Septembre

Septembre = rentrée. Une équation traditionnelle.
Mais à Rome la rentrée est tardive. Elle se prélasse dans de magnifiques journées de fin d’été, elle se fait attendre, se fait désirer. Les parents romains, épuisés par trois longs mois de vacances scolaires (passés à organiser des activités pour enfants ou adolescents avec l’aide des grands-parents et de la famille élargie), ne cachent plus leur joie de retrouver des horaires scolaires et structurés. Le 16 septembre les écoles reprennent la main. Les parents soufflent enfin. Les enfants se dissolvent en bandes bruyantes.

Devant les murs de la Villa Maraini, à deux pas de la Villa Borghese, dans un quartier sans école, le défilé des touristes continue. Des groupuscules se déplacent en grappe autour d’une main levée, la rue est assiégée de bus touristiques, le trafic chaotique. Septembre c’est haute saison : les voyages organisés ont remplacé les familles trop bronzées arpentant distraitement, entre deux plages, une Rome surchauffée.

Derrière les murs de la Villa, une fois bouclée la période estivale avec une dernière summer school, c’est la rentrée des nouveaux résidents. L’istituto a été astiqué pendant l’été, les chambres et les ateliers sont prêts. La bibliothèque attend les chercheurs, les appartements dévolus aux résidents avec famille ont même un air de neuf.
A mi-septembre alors qu’arrivent les 13 résidents romains qui s’installent ici pour 10 mois, le nouveau programme de résidence à Palerme est déjà lancé. Deux résidentes ont pris leurs quartiers pour trois mois au Palazzo Buttera, une splendeur du 17ème siècle sur le bord de mer de Palerme, rénové avec un soin confondant par un couple de collectionneurs.
Le 23 septembre c’est un premier voyage d’études à Palerme qui rassemble résidents de Rome, Milan, Palerme et Senior Fellows de l’Institut. Un programme chargé pour apprendre à se connaître, pour échanger et découvrir.
L’architecture de Palerme et son rapport à la mer, des ateliers d’artistes et des collections installés dans de vieux palais, les archives municipales, le programme des premiers jours nous emmène finalement jusqu’au jardin botanique ou “Orto botanico”.  Où en fin de journée une attaque de moustiques aura presque raison des plus courageux qui gesticulent de manière erratique sous l’agression répétée des insectes. Le directeur, notre guide, en est réduit en vrai botaniste à dépecer une plante d’aloe vera et à en distribuer les morceaux pour calmer les morsures.

Le lendemain chacun se présente avec un flacon d’anti-moustique à la visite du palais des Postes, un bâtiment rationaliste et monumental de l’architecte Mazzoni inauguré au début des années 30. Rideaux brodés à la gloire du progrès, fresques, céramiques marbres rares et meubles art deco originaux, explications détaillées des architectes et professeurs d’Histoire de l’art pour remettre dans son contexte et apprécier cette architecture typique de l’ère fasciste.
Le programme se déroule à un rythme soutenu et inclut encore le vernissage de l’exposition “fianc* à fianc*”, des artistes zurichois Rico Scagliola et Michael Meier. Organisée au Palazzo Ziino par l’istituto, l’exposition offre films et vidéos de production récente et séduit visiblement les visiteurs palermitains.
Au dernier jour, l’excursion a Gibellina pour la visite au “Grande Cretto” de Burri, magnifique et émouvant monument de Land art, renverra chacun à soi-même pour une visite solitaire des dédales blancs qui renferment les restes de la ville de Gibellina, complètement détruite par un tremblement de terre en 1968. La gigantesque œuvre de ciment de Alberto Burri, réalisée entre 1984 et 1989 transmet une nostalgie unique et prépare à la visite de Gibellina nuova, ville utopique, ville d’architectes reconstruite de toutes pièces, de l’église au théâtre inachevé, dans les années 80, à bonne distance de la ville ancienne.

Le voyage à Palerme se termine dans ce lieu étonnant et étrange. Quatre jours denses avant de rentrer à Rome pour la soirée de présentation des résidents “September Calling”. Au piano nobile de la Villa, les chercheurs et artistes, hyper précis, se présentent en 5 minutes chrono à un parterre d’une centaine d’invités romains intéressés par l’incroyable diversité de leurs projets. Dans le jardin les connexions se font avant que la soirée s’ouvre au public.
La musique résonne dans la nuit avec un concert sous les palmes. Mille spectateurs défilent pour écouter les groupes suisse et italiens pour le dernier concert open air avant l’hiver. Il fait doux, la soirée s’étire, un public aimable ne veut plus quitter les lieux et prolonge la fête.
L’été est fini. Septembre est bouclé. L’année académique de l’Institut peut commencer.


Joëlle Comé est directrice de l’Institut suisse. Au bénéfice d’un Master en cinéma et culture de l’INSAS (Bruxelles), elle a une longue expérience dans la conduite de projets culturels internationaux, l’encouragement à la culture, la formation artistique et la politique culturelle. Joëlle Comé a commencé son parcours professionnel au CICR – Comité international de la Croix-Rouge. Après plusieurs années comme déléguée dans des pays en conflit sur 3 continents, elle devient productrice et réalisatrice de films documentaires et institutionnels au siège de Genève. Elle rejoint ensuite l’ECAL (Lausanne) en tant que responsable du département cinéma, puis fonde et dirige sa propre compagnie de production cinématographique. En 2007 elle est nommée Directrice des affaires culturelles du Canton de Genève. Depuis 2016 elle est directrice de l’Institut suisse à Rome.

Istituto Svizzero

Istituto Svizzero

L’Istituto svizzero célèbre ses 70 ans. Une bonne raison de mieux le faire connaître et d’illustrer, grâce aux récits de ses résidents de Rome et de Milan, comment cette plateforme interdisciplinaire permet à des artistes et à des scientifiques venus de toute la Suisse de développer leurs projets en croisant leurs expériences et leurs pratiques.

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