Rome et le Proche-Orient ancien : quand l’histoire devient futur

Rome et plus généralement l’Italie, bénéficie d’une grande tradition « Orientaliste ». Un terme aujourd’hui considéré paternaliste à cause de son origine colonialiste, utilisé autrefois par les érudits occidentaux pour définir les études sur l’histoire, la société, les langues et les cultures asiatiques. Cette tradition a ses racines dans les premières et glorieuses explorations de l’Asie occidentale. Ainsi les cas du voyageur vénitien Giosafat Barbaro (XVe siècle) ou du jet-setter romain Pietro della Valle (XVIIe siècle), qui les premiers ont apporté à l’Europe des témoignages de cultures anciennes et oubliées.

Actuellement, Rome héberge de nombreuses institutions d’intérêt orientaliste qui ont énormément contribué au développement des études historiques, philologiques et archéologiques du Proche-Orient ancien (POA). A La Sapienza – Università di Roma (plus grande université européenne en termes de nombre d’étudiants inscrits et de personnel employé), au moins quatre générations de savants ont contribué à faire de cette université l’un des centres d’Archéologie du POA et de l’Assyriologie les plus importants au monde. C’est aussi, le lieu de fondation de l’Histoire du POA comme discipline indépendante. À ce jour, les départements de Scienze dell’Antichità et Istituto Italiano di Studi Orientali se composent de nombreux professeurs et chercheurs (résidents ou invités) qui sont promoteurs d’intenses activités archéologiques aussi bien en Iraq (Tell Abu Shahrain/Eridu, Tell Abu Tbeirah, Tell Surghul/Nigin) que dans d’autres pays du Proche-Orient (Turquie, Syrie, Palestine, Iran). On trouve aussi l’enseignement de disciplines relatives au POA dans d’autres universités de la capitale, telles que l’Università degli Studi Roma Tre, l’Institute Oriental Pontifical et l’Institut Biblique Pontifical. Ce dernier abrite également l’une des plus grandes bibliothèques d’intérêt assyriologique en Europe : ses couloirs et locaux réunissent de nombreux érudits internationaux qui exploitent les ressources qui sont y conservées.

Des autres institutions non universitaires complètent le vaste panorama romain et collaborent à la recherche, à la conservation et à la diffusion du patrimoine culturel du POA. C’est le cas de L’Istituto di Studi sul Mediterraneo Antico (ISMA) au sein du Consiglio Nazionale delle Ricerche, ainsi que du Museo Nazionale d’Arte Orientale (MNAO) et de l’Associazione Internazionale di Studi sul Mediterraneo e l’Oriente (ISMEO – Istituto per l’Africa e l’Oriente, IsIAO).

L’Istituto Svizzero offre à ses résidents un ancrage et la possibilité d’établir un contact direct avec ces réalités culturelles, dont la coexistence constitue un cas extrêmement rare. C’est donc un privilège pour l’auteur de ces lignes, un Assyriologue, de développer un projet de recherche dans cette institution.

Contrairement à ce qu’on peut souvent imaginer, l’Assyriologie est un domaine d’étude extrêmement vaste qui examine la production écrite – et donc la culture – de nombreuses populations du POA réunies par l’écriture cunéiforme. L’horizon chronologique couvert par cette discipline dépasse les trois millénaires d’histoire (de la fin du IVe millénaire av. J.-C. au début du Ier millénaire ap. J.-C.), dans une région géographique qui a la Mésopotamie comme centre (correspondant grosso modo à l’Iraq d’aujourd’hui) et qui s’étend du Levant et de l’Anatolie à l’Ouest à l’Iran et l’Asie centrale à l’Est. Les genres textuels intéressés par l’écriture cunéiforme sont très variés et couvrent – entre autres – littérature, religion, médecine, astronomie, textes lexicaux, juridiques et scolaires. L’administration et l’économie sont toutefois les genres les plus répandus dans un patrimoine textuel qui compte des centaines de milliers de documents. Mes principaux intérêts de recherche concernent précisément ces genres et particulièrement la gestion des terres agricoles dans la Mésopotamie du IIIe millénaire av. JC. La paléographie (c’est-à-dire l’étude de l’évolution des signes cunéiformes à travers le temps et l’espace) et la géographie historique (la reconstruction du paysage naturel et anthropique à partir d’un certain contexte culturel) constituent d’autres points d’intérêt de la recherche que je vais mener ici pendant cette année romaine.

À cette fin, la résidence à la Villa Maraini, élégant cadre architectural de l’Istituto, garantira sans aucun doute une expérience de recherche positive, qui enrichira encore le paysage culturel de la Ville éternelle, vers un futur toujours plus romain des études assyriologiques et du Proche-Orient ancien.


Armando Bramanti (1989, Palerme) – Assyriologie
Après un BA en Histoire (2010) et un MA en Archéologie à Sapienza – Università di Roma (2012), a obtenu un doctorat en Assyriologie en co-tutelle entre Sapienza et Friedrich-Schiller-Universität Jena (2017). Après de nombreuses périodes de recherche pre- et post-doctorale en Italie, Allemagne, Espagne et États-Unis, il a travaillé à l’Université de Genève, grâce à une bourse d’excellence de la Confédération suisse (ESKAS), sur un projet de paléographie cunéiforme. Sa recherche à l’Istituto Svizzero portera sur la géographie historique du troisième millénaire dans le sud de la Mésopotamie. Il est également impliqué dans la préparation de la publication sous forme de monographie de sa thèse de doctorat sur la gestion des terres arables dans la Mésopotamie de la période des dynasties archaïques.

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Istituto Svizzero

Istituto Svizzero

L’Istituto svizzero célèbre ses 70 ans. Une bonne raison de mieux le faire connaître et d’illustrer, grâce aux récits de ses résidents de Rome et de Milan, comment cette plateforme interdisciplinaire permet à des artistes et à des scientifiques venus de toute la Suisse de développer leurs projets en croisant leurs expériences et leurs pratiques.

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