Ce que Simon Sinek a oublié avec sa théorie du WHY

Ce que Simon Sinek pourrait ajouter à sa théorie du WHY

En septembre 2009, Simon Sinek révolutionnait le monde de l’entreprise avec sa conférence TEDx intitulée “Comment les grands leaders inspirent l’action”, qui comptabilise à ce jour plus de 45 millions de vues.

Durant 17 minutes 50, ce spécialiste du management et de la motivation explique, dans les très grandes lignes, que si un chef d’entreprise veut être inspirant et inciter ses collaborateurs et les consommateurs à le suivre dans son aventure, il doit avant tout mettre en avant son WHY (pourquoi il fait ce qu’il fait, ce qui le motive) plutôt que le WHAT (ce que l’entreprise fait) ou le HOW (comment l’entreprise fait ce qu’elle fait).

Il appelle cela le Golden Circle.

 

Selon Simon Sinek, si un chef d’entreprise veut être inspirant, il doit avant tout parler de son WHY. C’est le Golden Circle.

 

On ne compte plus le nombre de personnes qui ont travaillé leur WHY depuis la parution de cette vidéo.

Si cette étape est essentielle, elle ne me semble à mon avis plus suffisante aujourd’hui, dans un monde où une prise de conscience spirituelle et culturelle est nécessaire si on veut adresser les grands enjeux qui nous attendent et aborder cette fameuse transition écologique et sociale.

 

Il y a quelques mois, j’ai assisté à un spectacle donné par le Ballet Béjart. Quelques semaines plus tard, je me suis souvenue de cette citation de Sénèque que j’apprécie beaucoup:

 

La vie ce n’est pas d’attendre que l’orage passe mais c’est d’apprendre à danser sous la pluie.

 

Tout un art.

Au niveau individuel, celui de prendre soin de sa musculation pour s’offrir la grâce par tous les temps. Sans la musculation, il ne peut y avoir de grâce. Sans le travail sur soi, sa conscience et son esprit, il ne peut y avoir de valeurs sincères. Sans un flux financier stable, il ne peut y avoir de quête au service de soi et des autres. Là est pour moi l’essence même de l’être: prendre conscience de son corps et de son esprit, de sa force et de ses besoins, pour pouvoir ensuite le guider dans le mouvement, la beauté du geste, le don du partage.

Quant au ballet, admirer la puissance du mouvement collectif, un ensemble de grâces individuelles pour créer 1 seul mouvement. Là est bien à mes yeux l’énorme enjeu de notre société.

Simon Sinek adresse le côté musculation – le golden circle, le coeur de la stratégie rationnelle d’une entreprise –  j’aimerais alors y ajouter cette dose essentielle de grâce, un cercle du lien, la source d’une intelligence émotionnelle.

Pour cela, il me paraît essentiel, au sein de chaque entreprise, de retrouver un sens profond à nos activités dans le cadre des enjeux sociétaux d’aujourd’hui. Cela demande beaucoup de courage et énormément de bienveillance, mais on peut y arriver en passant par ces 3 étapes:

 

1. Moi

Commençons par penser à notre mission individuelle de vie. Au sein d’Opaline, chacun a travaillé sa mission de vie personnelle en utilisant un outil qui permet de la définir en 30 mots. Ensuite, chacun a également rempli un questionnaire en ligne qui permet de déterminer ses talents afin de s’assurer qu’il a, à sa portée, les talents dont il a besoin pour accomplir sa mission de vie. Ce simple exercice permet de prendre conscience de son sens personnel de l’engagement et de trouver sa place au sein d’une entreprise.

Chacune des missions de vie peut être ensuite partagée en équipe. Cela permet à chacun de mieux connaître et comprendre les personnes avec qui il est amené à collaborer au quotidien. Un moment de partage en dehors du quotidien, des objectifs et enjeux commerciaux.

2. Moi et les autres

A ce niveau, il s’agit d’aborder la question du lien aux autres. Une fois que j’ai pris conscience de ma mission de vie et de mes talents, je dois pouvoir la partager avec les autres et être entendu de manière à ce qu’elle puisse être aussi mise au service de l’entreprise.

A l’interne, ce point relève de questions de gouvernance. Comment chacun va s’intégrer dans l’écosystème qu’est l’entreprise. Beaucoup font référence “aux entreprises libérées”. A mon sens, il serait plus juste de parler d'”entreprises libérantes” du potentiel de chaque membre de l’équipe. Et ce potentiel ne peut être libéré sans que chacun n’ait pu travailler sur son “moi”. Dès lors, des systèmes de gouvernance plus transparents, autonomes, flexibles peuvent être mis en place de manière particulièrement efficace et performante. Il en ressort une motivation saine, liée à la culture plus que l’objectif financier.

A l’externe, cela permet une véritable transformation au niveau du “marketing”. Il s’agira ici bien plus d’un partage et d’une écoute de sa communauté, que d’une “simple” communication à sens unique. Chaque membre de l’équipe ne va plus faire la communication du produit qu’il vend ou qu’il produit mais partagera les valeurs qu’il défend et incitera naturellement chaque membre de cette communauté à vivre ses propres valeurs au sein d’un collectif.

3. Nous et…

La planète, la terre, l’univers. Chacun est libre d’utiliser le terme qu’il souhaite. Une fois que le collectif est engagé sur des valeurs partagées, alors ce “nous” peut commencer à imaginer l’impact positif social et écologique qu’il peut avoir ensemble. Aujourd’hui, une chose est bien claire. C’est ensemble qu’il nous appartient d’adresser les enjeux sociétaux. Il s’agit donc, à ce niveau, de défendre une vision collective au sens large, concrétisée par des actes concrets. Il s’agit d’inscrire une entreprise dans une notion de sens commun, au-delà de sa marque. Il s’agit de tisser des liens pour cultiver la collaboration, et s’inscrire dans une participation active, solidaire et engagée, au nom de la Vie.

 

Pour conclure, j’aime particulièrement ce texte de cet avocat spécialiste de l’environnement. Il dit qu’il a longtemps cru au pouvoir de la science pour adresser les enjeux de ce monde mais qu’il a compris aujourd’hui qu’une transformation spirituelle et culturelle était nécessaire. En travaillant sur ces 3 niveaux (en complément bien sûr à une stratégie commerciale forte et claire), la vision d’une entreprise n’est plus dans les mains d’une seule personne mais entre les mains de chacun. L’entreprise peut engager un collectif et sa stratégie commerciale peut alors être mise au service de ce collectif. C’est ainsi que nous pouvons nous éloigner d’une économie basée sur la performance individuelle et la compétition aux coûts de “burn-out” et d’épuisement de nos ressources naturelles.

 

Une révolution spirituelle et culturelle est nécessaire, selon Gus Speth

 

 

 

 

La crise écologique: mettons-nous en marche!

Ce texte s’inspire de mon discours lors du Forum des 100, qui a eu lieu à Lausanne le 9 mai dernier.

Nous vivons un profond paradoxe.

D’une part, une multitude d’alertes sonnent partout depuis des décennies. On déplore l’exploitation de toutes les ressources, humaines et naturelles, misent au service d’une profitabilité économique hors-sol, sans lien avec la terre, les espèces vivantes et les ressources. La répartition des richesses est plus inégale chaque jour, au coût de la vie humaine et d’écologie.

Et de l’autre, nous avons autour de nous des connaissances et des compétences extraordinaires, des intelligences entraînées à résoudre les plus complexes des problèmes et à mener une multitude d’initiatives dont certaines sont déjà en marche.

Et pourtant… La problématique demeure et se dégrade à une vitesse terrifiante. L’urgence climatique et écologique est là.

Comment inciter une action qui soit à la hauteur de ces enjeux?

Partager un modèle éco-responsable, aujourd’hui viable et inclusif

Depuis 10 ans, j’accompagne l’entreprise Opaline. Opaline propose des jus et limonades naturelles, issus de fruits locaux. Son modèle a été, dès le début, centré sur une économie régénératrice: plus digne de l’Humain et de son lien à la Nature. Une économie non faite de concurrence et de prise de pouvoir, mais de collaboration, de compréhension, de partage.

Des mots que nous aimons tous entendre mais qui peuvent éveiller en chacun d’entre nous une bonne dose de scepticisme. Je le comprends. Parce que cela demande un engagement qu’on pourrait qualifier d’héroïque tant il est à contre-courant.

Une boisson qui se veut tisseuse de liens humains et respectueuse de l’environnement se doit d’être locale. Élaborée à base de fruits et légumes locaux. Produite en Suisse pour une distribution suisse. Elle arrive donc sur le marché à un prix plus élevé et un potentiel de croissance limité. Alors que l’économie d’aujourd’hui repose sur une guerre des prix, et une ambition d’économie d’échelle. Elle ne permet pas la collaboration et ne reflète pas l’impact écologique.

Qui dit dignité, dit répartition de marge équitable entre tous les acteurs du système. Or, ce que j’entends encore trop souvent, c’est l’optimisation de marges. Une décision stratégique d’un conseil d’administration qui au final est financée par le producteur.

Au sein d’Opaline, nous pratiquons, entre autres, le salaire linéaire dans le sens d’un revenu conditionnel de base lié à un engagement social et écologique. Cela nous demande de repenser notre lien à l’argent et d’avoir des discussions difficiles pour aligner nos ambitions personnelles aux enjeux du collectif.

Agir pour la transition écologique repose sur un engagement collectif. Agir nous demande d’aller à la rencontre et à l’écoute de la communauté. Tous les jours. Financièrement, c’est n’est pas optimal. Mais collaborer au service de la Nature n’est pas une opération financière. Elle est humaine. Comment intégrer cette notion dans un budget marketing ?

Avec ces quelques exemples concrets, parmi tant d’autres, une question se pose.

Combien d’entre vous aurait financé cette vision si je vous l’avais présentée il y a 10 ans ?

Je vous la pose parce qu’elle est essentielle à la transition écologique. Êtes-vous prêt à prendre ce risque ? Êtes-vous prêt à nager à contre-courant jusqu’à ce que le courant tourne sans vraiment savoir si il va tourner ? Ou si vous allez être un jour rentable ?

Il y a 10 ans peut-être pas. Mais aujourd’hui ?

Aujourd’hui, Opaline est soutenue par une équipe de 12 personnes et plus de 2’000 boulangers, cafetiers, restaurateurs et hôteliers. Grâce à eux, et nos agriculteurs partenaires, nous avons atteint l’année passée le seuil du million de bouteilles vendues et l’équilibre financier.

Depuis 2018, par le biais de notre Fondation, un premier verger participatif a pu voir le jour. Permettre, par un parrainage, aux agriculteurs de produire des fruits en percevant une rémunération juste et pérenne dans un esprit de préservation de la terre et de la biodiversité. Cette initiative se veut elle aussi d’être locale pour renforcer le lien fondamental qui unit notre communauté à la terre. Nous proposons donc également aux écoles, aux parrains, aux entreprises et à notre communauté, de participer à des ateliers. De la taille à la récolte, des abeilles aux oiseaux, chacun peut y retisser son lien. A ce jour, 900 arbres ont été plantés, 2 pierriers à hermines et plus de 15 nichoirs ont été installés. Depuis le premier janvier de cette année, 5ct par jus et limonade Opaline achetés sont reversés à la Fondation. Une demande d’étude d’impact social et environnemental a également été soumise à l’Office Fédéral de l’Agriculture, pour accompagner la politique dans la transition.

Alors, oui, Opaline est un exemple concret d’une viabilité économique mise en service de la transition écologique. Et elle permet dès aujourd’hui à tout un chacun de rejoindre ce mouvement: proposer de l’Opaline dans son entreprise, boire de l’Opaline, ou soutenir sa Fondation, c’est contribuer au cercle vertueux de la régénération.

Partager sa vision au sens large

Mais aujourd’hui, au-delà d’une marque, nous avons aussi besoin d’aller plus loin.

Aujourd’hui, nous avons besoin de répliquer ces modèles. C’est pourquoi Opaline s’engage à collaborer avec le monde académique pour une modélisation de son expérience et de ses pratiques. La modélisation permettra de mieux accompagner les acteurs de la transition et d’informer les acteurs de la politique économique en matière de durabilité.

Nous avons aussi besoin de plus d’héroïsme, non pas pour survivre dans un système économique dépassé, mais pour changer le courant. Nous devons nous démettre. Pas nécessairement de notre poste, mais des pratiques et œillères acquises. Changer notre regard, casser les codes obsolètes et mettre nos compétences et nos moyens au service du collectif.

Nous avons besoin de résister à une économie de la performance individuelle qui est somme toute un énorme territoire de guerre. Guerre des prix, optimisation des marges, cible de marché, loi du plus fort, exploitation des ressources. Ces pratiques nous déconnectent de qui nous sommes, du lien d’appartenance à une communauté et à la Terre avec lequel nous sommes nés mais que nous avons perdu.

En temps de guerre, les émotions dominantes sont la peur, la haine et la cruauté. Si nous restons dans cette énergie, en quête de performance individuelle et dominante, nous ne pourrons pas adresser la transition écologique. Nous resterons témoins, ou acteurs, de grands abus de droits humains justifié par une profitabilité financière à outrance. Et si nous ne pouvons pas respecter la dignité humaine, comment voulons-nous respecter celle du Vivant, de la Terre ?

C’est impossible.

Il nous appartient d’aller au-delà du développement durable, de nous engager pour un développement pacifiste, pour la paix. L’urgence climatique et écologique nous demande un cessez-le-feu collectif, afin de laisser une chance à la solidarité et la collaboration de triompher sur la domination et l’exploitation. Il est temps non pas d’être les meilleurs, ni les plus forts, mais d’être tout simplement, tous ensemble, au service de la transition.

Les intermédiaires, le nerf de la guerre...

Les intermédiaires, le nerf de ma “guerre”

Je crois que l’économie peut être un acteur clé de la transition écologique. C’est d’ailleurs pour cela que je m’engage au quotidien. Mais pas n’importe quelle économie. L’économie qui contribue positivement à la transition repose sur l’inclusion, le pouvoir du collectif et une bonne dose de solidarité pour que nous puissions mettre nos compétences au service des enjeux sociaux et environnementaux.

Il nous faut porter des valeurs fortes, savoir les partager positivement, et surtout pouvoir reposer sur des partenaires qui les vivent à leur tour. C’est une condition fondamentale.

Hors, dans l’économie actuelle, il y a toujours un moment où on se trouve confronté à un élément de la chaîne qui ne fonctionne pas sur les mêmes principes et qui semble tout à fait à l’aise avec le système économique actuel.

En ce qui nous concerne, nous sommes plutôt contents de ce que nous produisons et de la manière dont nous le produisons. Nous sommes aussi ravis de la communauté de cafetiers, hôteliers, épiciers, boulangers qui vendent nos produits et permettent donc à un nombre toujours plus nombreux de consommateurs d’avoir accès à nos produits et de contribuer ainsi à une économie “de conscience”.

Le gros hic, c’est entre les deux: entre nous et les revendeurs.

Les fameux intermédiaires!

Dans un monde idéal, on adorerait que nos produits soient acheminés par des partenaires qui partagent les mêmes valeurs que nous dans des points de vente qui partagent les mêmes valeurs que nous afin d’atteindre des consommateurs qui partagent les mêmes valeurs que nous.

Sauf qu’on n’y est pas encore.

L’idée de “centraliser les achats”, à la base, est bonne: optimiser les transports (ce qui minimise l’impact environnemental); proposer un service et une facture groupée pour les points de vente afin qu’ils puissent commander nos jus et limonades tout comme une quantité d’autres produits en même temps.

Mais alors où est le problème?

Le problème est que certaines de ces centrales fonctionnent aux fichiers excel et à la marge, avec peu d’ouverture pour le partage de valeurs. Et ce sont souvent celles qui permettent de couvrir la plus grand zone géographique, soit de partager nos valeurs avec le plus grand nombre.

La marge s’applique sous forme de rétrocession sur le prix de nos produits et sert avant tout à financer leurs services logistiques. Et cela est bien normal. Le problème est le “vouloir gagner plus” au détriment du collectif.

Pour générer plus de bénéfices, elles nous obligent régulièrement à financer – en plus de la marge déjà allouée – des “services” supplémentaires, comme des campagnes promotionnelles ou de la visibilité (qu’elles maitrisent) sur leurs supports de communication. Hors, depuis des années, nous avons décidé de ne pas entrer dans le système des promotions et “communication froide” pour investir cet argent là où nous avons nos valeurs: partir à la rencontre de nos points de vente et de notre communauté. Tisser des liens humains, inciter l’achat de conscience (au juste prix) dans un but collectif, social et environnemental.

Il y a aussi la “guerre de prix” que ces centrales ont déclarée entre elles, mais que les producteurs subissent. Le résultat est clair: plus je (le point de vente) commande (et donc plus je suis “grand” et “fort”), moins je paie pour les produits. D’un point de vue économique, bien sûr que cela a du sens (les fameuses économies d’échelle). Mais d’un point de vue social… c’est un non sens. Il nous suffit d’imaginer un épicier de quartier, dont l’impact social est important, qui devra toujours payer plus cher que les plus grands. Quant au producteur, il se retrouve confronté à une vente de ses produits à un prix qui ne représente plus le fruit de son travail et/ou les valeurs qu’il porte.

Et le rapport de force est de mise: “Vous voulez que vos produits soient à la portée du plus grand nombre? Vous rentrez dans le (notre) système”.

Mais alors pourquoi ne pas simplement faire sans?

Parce que ça voudrait dire demander un effort supplémentaire – souvent trop important – à nos partenaires revendeurs pour proposer nos produits à leurs clients.

A l’heure actuelle, nous avons 2 choix:

  1. Faire AVEC EUX et financer un système dans lequel on ne croit pas pour atteindre un maximum de consommateurs et renforcer l’impact positif de notre modèle.
  2. Faire SANS EUX, être moins bien représenté dans les commerces et laisser toute la place aux marques industrielles qui fonctionnent sur le même système que ces centrales et qui, il faut le dire, ont les budgets adéquats à force d’optimiser leurs marges au détriment du social et de l’écologie.
L’un ou l’autre nourrit un cercle vicieux. Un cercle qui empêche le cercle vertueux d’une économie collaborative et inclusive de s’épanouir, et de contribuer ainsi à la transition écologique.

Collaborer sera la clé

Imaginons maintenant que le collectif peut amener un changement. Que les entreprises éco-responsables, sociales et locales peuvent avoir une place dans ces réseaux de distribution à la mesure de leurs valeurs. Qu’elles puissent proposer leurs produits comme elles le souhaitent, sans promotion, sans communication “froide”, sans guerre de prix.
Il y a l’artisanat et l’industrie. Faisons la différence au delà de la comm’ “produits locaux” alors qu’ils sont considérés à l’heure actuelle comme des machines à produire de la marge.
La centrale a tout à y gagner car elle entre dans un cercle vertueux et contribue à la quête de sens. Elle peut se positionner dans cette nouvelle économie et transiter vers un nouveau modèle. Et le collectif peut avoir le choix pour son engagement au niveau de l’achat.
Certaines centrales y sont déjà, merci à elles! Mais il nous faut pouvoir en inclure d’autres, les inclure toutes!
Il faut pouvoir y arriver, sinon l’impact de ces entreprises et du pouvoir du collectif restera sujet au bon vouloir économique de la performance des plus grands. Il restera “utopique” alors que l’envie, l’engagement y est. Et de toute part: du producteur, de l’épicier, cafetier, hôtelier au consommateur.
Engageons-nous pour une autre “guerre”, celle qui nous demande de mettre l’humain et la nature, la collaboration et la solidarité, au coeur de nos priorités.
Mes 4 conseils pour les grévistes du climat

Mes 4 conseils pour les jeunes grévistes du climat

Cher.ère.s grévistes du climat,

Si je me permets de vous écrire ce billet, c’est pour vous apporter ma modeste contribution.

Je vous ai vu défiler dans les rues de Lausanne par milliers il y a deux semaines et je serai des vôtres demain pour la nouvelle manifestation qui s’annonce.

Votre mouvement m’enthousiasme!

J’admire le courage que vous avez de prendre la parole.

Je me retrouve en vous.

Depuis que j’ai lancé les jus Opaline il y a maintenant 10 ans, j’ai moi aussi souhaité me battre pour un monde meilleur et, je peux vous l’affirmer, le “combat” est long et rude!

En 10 ans, j’ai eu l’occasion de passer par toutes les phases.

Si je vous écris aujourd’hui, c’est parce que, vous aussi, vous allez certainement passer par toutes ces phases: de l’enthousiasme flamboyant à de grandes périodes de découragement; de périodes où vous aurez le sentiment que tout est possible à des périodes où vous aurez l’impression que rien n’avance, voire même que tout recule…

En réfléchissant à mon parcours et à ce que j’ai traversé – et que je traverse encore -, je me suis dit que ces 4 conseils pourraient peut-être vous aider à avancer et vous permettre de traverser les moments difficiles sans trop de désespoir.

En espérant que vous serez ouvert.e.s aux conseils d’une “vieille”! 😉

 

Voici donc MON PETIT MANUEL À L’USAGE DES JEUNES GRÉVISTES DU CLIMAT

 

1. Visez des petites victoires!

Je sais, ça ne fait pas rêver au moment où on aimerait que tout change rapidement mais l’écologie est une mission très large. Vouloir sauver le monde n’est pas une mince affaire! Chez Opaline aussi, nous rêvons tous les jours de changer le monde et c’est ce qui nous donne l’énergie de nous engager au quotidien mais cette grande mission doit se traduire dans de petites actions concrètes que vous pouvez gagner:

  • obtenir un rendez-vous avec un.e politique
  • créer un groupe de travail à l’école
  • tisser des liens de quartier autour d’un projet éco
  • s’engager dans des actions locales

Puis, chaque fois que vous remportez une petite victoire, célébrez!

Il est primordial de ne pas s’épuiser et de garder l’énergie pour poursuivre sur le long terme.

Les rabats-joie n’attendent que la confirmation que votre mouvement n’est qu’un feu de paille, prouvez-leur le contraire!

 

2. Soyez ouvert.e.s au dialogue!

Lorsque vous descendez dans la rue, vous prenez la parole et c’est une belle première étape mais les choses ne changeront pas sans dialogue. Et, si vous voulez être entendus, il faut aussi accepter d’entendre. Il ne s’agit pas de voir un.e politique une fois deux heures dans son bureau. Le dialogue doit être nourri sur le long terme.

  • Créer un groupe de travail régulier avec un.e politicien.ne, un engagement mutuel pour une collaboration
  • Organiser l’après-midi de l’écologie des jeunes une fois par mois

Et si vous ne voulez pas vous frotter aux politiques parce que vous pensez qu’ils ne valent rien, dites-vous que tout être humain a une partie lumineuse. A vous de la trouver et la mettre en lumière et, pour cela, l’écoute est un bon départ.

Chez Opaline, il nous a fallu deux ans de dialogue pour faire entrer nos jus et nos limonades dans un grand groupe. Grand groupe que nous voyions comme les grands méchants il y a encore quelques années. Maintenant que nous y sommes, nous continuons à entretenir le dialogue pour que la collaboration nourrisse équitablement les deux parties.

 

3. Organisez-vous!

Vous êtes tous bons à quelque chose. Alors unissez différentes compétences au sein de groupes de 5 à 10 personnes en fonction de projets particuliers.

  • Organiser une journée 0 déchets
  • Créer et modérer un groupe Facebook

Regardez vos ami.e.s autour de vous: Qui parle bien en public? Qui utilise bien les réseaux sociaux? Qui sait faire un logo? Qui a déjà une expérience politique?…

Ensuite, en fonction de chaque projet, choisissez la personne qui va prendre le lead (la source globale) qui pourra s’entourer d’autres talents dont elle a besoin (les sources spécifiques). C’est ça l’intelligence collective!

Cette façon de fonctionner permet d’être plus créatif, de s’entraider et de ne pas s’épuiser sur le long terme.

Et surtout partagez tout ce que vous faites sur les réseaux sociaux. Relayez les initiatives! Montrez que ça bouge! Vous faites une séance sur un projet? Photographiez-vous et partagez sur les réseaux! Montrez au monde que vous êtes dans l’action, et pas seulement dans la rue à l’occasion des grèves du climat.

 

4. Acceptez de ne pas être parfait.e.s!

Être un.e bon.ne militant.e, ce n’est pas être parfait.e mais c’est reconnaître ses faiblesses.

Vous descendez dans la rue pour manifester pour le climat mais vous portez des Nike et prenez régulièrement des vols Easyjet? Et alors?!

Vous prenez la parole sans amener de solutions concrètes là maintenant tout de suite? Et alors?!

Ce n’est pas de votre faute. Ça prouve seulement l’énormité du système dans lequel on s’est tou.te.s fait prendre et l’énergie dont il va falloir faire preuve pour reconnaître les incohérences et faire changer les choses.

N’oubliez pas que vous êtes tou.te.s des entrepreneur.euse.s. Dès que vous avez un peu d’argent dans votre porte-monnaie, vous pouvez décider comment vous voulez dépenser cette somme.

Existe-t-il une alternative à ce soda, à l’eau en bouteille, à ce croissant acheté dans une grande surface, à ce sandwich de midi.

Tous les jours, vous avez la possibilité de faire un geste pour aller dans la bonne direction.

Et, si vous êtes majeurs, votez! C’est encore le meilleur moyen de s’engager et de faire entendre sa voix.

Les jeunes en grève pour le climat dans les rues de Lausanne

Un petit pas pour les jeunes, un grand pas pour l’humanité

Après ce qu’il s’est passé hier, les ronchons ne pourront plus dire que les jeunes sont paresseux et qu’ils ne se mobilisent pas.

Hier, vendredi 18 janvier 2018, des milliers de jeunes à travers la Suisse ont prouvé qu’ils pouvaient se mobiliser et s’organiser pour se réunir afin de défendre une cause qui leur tient à cœur.

En fin de matinée, à Lausanne, je suis tombée sur ces milliers de jeunes qui marchaient dans les rues lors de la grève du climat. Une grève qui vise à inciter les politiciens à prendre des mesures drastiques en faveur du climat. Des étudiants, des collégiens, des universitaires, des apprentis. Une foule joyeuse qui brandissait des banderoles en scandant des “Révolution, ah bas la pollution” et autres “On est plus chauds que le climat!”.

“C’est impressionnant!”

“C’est émouvant de voir une telle foule de jeunes.”

“C’est beau toute cette énergie.”

 

Voici le genre de phrases que j’entendais de la part des adultes qui, comme moi, regardaient passer ces grévistes.

Puis, à peine quelques minutes plus tard, j’ai commencé à entendre ces mêmes phrases suivies du fameux “mais”.

 

“… mais toutes les occasions sont bonnes pour rater quelques heures de cours.”

“… mais ça va s’essouffler. Ils ne vont pas tenir sur la longueur.”

“… mais ça ne va rien changer.”

En gros: ce n’est pas quelques jeunes dans les rues qui vont changer le monde.

 

Et, là, j’ai repensé à ces phrases qu’on m’a répétées des dizaines voire des centaines de fois quand je me suis lancée dans l’aventure Opaline:

“C’est bien joli tout ce que tu fais mais c’est tellement petit comme entreprise que ça ne va rien changer.”

“Tu dépenses beaucoup d’énergie. Tu vas t’épuiser.”

Et autres:

“Si ça marchait ton truc, d’autres l’auraient déjà fait!”

 

Oui, sauf que d’une bouteille vendue en 2009, nous en sommes à plus d’un million de bouteilles vendues l’année dernière.

Seule dans ma cuisine au début, je suis aujourd’hui entourée d’une équipe de 8 personnes.

Un réseau de plus de 2’000 cafés, restaurants, épiceries et boulangeries défend nos valeurs dans toute la Suisse en vendant nos produits.

Nous avons créé une fondation au printemps qui propose aux agriculteurs une alternative à l’économie de rendement et qui offre à tous les curieux la possibilité de suivre des ateliers de sensibilisation au métier de la terre et à la biodiversité. 450 pommiers bio ont été plantés au printemps dernier, à Bex, dans un verger participatif soutenu par une communauté de plus d’une centaine de parrains. 450 poiriers bio vont être plantés ce printemps.

Le conseil d’administration d’Opaline a voté a l’unanimité lors du dernier conseil pour que 5 cts de chaque bouteille vendue de jus (25 cl) ou de limonade Opalin soient reversés à la fondation depuis le début de cette année.

Tout ça à partir d’une bouteille!

 

C’est comme cette grève qui a eu lieu hier et qui a réuni des milliers de jeunes à travers la Suisse.

Tout ce mouvement est parti d’une personne: Greta Thunberg. Cette collégienne suédoise de 15 ans fait grève tous les vendredis depuis des mois. Au lieu d’aller à l’école ce jour-là, elle se poste devant le parlement suédois à Stockholm pour réclamer des actions de la part des politiciens pour faire face au dérèglement climatique.

 

Greta Thunberg devant le parlement suédois à Stockholm
Greta Thunberg devant le parlement suédois à Stockholm le vendredi 11 janvier dernier. Son 21ème vendredi de grève.

 

Ses revendications? Que le réchauffement climatique soit traité comme une crise et que l’exploitation des énergies fossiles soient stoppées.

Le 14 décembre dernier, lors de la COP24 qui se tenait en Pologne, elle a tenu un discours devant une audience médusée. “En 2078, je célébrerai mon 75e anniversaire, et si j’ai des enfants, ils fêteront peut-être ce jour avec moi. Peut-être qu’ils me parleront de vous, qu’ils me demanderont pourquoi vous n’avez rien fait quand il était encore possible d’agir”, leur a-t-elle notamment lancé.

 

 

La semaine prochaine, la jeune activiste a annoncé sur son compte Twitter qu’elle serait présente à Davos lors du World Economic Forum. Un voyage qui lui prendra plus de 65 heures aller-retour puisqu’elle fera le trajet… en train.

 

Greta Thunberg sera présente au WEF la semaine prochaine.
La jeune activiste sera présente au WEF la semaine prochaine.

 

Hier, pour soutenir ce combat des milliers de jeunes sont descendus dans la rue. Notamment en Suisse. Une action de grande ampleur qui a d’ailleurs été saluée par cette activiste à l’initiative du mouvement sur son compte Instagram.

 

 

Greta Thunberg félicite les jeunes Suisses pour leur mobilisation.
Greta Thunberg félicite les jeunes Suisses pour leur mobilisation.

 

Le Prix Nobel de chimie, le Vaudois Jacques Dubochet a écrit une chronique dans le Journal de Morges pour apporter son soutien à ces jeunes. “Nos dirigeants sont vieux. Pour ce qui est du climat, ils sont encroûtés (…). Les jeunes ne peuvent pas attendre, c’est leur affaire, leur vie, ils ne la laisseront à personne”, peut-on notamment y lire.

Lundi, je l’espère, certains professeurs ou directeurs d’école essaieront de discuter avec ces jeunes pour essayer de trouver quoi faire tous ensemble plutôt que de les sanctionner avec des heures de colle. Que les jeunes profitent de l’expérience de leurs “vieux” profs et que les profs profitent de l’enthousiasme et des idées des jeunes. Utiliser cette fameuse intelligence collective pour mettre en place des activités concrètes.

Aujourd’hui, chaque bouteille vendue comme chaque pas de ces jeunes dans la rue comptent. Des actes initiés sans stratégie précise. Juste avec sincérité. Et, parfois, sans le prévoir, la magie opère.

Aujourd’hui, petit ne veut plus dire pas impactant car une succession de petites actions mènent parfois à de très grandes choses.

Le parlement des enfants donne la parole aux plus jeunes

Quand des enfants me donnent une belle leçon de vie

La journée mondiale de l’enfance est célébrée chaque année le 20 novembre pour promouvoir le respect et les droits de l’enfant. A cette occasion, j’ai assisté hier à la séance du Plénum du Parlement des Enfants dans la Salle du Grand Conseil, à Sion.

Constitué en 2009 par des professionnels de l’Institut Sainte-Agnès à Sion – qui accueille et accompagne depuis plus de 50 ans une quarantaine d’enfants en difficulté -, ce Parlement souhaite offrir une place réelle à la parole de l’enfant.

La philosophie de base, les thèmes abordés et l’organisation du Parlement des Enfants, profondément inspirantes, sont détaillées ici.

 

Des mini-parlementaires en action

L’ordre du jour, suivi minutieusement par Mademoiselle la Présidente (13 ans) adressait l’utilisation de la télévision dans les groupes, la récréation (horaires, boissons et place de jeux), l’autonomie et le droit à la participation. Chacun des enfants parlementaires, âgés de 9 à 13 ans, a pris le micro à tour de rôle et partagé son rapport et ses suggestions.

Le dernier point de l’ordre du jour m’a particulièrement touchée: le droit à la participation, plus particulièrement “que signifie pour vous le droit à la participation?”.

 

En voici leurs témoignages:

 

“Partager un avis sur ce qui me concerne”

“Prendre des responsabilités”

“Devoir me concentrer et me tenir droit”

“Respecter mes camarades même si ils n’ont pas le même avis que moi”

“Oser m’affirmer” et “Parler devant beaucoup de monde”

“Accepter les résultats d’un vote à la majorité même si ils ne me font pas toujours plaisir”

“Me débarrasser de ma timidité”

“Sourire et être joyeux”

 

Avec l’aide de leurs parents et de leurs enseignants, ces enfants ont pris la parole au nom de leurs droits. Tous ont partagés l’angoisse qu’ils ont ressentie en arrivant dans cette salle du Grand Conseil. Et pourtant. Ils ont surmonté leurs peurs. Pour prendre la parole. Pour partager. Pour s’affirmer.

 

Cultiver des valeurs essentielles

Hier, ces enfants ont aussi pris la parole au nom de valeurs essentielles. Des valeurs qui guident de nombreux adultes sur leur chemin individuel.

Au quotidien, dans les entreprises, donner la parole à ses collaborateurs et leur offrir l’écoute permet de cultiver ces valeurs essentielles. Et, quand celles-ci sont intégrées, elles permettent de créer un collectif, une économie positive, inclusive et collaborative.

Participer à cette initiative n’a fait que renforcer mon envie de poursuivre sur cette voie, en prenant chaque jour conscience de cet essentiel.

Je remercie ces enfants et toute l’équipe de l’Institut Sainte-Agnès pour ce partage. Ils ont semé une graine de plus au nom du partage et de la culture de valeurs essentielles, tout simplement humaines.

Je souhaite une longue vie à cette initiative et à toutes les autres qui donne la parole aux enfants. Grâce à elles, je sens que la relève est assurée!

Et en attendant, à quand un siège au Conseil d’Administration pour les enfants?

Quelques principes clés du leadership

Il y a quelques années, un directeur d’entreprise m’a partagé sa vision du leadership:

“Pour diriger une entreprise, il faut être comme le chef d’une meute de loups. Il te faut être forte et le rester, poser tes objectifs et les tenir. Les membres de la meute n’attendent qu’une chose: que tu montres une faiblesse pour prendre ta place”. 

Nous pouvons entendre ici que la meute est le secteur de marché, ainsi que les collaborateurs, les actionnaires et les autres entreprises du domaine.

Il y a dans cette métaphore trois principes clés du leadership : “être et rester fort”, “poser ses objectifs et les tenir”, “défendre sa place”.

Cet article traite du premier principe et propose un autre regard sur la notion de la force. Les deux autres (et leur contre-vérité) feront l’objet de mes prochains articles.

“Être et rester fort” vs. le pouvoir de la vulnérabilité

Notre monde économique est très ancré dans la compétition. Il convient d’être le meilleur, toujours le meilleur, pour préserver sa part de marché et/ou son poste de travail. Les meilleurs sont forts et doivent le rester.

Seulement, nous sommes tous, fondamentalement, des êtres vulnérables, sensibles, et nous évoluons dans un monde vulnérable. Être fort, le rester, le montrer est donc en contradiction avec ce que nous sommes. Mais exposer sa vulnérabilité ou celle de son entreprise nous semble être un exercice très périlleux.

Toutefois, “Être et rester fort”,  n’est pas nécessairement notre meilleur outil pour respecter notre vulnérabilité et celle du monde qui nous entoure. Cette posture porte même de grands risques et nous demande une énergie continue. Sincèrement, je ne possède pas cette capacité et je doute qu’une telle dynamique puisse soutenir un entreprenariat sain.

Au niveau économique, cette attitude nourrit une quête de performance et d’une croissance sans limite. Plus nous sommes performants, plus nous sommes grands et forts, plus nous pouvons espérer croître et être moins vulnérables. Hors, la croissance illimitée épuise, elle épuise nos ressources naturelles et personnelles. Elle est créatrice d’inégalités dans le monde.

Pouvons-nous faire autrement ? J’en suis convaincue. Je suis convaincue que nous avons d’autres outils à notre portée, moins énergivores et plus adaptés au développement d’une économie respectueuse de l’Humain et de la Nature.

Seulement, nous devons commencer par changer notre regard sur la vulnérabilité. Il nous faut commencer par accepter que rien ni personne n’est infaillible. Il nous faut commencer par accepter, reconnaitre et valoriser la vulnérabilité tant au niveau individuel que collectif. Cette vulnérabilité qui fait de nous des êtres humains, qui est source de créativité, d’empathie, de capacité d’adaptation.

Nous pourrons alors prendre conscience de nos limites et celles de notre écosystème. Nous pourrons commencer à construire avec ce que nous avons vraiment , et non avec ce que nous aimerions avoir de mieux, ou de plus, que les autres. Nous pourrons espérer grandir ensemble, au rythme de nos capacités. Cela demandera aussi d'”être et de rester fort”. À la différence que nous pourrons puiser ici notre énergie dans qui nous sommes réellement et dans ce que l’écosystème nous offre. Bien sûr que force et courage seront nécessaires, non pour cacher d’éventuelles « faiblesses » mais pour en faire les instruments d’un chemin épanouissant et économiquement viable.

La vulnérabilité devient alors un atout positif, cela de trois manières complémentaires:

(i) Elle nourrit l’authenticité. Respecter ses limites, c’est poser un cadre qui nous permet d’être authentique et de remettre le sens au cœur de nos actions. C’est permettre à son entreprise de se construire sur des valeurs concrètes, propres à son écosystème. Ces valeurs, ancrées dans une réalité, peuvent alors être intégrées naturellement. Au niveau individuel, parce qu’elles font partie de qui nous sommes. Au niveau de l’entreprise parce qu’elles lui permettent de se construire dans le respect des talents propres à chacun. Au niveau de son marché parce le partage de ces valeurs ne repose pas sur des campagnes marketing qui vendent du rêve mais sur un simple état de vérité qui, en fin de compte, représente qui nous sommes et non qui nous devrions être. La réalité que nous partageons est simple: nous sommes des êtres vivants, dépendants d’un écosystème (la communauté et la nature) pour se nourrir et pour s’épanouir. Dans cette réalité, il ne nous convient pas d’être plus forts que les autres. Il nous convient de prendre soin de soi, des autres et de la nature.

(ii) Elle encourage la gratitude. Dès l’instant où nous pouvons concevoir qu’exposer une limite, une réalité, c’est partager une valeur, l’évolution naturelle de notre conscience, individuelle et collective, nous permet de cultiver le plaisir dans le moment présent. Nous semons une graine, chaque jour, avec une énergie positive. Cette énergie positive est contagieuse. Elle permet de développer tout un réseau, de fédérer toute une communauté, dans le tissage de liens humains. Nous pouvons alors ouvrir le dialogue au-delà du bénéfice et commencer à échanger sur la valorisation des savoir-faire, sur le “faire mieux ensemble” et sur notre lien avec la Nature. La croissance est possible, elle est même espérée, mais elle se construit ensemble, au rythme de la Nature et de l’Humain.

(iii) Elle cultive la créativité. Si, comme moi, vous loupez souvent le marché hebdomadaire et vous vous retrouvez devant un frigo à moitié vide, vous aurez certainement été confrontés un soir à un “qu’est-ce que je vais bien pouvoir cuisiner avec ça?”. Eh bien, pensons aux grands chefs gastronomiques ou tout simplement à ma soeur qui aime cuisiner. Quelques ingrédients à disposition et un plat simple mais délicieux arrive sur notre assiette. Une limite, oui, mais beaucoup de passion et d’amour pour ce qui est. Alors on invente et on arrive à faire des merveilles. Diriger une entreprise vers le sens, c’est un peu la même chose. C’est un art. C’est arriver à faire quelque chose de beau et de bon à partir d’une réalité individuelle et collective (qui a ses limites).

Avec cette vision, l’exercice n’est en fin de compte pas si périlleux. Il demande du courage, oui. Mais il est épanouissant et financière viable. Chez Opaline, nous avons développé un réseau de plus de 2’000 points de vente et atteint le seuil du million de bouteilles. Il est vrai qu’il aura fallu sept ans pour flirter avec l’équilibre financier. Mais, nous y sommes parvenus avec les moyens limités d’une start-up et sans aucun congé maladie en 6 ans. Nous y sommes parvenus en travaillant avec des fruits locaux, sans concentrés. Leur disponibilité varie d’année en année en lien avec les aléas climatiques. C’est un aspect vulnérable de notre modèle et il représente une de nos valeurs. Nous avons donc appris à faire avec les fruits disponibles, à être créatif dans l’élaboration de nos recettes et à communiquer positivement avec notre communauté sur les ruptures éventuelles de distribution. La communauté nous a suivi. Elle a intégré nos valeurs, tout simplement parce qu’elle les partage.

Et j’aime à penser qu’à la source de cet accomplissement, il y a le pouvoir de la vulnérabilité. Ce pouvoir favorise la solidarité et la collaboration, à contrario de la compétition. Il nous amène à être plus proches de nous-mêmes et de notre communauté. Et à en vivre. Alors pourquoi s’épuiser à “être et rester fort” alors que nous pouvons tout simplement “être ensemble”?

 

Comment construire une économie du vivant, circulaire et régénératrice?

Vendredi passé, le 15 juin 2018, je suis intervenue à l’occasion du G21 Sustainability Forum à Belmont sur la thématique de l’économie régénératrice. Après mon intervention, de nombreuses personnes sont venues me voir pour me demander d’en parler plus loin. C’est grâce à elles, et pour répondre à cet élan, que j’ai décidé de retransmettre mes propos ici. Pour le partage. Et pour la symbolique de ce premier article.

A la source, une prise de conscience

Avant de réfléchir à comment construire une économie régénératrice, je me suis souvent posée une autre question. Pourquoi en sommes-nous arrivés là? Pourquoi est-ce que nos modèles économiques “classiques” ont réussi à avoir un tel impact (négatif) sur nos ressources tant humaines qu’environnementales qu’il nous faut aujourd’hui parler de régénération (et non plus de “simple” durabilité)?

Des entreprises dirigées par des hommes et des femmes fort intelligent(e)s, développées par des équipes de personnes généralement engagées et par un marché demandeur.. et pourtant, nous vivons d’importantes crises écologiques liées à l’activité économique et nous sommes témoins de plus en plus de “burn-out” ou maintes autres maladies liées au stress. Un pauvre constat auquel mes années d’avocate à Londres, dans le domaine des fusions et acquisitions, ont tenté de donner une explication.

La quête de la performance

“Etre les meilleurs du monde”. Un but en soi, le ton est donné dès notre plus jeune âge et deviendra vite la clé du succès (status social, moyens financiers). Transmettons ce but dans le domaine de l’entreprise et voilà que la profitabilité devient en soi la quête absolue, signe de succès et d’une entreprise “meilleure que les autres, voir du monde”. La performance amène la profitabilité, la profitabilité amène le pouvoir. L’amour du pouvoir, que nous pourrions aisément qualifier d’amour inconditionnel, à voir ce que nous sommes prêt(e)s à endurer pour y accéder!

Mais il y a un problème: la performance fait appel à notre intelligence rationnelle, celle qui oeuvre tel un fichier excel (elle y est d’ailleurs magnifiquement transmise) et qui ne s’arrête pas tant qu’elle peut encore faire mieux (mieux que l’année passée et mieux que les autres, une compétition sans limites): optimiser les coûts, rationaliser les processus de production (tant parmi l’humain que la machine) et viser plus, toujours plus et toujours mieux. Et tant qu’il y a plus ou mieux à faire, elle oeuvre au service d’une profitabilité toujours plus grande et qui somme toute, ne semble bénéficier qu’une minorité, au détriment de nos ressources naturelles (qui ne cessent d’être rationalisées dans un fichier excel) et d’un stress de plus en plus important parmi ceux et celles qui y contribuent par leur travail.

Alors pourquoi poursuivons-nous sur cette lancée? Je pense sincèrement qu’à la source, il y a la peur. La peur, comme la joie ou la tristesse, est une émotion importante. Elle nous sert de guide pour mieux définir nos limites (et celles de notre éco-système). Il nous conviendrait donc de l’écouter. Mais nous avons pris l’habitude de croire que la peur n’est pas une émotion qu’il nous faut accepter. On valorise la joie, on accepte (non sans limite) une certaine tristesse. Mais il nous faut lutter contre la peur. Après tout les “meilleurs de monde” n’ont pas peur. Point. Et avoir un bon travail, gagner un salaire (ou gérer une entreprise profitable), nous sert d’outil pour lutter contre la peur ou au minimum, pour éviter d’en parler et de se montrer vulnérable. Plus on a peur, plus on voit grand en matière de salaire et de possessions.

En d’autres termes, la quête de la performance, l’appel à l’intelligence rationnelle, sert peut-être à nous protéger de nos peurs, mais elle est aussi source de destruction parce qu’elle n’a aucune limite. C’est une quête sans fin, excepté par notre fatigue et la destruction de notre environnement. A moins que… à moins qu’elle ne soit accompagnée de sens, de notre intelligence émotionnelle.

Se reconnecter à son intelligence émotionnelle

De mon expérience, l’anti-dote de la performance sans limite est bel et bien l’intelligence émotionnelle, celle qui nous vient du coeur. L’anti-dote de la peur devient alors non le “vouloir plus” ou “l’être encore meilleur que les autres” à tout prix mais la confiance, l’entraide et l’équité. Mieux se connaitre, mieux connaitre ses limites et ses talents pour mieux contribuer à une cause partagée, à un projet développé pour le bénéfice du plus grand nombre.

Lorsque j’ai démissionné de mon poste à Londres, je me suis immergée dans la nature, créant ainsi mon premier projet entrepreneurial: les Whitepods, un camp éco-touristique dans les Alpes. Alors que je travaillais en pleine nature, j’ai pris le temps de l’observer. Et j’ai aimé. J’ai aimé voir comment chaque organisme vivant avait sa place. Grands ou petits, beaux ou moins beaux, peu importe, une harmonie existe et une circularité absolue vient nourrir tout un écosystème. Cette observation m’a reconnectée: déjà tout simplement en tant qu’être vivant, faisant partie de cet écosystème. Puis, à moi-même. J’ai appris à mieux connaitre mes limites et à mieux reconnaître mes talents. Dans ces moments de reconnection, j’ai appris non pas à taire ma peur, mais à l’apprivoiser. Je me suis reconnectée à mon intelligence émotionnelle et j’y ai trouvé un sens à mes engagements.

Alors l’économie régénératrice, c’est quoi?

Sincèrement, je n’ai pas de modèle standard à partager. Je ne peux pas vous donner Le guide absolu qui vous permettra en 50 pages top chrono de devenir “entrepreneur régénérateur”. Parce que l’économie régénératrice, par définition, est une économie inclusive, respectueuse des talents des uns et des autres. C’est en quelque sorte une philosophie de vie, non un modèle économique au sens stricte du terme qui peut être rationalisé dans un guide.

Mais ce que je peux vous dire c’est qu’il y a régénération lorsqu’il y a du sens à la performance, lorsque que l’intelligence rationnelle oeuvre au service de l’intelligence émotionnelle et non le contraire (qui trop souvent voudrait dire que la raison vient taire la peur). Nous pourrions ici reprendre l’adage de la certification BCorp, que j’apprécie beaucoup, qui reconnait les entreprises non pas parce qu’elles sont “les meilleures du monde”, mais parce qu’elles sont les “meilleures pour le monde”.

“Etres les meilleurs pour le monde” est un travail de tous les jours, un processus qui demande de rester à l’écoute de ses émotions et de son éco-système, pour nourrir sa quête et guider ses décisions stratégiques. La profitabilité est nécessaire, mais elle n’est pas un but en soi. Et une fois qu’elle est acquise, elle n’a pas lieu d’augmenter à moins qu’elle ne soit engagée pour nourrir la régénération de son éco-système. La peur y a sa place, tout simplement parce qu’elle sert à nous guider vers ce qui est juste, dans les limites de soi et de son écosystème.

Dans l’approche, et de mon expérience, 3 principes sont essentiels.

Le regard – commençons déjà par changer quelques terminologies. Nous ne parlons plus ici de “modèle économique” ou encore de “structure hiérarchique”. Nous parlons d’écosystème et de circularité. Nous ne parlons plus d’employés, de dirigeants et de cadres. Nous parlons de collaborateurs (personnes qui s’engagent pour la collaboration, soit pour l’écoute, le partage et l’entraide. Sans hiérarchie.). Nous ne parlons plus de fournisseurs et de consommateurs. Nous avons toutes sortes de talents: certaines personnes produisent, certaines coordonnent, d’autres fournissent les ingrédients, d’autres encore apprécient les produits ou les services. Toutes font partie intégrante de l’écosystème, elles collaborent et oeuvrent au quotidien pour nourrir ce lieu de vie afin qu’elles puissent être nourries en retour. Nous ne parlons donc évidemment pas de “cible de marché”, puisque notre marché, c’est nous et nous aimerions être considéré(e)s non comme une cible mais comme des êtres humains invités à se joindre à un projet collectif, soit à des valeurs et un sens partagé.

Le lien – un lien peut alors se créer entre toutes les parties prenantes, une traçabilité sincère et authentique. Ce lien est capital. Parce qu’il éveille la solidarité. Et la solidarité est primordiale dans un marché encore mené en force par la competition. Alors qu’un système économique “classique” adopte des mesures drastiques (mais oh combien classiques… licenciements, délocalisation pour nommer les plus utilisées) si un imprévu venait menacer sa quête de profitabilité, le sens de l’économie régénératrice guide son écosystème vers la créativité et à l’agilité. Comment pouvons-nous ensemble faire face à un imprévu? Nous pourrions parler ici d’intelligence collective. Et pour reprendre notre lien avec l’écosystème au sens large (la nature), le principe ici n’est pas d’éviter l’orage (il finira toujours par nous rattraper) mais “d’apprendre à danser sous la pluie”, quitte à prendre le risque de se mouiller (ou de perdre en profitabilité sur le court terme).

La nature – elle est source d’inspiration personnelle et collective de tout l’écosystème. De ce fait, elle est au coeur de sa viabilité. Elle se doit donc d’être valorisée et respectée. Une fois cette base établie solidement dans l’esprit et le coeur de tous les membres de l’écosystème, chaque geste et chaque décision sont adaptés dans le sens de ce respect. Nous cherchons des alternatives, des solutions et toutes sortes d’approches qui nourrissent ce respect tout au long du développement de notre projet. Tant la nature nourrit notre écosystème, tant nous oeuvrons à la nourrir en retour, d’où l’idée non d’une simple durabilité (voir neutralité) mais d’une régénération.

Dans la pratique, de nombreux domaines opérationnels sont alors guidés par cette philosophie: gouvernance, communication, production, allocation des ressources financières pour en nommer quelques-uns. Ces domaines seront les sujets de mes prochains articles. Des pistes de réflexions plus que des règles à suivre. J’espère néanmoins qu’elles contribueront à nourrir vos quêtes respectives et que ce premier article aura fait honneur à tous les retours positifs qui m’ont été témoignés après mon intervention au G21.