Ce que Simon Sinek a oublié avec sa théorie du WHY

Ce que Simon Sinek pourrait ajouter à sa théorie du WHY

En septembre 2009, Simon Sinek révolutionnait le monde de l’entreprise avec sa conférence TEDx intitulée “Comment les grands leaders inspirent l’action”, qui comptabilise à ce jour plus de 45 millions de vues.

Durant 17 minutes 50, ce spécialiste du management et de la motivation explique, dans les très grandes lignes, que si un chef d’entreprise veut être inspirant et inciter ses collaborateurs et les consommateurs à le suivre dans son aventure, il doit avant tout mettre en avant son WHY (pourquoi il fait ce qu’il fait, ce qui le motive) plutôt que le WHAT (ce que l’entreprise fait) ou le HOW (comment l’entreprise fait ce qu’elle fait).

Il appelle cela le Golden Circle.

 

Selon Simon Sinek, si un chef d’entreprise veut être inspirant, il doit avant tout parler de son WHY. C’est le Golden Circle.

 

On ne compte plus le nombre de personnes qui ont travaillé leur WHY depuis la parution de cette vidéo.

Si cette étape est essentielle, elle ne me semble à mon avis plus suffisante aujourd’hui, dans un monde où une prise de conscience spirituelle et culturelle est nécessaire si on veut adresser les grands enjeux qui nous attendent et aborder cette fameuse transition écologique et sociale.

 

Il y a quelques mois, j’ai assisté à un spectacle donné par le Ballet Béjart. Quelques semaines plus tard, je me suis souvenue de cette citation de Sénèque que j’apprécie beaucoup:

 

La vie ce n’est pas d’attendre que l’orage passe mais c’est d’apprendre à danser sous la pluie.

 

Tout un art.

Au niveau individuel, celui de prendre soin de sa musculation pour s’offrir la grâce par tous les temps. Sans la musculation, il ne peut y avoir de grâce. Sans le travail sur soi, sa conscience et son esprit, il ne peut y avoir de valeurs sincères. Sans un flux financier stable, il ne peut y avoir de quête au service de soi et des autres. Là est pour moi l’essence même de l’être: prendre conscience de son corps et de son esprit, de sa force et de ses besoins, pour pouvoir ensuite le guider dans le mouvement, la beauté du geste, le don du partage.

Quant au ballet, admirer la puissance du mouvement collectif, un ensemble de grâces individuelles pour créer 1 seul mouvement. Là est bien à mes yeux l’énorme enjeu de notre société.

Simon Sinek adresse le côté musculation – le golden circle, le coeur de la stratégie rationnelle d’une entreprise –  j’aimerais alors y ajouter cette dose essentielle de grâce, un cercle du lien, la source d’une intelligence émotionnelle.

Pour cela, il me paraît essentiel, au sein de chaque entreprise, de retrouver un sens profond à nos activités dans le cadre des enjeux sociétaux d’aujourd’hui. Cela demande beaucoup de courage et énormément de bienveillance, mais on peut y arriver en passant par ces 3 étapes:

 

1. Moi

Commençons par penser à notre mission individuelle de vie. Au sein d’Opaline, chacun a travaillé sa mission de vie personnelle en utilisant un outil qui permet de la définir en 30 mots. Ensuite, chacun a également rempli un questionnaire en ligne qui permet de déterminer ses talents afin de s’assurer qu’il a, à sa portée, les talents dont il a besoin pour accomplir sa mission de vie. Ce simple exercice permet de prendre conscience de son sens personnel de l’engagement et de trouver sa place au sein d’une entreprise.

Chacune des missions de vie peut être ensuite partagée en équipe. Cela permet à chacun de mieux connaître et comprendre les personnes avec qui il est amené à collaborer au quotidien. Un moment de partage en dehors du quotidien, des objectifs et enjeux commerciaux.

2. Moi et les autres

A ce niveau, il s’agit d’aborder la question du lien aux autres. Une fois que j’ai pris conscience de ma mission de vie et de mes talents, je dois pouvoir la partager avec les autres et être entendu de manière à ce qu’elle puisse être aussi mise au service de l’entreprise.

A l’interne, ce point relève de questions de gouvernance. Comment chacun va s’intégrer dans l’écosystème qu’est l’entreprise. Beaucoup font référence “aux entreprises libérées”. A mon sens, il serait plus juste de parler d'”entreprises libérantes” du potentiel de chaque membre de l’équipe. Et ce potentiel ne peut être libéré sans que chacun n’ait pu travailler sur son “moi”. Dès lors, des systèmes de gouvernance plus transparents, autonomes, flexibles peuvent être mis en place de manière particulièrement efficace et performante. Il en ressort une motivation saine, liée à la culture plus que l’objectif financier.

A l’externe, cela permet une véritable transformation au niveau du “marketing”. Il s’agira ici bien plus d’un partage et d’une écoute de sa communauté, que d’une “simple” communication à sens unique. Chaque membre de l’équipe ne va plus faire la communication du produit qu’il vend ou qu’il produit mais partagera les valeurs qu’il défend et incitera naturellement chaque membre de cette communauté à vivre ses propres valeurs au sein d’un collectif.

3. Nous et…

La planète, la terre, l’univers. Chacun est libre d’utiliser le terme qu’il souhaite. Une fois que le collectif est engagé sur des valeurs partagées, alors ce “nous” peut commencer à imaginer l’impact positif social et écologique qu’il peut avoir ensemble. Aujourd’hui, une chose est bien claire. C’est ensemble qu’il nous appartient d’adresser les enjeux sociétaux. Il s’agit donc, à ce niveau, de défendre une vision collective au sens large, concrétisée par des actes concrets. Il s’agit d’inscrire une entreprise dans une notion de sens commun, au-delà de sa marque. Il s’agit de tisser des liens pour cultiver la collaboration, et s’inscrire dans une participation active, solidaire et engagée, au nom de la Vie.

 

Pour conclure, j’aime particulièrement ce texte de cet avocat spécialiste de l’environnement. Il dit qu’il a longtemps cru au pouvoir de la science pour adresser les enjeux de ce monde mais qu’il a compris aujourd’hui qu’une transformation spirituelle et culturelle était nécessaire. En travaillant sur ces 3 niveaux (en complément bien sûr à une stratégie commerciale forte et claire), la vision d’une entreprise n’est plus dans les mains d’une seule personne mais entre les mains de chacun. L’entreprise peut engager un collectif et sa stratégie commerciale peut alors être mise au service de ce collectif. C’est ainsi que nous pouvons nous éloigner d’une économie basée sur la performance individuelle et la compétition aux coûts de “burn-out” et d’épuisement de nos ressources naturelles.

 

Une révolution spirituelle et culturelle est nécessaire, selon Gus Speth

 

 

 

 

Sofia de Meyer

Sofia de Meyer

Avocate de formation, Sofia de Meyer a a travaillé à l’international dans de grandes villes comme Londres et Chicago. Puis, après plus de 7 ans au service de multinationales, elle part à la quête de sens et s’engage pour une économie de conscience. Elle fonde Whitepod en 2004 (concept d’éco-hébergement) et Opaline en 2009 (producteur de jus et limonades suisses) qu’elle dirige à ce jour avec 8 collaborateurs. Récemment, elle a également créé la Fondation Opaline, dont la mission est de valoriser les métiers de la Terre et de favoriser les liens que nous cultivons avec elle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *