Travailler plus longtemps pour toucher une meilleure pension

Le trafic SNCF restera perturbé mardi par la grève illimitée contre la réforme des retraites, au 27e jour consécutif du mouvement. La pierre d’achoppement dans les négociations reste l’« âge-pivot » de prise de la retraite à tarif plein. Le porter de 62 à 64 ans parait insupportable, non seulement aux grévistes, mais aussi à la majorité des citoyens français. Cela signifie que le travail est largement considéré comme une punition, une corvée, une activité dénuée de sens sinon celui de rapporter un salaire. En France, comme dans beaucoup de pays latins, on ne se réalise pas par son travail, on se réalise en faisant travailler les autres. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, dès lors que les cotisations des actifs ne suffisent plus à assurer les retraites, il faut que celles-ci soient subsidiées par l’Etat, c’est-à-dire les impôts prélevés sur tous les contribuables. Chacun espère à tort que cette fiscalisation des retraites lui bénéficiera plus qu’aux autres, ce qui est manifestement une illusion.

Comment est-on arrivé dans cette impasse absurde? La proposition du gouvernement est fondée : même régime de retraite pour tous à proportion identique selon les cotisations versées, avec même un plancher minimum pour ceux qui n’ont pas réussi à cotiser suffisamment. Peut-on imaginer système plus équilibré, plus juste, plus solidaire plutôt que 42 régimes différents avec des privilèges exorbitants obtenus par certaines catégories de travailleurs, ceux qui peuvent prendre en otage leurs concitoyens parce qu’ils travaillent dans un service public essentiel ? Loin d’être convaincus qu’ils ont des devoirs supplémentaires, ils se sont persuadés que cela leur conférait des privilèges. Par ce mécanisme toutes les catégories sociales s’efforcent de conquérir, non pas l’égalité et la fraternité de la devise nationale, mais une préséance, un avantage, un droit régalien.

Le problème dépasse la France car toutes les nations européennes bénéficient d’avances dans la santé, telles que l’espérance de vie au-delà du célèbre âge -pivot est aujourd’hui de l’ordre du double de ce qu’elle était lors de la création du système des retraites, voici une vingtaine d’années. Dès lors, par un effet latéral de ce progrès, les pensions sont menacées. Le nombre d’actifs soutenant un retraité ne cesse de diminuer.

Il existe trois mesures qui permettraient chacune séparément de compenser cette dérive : soit on peut doubler les cotisations ; soit on peut diminuer les rentes de moitié, soit on peut travailler dix ans de plus. Cette dernière mesure est manifestement la plus appropriée car elle répond directement et essentiellement au phénomène d’allongement de la vie qui est la source du problème. C’est cependant la seule que le bon peuple français refuse obstinément. Comme on ne peut non plus réduire des pensions qui sont dans certains cas scandaleusement insuffisantes, il reste à mobiliser des ressources supplémentaires. Pas question d’augmenter les cotisations car le pouvoir d’achat est déjà suffisamment écorné par tous les prélèvements obligatoires. Dès lors ne reste que l’endettement de l’Etat. Cela signifie en clair que, pour résoudre provisoirement le problème des travailleurs d’aujourd’hui, on s’enferre dans un système qui n’assure pas les pensions dans un futur lointain et qui fait en plus peser sur ces générations menacées le poids d’une dette de plus en plus lourde.

La Suisse ne fait pas exception. Après le rejet en 2017 par le peuple de la Réforme 2020, le Conseil fédéral a demandé aux partenaires sociaux de se mettre d’accord sur un projet réaliste. Ce compromis fait de nouveau l’impasse sur l’âge de prise de la retraite. Pour la rente LPP, il propose à la fois une diminution de celle-ci et une augmentation des cotisations, ce qui est inévitable. Dès lors que l’on refuse de travailler plus longtemps, on se prive des ressources que cela pourrait dégager. Et donc on se serre la ceinture deux fois : au moment de cotiser, au moment de toucher sa retraite.

Est-ce bien cela que le peuple veut ? On le verra lors de la votation. Mais on peut en douter. En Suède, l’âge de prise de retraite est actuellement de 67 ans et il montera progressivement à 70 ans. En Angleterre, l’âge était de 67 ans lors de la création du système en 1950, puis il a baissé jusqu’à 63 ans. Actuellement il remonte d’abord à 65 puis 68 ans. Ainsi même en démocratie, un gouvernement peut expliquer aux électeurs un problème élémentaire de mathématique. La question devient alors pour la Suisse : le Conseil fédéral est-il vraiment un gouvernement ?

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck est ingénieur, ancien conseiller national PDC et député au Grand Conseil vaudois, professeur honoraire de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), d'origine belge, de nationalité française et naturalisé suisse. Il exerce la profession d'écrivain.

43 réponses à “Travailler plus longtemps pour toucher une meilleure pension

    1. Comme le disait Coluche, une journée d’action d’un syndicaliste comme M. Martinez est une journée où l’on ne fait rien ! Mais lui, il est payé, alors que les grévistes ne le sont pas. Aberrant !

    2. En plus de M. Martinez, c’est tous les Français et Suisse qui devraient le lire.
      Meilleurs voeux

  1. Le blog de M. Neirynck a beaucoup de sens, comme d’habitude. Je me permets d’y ajouter ce qui suit: en Suisse, le premier pilier est dit par répartition et le deuxième par capitalisation. En France tout est par répartition, un système de financement qui ne peut pas marcher dès lors que i) le rapport “nombre de cotisants” / “nombre de rentiers” baisse notablement et/ou ii) le rendement des placements devient insignifiant. Un changement de financement devient inévitable mais il ne peut se faire que par palier sous peine d’engendrer une révolution. Très curieusement en France le Président ne s’est pas trop mouillé jusqu’à présent. Attendons donc avec curiosité son discours de ce soir.

    1. Monsieur,

      Je ne comprends pas bien le lien que vous établissez entre répartition et rendements financiers mais votre remarque est intéressante. En ce moment, les systèmes de pension qu’ils soient en répartition ou en capitalisation sont sous pression. Les plus fervents partisans de la capitalisations diront que les taux bas sont un accident conjoncturel mais l’accident commence à durer.
      Quant à la réforme de Macron, sans avoir véritablement suivi toutes les annonces, il me semble qu’il s’agit d’un système par point. Ceux-ci sont en principe un avatar des comptes notionnels. Vos cotisations vous permettent d’acquérir des points qui sont convertis en rente lorsque vous partez à la retraite. En termes moins ludiques, vos cotisations s’accumulent sur un compte notionnel (virtuel), ce capital notionnel est converti en rente au départ en retraite au moyen d’un facteur de conversion.
      Le point central c’est le facteur de conversion (la valeur du point). Il semblerait qu’il serait fixe et universel. Cela est étonnant, en principe, il devrait dépendre de l’espérance de vie (âge et année de naissance) au moment de la retraite ainsi que de certains paramètres macroéconomiques.
      Néanmoins, je n’ai rien lu au sujet de l’indexation des pensions ce qui permettrait encore théoriquement d’avoir un facteur de conversion fixe et de compenser par une indexation différenciée.
      Cela serait compliqué et donc très improbable. Il est plus probable que Macron pense comme vous, il faut faire les choses par étapes: il met en place la structure et dans quelques années, son successeur n’aurait plus qu’à flexibiliser la valeur du point et la France serait dôtée d’un système de retraite moderne et beaucoup plus transparent.
      Cela serait piquant, l’ingouvernable France aurait stabilisé son système de retraite et la raisonnable mais ingouvernée Confédération Hélvétique se débattrait encore avec le sien.
      Voilà de quoi faire sourire…
      Heureusement, les français ont encore le temps de faire une mauvaise réforme et nous de continuer à ne rien faire en espérant que les taux remontent.

      1. Vous avez tout à fait raison, Cher Monsieur, le rendement n’a rien à voir avec la repartition, mais avec la capitalisation.
        Une bonne année et merci d’avoir ouvert les yeux, et les miens !

  2. 30.12.2019, 18:20

    « Travaillez plus longtemps pour toucher une meilleure pension… »
    — J’ai fait les calculs, si j’arrête à 65 ans ce ne sera déjà pas extraordinaire !
    — Alors travaillez plus longtemps pour que ce ne soit pas pire !
    — Ce n’est pas en quatre minutes que vous parviendrez à me convaincre. Mais oublions cela pour le moment, sinon demain à minuit quand nous ferons nos vœux, les trompettes en carton sonneront faux… Comment cela ? Vous n’y croyez pas non plus ?..

    1. Savez-vous ce que coûte une pension mensuelle de 1’000 Euros versée à partir de 65 ans ? Environ 300’000 Euros. Oui, vous avez bien lu, 300’000 Euros ! Supposons que le salarié et l’employeur cotisent à part égale. Il faudrait donc que le salarié verse au cours de sa vie professionnelle 150’000 Euros pour toucher une retraite mensuelle de 1’000 Euros à 65 ans. Faites vos comptes, Dominic. Combien aurez-vous cotisé à 65 ans ? Et combien toucherez-vous ? Le compte y est-il ? Dans la négative, qui paiera la différence ? Et il faudra bien que quelqu’un paie !

      1. Votre réponse passe complètement à côté du dialogue imaginaire que je fournis, qui ne traduit aucune opinion personnelle. L’annonce du blog de M. Neyrinck, en page d’accueil, est apparue à double durant quelques heures, sous deux titres différents. La première ligne de mon dialogue est le titre de l’annonce de 18h20 conservée, le deuxième de l’annonce parue à 18h24 était : « Travailler plus longtemps pour toucher une pension digne ». L’informatique doit avoir choisi à la place de M. Neirynck lequel des deux titres était le meilleur : le premier. Mais mon interlocuteur aurait trouvé le second plus approprié… Tout cela est compliqué, n’est-ce pas ? Alors faites comme l’interlocuteur, n’y pensez plus et passez un bon Nouvel-An. Et M. Neyrinck aussi, comme moi, dans un digne confort.

  3. je trouve que beaucoup de gens ( journalistes, syndicats…) évacuent d’un geste la solution d’une hausse des cotisations. ont ils demandé leur avis aux gens concernés ??? ah oui, çà emputera le fameux pouvoir d’achat !!!
    sauf que beaucoup de gens se sont créé des dépenses dont on peut se passer !!! moi, j’ai un smartphone payé 60€ , depuis 4 ans.
    je n’ai pas de forfait internet sur ce smartphone , pour regarder … des vidéos de chats !
    je peux relever des mails en 3G … avec mon forfait data de 50 Megas…. et une box à24€/moisà la maison.

  4. Bonjour,
    je pense que, à part l’espérance de vie, pour définir l’age de retraite on devrait aussi tenir en compte:
    la richesse générale produite par un pays;
    le niveau de productivité (beaucoup augmenté pendant les dernières décennies );
    le nombre d’emploiyés qui cotisent.

    L’objectif d’une société et de son gouvernement devrait être celui d’améliorer progressivement de façon soutenable les conditions de vie de la population qui constitue cette même société: parvenir à faire augmenter l’espérance de vie sans relever (ou en la relevant moins par rapport à l’espérance de vie) l’age de retraite devrait faire partie de cet objectif.
    Salutations

    1. @MFDF. Votre vision oublie que la richesse d’un pays fluctue, pareil pour la productivité et le nombre de cotisant. Il devient impossible d’établir une sécurisation de la rente, alors que la capitalisation avec une sécurisation du capital (investissement mesuré où le retour sur investissement n’est pas la source principale de la future retraite) permet de planifier un système de retraite sur le long terme et de permettre à chacun de définir une carrière et surtout la fin de celle-ci.

  5. On dit qu’il y a trois manière d’envisager le travail :

    1. Comme une pure source de revenu. Dans ce cas le travail n’est ni un plaisir ni une motivation. Les motivations sont en-dehors (famille, hobbies, etc.) du monde du travail.

    2. Comme un source d’avantages intrinsèques. Le travail est une vocation et il représente une fin en soi. Il permet à la personne de se réaliser dans le travail lui-même

    3. Comme un source d’avantages extrinsèques. Le travail sert avant tout des objectifs externes, comme la réussite sociale par exemple. Il peut être aussi un plaisir mais ce n’est pas la priorité.

    Etant donné la médiocrité croissante du management actuel (de la politique, du service public ou de l’entreprise privée), dont les membres appartiennent majoritairement à la catégorie 3, beaucoup de ceux qui ont commencé leur carrière dans la catégorie 2 viennent, au fil du temps et des désillusions, renforcer la cohorte de ceux qui appartiennent à la catégorie 1.

    A ce sujet, je trouve intéressante la théorie des « bullshit jobs » de l’anthropologue David Graeber (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bullshit_jobs) qui illustre les dérives du monde du travail de manière pertinente.

    1. Ces discussions sur comment envisager le travail sont une perte de temps: cela relève du domaine personnel. Un système de retraite est par nature général et doit viser la pérennité à travers les générations.

      1. Peut-être aurais-je dû préciser que je réagissais à la partie du texte de Monsieur Neirynck qui traite du rapport au travail et que je trouve un peu expéditive : « le travail est largement considéré comme une punition, une corvée, une activité dénuée de sens sinon celui de rapporter un salaire. En France, comme dans beaucoup de pays latins, on ne se réalise pas par son travail ».

        Le monde du travail est en train de changer à grande vitesse (revenu inconditionnel, robotisation, intelligence artificielle, « bullshit jobs », concurrence des pays émergents, etc.) et il est impossible de parler de systèmes de retraite sans considérer ces aspects.

        Quel que soit le système adopté en France ou ailleurs, il sera de tout manière amené à changer souvent et parfois de manière radicale au fil des évolutions du monde, des technologies et de la société. Pour ces raisons, un système de retraite, à notre époque, ne peut être ni général ni viser la pérennité à travers les générations.

  6. Macron a choisi une mauvaise stratégie: plutôt de forcer la fusion des systèmes de retraite, il aurait dû viser une loi qui supprime les transferts compensatoires entre les différents systèmes. L’Etat garantit que chacun reçoive une pension calculée sur la base du système de base et si le système de retraite le permet, alors les avantages promis sont payés.

    Autre erreur de macron: accepter que certaines professions puissent garder leur système particulier, notamment ceux de la police ou de la surveillance aérienne. Cela nuit totalement à sa volonté de créer un système unique. Il aurait mieux fallut créer des caisses particulières où employeurs et employées surcotisent pour payer des rentes pont autorisant certaines professions à partir plus vite à la retraite jusqu’au moment où les personnes atteignent l’âge légale de la retraite du système de base et où se dernier peut dès lors s’appliquer.

    C’est la solution à toutes les revendications qui demandent des dérogations pour cause de pénibilité: au lieu de créer des exceptions au système général, il faut que chaque profession crée sa propre caisse de pré-retraite qui permette de quitter la vie professionnelle plus tôt sans faire intervenir le système général. La caisse particulière ne finance la pré-retraite que jusqu’au moment de l’âge légal.

    L’Etat peut toujours offrir certains bonus, on peut penser aux femmes qui arrêtent de travailler pour élever des enfants, mais là aussi, ces exceptions doivent être financées par des ressources supplémentaires (exemple l’impôt ou des taxes particulières dédiées) et non payé par les cotisations générales. Ceci permet une vision claire de qui paye quoi, ce qui manque terriblement au système fiscale et social français et empêche la prise de conscience personnelle de ce que coûte une retraite et de sa contribution à sa retraite.

  7. Bonjour,
    Je reprends votre dernière phrase “La question devient alors pour la Suisse : le Conseil fédéral est-il vraiment un gouvernement ?” pour répondre qu’a mon avis:
    On peut assimilier le Conseil Fédéral au PDG d’une entreprise (La Suisse,”NATION VOLONTE…ECONOMIQUE”),le Parlement son Conseil d’administration dont siègent,par députation les principaux actionnaires,et le dit “souverain”(pas vraiement),les très petits actonnaires,on concocte une FORMULE MAGIQUE (un leurre démocratique qui annule le débat du souveran)
    à partir de laquelle on prend des décisions avec un seule but: le profit TOUT A FAIT ECONOMIQUE ET A COURT TERME qui permet aux gros actionnaires,DROITE ET EXTRÊME DROITE,prende la plupart des BONUS étant donné que le “souveran” reste asoupi et convainçu que en SUISSE MODELE tout le monde vit beacoup mieux qu’ailleurs
    Vous pouvez faire un comparatif “pédagogique” et montrer à vos lecteurs,lectrices comme se débrouille la classe “moyenne basse”,mayoritaire aujour’hui partout,en Suisse et dans le reste d’Europe

  8. Je pense que tout le monde tourne autour du pot car personne n’ose dire la vérité et risquer de passer pour un extrémiste de droite. Personnellement je ne le suis pas et j’aime la France.
    Le casse-tête des retraites en France est une conséquence de la politique française et non pas une cause de lamentation.
    Après le choc pétrolier de 1973, le Président Pompidou avait averti en 1974 à la télévision que désormais il y aura du chômage en France. Du temps de l’excellent Président Giscard les déficits ont commencé à apparaître et les caisses de l’Etat de se vider. Le président Mitterrand a ouvert les vannes en laissant entrer pas moins que cinq millions de miséreux qui ont besoin de tout pendant plusieurs générations. La performance des présidents qui sont arrivés après lui n’a fait qu’entretenir et de colmater les brèches des trous béants ouverts dans les déficits et le chômage. Beaucoup de français (1,7 millions ?) Bien formés et possédants des moyens financiers ont quitté leur pays pour écumer les emplois et les bancs des universités chez leurs voisins en aggravant le chômage là où ils arrivent, à part au Grand-Duché qui en a besoin. Les jeunes belges sont descendus dans la rue l’année passée pour protester contre les arrivées massives des étudiants français. Rien qu’en Suisse 9 mille français sont en formation quasi gratuitement dans nos universités.
    Quand on dépense des dizaines de milliards chaque année à cause du chômage en France, il est normal qu’il n’en reste pas beaucoup pour les retraites et les retraités.
    La France n’a tout simplement pas le droit vis-à-vis du reste de l’Europe de continuer sa politique migratoire. Il est temps que cela s’arrête.

  9. Oui oui, c’est une analyse réaliste, il faut financer tout cela.
    Et si l’on reparlait de toutes ces années durant lesquelles les rendements positifs des caisses de pension étaient redistribués aux propriétaires des caisses (patrons, assurances, banques) au-delà d’un certain seuil très bas.
    Peut-être qu’il faudrait demander des comptes et nos sous à ces gens-là ?
    Il manque comme toujours un paramètre important dans ce type d’analyse: au-delà de 55 ans, il devient très difficile de retrouver un emploi.
    Dès lors, comment cotiser jusqu’à 67 ou 70 ans ?
    Enfin, notre Parlement suisse serait bien avisé de revoir les taux de cotisation bloqués depuis 40 ans.
    Pour rappel, c’est en % du salaire coordonné:
    Hommes Femmes
    25-34 25-34 7%
    35-44 35-44 10%
    45-54 45-54 15%
    55-65 55-64 18%
    Oui, presque 3x plus à partir de 55 ans, ce qui ne motive pas les patrons à embaucher dans cette tranche d’âge-là.

    1. Il est évident que le travail jusqu’à 70 ans qui sera imposé par les circonstances doit être aménagé et qu’en particulier les cotisations ne peuvent pas peser plus lourds au fur et à mesure du vieillissement. On se demande maintenant pour quoi ce barème aberrant a été imaginé.

      1. Ce barème a servi à permettre aux plus anciens assurés d’obtenir un pécule suffisant lors de l’introduction du 2ème pilier, leurs années de cotisation étant moins nombreuses.
        Mais depuis lors, le Parlement suisse n’a pas daigné se pencher sur le sujet pour adapter les taux de cotisation qui devraient être identiques par classe d’âge, voire plus élevés pour les jeunes qui verront les taux de conversion baisser encore.

      2. Oui, vous avez raison de dénoncer l’aberration du barème en vigueur. Toutefois, à moins que je n’aie rien compris au sujet des retraites, je vous avoue que j’ai du mal à vous suivre: un manoeuvre qui a passé sa vie de chantier en chantier va-t-il pouvoir continuer à travailler jusqu’à 70 ans? Même l’armée ne recrute plus, passé un certain âge. A l’inverse, un universitaire peut continuer à travailler tant que ses facultés le lui permettront – n’en êtes-vous pas un brillant exemple? – et compenser ainsi les années de retard à entrer sur le marché du travail, consécutives à ses études. Et avec la diversification croissante des modes de travail (e-emploi, travail temporaire, etc.), fixer un âge limite d’entrée à la retraite pour tous a-t-il encore un sens?

        Enfin, il ne se passe plus une semaine, voire un jour sans que presse et politiciens, qui semblent l’avoir enfin découvert – quel scoop! – ne nous rappellent que la population vieillit. Gouverner n’est-il pas prévoir? Les registres d’état-civils n’existent-ils donc pas pour eux? C’est ainsi que, “baby-boomer” de la cuvée 1946 (un excellent millésime, soit dit en passant) et retraité depuis 2010, je ne cesse de me faire rappeler que “les baby-boomers vont bientôt arriver à l’âge de la retraite”. D’ailleurs, j’en suis gagnant, puisque je me vois ainsi rajeuni d’autant.

        Autre chose: les jeunes (comme si nous ne l’avions pas été avant eux), terrain de chasse favori des publicitaires et des démagogues, sont présentés comme les victimes potentielles des coûts du vieillissement. Or, ne sont-ils pas la première génération à toucher un LPP entier, tandis que celle des “baby-boomers” nés dans l’immédiat après-guerre n’a eu droit au second pilier que depuis son entrée en vigueur, en 1985?

        A l’heure où la retraite à la carte s’impose toujours plus, quel sens un barème unique a-t-il encore?

        1. La pénibilité de certaines fonctions ne doit pas constituer un obstacle pour les travaux non pénibles.
          Je n’ai absolument pas plaidé pour un barème unique, mais pour l’allongement général de la durée du travail. Bien évidemment tous les travaux ne peuvent se poursuivre indéfiniment. Il faut donc prévoir plusieurs carrières successives. Il faut donc prévoir une formation continue et des intervalles où la personne puisse se recycler dans sa profession ou en changer. Cela se fait ailleurs.

          1. Merci pour votre réponse. Durant toute la période dite des “Trente Glorieuses” (qui n’avait de glorieux que le nom, en réalité), où faire carrière dans la même entreprise ou suivre la même filière étaient encore la norme, on passait pour instable, inadapté, voire quelque peu caractériel si on changeait trop souvent d’employeur. Aujourd’hui, semble-t-il, c’est devenu la norme.

            De plus, avec un bagage scolaire du niveau secondaire II (selon l’appellation actuelle) , même un non universitaire pouvait espérer atteindre l’âge de la retraite sans trop de mal, avec un revenu conséquent.

            Toujours au sujet de la formation, dans les années soixante et jusqu’au choc pétrolier de 1973, le chômage, encore vu à cette époque comme une sorte de maladie honteuse, ne concernait en principe que les gens peu ou mal formés, au point qu’un responsable fédéral du chômage disait de ses “protégés” qu’ils consistaient pour “un tiers de drogués, un tiers de clochards et un tiers de fainéants”.

            Avant la crise pétrolière, un mouvement tel que le collectif “Génération précaire”, formé en 2005, en France, face à l’explosion du nombre de stagiaires en entreprise était impensable. Ce collectif, qui a pour équivalents les “Intern Aware” en Angleterre ou ” La Repubblica Degli Stagisti” en Italie, a été crée à grands renforts de “flashmobs” par une majorité de jeunes diplômés dont la recherche d’emploi est difficile, ceci souvent au terme de longues années d’études, ce qu’ils attribuent à l’abus de stages dans les entreprises françaises.

            En quoi la formation, qu’elle soit continue ou non, garantira-t-elle à ses bénéficiaires une retraite équitable? A qui profite-t-elle, sinon – comme ils l’admettent d’ailleurs eux-mêmes – aux formateurs?

          2. Au début des années 80, la machine à écrire a été remplacée par l’ordinateur. A l’EPFL on a pris soin de proposer à tout le monde des cours d’initiation. J’en ai suivi moi-même avec le plus grand bénéfice. Cela a donné l’idée de créer en 1990 la première section d’Ingénieurs en Système de communication au monde. Ce ne fut qu’une des innombrables initiatives qui ont porté l’EPFL au niveau d’excellence qu’elle a atteint. La formation continue ne sert pas les formateurs mais ceux qui sont formés, qui deviennent plus performant, qui se sentent portés par le progrès des techniques plutôt que dépassés par les événements. Elle est exigée dans certaines fonctions comme les médecins. Elle devrait devenir la règle et non plus l’exception. A ce moment-là les travailleurs âgés ne seront plus négligés comme ils le sont souvent actuellement. Travaillant plus longtemps, il pèseront moins sur les fonds de pension qu’ils auront alimentés plus longtemps.

    2. Presque 2 X plus, pas trois fois… 1fois plus, c’est 7% + (1 x 7%) , soit 14%; 2 X plus c’est 7% + (2×7%), soit 21%. Une erreur tout à fait commune mais une erreur quand même.

      1. Oui, il faut être précis, c’est exact.
        Alors mettons 3 fois autant.
        Mais je ne crois pas que le fond du problème soit dans la dialectique.
        Les plus agés payent plus que les jeunes, et les employeurs aussi, ce qui freine l’embauche des salariés les plus expérimentés.
        Et si travailler plus longtemps pour cotiser plus est un calcul rationnel, il est aussi simpliste.
        Les plus de 55 ans sortent du marché du travail et n’y rentrant plus ne pourront cotiser du tout, même pas jusqu’à 64 ou 65 ans.
        Il est nécessaire de repenser le système dans son entier, décréter qu’il suffit de travailler plus longtemps se heurte au monde réel, les “cotisants plus longtemps” n’existeront pas.

        1. Le problème soulevé est naturellement un frein énorme à l’emploi des seniors. Ce problème est bien connu mais rien n’est fait pour le résoudre. Typiquement suisse ! Nous attendons jusqu’à ce qu’une décision ne puisse plus être différée !

        2. On ne peut pas énoncer de prétendues vérités sans fondement comme “les cotisants plus longtemps n’existeront pas”. Ils existent en Allemagne, en Suède, en Angleterre et en Belgique par exemple. Cela dépend des conditions cadres. Si un cotisants agée pèse plus lourd en cotisations, il est désavantagé dans sa capacité à retrouver du travail : c’est une incitation à ne pas engager des travailleurs âgés. Il y a pire . au delà de 65 ans il faut continuer à cotiser pour l’AVS mais la rente n’augmente pas pour autant, même si elle n’est pas complète. C’est donc un système organisé pour obliger de prendre sa retraite à 65 ans au plus tard. Cette distorsion de l’emploi repose sur un préjugé bien enraciné : il y a une fois pour toutes un certain nombre d’emplois sur tout le territoire et si un senior en occupe un il prive un junior de l’embauche. C’est complètement faux mais beaucoup de décisions ont été prises en fonction de ce préjugé.
          Autre préjugé reposant sur la même attitude : un immigrant serait une menace pour l’emploi des habitants. Or la Suisse a le plus haut taux d’immigration puisqu’un quart des habitants n’est pas Suisse mais elle a le taux de chômage le plus bas.

          1. “la Suisse a (…) le taux de chômage le plus bas.”

            Comme disait Michel Audiard, “le langage des chiffres a ceci de commun avec le langage des fleurs, on lui fait dire ce que l’on veut. Les chiffres parlent, mais ne crient jamais.”

            Petite lectures utiles :

            https://www.letemps.ch/economie/chomage-suisse-une-vision-partielle-realite

            https://www.seco.admin.ch/seco/fr/home/wirtschaftslage—wirtschaftspolitik/Wirtschaftslage/Arbeitslosenzahlen.html

            https://www.bilan.ch/economie/chomage-la-suisse-seulement-13eme-sur-30

          2. “Pour analyser plus en profondeur le marché de l’emploi en comparaison internationale, il faut prendre une autre statistique: le taux d’emploi par pays. Celui-ci mesure l’utilisation des ressources de main-d’œuvre disponibles en divisant le nombre d’actifs occupés par la population en âge de travailler (entre 15 ans et 64 ans).
            Avec cet indicateur, la position de la Suisse s’améliore nettement. Au 4ème trimestre 2018, elle prend le 2ème rang des membres de l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économiques en compte 38) avec un taux d’emploi de 80,3%. Seule l’Islande fait mieux (85,5%). “

  10. Il est toujours facile d’utiliser le “yaka” comme réponse a tous les problèmes. La retraite est une problème complexe et ne se résout pas uniquement par un biais arithmetique, ce n’est hélas pas si simple. “Doubler les cotisations, baisser drastiquement les rentes, augmenter l’age du droit a la retraite de dix” sont des mesures qui devraient être prise quand le système est en stade terminal. On en est loin !
    Augmenter l’age de la retraite de 10 ans, pose de graves problèmes. Elle empêche les jeunes de trouver un emploi qui est devenu une denrée plus que rare. Et de l’autre cote de la pyramide des ages, elle va mettre au chômage un nombre très important de seniors. Pour parler de la France, dans la tranche d’age 60 – 64 ans, le taux d’activité n’est que de 31 %. C’est être déconnecté depuis longtemps du monde du travail, que de penser que les entreprises vont adapter leur manière de gérer leur personnel senior. A l’age de l’intelligence artificielle, de l’uberisation du travail, de la concurrence mondiale de l’emploi, est il judicieux de mettre a la casse des tranches d’ages peu, voire meme, pas du tout compétitives ? Le monde de l’entreprise contemporain, n’a que faire de plan de formation, d’adaptation des heures de travail, pour une classe d’age qui pour elles, leur coutent de l’argent. Faut-il paupériser des populations entières pour que les rentiers actuels puissent garder leurs rentes ? Tout depend le genre de société que nous voulons .
    Est il concevable qu’un infirmier de 62 ans puissent faire le meme travail qu’une personne de 30 ans ? Et surtout, que lui faire faire ? On se rendra vite compte qu’une part toujours plus grande des gens seront en arrêt maladie, en arrêt de travail, sans parler de ceux qui ne seront pas compétitifs et qui se retrouveront sur la touche en attendant, 5, 10 ans leur droit a la retraite. Le cout des assurances sociales va exploser a force de précariser une part importante de la population.
    Il y a des choses a faire, un système a changer, mais par touches succesives, sans faire croire qu’il y a une urgence absolue. Ceci peut être pilote d’une manière fine, avec une analyse régulière de la situation, car rien n’est linéaire. Penser a faire entrer un peu plus de solidarité entre generations. La solidarité n’est pas un vilain mot, par contre le “yaka”, bon pour les autres est une très mauvaise solution.

    1. L’espérance de vie a non seulement augmenté mais aussi celle en bonne santé. Il est donc médicalement possible de travailler plus longtemps. Pas tout le monde, pas dans tous les emplois. Pas pour les tâches lourdes, répétitives, pénibles, exigeant une parfaite vision ou des réflexes prompts. Mais ceux qui ont occupé ces emplois impossibles à prolonger ont peut-être intérêt, pas seulement financier, à être occupé aussi longtemps qu’ils le peuvent.
      Travailler plus longtemps ne signifie pas empêcher les jeunes d’accéder à un emploi. C’est produire un pouvoir d’achat supplémentaire qui crée des emplois.

      1. Dans l’émission “Forum” du premier janvier dernier consacrée à l’allocution de la nouvelle présidente de la Confédération, Mme Sommaruga (https://www.rts.ch/play/radio/forum/audio/vux-de-simonetta-sommaruga-debat-entre-olivier-franais-et-elisabeth-baume-schneider?id=10963087), on a pu entendre le conseiller aux Etats vaudois PLR Olivier Français tenir ces propos:

        “En ce qui concerne la valeur du travail, […] il n’y a pas que l’agriculture, c’est le monde du travail en soi qui doit être dûment rémunéré et quand je vois que dans son propre département il y a des ingénieurs qui rendent des offres à 35, voire 50 francs de l’heure, permettez-moi de vous dire qu’il y a quand même un problème […] être bienveillant vis-à-vis des autres [les agriculteurs, entre autres], c’est aussi avoir une juste rétribution par rapport à la tâche accomplie.”

        Un ingénieur payé 35 à 50 francs de l’heure dans un département fédéral? On croit rêver. Faudra-t-il qu’un(e) universitaire manifeste bientôt dans les rues pour revendiquer le droit d’être payé(e) au moins aussi bien qu’une caissière ou une personne sans formation (dont le salaire serait de 3’000 francs au minimum)?

        Quitte à me faire l’avocat du Diable, permettez-moi de relancer ma question: en quoi la formation met-elle à l’abri du chômage de longue durée et de la précarité?

        1. 50 CHF de l’heure, cela fait 400 CHF par jour de huit heures et plus de 8000 CHF par mois. Un conseiller national est payé de l’ordre de 6000 CHF par mois. J’ai formé plus de 2000 ingénieurs électriciens à l’EPFL et je ne me souviens pas d’en avoir rencontré un seul qui se soit plaint d’être au chômage. Je connais des bureaux d’ingénieurs qui ne peuvent accepter de mandats faute de trouver du personnel qualifié. Les CFF sont obligés d’engager des ingénieurs allemands faut d’en trouver en Suisse. Le quart des médecins pratiquant en Suisse ont été formée à l’étranger. Chaque jour 300 000 frontaliers viennent travailler en Suisse.
          Conclusion : mieux vaut être formé et qualifié que de ne pas l’être. La Suisse ne parvient à fonctionner qu’en ponctionnant la main d’œuvre qualifiée des pays étrangers. Le taux d’emploi de la population résidente dépasse 80%, soit la deuxième position par rapport aux pays de l’OCDE.

          1. Dans son interview, M. Français n’a pas précisé s’il s’agissait de mandats temporaires ou de rémunérations à plein temps. Dans le second cas, comme vous le relevez à juste titre, il n’y aurait pas lieu d’entrer en matière. En revanche, si le montant de 35 francs/heure (et même de 50.-) venait à être confirmé à l’occasion d’un mandat à durée déterminée (comme l’est, par exemple, un remplacement dans l’enseignement, dont la rétribution serait de toutes façons bien supérieure), le parlementaire vaudois n’a-t-il pas raison de poser la question?

            D’autre part, je serais bien le dernier à vouloir vous contester que mieux vaut être formé et qualifié que de ne pas l’être. Peut-être me suis-je d’ailleurs mal fait comprendre: ce n’est pas la formation en soi que je mets en question, bien au contraire, mais son instrumentalisation à des fins tout sauf désintéressées, tant de la part des entreprises que des centres de formation. L’exemple récent de la pétition signée par 530 étudiant(e)s de la HEP-Vaud, mettant en question les compétences de leurs formateurs ne parle-t-il pas lui-même?

            Enfin, en ce qui concerne le taux de chômage des diplômé(e)s des hautes écoles, selon les chiffres de l’Office Fédéral de la Statistique (OFS) pour 2018, l’Université de Genève enregistrait le taux de chômage le plus élevé parmi les lauréats du Master avec 9,6%, cette année-là. La deuxième position revenait à l’université de Neuchâtel avec 7,5%, la troisième place à l’Université de Tessin avec 7% puis celle de Lausanne avec 6,9%, et enfin Fribourg avec 5,5%. De son côté l‘Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) restait dans la moyenne nationale avec 4,8%.

            Toujours en 2018, la presse relevait qu’en matière de rémunération, les inégalités étaient très présentes avec les lauréats des hautes écoles pédagogiques qui étaient mieux payés et dont le taux de chômage n’excédait pas le seuil de 0,6%. Globalement, le salaire moyen annuel se situait aux alentours de 87’000 CHF, soit 11’000 CHF de plus que les diplômés des universités et des hautes écoles spécialisées (voir, par exemple, “Better Study” du 23 novembre 2018 – ‘https://betterstudy.ch/universitaires-davantage-touches-chomage-suisse-romande/’).

            Ce sont pourtant des étudiants de la HEP-VD qui ont lancé la récente pétition mettant en question leur formation. Et pour la première fois, une telle remise en question, autrefois réglée à l’interne, est exposée sur la place publique. Il ne m’appartient ni de la critiquer, ni de la juger. Je me borne à en faire le constat.

            Toutefois, il est indéniable qu’en comparaison à l’échelle internationale, nous faisons encore figures de privilégiés. Au Maroc, par exemple, déjà en 1997, 30,5 % des diplômés de l’enseignement supérieur de milieu urbain étaient à la recherche d’un emploi, contre 9,6 % des non diplômés, et 69 % des chômeurs avaient un diplôme moyen ou supérieur (Direction marocaine de la statistique 1999, citée dans “Cahiers d’Etudes africaines”, 2003). Dans ce pays, le nombre de diplômés contraints de survivre par des petits boulots précaires, peu ou pas qualifiés (garçons de café, caissières, chauffeurs de taxi, etc.) a donné naissance à ce mot, vite passé dans le langage courant et qui en dit plus long que les meilleures statistiques: “professeur, un café!”

            Al Bayane, 24/10/2000.

  11. Cher Monsieur Neirynck,

    Je suis un jeune politicien, encore anonyme, et je ne comprends pas pourquoi nos prédécesseurs n’ont pas initié une politique nataliste en Suisse. Nous voyons tout autour de nous les états faire face à des défits gigantesques en raison du manque de bébés. De votre expérience personnelle, qu’est-ce qui bloque en Suisse ?

    J’ai rejoint le PDC pour sa volonté d’aider les familles, mais je ne vois que des mesures fiscales… alors que cela ne marche pas ! Pourquoi tant de blocages à quelque chose qui me paraît évident: il faut encourager les naissances, par tous les moyens (crèches, congés paternités, maintien du droit à la retraite, etc.).

    1. Une politique sinon nataliste du moins d’appui aux jeunes ménages fait défaut par suite du refus systématique de la droite, plus ou moins engoncée dans le modèle patriarcal où le mari réussit tout seul à gagner l’argent du ménage que tient à domicile l’épouse. Pour certains ce modèle est consubstantiel aux valeurs de la Suisse. Le PDC a plusieurs fois tenté de sortir de cette impasse au parlement, mais il n’est pas suivi par la gauche pour des rasions moins claires. Dès lors nous sommes dans une situation où le déficit de naissances est tel pour la population suisse qu’elle diminue d’un tiers à chaque génération. Je n’ai jamais assisté en 12 ans à Berne à un débat centré sur la démographie. C’est un non-dit révélateur.

      1. Fort étrange… la population suisse aurait diminué d’un tiers à chaque génération ?
        Alors même que la population résidente en Helvétie a plus que doublé en moins de 50 ans ?
        Vouliez-vous parler de Suisses et Suissesses de naissance ou possédant passeport à Croix-Blanche ?

        1. SEule l’immigration a permis à la population d’augmenter. La Suisse est peuplée d’un quart d’habitants qui sont nés ailleurs.

    2. @jeune PDC parmi d’autres:

      Une politique nataliste ne resoudra pas le problème: tant que l’espérance de vie augmente, on tombe dans un système de Ponzi. Les bébés actuels payeront la retraite de leurs parents et qui payera la retraite des bébés ? encore d’autres bébés ? De plus la Suisse ne possède pas les ressources notamment en terme d’espace pour une augmentation continue de la population, à moins d’interdire les maisons individuelles. Sans compter que si cela peut résoudre le problème de retraite que dire de besoins additionnels pour l’éducation, les transports, la formation et la santé ? Faire des bébés implique d’avoir les moyens de leur donner un travail par la suite, rien ne fsert d’avoir comme en France une politique nataliste et d’avoir en même temps 10% de la population active qui vit d’allocation de chômage ou d’aide sociale.

      1. Et voilà, vous avez tout compris !
        Il faut stabiliser puis diminuer la population globalement et en Suisse aussi.
        En millions d’habitants: 3 en 1892, 4 en 1927, 5 en 1956, 6 en 1968, 7 en 1995, 8 en 2013 et 9 en 2021.
        (et pour corriger les propos de M. Neyrinck qui disait ” La Suisse est peuplée d’un quart d’habitants qui sont nés ailleurs”, selon l’OFS, c’est 40% de la population suisse de 15 ans et plus qui est issue de l’immigration, c’est un fait, cité sans idéologie).
        Mais comment faire pour sortir de la spirale tout en assurant le financement des retraites pour les générations qui vivront la décroissance démographique ?
        Plusieurs pistes:
        – la micro-imposition sur les transactions financières (indolore, plus équitable, gros revenus supplémentaires avec des variations minimes de taux)
        – une imposition correcte des multi-nationales, pirates des temps modernes (les PME restent le poumon économique de la Suisse)
        – une redistribution partielle des bénéfices des entreprises, cet argent repartirait dans l’économie locale plutôt que d’être thésaurisée dans des paradis fiscaux (après tout, c’est une forme de spoliation du fruit du travail des employés, non ?)
        – des incitations à la conversion vers une économie durable (création d’emplois à valeur ajoutée locale et construction de biens et infrastructures plus sobres)
        – la généralisation du télétravail pour le tertiaire (familles multi-générationnelles pour l’éducation des enfants et le soutien aux personnes agées)
        Par exemple…

        1. Et comme 78% des emplois sont dans le tertiaire, des transports publics dopés pour absorber les flux de déplacements ponctuels permettront d’économiser massivement sur les infrastructures de transport individuel devenues obsolètes car plus nécessaires.

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