Accords et désaccords…

Faire avec ce que l’on est, faire avec ce que l’on a… C’est souvent au moment d’une crise que nous rencontrons nos patients venus consulter, car seuls ils n’y arrivaient plus.

Les crises, on pourrait presque les appeler séparations, séparation avec un être cher, deuil, drame, séparation aussi avec certaines parties de soi, avec un idéal de soi qui a fait rencontre violente avec la réalité : ne pas être promu à un poste attendu, ne pas être celui qui est choisi par quelqu’un de significatif…

On pourrait dire que la crise est l’opportunité d’un changement, encore faut-il que cette crise ne devienne pas chronique et ne nous amène pas à être en désaccord avec nous-mêmes, à désinvestir des aspects de nous qui sont faits de richesses et de douleurs. Oser se découvrir, c’est découvrir des parties de soi qui sont peut-être effrayantes, des limites dans nos tolérances, des faces silencieuses, cachées, l’avancée en âge… Elles englobent aussi des parties de l’autre, de ces autres qui nous ont constitué, avec lesquels nous avons partagé notre temps, comme nos père, mère ou guide présents dans nos coeurs et esprits.

Se découvrir maintenant implique de considérer les notes qui constituent les accords de notre musique, de voir leur valeur, leur hauteur, leur tonalité et de se donner l’opportunité de faire varier la mélodie. Si l’adolescence est un bon exemple de cette réorganisation de la partition, cette ouverture peut se jouer à tout moment dans la vie. Mais on le sait, pour qu’il y ait des ouvertures possibles, il faut qu’il y ait des rencontres, des échanges. La psychothérapie fait le pari de la relation, de la rencontre pour permettre le changement. L’être humain ne vit pas seul, il participe à son groupe et dans son esprit existe aussi tout un groupe, référence pour lui, voix variées du passé, du présent, du désir, sonorités multiples dont l’harmonie varie sans cesse.

Reconnaître dans ces héritages polyphoniques le socle de notre personnalité, pouvoir considérer les notes reçues, acquises et celles espérées, garder présent à l’esprit, la possibilité de jouer avec les événements de la vie, avec notre attitude envers ceux-ci fait de notre chemin une découverte perpétuelle…

5 réponses à “Accords et désaccords…

  1. Dans l’écoute de ces sons et la recherche d’un accord, n’y a-t-il pas des instruments oubliés qui nous emportaient dans de forts rêves d’enfance et d’adolescence ? J’aurais voulu pouvoir garder tous ces instruments, et au lieu de cela je découvre, déjà vieux, le petit violon encore neuf au fond d’une profonde armoire, ne sachant qu’en faire parce que si je voulais l’entendre de nouveau cela me tuerait. Mais parfois la nuit il sort tout seul de l’armoire, arrive dans ma chambre pendant que je dors, et joue un air en parfait accord avec une vie qui s’arrêtera net au moment où je me réveille. Mais pourquoi n’ai-je pas gardé ce violon dans la vie avec moi !.. Parce qu’il fallait vivre, et j’ai eu raison, aujourd’hui je ne suis pas mort.

    Je découvre parfois des textes dans ce journal que j’ose à peine lire, ils tombent sous mes yeux quand je vais cliquer sur les pages de Dunia Miralles, où Emily Dickinson a chuchoté un jour : « Si tu ne parles à personne, tu accumules des pensées qui seront d’or et de lumière ». J’ai pensé à Emily Dickinson entourée d’une forte lumière dans son cercueil sous la terre ! Mais je me trompe certainement puisque cette lumière éclaire ceux qui lisent ses poèmes cent trente ans après. Et je ne vais pas en mourir comme si c’était la lumière verte du Radium qui éclaire le visage de Marie Curie sur les fragiles et sombres photos de 1910. Je ne mourrais peut-être pas non plus si je retournais à la bibliothèque pour sortir au hasard un livre des rayons. Je n’ai plus lu de romans ou de nouvelles depuis trente-cinq ans, pour protéger les sonorités multiples en fragile équilibre des vagues imprévisibles de bonheur ou de malheur. Mais parfois je me fais avoir, parce que les histoires heureuses ou malheureuses existent dehors avant d’entrer dans les livres. Quand je vais à Ouchy le soir pour aller boire un café bien tranquille, avec la ferme intention de ne penser à rien, simplement respirer pendant que coule l’heure qui remplit déjà l’espace de mon sommeil sans dimension. Puis je vois arriver à ma table une personne jeune qui me demande une cigarette, puis s’assied, et me raconte sa vie faite de bonheurs, de malheurs, et d’incertitudes au présent qui se transforment en chagrin. Le plus souvent ce sont des jeunes filles. Et quand je les quitte un peu consolées, je pense chaque fois : « Mais pourquoi viennent-elles à cette table où il ne se passe rien ? Dans ces moments où je décide de laisser au repos tous les instruments de musique avant de m’en aller dormir ? » L’une d’elles m’avait répondu : « C’est parce que vous me regardiez sans vraiment me regarder, comme si vous me parliez. Et moi ce soir j’avais vraiment besoin de ne pas être seule… »

    Donc ces instruments de la polyphonie ne s’arrêtent peut-être jamais… Jour et nuit, les miens, ceux des autres, et ceux d’Emily Dickinson dans sa tombe transformée en livre.

    1. Tous ces mots qui touchent, dits avec le coeur et habillés d’images, de rencontres, de poèmes ne confirment-ils pas que le petit violon existe bien, qu’il accompagne les rêves et reste précieux…

      1. Oui, peut-être bien que je ne l’ai pas lâché puisque depuis trois ans, exactement après l’âge de la retraite, j’arrive tout d’un coup à dire ce que j’entends. Ce violon que je ne retrouvais plus, quand ma mère m’avait dit : « Je l’ai redonné au magasin, puisque tu ne savais pas jouer… »

        Merci de m’avoir répondu après 14 jours. Je vois une grande vallée où tout est trop loin, et tout d’un coup un oiseau file au-dessus de ma tête : « Oh mais que fait-il là ? A-t-il quitté la forêt ou va-t-il la rejoindre ?.. S’est-il perdu ou est-ce que c’est moi ?.. » J’ai envie de rire en pensant : « Mais… Pourquoi est-ce que 14 jours ce serait trop long ?.. » Dans un grand paysage le temps peut vivre longtemps ! Dans la petite maison rien ne s’oublie ! Il n’y a que mon horloge qui compte, qui compte, qui compte, sans jamais arriver au total… 

        Merci pour vos blogs, j’aime cette rubrique des psys… Et maintenant je vais écouter un violon si pur, si vrai, si profond… Ce n’est pas heureux, c’est malsain, m’a-t-on dit. Cela existe si fort, ai-je répondu. C’était pour vivre je m’en souviens, le bonheur n’était pas loin, je l’avais moi aussi entre les mains, au bout des doigts. Ce n’est pas triste j’en suis certain. Regardez comme l’envie de vivre la porte si loin, elle ne s’arrêtera pas. Si je l’avais emmenée par la main quand j’étais adolescent, jamais je n’aurais été capable d’avoir une fois 67 ans.

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