Ces avions que nous ne prendrons pas

Enfant dans les années 70, j’ai encore connu ce moment où c’était un but de promenade dominicale que d’aller voir les avions décoller à Cointrin. On gravissait les escaliers – forcément longs pour de courtes jambes d’enfant – jusqu’au sommet de la terrasse sur le toit. Arrivés là, les adultes, parents, marraine, pouvaient nous gratifier d’une glace, qui prenait des allures de victoire alors qu’on contemplait le départ des oiseaux métalliques. Ces avions que nous n’allions pas prendre, qui semblaient d’autant plus désirables que rares, réservés à de grandes occasions qu’on espérait vivre une fois.

Airbus A318-111 d’Air France (F-GUGI) à l’aéroport de Genève; auteur: Handelsgeselschaft; © CC BY-SA 4.0; wikicommons

Enfant dans les années 70, dans nos jeux où nous imaginions nos futurs d’adultes, le must était d’aller « une fois » en avion aux États-Unis pour voir Disneyworld… On en parlait avec la gravité requise, avec l’incertitude du peut-être, et tous les yeux se tournaient vers notre copine qui crânait en disant que, puisque sa marraine habitait là-bas, elle, elle irait sûrement ! Quand est-ce que cela a changé ? Quand donc est arrivé le billet à 35frs, ou moins encore, pour aller à Barcelone, Londres ou Rome ? Au sortir des années bien actives d’éducation de mes enfants petits, j’ai été plongée dans ce monde des billets d’avion bradés, si pratiques pour les activités professionnelles. Et j’en ai largement profité, comme tant d’entre nous, en pensant soigneusement que ce n’était pas normal, que le kérosène, c’était écologiquement coûteux, que l’avion était nettement plus magique du temps de la terrasse du dimanche, mais que bon, c’était tout de même pratique.

Et puis est arrivé le ciel bleu cristallin d’avril 2020 au-dessus de la capitale vaudoise. Pas une zébrure blanche, rien que les chants d’oiseaux, et l’impression de n’avoir jamais vu les cieux ainsi. Comme beaucoup d’entre nous, je sais que je ne reprendrai pas l’avion cette année. Manifestations professionnelles et vacances, tout fut stoppé net. Comme un certain nombre d’entre nous aussi, j’espère que nos habitudes vont se modifier complètement, que l’avion redeviendra un phénomène peu fréquent dans nos vies, avec des billets à un coût réaliste. J’espère que l’avion reprendra dans nos imaginaires sa fonction d’utopie, celle qui nous fait regarder vers en-haut. Avoir fait l’expérience du télétravail a démontré que beaucoup de tâches pouvaient être accomplies harmonieusement à distance. Nous avons retrouvé avec bonheur du temps partagé avec nos proches, au lieu des sempiternels « jours de voyage » aller et retour. Nous avons tous appris à faire autrement.

Quand bien même notre parlement a voté sans sourciller 1,275 milliard de francs pour supporter nos avions sans contrepartie environnementale, il est encore largement temps de décider collectivement que nous allons continuer à faire autrement. Que nous avons la réserve mémorielle nécessaire pour rendre au voyage en avion son statut d’événement peu courant, à prix ad hoc, réservé aux circonstances adéquates. Et que les voyages en train ont un charme à nul autre pareil.

La liberté de culte des protestants sacrifiée

Il a l’air toujours bien las ce taureau ailé de ma ville, souvenir d’une église protestante désaffectée, joyeusement reconvertie en maison de quartier. Il est aussi l’écho lointain d’un monde pagano-chrétien, mêlant les héritages symboliques pour associer le taureau des sacrifices, l’animal ailé des mythologies et l’un des quatre textes majeurs du Nouveau Testament, l’Evangile selon Luc [1]. Et bien la lassitude de l’animal est de mise en cette veille du 28 mai, car dès demain, les protestants perdent leur liberté de culte.

Lausanne, ©CClivaz

De manière incompréhensible, alors même que les restaurateurs y ont renoncé, il sera demandé à quiconque veut assister à un culte protestant de décliner son identité à l’entrée, une identité soigneusement listée et conservée deux semaines durant. A noter également que les célébrations seront privées de communion, de baptême et de chant : c’est ce qu’annonce le site officiel de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud (EERV). Est-ce là ce qui a été négocié avec les Eglises à Berne pour leur permettre de reprendre les célébrations plutôt ? Faut-il y voir un sacrifice justifié pour la cause commune, et tel ce taureau à terre, courber l’échine avec résignation ? Certes non.

A vrai dire, le bon sens déjà alerté, les lecteurs avisés auront une surprise de taille en allant comparer le donné protestant avec les recommandations de l’évêché catholique de Lausanne-Genève-Fribourg. En effet, son site commente ainsi : « Faut-il dresser une liste de présence des participants ? Selon l’OFSP, le devoir de traçage des chaînes de transmission ne vaut que si le respect des règles de distance ne sont pas assez garanties. Toutefois, dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, il est exigé que le respect de la distanciation sociale soit garanti. Dès lors, le recours au traçage est inutile ». Par ailleurs, les catholiques pourront communier, et des solistes chanter à la messe.

Que diantre s’est-il passé dans l’esprit des autorités protestantes pour qu’elles fassent preuve d’un tel zèle policier envers leurs ouailles ? Je laisse la question à qui de droit. Mais il est évident que les protestants font un choix qui pourrait indiquer un tournant dans leur histoire, à l’heure où ils ne sont plus que 24% dans le canton de Vaud, selon l’ouvrage d’Olivier Bauer, professeur de théologie pratique à l’Université de Lausanne [2]. En effet, ce qui distingue une Eglise subventionnée par l’Etat, en prise avec la sphère publique, c’est notamment la liberté de culte. Le droit inaliénable d’entrer dans une église et d’en ressortir sans qu’il ne soit rien demandé, laissant à « Dieu le jugement des cœurs », selon les anciens principes de l’EERV.

L’humour du 28 mai veut que ce jour-là précisément, l’application SwissCovid sera à la disposition d’un plus large public, préparée avec soin par l’EPFL et l’ETH, pour permettre au quidam de conserver l’anonymat via la gestion d’identifiants aléatoires par l’intelligence artificielle, dans un système décentralisé si innovant qu’il a déjà été repris par Google et Apple. Du côté des Eglises, la donne est claire : qui veut désormais entendre des chants, communier et garder sa liberté de culte devra considérer ce dimanche qu’il convient de pousser plutôt la porte de l’Eglise chrétienne majoritaire. A moins de choisir le mode usuel de méditation des vaudois protestants : la promenade en montagne.

[1] L’association entre l’évangéliste et l’animal ailé, image venue du tétramorphe d’Ezechiel 1,1-14 et reprise dans l’Apocalypse 4,7-8, a été faite par le Père de l’Eglise latin Irénée, au 2ème siècle de notre ère (Contre les hérésies III,11,8).

[2] Olivier Bauer, 500 ans de Suisse protestante, Alphil, 2020, p. 152. En libre accès grâce à une bourse du Fonds National Suisse: https://www.alphil.com/freedownload.php?sku=978-2-88950-045-1

Elle s’appelle «Corona», et c’est une réussite nationale

Dans mon blog du 24 avril, je cherchais un nom pour cette application de traçage du virus, préparée par l’EPFL et l’EPFZ. Ces derniers jours, dans la presse et les médias, on a commencé à voir son nom technique «DP-3T», et cette  anonymisation nous a permis à tous de réaliser que nos Ecoles fédérales avait réussi l’impensable : développer leur propre produit, prenant de cours Google et Apple. Dans l’émission de CQFD du 30 avril dernier, Alfredo Sanchez, chef de projet, explique : «Le modèle décentralisé est la garantie de cette anonymisation des contacts. Le système mis en place ne travaille que par identifiants complètement aléatoires. Et aucune donnée, mais vraiment aucune donnée, n’est échangée ou stockée sur un serveur centralisé avec des informations personnelles. […] Google et Apple se sont joints, c’est un fait historique, pour reproduire ce qu’on est en train de faire, et on est largement en avance sur le terrain là-dessus» (min. 8.00-8.16).

Je ne suis pas surprise que ce soit en Suisse qu’on lie modèle décentralisé et recherche de technologie de pointe. C’est notre manière d’être et nos usages qui ont permis à cette innovation d’aboutir: nous avons la décentralisation naturelle. Il fallait aussi imaginer l’introduction d’identifiants aléatoires et faire confiance à l’intelligence artificielle, lui donner le droit d’exploiter son potentiel propre, sans lui demander simplement d’agir à la mode des êtres humains. Ce partenariat, cette alliance des personnes et des technologies, dûment discuté sur la place publique et au parlement, me donne confiance, comme citoyenne et comme scientifique. Nous évitons ainsi le risque du fichage des données, redouté dans la version française et européenne de cette application, et qui nous rappelle des souvenirs difficiles, qu’on regarde dans l’histoire plus lointaine ou plus proche.

L’heure de la décision s’approche. Pour ma part, je n’hésite pas : ce week-end, c’est 2000 personnes qui faisaient la queue pour recevoir un sac de 20frs de nourriture à Genève, comme nous l’avons appris hier soir au téléjournal de la RTS. La situation ne nous laisse que le choix d’adopter un comportement citoyen, en associant divers moyens de protection, à commencer par les recommandations de l’OFSP, que nous suivons avec une belle rigueur d’ensemble. «Corona» ne sera qu’un moyen parmi d’autres, mais permet d’espérer que nous puissions mener au mieux nos existences dans les semaines et les mois à venir. Elle restera au choix de chacun, mais selon Alfredo Sanchez, même un « pourcentage plus faible [d’utilisateurs] aurait de toutes façons un impact positif » (CFFD, min.10.10-10.14).

Ce débat, Manon Schick, directrice d’Amnesty International Suisse, l’observe avec attention : « Nous suivons avec beaucoup d’intérêt ce travail, car je pense qu’il pourrait être un exemple pour d’autres pays. Avec nos autres partenaires, nous analysons ce que l’EPFL propose. Nous espérons que les chercheurs seront attentifs à nos recommandations. De toute façon, si une application doit avoir le soutien de la population, des garanties doivent être données, sinon cela sera un échec ». Le débat populaire, public, large est indispensable à notre identité collective, et il est en route.

A point nommé, le communiqué de presse du parlement nous a appris, le premier mai dernier, le nom de cette application, lui donnant ainsi son acte de naissance : Corona Proximity Tracing. Le Conseil des Etats en discutera sous le numéro 20.3168 la semaine prochaine, un débat lancé par une commission du Conseil National dès le 22 avril dernier. Il est révélateur de lire dans son article d’opinion publié ce 3 mai, que Solange Ghernaouti ignore le nom de cette application qu’elle désigne encore de son acronyme anonyme DP-3T, renvoyant dos à dos toutes les applications en préparation. Que le débat parlementaire nous permette un discernement judicieux et serein, par-delà les experts en concurrence.

Quel que soit le devenir de cette application, grâce au meilleur de l’intelligence de nos chercheurs, démonstration a été faite qu’il est encore possible, dans la recherche subventionnée par les fonds publics, d’aller plus vite et plus adéquatement que les géants Google et Apple. C’est le trait ultime de la démocratie que de pouvoir mettre le code d’une telle innovation en libre accès. Voici la res publica, la cause publique, sauve, prenant soin au mieux des citoyens, en pariant sur leur responsabilité libre et individuelle.

Oui à l’application « Trace le virus ! » préparée par l’EPFL et l’EPFZ

Plus qu’un blog réflexif, le lectorat trouvera ici pour une fois une prise de position, certes étayée et assumée, mais allant droit au but, car le temps presse. Qui voudra bien relire les blogs précédents ne devrait avoir aucune peine à réaliser que l’autrice de ces lignes est très attachée à la liberté individuelle, mise à mal, par exemple, par le traçage des assurés. Mais le sujet est tout autre. Comme le proclament les bus lausannois, nous sommes « responsables ensemble », et c’est pourquoi je ferai usage avec discernement de l’application « Trace le virus ! », préparée par l’EPFL et l’EPFZ, dès qu’elle sera disponible.

  • Les antécédents : c’est à Singapour que le prototype de cette application a été lancée en mars, sous le nom de « Trace together », que je choisis de rendre en français par un adage plus dynamique : « Trace le virus ! ». Les résultats sont sans appel : au 23 avril 2020, on compte à Singapour 11’178 cas de COVID-19 pour seulement 12 décès. Le code de l’application a été rendu disponible par les autorités.
  • L’EPFL et l’EPFZ ont toutefois décidé de se démarquer des tentatives européennes, en proposant  une alternative aux nombreux avantages: nous avons le choix d’utiliser ou non cette application. Comme l’indiquait la RTS au téléjournal du soir de ce 24 avril, si 60% d’entre nous l’utilisent, elle sera efficace. Avoir le choix, c’est être en démocratie.
  • Nous sommes responsables non seulement face aux malades potentiels, mais aussi face aux plus fragiles économiquement dans notre pays: pour tous, il faut adopter dans les mois à venir un mode d’être responsable, car le vaccin est encore loin à l’horizon. « Un pour tous, tous pour un », c’est un choix.
  • Il faut espérer que les politiciens liront les bons articles avant de débattre de la question : la vraie difficulté liée à cette application sera la résistance de Google et d’Apple. Alors que la Neue Zürcher Zeitung tait cette information capitale, Le Temps l’indique clairement : « Même si une date a été fixée, il reste encore énormément de travail à effectuer, notamment avec Apple et Google. Les deux sociétés américaines, qui contrôlent à elles deux environ 99% des systèmes d’exploitation pour smartphones, développent une solution technique commune pour supporter des applications de traçage ».
  • Dès que nous nous déplaçons avec un smart phone, nous livrons sans arrière-pensée nos déplacements à ces sociétés américaines commerciales, entre autres : et nous refuserions d’être solidaires de nos concitoyens ?
  • Last but not least, les données de l’application préparées par l’EPFL et l’EPFZ resteront sur votre portable et ne seront pas reportées sur un serveur externe. C’est donc de l’auto-observation au service de notre protection mutuelle. Un libre choix. Comme celui de vous munir ou non d’un smartphone.

Il n’y a donc aucune hésitation à avoir, pour le 60% d’entre nous au moins, espérons-le.

 

Quand les tombes se vident – Hart Island (NY)

Elle s’appelle Hart Islandau large de New York, mais on la surnomme l’« île des morts », car depuis 1869, on y enterre les corps new-yorkais non réclamés par leur famille, ou dont les funérailles ne peuvent être payées, soit près d’un million de décédés. Une vidéo filmée par drone nous a brusquement mis face à la réalité COVID-19 sur cette île : de nouvelles fosses y sont creusées précipitamment pour accueillir en nombres des personnes mortes de la maladie, comme l’explique le journal de La Côte à 8h55 aujourd’hui.

De semblables pratiques ont déjà eu cours dans l’histoire, ne serait-ce que sur Hart Island elle-même, qui a accueilli des personnes décédées du sida dans les années 80, ou comme l’Île des Morts dans le Finistère, au large de Brest, qui servait de cimetière au lazaret de l’île de Trébéron, dévolue à la mise en quarantaine. Nous espérions ces temps révolus, n’est-ce pas ? Les images toutes récentes de Hart Island sont d’autant plus dures qu’elles rappellent les charniers du siècle écoulé, ceux qui nous hantent, et quand bien même les corps reposent ici dans des cercueils de bois léger individuels, et non pas à même la terre, entassés. Il faut comprendre plus loin, et la suite amplifie le premier effroi.

De fait, un article incisif de Gothamist, journal de la radio publique de New-York, expliquait le 9 avril dernier que « l’augmentation des enterrements a commencé suite au changement sans état d’âme des règlements par le service du Chief Medical Examiner : il suffit de garder les corps seulement 14 jours, au lieu du délai habituel de 30 jours, avant de les enterrer sur Hart Island ». Le délai avait même d’abord été réduit à six jours, avant de revenir à quatorze jours. Une telle décision a-t-elle été prise en consultation avec le projet Hart Island, menée par l’artiste visuelle Melinda Hunt, qui porte depuis plus de vingt ans le souci de redonner des noms à ces tombes et d’en assurer la dignité ? On peut à juste titre se poser la question.

Gustave Doré, « La vision de la vallée des ossements desséchés », 1866; domaine public; auteur: Slick-o-bot; wikicommons

Il faut savoir qu’en avril 2018, l’érosion de Hart Island a provoqué la mise à jour de 174 squelettes, monceaux d’os affleurant au grand jour, prêts à tomber dans la mer, ou déjà emportés par les flots. Les tombes qui se vident, littéralement. Des images dignes d’un tableau de Gustave Doré représentant des « ossements très nombreux sur le sol de la vallée, complètement desséchés » (La Bible, Ezéchiel 37,2). Cet épisode de 2018 a suffisamment choqué l’opinion pour que le Federal Emergency Management Agency de New-York attribue alors 13 millions de dollars au projet pour la réhabilitation de cet espace mortuaire, dès début 2019. Que va-t-il se passer maintenant, alors que la cadence d’enterrements est passée de 25 morts par semaine à 24 morts par jour ?

On n’est jamais préparé aux fosses communes, aux enterrements de masse, aux ossements qui remontent à la surface de nos îles de quarantaine. L’urgence de gérer le cours terme, dans la peur de la contagion, conduit à préparer sur Hart Island des suites difficiles. La perspective officielle est de considérer ces enterrements comme « temporaires, au cas où un membre de la famille ou un proche souhaiterait éventuellement réclamer le corps », comme l’explique l’article du Gothamist. En voyant les empilements de cercueils dans les tranchées, on se demande au monde comment on pourra réclamer son mort… Dans quelques années ou décennies, on risque bien de voir ces tombes se vider de leurs ossements, les rendre à la mer, faute de terre. Le Gothamist conclut laconiquement qu’Hart Island devrait être ouverte au public le 1erjuillet 2021.

Cet épisode du COVID-19 nous met face à l’importance des ossements, alors même que la BBC a annoncé cette nouvelle le jour de la fête chrétienne de Vendredi-Saint, qui commémore la crucifixion de Jésus de Nazareth. Au tournant de notre ère, les corps des crucifiés, mort infamante, étaient privés de tombe, de cérémonie funèbre. Les tombes des crucifiés, par définition, restaient vides. Toutefois, l’archéologie nous a livré un seul reste d’un corps de crucifié, un os du pied transpercé par un clou, trouvé en 1968, dans une tombe juive du premier siècle de notre ère, exhumée au nord-est de Jérusalem. Il s’agit de Jehohanan, fils d’Hagkol, issu d’un milieu plutôt aisé et qui avait entre 24 et 28 ans. La trouvaille a suscité et suscite encore des discussions sur le détail des modalités de crucifixion, comme en témoigne cet article archéologique de Kristina Killgrove. Cet os transpercé d’un clou, seul rescapé de cette pratique antique, confirme qu’en de rares cas, il était malgré tout possible de récupérer le corps d’un crucifié, à l’instar de celui de Jésus de Nazareth (La Bible, Evangile selon Matthieu 27, 57-60).

Ce n’est donc jamais en vain que les ossements du passé reviennent à la surface de notre présent, fût-ce un seul. Les ossements surgis en 2018 sur Hart Island devraient impérativement conduire à un dialogue plus large dans la communauté new-yorkaise sur la prise en charge, en ce moment même, de ceux et celles que leurs proches n’auront pas pu réclamer, faute de temps ou de moyens.

 

La démocratie, bien essentiel

Déjà le Tessin apprend, tout comme l’Italie et la France, à distinguer entre biens de consommation essentiels et non essentiels. Gageons que les Suisses Romands pourraient se mettre prochainement à cet apprentissage. Tout comme l’eau, l’air, le riz et les pâtes, la démocratie appartient de fait et de droit à nos biens les plus essentiels, sans lesquels tout s’arrête, au sens propre du terme.

Le journal radio suisse la 1ère annonçait ce matin qu’à Genève, «le parlement ne siégera plus jusqu’à nouvel avis» (min. 1.12-1.14), sans que cette décision ne soit annoncée comme accompagnée d’une réflexion sur des mesures transitoires à mettre en place. Au contraire, c’est avec fermeté et clarté qu’Isabelle Moret, présidente du Conseil National, expliquait ce matin dans ce même journal radio pourquoi la session parlementaire aura lieu demain : «Le parlement n’est pas une manifestation, nous sommes un lieu de travail. Les parlementaires vont à Berne pour travailler, et nous avons la possibilité, dans ce grand palais fédéral, de respecter les recommandations de l’Office fédéral de la santé»; et la politicienne d’expliquer que le parlement ne serait réuni physiquement dans son entier que pour de brefs moments de vote (min. 1.18-2.22).

Berne, palais fédéral; @ GNU GPL; auteur: Aliman5040; wikicommons

Il est capital que l’entier des partis politiques réalisent le bien-fondé de ce choix de la présidente. Le parlement serait sans doute également bien inspiré de réfléchir, pendant qu’il est encore réuni physiquement, à la mise en place d’une procédure intérimaire de débat et de vote virtuels, au cas où la situation d’urgence COVID-19 se prolongerait. La journaliste a conclu en son sujet en signalant que les votations du 17 mai étaient maintenues, précisant «pour l’instant, en tous cas» (min. 2.23-2.27). Considérer la démocratie comme un bien essentiel devrait impérativement nous conduire à tout mettre en oeuvre afin d’éviter un éventuel blocage de notre fonctionnement démocratique. Il repose en effet sur un rythme régulier et un débat constant.

Beaucoup d’entre nous relisent ces jours La peste d’Albert Camus : comme Soshana Felman l’avait si magistralement souligné en 1992, ce roman utilise la métaphore de la maladie et des attitudes de chacun/e pour illustrer la situation politique de la deuxième guerre mondiale [1]. Notre résistance au COVID-19 ne l’emportera qu’appuyée par un fonctionnement démocratique stable, qui sait s’adapter aux contraintes du présent, quoi qu’il advienne. Les paroles d’Albert Camus, citoyen Nobel, lors de son discours à Uppsala en 1957, résonnent de manière plus percutante que jamais : «Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse».

 

[1] Shoshana Felman, “Camus’ The Plague, or a Monument to Witnessing”, dans Reading the Past: Literature and History, Tamsin Spargo (éd.), Houndmills: Palgrave, 2000, p. 127-146 [réédition d’un texte publié en 1992 dans S. Felman – D. Laub, Testimony. Crises of Witnessing in Literature, Psychoanalysis, and History, New York / Londres: Routledge, 1992, p. 93-119].

De la libre circulation, l’autre

Notre pays connaît un important débat politique, à l’approche des votations du 17 mai, sur la libre circulation des travailleurs européens. On ne saurait par trop souligner que monde des employeurs et monde des employés sont unis dans la discussion, et soutiennent avec vigueur cette libre circulation des travailleurs dont nous bénéficions tous économiquement. C’est toutefois de l’autre circulation libre, ou libérée, dont cet article de blog veut parler.

Un reportage du téléjournal de la RTS, mardi soir 25 février, faisait état de ce dont plusieurs d’entre nous ont sans doute déjà pris conscience : les CFF possèdent, via leur application et l’usage des QR-codes sur les abonnements, une immense banque de données sur nos déplacements. Le reportage s’intitulait : «Que connaissent les CFF de votre vie? En utilisant l’application, une immense banque de données est à disposition de l’entreprise» ; à l’heure où j’écris ces lignes, la vidéo ne semble pas accessible.

Source: http://bahnbilder.ch/picture/4148; auteurs: Kabelleger / David Gubler; CC BY-SA 3.0; https://commons.wikimedia.org/wiki/File:SBB_Re_450_097_ZKB_Nachtnetz.jpg

Le reportage était courageux, mettant à la disposition de la réflexion du plus grand nombre de froides observations déjà faites par certains. On se demande, en l’état, que devient la « puissance du sujet », évoquée dans un billet de blog précédant, face à cette gestion algorithmique implacable.

Le reportage omettait toutefois un paramètre important : la liberté de mouvement demeure possible pour ceux qui ont une marge financière. Il suffit, tant que cela est encore possible, d’acheter un bon vieux billet CFF papier plein tarif, et le trajet ne sera répertorié nulle part. La libre circulation de nos personnes privées devient chaque jour davantage un luxe, monnayable. On ne peut dès lors que se réjouir de l’initiative du Luxembourg qui, dès ce premier mars, libère la circulation des personnes privées en rendant gratuit ses transports publics, et promeut, du même coup, la protection de l’environnement.

On observera aussi, avec humour noir, que le système de reconnaissance faciale qui quadrille la Chine est mis à mal par les simples masques papier en usage pour cause de coronavirus. Comme le souligne un article de la Tribune de Genève du 18 février dernier, « en quelques années, Pékin a mis en place l’un des réseaux de surveillance de masse les plus avancés au monde. Même les toilettes publiques de la capitale en sont équipées, pour lutter contre l’abus de papier WC, disent-ils. Pas plus de trois coupons par personne toutes les neuf minutes, c’est la règle, impossible d’y déroger ». Dès lors, « l’arrivée du masque ‘anti-Covid-19’, dont l’efficacité est toujours discutée, a donc révélé une faille de taille dans le Big Brother chinois. En temps normal, cette technologie de reconnaissance faciale peut identifier un citoyen en quelques secondes avec une précision de plus de 99,9%, explique le South China Morning Post. Selon les experts, le simple port d’un masque sanitaire peut réduire cette précision à 30%, ajoute le quotidien anglophone publié à Hongkong ».

Si le rire est bon pour la santé, on dira qu’en ce dimanche des malades, le coronavirus nous arrache un faible sourire à l’idée du masque papier qui contrecarre la surveillance presque millimétrée des citoyens chinois. Reste à décider ce que nous souhaitons ici pour la liberté de circulation de nos personnes privées dans les transports publics, et pour un choix clair en faveur de la protection du climat : amis luxembourgeois, chapeau bas !

« Et avec votre café, vous écouterez bien un peu de NZZ ou plutôt un roman ?»

Scène du futur déjà presque là : pour accompagner son café commandé au bistrot, le consommateur pourrait choisir d’écouter quelques articles de la Neue Zürcher Zeitung, ou un ouvrage de la collection Gallimard « Ecoutez lire ». Il se saisit de ses écouteurs – chacun transporte sa paire désormais, les jetables ont heureusement disparu – et les branche à l’écran incrusté dans la table, choisissant l’écriture qu’il souhaite écouter. Le client met en route un texte lu – roman ou journal du jour – et en profite pour feuilleter en même temps un magazine illustré qui se trouve encore par là.

La scène n’est guère de science-fiction, juste un peu particulière encore, puisque la Neue Zürcher Zeitung a informé ses lecteurs que les articles pouvaient désormais être lus, une nouveauté annoncée dès avril dernier. L’écoute est gratuite, il est simplement demandé de s’enregistrer avec un email. On sera curieux de savoir dans quelle mesure les articles souvent denses et exhaustifs de la NZZ sauront se prêter à l’écoute dans le train, au jogging ou ailleurs. De même, on observera avec intérêt l’essor de la nouvelle collection de Gallimard « Ecoutez lire », avec déjà plus de 160 titres adultes et jeunesse : « Ces livres audio, interprétés par des comédiens de renom, sont enrichis par un environnement sonore d’une grande qualité qui donne une nouvelle vie à l’œuvre. À la maison, en voiture ou dans les transports, des romans à écouter comme de la musique », annonce le site de la collection.

Les extraits qu’on peut déjà y entendre sont très engageants, et de telles publications pourraient bien promouvoir le livre audio francophone, un média plébiscité par le public anglo-saxon, selon le rapport annuel 2018 des éditeurs d’audio APA. Alors qu’en 2018, 44% des Américains de plus de 12 ans avaient écouté un livre audio, au mois de juillet 2019, ils étaient déjà 50% à l’avoir fait. On discute désormais de l’équivalent d’un format EPUB pour les livres audio, au vu du succès de cette « nouvelle dimension du plaisir de lire », comme l’écrivait le Syndicat national français de l’édition en 2017. Mais peut-on encore parler de lecture quand les lettres des mots ne passent plus sous les yeux ?

Dans les rapides évolutions numériques de notre rapport à l’écriture, il y a certainement un décrochement, un espacement qui se crée, quand nous perdons le rapport entre les lettres et les mots. A l’image de l’instant où les deux essieux d’une roue se séparent pour permettre le changement de vitesse. On peut bien sûr garder les lettres des mots en dédoublant les supports médiatiques : si la collection de Gallimard s’intitule « Ecoutez lire », c’est qu’elle propose ses ouvrages à double, audio et papier, l’audio étant systématiquement moins cher que le papier, du reste. On a ici les mots écrits et les mots lus, mais dissociés : ce sont les uns ou les autres. Comment ne pas perdre le lien millénaire entre mots et lettres, si constitutif de notre littératie, et accueillir en même temps le bouleversant retour de la voix au service de l’écriture ?

On pourrait par exemple imaginer, sous forme de boutade, une collection à la tonalité plus romande, « Ecoute voir » ! On y lirait, entendrait et verrait. La vidéo de présentation de la nouvelle collection « Hors d’œuvre » des Editions du Plaisir de lire en donne un avant-goût.

On rêve, forcément, d’ouvrages dans cette veine, les versions pdf ne semblant que de modestes incunables en comparaison. L’avantage d’une collection « Ecoute voir », serait de pouvoir garder la présence des lettres, des mots écrits, en plus de la musique des mots lus. Dans ce sens, plusieurs auteurs testent, essaient, produisent de nouveaux formats. On pensera notamment à l’écrivain François Bon, qui depuis plusieurs années produit de la littérature multimodale – texte, image et sons – sur YouTube. Il nous manque encore le mot adéquat pour qualifier des écritures accompagnées de sons et d’images, pour aller du livre audio à l’écriture à « voirentendre ». Lorsque nous aurons le nom, c’est que nous aurons su accueillir l’objet et son genre littéraire.

La saga du téléphone : de la cabine perdue à la reconnaissance faciale

Vous souvenez-vous de la dernière fois où vous avez utilisé une cabine téléphonique ? Non ? Et bien de toutes façons, vous n’y téléphonerez plus, du moins sous les cieux helvétiques, car on y a démonté la dernière ce 29 novembre. Le geste pourrait paraître anodin, voir même sympathique, puisque d’aimables cabines à livres ont souvent tendance à se substituer aux cabines téléphoniques.

CC BY-SA 4.0; auteur: Sebleouf; wikicommons

Mais il vaut la peine de s’arrêter à cette nouvelle qui ne manque pas de se colorer d’une autre teinte, lorsqu’on la contraste avec ce qui se passe en Chine ce 1er décembre. En effet, depuis ce jour, il n’est plus possible de se procurer une carte SIM dans ce pays sans passer par une reconnaissance faciale, indique un article du Siècle digital. Une obligation doublée de l’interdiction de revendre une carte SIM : un numéro, un visage, un nom. Utilisées déjà depuis des années, notamment dans les transports publics, «200 millions de caméras de surveillance recouvrent le territoire chinois, elles devraient être 450 millions d’ici à 2020», nous dit-on.

On voudrait pouvoir considérer que ce type de mise en place se joue seulement dans les lointaines contrées d’un pays qui nous persistons à considérer comme l’altérité, mais de fait la France fait mouche en testant depuis juin «l’application pour smartphone ‘Alicem’ [qui] doit permettre de prouver son identité en ligne de manière sécurisée pour accéder ensuite aux services administratifs».  Le ministère de l’intérieur annonçait le 31 octobre qu’elle pourrait «être proposée au grand public d’ici la fin de l’année 2019». Mais la messe des visages pixellisés n’est pas encore définitivement dite, car la CNIL, Commission nationale de l’informatique et des libertés en France, a émis plus d’une réserve dans sa délibération du 18 octobre dernier.

Il serait en effet souhaitable que nos gouvernements et responsables à tous niveaux y réfléchissent à deux fois, ou même trois, car le fantôme du délit de faciès n’est pas loin : en 2018, l’ACLU, l’association américaine pour la défense de la technologie et des libertés civiles, a défrayé la chronique en testant sur les membres du Congrès l’outil de reconnaissance faciale d’Amazon, utilisé par plusieurs services de police aux Etats-Unis. Vingt-huit membres du Congrès avaient été reconnus comme des criminels par l’engin, qui faisait preuve en prime d’un fort biais raciste.

En d’autres termes, que la reconnaissance faciale fonctionne trop bien et devienne synonyme de cadrage absolu de nos existences physico-numériques, ou qu’elle dysfonctionne et nous assimile à un autre, la question demande la plus grande circonspection. A moins que, comme pour tant d’innovations numériques, nous ne soyons déjà trop engagés pour avoir encore la possibilité d’un moratoire sensé. En prenant un avion des Etats-Unis en Europe récemment, j’ai embarqué en montrant simplement mon visage, ni passeport, ni carte d’embarquement. L’engin a énoncé ainsi mon identité : 24B. J’étais devenue un numéro de place d’avion pour la machine qui m’a autorisée à rentrer dans la mère patrie.

Avec un frisson, j’ai alors repensé à divers moments dramatiques de l’histoire où on a donné un numéro aux individus, ou à cette numérotation standardisée que découvrent les jeunes gens de notre pays aux jours du recrutement. Saurons-nous déployer des trésors d’inventivité et de résistance pour que notre nom, et ce qu’il signifie de particularité, demeure sous les numéros qui nous nomment ? Comment faire pour que demeure l’humain et son droit à l’intimité dans notre univers définitivement pixellisé ? La réponse se trouve peut-être dans un ouvrage non connecté, qui attend son heure dans une cabine téléphonique reconvertie.

 

En finir avec la «faute d’Eve» : 2019, année des femmes en Suisse

A l’heure où tant de populations sont opprimées et privées de leurs droits démocratiques, c’est avec une certaine gravité, mais avec d’autant plus de reconnaissance, que je célèbre l’année politique incroyable que vivent les femmes en Suisse.

En mars, les vaudois se dotaient d’un Conseil d’Etat porté par cinq femmes sur sept membres, un événement que j’avais commenté dans un blog précédant. Le 14 juin, ce furent ces heures historiques d’une foule immense envahissant les rues de Lausanne et des autres villes de Suisse, sous le soleil d’une journée sans précédent, en soutien aux femmes par-delà les appartenances politiques. Et le 20 octobre, non sans voir glané le début d’un congé paternité, nous avons propulsé notre pays au 15ème rang mondial des parlements féminisés, en passant de 32% à 42% de femmes élues au Conseil National. Qu’il est étonnant d’avoir ainsi grimpé dans un palmarès où les trois premières places sont occupées par le Rwanda, Cuba et la Bolivie! Et le phénomène a touché tous les partis, à l’image de cette cohésion nationale qui a déferlé en juin dans les rues.

On pourrait dire que la Suisse, à son heure, à son rythme, vient de tourner la page sur le mythe de la «faute d’Eve», cette femme que l’histoire des symboles a intronisé comme la représentation même du penchant féminin à amener une dégradation de la situation (voir dans la Bible le livre de la Genèse, chapitre 3). Mais si, politiquement, il y aura pour les femmes en Suisse un avant et un après 2019, la mémoire historique devra par contre tourner encore d’innombrables fois les pages de la «faute d’Eve», et dégager les femmes du passé des chaînes qui les ont retenues dans les limbes de notre mémoire collective. A pied d’œuvre, je fais mémoire ici d’une femme scribe au 4e siècle de notre ère, Thècle, morte martyre en Egypte. Sa mémoire est rattachée à la copie d’un des plus anciens codex complets de la Bible, le Codex Alexandrinus, fin du 4e siècle – début du 5e siècle de notre ère.

Folio 41v du Codex Alexandrinus, 4-5e siècles; domaine public; auteur: Tomisti; wikicommons

Kim Haines-Eitzen a rendu compte dans son ouvrage Guardians of the Letters des informations diverses qui lient la mémoire de Thècle à la copie de ce codex, notamment une note en arabe des 13-14e siècles [1]. Si comme tout fait historique antique, la copie de ce codex par Thècle est objet de discussion et ne peut être confirmé, ce qui est de notre devoir aujourd’hui est de dénoncer la manière dont la mémoire historique des femmes peut avoir été entachée de la «faute d’Eve», et Thècle n’en a pas été épargnée. En effet, Johann Jakob Wettstein, par ailleurs éminent théologien bâlois, estima en 1730 dans ses Prolégomènes au Nouveau Testament, que le codex Alexandrinus devait en effet avoir été copié par une femme, car «plein d’erreurs» [2]. Le dire eut son effet, puisque Kim Haines-Eitzen rappelle qu’à la fin du 19e siècle, des moines du monastère Sainte-Catherine examinèrent folio après folio un psautier attribué également au stylet de scribe de Thècle et le proclamèrent victorieusement «complètement libre d’erreurs» [3]. Mieux vaut sourire sans doute de ces perceptions d’autrefois, mais elles auront ralenti jusqu’à aujourd’hui l’émergence d’une société paritaire.

Le première chose que l’avènement des femmes dans la res publica, le fait public et politique, leur apporte, c’est tout simplement leur dignité. Dégagée de la «faute d’Eve».

 

[1] Kim Haines-Eitzen, Guardians of Letters. Literacy, Power, and the Transmitters of Early Christian Literature, Oxford et alii: Oxford University Press, 2000, p. 50-52.

[2] Haines-Eitzen, Guardians of Letters, p. 51. Haines-Eitzen cite Wettstein selon cette source : C. L. Hulbert-Powell, John James Wettstein 1693-1754, London : SPCL, 1938, p. 101.

[3] Haines-Eitzen, Guardians of Letters, p. 51.