’objectif de l’ONU.

            Bien sûr c’est une utopie, mais il faudrait cesser d’être complaisant envers cette utopie, comme vous l’êtes, car elle fait beaucoup de mal.

  3. Il est etonnant que vous sembliez le decouvrir…
    La politique des petits pas est bientot arrive a son terme.

    1. Je l’ai découvert depuis longtemps et déjà publié un livre sur le sujet “Avant qu’il soit trop tard”

  4. Non seulement le “quota carbone” est une farce totale greenwashing, mais elle a l’immense mérite de focaliser sur le CO2 et ainsi de faire oublier les autres pollutions, les océans de plastique, la diminution des richesses planétaires, la surpopulation, etc.

    A cette magnifique stratégie, on voit bien que tout le monde se laisse avoir (même les jeunes et le prof. Neyrinck et malgré leur courage) et je ne donne pas cher de la peau de la planète, autant de sa qualité de vie, d’ici 2050, date que l’on fait semblant de considérer comme “seuil” (autre farce).

    Mais le 1% concentrant toutes les richesses trouvera, lui, toujours le moyen de survivre plus que bien, quoique?

  5. J’admet votre rappel sur Darwin, mais Homo sapiens vit aussi dans des organisations sociales depuis le néolithique. La croissance démographique et l’espérance de vie augmentant, ses besoins en énergie ont suivis et les conséquences que nous constatons.
    La force musculaire a progressivement été remplacée par celle du vent et de l’eau (moulins, barrages), puis ont suivis les filières fossiles et nucléaire, car rentables et utiles (industrie, mobilité). La filière fossile (charbon, pétrole, gaz) a aussi libéré (extraction, consommation) des gaz qui ont un effet de serre et qui se sont accumulés dans l’atmosphère. Le terme empreinte carbone en a résulté (Christian de Perthuis, Paris-Dauphine) ainsi que ces bourses où on peut acheter du CO2 à ceux qui en produisent peu. Comme vous le dites, n’achètent que ceux qui en ont les moyens !
    La seule voie raisonnable semble donc être la diminution de la consommation, mais là on se heurte à la doxa économique actuelle qui va être, vous l’imaginer, difficile à réformer. Toutefois je note déjà dans les medias des signes encourageants, donc cela ne pas impossible, si l’activité économique libérale et ajustée puisse continuer.
    Les sciences dites dures, tributaires de notre système planétaire, ont raison et les sciences dites molles, tributaires de l’être humain (économie, politique, croyances), vont devoir s’y plier, qu’elles le veuille ou non. Homo sapiens a jusqu’à ce jour bien utilisé son cerveau, même si un accident reste possible, je reste optimiste.

  6. «L’objectif est tellement inatteignable qu’il relève plus des éléments de langage que de la réalité», dites-vous. Vous aviez évoqué, dans de récents billets (13.11.2019 notamment), la baisse de consommation de l’énergie à venir; en fait celle-ci «augmente de 0.5% par an», précisez-vous aujourd’hui. La mode tend à étiqueter le bilan carbone des personnes et des choses, comme l’est celle de mentionner le besoin calorique journalier des aliments. La production de CO2 (à l’inverse de la non-pollution) comme facteur de culpabilisation, à l’instar de l’obésité, opposée à l’attitude «very woke» du fitness!
    Des articles de presse, sur fond scientifique, mentionnent: 1). Le lac de Halwil (10 km2) dégage 25 tonnes de méthane par an, gaz dont l’effet de serre est 28 fois supérieur au CO2 mais moins rémanent. La surface du lac Léman étant de 580 km2, il en produirait donc 1450 tonnes à conditions égales. 2) l’Office fédéral de l’environnement (Ofev) et l’EPFZ relèvent que les déchets alimentaires, en Suisse (soit un tiers de l’ensemble des aliments achetés) produisent 4 millions de tonnes de CO2, soit une quatorzième part des 56 millions de tonnes produits. Le gaspillage de nourriture cause donc autant de dommages à l’environnement que la moitié du transport privé motorisé (sans prendre en compte l’énergie fossile pour produire les aliments, le chauffage ou la réfrigération des serres et locaux…) et tout autant que les vols d’avions.
    Accéder à l’objectif des Accords de Paris (sans mentionner le principe des «indulgences» du marché du carbone) et donc décarboner par les énergies renouvelables et l’austérité d’ici à 2030 ou à 2050 revient au même que de déclarer l’abolition du péché à ces dates, ce qui peut paraître cynique à juste titre.
    Les coûts seront énormes, même en transférant ses émissions en Chine ou ailleurs. On parle de billions (mille milliards) de francs et de grandes parts du PIB. En payant 1 franc par seconde (ce qui n’est pas à la portée de toutes les bourses), soit 86 400 fr. par jour (!) ou 31 536 000 fr. par an, il faudrait remonter aux Néandertaliens pour le financement. Un gâchis financé par le contribuable, sans garantie de la baisse des températures à la fin du siècle!
    En étant à contre-courant, rien ne contredit que les combustibles fossiles seront, dans un avenir assez proche, encore essentiels au maintien de la civilisation. Seules l’économie privée ou l’industrie fera partie de la solution (en non de la grande part du problème), en investissant dans la recherche, le développement et l’innovation, dans la séquestration du dioxyde de carbone, en particulier.
    La position étatiste, basée sur la prétention de la croissance économique garantie par l’État est à l’opposé de la volonté entrepreneuriale: intervention et régulation du gouvernement et de la Banque centrale en cas de crise, marché inondé d’argent par la planche à billets, spirale de la dette, investissements publics poussés en avant et capitalisme de connivence, subventions, taxes et mesures restrictives; sans tenir compte du gaspillage et des pertes. Le keynésianisme est le problème, pas la solution!
    Les changements structurels du capitalisme et de l’économie, les voies de la destruction créatrice de Schumpeter – la crise de la transition écologique bousculant les positions acquises – nous réservent des solutions plus radicales face à la rhétorique de certains milieux: moins de politique, moins de pouvoir étatique, moins de bureaucratie, mais plus de responsabilité personnelle, plus d’esprit d’entreprise, plus de recherche et d’innovation. Karl Marx est mort! Le climat a besoin de plus d’Elon Musk et de moins de John Maynard Keynes…

    1. Pas certain que M. Musk soit la solution, car envoyer dans l’espace 12’000 satellites pour densifier internet et majorer la publicité et l’incitation à acheter, sans oublier le streaming (Google, Amazone + X veulent faire de même) va à contre-sens de la problématique des gaz à effet de serre et des ressources finies de notre planète.
      La modération raisonnée des modèles économiques va probablement parvenir à remplacer l’idéologie de la croissance infinie qui parasite encore le cerveau d’homo sapiens.

    2. Le système des quotas d’émissions est un farce en l’état actuel. Il favorise la fraude, la spéculation et est le moyen parfait pour n’arriver à rien de concret. Enfin, à part permetre aux pays ayants les moyens de s’acheter des indulgences carbone au lieu d’agir.

      Une taxe carbone similaire à la TVA serait bien plus efficace, mais comme la TVA, fiscalement régressive. Ce qui pourrait marcher serait une taxe carbone couplée à un quota carbone par habitant correspondant à son introduction à la moyenne nationale par habitant incluant les imports. Au début de l’année l’état verse au contribuable le quota multiplié par le prix par tonne (ce qui donne une invective aux individus de rester dessous du quota). Chaque année aussi, on baisse ce quota de manière prévisible de 3.3% tout en montant le prix du carbone pour arriver à zero en 2050.

      Comme pour la TVA, il serait possible de différencier les biens courants des biens de luxe afin de rendre la taxe plus progressive. Il faudrait évidement le coupler à des frais de douane carbone pour ne pas pénaliser les entreprises indigènes.

      100% de cette taxe devrait être utilisée pour des investissements dans la décarbonisation de notre économie afin de rendre le tout aussi suportable que possible pour la population générale.

      Ou alors on ne fait rien, et on se prend la fin du pétrole plus +4°C dans les dents sans airbags…

  7. Que se passerait-il si nos dirigeants élus avaient l’audace de proposer un programme musclé et volontariste de réduction de l’émission de gaz à effet de serre, le CO2 pour ne pas le nommer ?
    À coup sûr un référendum serait lancé et le masque tomberait enfin: manifester = oui, mais diminuer son confort = non. Je peux me tromper (je l’espère même) car l’expérience n’a pas encore été tentée en vraie grandeur dans notre charmant pays.
    Si les politiques se refusent à cette expérience, c’est d’abord parce qu’ils veulent être réélus et ensuite parce qu’ils savent qu’ils seront très certainement désavoués par le peuple. Mais tant que des votations de ce type n’auront pas eu lieu, les manifestants pourront affirmer représenter la population toute entière sans pouvoir être contredit.

    1. Ils ne représentent certainement pas le sentiment général mais sans doute celui de leur génération. Comme j’ai 88 ans, mon intérêt pour ce débat est franchement académique.

  8. Je vois d’ici certains présidents de pays du tiers monde se marrer. Moins tu industrialises plus tu reçois des blancs du continent “des trop pressés”. Ils vont adorer la compensation !

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