Le film “L’ordre divin” pour mettre en ordre notre mémoire collective

Cela fait donc 46 ans que la moitié de notre population a accordé à l’autre le droit de vote sur le plan national. C’est avec finesse, brio et humour que le film L’ordre divin raconte la mémoire de ces semaines incroyables de 1971, via le personnage de Nora, une femme d’un village suisse allemand, comme tant d’autres. Mais elle ose se confronter au discours social et ecclésial sur «l’ordre divin» qui serait assigné à la femme.

On ira voir ce film entre copines, en couple, avec sa mère, sa fille, seul(e). On en ressortira un peu silencieux, car à plus d’un moment, on ne sait pas toujours si on nous parle de 1971 ou de 2017. En effet, il y a encore fort à faire pour continuer à rendre paritaire les relations hommes-femmes en Suisse.

Par-delà la tarte à la crème de l’égalité salariale, on pensera au congé paternité qui tente une timide percée via une initiative raisonnable, et à l’attente sans doute encore longue de l’introduction de l’imposition individuelle, respectueuse de l’autonomie des parcours de vie. Et que dire du fait que la pillule contraceptive ne soit toujours pas remboursée par l’assurance maladie, alors qu’elle sert l’entier de la population, et non seulement la moitié. De même, l’Office Fédéral de la Santé a beau dire clairement qu’il recommande «la vaccination contre les HPV à tous les adolescents âgés de 11 à 14 ans», seules les jeunes filles peuvent se la voir rembourser, alors même que «70 à 80 % des femmes et des hommes sexuellement actifs sont infectés au moins une fois dans leur vie par ces virus».

C’est sur toutes ces questions que l’égalité doit continuer à être établie, pas à pas. Elle a aussi à faire sa place dans la mémoire historique : pour commémorer les 500 ans de la Réformation, l’Office protestant d’éditions chrétiennes (OPEC), éditeur des réformés romands, a publié un jeu pour enfants dès 10 ans composé exclusivement de figures masculines. Et pourtant Marie Dentière, réformatrice contemporaine de Calvin, a son nom gravé sur le mur des Réformateurs à Genève. Plusieurs théologiennes et femmes protestantes essaient de la faire sortir de l’ombre, telle la conteuse Isabelle Bovard.

Donner son plein espace aux voix des femmes est pourtant un facteur d’innovation culturelle et scientifique. La professeur Londa Schiebinger, qui a fondé à l’Université de Standford en 2005 l’institut d’innovations par le genre, a donné une conférence à l’Université de Genève le 30 juin dernier, où elle a livré en avant-première les résultats d’une enquête saisissante : plus une université fait place à l’innovation, plus elle tend à augmenter le nombre de femmes qui travaillent en son sein (voir 5min12 à 5min33 de l’interview). Les deux questions sont corollaires, sans qu’il ne soit encore possible d’établir de lien de cause à effet. C’est à ce point que nous en sommes : vivre la parité et développer une société innovante sont certainement des corollaires. A nous de tisser des liens de causalité entre ces deux dimensions.

Claire Clivaz

Claire Clivaz

Claire Clivaz est théologienne, Head of Digital Enhanced Learning à l'Institut Suisse de Bioinformatique (Lausanne), où elle mène ses recherches à la croisée du Nouveau Testament et des Humanités Digitales.

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