«Radio Paris ment…» (1942): souvenons-nous avant d’aller voter

27 février 1942: la radio française libre égrène depuis Londres les célèbres «messages personnels» du jour, transmettant de fait des informations aux réseaux de la résistance: «Le manchot la serre dans ses bras; le fantôme n’est pas bavard; l’abbé est nerveux; la bibliothèque est en feu…». Précédés du célèbre refrain «Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand». A écouter sur youtube, surtout si vous n’avez plus la mélodie en tête.

Ce refrain a bercé aussi les oreilles des Suisses romands durant les années de guerre. Il était le lien ténu avec un autre monde, qui préparait la résistance pour et avec ceux qui étaient au seul bénéfice de «Radio Paris». Pour moi, il suffit de nous replonger quelques instants dans ce contexte pour savoir immédiatement à quel point des médias d’information payés par la collectivité publique sont indispensables. Nous ne sommes pas en temps de guerre, rispoteront d’aucun, relativisant le contexte particulier dont il est question. Mais sommes-nous en temps de paix?

On reste sidéré de lire que Charlie Hebdo doit verser le gain d’un numéro vendu sur deux pour assurer la sécurité de ses locaux et de ses employés, désormais. Fabrice Nicolino, membre de l’équipe rédactionnelle, demande dans cet article du 6 janvier dernier : «Est-il juste que la République française ne garantisse pas réellement le droit de Charlie à réunir son équipe, à réaliser son travail hebdomadaire sous la protection efficace de policiers de la République ? ». Au point que l’ancienne secrétaire d’État française chargée de l’Aide aux victimes, Juliette Méadel, a proposé le 9 janvier de créé un «impôt Charlie Hebdo» pour financer la liberté d’expression. En France, on soulève donc la question des fonds publics même pour un représentant de la presse écrite.

… et nous, au contraire, nous supprimerions l’information subventionnée par la collectivité en acceptant l’initiative «No Billag» le 4 mars prochain? Nous aurions cette inconscience, vraiment? Les derniers sondages de décembre nous l’annoncent, semble-t-il. Que la RTS doive s’adapter, investir bien davantage les réseaux sociaux, cela va de soi. Mais, il faut le redire, il n’y a pas de plan B : si vous en doutez, écoutez l’interview de Jean-Philippe Gay-Fraret, vice-président des Jeunes UDC, au  journal de la RTS du 10 janvier. Il capitule très vite sur l’argument de la publicité, pour souligner essentiellement des apports financiers potentiels via l’abonnement individuel aux émissions.

Or c’est exactement là que se joue notre rapport à la démocratie. Si nous ne sommes plus capables de nous mettre d’accord sur une information commune, publique, en libre accès, c’est le début de la cohabitation des informations et des voix, celle de «Radio Paris ment» et les autres. L’enjeu est capital: en effet, la culture digitale montre chaque jour davantage l’importance et l’impact de l’oralité, comme je l’ai déjà souligné dans ce blog. C’en est au point qu’en France, on songe désormais à faire payer y compris les auteurs qui souhaiteraient faire une lecture publique de leur texte! Par-delà le côté hubuesque de cette proposition, qui suscite une pétition à son encontre, elle signale que plusieurs acteurs sociaux ont désormais fort bien compris la valeur et le pouvoir lié à l’oralité et aux informations qu’elle transmet, accompagnée d’images ou non.

Parce que la culture digitale donne le pouvoir de disséminer à loisir discours et images politques, nouvelles vérifiées et fake news, je souhaite et espère que nous continuerons à avoir le repère clair d’une parole publique commune, libre et gratuite, subventionnée par notre collectivité. Souvenons-nous, avant d’aller voter le 4 mars, de ceux et celles qui ont lutté pour une telle radio libre, aux jours de guerre.

A visage découvert. Du masque de fer à la burqa

Lorsque nous étions enfants, la grille télévisée des fêtes nous rassurait avec son rituel immuable de films, dont L’homme au masque de fer, qui nous effrayait ce qu’il fallait. Paul Sonnino a livré en 2016 l’une des plus récentes interprétations historiques de ce fait poussé au mythe [1]. Le masque aurait été plutôt de velours, porté en intermittence, mais quoi qu’il en soit, l’effet du récit et de toutes ses variantes dit bien notre angoisse culturelle liée au fait de ne plus pouvoir montrer son visage.

Ce sentiment est ravivé aujourd’hui à chaque fois que nous contemplons des images de prisionniers torturés sous d’autres latitudes que les nôtres, souvent les visages recouverts ou masqués. Réfléchir au visage, à sa place dans notre culture, c’est bien sûr aussi faire mémoire de la pensée du philosophe Emmanuel Lévinas qui estimait notamment que « l’épiphanie du visage suscite cette possibilité de mesurer l’infini de la tentation du meurtre, non pas seulement comme une tentation de destruction totale, mais comme impossibilité – purement éthique – de cette tentation et tentative » [2]. Martin Grandjean, doctorant en histoire à l’Université de Lausanne, a fait une analyse synthétique de la pensée de Lévinas sur ce thème dans un billet de blog de 2013.

Impossible donc de penser à la burqa, au visage caché, sans que ne reviennent en mémoire ces souvenirs culturels, cette matrice culturelle, du masque de fer à Lévinas. Et cela sans même encore avoir abordé la question du statut de la femme. A mon sens, cacher un visage touche à des fondamentaux qui englobent certes la question féminine, mais la dépasse en exprimant aussi notre rapport à la sécurité, à la menace, à l’altérité, comme le montrent les exemples ci-dessus. Devant la complexité de la thématique, qui touche toute une société et ne peut se satisfaire de la réponse de quelques-uns, je ne peux que me réjouir de voir le Conseil Fédéral proposer un contre-projet indirect à l’initiative visant à interdire la burqa. Mais si ce premier pas était indispensable, il reste encore un énorme travail à faire de concertation politique et sociale sur cette thématique.

C’est pourquoi on écoutera à profit les propos clairs de la conseillère nationale Géraldine Savary, dans le journal télévisé de la RTS du 20 décembre dernier. Elle y affirme que « c’est une évidence qu’on doit s’opposer à la burqua, c’est une première chose, mais il faut élargir le débat ». Ce débat doit porter sur « le respect des femmes, des inégalités, de la sécurité publique. Tous ces domaines-là sont à discuter peu ou prou dans un contre-projet indirect », ponctue-t-elle. Il s’agit là d’un travail concernant toute notre société, tous les partis et opinions, tant il est fondamental.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder cette vidéo de l’action I’m here, « Un selfie pour un innocent », d’Amnesty International, lancée début décembre. Elle propose d’aider à libérer un prisionnier en téléchargeant un selfie, avec cette injonction : « accomplissez quelque chose d’incroyable avec votre visage ».

Espérons que 2018 offrira aux acteurs politiques nationaux et cantonaux l’espace nécessaire à ce débat fondamental.

En mémoire de Raimondo Natalino, mon grand-père né un jour de Noël, postier et chef du parti socialiste de Cagliari sous Mussolini, à visage découvert.

 

[1] Paul Sonnions, The Search for the Man in Iron Mask, Rowman & Littlefield Publishers, 2016.

[2] Emmanuel Lévinas, Totalité et infini, Livre de Poche, Paris, 2006, p. 217.

 

La mémoire et les maux. Collecter les individus

Que signifie porter un regard le plus complet et lucide possible sur l’histoire de son pays, de sa famille? Voir sur les deux en même temps? Est-il possible de «collecter les individus» dans ce qui serait une mémoire au moins partagée, à défaut de commune? De telles questions sont particulièrement vives dans un pays comme la Roumanie, qui a traversé les transformations politiques que l’on sait dans les dernières décennies. Au gré du premier colloque roumain consacré aux humanités digitales à fin novembre, à l’Université de Cluj, j’ai pris connaissance d’un projet à la fois enthousiasmant et questionnant, A collective memory 1950-2000.

Colloque DigiHubb, Cluj, Roumanie, projet Collective Memory 1950-2000; 29.11.2017 © Claire Clivaz

D’une manière coutumière dans les humanités numériques, ce projet transgresse les frontières disciplinaires et mêle histoire, anthropologie, art, sociologie. Une large moisson d’images, privées ou publiques, a été faite dans les archives des citoyens roumains souhaitant participer au projet: familles, cités, régions, événements, individus se croisent. Comme le site l’indique, «cette archive n’est pas juste un assemblage d’images et d’histoires dans un grand album nostalgique de la Roumanie. Notre but est de récupérer, rassembler et faire connaître un nombre d’images considérable, et de faire usage de l’importante charge mnémotechnique de l’archive, propre à être la ressource de futures études culturelles-anthropologiques, artistiques, historiques, sociologiques».

Andrada Catavei, Cluj, colloque DigiHubb, 29.11.2017; © Claire Clivaz

Une exposition organisée le 25 mai 2012 a en particulier sollicité le potentiel numérique pour différentes performances et mises en scènes artisitiques, le public étant convié à interagir numériquement avec les images, à traverser un rideau d’eau digital, etc. Les réactions des visiteurs ont été filmées et analysées: les émotions sont au rendez-vous, et la conférencière a reconnu le potentiel de manipulation d’une telle présentation historique, pointée dans le débat. Mais n’empêche qu’une telle exposition-performance réussit, en partie au moins, à permettre à des citoyens de connecter leurs mémoires individuelles à celle de leur pays.

J’attends toujours qu’on nous aide à faire de même à propos de notre mémoire suisse de la deuxième guerre mondiale. J’avais été sidérée de voir qu’Expo 02 n’avait pas laissé place à une reprise quelconque de notre mémoire de cette période en Suisse. En ce qui me concerne, je trimballe toujours dans ma mémoire individuelle un hiatus entre les récits transmis par ma famille – ce petit Michel, réfugié juif des bombardements français, accueilli pendant deux ans chez mes grand-parents, et qui faisait des cauchemars toutes les nuits, laissant ses hôtes suisses dans un profond sentiment d’impuissance à l’aider – et l’attitude globale de notre pays durant ces années de guerre, que nous n’avons pas fini de digérer collectivement, malgré la vaste enquête menée au plus haut niveau en 2001-2002.

Tenter une exposition-performance qui ose aller sur le terrain de l’émotionnel, reste absolument à expérimenter pour notre mémoire suisse de la deuxième guerre mondiale. Il y a tout le matériel nécessaire à un tel événement historico-artistique dans le fabuleux site «Notre Histoire» de la RTS, qui nous fait prendre conscience de ce que permet un service d’information publique, pour le bien de notre mémoire collective.

Allier l’indivu et le collectif, l’émotionel et la rigueur, est l’équilibre qui me paraît avoir été tenu de main de maître par l’historien français Ivan Jablonka dans sa thèse d’habilitation: il l’a retraversée hier dans une conférence de haute teneur à l’Université de Lausanne [1]. Ne lâchant pas d’une semelle l’honnêteté scientifique prônée en 1954 par Henri-Irénée Marrou, Jablonka a mené un long travail d’enquête pour restituer la vie de deux de ses grand-parents qu’il n’a pas connus, décédés à Auschwitz en 43/44. C’est par le travail de mécanique d’orfèvre de l’écriture qu’il parvient à dépasser les oppositions qu’il juge fausses entre grande et petite histoire, histoire et mémoire, émotion et rigueur.

Replaçant ses deux grand-parents «dans la chaîne des vivants», Jablonka parvient à connecter les individus à la mémoire collective, en racontant «comment deux jeunes gens ont été détruits en moins de 30 ans dans l’Europe du 20ème siècle». A l’heure où la digitalité émancipe l’écriture hors des couvertures, il se pourrait bien que nous ne fassions que commencer à faire histoire de cette manière, en misant sur la collecte des individus, des mémoires et des maux.

[1] Ivan Jablonka, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus. Une enquête, Seuil, 2012 (rééd. poche 2013).

La pomme d’Apple, si tentante à croquer

© CC BY-SA 3.0; auteur: Aleeexfernandez; wikicommons

Le témoignage oral est de retour, et nous ne savons plus faire avec. Mais il est urgent de nous y réhabituer et de nous donner les moyens scientifiques et techniques d’y faire face. C’est ce que démontre l’épisode emblématique de l’explication de l’origine du logo d’Apple, la fameuse pomme croquée. En effet, le philosophe Michel Serres, à l’oeuvre incontournable quant à la culture numérique, en donne une interprétation on ne peut plus nette dans un film du CNRS de Catherine Bernstein sur le mathématicien et cryptologue de génie Alan Turing, tourné en 2012. Pour Michel Serres, «ce logo, c’est toujours la pomme de Turing, il n’y a aucun doute là-dessus» (à la minute 26,21-24).

Pour mémoire, Turing est décédé d’une empoisonnement au cyanure – et l’article Wikipedia français n’en dit pas plus : selon un récit ou légende urbaine bien ancré, il se serait suicidé en croquant une pomme, cherchant à imiter le conte de Blanche-Neige qui l’avait marqué. Michel Serres dit adhérer à ce récit de la mort de Turing qu’on «raconte… et on a raison… et je crois que c’est vrai», souligne-t-il (à la minute 25,9-27). Via les éditions du Pommier, que je remercie chaleureusement, j’ai eu confirmation de Michel Serres lui-même qu’il avait entendu lors de ses années d’enseignement à la Silicon Valley l’explication de la mort de Turing comme étant à l’origine du logo d’Apple. Soit, mais ce qui est un récit oral, non attesté, se retrouve présenté dans ce film avec un poids d’autorité très fort, via un intellectuel reconnu qui conclut: «il n’y a aucun doute là-dessus».

La modernité avait fait de l’intellectuel un homme des livres. La culture digitale met en pleine lumière le discours oral de ceux et celles qui représentent le savoir. Dans la modernité, on a toujours été plus indulgent face à ce qui était dit par oral que par écrit : normal, on n’en gardait aucune archive. Les innombrables manières numériques d’enregistrer l’oralité repondèrent complètement ce rapport désormais, surtout dans le cadre d’un film labellisé par le CNRS. Le cas laisse au final songeur, car cette déclaration de Serres est contredite de manière frontale dans un ouvrage de Ian Watson, publié en 2012. Celui-ci raconte que le présentateur TV Stephen Fry rapporte dans une émission de la BBC – témoignage oral également – que Steve Jobs, fondateur d’Apple, a nié l’explication de la pomme de Turing comme origine du logo, s’exclamant «It isn’t true, but God we wish it were!», «ce n’est pas vrai, mais Dieu que nous voudrions que cela le fût!». Et Watson de commenter : «A chaque fois que je vois le logo d’Apple, je me rappelle la pensée de Turing, sans les découvertes duquel les produits d’Apple n’existeraient pas». [1]

Logo dessiné par Wayne, domaine public; wikicommons

Cette interprétation du logo n’a donc vraisemblablement pas été présente à son origine, mais elle appartient désormais fortement à l’histoire de sa réception. On court d’un témoignage oral à l’autre pour le discerner, tel l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours! En tous les cas, le premier logo d’Apple, dessiné par le troisième co-fondateur d’Apple, Ronald Gerald Wayne [2], représentait une pomme non croquée, celle de Newton sous son arbre: le registre cognitif était tout autre. Preuve est-elle donc faite que la culture digitale nous balade d’information en information sans qu’on ne puisse plus être sûr de rien, à l’ère de l’oralité à tout craint? J’aurais tendance à tirer une autre leçon de cette symbolique frutière vagabonde, qui appelerait une étude détaillée, on le voit bien.

En effet, j’ai été surprise de constater que l’historien d’Harvard Stephen Greenblatt vient de publier tout un livre sur l’histoire de la réception du récit d’Adam, Eve et du fameux fruit devenu pomme, sans mentionner une seule fois le monde informatique, la compagnie Apple, pas plus que la figure d’Alan Turing. Alors même que comme vous et moi, il doit avoir de nombreuses occasions quotidiennes d’apercevoir le logo d’Apple. Si l’on peut questionner l’enthousiasme sans doute trop spontanné de Michel Serres dans ce film de 2012, combien davantage ne peut-on pas légitimement s’interroger sur la dichotomie culturelle qui s’opère chez un historien qui ne relie pas le monde qui l’entoure à son sujet phare, et ce dans un livre.

Martin Vetterli, digitalswitzerland starting day, SwissTech Center, 02.10.17; © Claire Clivaz

En conclusion, il nous reste impérativement à intégrer le discours oral citable parmi nos sources régulières, à cultiver plus que jamais notre sens critique, et à relier tout le savoir millénaire de l’occident à la symbolique et au langage développés par la culture digitale. C’est ainsi que nous contribuerons, dans les sciences humaines, à construire la «confiance digitale», ou digital trust, si bien soulignée par le président de l’EPFL, Martin Vetterli, dans son discours lors de la journée inaugurale du projet multidisciplinaire digitalswitzerland, lundi dernier.

 

En hommage paradoxal et admiratif à l’écrivain suisse Philippe Rahmy, à qui l’on dit adieu aujourd’hui: il connaissait le poids des mots.

 

[1] Ian Watson, The Universal Machine. From the Dawn of Computing to Digital Consciousness, Springer Verlag, Heidelberg, 2012, Kindle edition l. 1339. Le co-fondateur d’Apple, Wozniak, dit n’avoir jamais demandé à Jobs la raison de ce choix: «Steve Jobs had just come back from one of his trips and we were driving along he said ‘I’ve got a great name: Apple Computer’. Maybe he worked in apple trees. I did’nt even ask. Maybe it had some other meaning to him» (Owen W. Linzmayer, Apple Confidential 2.0: The Definitive History of the World’s Most Colorful Compagny, 2004, p. 5).

[2] Linzmayer, Apple Confidential 2.0, p. 6.

De l’encre aux pixels : la mue de l’écriture scientifique

C’est à Montréal que sont rassemblés du 8 au 11 août les chercheurs en Humanités Digitales (DH) du monde entier, pour le colloque annuel DH2017. Innovations et recherche de pointe sont au rendez-vous, et ce 10 août – ou cette orée du 11 août selon l’heure européenne – se conclut par la remise du prix Antonio Zampolli qui récompense tous les trois ans une réussite particulière de chercheurs en DH, à quel que stade de carrière que cela soit.

DH2017, Montréal, conférence du prix Zampolli, Nancy Ide © Claire Clivaz

Antonio Zampolli (1937-2003), linguiste italien, appartient aux pionniers qui ont lancé et créé la méthode principale d’encodage électronique des textes, le Text Encoding Initiative (TEI). Cette méthode reçoit précisément le prix Zampolli en ce 10 août : elle permet à un texte écrit sur support informatique de devenir interopérable dans une base de données, soit de pouvoir être relié à d’autres textes de recherche scientifique.

Ce soir à Montréal, nous fêtons donc la reconnaissance internationale de ce qui a changé dans l’écriture scientifique : le passage de l’encre aux pixels. Cet événement intervient alors même que le Fonds National Suisse vient de prendre un tournant décisif pour tous les domaines de recherche en publiant le 24 juin dernier son formulaire de gestion des données, data management plan, qui devra désormais accompagner toutes les soumissions de projet de recherche.

Cette innovation, qui peut paraître technique aux profanes, est un vrai séisme. En effet, elle postule que le lieu digital est désormais l’environnement naturel de l’écriture scientifique, en exil ou émancipée de l’encre et du papier. Mener un projet de recherche dans un environnement virtuel, sur une plateforme numérique, équivaut à faire de l’écriture une expérience flexible, évolutive, faite de pixels semblabes à des cellules nageant en éprouvette. Il faut prendre soin de cette écriture pixellisée, depuis sa production et sur la durée. Elle est vivante, dans son environnement virtuel.

Tous les acteurs de la production scientifique sont concernés par cette mue, et un dialogue intense doit continuer à être mené entre bibliothèques, chercheurs, institutions et éditeurs. En Suisse romande, ce dialogue est nécessaire en particulier avec les éditeurs scientifiques, dont l’auteure de ces lignes imagine sans peine les soucis et interrogations suscitées par cette transformation. Des éditeurs scientifiques tel Brill sont déjà en quête de nouveaux modèles, et des pistes existent.

Le passage de l’encre aux pixels demande un surcroît de travail à tout le monde : elle exige de la recherche sur la recherche et sur les modèles économiques viables. Tous les acteurs de la production de l’écriture scientifique ont besoin que leur institution ou leur entreprise leur accordent le temps nécessaire à accompagner ce tournant.

  • Pour découvrir le TEI: BURNARD, Lou. Qu’est-ce que la Text Encoding Initiative ? OpenEdition Press, 2015  books.openedition.org/oep/1237
  • Pour s’initier au TEI, module en ligne dans le cadre du projet Erasmus+ #dariahTeach, préparé par Susan Schreibman (teach.dariah.eu)

Ces corps d’outre-tombe qui traversent notre été

De la moustache du peintre Salvador Dalí à la natte tressée d’une Saviésanne d’autrefois, ce mois de juillet semble fait de corps anciens qui ressurgissent, qui de la tombe pour Dalí exhumé pour un test ADN, qui du glacier, pour le couple Dumoulin, disparu en montagne un 15 août 1942, et qui vient d’être retrouvé. Trois corps momifiés, conservés. On est surpris, troublés, questionnés par ces souvenirs du corps qui reviennent d’un lieu après la vie mais avant la décomposition, d’un no man’s land funèbre. Tous les trois suscitent une vive émotion.

© CC BY-SA 3.0; auteur: Lucie Marie

Lluis Peñuelas Reixach, secrétaire général de la fondation Gala-Salvador Dalí, raconte avec gravité que la moustache de Dalí est toujours bien posée à «10h10». Cette exhumation nous renvoie crûement à la responsabilité que nous exerçons toutes et tous via le corps, dont les traces n’en finiront pas de pouvoir parler. Bien sûr, on comprend la requête d’une recherche en paternité, mais nos pauvres restes n’en sont donc jamais quittes de risquer d’être touillés ou triturés ? Ne faut-il pas préférer l’incinération à l’inhumation, en finir avec tout fantasme d’Hibernatus, histoire qu’on ait droit à un vrai repos éternel ? Fichtre, ne vaut-il pas mieux fignoler notre page Facebook, en faire légataire une personne de confiance, et réduire nos restes à une petite poignée de cendres qui s’envole au vent ?

Il est certain que le choix de l’incinération évite à notre dépouille d’être encore sollicitée outre-tombe, mais il implique aussi de priver ceux qui restent de l’attachement qu’elle peut susciter. C’est tout un village et pas seulement une famille, qui est touché par le retour improbable mais toujours espéré du couple Dumoulin. Penser que l’incinération règle tout, c’est ne pas réaliser que nos corps morts demeurent signifiants pour ceux qui restent. Même les plus petits corps, comme le montre ce témoignage d’un couple sur le deuil périnatal. Ou encore ce fœtus reposant au milieu de quatre briques ocres qu’on peut voir au musée romain de Nyon, petite tombe d’autrefois résultant d’une fausse-couche ou d’un avortement, qu’importe: le foetus a été enterré. D’une voix mesurée, Edmond Pittet, responsable des Pompes funèbres générales, le rappelle : il faut «se souvenir que pour la famille, celui qui n’est plus reste une personne». Cet adage ne peut, à mes yeux, que nous conduire au lâcher prise sur notre dépouille à venir : c’est fondamentalement l’affaire des suivants.

Pour l’instant nous en faisons partie, et les corps d’outre-tombe réclament leur dû, nous invitent à la responsabilité et pas seulement à celle du test paternité. Voici un an, le journal de la RTS consacrait un Grand Format aux 500 corps de réfugiés sénégalais encastrés dans un navire qui a sombré au large de la Sicile. «Mais par quel corps on commence ?» s’écriait Francesco, pompier de Syracuse, au moment d’entamer la tâche impensable. Ainsi en va-t-il du corps, même mort, même depuis longtemps : il résiste et nous invite à affronter nos émotions. D’outre-tombe le corps nous apprend encore ce qu’être humain veut dire.

Le film “L’ordre divin” pour mettre en ordre notre mémoire collective

Cela fait donc 46 ans que la moitié de notre population a accordé à l’autre le droit de vote sur le plan national. C’est avec finesse, brio et humour que le film L’ordre divin raconte la mémoire de ces semaines incroyables de 1971, via le personnage de Nora, une femme d’un village suisse allemand, comme tant d’autres. Mais elle ose se confronter au discours social et ecclésial sur «l’ordre divin» qui serait assigné à la femme.

On ira voir ce film entre copines, en couple, avec sa mère, sa fille, seul(e). On en ressortira un peu silencieux, car à plus d’un moment, on ne sait pas toujours si on nous parle de 1971 ou de 2017. En effet, il y a encore fort à faire pour continuer à rendre paritaire les relations hommes-femmes en Suisse.

Par-delà la tarte à la crème de l’égalité salariale, on pensera au congé paternité qui tente une timide percée via une initiative raisonnable, et à l’attente sans doute encore longue de l’introduction de l’imposition individuelle, respectueuse de l’autonomie des parcours de vie. Et que dire du fait que la pillule contraceptive ne soit toujours pas remboursée par l’assurance maladie, alors qu’elle sert l’entier de la population, et non seulement la moitié. De même, l’Office Fédéral de la Santé a dû réclamer longtemps que «la vaccination contre les HPV [s’adresse] à tous les adolescents âgés de 11 à 14 ans». Jusqu’au 30 juin 2016, seules les jeunes filles peuvent se la voir rembourser, alors même que «70 à 80 % des femmes et des hommes sexuellement actifs sont infectés au moins une fois dans leur vie par ces virus». Voici un progrès dont on se réjouira, mais un intense travail d’information se révèle nécessaire.

C’est sur toutes ces questions que l’égalité doit continuer à être établie, pas à pas. Elle a aussi à faire sa place dans la mémoire historique : pour commémorer les 500 ans de la Réformation, l’Office protestant d’éditions chrétiennes (OPEC), éditeur des réformés romands, a publié un jeu pour enfants dès 10 ans composé exclusivement de figures masculines. Et pourtant Marie Dentière, réformatrice contemporaine de Calvin, a son nom gravé sur le mur des Réformateurs à Genève. Plusieurs théologiennes et femmes protestantes essaient de la faire sortir de l’ombre, telle la conteuse Isabelle Bovard.

Donner son plein espace aux voix des femmes est pourtant un facteur d’innovation culturelle et scientifique. La professeur Londa Schiebinger, qui a fondé à l’Université de Standford en 2005 l’institut d’innovations par le genre, a donné une conférence à l’Université de Genève le 30 juin dernier, où elle a livré en avant-première les résultats d’une enquête saisissante : plus une université fait place à l’innovation, plus elle tend à augmenter le nombre de femmes qui travaillent en son sein (voir 5min12 à 5min33 de l’interview). Les deux questions sont corollaires, sans qu’il ne soit encore possible d’établir de lien de cause à effet. C’est à ce point que nous en sommes : vivre la parité et développer une société innovante sont certainement des corollaires. A nous de tisser des liens de causalité entre ces deux dimensions.

Drapeaux noirs et pirates : Daech à la conquête de nos océans

Le témoignage d’un proche me l’apprend: sur le coup des 23h30 de Big Ben, il était impossible le 3 juin au soir d’envoyer un quelconque SMS ou de consulter un site depuis Londres. Les iPhones et autres natels étaient bloqués, confisqués, par quelque puissance supérieur dont les quidam n’ont pas douté qu’elle fût étatique.

Drapeau pirate; auteur wikinade; © CC BY-SA 3.0

Dans l’horreur d’une attaque terroriste, ce détail nous met en face de ce qui n’est vraiment plus un fantasme: nos appareils connectés sont susceptibles d’être à tout instant maîtrisés et contrôlés. Ce petit objet qui nous paraissait encore il y a peu allier déplacements libres et contacts infinis, n’est bientôt plus que notre matricule d’identification planétaire, qu’on imagine connecté jusque dans nos cercueils fermés.

Sur l’océan de nos surfs internet, le drapeau noir de Daech, honni, terrifiant, a remplacé celui qui
symbolisait la conquête de l’océan aqueux au 17ème siècle, le drapeau pirate. Sans fin le téléjournal nous parle de la guerre ailleurs, de la prise successive des villes d’un Orient lointain aux mains des hommes de Daech. Mais qui pourrait encore longtemps se mettre des oeillères et ne pas voir cette guerre de tranchées diffuse qui sillonne nos contrées?

Le parallélisme des drapeaux noirs pirates et djihadistes mérite qu’on s’y arrête: en comparant les drapeaux, je conduis simplement un cran plus loin le parallélisme que le théologien et éthicien protestant Olivier Abel a esquissé entre les abordages d’hier et d’aujourd’hui (Clivaz 2015). Comme il l’explique, «le temps des flibustiers est ouvert, et particulièrement dans les Caraïbes il fleurit entre 1630 et 1670. [D]ans les nouveaux mondes, tout est offert à profusion par la divine Providence. […] On n’est plus dans une économie du don et de l’échange, mais de la “prise”, que l’on retrouve jusque le titre d’un livre du philosophe hollandais Grotius, Le droit de prise. La tempête de l’histoire a brisé tous les liens» (Abel 2009a, 108). C’est ainsi, «sur l’océan il n’y a plus ni roi ni pape, on est seul avec Dieu, on a tout quitté. Obligés de vivre chaque jour sans être trop assuré du lendemain, on sait vite qu’il est impossible de s’approprier la mer, de la retenir entre ses doigts. Les individus cependant sont ainsi déliés pour contracter des alliances nouvelles, des libres alliances : le droit de partir est la condition du pouvoir de se lier. Et la grande question politique deviendra alors peu à peu “comment rester ensemble” alors qu’on peut toujours partir, se délier» (Abel 2009b, 114-115).  Au 17ème siècle, «parce que sur l’océan tout se délie,  il faut repenser les amarres, les attaches, les cordes, les nœuds, et les pactes» (Abel 2009a, 108).

Il n’y a pas grand chose à rajouter. L’océan, c’est la moindre parcelle de nos territoires. Il nous faut urgemment repenser «comment rester ensemble», repenser nos amarres, nos attaches, nos cordes, nos pactes. Et vite, car déjà ceux qui estiment savoir penser pour nous préparent de nouveaux liens obligés : Theresa May tente de se dédouaner en souhaitant «réguler le cyberspace», comme le commente sceptique un article de Wired du 6 juin.

Vous avez déjà tenté d’enfermer l’océan fait d’eau et de sel, vous? Vouloir mettre Internet sous chape s’apparenterait à la même naïveté. Commençons simplement par nous rendre compte que de nouveaux drapeaux noirs nous indiquent les pirates d’aujourd’hui, sans territoire, sans pacte, sans alliances fixes. Ce n’est qu’après avoir mesuré le dérisoire de nos petites barques, lémaniques ou autres, qu’une prise de conscience à large échelle pourra être à même de soutenir ceux et celles qui  oseront prendront le large pour tenir tête aux pirates. Et, in fine, repenser les pactes et les alliances, pour permettre des voyages aux risques mesurés sur les océans en ligne et sur la terre ferme.

Abel, Olivier. L’océan, le puritain, le pirate. Esprit 356 (2009a), p. 104-110.

Abel, Olivier. Essai sur la prise. Anthropologie de la flibuste et théologie radicale protestante. Esprit 356 (2009b), p. 111-123; http://olivierabel.fr/nuit-ethique-les-cultures-et-le-differend/pirates-puritains.php (consulté le 06.06.17).

Clivaz, Claire. En quête des couvertures et corpus. Quelques éclats d’humanités digitales. Dans Carayol Valerie & Morandi Franc (éd.), Le Tournant Numérique des Sciences Humaines et Sociales, Pessac, MSHA, 2015, p. 97-109.

Pourquoi le réveil sera rude

D’un ton badin, Isabelle Falconnier ponctue l’excellent 26minutes de ce soir en expliquant que rien ne distingue journalistes et écrivains, à part cette «toute petite différence» de la fiction. De tels propos la situe parmi celles et ceux qui, surfant d’un monde à l’autre, d’un écran à l’autre, considèrent qu’au fond tout est dans tout: les délimitations et les définitions, si elles n’ont jamais existé, ne comptent guère. Du coup, la fiction, on en fait son affaire.

Ce sentiment très général du «tout dans tout», cette perception affadie des différences entre réel et non réel, se retrouve jusque dans la mollesse des réactions de l’opinion publique à voir le Front National au deuxième tour de l’élection présidentielle française. Les quinze années écoulées nous ont-elles donc à ce point plongés dans la léthargie intellectuelle, immergés dans un monde à portée de clic, où la démocratie tolère des discours de plus en plus extrêmes ?

A n’en pas douter, le réveil de la génération «tout dans tout» sera rude, car limites et frontières sont en train de se redéployer pour dessiner des territoires qui risquent bien de nous quadriller. Alors que la signature sur le page de garde d’un livre dit encore une symbolique forte, la reconnaissance faciale et ses masques se développe à une vitesse impressionante, comme le montre les travaux de l’IDIAP à Martigny. Le monde numérique, après s’être saisi de nos empruntes digitales et les avoir silliconnées, se prépare à vouloir capter nos traits. Le délit de faciès, n’en doutons pas, va y trouver un élan revigoré. Attention désormais à ne pas regarder notre écran d’un air louche ! De fait, nous déléguons chaque jour davantage la délimitation entre réel et fiction aux langages numériques. Cette frontière ne s’efface donc pas, elle devient draconienne, alors même que nous ne la percevons guère.

Cours du palais de l’Elysée, Paris; © CC BY-SA 3.0; auteur: Chatsam

Ces quinze dernières années donc, nous avons tristement appris à tolérer de voir la violence s’exercer de manière exponentielle, violence verbale ou physique. Et nous ne réagissons plus ou presque : à n’en pas douter, le réveil sera rude. Reste la possibilité du discours qui nous redonne un instant le goûte de l’utopie, tel celui tenu par Etienne Cardiles, lors des obsèques de son compagnon, policier tué en fonction aux Champs-Elysées. Si justes et percutantes, ces quelques minutes ont néanmoins attisé la violence de certains : les délimitations portées par la haine de l’autre quadrillent notre société. Leur réalité dépasse la fiction.

Il est grand temps de sortir de notre léthargie pour entrer dans une veille de résistance, et œuvrer de manière décidée à la collaboration entre forces politiques de droite et de gauche, seul rempart possible aux dérives extrêmistes. Tel est mon vœu à la veille des élections cantonales vaudoises.

Noël, Hanouka, Diwali: nos patrimoines culturels immatériels… et numériques ?

2016 aura été une première pour la Suisse : pour la première fois, l’une de nos traditions a été reconnue comme «patrimoine culturel immatériel» (PCI) par l’UNESCO. Il s’agit de la fête des vignerons, présentée par une video enjouée qui montre bien l’ancrage de la fête dans une micro-société. Le carnaval de Bâle est en examen.

Lumières de la fête de Diwali, auteur: Indianhilbilly; © CC BY-SA 2.0, wikicommons

Cette démarche de l’UNESCO nous fait à nouveau flirter avec les contradictions de nos perceptions de «l’immatériel» (voir le blog du 2 juillet dernier). Ce patrimoine «immatériel» se matérialise en fait de plus en plus via le support digital : le voici enregistré, filmé, expliqué, commenté par les acteurs anonymes mêmes qui le portent. Comme l’explique Hughes Sicard dans le récent collectif Patrimoine culturel immatériel et numérique, lorsque l’UNESCO a ouvert la démarche du PCI en 2003, les textes fondateurs n’impliquaient pas le numérique, mais celui-ci avait été mentionné dès les discussions préparatoires de l’entreprise dès 1989 [1].  La matérialité digitale nous appelle à revisiter encore autrement notre perception de l’immatériel, pour penser ce patrimoine culturel qu’on estimait volatile.

A l’heure où la terre s’est enfoncée dans la nuit la plus sombre depuis 500 ans, nous dit-on, j’ai pour ma part bien envie de promulguer «patrimoine culturel immatériel» mondial toutes nos fêtes de la lumière : Noël, la fête chrétienne du 25 décembre ; Hanouka, la fête juive des lumières, qui a lieu cette semaine en 2016 ; ou Diwali, la fête indienne des lumières, en automne. Le fait de devenir «patrimoine culturel immatériel» pourrait-il protéger un temps soit peu nos marchés de Noël, devenus si fragiles depuis quelques jours ? Faut-il se dépêcher de les numériser pour qu’au moins on puisse s’y rendre virtuellement, en toute sécurité, muni de lunettes ad hoc ? Arrivés à ce point on hésite, on regrette même peut-être déjà de tant vouloir numériser cet héritage immatériel, de la fête des vignerons au vin chaud. Et pourtant, ce ne sont certes pas les lunettes virtuelles qui sont en train de nous contraindre à protéger nos marchés: nous n’avons pas eu besoin d’attendre leur arrivée pour avoir de la peine à regarder la réalité en face.

Incertaine, notre génération hésite entre le matériel, le virtuel, l’immatériel, et «on avance peu à peu, comme un colporteur d’une aube à l’autre», selon les mots de Philippe Jaccottet. On avance peu à peu d’une fête des lumières à l’autre, dans un marché de fin d’année aux dimensions planétaires. Et vous, mettrez-vous du matériel, de l’immatériel, du virtuel, du réel au pied de votre sapin ? Nous en avons débattu le 24 décembre au matin sur RTS la 1ère, dans l’émission d’Antoine Droux.

 

[1] Hughes Sicard, «Le numérique au secours du patrimoine culturel immatériel ?», dans Patrimoines culturel immatériel et numérique, Marta Severo et Martine Cachat (dir.), L’Harmattan, 2016, p. 32-40 ; ici p. 32 : «Au cours des années 1990, les réunions d’évaluation de la Recommandation de l’Unesco sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire (1989) laissent transparaître des questionnements sur les possibles effets de l’émergence des nouvelles technologies».