Fiscalement, une baisse peut cacher une hausse

C’est l’heure des budgets, et le verdict tombe, douloureux! La majorité des communes vaudoises ne baisseront pas leurs impôts en dépit d’un accord signé avec le canton dans le cadre de la réforme fiscale des entreprises. Une mauvaise nouvelle pour les contribuables et l’économie.

On pouvait s’en douter en découvrant, depuis plusieurs semaines, les projets de budgets communaux dans la presse régionale: la majorité des municipalités vaudoises ne respecteront pas l’accord sur la fameuse bascule fiscale conclu avec le canton, en automne dernier. Le deal – lié à la réforme de l’imposition des entreprises – était pourtant clair: l’État reprenait à sa charge les soins à domicile et augmentait d’un point et demi le taux d’impôt cantonal pendant que les communes diminuaient leur propre taux dans une mesure comparable. Le journal «24 Heures» estime cette semaine que deux Vaudois sur trois ne bénéficieront pas des baisses d’impôts promises. Ils subiront même une hausse, à vrai dire.

Pour le citoyen-contribuable, qui a très largement approuvé la RIE III, puis la RFFA dans les urnes, la pilule est dure à avaler. Il a de quoi se sentir floué. Les communes, en ne jouant pas le jeu des vases communicants, contribuent à alourdir une fiscalité qui devient gentiment insupportable. Dans ce contexte, le canton pourrait faire un geste, lui qui affiche depuis de nombreuses années une santé financière à faire pâlir les grands argentiers de tout le pays. Au lieu de saler sans cesse la facture fiscale individuelle, il serait bien inspiré d’alléger la pression sur les contribuables, qui ont largement participé au renflouement des caisses de l’État grâce à la loi cantonale sur les impôts directs, entrée en vigueur en 2001.

Si l’on veut pouvoir maintenir l’attractivité du canton de Vaud et, accessoirement, financer un État social, l’argent doit impérativement rentrer dans les caisses! Cela passe clairement par une fiscalité attractive, un domaine où notre canton est hélas loin de jouer les premiers de classe. De nombreuses communes ont annoncé ces mois derniers le départ de contribuables importants vers des horizons contributifs plus attractifs. Les pantalonnades fiscales auxquelles on assiste aujourd’hui n’arrangent à l’évidence pas les choses.

Un exemple à suivre

Plutôt que de prendre Picsou comme modèle, Vaud devrait méditer l’exemple neuchâtelois. Connu loin à la ronde pour sa fiscalité dissuasive, notre voisin du nord a décidé, en juin dernier, de baisser significativement l’imposition des entreprises, mais aussi et surtout celle des personnes physiques. Si elle bénéficiera en particulier aux familles actives disposant d’un logement propre, la réforme améliorera la situation financière de tous les contribuables, y compris les plus aisés. Un bon moyen d’éviter l’exode de certains assujettis. Responsable des finances neuchâteloises, le conseiller d’État Laurent Kurth a déclaré cet été que «ces réformes ne doivent pas déstabiliser les finances publiques. Toutefois, il ne faut pas se laisser tétaniser par la peur et la crainte au risque de péjorer encore plus l’emploi, les finances des communes et l’attractivité du canton.»

En cette période où la conjoncture fléchit et où les foyers de guéguerres commerciales allumés par le président américain menacent le libre-échangisme, il est heureux que la charge fiscale des entreprises ait été revue à la baisse grâce à la RFFA. Mais il est tout aussi indispensable de diminuer la charge fiscale des particuliers afin de maintenir un climat de consommation positif, qui profite à toutes et tous. On n’en prend hélas pas encore le chemin.

Crédit photo: AdobeStock

Claudine Amstein

Claudine Amstein

Claudine Amstein est la directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, depuis 2005. Après avoir été juriste et secrétaire générale de la Chambre vaudoise immobilière, elle en reprend la direction en 1993. Elle a été constituante au Grand Conseil vaudois, avant d’en être députée pendant dix ans. Elle est très engagée dans les associations faîtières de l'économie suisse.

5 réponses à “Fiscalement, une baisse peut cacher une hausse

  1. Chère Madame,

    Quelle que soit sa situation financière et familiale, le canton de Vaud est effectivement très peu attractif sur le plan fiscal, doux euphémisme en fait !

    Vous parlez de gros contribuables qui ont quitté ou qui risquent de quitter le canton, je vous le confirme bien volontiers ayant moi-même franchi le pas en 2018. Non pas que je sois allergique à l’impôt, j’en paye depuis plus d’un quart de siècle maintenant. Ayant gravi patiemment les échelons, j’ai eu la possibilité et la chance de créer ma propre entreprise et franchement la facture fiscale n’avait plus aucun sens. J’irai même jusqu’à dire qu’elle pourrait vous donner l’envie de ne plus entreprendre.

    Le constat est posé. Maintenant, il s’agit au parlement de secouer violemment le Conseil d’État à majorité de gauche ! Je n’y crois pas vraiment cela dit, la droite me semble beaucoup trop accommodante, et même complice !

    En ce qui me concerne, il est trop tard. J’ai quitté le canton et la Suisse romande et m’en félicite presque tous les jours, je ne reviendrai pas. Et puis, le principal souci des Vaudois semble être la météo depuis quelques mois, jusqu’au jour où les caisses seront (beaucoup) moins remplies !

    Bien à vous

    1. Cher Monsieur,

      merci pour votre précieux témoignage, que nous relayons volontiers. Nous martelons ce discours depuis des mois.

  2. Je n’aime pas le jeu du Monopoly vaudois, il y a de plus en plus de cartes “impôts” dans lesquelles je tombe invariablement et qui prévoient une perception exponentielle sur mes revenus, y compris mes revenus occultes, mes avoirs, mes bénéfices, mes gains immobiliers, mes achats, etc… On peut encore ajouter des taxes, des perceptions diverses et autres ponctions de l’administration. Il devient très décevant d’entreprendre et je pense que notre grand argentier devrait penser que tout cet argent ne tombe pas du ciel mais de mes poches. Poches dans lesquelles je ne mets pas très souvent les mains, trop occupé à gagner ma vie… et la sienne !

  3. Tout cela est vrai, et on peut ajouter le poids fiscal sur les propriétaires de leur logement (ceux qui n’en ont qu’un seul et qui habitent dedans), pas forcément des grands salaires contrairement à ce que pense la gauche, et qui subissent la valeur locative (inventée de toutes pièces), et l’obligation de vendre leur bien pour obtenir une baisse des factures d’assurance-maladie, ce qui n’est pas le cas à Genève. Monsieur Broulis joue un rôle de politicien sympathique d’un côté et de l’autre vous enfonce le couteau dans le ventre… pardon, dans le porte-monnaie de l’autre. Je voudrais rappeler que le canton de Vaud fait payer les plaques d’immatriculation des véhicules parmi les plus chères de Suisse; il avait reçu une remarque de Monsieur Prix, qui s’est vu en retour signifier de s’occuper de ses affaires… Y en a point comme nous…

  4. Le constat est là. Une grande majorité des contribuables vaudois va voir sa facture fiscale augmenter. Nous avons été floués par le jeu politique communes – canton, qui évidemment et comme d’habitude se rejettent la responsabilité. Quelle qu’elle soit, elle est largement partagée par les 2 acteurs, la majorité des communes “profitant” de la bascule promise pour ne pas l’appliquer, et le canton renforçant son excédent de recettes chronique depuis plus de 10 ans.
    La majorité politique du Conseil d’Etat peut être invoquée, certes, mais la faiblesse politique de la droite et le manque de convictions de celle-ci, au niveau tant cantonal que communal est consternante.
    Avec une telle politique, le canton dessert sa situation sur le long terme. Il est dommage que nos représentants ne l’affirment pas plus fort, respectivement se cantonnent à un consensus mou et un confort court-termiste…

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