Un 1er août romain

Dans la ville accablée de chaleur, les derniers jours de juillet voient la cité commencer à se vider de ses habitants, de ses petits commerces, de ses voitures et de ses cafés.
Dans toutes les rues de Rome, un magasin de proximité après l’autre baisse son rideau fer sans un mot d’explication aux malheureux clients à la recherche d’un café, d’un journal, d’un pressing, individus isolés restés imprudemment ou contre leur volonté dans la torpeur urbaine, loin des plages bondées.
C’est l’évidence, le mois d’août et la perspective de Ferragosto transforment l’animation bruyante du quotidien “romanesco” en espaces surchauffés, déserts et poussiéreux.
La capitale se scinde plus que jamais entre quartiers et tracés hyper fréquentés du centre historique, livré aux hordes habituelles de touristes surbronzés, et quartiers résidentiels endormis, accablés dès la mi-journée par une chaleur implacable renvoyée inlassablement du bitume fondu, des moteurs d’airs conditionnés et des pavés de pierre noire.

Via Ludovisi, au 48, entre clients des hôtels de luxe du quartier et bus hop-off à impériale, la Villa Maraini semble indifférente aux stridences de ses grillons et au ralentissement général. L’Istituto svizzero résiste encore en produisant une activité dense mais insoupçonnable depuis la rue.

Le programme des summer schools ou académies d’été 2019 a été lancé début juillet, soit dès le départ des résidents de Roma Calling, programme transdisciplinaire de résidences conclu fin juin. Ce relativement nouveau programme voit se succéder chaque semaine à la Villa Maraini une université ou haute école spécialisée suisse venue chercher à l’Istituto svizzero les conditions idéales d’une semaine de recherche pour jeunes doctorants ou étudiants de master.
En 2019, plusieurs séminaires entre architecture, art et restauration ont pris leurs quartiers à l’Istituto svizzero pour des journées d’études uniques, comme une respiration estivale pour approfondir, hors routine académique, un sujet qui trouve son articulation avec le pays, la ville, le contexte culturel ou la transdisciplinarité.
La haute école d’architecture de Muttenz (FHNW) ouvre les feux avec un programme alternant visites de quartiers, analyse et workshops, “Learning from Rome – Approaches to a dense Neighbourhood” : 5 jours de marches, analyse urbaine et photographie, lecture et contributions diverses par professeurs et personnalités suisses et italiens. La Haute école d’art de Bâle reprend une thématique qui lui est chère en lien avec la nature “The rare ability to become Ocean – A method for Ocean Literacy”. Là aussi les participants issus des HES suisses et/ou universités partenaires italiennes, alternent visites sur le terrain, sorties à Ostie et projections nocturnes de films.
Cette semaine c’est la SUPSI (scuola universitaria professionale della Svizzera Italiana) qui met les mains dans le plâtre, littéralement, avec une semaine de recherche où 16 participants, spécialistes de la restauration ou doctorants en histoire de l’art, abordent en théorie et pratique le sujet de l’influence tessinoise sur le stucco à Rome “Stucchi e stuccatori ticinesi a Roma, Dalla riscoperta cinquecentesca alla grande tradizione barocca ”. Dans les salles souterraines de l’Institut, nappes en plastique sur tables de travail et sacs de plâtre donnent une allure inattendue à la salle de conférence. A l’abri de la canicule qui sévit juste au-dessus dans le jardin, on sculpte et on interprète en essayant de reproduire avec intelligence et savoir-faire une frise incomplète.

Le programme des académies d’été de l’Istituto ne connaît pas de trêve pour la fête nationale. Ce soir de premier août, au contraire, une conférence qui détaillera notamment la restauration de la chapelle Paolina al Quirinale devrait remplacer feux d’artifices, discours et saucisses, et réunir un public intéressé.
C’est de bonne guerre dans l’air saturé de l’été romain. La fête nationale de l’ambassade a elle bien eu lieu et la fierté nationale est sauve.
A l’institut, ce soir comme tous les soirs d’été, sous les palmiers et pins maritimes du jardin on aspire à profiter au maximum de chaque journée et de chaque soirée. Les participants qui découvrent l’institut se demandent déjà comment ils y reviendront.
Art&sciences, connaissance, échanges&idées : Les mots clés du projet summer schools ont trouvé une juste place, un havre inspirant dans la touffeur de l’été romain. Un remède à l’indolence saisonnière. Fin août et début septembre débarqueront encore les deux dernières académies d’été, respectivement de l’edhea (école de design et haute école d’art du Valais) sur des questions “liquides” et de l’USI (université de la Suisse italienne) pour une seconde édition d’une approche transdisciplinaire du Temps (Time after Time). Avant la reprise du programme annuel, la rentrée académique et les résidences : L’automne.

Au dernier étage de la Villa Maraini les drapeaux suisses et italiens installés sur leurs hampes pour signaler l’identité de l’Institut tombent droit, immobiles, comme sculptés avec le parapet.
C’est l’été. A Rome il s’installe, il prend son temps, il est chez lui.

Bonnes vacances.


Joëlle Comé est directrice de l’Institut suisse. Au bénéfice d’un Master en cinéma et culture de l’INSAS (Bruxelles), elle a une longue expérience dans la conduite de projets culturels internationaux, l’encouragement à la culture, la formation artistique et la politique culturelle. Joëlle Comé a commencé son parcours professionnel au CICR – Comité international de la Croix-Rouge. Après plusieurs années comme déléguée dans des pays en conflit sur 3 continents, elle devient productrice et réalisatrice de films documentaires et institutionnels au siège de Genève. Elle rejoint ensuite l’ECAL (Lausanne) en tant que responsable du département cinéma, puis fonde et dirige sa propre compagnie de production cinématographique. En 2007 elle est nommée Directrice des affaires culturelles du Canton de Genève. Depuis 2016 elle est directrice de l’Institut suisse à Rome.

Istituto Svizzero

Istituto Svizzero

L’Istituto svizzero célèbre ses 70 ans. Une bonne raison de mieux le faire connaître et d’illustrer, grâce aux récits de ses résidents de Rome et de Milan, comment cette plateforme interdisciplinaire permet à des artistes et à des scientifiques venus de toute la Suisse de développer leurs projets en croisant leurs expériences et leurs pratiques.

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