Le climat détraqué rend le politique impuissant

 

Un vent froid a balayé la Suisse, en suscitant des chutes de neige tout à fait inédites en mai. Cette vague de froid est un paradoxe résultant du réchauffement climatique, comme tous les phénomènes excessifs de ces dernières années : les vents plus violents qu’auparavant, la montée de l’océan, les débordements de rivières dus à des précipitations brutales, les ouragans dévastateurs, les canicules meutrières.
Bien entendu cela suscite les ricanements des climatosceptiques qui tirent argument des excès de froid pour nier que la température moyenne de la planète a déjà augmenté d’un degré et qu’elle giclera à deux degrés dans une ou deux décennies, compte tenu de l’inertie totale face au phénomène. Ce n’est pas inédit, car voici 120 000 ans, la température était effectivement de deux degrés plus élevés. Dès lors le niveau de la mer était plus élevé de neuf mètres, dû à la dilatation de l’eau et à la fonte des calottes glaciaires. C’est cela qui nous attend, avec des effets dévastateurs sur les rivages et sur la transhumance de dizaine de millions de réfugiés.
Pourquoi cette instabilité ? Tout d’abord parce que le climat sur une longue période est toujours instable, du fait de l’énergie solaire incidente mais aussi de l’activité humaine. A court terme, le climat de l’Arctique se réchauffe très rapidement et la frontière entre les zones climatiques faibli par suite du régime des vents.
Le jet-stream est ce courant aérien qui circule à une certaine latitude d’ouest en est, entre l’Arctique et les latitudes tempérées en constituant la limite entre les zones climatiques entre 20 et 40 degrés de latitude selon les saisons. Or, il faiblit, cesse d’être confiné à une latitude et forme des zig-zags. Hors saison, ces zigs et ces zags propulsent de l’air froid au Sud ou de l’air chaud au Nord. Dans l’ensemble, le climat devient imprévisible. Le vignoble peut à la fois subir des gelées printanières tuant les bourgeons déjà sortis et des canicules estivales brûlant la végétation. Il en est de même des cultures maraichères.
Face à ce désastre non seulement annoncé mais déjà manifesté, l’inertie de la Berne fédérale est angoissante. On y redoute que la réduction nécessaire de l’empreinte carbone entraine une mutation économique de grande amplitude, avec chômage et baisse du pouvoir d’achat, propice aux embardées électorales. Elle supprimera ou affaiblira des secteurs entiers comme le pétrole ou l’automobile, l’aviation ou le tourisme. Le péril est d’autant plus certain que le courage de l’affronter manque.
Cependant l’opinion publique est en train de dépasser la prise conscience de l’exécutif et les élections à venir se dérouleront sur ce thème, pour la simple raison qu’il s’agit de la survie de l’espèce humaine.
Dès lors, faute de courage politique les décideurs se sentent contraint de nier l’existence du problème puisqu’ils ne parviennent pas à le résoudre. L’évènement le plus symbolique s’est déroulé aux Etats-Unis. La ville de Paradise, située au nord de la vallée centrale de Californie, avait 26 882 habitants sur 47,3 km2. La ville fut entièrement détruite par l’incendie, dit Camp Fire. Le président Trump a visité ce champ de ruines, exprimé sa tristesse et réitéré son refus de reconnaître que le changement de climat soit responsable de ce désastre. C’est l’application caricaturale d’une règle en politique : puisque certains problèmes sont trop compliqués pour être résolus, inventons-en d’inexistants qui ne nécessitent pas de l’être. Les Etats-Unis entament de vaines disputes avec l’Iran pour se dispenser de réduire leur empreinte carbone.

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck est ingénieur, ancien conseiller national PDC et député au Grand Conseil vaudois, professeur honoraire de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), d'origine belge, de nationalité française et naturalisé suisse. Il exerce la profession d'écrivain.

18 réponses à “Le climat détraqué rend le politique impuissant

  1. Les problèmes climatiques que vous évoquez ne sont qu’un début. Quand les éléments se déchaîneront véritablement, les conséquences seront dantesques. La fonte totale des glaces pourrait entraîner à terme (d’ici “seulement” quelques siècles il est vrai) une hausse du niveau marin de plus de 70 mètres! Qui peut imaginer une chose pareille? La petite Suisse ne peut rien faire à elle seule pour arrêter ou enrayer la pollution à l’origine du changement climatique global, à part peut-être montrer l’exemple aux grands pays qui semblent ignorer singulièrement la catastrophe en cours. Les USA et la Chine sont ainsi à eux seuls responsables de 58% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Pour des raisons économiques et démographiques, la situation n’est pas près de s’améliorer, l’économie et le commerce devant fonctionner à plein pour les besoins (encore très mal couverts) de 7 milliards d’êtres humains. Malgré tout ce qui a déjà été entrepris, les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique continuent hélas de croître d’environ 2% par année, parallèlement à l’accroissement démographique. Qui peut arrêter ou changer ça assez vite pour stopper à temps ou limiter les dégâts? Cela semble impossible, le plus réaliste serait de pouvoir s’adapter à des changements considérables et inéluctables. L’accueil en masse de réfugiés n’y changera rien, à part précipiter le chaos et la chute des sociétés développées. Le climat est certes le plus inquiétant, mais de loin pas le seul des très graves problèmes à court terme. Voilà la raison pour laquelle il est assez inapproprié de tomber à bras raccourcis sur les politicien(ne)s, car la responsabilité de tout ce qui se passe est collective et dépend avant tout de nos actions quotidiennes pouvant amener très rapidement une énorme différence. Et puis, les climatosceptiques auront beau jeu de vous dire qu’il y a encore de la marge, avec les +25°C du début de l’Eocène, il y a 40 millions d’années! Mais à cela (et sans doute beaucoup moins puisque les effets à +2°C sont déjà redoutables), il est quasiment certain que l’humanité ne survivra pas.

  2. Jacques Neirynck n’a pas vécu assez longtemps en Suisse pour savoir que les gelées printanières ont fait souffrir les arbres fruitiers ou les vignobles au point de ruiner des récoltes dans le passé . Rien de nouveau sous nos latitudes ! Rien à voir avec le léger réchauffement climatique de quelques dixièmes de degré ( 2 watts/m2 par rapport à 390 watts/m2) !
    Si le pôle Nord se réchauffe plus fortement que la moyenne ( 2°C depuis les années 1970), en fait les données Hatcrut4 montrent que les variations de cette ampleur ont déjà eu lieu entre 1920 et 1940 , mais bien sur nous ne possédons pas autant de précisions de la première moitié du XXème siècle que de la deuxième, y compris des océans … on confond les phénomènes météo et le climat …
    On ne sait pratiquement rien des catastrophes passées , des sécheresses , des cyclones , …
    Les glaces arctiques sont stables depuis 2007 , soit depuis 12 ans !
    Ceci doit simplement nous faire prendre conscience qu’il n’y a pas d’urgence climatique , ce n’est qu’un mythe .
    La transition énergétique reste nécessaire et est en route , la question du rythme reste centrale .
    Il faut d’abord présenter un scénario crédible , un mixte énergétique qui soit tenable techniquement et économiquement .
    La surpopulation pose un défi inédit à la société qui l’esquive pour l’instant et pourtant reste primordial !
    On ne pourra pas nourrir toujours plus de monde , c’est une évidence , mais pas encore partagée !
    On doit protéger les biotopes contre la surexploitation, le tourisme de masse …
    Berne, comme l’occident capitaliste , a laissé les privés mener les affaires selon le principe du marché libre , dont M. Jacques Neirynck est partisan, mais ce n’est plus possible et c’est bien sur un changement de paradigme où le politique se doit de prendre le contrôle .
    C’est bien le noeud du problème actuel qui oppose la droite traditionaliste à la position rose-verte demandant plus de dirigisme , les sociétés privées restant figées sur leurs bénéfices à court terme favorables à toujours plus de consommation !

    1. Cher Monsieur Giot, votre connaissance approfondie de ces questions, votre crédibilité, votre sérieux, votre documentation précise et votre argumentation rationnelle sont extrêmement précieuses pour contrer le discours de propagande étouffant que nous subissons. Le peuple Suisse a besoin de vous pour y voir clair. S’il vous plaît, faites un blog à vous pour informer nos concitoyens et ne pas les laisser pieds et poings liés à la merci des propagandistes du nouvel ordre mondial comme les prof Neirynck, Dubochet & Co, ainsi que les “Verts” qui s’apprêtent à recueillir le bénéfice de cette panique artificielle et tous les moutons de Panurge qui ont le vava.
      Je le répète: la Suisse a besoin de vous.

      1. Symptomatique que pour vous, toute argumentation qui ne correspond pas à VOS idées soit un “discours de propagande”. Autrement dit, même si une immense majorité de scientifiques sont d’accord sur un diagnostic, seule VOTRE vérité, allant en sens contraire, n’est pas de la “propagande”. Pathétique!

        1. @ Dominic
          Il est clair que ce genre de commentaires fait advancer le debat. En(cor) bravo !!!

          1. Dominic est sans doute un troll “flagorneur”.
            Il fait semblant de s’extasier pour les différents auteurs des blogs du Temps (il est présent sur de très! nombreux blogs), puis essaie de vous énerver en essayant de vous titiller.

            Le plus simple est de l’ignorer. De toute manière, il n’apporte jamais une contribution sur le fond, mais se contente de critiquer vos positions. Ne nourrissez pas le troll.

            Malheureusement, il n’y a pas de modération ou se plaindre de son comportement…

  3. Disons tout simplement que les arguments de Mr Giot, qui connaît ce sujet spécifique mieux que Mr Neirynck et se réfère lui aussi à de nombreux travaux scientifiques, me paraissent plus convainquants.

    D’une manière générale je n’apprécie pas la tonalité de ce débat dans lequel les arguments sceptiques ne sont pas discutés et où tout le monde est sommé de se soumettre à la “VÉRITÉ” dans l’esprit de l’Inquisition espagnole, sans discussion.

    Voilà pourquoi tout cela laisse un arrière goût très déplaisant et, en effet, cela donne l’impression d’être vraiment de la propagande. De la propagande en faveur du Nouvel Ordre Mondial, pour justifier des mesures dictatoriales au niveau mondial, tout comme l’affaire des tours du World Trade Center ont servi à justifier des guerres atroces, bien que les causes de leur effondrement restent sujettes à beaucoup de doutes et d’interrogations.

    1. Les mesures de la température moyenne de la planète et de la composition de l’atmosphère ne sont ni des arguments, ni des opinions mais des résultats obtenus avec des instruments. La relation entre les deux est bien connue par l’effet de serre qui est un mécanisme physique et non une opinion parmi d’autres. La mesure de la banquise antarctique se fait par photos d’un satellite : elle mesure une réduction substantielle qui ne procède par d’un argument mais d’une mesure. Si tout cela est de la propagande, si les climatologues des universités font partie d’un complot, alors il faut interdire de faire des mesures et fermer les universités.

    2. Personne n’est sommé dans ce blog de se soumettre à une vérité. Les gens ont heureusement encore leur libre arbitre et la possibilité de penser par eux-mêmes, les éléments présentés devant leur permettre de se forger une opinion aussi objective que possible sur une base scientifique. À cet égard, il faut rappeler ici que Monsieur Jacques Neyrinck est quand même professeur honoraire de l’EPFL, ce qui n’est pas rien. Par contre, on ne sait pas qui sont Monsieur Giot et vous-même, Monsieur Ouin-Ouin, un pseudonyme qui ne joue hélas pas en votre faveur de votre crédibilité ni d’un débat sérieux. Monsieur Neyrinck mérite peut-être davantage de respect et de considération, déjà du simple fait d’avoir créé ce blog en y exposant courageusement sous son nom (et pas sous un pseudonyme!) des idées qui ne plaisent pas forcément à tout le monde.

  4. Cette affirmation est contestée par Hubert Giot, qui se base aussi sur des mesures obtenues avec des instruments. Chacun peut relire son commentaire ci- dessus. Il admet des fluctuations, mais elles n’ont pas l’ampleur qu’on nous dit. Il nous dit que les glaces du pôle Nord sont stables depuis 2007. Les fluctuations sont normales et peuvent aller dans un sens, puis dans l’autre au cours d’un certain laps de temps.

    Mr Giot conteste donc la notion d'”urgence” et refuse ainsi la propagande.

    Confrontez vos chiffres et vos références avec les siennes svp. Cela serait un débat très intéressant et éclairant pour les lecteurs.

  5. En effet, on a nettement l’impression qu’il y a un complot.

    Pour les sciences dures je ne pense pas qu’il faudrait fermer les universités. C’est censé être rigoureux et vérifiable, et il y a une certaine diversité dans les conclusions qui sont tirées des mesures faites, sinon il n’y aurait pas autant de scientifiques climato sceptiques. Simplement ce sont les médias de propagande qui ne nous présentent que certaines conclusions orientées (celles de la deuxième partie du rapport du GIEC, notamment) et ainsi le débat est biaisé.

    En revanche il est frappant de constater à quel point dans les “sciences” humaines l’idéologie et la propagande coulent à pleins bords. Ainsi on a vu se répandre comme des champignons des chaires “d’études genre”, d’”études européennes”, ou d’étude du “populisme” qui sont en réalité uniquement de la propagande anti droite, pro Union Européenne, et de l’endoctrinement en faveur d’une nouvelle conception de l’humain, sans frontière et sans sexe, compatible avec l’utopie du monde post moderne, post national, post sexué, unifié, dans l’esprit du Nouvel Ordre Mondial. Je pense que l’on peut bien parler de complot dans ces domaines car il s’agit de la mise en place volontariste d’un projet idéologique et les décisions de création de ces nouveaux enseignements farfelus, qui auraient fait pouffer de rire nos parents, semblent répondre à une coordination résultant de conventions internationales.

    Il y a manifestement une tentative d’opérer un coup d’état à froid pour instaurer un état mondial. La question du climat est instrumentalisés dans ce but. Vous ne trouvez pas?

  6. Cher Monsieur, si vous voulez bien publier mon dernier commentaire merci de prendre la deuxième version. J’ai corrigé plusieurs coquilles. Merci d’avance et recevez svp ma meilleure considération. P. Martin

  7. Une cause importante et principale du réchauffement climatique est totalement esquivée par les médias et les scientifiques, il s’agit des guerres et des bombardements massifs. La guerre en Irak, en Syrie, en Libye et au Yémen, pour ne pas citer qu’elles, ont donné lieu à des largages de plusieurs centaines de milliers de tonnes de matières nocives pour l’homme et pour la nature. Au Liban les précipitations ont baissé de presque la moitié dans les régions limitrophes de la Syrie depuis 2013 – 2014. Mais là nous entrons sur le terrain du jeu des grandes puissances. Si les scientifiques veulent bien continuer à recevoir des financements ils doivent se tenir à carreau, et ça, ils savent bien le faire. Mais comme le hasard fait bien les choses il a été relevé dans cet échange qu’il y a hausse des températures entre les années 20 et 40 ( je me rappelle qu’il y a eu quelques événements entre 1914 et 1918, non?). Excellent article !

  8. Rien de nouveau avec la fraîcheur ni la neige en altitude et cela peut arriver jusqu’en juin.
    Il arrive même que la direction de course du Giro soit obligée de modifier une étape ou de la raccourcir pour cause d’enneigement.
    Mieux encore : étant en famille en vacances dans les Grisons à 1500 m., le 1er août il faisait environ 6° à 19h avec des giboulées : la Commune avait servi une spécialité grisonne “la Soupe à l’orge” à toute la population, vacanciers compris et pour continuer à nous réchauffer un magnifique feu avait été allumé accompagné d’un feu d’artifice !

  9. Les climatosceptiques ont une caractéristique intéressante: ils ont des idées bien arrêtées.
    C’est-à-dire à l’arrêt.
    Cet arrêt est-il dû à une panne ?
    Une panne ?
    Hélas…
    Stupeur !
    C’est une absence de moteur.

    GS

Les commentaires sont clos.